‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 75 sur 147 · CANNELLE · texte numérisé non relu

CANNELLE

Toutes les écorces dont nous venons de parler sont privées de leur épiderme; elles sont fournies par les arbres cinnamomifères et proviennent, les unes du Laurus cinnamomum, les autres du Laurus cassia (excannelle de Chine).

L'écorce du Cassia lignea et les feuilles d'Inde ou malabathrum , qu'on attribue au Laurus malabathrum , sont aussi des Cannelles qui se rapprochent par leurs propriétés de la Cannelle de Chine; elles ne sont plus usitées que pour faire la thériaqueP

L'écorce deCulilawan, laurus Culilawan; la Cannelle giroflée, dicypellium caryophillatum et d'autres écorces connues sous le nom de Cannelles, appartiennent à la même famille et ont les mêmes propriétés : quant à la Cannelle blanche, Cannella alba guttifère, elle n'est plus employée.

C'est la Cannelle de Ceylan qui devrait être employée exclusivement en médecine ; mais à cause de son prix élevé on lui substitue celle de Chine , qui renferme, il est vrai, une plus grande quantité d'huile volatile, mais qui est moins aromatique et moins suave. D'après Leschenault, lescannelliers renferment tous des quantités variables de camphre.

L'analyse de l'écorce de Cannelle donne ; huile volatile, tannin, mucilage, matière colorante, acide cinnamique, amidon.

Poudre de Cannelle.

On pulvérise la Cannelle sans laisser de résidu.

Poudre digestive simple.

(Poudre de Duc.)

Pr. : Cannelle en poudre, 1 part.

Sucre, 16

Mêlez.

Eau distillée de Cannelle.

1 part.

Pr. : Cannelle de Ceylan , Eau,

Concassez la Cannelle, mettez-la dans la cucurbite avec l'eau, laissez macérer pendant deux jours, et distillez avec la précaution de ne pas rafraîchir entièrement le serpentin , retirez 4 parties du produit.

Eau de Cannelle alcoolisée.

Pr. : Cannelle, Alcool à 86°, Eau,

3 part.

On laisse macérer pendant trois jours, et l'on retire 12 parties du produit à la distillation.

Cette préparation peut remplacer avantageusement l'eau de Cannelle orgée et l'eau de Cannelle vineuse des anciennes pharmacopées (Soubeiran).

Sirop de Cannelle,

Pr. : Eau distillée de Cannelle, Sucre très-blanc,

1 part.

Faites un sirop par simple solution à froid et filtrez au papier : c'est le sirop alexandrin des anciens

Teinture de Cannelle.

Pr. : Cannelle, Alcool à 80°,

1 part.

Faites macérer pendant quinze jours, passez avec expression et filtrez.

Potion cordiale (hôp. de Paris).

Pr.:Vm rouge, 125gr.(4oncesl.

Sirop de sucre, 30 (1 once).

Teinture de Cannelle, 8 (16 grains).

Mêlez.

La Cannelle s'emploie en poudre, et alors la dose est de 50 centigrammes à 1 gramme et demi (10 grains à 20 grains). Son huile essentielle fort chère s'administre à la dose de 5 à 6 gouttes dans beaucoup de potions stimulantes. L'eau distillée de Cannelle, désignée communément sous le nom d'Eau de Cannelle orgée, parce qu'on la prépare en distillant l'écorce dans une décoction d'orge, s'administre aussi dans des potions, des apozèmes, etc., à la dose de 30 à 60 grammes (1 ou 2 onces). Il en est de même du sirop de Cannelle. Sa teinture peut s'employer aussi depuis quelques gouttes jusqu'à 4 à 8 grammes (1 et 2 gros), etc. Cette préparation et l'huile essentielle sont usitées en frictions, en liniments dans certains cas de rhumatisme chronique, de débilité partielle, etc. Toutes les an-

tiennes compositions stomachiques, cordiales, alexipharmaques, etc., contiennent de la Cannelle.

On peut se servir, comme congénères et succédanés de la Cannelle, du laurier d'Apollon , Laurus nobilis, dont les feuilles et les baies sont trèschaudes, aromatiques et excitantes; et de la casse en beis, Laurus cassia, dont l'écorce plus grosse, plus épaisse, moins aromatique que la Cannelle, jouit des mêmes propriétés qu'elle, quoiqu'à un degré moins prononcé.

CASCARILLE.

La Cascarille (chacrille, quinquina aro- brunrougeâtre; 2° la Cascarille blanchâtre,

matique , faux quinquina, écorce éleuthé- dont l'épiderme est marqué de fissures lon-

rienne) est une écorce que Linné a d'abord gitudinales, et qui donne à la pulvérisation

attribuée au Clutia eruteria (Croton élu- une poudre blanche dont la saveur est un

teria, Swartz), puis au Croton Cascarilla, peu camphrée.

arbre des Antilles et de divers pays de l'A- Composition. L'écorce de Cascarille con-

mérique méridionale, appartenant à la fa- tient, d'après Trommsdorff, une huile vo-

mille des Euphorbiacées. latilc verriàtre, un extractif amer, une ma-

Les écorces de Cascarille se présentent tière résineuse, du mucilage. Les principes

dans le commerce en fragments longs de actifs sont solubles dans l'eau et dans Fal-

3 à 4 pouces, plus ou moins roulés, bruns, cool.

durs, à cassure résineuse finement rayon- Les diverses préparations employées sont:

née. L'épiderme est rugueux , fendillé la poudre, la tisane (2 à 4 grammes pour

comme celui du quinquina; l'odeur de cette 1000 grammes d'ean), la teinture, Veau

écorce est assez agréable, surtout quand on distillée, etc.

la chauffe; sa saveur est acre, amère, aro- La Cascarille entre dans la composition

matique. M. Guibourt en distingue deux de l'elixir de Sloughton, ïelixir antisep-

sortes : 1° la Cascarille officinale, de couleur tique de Chaussier, etc.

THERAPEUTIQUE.

Indépendamment des propriétés excitantes fort marquées de la Cascarille et des indications qu'elle est propre à remplir en vertu de ces propriétés, beaucoup d'auteurs lui ont reconnu une efficacité antipériodique analogue à celle du Quinquina.

Nous regardons comme assez inutile la citation des auteurs qui ont vanté ou déprécié la Cascarille. Les témoignages Me Cullen, Werlhof, Bergius, nous semblent mériter plus de confiance que ceux fort vagues de Stisser, Apinus, Santhesson. Ceux-ci ont préconisé les vertus antipériodiques de la Cascarille que les premiers ont expérimentalement constaté être nulles ou fort peu prononcées.

Si Stahl et ses élèves, surtout Junker, la placent si singulièrement audessus du Quinquina, c'est qu'ils avaient des raisons de théorie, des intérêts de doctrine qu'ils voulaient sauver et que contrariait l'efficacité reconnue de l'écorce de Pérou. Pinel et Alibert affirment pourtant avoir heureusement associé la Cascarille au Quinquina dont elle assure et accroît, disent-ils, la puissance fébrifuge; et Desbois, deRochefort, la dit utile quand il faut arrêter une fièvre intermittente produite ou entretenue par le défaut

ÉCORCE DE WINTER. MUSCADE. GÉROFLE, etc. 497

de ton et un relâchement considérable des premières voies; ce qui, ajoutet-il, arrive souvent dans les suites des fièvres quartes d'automne. Nous doutons que la Gascarille satisfasse mieux à cette indication que l'antipériodique par excellence, et celui-ci ne devra jamais être abandonné pour l'écorce dont il est question, hors les cas de disette ou d'excessive cherté. Il a été démontré, contre d'anciennes assertions, que la Cascarille ne contient pas les principes actifs et surtout fébrifuges du Quinquina, avec lequel elle a quelques points physiques de ressemblance.

La dose est en poudre de 2 à 4 grammes (1 demi-gros à i gros). Il y a une teinture alcoolique et un vin de Cascarille.

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