‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 91 sur 147 · BOIS SUDORIFIQUES · texte numérisé non relu

BOIS SUDORIFIQUES

On désigne sous le nom de Bois sudorifiques la réunion des racines, bois et écorces exotiques suivantes :

1° Le Gaïac, Gajacum officinale, arbre qui croît principalement à Saint-Domingue et à la Jamaïque, appartient à la famille, des Rutacées, tribu desXanthoxylléesouZygophyllées.

On emploie le bois, Yécorce et la racine de cet arbre.

Le bois deGaïac (Lignum guajaci, lignum sanctum) est, dans le commerce, en grosses bûches , recouvertes quelquefois de leur écorce qui est grise, compacte, résineuse, de saveur amère, présentant à sa surface interne une infinité de petits cristaux brillants, probablement d'acide benzoïque. Le bois lui-même est très-dur, très-pesant, composé .d'un cœur brun verdâtre, et d'un aubier jaune, moins compacte, sans odeur, si ce n'est quand on en brûle la ràpure (rasura ligni guajaci). Voici, suivant Tromsdorff, la composition du bois de Gaïac : résine particulière abondante, résine particulière en petite quantité, soluble dans l'ammoniaque; matière extractive; extractif muqueux.

L'écorce a une composition analogue.

C'est la résine de Gaïac qui est la partie active de ces deux substances.

Tisane de Gaïac.

Pr. : Bois de Gaïac râpé, 32 à 250 gram. Eau, 1000

Faites bouillir jusqu'à réduction de moitié, passez.

Extrait de Gaïac.

Pr. : Bois de Gaïac râpé, Eau distillée,

1 part.

Préparez par décoction, décantez, et évaporez en consistance d'extrait.

On prépare aussi un sirop de Gaïac avec 1 partie de Gaïac râpé et 4 parties de sirop simple.

Teinture alcoolique de Gaïac.

Pr. : Bois de Gaïac, 1 part.

Alcool à 5G"(21° Cart.), 8

Faites macérer pendant huit jours, passez avec expression et filtrez

La résine de Gaïac (résina guajaci) suinte spontanément ou à l'aide d'incisions de la partie corticale. Elle est en masses irrégulières, friables, demi-transparentes, d'un brun verdâtre, d'une saveur acre et

prenant à la gorge, brûlant en donnant une odeur benzoïque agréable. Elle est soluble dans l'alcool, peu soluble dans l'eau, insoluble dans les huiles fines. Brandes la regarde comme une résine de nature particulière, qu'il appelle Guaïacine.

La résine de Gaïac du commerce est, d'après Buchner, composée de : résine ou guajacine, gomme, extractif, impuretés.

Elle est employée en médecine sous forme de poudre, de pilules ou de potion; dans ce dernier cas, on la divise au moyen d'un mucilage ou d'un jaune d'oeuf.

Émulsion de la résine de Gaïac (Cullen).

Prr : Racine de Gaiac, 50 cent, à 1 gram. Gomme arabique, 4

Eau, 125

Teinture alcoolique de résine de Gaïac.

Pr. : Résine de Gaïac , Taûa,

22 gram.

Concassez la racine, faites la digérer dans le tafia pendant quinze jours. Cette teinture est le remède des Caraïbes, si vanté pour la goutte.

Savon de résine de Gaïac.

Pr. : Résine de Gaiac, 1 part.

Savon médicinal, 2

Alcool à 88° (31° Cart.), q. s'.

Faites dissoudre, filtrez et évaporez en consistance pilulaire.

La même préparation, faite avec parties égales de résine et de savon qu'on fait dissoudre dans l'alcool rectifié, constitue la mixture résino-savonneuse de Plenck.

2° Salsepareille. On connaît sous ce nom les racines de plusieurs espèces du genre Smilax (famille des Asparaginées), lesquelles sont toutes originaires de l'Amérique méridionale.

Il en faut distinguer au moins trois sortes commerciales : r la Salsepareille officinale, 2° la Salsepareille rouge, 3° la Salsepareille caraque. On peut négliger : 1° la Salsepareille de la Véra-Cruz (Guib.); 2° la Salsepareille du Brésil, dite à tort de Portugal; 3° la Salsepareille ligneuse, et 4° la Salsepareille blonde de Tampico, parce qu'elles sont rares et inusitées.

Salsepareille officinale , appelée aussi S. de Honduras. Cette espèce doit être probablement rapportée au Similax officinalis de Humboldt, puisque ce savant botaniste ne parle pas du Sm. sarsaparilla ou salsaparilla, auquel on l'attribue communément.

Le Smilax officinalis (H.), comme ses congénères, est une plante dioïque, à tige sous -frutescente, munie d'aiguillons, à

feuilles ovales-oblongues, acuminées, cordiformes , coriaces , glabres et portant 5-7 nervures.

Les racines, qui sont seules usitées, sont fibreuses, longues de plusieurs pieds, de la grosseur d'une plume d'oie, cylindriques, flexibles et cannelées longitudinalement à cause du retrait qu'a subi, par la dessiccation, la couche herbacée de l'écorce, l'épiderme conservant à peu près ses dimensions.

Cet épiderme est cendré lorsqu'il est dépouillé de l'humus noirâtre qui le recouvre souvent. L'écorce intérieure est d'un blanc rose et séparée du méditullium blanc par une ligne rose plus prononcée.

L'odeur de cette racine est presque nulle. Sa saveur mucilagineuse et amère appartient à l'écorce, ainsi que l'a fait voir Richard Barthley; la partie médullaire est simplement amylacée, et de plus inerte, suivant le docteur Pope.

Le principe actif de la Salsepareille officinale, comme des autres espèces, est un corps neutre, en cristaux rayonnes , inodore, incolore, d'une saveur acre et amère. Légèrement soluble dans l'eau, à laquelle il communique la propriété de mousser, il se dissout dans l'alcool mieux à chaud qu'à froid.

Tubœuf lui a imposé le nom de Salseparine, qui semble devoir être consacré, puisqu'il l'obtint le premier à l'état de pureté.

Cependant c'est la même substance qui avait été autrefois découverte presque en même temps par Folchi, dont elle reçut le nom de Smilacine, et Palotti, qui l'appela Parigline.

Les autres matières isolées dans la Salsepareille sont une huile volatile, une résine acre et amère, une matière huileuse, de l'extractif, de l'amidon en forte proportion et de l'albumine.

L'histoire chimique de la Salsepareille officinale convient aux deux espèces suivantes.

Salsepareille rouge, dite de la Jamaïque. Ses racines, plus souples et plus faciles à fendre que celles des autres Salsepareilles, ne sont pas chargées de terre et présentent un épiderme d'un rouge orangé caractéristique, bien qu'il soit quelquefois gris ou blanchâtre sur les mêmes souches.

Cette espèce est très-bonne; on ne sait pas précisément à quel Smilax il faut l'attribuer.

Salsepareille caraque. Elle vient en troisième lieu sous le rapport de l'efficacité. Ses racines sont d'un gris pâle, un peu rougeàtres à l'extérieur, et souvent chargées de faisceaux de fibrilles ou chevelu. Le méditullium et très-blanc.

Il existe une variété dont les racines sont très-courtes, flexueuses etdifficiles à fendre.

La Salsepareille caraque est peut-être fournie par le Smilax syphililica. Jusqu'ici les praticiens qui avaient le plus employé la Salsepareille conseillaient les longues in*

SUDOmFfQUÈS.

bol

fusions, les décoctions ou macérations trèsrapprochées de cette racine sudorifique , regardant cette manière de faire et d'administrer comme la plus avantageuse dans les maladies chroniques, où l'on a besoin de porter énergiquement à la peau.

Depuis quelque temps, plusieurs pharmaciens distingués ont pensé autrement.

Ils prétendent qu'une décoction ordinaire ou qu'une infusion peu prolongée sont préférables à l'ancien procédé, consistant en de très-longues ébullitions et des décoctions très-concentrées, MM. Mérat et Lens se sont élevés contre ces derniers, et continuent à recommander la vieille manière de faire, et ils en appellent pour cela à l'expérience bien acquise des avantages que, dans le traitement de syphilis constitutionnelles, on retire des fortes décoctions de Salsepareille, ainsi que des sirops sudorifîques de Cuisinier, de Mittié, etc., de la tisane de Feltz, du rob de Laffecteur, etc. Ils ajoutent qu'en se conformant à la nouvelle méthode conseillée par MM. Guibourt, Soubeiran. Pelletier, il faudrait faire prendre aux malades d'énormes quantités de tisane de Salsepareille, ce qui fatiguerait beaucoup leur estomac. Cette dernière fin de non-recevoir est moins valide que la première, à laquelle nous souscrivons; car si, comme le pensent les habiles pharmacologistes cités plus haut, la simple décoction est préférable à celle qui est très-rapprochée, elle doit, avec la même quantité, produire des effets semblables et même plus marqués.

Quoi qu'il en soit, les préparations de Salsepareille les plus employées sont : la décoction faite avec 120 grammes (4 onces) pour 1000 grammes (2 livres) d'eau, et réduction au tiers, et le sirop de Cuisinier, qui se composedes quatre bois sudorifîques. On prend la première à la dose de 500 à 1000 gramm. (1 demi-litre à 1 litre) par jour, et le second à celle de GO à 120 grammes (2 à 4 onces), pur, ou plutôt servant à édulcorer la décoction ou toute autre boisson sudorifique. Nous ne parlons pas de l'administration de la Salsepareille en poudre ou en extrait, parce que ces formes sont peu usitées et ne valent pas les précédentes.

3° La Squine, Radix Chinœ, smilax Chinée. Arbuste sarmenteux de la même famille que la Salsepareille dont il est trèsvoisin, croissant comme elle dans l'Amérique méridionale et aussi en Chine. On se sert de la l'acine, qui est de la grosseur du poing, ligneuse, lourde, noueuse, dense, assez dure, recouverte d'une écorce lisse d'un rouge brun, intérieurement d'une teinte plus foncée. Elle est sans odour et d'un goût âpre. On l'emploie en décoction comme la précédente, mais rarement seule et presque toujours associée aux autres racines sudorifîques.

4° Le Sassafras. Laura sassafras. Radix et Cortex sassafras. Arbre de la famille des Laurinée?. , originaire de l'Amérique du

Nord. On emploie le bois, l'écorce et la racine. L'écorce est d'un rouge brun, d'une ligne d'épaisseur, tachetée çà et là par des îlots d'épiderme grisâtre. Elle est spongieuse à l'extérieur, lisse à l'intérieur; son odeur est violente et aromatique, sa saveur forte et piquante. Le bois est grisâtre, léger, à veinures concentriques. Son odeur est agréable, sa saveur presque nulle. Il rougit par le contact de l'acide nitrique, qui est, comme on l'a dit, sa pierre de touche. Ce sudorifique est plus énergique que la Squine. Il n'est guère employé que conjointement avec les trois précédentes ou l'un d'eux. Son infusion, qui est le meilleur mode d'administration, se fait avec 30 à 68 grammes (1 à 2 onces) du bois pour 500 à 1000 grammes (l à 2 livres) d'eau. On en retire une huile essentielle employée à la dose de quelques gouttes.

On trouvera aux chapitres des Médicaments altéranls et de la Médication altérante un grand nombre de considérations applicables aux Bois sudorifîques que nous venons de décrire, caries Dois dits sudorifîques sont aussi quelquefois utiles, non pas en déterminant une plus abondante exhalation cutanée, mais en modifiant la nutrition d'une manière lente et générale, indépendamment de la production de toute évacuation par la peau où par toute autre voie. Il arrive aussi assez souvent que ces Bois sudorifîques ne manifestent pas leur action sur la peau par une plus grande activité de ses fonctions perspiratoires, mais en déterminant à sa surface diverses éruptions qui sont quelquefois le but de là médication. Ils agisssent alors comme de véritables dépuratifs, et nous aurions pu ici placer les agents qu'on désigne ordinairementsouscenom; comme aussi ceux dont il vient d'être question auraient pu figurer à côté de la bardane, de la patience, etc. Pourtant les cas spéciaux dans lesquels les uns et les autres sont employés et le but qu'on se propose en général en les prescrivant, nous ont autorisés à les séparer.

Les Solanées nonvireuses ont bien aussi quelques droits à la propriété sudorifique ; ainsi, la morelle noire, Solanùm nigrum, peut au besoin servir à ce titre, et mieux encore ladouce-amère, SoZemwmduZcamara.

Cette dernière surtout a joui d'une grande réputation dans le traitement des maladies chroniques de la peau, principalement chez les enfants, et ce n'est pas sans quelque fondement. Elle détermine des picotements, des démangeaisonsàlapeau, diverses éruptions, etc., une perspiration plus abondante de la surface cutanée. Ces plantes ont été décrites à la suite des So'anées vareuses. On se rappellera qu'elles ont, quoique très-faibles, une action stupéfiante sur le système nerveux.

Nous ne ferons que mentionner, pour compléter notre section des excitants sudorifîques, la Canne de Provence, Ârundo donax, de là famille des Graminées. C'est un des sudorifîques les plus usités dans la

médecine domestiquepour faire passer le lait Astragalus escapus, delà famille des Lé-

des nouvelles accouchées. Bien que, dans gumineuses; le bois de Santal rouge, Pte-

ce cas, unétatincessamment diaphorétique rocrpus santalinus, arbre de la famille

de la peau soit une très-uiile condition de précédente; la Scabieuse, Scabiosa arvensis,

guérison, nous pensons que d'autres émonc- de la famille des Dipsacées, les feuilles de

toires sont plus appropriés que le tégument Cassis, Ribes nigra, de la famille des Ribe-

externe aux évacuations alors nécessaires, siés; la racine du Scorzonère, Scorzonera

Le Roseau à balais, Arundo phragmites, hispanica, de celle des Synanthérées, les

de la même famille que le précédent; la ra- pétales de l'OEillet rouge, Dianthus ca-

cine du Dompte-venin Asclepias vincetoxi- ryophyllus, sic. Le sirop de ce dernier sert

cum. de la famille des Apocynées; celle de souvent a édulcorer des potions excitantes

l'Asclépiade tubéreuse, Asclepias tuberosa, qu'on prescrit pour déterminer un mouve-

dela même famille; l'Astragale sans tige, ment vers la peau.

DIURETIQUES,

OU MÉDICAMENTS DONT L'ACTION EXCITE PLUS SPÉCIALEMENT LA SÉCRÉTION URINAIRE.

Dans toutes les classes d'agents thérapeutiques pris dans la Matière médicale ou hors d'elle , on trouve de nombreux moyens d'augmenter la sécrétion des reins; mais ici, comme pour les sudorifiques , nous ne sommes tenus d'indiquer que les substances excitantes qui, par une sorte d'élection, sollicitent plus particulièrement la fonction uropoiétique. Le but et la raison de cette médication spéciale, les cas où elle est applicable, les conditions qui en favorisent le succès, celles qui en annulent les effets ou la contre-indiquent, sont autant de considérations qu'on trouvera distribuées à leur place naturelle, dans plusieurs médications, principalement l'excitante et Y antiphloyistique , etc.

La plupart des substances diurétiques, celles surtout que fournit le règne végétal, jouissent d'une propriété sédative assez marquée sur le centre circulatoire, dont elles ralentissent les mouvements. Il faut tenir compte de ce fait important lorsqu'on recherche les indications de la Médication diurétique, de même qu'à propos de la Médication sédative on doit songer à la propriété diurétique d'un grand nombre des agents de cette médication. Ainsi, le froid est le plus puissant des sédatifs , et il est un des diurétiques les plus actifs, les moins inconstants, et vice versa. Les diurétiques de la Matière médicale, la digitale, par exemple, sont aussi des sédatifs assez puissants. L'honneur des classifications souffre sans doute de cette multiplicité de propriétés appartenant au même agent, mais nous ne saurions en être responsables, et il serait injuste d'exiger une grande rigueur de classification en présence de matières qui laissent un si vaste champ à l'arbitraire et aux manières de voir.

Le règne minéral fournit d'assez nombreux diurétiques. Tous sont des sels à base de soude ou de potasse. Ce qu'ils ont de plus remarquable, c'est leur nullité d'action en tant qu'excitants généraux. Ainsi, qu'ils augmentent ou non la quantité des urines, jamais ils n'activent primitivement la chaleur animale, jamais ils n'accélèrent la circulation, etc. On les .voit bien, à défaut de diurèse, produire l'exagération de quelque autre

fonction secrétoire ou exhalante, mais non pas, nous le répétons, les phénomènes qui attestent une stimulation générale, à moins qu'ils ne soient administrés à très-hautes doses ou dans des conditions phlogistiques de l'organisme. Us sont plutôt propres à la combattre. Nous ne parlons pas des effets toxiques que peuvent déterminer de grandes quantités de ces sels. Ce sont Y azotate de potasse, les sous-carbonate, bicarbonate, et acétate de potasse et de soude.

Le règne animal ne nous offre à étudier qu'un seul diurétique , c'est l'Urée.

L'Urée, Urea, est un principe immédiat contenu dans l'urine de l'homme et des mammifères. Elle a été découverte par Rouelle, en 1773, mais impure. C'est Fourcroy et Vauquelin qui lui ont donné son nom. MM. Berzelius et W. Prout l'ont enfin obtenue pure et incolore. Elle est alors sous la forme de longs cristaux lamelleux, aiguillés ou prismatiques, incolores, brillants, nacrés, inodores, d'une saveur fraîche, piquante, ne rappelant nullement celle de l'urine. Elle ne s'altère pas à l'air, est très-soluble dans l'eau et l'alcool ; la vapeur qu'elle répand lorsqu'on la jette sur des charbons ardents est fortement ammoniacale. On l'obtient en traitant par l'acide azotique l'urine réduite à consistance sirupeuse. 11 se précipite de l'azotate acide d'Urée, qu'on décompose par le sous-carbonate de potasse. L'Urée mise à nu est alors dissoute dans de l'alcool qu'on fait évaporer jusqu'à formation de cristaux. Ceux-ci sont ensuite décolorés par le charbon animal, et constituent l'Urée que nous venons de décrire.

Cette substance s'administre, d'après MM. Ségalas et Fouquier, en solution, dans de l'eau distillée et édulcorée, depuis la dose de 2 à A grammes (1 demi-gros à 1 gros) par jour. Ses effets généraux sont nuls.

C'est du règne végétal que la Matière médicale tire ses plus nombreux diurétiques. A leur tête, nous devrions peut-être placer la digitale; mais ses propriétés contro-stimulantes ou sédatives très-marquées , et qui méritent d'être étudiées séparément de son actioYi diurétique, nous ont déterminés à en renvoyer l'histoire aux médicaments sédatifs. Ceux qui comprendront bien les indications de la Médication diurétique, sauront avoir recours à cette plante et en chercher les préparations et les modes d'administration là où nous les avons exposés. Nous traiterons d'abord avec quelques détails de l'azotate, du chlorate et de l'acétate de potasse , pour passer ensuite à l'étude des principaux végétaux diurétiques.

Le Nitrate de potasse, sel de nitre, sal- est fraîche. Il est inaltérable à l'air; insopêtre puriiié, Azotate dépotasse, est blanc, lubie dans l'alcool absolu; soluble dans cristallisé en prismes hexagones. Sa saveur l'eau , surtout dans l'eau chaude.

L'Azotate de potasse du commerce con- priétés diurétiques; telles sont en eénéral tient quelquefois du chlorure de sodium, les borraginées, tels sont le grand tournesol, sophistication que l'on constate à l'aide du et surtout la pariétaire, nitrate d'argent , qui forme, dans la solu- Le sel de Nitre existe, assez abondamtion de l'Azotate de potasse, un précipité de ment dans les lieux où se décomposent les chlorure d'argent. matières animales; on le voit s'dïïeurir à Le Nitrate de potasse s'administre en la surface du sol, et c'est des vieux plâtras poudre, ou mieux dans une tisane, dans du qu'on le retire habituellement chez nous, vin blanc, dans une émulsion. On emploie la lixiviation; mais l'eau dis- Nombre de plantes, qui croissent dans les sout en même temps des nitrates de chaux conditions où l'Azotate de potasse prend et de magnésie, qui sont ultérieurement naissance, renferment une assez forte pro- convertis en Nitrate de potasse. portion de ce sel pour lui devoir des pro-

THLIUPEUTIQUE.

Bien que l'on puisse lire dans YApparatus medicaminum de Gmelin le résumé assez indigeste des travaux presque innombrables qui ont été faits sur le Sel de nitre , et que les journaux de médecine , publiés depuis le commencement de ce siècle, contiennent beaucoup de faits relatifs à l'action de ce sel, il s'en faut de beaucoup que son histoire physiologique et thérapeutique soit complète; aussi nous bornerons-nous à l'énoncé rapide des assertions nombreuses qui se trouvent consignées dans les divers auteurs, regrettant de n'avoir pas fait nous-mêmes assez d'expériences pour appuyer ou pour infirmer ce qui a été dit sur ce médicament.

Action physiologique de l'Azotate de Potasse.

Les expériences de Jœrg ont démontré, d'une manière positive, que l'Azotate de potasse, pris par des hommes bien portants , d'abord à la dose de 5 centigrammes (1 grain), deux fois par jour, et graduellement jusqu'à la dose de 1 à 8 grammes (20 grains à 2 gros), augmente ordinairement la sécrétion urinaire, et modifie à peine la sécrétion cutanée ; qu'il exerce d'abord une action sédative générale bientôt suivie d'une réaction assez énergique.

Ces expériences concordent assez bien avec celles qui avaient été faites antérieurement, et avec celles plus nombreuses et mieux entendues qui ont été instituées assez récemment.

A dose élevée, 15, 20, 30 et 40 grammes par jour (une demi-once à 4 once l quart), et même davantage, le Nitrate de potasse détermine plus vivement encore l'action diurétique, mais quelquefois aussi de l'ardeur d'urine, de la dysurie, et même la suppression totale de la sécrétion rénale; il donne lieu à quelques nausées, à du dévoiement; mais, en même temps, il semble exercer sur l'économie une stupéfaction considérable, caractérisée par un sentiment de défaillance, des lipothymies, un refroidissement général, des vertiges, un affaiblissement du pouls, accidents qui peuvent être portés jusqu'à la prostration, et même jusqu'à la mort. Ce n'est pas que de si graves désordres se remarquent fréquemment ,- mais des expériences, rapportées en grand nombre dans le Traité de toxico-

logie d'Orfila, ne permettent pas de douter que, aux doses que nous venons d'indiquer, l'Azotate de potasse ne puisse, dans des cas fort rares il est vrai, devenir un poison mortel.

Si donc les toxicologistes ont exagéré les dangers du Nitrate de potasse, d'autre part quelques thérapeutistes, et M. Gendrin en particulier, ont eu peut-être le tort de contester d'une manière trop absolue le danger possible de très-hautes doses de Sel de nitre.

Cette action stupéfiante du Nitrate de potasse peut aller jusqu'à donner à l'économie une diathèse asthénique fort remarquable; ainsi les expériences de Pilger démontrent que, chez un animal atteint de lièvre inflammatoire* on voit se développer rapidement des accidents typhoïdes, si l'on donne des doses trop élevées de Sel de nitre.

Faut-il croire maintenant aux propriétés anaphrodisiaques de ce médicament, propriétés indiquées par Hummel [Tractât, de Arth.), et que l'on eut de fréquentes occasions de constater, suivant cet auteur, lorsque l'usage du Sel de nitre étant devenu à la mode par suite de l'usage qu'en avait fait le chancelier Bacon, on en vint même à prendre l'Azotate de potasse comme préservatif de l'inflammation ?

, Action thérapeutique.

Presque toutes les propriétés thérapeutiques de l'Azotate de potasse se préjugent par l'action physiologique de ce sel. C'est surtout comme diurétique, comme sédatif que ce médicament a été employé.

Le Sel de nitre est d'un usage populaire dans toutes les hydropisies, dans le but d'activer la sécrétion urinaire, la plus puissante des sécrétions éliminatoires. Mais si l'on doit reconnaître volontiers que, dans les épanchements séreux peu graves, l'Azotate de potasse rend de véritables services, il est à peu près inutile quand les épanchements ne sont pas presque exclusivement de nature séreuse, il est nuisible lorsque l'hydropisie dépend d'une affection chronique des reins, ce qui malheureusement est assez commun.

L'action sédative de l'Azotate de potasse a été particulièrement utilisée par Macbrige, par Broclesby, et plus récemment.par M. Gendrin dans les fièvres inflammatoires, et notamment dans celle qui se lie au rhumatisme articulaire aigu. Les faits nombreux que M. Gendrin a publiés conjointement avec M. Aran dans le numéro de février 1841 du Journal des Connaissances médico-chirurgicales , ne permettent pas de révoquer en doute l'action hyposthénisante du Nitrate de potasse, et son utilité dans le rhumatisme articulaire aigu et fébrile.

En serait -il de même dans les fièvres inflammatoires liées à la phlegrnasie de la plèvre, du poumon, etc., etc.? Nous ne nous permettrons pas de résoudre la question, mais nous inclinons à penser que le Sel de nitre opérerait utilement dans ces circonstances, nous fondant, d'abord sur des faits divers épars dans les auteurs, et surtout sur cette curieuse obii. 36

servation de Beecher qui constate la diminution de la lymphe plastique dans le sang de ceux qui, atteints d'une fièvre inflammatoire, prennent l'Azotate de potasse à hautes doses.

C'est encore en vertu de cette action sédative que le Sel de nitre a joui, dans le siècle dernier, d'une réputation antihémorrhagique que lui avait value l'autorité de Stahl et de Dickson, et que, de nos jours, Laennec a confirmée par sa propre expérience ; mais il convient de dire que, s'il est incontestablement utile dans les hémorrhagies actives, il nuit évidemment dans les hémorrhagies passives.

Mode d'administration et doses.

Comme diurétique, dans les cas ordinaires, le Sel de nitre se donne, dans la boisson ordinaire des malades, à la dose de 1 à 10 grammes (20 grains à 2 gros et demi) par jour chez les adultes; pour les enfants, il convient de ne pas dépasser 25 à 50 centigrammes (5 à 10 grains).

Dans les hémorrhagies actives et dans la fièvre inflammatoire, notamment dans les fièvres rhumatismales, on le donne dissous dans un, deux ou trois pots de tisane, à la dose de 15 à 60 grammes (une demi-once à 2 onces), mais il faut commencer par 15 grammes (une demi-once) au plus, et n'augmenter que lorsque l'on aura constaté par l'expérience d'un jour la susceptibilité du malade.

Le Chlorate de potasse a été découvert en 1786 par Berthollet. Préconisé et abandonné tour à tour; tantôt considéré comme un agent excessivement actif ou regardé comme à peu près insignifiant, ce médicament peut être cité comme un curieux exemple des vicissitudes thérapeutiques. Depuis deux ans, comme chacun le sait, le Chlorate de potasse, a de nouveau fixé l'attention publique; on peut même dire qu'il a été pendant quelque temps l'objet d'une vogue ridiculement exagérée, qui d'ailleurs commence à se calmer un peu.

Quelques travaux importants ont été publiés sur les propriétés de ce médicament ; parmi ces travaux nous distinguerons particulièrement la thèse de M. Isambert, qui nous servira ici de principal guide.

Ce fut vers l'année 1796 que le Chlorate de potasse entra dans la thérapeutique sous l'empire d'une théorie chimique qui faisait jouer un trèsgrand rôle aux acides et aux oxydes sur l'organisme, théorie complètement illusoire, et qui ne trouva nullement dans le muriate suroxygéné de potasse les avantages qu'elle croyait devoir en attendre.

Depuis lors, on essaya d'utiliser ce sel contre la syphilis ; ensuite on l'employa à titre de stimulant dans un certain nombre de maladies de

nature asthénique, tels que le scorbut, l'angine maligne, et puis contre certaines affections nerveuses, entre autres contre l'ictère spasmodique.

A une époque plus rapprochée de nous, en 1819,Chaussier reprit l'étude de ce médicament, et au moyen d'expériences faites sur lui-même, il lui fut facile de reconnaître que le Chlorate de potasse n'avait nullement l'énergie qu'on lui avait jusqu'ici supposée très-gratuitement, et montra qu'on pouvait l'administrer sans inconvénient à des doses élevées. Ajoutons d'ailleurs qu'il le recommanda comme vulnéraire dans les chutes, les contusions et les coups violents.

Au milieu du discrédit à peu près général dans lequel il était tombé, il faut dire pourtant que le Chlorate de potasse avait toujours conservé des partisans dans quelques médecins anglais et allemands. Ainsi, en 1845, Tedeschi l'employait en lotions sur un ulcère cancéreux ; en 4847, M. Hunt s'en servait contre la gangrène de la bouche chez les enfants ; M. West et le docteur Henoch contre la stomatite ulcéreuse. Enfin, en 1853, M. Babington en fit usage également dans une épidémie de gangrène de la bouche. A Genève, ce remède était resté aussi dans la pratique de quelques médecins qui l'employaient notamment contre l'ictère et contre certaines stomatites. D'autre part, lors de la dernière édition de cet ouvrage, en 1855, nous mentionnions quelques essais qui avaient été faits dans le rhumatisme articulaire aigu, par le docteur Socquet, de Lyon, qui avait cru reconnaître à ce médicament des propriétés contro-stimulantes et altérantes. •

Enfin, en 1855, M. le docteur Herpin, de Genève, appela fortement l'attention des médecins de Paris sur ce médicament, à peu près inusité parmi nous, et démontra expérimentalement son efficacité dans la stomatite mercurielle. Bientôt M. Blache en étendit l'usage à la stomatite ulcéromembraneuse; nous-mêmes, nous répétâmes ces expériences sur cette même maladie et sur les affections diphthéritiques. M. Isambert, alors interne de M. Blache, suivit avec soyi et intelligence les nombreux essais qui se faisaient à l'hôpital des Enfants, et de plus, il fit sur lui-même un trèsgrand nombre d'expériences à l'aide desquelles il parvint à mieux déterminer l'action physiologique de ce médicament. Nous allons consigner ici les résultats les plus importants de ces expériences.

Effets physiologiques.

Au moment de sa découverte, on avait pensé que le Chlorate de potasse se fixerait ou se décomposerait dans nos organes, auxquels il céderait de l'oxygène; mais l'expérience vint démontrer au contraire que, pris à l'intérieur, il est absorbé avec une très-grande rapidité, et très-promptement éliminé en nature par la plupart des organes sécrétoires. Les deux principales voies d'élimination sont les reins et les glandes salivaires ; viennent ensuite les muqueuses nasale, buccale, bronchique, et enfin la surface cutanée.

Le phénomène le plus remarquable et pour ainsi dire caractéristique qui suit l'ingestion du Chlorate de potasse à une dose un peu élevée (8 à 20 grammes par jour), consiste dans une salivation d'autant plus abondante qu'on élève davantage les doses, salivation s'accompagnant d'un goût salin qui persiste pendant tout le temps que dure l'élimination par cette voie. Cette sialorrhée paraît être le résultat combiné de l'augmentation de sécrétion, non-seulement des glandes salivaires, mais des follicules de la muqueuse buccale. En même temps on observe une action tout à fait analogue sur les muqueuses buccale, pharyngienne et laryngienne.

Le Chlorate de potasse agit encore comme excitant de la fonction de l'estomac, il augmente notablement l'appétit, qui même dévient excessif dans quelques cas. Il paraît d'ailleurs sans action sur l'intestin, au moins comme purgatif. Mais il exerce une modification sur la sécrétion biliaire qu'il excite légèrement, si l'on en juge du moins par la coloration verte des garde -robes.

Sur la sécrétion urinaire , l'action du Chlorate de potasse est des plus marquées, si l'on use de doses élevées : l'émission des urines est plus fréquente et plus abondante, et l'urine est rendue fortement acide.

Donné à haute dose, ce sel possède une action contro-stimulante sur la circulation, du moins à l'état pathologique. Il en est de même pour le système nerveux général sur lequel il paraît exercer une véritable sédation, si toutefois il est permis de regarder sa propriété antinévralgique comme bien démontrée.

En résumé, le Chlorate de potasse possède une action élective des plus marquées sur la sécrétion des glandes salivaires dont il modifie la vitalité; et, chose remarquable, nous allons voir bienlôt qu'avec cette élimination toute spéciale de ce sel par les glandes salivaires, et par les glandes buccales et pharyngiennes, correspond précisément une sorte de spécificité d'action sur les maladies qui ont pour siège la bouche et l' arrière-gorge.

Effets thérapeutiques.

Gangrène de la bouche . Hunt, en 4847, est le premier qui ait proposé le Chlorate de potasse contre la gangrène de la bouche. Il l'employait à la dose de 1 à 2 grammes, et dès le second ou troisième jour, il en constatait les bons effets. West, et plus récemment M. Babington, confirmèrent ces heureux résultats, soit que ces médecins eussent affaire à la gangrène véritable de la bouche, soit qu'ils confondissent parfois cette dernière maladie avec la stomatite ulcéro-membraneuse. Les faits observés à Paris, à l'hôpital des Enfants, tout en militant en faveur de ce moyen, ne sont pas encore assez nombreux, ni assez décisifs pour en spécifier parfaitement l'indication et le mode d'action dans la véritable stomatite gangreneuse.

Stomatite mercunelle. Il n'en est pas de même pour la stomatite mercurielle qui est, on peut le dire hautement, le véritable triomphe du Chlorate de potasse.

Guidé sans doute par les travaux de Hunt et de Chanal, M. Herpin, de Genève, avait pressenti tout le parti qu'on pourrait retirer de ce sel dans la salivation mercurielle. Le succès dépassa toutes ses prévisions. En effet, donné à la dose de 2 à 4 grammes par jour, il a un succès presque constant, surtout si Ton attaque la stomatite à une époque très-rapprochée de son début, et si l'on a l'attention de seconder le traitement par des soins de propreté. Ce remède doit être continué trois ou quatre jours de suite, surtout si la salivation n'est pas toute récente et si l'inflammation buccale a une certaine intensité. Un des premiers signes de l'amélioration produite par ce médicament consiste dans le retour de la teinte normale des gencives, et dans la disparition de cette coloration livide ou violacée qui caractérise le début de la stomatite mercurielle. Presque en même temps on observe une diminution dans la douleur, dans la tuméfaction des gencives et dans l'abondance du flux salivaire ; et puis les dents ne tardent pas à se nettoyer.

Les heureux résultats annoncés par M. Herpin ne tardèrent pas à être vérifiés de toutes parts; et aujourd'hui, grâce aux expériences les plus nombreuses et les plus décisives, il est permis de considérer le Chlorate de potasse, employé à l'intérieur, sinon comme un spécifique infaillible, au moins comme le moyen le plus généralement efficace contre la stomatite mercurielle.

Disons qu'au lieu de l'employer à l'intérieur, M. Lasègue Ta administré dans la stomatite mercurielle sous forme de gargarismes et de collutoires concentrés, en ayant soin de faire chauffer l'eau à 30 ou 40°, car le Chlorate de potasse est très-peu solubleà froid. Par ces applications topiques, on a obtenu également de très-notables avantages, soit dans la stomatite mercurielle, soit dans quelques affections scorbutiques des gencives. Mais le plus sûr serait d'employer concurremment les deux modes d'administration.

Ajoutons que M. Ricord a eu recours au Chlorate de potasse, non-seulement pour guérir la stomatite mercurielle lorsqu'elle existe, mais encore pour en prévenir le développement pendant l'usage des préparations mercurielles, et il a montré par des faits nombreux qu'au moyen de cette précaution on réussit souvent à tenir en échec des salivations qui paraissaient imminentes.

Stomatite conenneuse, diphthéritique ou ulcéro-membraneuse. On doit à West d'avoir le premier nettement formulé l'emploi du Chlorate de potasse à l'intérieur contre cette maladie qui, ainsi que chacun le sait, se présente sous la forme d'ulcérations recouvertes de plaques pseudo-membraneuses, et ayant leur siège soit sur les gencives, soit sur les joues. On connaît d'ailleurs le caractère réfractaire de cette affection, qui dure souvent plusieurs mois et qui est très-sujette à récidive.

M. Blache, reprenant les expériences de West, a traité comparativement des enfants par la cautérisation avec l'acide chlorhydrique fumant ou par le chlorure de chaux sec? d'une part, et parle Chlorate de potasse, d'autre

part. Chez les premiers, la durée moyenne du traitement a été de vingt jours, tandis que chez les seconds la guérison a été complète en cinq à six jours, sans qu'il y ait eu de récidive. Cette efficacité vraiment remarquable du Chlorate de potasse dans la stomatite ulcéro- membraneuse a été confirmée depuis par un grand nombre d'observations recueillies par MM. Barthez, Bergeron, Frémy, etc. Il y a surtout cela de notable dans les faits de M. Bergeron, qu'avec le Chlorate de potasse il avait obtenu une amélioration rapide alors que les cautérisations avaient échoué dans plusieurs cas. Ajoutons toutefois que ce médicament, après avoir fait disparaître les plaques pseudo-membraneuses en deux ou trois jours, reste quelquefois impuissant contre l'ulcération sous-jacente, et qu'il devient nécessaire de le porter à doses beaucoup plus fortes, ou de lui associer les cautérisations avec le nitrate d'argent.

M. Isambert, qui a fait sur ce point particulier des observations pleines d'intérêt, insiste tout particulièrement sur la possibilité de la récidive et sur l'utilité de prolonger quelque temps l'usage du médicament après la chute de la fausse membrane. En outre, après avoir fait ressortir les succès du Chlorate de potasse dans la stomatite ulcéreuse, il met en opposition l'impuissance de ce même médicament contre la pyorrhée interalvéolaire, qui cède généralement aux applications topiques avec la poudre de quinquina et de charbon, avec le chlorure de chaux sec, et surtout à la cautérisation par l'acide chlorhydrique fumant appliqué au moyen d'un pinceau très-fin.

Aphthes, muguet. Administré à l'intérieur chez les enfants, le Chlorate de potasse n'a pas paru à M. Legroux avoir d'action évidente sur le cryptogame qui se développe sur la muqueuse buccale. Il est probable que, dans ce cas, l'emploi topique de ce médicament offrirait plus d'avantage. Toutefois, nous devons dire que dans les essais que nous avons tentés, ce sel nous a paru céder le pas au borax et à l'alun.

Angine couenneuse. Les succès obtenus dans la stomatite ulcéro-membraneuse devaient tout naturellement conduire à essayer le Chlorate de potasse dans l'angine couenneuse. M. Blache a encore eu ici l'initiative. Les premiers résultats, sans être aussi satisfaisants que dans cette première maladie, ne laissaient pas néanmoins que d'être encourageants. Depuis lors, les faits se sont multipliés de toutes parts, et ces faits autorisent à considérer le Chlorate de potasse, sinon comme un remède sûrement efficace, au moins comme pouvant rendre quelques services dans cette grave maladie. Mais, à cet égard, il importe de faire une observation. On sait que l'angine couenneuse revêt des caractères de gravité bien différents, suivant qu'on l'observe à l'état sporadique ou à l'état épidémique, et par conséquent, il serait souverainement irrationnel de tirer des conclusions d'expériences thérapeutiques faites dans des conditions aussi peu comparables.

Or s'il est vrai que dans l'angine maligne, surtout régnant épidémiquement, le Chlorate de potasse échoue le plus généralement, comme échouent

d'ailleurs la plupart des autres médications, on ne peut nier, d'autre part, que ce même moyen n'ait procuré des succès dans des circonstances tout autres, c'est-à-dire lorsque l'angine couenneuse offrait des chances de curabilité. A cet égard, les observations recueillies à l'hôpital des Enfants, ou publiées par un grand nombre de médecins, soit de Paris, soit de la province, ne permettent guère le doute. Nous dirons donc, avec M. Isambert, que l'utilité du Chlorate de potasse, dans les cas de moyenne intensité, nous paraît démontrée non-seulement par son succès réel et définitif, mais même par son action toute spéciale et en quelque sorte élective sur la muqueuse pharyngienne, identique à celle qu'on observe dans la stomatite couenneuse. Le retour de la couleur rose, la chute des fausses membranes, l'abaissement du pouls, sont souvent obtenus dans un espace de temps qui est sensiblement le même dans les deux cas. Ce même observateur ajoute d'ailleurs que la cautérisation, employée concurremment, ne lui paraît accélérer en rien l'action du Chlorate, et dans quelques cas même semble la contrarier. Dans son opinion, de simples collutoires astringents seraient préférables aux caustiques ; et en même temps l'usage des toniques à l'intérieur, et surtout du quinquina, lui aurait toujours paru un très-utile auxiliaire. Enfin il croit devoir noter que la cautérisation peut retrouver son indication après la chute des fausses membranes, tandis qu'à cette phase de la maladie, le Chlorate de potasse tend à perdre son action.

Croup. H. Chaussier avait proposé, en 1819, le Chlorate de potasse contre le croup, à titre de reconstituant et de dérivatif. Mais ce moyen était complètement tombé dans l'oubli. C'est encore à M. Blache qu'on doit d'avoir repris sur ce médicament des expériences suivies. Depuis lors, il n'est guère de praticien qui, à l'occasion, n'ait répété ces mêmes expériences. Disons que les premiers résultats, sans attribuer une efficacité bien puissante à ce médicament, tendaient toutefois à lui reconnaître un certain degré d'utilité relative contre cette terrible maladie. Ainsi, d'une part, sous l'influence du Chlorate de potasse, un certain nombre de croups guérissent sans opération, et d'autre part, lorsque la trachéotomie, malgré l'usage de ce médicament, était devenue nécessaire, il est remarquable que les guérisons consécutives furent obtenues en proportion beaucoup plus considérable qu'on ne l'observe d'ordinaire : ainsi, dans le premier trimestre de 1856, sur quatorze enfants trachéotomisés, M. Blache obtint cinq guérisons sur cinq morts, tandis que, dans les années précédentes, le nombre des guérisons était seulement d'un sur quatre ou cinq opérés.

Mais l'événement a montré, depuis, qu'il ne fallait pas attribuer une trop grande importance à cette statistique favorable, où le hasard pouvait revendiquer sa bonne part; et aujourd'hui les premières illusions ont dû s'évanouir devant la triste réalité. Sans doute on peut citer encore de temps en temps quelques guérisons de croup chez des malades traités par le Chlorate de potasse; mais ces observations ne sont nullement probantes, par la raison que généralement ce moyen n'a pas été employé d'une manière exclusive, mais qu'il a presque toujours été associé à d'autres moyens actifs.

notamment les vomitifs, qui à eux seuls ont pu suffire, et expliquer le succès. Toutefois comme le Chlorate de potasse paraît avoir non-seulement une action locale toute spéciale sur les affections dipthériiiques, quel que soit leur siège, mais encore qu'il passe pour exercer une influence générale sur l'organisme, et s'opposer à la reproduction des exsudations plastiques, rien n'empêche de recourir à ce médicament dans une maladie aussi redoutable que le croup, mais sans placer une confiance exagérée dans ses vertus, et surtout sans l'employer à l'exclusion d'autres médications dont l'expérience a démontré l'efficacité, au moins dans certaines limites.

Enfin, pour ne rien omettre dans la longue énumération des maladies où le Chlorate de potasse a été employé, citons l'ictère où Odier, de Genève, a prétendu en avoir obtenu des succès, soit l'ictère spasmodique, soil, celui qui est lié à un obstacle au cours de la bile par un calcul ou toute autre cause du même genre. Citons encore la névralgie faciale, la chorée, la céphalée, le prurit des parties génitales. Mais à part quelques bons résultats obtenus dans certaines névralgies, résultats qui, sans être entièrement probants, semblent du moins suffisants pour autoriser de nouveaux essais, il est probable que pour le reste il n'y a pas à en tenir compte. Ajoutons enfin qu'il est encore permis de tenir à peu près pour illusoires les merveilleux avantages que Chaussier et quelques autres pensaient avoir obtenus de ce moyen dans les coups, chutes et contusions, où on l'administrait à double fin, soit comme vulnéraire, soit comme propre à faciliter la résorption des ecchymoses.

Usage externe. A l'imitation de quelques médecins étrangers, M. Lasègue a utilisé le Chlorate de potasse en applicaiions topiques sur certains ulcères atoniques, contre les ulcérations de la bouche, les gencives scorbutiques, etc. Dans ce cas on emploie une solution concentrée (5 grammes pour 100 grammes d'eau à 15°) ou même la solution saturée à la température de 30 à 40° (12 à 15 pour 100 de Chlorate). D'autres fois ce même médecin l'administre en poudre, soit seul, soit associé au bismuth et à l'amidon. Ce topique a une action énergique sur les surfaces ulcérées qu'il modifie d'une manière souvent favorable; mais d'un autre côté, il faut savoir qu'il a l'inconvénient de causer beaucoup de douleur et qu'il est difficile de le faire supporter à beaucoup de malades.

L'Acétate de potasse, terre foliée de tar- L'Acétate de potasse existe danslasévede

tre. est un sel blanc, d'une saveur fraîche, tous les arbres et ailleurs; mais on le pré-

qui cristallise en petites aiguilles prismati- pare directement en traitant le carbonate

ques. 11 est déliquescent au contact de de potasse par l'acide acétique, l'air; très- soluble dans l'eau, un peu soluble dans l'alcool.

L'Acétate de potasse, employé jadis avec beaucoup de faveur, est tombé aujourd'hui presque dans l'oubli, et cependant il mérite d'occuper un "rang assez important parmi les diurétiques; à ce titre, il est peut-être préférable au sel de nitre dont nous venons de parler. Les malades le supportent avec plus de facilité et moins de dégoût; et on peut en augmenter les doses sans craindre ces désordres nerveux dont nous avons parlé en traitant du nitrate de potasse.

Aussi, tandis que de hautes doses de sel de nitre exercent sur le système nerveux une action stupéfiante, qui peut devenir l'occasion d'une syncope fatale chez un hydropique atteint d'une maladie du cœur, l'Acétate de potasse ne fait courir aucun risque de ce genre.

Que si, comme diurétique, ce sel doit se placer à côté et peut-être audessus du sel de nitre, il ne peut lui être comparé comme hyposthénisant, et ne peut en aucune façon le remplacer, quand il s'agit de remplir une indication sédative.

Mode d'administration et doses.

L'Acétate de potasse se donne, dissous dans la tisane du malade ou dans un julep, à la dose de 1 à 10 grammes (20 grains à 2 gros et demi).

La Scille (Scille maritime, Scilla mari- très-âcre. Par la dessiccation , le Scille

tima, L.) est une plante bulbifère de la fa- perd un peu de ses propriétés. Pour l'usage

mille des Liliacées, hexandrie monogy- médical, on coupe les squammes du bulbe

nie de Linné. Elle croît sur les bords de de la Scille maritime en petites lanières,

la Méditerranée et de l'Océan. et on les fait sécher à l'éluve après les avoir

Caractères génériques. Calice coloré à six enfilées en forme de chapelets. On les conduisions, très-profondes, ouvertes, tom- serve ensuite dans des bocaux bien secs, bantes; six étamines à filets aplatis; un On nous envoie ordinairement les bulbes style ; une capsule à trois loges. de Scille de l'Espagne et des îles de la Mé-

Caraclères spécifiques. Fleurs nues, ac- diterranée.

compagnéesd'unebractéeréfléchieetcomine La variété rouge du bulbe de Scille est

articulée. seule employée en France; en Angleterre,

On n'emploie en médecine que le bulbe, au contraire, on n'emploie que la variété

ou plutôt les écailles ou squammes du blanche qui, dit-on, est moins active,

bulbe. Analyse de la Scille. D'après MM. Vogel

Le bulbe de la Scille est conique, très- et Tilloy, elle contient : matière volatile,

volumineux, composé d'écaillés serrées, les scillitine, résine, gomme, tannin, citrate

premières, rouges, sèches, minces, trans- de chaux, matière sucrée, matière grasse,

parentes, sont presque dépourvues du prin- La scillitine est une matière blanche, in-

cipe acre et amer de la Scille; on doit les cristallisante, d'une saveur acre et amère;

rejeter. Les écailles moyennes (les seules soluble dans l'eau et dans l'alcool ; insolu-

que l'on doive employer) sont au contraire ble dans l'éther pur. Son action sur les ani-

très-amples, fort épaisses, recouvertes d'un maux est très-grande : 5 centigrammas

épiderme blanc rosé, elles sont remplies (1 grain) suffisent pour donner la mort à

d'un suc visqueux inodore, mais très-amer, un chien.

La Scille fait la base d'un assez grand nombre de préparations fort actives.

Poudre de Scille.

On fait sécher la Scille à l'étuve et on la pulvérise sans laisser de résidu.

Poudre de Scille composée.

(Poudre incisive.)

Pr.

Poudre de Scille, Soufre lavé, Sucre,

Mêlez.

Pilules scillitiques.

Pr. : Poudre de Scille,

Gomme ammoniaque, Oxymel scillitique,

1 part.

3 part.

F. s. a. des pilules de 20 centigrammes (1 grain).

Miel scillitique.

Pr. : Scille sèche, Eau bouillante, Miel blanc,

1 part.

On fait infuser la Scille , on passe, on ajoute le miel et on fait cuire en consistance de sirop.

Teinture de Scille.

Pr. : Scille sèche,

Alcool à 56° (21° Cart.)

1 part.

Faites macérer pendant quinze jours, passez avec expression et filtrez.

On prépare de même un extrait de Scille, mais il est peu usité.

Vin scillitique.

Pr. : Scille sèche, Vin de Malaga,

1 part.

Faites macérer pendant douze jours, passez avec expression et filtrez. Préparé avec le vin ordinaire, il s'altère très-facilement.

Vinaigre scillitique.

Pr.

Scille sèche, Vinaigre fort,

l part.

Faites macérer pendant quelques jours, passez avec expression et filtrez.

Il est également altérable et ne sert guère à préparer que l'onguent scillitique.

Oxymel scillitique.

Pr. : Vinaigre scillitique, 1 part.

Miel très-beau, 2

Faites cuire en consistance de sirop.

La Scille entre aussi dans le vin diurétique amer de la Charité, et dans beaucoup d'autres médicaments composés.

THERAPEUTIQUE.

Les effets physiologiques de la Scille sont très -analogues à ceux produits par les poisons narcotico-âcres parmi lesquels elle est rangée. par certains toxicologistes à côté du tabac et des substances vireuses. Absorbée, elle va d'abord porter une action funeste sur le système nerveux, action prouvée par des accidents ataxiques généraux très-violents, se manifestant par des symptômes résultant d'une confusion et d'une alternative de phénomènes de surexcitation et de deliquium dans les fonctions de la vie animale et de la vie organique; puis, si la mort tarde à avoir lieu, le tube digestif contracte une assez vive phlogose. Si la mort est prompte, on ne rencontre aucune trace d'altération organique dans cet appareil. La cardialgie et les vomissements sont les deux effets les plus communs de la Scille donnée à dose toxique.

L'emploi thérapeutique de ce médicament a surtout pour but de provoquer la sécrétion urinaire. C'est un de nos plus puissants diurétiques. II jouit en même temps de deux autres actions incontestables, une action expectorante et une action émétique. La première est encore tous les jours mise à profit, tandis que la seconde est négligée, depuis que nous possé-

dons des vomitifs beaucoup plus sûrs et dont les effets sont plus exclusifs et plus constants.

Mode d'administration et doses.

La poudre des squammes du bulbe auquel on peut donner la forme pilulaire est un agent des moins équivoques dans son action. On donne ainsi dans la journée, 15, 20, 25, 30 et 40 centigrammes (3, 4, 5, 6 et 8 grains) de Scille en substance et à doses fractionnées 10 à 15 centigrammes (2 à 3 grains chaque fois), ayant soin d'éprouver d'abord par de faibles doses la tolérance de l'estomac pour cet agent, qui occasionne quelquefois des vomissements et une cardialgie insupportable. Pour prévenir ces effets, on peut l'associer soit à de faibles quantités de quelque narcotique, soit à des substances aromatiques. Les acides, le vin d'Espagne, s'opposent aussi aux effets émétiques de la Scille.

L'oxymel scillitique est une des préparations les plus commodes et les plus usitées. Il se donne à la dose de 8, 16, et 32 grammes (2 gros, 1/2 once et 1 once) dans un ou deux pots de tisane commune ou autre boisson favorable à la diurèse, ainsi que dans des potions, des juleps, etc Nous en

dirons autant du vin et du vinaigre scillitiques. Le premier, ainsi que la teinture de Scille, s'emploie plus fréquemment à l'extérieur, en frictions ou en fomentations sur les parties infiltrées de sérosité et sur la peau qui recouvre des cavités splanchniques affectées d'hydropisie.

Il est une méthode particulière d'employer la Scille à l'extérieur, dans le but de déterminer une abondante diurèse sans fatiguer les organes de la digestion. Cette méthode consiste à faire une forte décoction de bulbes de Scille, à en imbiber des flanelles et à les appliquer sur le ventre, en les recouvrant d'une large plaque de taffetas gommé. Pour rendre cette décoction plus active, on peut y ajouter d'autres diurétiques, comme la digitale, etc... On obtient ainsi par l'application soutenue de ces compresses chargées de liquide, une évacuation d'urine très-abondante, ce qui est fort précieux lorsque les Voies digestives ne peuvent tolérer ces médicaments, généralement très-irritants.

Il existe aussi plusieurs associations de la Scille avec d'autres médicaments qui en activent les propriétés, en atténuent les inconvénients ou la rendent propre à remplir des indications spéciales et composées; tels sont le camphre, la belladone, le quinquina, etc., etc...

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