‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 105 sur 132 · FIÉ Y RE · texte numérisé non relu

FIÉ Y RE

aiguës, dont la marche nalurelle est dans le sens de la guérison; enfin, elle s'attaque à des déchets organiques azotés, qu'elle brûle avant de les éliminer : ce sont autant de raisons de croire que la fièvre peut avoir un effet favorable. Il y a des pyrexies dans lesquelles elle est nécessaire, les fièvres éruptives, par exemple, et qui guérissent spontanément. Il est vrai qu'elle accompagne aussi les états graves de l'économie ; mais c'est toujours quand il y a lutte entre celleci et la maladie, et si la fièvre vient à se retirer alors, c'est le collapsus, c'est l'algidité, c'est l'inertie passive qui lui succède.

Enfin, la fièvre prise en elle-même, dénoie sans doute une exagération dangereuse du mouvementde dénutrition ; mais rien ne prouve que cet excédant de déchets organiques dont elle prépare l'élimination ne soit pas le résultat d'un effort favorable, capable d'affranchir le malade d'une influence morbide permanente, en le soumettant à une crise aiguë.

1307. Nul doute cependant que les excès de la fièvre, soit dans son ensemble, soit seulement dans un quelconque de ses caractères, ne puissent faire courir au malade les plus grands dangers: combattre ces écarts, tel est l'objet de la médication anlipyrétique . Son but est moins d'arrêter une dénutrition qui peut avoir son côté utile que d'en modérer les excès et d'en combattre les conséquences.

La fièvre n'est pas d'ailleurs, tellement liée à telle ou telle évolution morbide, que l'on ne puisse la voir se modifier et s'atténuer sous certaines influences ; la fièvre symptomatique n'est pas indissolublement attachée aux processus qu'elle accompagne (Hiriz) ; aussi, peut-on la combattre alors avec des chances de succès ; à plus forte raison, la fièvre peut-elle être atteinte dans les pyrexies essentielles! Lest une indication qu'il est souvent urgent de remplir • les moyens ne m^anquent pas pour cela.

ART. I. — DESCIUPTION DE l'jNDICATION.

§ 1". — Type élémentaire,

1308. L'état fébrile est caractérisé par une élévation

anormale de la température. Toute élévation de chaleur n est pas fébrile sans doute, et, dans la fièvre même, il n'est pas dit que l'iiyperlhermie soit le phénomène le plus essentiel. Calor uUumque prœter naturam auctus sit, «on est tamm ipse febris (Van Helmont) ; autrement dit : il faut que la chaleur pour être fébrile soit patho logiquement augmentée (Virchow), Il y a donc quelque chose de plus essentiel encore que la chaleur à l'évolution fébrile, et, c'est le trouble nutritif intime, dont l'hyperthermie est la conséquence. Ce trouble consiste en un excès de dénutrition, en vertu duquel l'économie s'appauvrit en substances albuminoïdes et devient plus riche en graisse et en eau (Sénator). Enfin, il est plus que probable que c'est encore moins l'excès de dénutrition et la multiplication des déchets organiques, qui constituent la fièvre, que la rétention, puis l'excrétion précipitée de ces mômes ddchets.

1309. L'hyperthermie n'en demeure pas moins, dans la fièvre, le fait le mieux appréciable, celui qui nous donne la meilleure mesure de l'intensité fébrile et peut le mieux servir de base à l'indication.

Dès le frisson fébrile lui-même, la chaleur est accrue, en même temps que l'urine est plus chargée de déchets azotés et le spasme vasculaire périphérique qui se produit alors (chair de poule, face hippocratique), s'accompagne d'une élévation de h\ tension vasculaire dans les viscères et d'élévation de la chaleur intérieure. De là la dyspnée, la fréquence du pouls, la céphalalgie, la fréquence d'urine, la sécheresse des sécrétions périphériques, tous signes du début de la fièvre. L'acide carbonique n'est pas encore éliminé en excès, et l'élévation de la température tient à la destruction des albuminoïdes, qui se produit déjà avec exagération et au défaut de déperdition de la chaleur produite.

1310. Qu'elle s'élève brusquement ou par oscillations, la chaleur atteint au fastigium de 38» à 40° et même 42». — Le spasme vasculaire périphérique cesse alors, ou du moins, pendant ce stade tout entier, il se produit, dans lacirculation capillaire, des alternatives de spasme et de relâchement (Sénator), qui trahissent tout à la fois l'excitation spasmodique et l'eflort diacritique. L'activité nutritive exagérée entraîne presque toujours, dans une certaine limite, l'exagéra-

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tion fonclionnelle des principaux appareils (cœur, cerveau, poumon). La fréquence du pouls et de la respiration, l'exhalation presque doublée de l'acide cai bonique, la concentration des urines et leur richesse en urée, marquent ce second stade, pendant lequel la chaleur oscille le plus souvent, du soir au matin (élévations vespérales), avant d'atteindre la délervescence. L'eau et les matières grasses paraissent être retenues dans l'économie et la disposer aux dcgénérations, que l'hyperthermie va pouvoir produire.

131 1. La lîévre peut se terminer par la chute de la température et du pouls, et le rétablissement des sécrétions, qui s'effectuent môme avec une certaine surabondance (sueurs, polyuries, diarrhée). Ces évacuations naturelles et môme d'autres évacuations anormales (hémorrhagies) peuvent jouer le rôle de crises et coïncider av-ec un brusque retour à l'état normal. Ou bien, ladéfervescence est lente et c'est peuà peu que l'on voit baisser l'excitalion fébrile et se rétablir toutes les sécrétions.

La convalescence est généralement en proportion de la durée et de l'intensité de la fièvre à laquelle elle succède. Elle a pour caractères la cessation de la fièvre, l'amaigrissement et la diminution de poids du corps, la pûleur et l'affaiblissement général, enfin les phénomènes dits épicritiques (dépôts uréens, suppurations, etc.).

1312. Les types divers de la fièvre ramènent ces divers accidents, selon les lois d'une périodicité qui a sa source dans l'influence étiologique, et possède son indication spéciale. C'est dans l'influence causale qu'il faut chercher la loi de ces diflerences de type, et c'est contre elle qu'il faut agir surtout, pour guérir la fièvre. La forme chronique ou hectique semble être un effort inefficace, dans lequel l'économie se consume, sans réaliser l'élimination qui devrait lui être propice.

1313. La fièvre n'a pas toujours la môme intensité j depuis es formes bénignes du typhus ambulant, jusqu'aux pyrexies

les plus violentes, elle peut offrir les nuances les plus variées. On peut dire, en général, que les dangers qu'elle présente, consistent moins dans un excès passager de quelqu'un de ses éléments, que dans l'irrégularité de son évolution typique. Cependant, on sait quelle est la valeur pronostique

absolue d'une hypertliermie qui dépasse 40» (Racle). Par elle-même, cette chaleur morbide expose l'économie au ramollissement des viscères, à la décomposition des hématies, aux diffusions pigmentaires et aux d(?générations graisseuses ou cireuses qui en résultent. De là, un grand nombre de troubles viscéraux, qui peuvent reconnaître une tout autre pathogénie qu'une simple réaction sympathique, et peuvent relever directement de l'infection et de la putridilé. — Ce qui a fait dire que la lièvre n'est pas seulement un danger, mais qu'elle est le danger lui-môme.

Or ce danger, vient-il de la destruction des tissus ? vient-il de la circulation des déchels qui en résultent? 11 vient surtout de l'élévation de la température (Hirtz) et des altL'rations intimes qu'elle laisse après elle, notamment «ur l'élément contractile (CL- Bernard, Panum) et sur le sang. Le saug des animaux exposés à une température qui dépasse 42°, tantôt se coagule (Weikart), tantôt se liquéfie (Richardson); les mêmes lésions se produisent chezl'horame malade (Hirtz, Liebermeister, etc.).

1314. Chaque groupe symptomatique, d'ailleurs, peut s'exagérer au point de menacer à lui seul l'existence, et motiver par là une indication. Tel est d'abord Létal algide, •qui caractérise le frisson ; puis les réactions sympatliiques viscérales, les acrinies qui les accompagnent, en particulier l'acrinie et la saburre gastriques, et d'autre part, les diacrises excessives qui les suivent. De là le secret tout à la fois, et des nombreuses divisions qu'a comporté jadis le champ des pyrexies, et des nombreuses indications qui peuvent se présenter durant leur cours. 11 n'est pas jusqu'à la défervescence trop brusque, qui n'ait ses dangers (collapsus), en rompant trop brusquement l'équilibre des fondions.

1315. On voit qu'il entre dans la constitution de la fièvre des éléments spasmodiques suivis de résolution et même de paralysie, des éléments congestifs et anémiques, <ies éléments d'acrinie et de diacrise, enfin et par dessus tout, des troubles nutritifs, le tout inégalement réparti dans l'économie et dans la succession du processus. De là, la multiplicité des indications de la fièvre. A part celle qui relève des troubles nutritifs et qui est essentielle, on peut considérer les autres comme secondaires; on peut même diviser les

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fièvres entre elles, selon qu'elles s'accompagnent de la prédominance de l'un ou de l'autre de ces éléments : fièvre franche, fièvre inflammatoire, fièvre adynamique, fièvre ataxique, fièvre gastrique, fièvre bilieuse, fièvre entéro-mésenlérique, etc., en raison, et de la localisation qu'affectent surtout les troubles morbides, et de la forme morbide, nerveuse, congestive, diacritique ou inflammatoire qu'elles revêtent : tel est le meilleur procédé d'analyse, pour dégager, au milieu d'une pyrexie, les indications auxquelles il faut répondre. C'est là certainement aujourd'hui la seule base possible d'une classification rationnelle et non arbitraire; c'est aussi la seule vraiment pratique.

§ 2. — Pathogénie.

1316. L'élément causal le plus important de la fièvre, celui que les anciens voyaient presque partout et que les études modernes replacent en première ligne, c'est l'élément infectieux, miasme, virui, intoxication, etc., (Hirtz) ; autrement dit, il y a des éléments pyrogènes qui sont susceptibles de donner, de transmettre, de reproduire la fièvre ; le sang d'un sujet fébrile aurait cette propriété (Bilnoth). Depuis la fièvre traumatique et inflammatoire, jusqu'à la fièvre la plus spécifique, il ya ainsi comme une échelle de spécificité pyrétique, de telle sorte que la portée de l'intervention thérapeutique doit varier dans des limites trèsétendues.

1317. En ce sens, il est vraiment peu utile de chercher à séparer les fièvres dites d'infection des fièvres de réaction ; l'observation et l'expérience semblent au premier abord donner tout à l'infection ; mais elles ne prouvent pas que l'infection réalisée, la fièvre ne soit la manifestation d'une lutte qui s'engagerait, dans l'intimité des fonctions de nutrition, entre chaque élément anatomique et l'agent infectieux.

Quoi qu'il en soit, la fièvre dite essentielle naît sous l'influence des miasmes, des poisons, des virus, en présence des résorptions putrides, sous l'influence môme d'une altération du sang, due à des produits d'oxydation surabondants (f. éphémère ou courbature) (Jaccoud).

1318. Qu'on cherche ensuite à expliquer les symptômes par les troubles vasculaires, liés eux-mêmes à la perturbation des vaso-moteurs, ou par la théorie des centres nerveux calorifiques, ou bien encore qu'on s'en tienne aux influences humorales, ou aux conditions de mécanique hydraulique: ce n'est pas notre affaire.

Nul doute que ces théories ne sauraient être vraies toutes ensemble; mais chacune du moins repose sur un ensemble de faits qu'il importe de relever et qu'elle doit signaler à notre attention, comme sujet d'indication auquel il sera bon de penser, toutes réserves faites d'ailleurs, sur l'interprétation qu'il convient de donner à leur synthèse.

En résume', la fièvre implique une échelle pathogénique, qui, ayant son caractère essentiel dans le trouble nutritif et la production de chaleur qui en résulte, implique encore une perturbation diacritique, une excitation vasculaire et nerveuse, tous phénomènes qu'on peut attaquer isolément, dans le but de rompre la chaîne de la pathogénie pyrétique.

ART. n. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE.

1319. L'élévation de la température étant le caractère essentiel de la fièvre, l'objet de la médication antipyrétique est de s'opposer à cette hyperthermie. Que celle-ci tienne à l'excès dans laproduction de la chaleur, ce qui paraît certain, ou au défaut d'émission de la chaleur produite, ce qui parait partiellement vrai, il est bien sûr que l'on combattrait efficacement l'excès de chaleur, en tarissant sa source qui es t dans l'oxydation nutritive et dénutrilive, et qu'on peut l'atteindre encore, en favorisant la déperdition et en ouvrant à l'émission des voies plus faciles.

Cette double méthode répond à une seule et même indication, qui est d'abaisser la chaleur; et, bien que les procédés qu'elle emploie soient différents, selon qu'on se propose d'agir par l'une ou par l'autre voie, plusieurs d'entre eux cependant jouissent de ce double effet, qui consiste à atteindre tout à la fois la source thermogène et les voies d'émission, pour ralentir le mouvement nutritif qui engendre la cha-

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leur el provoquer les spoliations qui la dépensent. C'est l'eiïet par excellence des antipyrétiques.

1320. A côté de cela, il faut noter les agents qui, n'ayant pas d'action aussi directe sur le mouvement de nutrition et de combustion organique, peuvent cependant en modifier les résultats, en agissant sur les éléments qui y concourent. Tels sont les modérateurs de la circulation el de l'innervation, qui diminuent l'apport nutritif, et les spoliateurs, qui agissent pour diminuer l'apport et faciliter le départ des matériaux de la nutrition (V. Troubles nutritifs). — Ces indications secondaires varient avec les divers stades de la fièvre ; seule, l'indication antithermique subsiste toujours, et c'est encore la preuve de son importance et de son essentialité.

Certains motifs commandent une grande prudence dans l'usage des antipyrétiques. Ils sont dangereux, en effet, et d'un maniement difficile, à cause de la propriété qu'ils possèdent d'agir inversement, selon qu'on les donne à dose minime ou hygiénique, ou à dose plus forte et thérapeutique à proprement parler. Enfin, les conséquences que peut entraîner leur usage excessif, les déchéances organiques qui peuvent en résulter, réclament une grande sévérité dans l'appréciation de leurs indications, une grande précision dans leur dosage et leur mode d'administration (Ferrand).

§ l". — Moyens hygiéniques.

1321. Un malade quia la fièvre, surtout s'il s'agit d'une maladie aiguë, doit rester dans le repos et gardej- le lit. Toute activité se produit aux dépens d'une combustion, et toute combustion élève la chaleur, multiplie les déchets organiques et augmente la fièvre. Le fébricitant d'ailleurs est dans un état de malaise qui lui rend tout exercice fort pénible, toute application impossible. Le lit possède d'autres avantages : la résolution à laquelle il invite le système musculaire, la facilité qu'il donne à la peau de s'ouvrir ;\ toutes les perspirations, le calme que l'attitude étendue communique aux mouvements du cœur et de la respiration, sont autant de conditions qui favorisent le traitement de la fièvre. L'union sympathique qui existe entre la nutrition et les

'o96 INLICATIOKS DES MALADIES GÉNÉRALES.

fondions des organes, suffit à donner la raison de ce repos, et à faire comprendre les dangers que pourrait avoir une conduite opposée. L'exercice est pyrélogène, le repos est antipyrétique (Ferrand).

1322. Le régime des fébricitants est la diète. Sans doute la diète ne sera pas toujours absolue, et comportera des exceptions que peuvent dicter la faiblesse des sujets, les habitudes d'une forte alimentation, et surtout la longue durée des accidents fébriles. En général, cependant, la diète sera proportionnée à l'intensité de la fièvre ; du reste, l'inappétence et l'apepsie gastrique rendent généralement ce conseil facile à suivre. Dans les cas où ralimenlalion devra ^tre permise dans une certaine mesure, elle devra être très-appétente et de facile digestion, non encombrante mais liquide ou demi-liquide, riche en condiments aromatiques et cependant incapable d'une irritation topique. Le bouillon est le type d'un tel aliment.

On évitera surtout les aliments féculents, les aliments gras et toutes les substances pyrogènes. Parmi les viandes, on. ne donnera qu'avec mesure les plus digestibles et les moins excitantes : poissons légers, mollusques, viandes blanches; le laitage, seul ou coupé; les fruits cuits, les fruits crus, aqueux, raisin, oranges, etc.; les légumes verts herbacés : telle est la diète dans laquelle il faut choisir, pour alimenter les fébricitants, et surtout, pour ramener graduellement à un régime normal les convalescents de fièvre.

1323. La tisane, dont la prescription est depuis longtemps banale, n'est cependant pas inutile et indifférente; on peut conseiller les boissons froides, sans doute, dans le but de soustraire par là du calorique au malade. La boisson chaude, cependant, si elle peut provoquer quelque diaphorèse, atteindra le môme but encore plus sûrement; aussi celle-ci est-elle particulièrement utile dans les aiîections aiguës et inflammatoires, où le type même de la maladie comporte une diaphorège, dont on peut hâter et parfaire l'efficacité. La boisson froide convient, au contraire, quand la pyrexie doit avoir une certaine durée que la diaphorèse ne saurait abréger; à haute dose d'ailleurs, l'eau froide est encore altérante et sudorifique (Fleury). Dans le premier cas, les tisanes seront aromatiques, légèrement excitantes,

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diffusibles etmôme alcoolisées; dans le second, elles sevonl acidulés ou bien amères et eupeptiques.

J'ai déjà parlé des modes d'alimentation indirecte, auxquels l'intolérance gastrique oblige parfois à avoir recours. Il ne faut pas oublier non plus le rôle du milieu atmosphérique, qui doit ûlre d'une température douce et constante, pur de tout agent infectieux, susceptible de compliquer la fièvre.

1324. En un mot, ce qu'il faut savoir, c'est que l'abslinence est indiquée dans la fièvre, autant du moins que le régime est capable de provoquer une excitation nutritive et de favoriser l'oxydation exagérée des éléments; elle est contre-indiquée, au contraire, par la'faiblesse et l'émaciation des sujels, auxquels il vaut mieux fournir des éléments à brûler, que de les condamner à se brûler eux-mêmes.

§ 2. — Médication antidénutritive ou antipyrétique proprement

dite.

1325. Je désigne sous ce nom, l'ensemble des moyens propres à diminuer la chaleur, en agissant sur les sources de sa production. Ce sont, pour la plupart, des modificateurs de la nutrition, capables d'entraver le mouvement d'échange qui la constitue, d'atténuer les oxydations dont elle s'accompagne, et de diminuer les déchets qui en résultent (acide carbonique et produits uréens).

Si l'on n'a pu suspendre à temps l'alimentation , si la diète en supprimant l'apport des matériaux sur lesquels doit porter l'échange nutritif, a été insuffisante ou trop tardive, « on peut encore aller plus avant et saisir dans les secondes voies, l'élément nutritif pour le rendre inerte et inoffensif. Là, en effet, se trouvent les globules du sang qui charrient avec eux l'oxygène, élément actif de la nutrition. Enchaîner l'oxygène aux globules, empêcher qu'il passe des globules aux éléments des tissus, le ramener ainsi de la périphérie aux organes d'émonctiori, voilà une indication que nous pouvons remplir, grâce à quelques agents déterminés » (Ferrand), et cela d'autant mieux que les substances capables de fixer l'oxygène aux hématies, sont en-

core capables de figer, pour ainsi dire, les éléments anatomiques, dans l'état où ils se trouvent au moment où elles les rencontrent, et de suspendre en eux le mouvement d'assimilation et de désassimilation qui constitue la vie nutritive.

1326. Les agents de cette médication sont des plus nombreux, si l'on passe en revue tous ceux qui, par un effet indirect, peuvent aboutir à un abaissement du taux de l'activité nutritive. Ceux qui semblent agir le plus directement sur l'acte nutritif en lui-même, sont les antipyrétiques par excellence.

Ce sont pour la plupart des médicaments qui font altérants à la dose ordinaire; ce sont les mercuriaux et en particulier le calomel, l'arsenic, les anlimoniaux et en particulier l'émétique; en un mot, ce sont les altérants, élevés à la dose où ils sont susceptibles de contro-stimulisme, c'est-à-dire, à la dose où ils dominent l'activité nutritive et vitale des éléments. Avec eux vient l'alcool, dont la dose doit de même être élevée au taux où il déprime au lieu d'exciter. Il faut y joindre le thé et le café, et enfin l'hydrothérapie.

Je parlerai dans un autre paragraphe des modérateurs cardiaques et des paralyseurs (digitale, quinine, vératrine, aconit, etc.) qui sont sans doute antipyrétiques au premier chef et entravent l'échange nutritif; mais n'agissent ainsi qu'indirectement, par l'intermédiaire d'un affaiblissement vasculaire ou nerveux.

1327. Rien sans doute ne nous permet d'affirmer l'existence d'agents qui soient directement modérateurs de la nutrition et qui agissent sur l'élément anatomique en dehoi'â de toute influence nerveuse ou vasculaire. Cependant, c'est ce qui semble résulter des cas où le médicament, absorbé à haute dose, est toléré, c'est-à-dire ne provoque plus aucun trouble dans l'activité fonctionnelle, et va cependant atteindre l'activité nutritive; du moins, voit-on les effets produits sur la nutrition être considérables et hors de toute proportion avec ceux qu'il produit sur les autres fonctions.

Pour arriver à ce but, les médicaments doivent être donnés à haute dose et à doses fractionnées; à doses fractionnées,

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pour obtenir la lolcrance et à hautes doses pour la maintenir.

1328. La tolérance tient à la lenteur que l'émétique, par exenaple, impose aux actes nutritifs des éléments, de telle sorte que chacun des appareils dont ceux-ci se composent, réduit à un état de débilité excessive, devient incapable de répondre à toute autre sollicitation fonctionnelle. IN'est-ce pas chez les sujets débiles, ou impressionnés gravement par la lésion d'un important viscère, que la tolérance est le plus facilement obtenue (Gubler)?

Cette tolérance, pour ce qui regarde l'émétique, était niée par Chomel et Dance; lUviùre, Macarlney, Rayer en rapportaient les effets à l'état nauséeux; Broussais et Bouillaud ne voulaient y voir qu'une révulsion intestinale et spoliatrice ; Eberle et Trousseau, une modification nerveuse sympathique du trouble gastrique; une dépression du système nerveux organique selon Rasori; une disproportion entre les effets gastriques et les effets cardiaques du médicament, selon Sée ; toutes explications insuffisantes et réfutables auxquelles je propose de substituer la suivante : La tolérance est une indifférence fonctionnelle obte7iue par la suspension de l'activité nutritive.

1329. Quoiqu'il en soit, le résultat immédiat de l'emploi de ces moyens, c'est la dépression de la plupart des phénomènes fébriles, la diminution de la quantité d'urée excrétée par l'urine, et l'augmentation, au moins relative, du poids du corps pendant le traitement, tous faits qui concordent à faire admettre, qu'il y a eu modération de la dénutrition, et par là, effet antipyrétique.

J'ai indiqué comment la plupart de ces agents, altérants à petite dose et môme alors stimulants de la nutrition, capables de favoriser l'entraînement, à dose plus forte, sont des modérateurs delà même activité et deviennent par là des antipyrétiques, tandis qu'enfin, à dose excessive et toxique, ils altèrent si bien la puissance nutritive, qu'ils la détruisent et la remplacent par des dégénérations, parfois rapides, dont l'état graisseux est le type le plus ordinaire ; ils ont môme alors une action topique irritante et escarrhotique.

1330. Les antimoniaux sont les agents qui ont été employés depuis le plus longtemps dans ce sens; l'émétique à haute dose, (0ss20à OksSO et môme 1 gr. — V. Traitement

de l'inflammation (1102), est le plus usité. On le donne dans une potion qui est prise par cuillerées, et fractionnée ainsi, autant qu'il est nécessaire pour obtenir la tolérance. On le donne encore en lavage, et on peut de mfime le faire tolérer par ce moyen, mais il n'a plus alors le môme effet, et ne réalise tout au plus que l'état nauséeux, lequel est plutôt un contro-stimulant qu'un altérant de la nutrition.

Les antimoniaux, en général, ont, comme les nauséeux, une tendance à influencer la nutrition par l'intermédiaire de l'innervation organique. L'arsenic ne semble pas agir de môme, mais atteindreplus isolément l'acte nutritif; il se rapproche en cela des mercuriaux et du calomel. L'arsenic modère les combustions, retarde la défassimilation, surtout celle de la graisse (Schmidt, Brelt-Schneider, Sturzwage, etc.). L'arsenic est l'agent qui paraît avoir le plus de puissance sur les hématies, pour en suspendre l'oxydation cl avec elle la nutrition et la putréfaction. Enfin, il atténue le besoin de respirer et tend à diminuer la quantité d'oxygène qui entre à chaque inspiration dans la poitrine.

Les mercuriaux et le calomel ont la môme action. Le bichlorure, qui est le sel en lequel tout agent mercuriel paraît se transformer pour agir dans l'économie, est de môme une aniiputréfiant, qui s'oppose à l'oxydation des hématies. Mais il est d'un maniement plus délicat, à cause de la facilité qu'il y a de produire avec lui soit l'empoisonnement immédiat, soit la stéatose par intoxication secondaire. Les sels de plomb, les alcalins, jouiraient encore de propriétés analogues.

1331. Ce que j'ai dit de l'alcool, à propos du traitement de l'inflammation, me dispensera d'y insister beaucoup actuellement (1113); c'est cependant un antipyrétique autant qu'un antiphlegmasique ; encore faut-il le donner à haute dose. Ainsi administré, l'alcool diminue les mouvements respiratoires (Legras), il abaisse aussi la quantité d'acide carbonique exlialé : il y a donc diminution de l'oxygène absorbé (Lehmann) ; ou bien, introduit dans le sang, l'alcool attire sur lui l'oxygène, au détriment des globules (Bouchardat), et, par une sorte d'asphyxie relative (anoxémie), entrave la combustion organique et la désassimilation. C'est par là qu'il diminue l'excrétion de l'urée.

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'•Outre cette interprétation, il y a celle gui repose sur l'influence que l'alcool exerce sur le système nerveux et qui le rapprocherait de la quinine. Quoiqu'il en soit, le fait n'en subsiste pas moins, et l'alcool, à dose élevée et fractionnée, n'est pas un aliment respiratoire (Smith, Lallemand, Perrin); il abaisse la température animale (Duméril et Demarquay), diminue l'excrétion uréenne (liannon, Bœcker) : c'est donc bien un antidénulritif et un antipyrétique.

On peut rapprocher de l'alcool, comme ayant une action analogue, le café et le thé, qui, à dose légère et dans la première période de leur action, sont des excitants des principales fonctions élémentaires, et qui, à dose plus forte, et dans la seconde période de leur action, sont des modérateurs de la dénutrition. Or, comme ces deux périodes sont fort proches l'une de l'autre, on ne devra donner ces agents, que lorsqu'on ne craindra pas de joindre à l'inertie nutritive, l'excitation fonclionnelle^ notamment celle du système nerveux. Les mêmes réflexions s'appliquent à l'éther, au chloroforme, etc.

1333. Il est des antipyrétiques d'un effet tonique, plus tixes et moins excitants ; tels sont le quinquina et la coca, dont les effets antipyrétiques, pour être moins nettement définis, n'en sont pas moins réels ; le vin, qjji réunit le tannin à l'alcool, a les mômes propriétés. Pour ces substances d'ailleurs, comme pour les alcools, les mercuriaux et l'arsenic, il faut songer aux effets antiputrides dont elles sont susceptibles (967), et à l'utilité que peut avoir cette qualité dans le traitement de la fièvre.

Beaucoup d'autres agents sont encore classés parmi les antipyrétiques (quinine, vératrine, digitale, etc.), mais comme ils semblent agir surtout sur les fonctions nerveuses et vasculaires et que la modification qu'ils imposent à la nutrition, toute effective qu'elle est, n'est probablement que secondaire, il en sera question dans un autre paragraphe.

§ 3. — Médication antithermique ou réfrigérante.

1333. Nous avons vu, dans le paragraphe précédent, les FEnnAND. — Thérapeutique. 3 4

agents susceptibles de combattre l'élévaiion thermique d(! la fièvre, en l'attaquant dans sa source, qui est l'oxydation nutritive ; le procédé actuel consiste à soustraire au malade la chaleur produite, à en favoriser l'émission.

La médication réfrigérante consiste presque entièrement dans les pratiques de l'hydrothérapie. Tandis que les bains chauds et la sudation peuvent être pyrélogènes, par la hauteur de la température, où les qualités excitantes des substances employées, l'eau froide agit à l'opposé (Pomme, Gianini, Broussais, Fleury).

La douche et l'immersion produisent, en peu de temps, un abaissement notable de température ; l'enveloppement et l'affusion ont les mêmes effets. On a mesuré la quantité de calories que l'on peut ainsi soustraire à un fébricilant (Liebermeister). On veri-a plus loin les procédés à employer et les résultats qu'il faut en attendre. Disons de suite qu'il y a généralement à préférer aux autres moyens, les lotions répétées, ou l'enveloppement, et, dans les cas graves, l'immersion. Ce qu'il faut craindre, en effet, c'est la réaction inverse qui suit ces divers modes d'intervention ; aussi, est-il nécessaire d'en prolonger l'emploi ou de le renouveler assez fréquemment pour éviter les effets de celle réaction.

1334. Enfin, il ne faut pas s'attacher à enlever au malade beaucoup de calories à la fois, par une température très-abaissée; on risquerait de provoquer une plus grande activité de la combustion, qui semble s'exagérer alors, pour remplacer avec usure, dans sa source, la chaleur perdue (Liebermeister). Sans doute, après le bain, cette exagération cesse, mais n'est-ce pas trop déjà que de l'avoir provoquée ? 11 faut moins s'attacher d'ailleurs, à soustraire tout d'un coup beaucoup de chaleur au malade, mais bien plutôt hercher à rétablir chez lui \es diverses fonctions, qui sont appelées normalement à le rafraîchir, telles sont les diverses émonclions et celles de la peau en particulier. Aussi, un des plus grands avantages des pratiques hydrothérapiques, employées contre la fièvre, c'est l'effet qu'elles ont de réveiller et d'activer les fonctions de la peau.

Ceci nous fait comprendre encore comment le milieu refroidi d'une basse température, loin 'être favorable, peut

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n'être pas sans danger. 11 vaut toujours mieux mettre le malade en situation de se rafraîchir lui-môme (Ferrand).

1335. Aussi, ne saurais-je mettre trop de réserve dans l'appréciation de la méthode générale de traitement antipyrétique que Brandt, de Steltin, vient de formuler ainsi : un bain froid de 20» au plus, de t5 minutes de durée, combiné avec une affusion sur la tôle, laquelle est faite à une température encore plus basse, et avec un massage pratiqué dans le bain. Ce bain doit ôlre renouvelé toutes les trois heures, jusqu'à ce que la température du malade, qui s'abaisse de plus d'un degré à chaque bain, ne mesure plus que 38"o. — Pendant ce temps, et pour régime alimentaire, on donne au malade dulail, du bouillon, du thé, un peu de vin vieux, ou encore de l'eau glacée, le tout à doses fractionnées.

Cette méthode, qui est française dans ses origines, a été poussée ainsi à une exagération de procédés telle, qu'à en croire Brandt, elle ne connaîtrait pas de contre-indication; il faut avouer que ceci serait juslitîé par les résultats de la statistique dont on l'appuie, si les statistiques étaient sans réplique. Je ne saurais, pour ma part, souscrire à une prescription qu'il faudrait imposer avec autant d'absolutisme et de brutalité : l'algidité artificielle qui peut résulter de son application, ne saurait être un effet toujours utile, elle peut occasionner des hémorrhagies, ou des diacrises, ou même des inflammations qui ne sont pas sans danger (Bordier), et, si cette médication peut convenir à certaines formes alaxiques et hyperihermiques excessives, elle no peut être imposée à tous les malades indistinctement.

1336. Il est d'autres pratiques qui conviennent à la majorité des cas et ne sont guère moins efficaces.

Les lotions simples, ou vinaigrées, ou légèrement alcooliques, et môme camphrées, sont bien plus praticables et bien moins dangereuses. Elles seront employées d'ailleurs, à proportion que la chaleur s'élève davantage ; faites à la température du milieu ambiant, et répétées fréquemment, jusqu'à 5 et 6 fois par jour, elles n'exposent pas aux réactions dangereuses, et sont susceptibles d'un effet considérable. Je ne parle pas actuellement de leurs effets sédatifs, tempérants, etc. — On retire encore d'excellents résultats de l'u-

sage des lavements froids, moyen très-efticace pour abaisser la chaleur, ainsi que l'avait observé Récamier, et que l'ont démontré les expériences récentes deFoltz.

§ 4. — Médication calmante.

1337, A part les sédatifs généraux du système nerveux, dont l'étude a été faite, et qui seront utiles pour répondre aux indications nées de l'agitation (161), du délire, (162) des convulsions (291), etc., on emploie contre là fièvre, des médicaments qui semblent agir à tilre de paralyso-moteurs ou de paralyso-sensitifs, et diminuent l'échange nutritif, en retranchant toute l'activité qu'il peut emprunter t\ l'excitation nerveuse, soit par l'intermédiaire des nerfs trophiques(?), soit par l'intermédiaire des nerfs vasomoteurs, soit enfin, par l'intern^édiaire de l'activité fonctionnelle des organes.

1338. La quinine,cet antipyrétique si puissant, en dehors même de ses propriétés anlipériodiques, se place ici au premier rang. La quinine et ses sels agissent sur le système nerveux, et plus tardivement sur le système musculaire; après une excitation légère au début, elle le paralyse dans sa totalité et amène la résolution connue sous le nom d'ivresse quinique ; la sensibilité et la motricité sont abolies, la respiration et la circulation se ralentissent; en conséquence, ces agents modèrent l'acte nutritif et abaissent la température. Il faut, pour obtenir des effets marquants, employer de t à 2 gr. de quinine ou de sulfate de quinine par jour; mais la dose de 50 centigr. produit déjà quelque effet utile.

La cinchonine, plus toxique que la quinine, a été moins utilisée thérapeuliquement : elle est, en effet, moins efficace contre l'intermittence, peut-être le serait-elle davantage comme antipyrétique. Le quinquina en nature et le quinium peuvent avoir leur utilité comme la quinine, mais dans une mesure toute différente; leurs effets toniques et astringents peuvent encore être utiles, et contre les causes «t contre les effets de la fièvre. Il en est de même des succédanés du quinquina ; tels sont la berbérine tirée del'épinevînette, les amers en général, la salicine,e[c., puis l'eucalyp-

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