‹ Traité de thérapeutique infantile médico-chirurgicaleChapitre 149 sur 189 · SIMULATION · texte numérisé non relu

SIMULATION

exceptionnellement avant la quatrième année, surtout de 10 à i5 ans.

M. Dufestel, auteur d'un très bon travail sur les maladies simulées chez les enfants (1888), divise les jeunes simulateurs en trois catégories.

La première se compose d'enfants dont tous les organes sont sains. Ceux-ci ne simulent en général que des choses insignifiantes et avec un but bien défini (éviter l'école le plus souvent).

La seconde, la plus nombreuse, comprend les enfants qui simulent des choses plus compliquées et qui y sont poussés soit par leur instinct, soit par leur éducation première ; ces enfants sont mal équilibrés au point de vue mental. Ils ont le plus souvent une hérédité névropathique plus ou moins pesante.

Dans la troisième catégorie se placent les simulateurs hystériques.

La première catégorie n'offre pas beaucoup d'intérêt. Le plus souvent la simulation est malhabile; il n'y a même pas besoin d'être médecin pour déceler la ruse ; la simulation est d'ailleurs passagère et cesse aussitôt que le but désiré est atteint.

Les simulateurs de la seconde catégorie, que M. Dufestel nomme simulateurs névropathiques simples, iparce qu'on ne trouve pas chez eux de stigmates liystériques, sont pourtant dans un état mental particulier, anormal. Ils ont certainement un but pour simuler; mais, pour atteindre ce but, ils songent à des moyens qui ne viendraient pas à l'esprit des autres et qui réclament une attention, une peine, une persévérance dans l'astuce vraiment surprenantes.

Leur état mental découle de deux facteurs : l'hérédité et l'éducation.

Tous ou presque tous les enfants de cette catégorie ont une hérédité neuro-pathologique : on relève chez les ascendants, depuis les grandes névroses, l'hystérie, l'épilepsie et l'aliénation mentale jusqu'à de simples bizarreries du caractère, ou des maladies organiques du système nerveux (paralysie générale, ataxie) ; on trouve parmi les collatéraiix des sourds-muets, des pieds bots, des strabiques ou des bègues. Bref, ils appartiennent à ce que l'école de la Salpêtrière nous a appris à connaître sous le nom de famille névropathique.

L'éducation est sans doute aussi un facteur de la simulation, mais il est assez difficile d'apprécier dans quelle mesure. La faiblesse extrême de certains parents, la sollicitude inquiète avec laquelle ils guettent le moindre indice de malaise chez leurs enfants et la condescendance avec laquelle ils cèdent à tous leurs caprices, peuvent contribuer à donner aux enfants l'envie d'abuser de cette condescendance et d'alarmer à tort cette sollicitude. 11 est douteux cependant qu'une mauvaise éducation suffise à créer un simulateur, s'il n'y a pas chez

556 SIMILATIOX

lenfant une incorrection congénitale du sens moral et de Tintelligence .

Dans léducation, l'influence de la famille n'est pas seule en cause; certaines habitudes sociales sont fâcheuses : ainsi celle que peut exercer dans les villes l'habitude de conduire les enfants très jeunes à d'émouvantes représentations dramatiques, et de les laisser trop prématurément se repaître de publications fertiles en récits pittoresques et en événements tragiques, où l'invraisc^mblance coudoie sans cesse l'immoralité. Or. si l'imitation contagieuse existe, et personne ne saurait en douter, à propos d'une foule d'actes ordinaires de la vie, à plus forte raison doit-on l'admettre dans le cas où les facultés intellectuelles, morales ou affectives, sont enjeu.

Les simulateurs de la troisième catégorie sont des simulateurs Injstih^iques. Ici on a affaire à un simulateur presque impulsif, qui ment pour le plaisir de mentir, chez qui le motif le plus futile éveillera le besoin instinctif de simuler, la simulation étant une particularité bien connue du caractère des hystériques.

Chez les simulateurs de cet ordre, il existe souvent des stigmates somatiques de l'hystérie, qui seront d'un précieux secours pour le diagnostic : troubles de la sensibilité de la peau et des muqueuses, dyschromatopsie, rétrécissement du champ visuel, zones hystérogènes . diathèse de contractures, etc.

A côté des causes qui prédisposent à la simulation il est utile de rappeler les causes déterminantes du genre de maladie simulé et les causes occasionnelles qui provoquent la simulation.

Tel enfant simulera par gourmandise, tel autre par paresse pour se faire dispenser de la classe, pour ne pas être placé en apprentissage. Il est assez fréquent de voir la simulation se manifester après une maladie aiguë, jwur prolonger la coïicalescence el les petits soins qui entourent l'enfant sortant d'une grave maladie.

L'idée de la simulation et la forme qu'elle revêt sont quelquefois suggérées à un enfant par une autre personne agissant volontairement ou sans le savoir. Une mère apprend à sa fille à simuler une amaurose pour se venger d'une institutrice qui avait frappé l'enfant (Fross). — Une petite fille, ayant entendu sa mère, veuve d'un mari alcoolique, faire souvent allusion à des accès épileptiformes que cet homme avait eus, se mit à simuler des attaques de petit mal êpileptique {con\u\sions des globes oculaires, battements rythmiques des paupières et petites secou.sses des bras). Son but était de ne pas aller à l'école, et la mère, obsédée par le souvenir de la maladie de son mari, ne doutait pas d»' la réalité de celle de son enfant.

Dufcslol classe en quatre groupes les maladies qui ont été simulées par des enfants d'après les observations publiées jusqu'à ce jour.

Page 1