‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 103 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

INDICATIONS TIRÉES DE l'iNFLAMMATION CHRONIQUE.

1293. L'inflammation chronique, et les états anatomiques consécutifs à l'inflammation, sont fréquemment la source d indications. Celles-ci ont été étudiées déjà, à propos des troubles nutritifs (885), et elles ont été passées en revue dans le détail des inflammations particulières. Je veux seulement en présenter ici un résumé d'ensemble.

1294. L'inflammation chronique n'est autre chose que la, permanence d'un ou de plusieurs des troubles élémentaires qui constituent l'inflammation, ou encore de l'une des conséquences qui en résultent. Elle peut consister dans la permanence de l'irritation nutritive, de la congestion, de l'hypercrinie, de l'exsudation plastique; et chacun de ces éléments devient alors la source des indications étudiées cidessus. Souvent celte permanence tient au mode passif affecté par un ou par plusieurs des éléments de l'inflammation, sous la double influence de l'état du malade ou des causes de la maladie. Dans ce cas, la lésion inflammatoire est chronique, parce que la congestion ou la fluxion séreuse qui y ont leur part, ont un caractère passif (498). Elle l'est encore quand le trouble nutritif qu'elle a déterminé, au lieu de revenir à ce type normal, conserve celui que la cause morbide lui a imprimé

1295. Aussi, l'inflammation chronique se montre-t-elle dans les cas, où la condition morbifique est assez puissante pour imprimer à l'évolution morbide ce cachet de permanence et de profondeur ; les maladies constitutionnelles et spécifiques en sont le plus souvent la cause. Ou bien la chronicité tient à la débilité du malade, tà son état de cachexie, en un mol, à l'inertie de ses fonctions physiologiques, trop affaiblies pour lui permettre de réaliser avec efficacité un acte de génération réparatrice, tel que l'inflammation franche.

Souvent dans ces cas, l'irritation nutritive ne cesse qu'en laissant dans la trame des tissus, à la surface des membranes, un exsudât d'organisation inférieure; et cet exsudât va passer par les phases successives qui caractérisent une excitation nutritive prolongée et une prolifération exagérée; ou bien, il va, à peine formé, subir l'évolution rétrograde qui trahit sa déchéance nutritive.

1296. La première tendance se traduit par l'hypertrophie (accroissement de l'organe par augmentation de volume de ses éléments), par l'hyperplasie (accroissement par addition d'éléments nouveaux, et ce sont le plus souvent des éléments conjonctifs), par la néoplasie (formations nouvelles de membranes et de tissus de toutes pièces), par la sclérose (organisation de la fibrine), par Thypérinose (accroissement

INFLAMMATION CnRONIQUE.

de la fibrine), el par la leucocylose ('multiplication des globules blancs).

1297. La seconde lendance, ou tendance dégénérative, se traduit par la suppuration, qui manifeste un arrêt dans l'évolution progressive, plutôt qu'une déchéance régressive ; car le pus lui-môme peut s'altérer et offrir alors cette sorte de déchéance (graisseuse, etc.). Mais, au lieu de multiplier les leucocytes et de préparer la suppuration, les éléments analomiques peuvent offrir la transformation granuleuse ou graisseuse et toutes les variétés de l'atrophie,

1298. Ces diverses modifications intimes ont donné lieu aux aspects extérieurs connus depuis si longtemps, sous le nom de ramollissement, d'induration, d'ulcération, d'alrophieetmême de gangrène. Or, si tous peuvent être la conséquence de l'inflammalion, chacun d'eux aussi peut exister sans avoir été nécessairement précédé de ce processus. Il n'est pas jusqu'à la suppuration qui ne puisse exister sans inflammation préalable (Hunter). L'exsudat plastique luimême ne suppose pas fatalement une inflammation; et, de même qu'il y a des dégénérations graisseuses sans inflammation, de même il peut y avoir aussi des dégénérations sclérosiques sans inflammation.

1299. Ces considérations étaient utiles pour nous montrer que l'inflammation n'est pas en elle-même un travail morbide spécifique et qu'elle peut se dégrader insensiblement, jusqu'à se confondre avec l'activité nutritive et formatrice normale. Or, celte spécificité qu'elle n'a pas par ellemême, l'inflammation chronique semble des plus aptes à en subir l'influence et à la manifester au dehors, par ses déterminations particulières. De là, la multiplicité des irritations chroniques de cause diathésique; delà, la nécessité, en face de ces affections, d'en analyser non-seulement tous les caractères de siège et de forme, mais encore d'en déterminer la nature, afin de puiser dans les uns et les autres les indications correspondantes.

Un fait donne la mesure de l'importance que possède celte influence de nature et d'élément nosologique, sur la lésion morbide. Cette influence peut aller jusqu'à transformer en tubercule ou même en cancer, les produits de

l'irritalion formatrice, alors qu'ils sont encore à la période d'indifférence organique (V. Mal. spécifiques).

1300. On comprend par là quelle importance il y a à combattre les inflammations chroniques, soit dansl'habitude congestive (510), — soit dans l'excitation sécrétoire (71 1), — soit dans l'irritation nutritive (895), — soit dans les néoformations, — soit encore dans les diverses dégénérations qui peuvent atteindre ses produits (938-967).

linfin, dans la forme chronique, l'indication relève moins de l'inflammation elle-même que de son étiologie. C'est aux éléments nosologiques spéciaux qui la dominent, ou aux éléments physiologiques déjà étudiés, qu'il faut en demander la clef, scion que la chronicité tient à la cause morbide ou à l'état du support.

1301. On voit par là que l'élément le plus rarement mis en cause par cette pathogénie : c'est l'élément nerveux. Aussi, a-t-on rarement lieu de mettre en œuvre les modificateurs du système nerveux, pour combattre l'inflammation chronique. Toutefois, l'influence trophique, directe ou indirecte, de ce système a pu être utilisée quelquefois.

1302. Les modificateurs de la nutrition, sont ceux qui conviennent, en première ligne, au traitement de l'inflammation chronique. On partagera d'ailleurs ce traitement en deux phases inverses, comme celles de prolifération et de dégénération auxquelles elles doivent correspondre. A la première, conviendra le traitement de l'excitation nutritive et de l'hypertrophie ; souvent môme à cette première phase, il y aura lieu de revenir à l'usage du traitement de l'inflammation aiguë elle-même, ainsi qu'en témoigneront les retours d acuité dans le travail phlegmasique. A la seconde phase, conviendra le traitement de la dégénération et de l'atrophie.

1303. Enfin, il est encore un élément à signaler dans l'inflammalion chronique : c'est la fièvre. Quand la fièvre est un élément de réaction, qu'elle coïncide avec un retour phlegmasique, c'est par le traitement antiphlogistique qu'il la faut combattre ; quand, au contraire, ce qui arrive à la période de déchéance, la fièvre prend le caractère hectique, c'est le plus souvent une fièvre d'infection, qu'il faut attaquer par les antiseptiques (V. Cachexie), surtout si l'on

INFLAMMATION CnRONIQUE.

pense que le foyer morbide peut être une source de résorption septique, comme il arrive en cas de suppuration, d'ulcération, de gangrène. On y joindra les toniques fixes et non-stimulants, qui relèvent le niveau de la puissance nutritive et combattent cette sorte d'entraînement, qui se fait autour des déchéances nutritives. On y emploiera aussi les antipyrétiques, s'il y a de la fièvre en proportion suffisante, pour motiver cette indication.

1304. C'est surtout dans la médication des inflammations chroniques, qu'il faut savoir user des modificateurs physiques : l'hydrothérapie, la sudation, etc., et c'est là qu'il importe de prescrire minutieusement les soins hygiéniques les mieux entendus. L'activité des fonctions d'émonclion, de toutes les excrétions et de celles de la peau en particulier, doit être surveillée de près. La réparation doit être facilitée par un régime approprié et une large aération. Tous ces moyens, incapables de provoquer à aucun degré l'irritation inflammatoire, sont des plus aptes à soutenir la nutrition, au taux qu'il lui est indispensable de conserver, pour rendre possible la guérison.

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