‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 109 sur 132 · INDICATIONS DES INTOXICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS DES INTOXICATIONS

1654. L'intoxication est un élat morbide accidenle], une maladie artificielle, pour ainsi dire, résultant de l'influence délélùrc d'un agent toxique ou poison.

• lin définissant le médicament (34), j'ai indiqué qu'il ne se sépare du poison que par sa finalité, ou par les résultats qu'on attend de son emploi. Le poison, c'est tout agent capable de troubler gravement l'aclivité nutdlive ou fonctionnelle de l'économie, en entravant la réparation de ses éléments, le rétablissement de son activité, et par là, capable de la conduire à une déchéance générale ou cachexie toxique.

1655. L'élude de l'arreclion toxique, à ses divers degrés et sous ses diverses formes, présente un intérêt considérable en ce que, à mesure qu'elle avance dans la connaissance des effets du poison, elle nous initie de plus en plus, à la pathogéiiie des afleclions morbides dites spontanées et môme des maladies constitutionnelles, dont les intoxications rereprésentent comme une ébauche. Ce sont, en un mot, des maladies artificielles ; et leur patliogénie n'est pas moins intéressante pour le thérapeute que pour le nosographe. En

y distinguant les éléments constitutifs de la maladie, on dé- ^ termine du môme coup les bases des indications thérapeutiques qui leur conviennent.

1656. La classification des intoxications est généralement établie d'après les formes symptomatiques par lesquelles elles se traduisent : c'est ainsi qu'on a admis des poisons (/■- i ritants, des poisons narcotiques, des poisons narcotico-âcres et I des poisons scptiqiies, selon que ces agents provoquent des *1

INTOXICATIONS. 761

phénomènes d'irritation et d'asihenie nerveuse, simples ou combinées, ou enfin une septicémie.

Laissant de cOlé les indications de la septicémie dont j'ai traité déjà, à propos do la putridité en général (962) et des altérations du sang (1049), je crois qu'il faut asseoir aujourd'iuii, sur une base plus rationnelle, la classiticalion des intoxications. Nous retrouvons, en effet, dans ces états morbides artificiels, les mêmes éléments que nous avons vus entrer dans la constitution de la maladie ; ou tout au moins, leurs analogues (14). — C^est d'abord, l'élément nosologiquc', qui se résume dans la présence de l'agent toxique; puis, l'élément physiologique, que traduisent les efforts curateurs de l'organisme contre l'empoisonnemenl ; enfin, l'élément de localisation, en raison des affinités spéciales que les divers agents possèdent pour tel élément anatomique plutôt que pour tel autre.

1657. C'est pour cela qu'il est bon de distinguer les poisons selon les éléments anatomiques qu'ils atteignent, soit dans leur nutrition, soit dans leur activité fonctionnelle. Il y a des poisons gastro-intestinaux, des poisons hématiques, des poisons nervins, des poisons musculaires et cardiaques' des poisons glandulaires et des poisons nutritifs en général' ces derniers, capables d'altérer le mouvement de nutrition de la plupart des éléments. C'est là la spécificité locale des agents toxiques, laquelle est loin d'être absolue, et tient souvent à des conditions contingentes, plus qu'à l'essence môme de ces agents.

Ils ont aussi leur spécificité physiologique, en vertu de laquelle ils excitent ou dépriment plus spécialement la lonction à laquelle ils s'adressent. Toutefois, cette spécificité est aussi peu absolue que la précédente; car elle ne tient pas nécessairement à la qualité de la substance emplovée

i1°;!'"t!°?^P°"''"' '^"^"^^ excitateur ou comme depiess.f de la fonction à laquelle il s'adresse, selon la dose qui a été mise en œuvre.

Quant à la spécificité nosologique des poisons, ellen'existe pas, au sens strict du mot ; et cependant, chacune de ces intoxications a son évolution à elle, qui révèle, avec l'unit<^ de sa cause, les moyens par lesquels on peut la combattre"

ART, — DESClUPTIÛN DE L'iNDICATION.

§ 1". — Type élémentaire.

1658. Quel que soit l'agenl toxique employé, les accjdenls morbides qu'il provoque peuvent avoir lieu, parle fait de son action topique, à sa porte d'entrée dans l'économie, qui est le plus souvent dans les premières voies. C'est ainsi que beaucoup de ces agents, et en particulier tous les irritants, altèrent plus ou moins profondément les voies digeslives, lorsqu'ils y sont introduits à l'état liquide ou solide, et les voies respiratoires, si c'est sous forme gazeuse qu'ils se présentent, et mûme parfois, le tégument externe, lorsque leur puissance corrosive est capable d'entamer ou de détruire l'épiderme protecteur.

C'est de celte influence topique irritante qu'on a fait le caractère de la première classe des poisons: c'est ce qu'on peut ai^^elev l'intoxication primaire.

1659. Les poisons jouissent d'une autre influence modificatrice de l'activité nutritive des organes, qui relève encore de l'action topique, mais de l'action topique en retour : tels sont ceux qui s'attaquent aux organes chargés de les éliminer, au moment où ils traversent ces organes pour être rejelés au dehors : c'est V intoxication jmr élimination. — Or, il est remarquable que, tandis que le caractère toxique des poisons à leur entrée est irritatif et provoque les inflammations les plus violentes, celui des agents qui sont toxiques à leur sortie, pour les organes d'élimination, est surtout dégénératif et trahit la déchéance nutritive de ces organes; ce sont le plus souvent des dégénérations graisseuses.

Entre ces deux extrêmes de l'entrée et de la sortie, le poison ne reste pas indifférent, et il atteint plus ou moins gravement les éléments anatomiques et leurs fonctions.

1660. Après avoir franchi les premières voies, le poison rencontre le sang {intoxication hématique ou toxicohémie), dans lequel il peut agir sur les globules [poisons globulaires), ou sur le plasma {poisons plasmiques) : c'est, en d'autres ■ termes, l'intoxication secondaire, ou des secondes voies, intoxication plus profonde que la précédente, et plus grave, : surtout par la généralisation qu'elle comporte.

INTOXICATIONS

1661. Apporté par le sang au contact des tissus, l'agent toxique agit sur eux, ou par impression, ou par incorporalion ; il entre dans le tourbillon de leur évolution nutritive et y apporte les modifications que comporte sa présence. Celles-ci sont très-diverses sans doute; mais, pour ce qui regarde les métaux, elle peut se résumer dans la loi suivante : leur portée toxique est d'autant plus grande que le chiffre de leur poids atomique et de leur chaleur spécifique est plus élevé (Rabuteau). Les pltéralions que l'on observe alors, aboutissent toujours à la déchéance nutritive et aux divers modes d'atrophie, de même, que dans l'ordre fonctionnel, ils finissent par déterminer l'inertie, avec ou sans période intermédiaire de suractivité passagère : c'est l'intoxication tertiaire, ou altérante jusqu'il l'atrophie.

1662. Kn résumé, toute intoxication complète comprend :

— une phase primaire, irritative, due à l'action topique du poison, sur les premières voies de l'économie; — une phase secondaire ou hématique qui suspend les fonctions du sang;

— une phase tertiaire ou nutritive qui tend à la destruction de l'activité nutritive et fonctionnelle des éléments; enfin,

— une phase terminale ou éliminatrice, que caractérise la dégénérescence des émonctoires. — La première phase engage l'alimentation, la seconde compromet I hématose, la troisième altère la nutrition, et la dernière suspend les dépurations nécessaires.

1663. Toute intoxication ne comprend pas nécessairement la totalité de ces influences : il est des poisons qui n'ont aucun effet sur les premières voies ; il faut dire aussi, par contre, que l'action caustique la plus forte n'empêche pas l'absorption, dans une certaine mesure, des agents qui en sont capables. lia été fait des expériences qui prouvent que des poisons peuvent agir directement sur les tissus, par une imbibilion qui a lieu de proche en proche, sans que ces agents aient passé par les vaisseaux. Cela a été constaté pour la cyclamine (Vulpian), pour le sulfocyanure de potassium (Ollivier et Bergeron), et pour plusieurs sels métalliques (Rabuteau).

D'autre part, il est possible que le poison arrivé dans le sang soit aussitôt éliminé, au moins en partie, avant qu'il

764 INDICATIONS DES MALADIIÎS AIlTlFICIELLES.

ait eu le temps de porter une fâcheuse influence sur l'élément nerveux ou. musculaire.

On a coflslaté encore ce fait curieux, que certains poison?, donnés à dose trop élevée, cessent d'Être toxiques, parce que ces agents ont modifié lopiquement les tissus et les ont rendus impropres à l'absorption : c'est ce qu'on observe avec les narcotiques. On ne saurait toutefois faire application de cette donnée en thérapeutique, à cause des dangers auxquels elle expose.

1664. L'élimination est, dans toutes les intoxications, la phase terminale ; c'est aussi la plus intéressante pour le médecin, parce que ce peut âtre la plus féconde en applications thérapeutiques. L'élimination se produit par les glandes spéciales, par la surface des muqueuses et par la peau. Elle est d'aulant plus efficace qu'elle est plus rapide, et celle rapidité paraît être proportionnée à la faculté que possède l'économie de résister au poison (Chatin) ; loi providentielle (Itoussin), elle hâte le départ des agents dont le contact avec les éléments anatomiques est le plus dangereux. Cl, Bernard a montré comment on peut à volonté reproduire ou suspendre les accidents d'intoxication, chez un animal soumis à l'influence d'un agent toxique, selon qu'on arrête ou qu'on hâte l'élimination de cet agent.

Il faut encore savoir que toutes les substances ne s'éliminent pas indifféremment par toutes les voies; elles ont pour cela leurs affinités éleclives (51). Lassaigne etRoussin ont montré quelle différence il y a à cet égard, entre les substances qui sont ingérées accidentellement et celles que les organes ont accoutumé de recevoir et de conserver.

1665. Cette vue d'ensemble de l'intoxication est vérilabbment physiologique > elle a, en outre, l'avantage d'être plus exacte que les classifications plus ou moins artificielles qui reposent sur la nature des toxiques, la plupart de ces agents pouvant affecter à la fois plusieurs des divers modes (irritants, narcotiques, etc.) de l'intoxication.

§ 2. — Pathogénie.

1666. Les agents capables d'intoxication primaire, ou par irritation lopique, sont : les acides minéraux et lous les acides

INTOXICATIONS

caustiques, les alcalis et les corrosifs alcalins, (ous ceux, en un mot, que les auteurs rassemblent sous le chef de poisons irritants.

Les poisons hématiques qui portent sur les globules sont : les carbures et les cyanures, les gaz carbonés et les agents cyaniques, les composés du sélénium et du tellure, le phosphore, l'arsenic et les alcools; ceux qui portent sur le plasma, sont: les agents nitreux, les sels d'argent et les sels métalliques divers (Rabuteau).

Parmi les modificateurs de l'activité fonctionnelle et nutritive des éléments nerveux, il y a d'abord les ancslhésiques, tels que le chloroforme, le bromoforme, l'éther et l'opium; puis nous avons — comme paralysants : le curare, la fôve de Calabar, l'aconit, la ciguë et les alcaloïdes composés; — comme excitateurs réflexes : les strychniques, l'oxygène, l'absintbe et les cantharides. — Les névro-musculaires sont : les narcotico-âcrcs (belladone, dalura, jusquiame, tabac, morelle, etc.), la digitale, l'acide carbonique et les antimoniaux; — et les paralyso-musculaires : la vératrine, les champignons, les sels de potassium, et les sels métalliques en général.

liiifin, les poisons par élimination sont les poisons glandulaires, c'est-à-dire : tous les sels métalliques, pour le foie, et surtout le fi^r, le mercure et l'arsenic; les mêmes agents et toutes les substances fixes, pour les reins; pour la peau, toutes les substances volatiles et gazeuses et un grand nombre de substances fixes, qui ne sortent pas sans provoquer des éruptions spéciales; enfin, pour les muqueuses, il y a peu à dire, sinon que les substances particulièrement volatiles s'échappent par la muqueuse des bronches qu'elles peuvent irriter au passage, et les substances septiques par ■la muqueuse gastro-intestinale, avec diverses diacrises (V. 'Elimination du médicament).

ART. II. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE

1667. L'intoxication ainsi analysée dans ses éléments essentiels, nous donne, avec eux, les bases des indications auxquelles il importe de satisfaire pour la combattre.

L'intoxication primaire, ou empoisonnement proprement

dil, est celle qui offre au thérapeute les indications les plus faciles à reconnaître et les plus efficaces. Lorsque le poison est encore dans les premières voies, il faut avant tout, provoquer son expulsion, au moyen des évacuants; ou bien on cherchera à l'annihiler au moyen des neutralisants et même des absorbants. La plupart des antidotes que l'on préconise, n'ont pas d'autre effet, et l'on conçoit que, pour cSlre utiles, il faut qu'ils soient administrés en temps opportun, c'est-à-dire avant que le poison ait eu le temps d'élre absorbé .

La phase primaire de l'intoxication comporte encore une autre indication, qui relùve de l'irritation topique portée sur les parois du tube digestif. On peut y satisfaire, en cherchant à préserver les parois de la muqueuse, soit en enrobant l'agent irrilant dans une masse glutineuse, soit en le dissolvant dans un véhicule liquide abondant, soit enfin, en l'emprisonnant dans une poudre absorbante ou en le neutralisant cliimiquemenl. On doit encore, l'irritation topique une fois produite, la combattre et la faire disparaître au moyen des émollients et des anliphlogistiques; et s'il persiste quelque état inflammatoire chronique, c'est la médication altérante qu'il faut mettre en œuvre.

1668. Dans l'intoxication secondaire, c'est au sang qu'il faut s'adresser, d'abord, pour tenter d'y neutraliser le poison encore présent, indication qu'il devient bientôt fort difficile de remplir; puis, et surtout, pour tenter de rendre au sang ses éléments normaux et de faciliter l'éliminalion du produit toxique. C'est le rôle que doivent jouer les oxydants et les éliminateurs.

1669. Enfin, dans l'intoxication tertiaire, c'est à modifier les échanges nutritifs qu'il faut viser; c'est le but auquel on arrive par tous les moyens que donne la médication altérante. On n'omettra pas d'ailleurs, d'employer de préférence les altérants toniques et reconstituants, surtout si l'on songe à l'état de dépression et d'asthénie profonde, dans lequel la plupart des intoxicalions laissent les sujets qu'elles ont atteints, soit, à cause des perles diacritiques qu'elles déterminent, soit à cause de l'asthénie dentelles frappent directement le système nerveux, soit enfin, à cause de l'élat de déchéance dans lequel elles laissent l'activité nutritive.

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1G70. L'indication éliminalrice est bonne à remplir à toutes les phases de l'inloxicalion, dès que l'absorption a donné accès au poison dans les milieux de l'économie. Elle consiste à favoriser les actes éliminateurs, à les provoquer s'ils font défaut, à les parfaire s'ils languissent, en tant que sécrétion ou en tant qu'excrétion. Elle consiste ensuite à prévenir l'alléfation des organes et des voies de l'élimination, lesquelles sont souvent irritées et plus ou moins profondément altérées par le passage de l'agent toxique, ou simplement par suile de l'hypercrinie excessive qui peut en résulter. — De là l'usage des éliminateurs, et ensuite des altérants de la sécrétion et de ses organes.

§ 1". — Moyens hygiéniques.

1671. Je n'ai pas à parler ici de la prophylaxie de l'empoisonnement, des mesures que motivent les intoxications professionnelles, de celles qui appartiennent aux-habitudes vicieuses ou à la thérapeutique toxique, de toutes celles enfin qui relèvent de l'hygiène publique ou privée. Une fois l'intoxication réalisée, les seules mesures utiles àprendre, dans le domaine de l'hygiène, consistent à mettre le sujet dans les conditions les plus favorables à son organisation, dans laquelle il trouvera souvent la force de résister au choc de l'empoisonnement et aux conséquences qu'il peut entraîner.

§ 2. — Médication évacuante.

1672. L'estomac étant le réservoir dans lequel les matières ingérées séjournent quelque temps, il y a lieu de les chasser au dehors, par la voie la plus courte, et d'éviter ainsi à la muqueuse intestinale le contact prolongé qui facilite l'absorption.

Aussi, le vomitif est-il le premier moyen à mettre en œuvre, et pour évacuer le poison non encore absorbé, et pour retarder l'absorption de celui qui est déjà engagé dans les tissus; enfin, pour provoquer les éliminations qui peuvent se faire par la muqueuse digestive elle-même. Ses effets sudorifiques favoriseront encore l'élimination parla

peau. Le vomissement sera provoqué de préférence par la titillation mécanique de la luette, ou bien par les agents vomilifs, du moins par ceux qui sont incapables d'ailleurs.d'ajouter une action nuisible à celle qu'a déterminée le toxique ; et, quand le vomissement est impossible ou ne peut être tenté, il est indiqué de vider l'estomac au moyen de la pompe gastrique, soit d'emblée, soit après avoir pratiqué, au moyen d'une injection aqueuse, le lavage de sa surface interne.

Quant à la médication purgative, elle ne deviendrait utile que dans le cas où le poison aurait pu être, au préaloblo, neutralisé dans l'estomac; aussi, Irouve-t-elle plus rarement son application. Souvent cependant, quand le poison a dépassé l'estomac, il y a avantage à donner un éméto-catbartique.

§ 3, — Médication absorbante ou cnvreloppante.

,1673. Cette médication consiste à administrer au malade des substances capables de masquer, pour ainsi dire, le toxique à la muqueuse; de prévenir par là son action topique, et, en ralentissant son absorption, d'en diminuer les dangers, soit directement, soit en laissant aux actes éliminateurs le temps d'en atténuer les fâcheuses influences.

C'est ainsi qu'agissent les boissons aqueuses abondantes ; elles sont utiles surtout, lorsque le vomitif peut suivre leur administration ; les boissons mucilagineuses ou albumineuses sont ensuite les plus recommandées. Beaucoup de toxiques minéraux font avec l'albumine des composés insolubles ou qui ne se dissolvent que secondairement et lentement. Dans le même but, on a conseillé l'usage d'une alimentation capable d'offrir un bol alimentaire volumineux, dans lequel le toxique se divise et s'atténue; les panades, les bouillies, etc., peuvent jouer ce rôle. — Cette médication convient surtout au traitement de l'empoisonnement par les agents irritants topiques; elle ne peut agir sur l'absorption que pour la ralentir.

§ 4. — Médication neutralisante.

16'74. La médication chimique ou anlidotique est certai-

INTOXICATIONS

nement la plus rationnelle de celles qui peuvent ôire dirigées contre l'intoxication primaire. 11 n'est mOme pas impossible que sa portée dépasse les premières voies. L'action des antidotes peut se poursuivre dans le sang et jusque dans les tissus; mais elle y est beaucoup plus incertaine et plus difficile. Dans les premières voies eilesmûmes, son succès n'est pas certain ; les réactions chimiques ne se passent pas toujours dans l'estomac comme elles font dans un verre ù réactif; et puis, il est des réactifs qui ne peuvent être donnés sans danger. Néanmoins, elle est après la médication évacuante, la plus sûre à mettre en œuvre, pourvu toutefois qu'elle arrive en tempp opportun.

Aux acides, on oppose, après l'eau albumineuse, la magnésie, ou une solution étendue de carbonate de potasse ou de soude, ou même de l'eau de savon. L'albumine offre cet avantage, qu'elle fixe pour quelque temps sur elle les agents qui la coagulent, et ne les rend ensuite que peu ù peu à l'économie, dans les milieux de laquelle elle se redissout lentement.

Aux alcalis, on oppose l'eau légèrement vinaigrée et donnée en abondance, ou bien encore et à sa suite, l'eau albumineuse et les mucilages; et à la presque totalité des poisons minéraux, on oppose l'usage du protosulfure de fer hydraté.

Il n'y a pas de neutralisants des irritants végétaux et minéraux. Du reste, à propos de l'application de ces données à chacune des intoxications en particulier, je dirai quel est l'antidote qui convient le mieux à neutraliser chimiquement le poispn ; car il ne faut pas compter sur l'antagonisme toxique, dont l'efficacité est assez aléatoire pour que cet antagonisme soit suspect.

§ 5. — Médication antiplilogistiquo.

1675. On combat les altérations irritatives, produites par le poison dans les premières voies, au moyen des émoUients d'abord, puis, s'il y a lieu, au moyen des arliphlogistiqucs locaux ou généraux, directs ou indirects (révulsifs) ; et s'il s'agit de lésions chroniques consécutives ù l'inllammation, au moyen des révulsifs et des altérants. Tels sont

les moyens de répondre à cette indication que tous les agenls toxiques peuvent motiver, et que réclament surtout les poisons imianis.

n est dans les intoxications, une irritation qui difTùre par le moment et par le siège, de la précédente • c'est celle que détermine dans les organes de sécrétion, ou dans es voies d excrétion, une élimination trop abondante, ou trop hatee, ou encore, dans laquelle le corps éliminé reste capable, de sa nature, d'effets irritants d'ordre phvsioue chimique ou organique. - L'abondance des boissons aqueuses, en étendant les solutions qui renferment les toxiques, en atténuent l'influence irritante. On peut encore combattre cette influence au moyen des agents qui modihent. doucement les diacrises, et surtout au moyen de ceux qui facilitent l'excrétion des produits déjà sécrétés. -LCnfin SI 1 irritation pcrsisie malgré l'usage de ces moyens émol- Iienls, malgré l'emploi des antiphlogistiqucs directs ou indirects, on s'adresse à la médication altérante.

§ G. — Médication altérante.

1676. La médication altérante a moins en vue le poison que les lésions et les troubles fonctionnels qu'il laisse à sa suite. Elle se propose pour but, de rendre aux échanges nutritifs leur activité, et d'apporter une modification utile à ceux que l'intoxication a pervertis ou fait décheoir. Elle aura à atteindre ces lésions dans le sang, où elles ont pu porter gravement sur les hématies (V. Altérations du sang) ou bien elle les attaquera dans l'intimité des tissus (V. Troubles nutritifs, 885), et en particulier dans les organes éliminateurs. Ses principaux agents seront les alcahns.

§7. — Médication oxydante.

1677. La médication oxydante semble n'être qu'une dépendance de la précédente : c'est par elle qu'il faut combattre la plupart des toxicohémies, autrement dit, les intoxications secondaires. La plupart des poisons du sang ont, en effet, pour résultat de suspendre l'hématose, soit en détruisant les globules, soit en altérant le plasma qui les contient et

INTOXICATIONS

les nourrit, soit en frappant ces mOmes globules d'une sorte d'inertie et d'incapacité nutritives, en vertu de laquelle ils cessent -d'absorber l'oxygène et de le transmettre aux élénaents vers lesquels ils le cbarrient d'habitude.

Dans les intoxications hématiques, tous les globules ne sont pas frappés à la fois. Comme ce sont le plus souvent des gaz qui en sont les agents, c'est par inhalation qu'ils sont absorbés, et c'est sur le sang de la circulation pulmonaire qu'ils agissent tout d'abord. Souvent mûme, les fonctions respiratoires sont frappées les premières et directement, de telle sorte que l'asphyxie pulmonaire et périphérique est une conséquence constante, sinon immédiate, de l'intoxication.

1678. Nous avons déji vu (942) quels sont les agents susceptibles de favoriser l'hématose. Parmi eux, le plus direct est l'oxygène, l'oxydant par excellence. Il suffit souvent, pour l'administrer, de favoriser la respiration d'une atmosphère normale; parfois, il faut y exciter ; parfois encore, il faut y suppléer au moyen de la respiration artificielle, que l'on réalise par des mouvements passifs ou par l'électrisation {V. Asphyxie). On emploiera souvent avec avantage les inhalations d'oxygène pur, qui, outre son influence favorable sur l'hématose, excite l'activité nutritive et les éliminations.

. La médication qui se propose de favoriser iBs oxydations organiques dans la trame des tissus, sera encore utile à employer; mais, comme elle est peu rapide dans ses effets, peu sûre môme dans ses procédés, elle ne saurait convenir qu'à un traitement de longue haleine, à celui qu'on adresse aux intoxications chroniques. Ses principaux agents seront encore les alcalins à dose légère.

§ 8. — Médication éliminatrice.

1679. Ce n'est guère aussi que dans les intoxications chroniques qu'on peut mettre en œuvre une médication éliminatrice proprement dite, et en attendre quelque effet. Il convient cependant de l'employer toutes les fuis que sont conjurés les accidents aigus, soit d'irritation topique, soit d'excitation, soit de dépression fonctionnelle ; elle est comme le corollaire et le complément de la précédente médi-

772 INDICATIONS DES MALADIES AUTIFiciELLES.

''leso'pr'-' doivent achever la cure.

1680. Plusieur^i agenis sont éliminés en nature : tels sont

r at TaSr?'"'"'' '''''' l'acide c : !

drique, 1 ac de benzoïque, le chloroforme, l'éther etc Beaucoup d'autres agents subissent, avant de s'éliminer

Lessulfures,lessulfiteset les hyposulfiles se transforment ea sulfates; la plupart des sels à acide organique et à base

alcaHn,''irn' ^^s cyanales, se cliangont en carbonates alcalins, le perchlorure en protochlorure et les hypochlorites en chlorures, les iodates et les bromales en iodures et en bromures, les sels de sélénium et do tellure en acides sélenhydrique et tellurhydrique, les phosphites et les hypophosphites deviennent des phosphates, et le tannin devient de l'acide gallique (in Rabuteau).

Quand on aura favorisé ces transformai ions, ce qui se fait en général, en acUvant les acies nutritifs, on pourra user aciivement des éliminateurs. Les plus employés ici sont pour ainsi dire indiqués, par les voies que suivent naturellement les poisons, lorsqu'on les laisse s'éliminer spontanémeni • pour la plupart, ce sont les voies urinaires. Parmi les diurétiques, on choisira ceux qui sont le moins susceptibles de causer de l'it-ritation topique et de la dépression générale L'alcool est peut-être, ave.; le café, le diurétique le plus souvent indiqué.

ART. ni. — INDICATIONS MÉDIATES.

1681. Outre les indications qui ressorlissent à la nature propre de l'agent toxique, et aux altérations qu'il détermine, la plupart des intoxications motivent encore, au début,' l'usage des tempérants et même des antiphlogisliques généraux, pour peu que soit vive la réaction générale de l'économie contre le traumatisme toxique.

Plus souvent encore, les toxiques laissent l'économie dans un état de dépression, qui se traduit par les débilités fonctionnelles et les déchéances nutritives, et nécessite, par conséquent, au moins secondairement, l'usage des toniques !* et même des slimulanis.

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En efFef, soit par la violence de l'irritation topique que détermine le toxique, soit par l'abondance des évacuations qu'il entraîne, soit par les pertes séreuses ou sanguines, soit par l'anémie, soit enfin par l'épuisement nerveux, les intoxications amènent le plus souvent un véritable état de coniro-stiraulisme, auquel il faut toujours songer et qu'il faut souvent combattre.

ART. IV. — APPLICATIONS

1682. Pour montrer l'application des données qui précèdent, il n'est pas nécessaire de descendre dans le détail des procédés qu'il convient d'employer contre chacun des agenls toxiques. Sans omelire de signaler les particularités les plus importantes, je prendrai successivement chaque classe d'intoxications, et montrerai quelle série d'indications elle réclame, et les meilleurs moyens que nous ayons d'y satisfaire.

Il me faut pour cela étudier successivement chacune de ces classes, dans l'ordre rationnel que j'ai déjà indiqué, et qui est en même temps l'ordre le plus favorable aux applications pratiques.

A l'intoxication primaire, correspondent les poisons dits irrilanis ; à l'intoxication secondaire, les poisons hémaliques et sepliques ; el, dans l'intoxication terliaire, on a lespoisons de la nutrition, en général, et ceux, en parliculier, du système nerveux (neurotiques) et du système musculaire.

§ l*^ — Intoxication primaii-e. — Poisons irritants.

1683. La plupart des poisons minéraux sont des poisons irritants. Ce sont d'abord les acides minéraux concentrés ou peu étendus, en particulier les acides sulfurique, azotique, chlorliydrique, fluorhydrique, oxalique, et l'acide arsénieux ; ce sont, en second lieu, les alcalis caustiques, potasse, soude et ammoniaque et plusieurs de leurs sels, notamment les sulfures alcalins et les chlorures d'oxydes ; quelques-uns des sels de cuivre, de plomb, de zinc, d'élain, d'or et d'argent ; l'émétique et les sels d'antimoine, le sublimé et les sels de mercure ; l'iode, le brome, le chlore

rcaX:;;!" ^^^^ p^^^'

nl:^lV'''^T «"bs'ances se traduit par une in-

flammat.on des premières voies, qui peut affecter les degrés es plus extrêmes. La douleur, les e'vacuatlons exces-

Zl r '^'1^^' hémorrhagies

môme la so.f e le pharyngisme, l'anurie, les convulsions, le conlro-slimulisme ou l'adyn.imie et la mort : tels sont principaux les élémenis de celte intoxication, et les principales sources del'indication (V. ces mots).

1684. C'est dans l'intoxication primaire, que la médication antidotique possède toute sa valeur.

Aux acides, elle opposera l'eau albumineuse tiède en abondance, qui va former avec eux des combinaisons plus ou moins inertes, la magnésie, ou les carbonates alcalins en solution étendue, ou simplement de l'eau de savon (Bouchul). Dans l'emppisonnement par l'acide arsénieuv, après la médication vomitive, on donne le protosulfure de fer hydraté (4 à S gr. dans 40 à SO gr. d'eau tiède à plusieurs reprises), ou le sesquioxyde de fer, ou la magnésie. Contre le phosphore, on donne l'essence de térébenthine.

Aux alcalis, on oppose de l'eau légèrement vinaigrée, ou encore de l'eau albumineuse qui forme des albuminates à peu près insolubles ; à la baryte, des sulfales solubles, ou de l'eau de cendres, et puis les agents éliminateurs ; aux sels de potassium, les éliminateurs et en particulier l'alcool, ainsi que les autres stimulants généraux, en raison de la dépression profonde qui suit, en général, cet empoisonnement ; il en est de môme pour les sels de strontium et de calcium. Contre l'argent, on donne le chlorure de sodium ; contre l'iode, l'amidon ; contre le cuivre, l'albumine en excès, le sulfure de fer, les bases minéroles, les limailles métalliques, puis les éliminateurs et, en particulier, les bromures, ou bien les carbonates alcalins et les fruits à acides végétaux, qui se changent en carbonates ; contre le zinc, l'albumine, les carbonates alcalins ou la magnésie ; contre l'étain, le lait ,• contre le plomb, les sulfales basiques, l'albumine et le lait. Dans les formes chroniques du saturnisme, où les calmants ne sont pas

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sans inconvénients , les sulfureux (Rayer) ou les acides .(Gendrin) ne sont que d'une utilité douteuse : aussi doit-on leur préfe'rer encore le traitement de la Charité, qui est surtout éliminateur. Aux sels d'aluminium on oppose le lait et rall)umine, la magnésie et le carbonate d'ammoniaque ; enfin, au mercure, le lait, l'albumine, ou le gluten, la magnésie ou les cendres, les sulfureux, les limailles métalliques, ou le sulfure de fer hydraté, et enlin les éliminateurs, soit les purgatifs, soit les iodures, soit les bromures. A l'émétique, comme au bismuth, après l'eau albumineuse et le tannin, on adresse les purgations répétées.

Ea un mot, on emploie contre la plupart des poisons métalliques, l'eau albumineuse et la gelée de protosulfate de fer hydraté, qui sont, à eux deux, l'antidote de presque tous ces poisons.

Les poisons végétaux et animaux sont plus difficiles à neutraliser. Tous ceux cependant qui sont des alcaloïdes, ou dont les alcaloïdes sont le principe actif, peuvent ûtre efficacement combattus par le tannin, par l'iode, par l'iodure de potassium ioduré, mCmc par le chlore et par le charbon animal et végétal. Tels sont l'aconit et la ciguë, les strychnées, en général, l'opium, l'atropine et la belladone, le dalura, la jusquiame et la morelle, la nicotine, la vératrine et les champignons. On peut y ajouter parfois le café, utile surtout contre l'opium, la digitaline et la nicotine, ou encore le quinquina. Par contre, le tannin et l'iodure ioduré sont sans effet contre la digitaline.

1685. La médication neutralisante a une importance considérable, et qui peut fort bien dépasser les limites des premières voies; elle peut (?tre utile encore, ar moment de l'élimination, contre les toxiques qui sont expulsés par les glandes de l'intestin; on sait que c'est le fait d'un grand nombre de sels métalliques, par exemple, de l'arsenic (Orfila) et de l'émétique (Taylor), etc. (V. Élimination (51).

La médication par excellence de l'intoxication primaire est certainement la médication anlidotique, avec la médication expulsivé et la médication isolante. L'inflammation topique que les irritants laissent dans les premières voies, vient ensuite; les altérations qui la constituent ont toutes été étudiées, quant aux indications qu'elles motivent, il en est

de môme de l'état d'asthénie ou de conlro-stimulisme, qui leur succède, et qui constitue le troisième groupe des indications que réclame celte classe d'intoxications.

§ 2. — Intoxication secondaire. —Poisons hématiques.

1686. Les poisons qui agissent plus spécialement sur les secondes voies, peuvent voir leur action se porter sur les globules ou sur le plasma. Les poisons globulaires sont l'oxyde de carbone, l'acide cyanhydrique, l'acide sulfhydrique et le sulfhydrate d'ammoniaque, le sélénium et le tellure, le phosphore, l'arsenic et l'alcool; les poisons plasmiques sont les nitrites et les vapeurs nilreuses, les sels d'argent et la plupart des sels métalliques, administrés à doses faibles et continues (Habuteau).

Les poisons globulaires, ou hématiques proprement dits, se fixent sur l'hémoglobine et l'altèrent, ainsi que le démontre l'observation spectroscopique. Leur action est rapide, en général; ils tuent les sujets, avant que leurs effets aient pu atteindre les actes nutritifs des éléments généraux de l'économie. Du reste, la nutrition des globules eux-mâmes est altérée, puisque ceux-ci perdent leur forme et leur couleur, et ne tardent pas à arriver à la dégénération graisseuse. Les poisons plasmiques, en général, luenlmoins vite;mais, s'ilsatlaquent moins immédiatement les globules, ils altèrent en même temps les tissus et rentrent ainsi dans les poisons de la nutrition.

L'acide carbonique, l'air confiné et tous les agents qui suspendent la respiration, aboutissent à un arrêt de l'hématose et entraînent des conséquences analogues.

1687. Le traitement de l'empoisonnement par les toxiques du plasma, se confond avec celui de l'empoisonnement par les poisons nutritifs. Quant aux poisons des hématies, c'est par l'anhématosia qui résulte de leur intluence, qu'ils sont surtout dangereux. On ne négligera pas pour cela, lesindications qui appartiennent à l'intoxication primaire, et l'on attaquera lo poison dans les premières voies au moyen des agents expulsifs, anlidotiques, isolants, etc. Ces derniers agents toutefois ne peuvent être appliqués indifl'éremment à tous les

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toxiques : ainsi, les graisses, qui retardent l'absorption de l'arsenic, hrUent celle du phosphore.

C'est à restaurer l'hcmatose qu'il faut surtout s'attacher, dans les cas d'intoxication hémalique; c'est l'objet de la médication oxydante ( 1676 ) et le traitement de l'asphyxie (1060).

La respiration artificielle y trouvera souvent sa place; on y emploie beaucoup aujourd'hui les inhalations d'oxygùne. N'oublions pas non plus les courants ascendants continus, qui seront pratiqués, le pôle positif placé dans le rectum, et le pftle négatif dans la bouche.

Les essais qui ont été faits pour neutraliser le poison, sont à peu près tous restés sans effet bien démontré. La térébenthine, conseillée contre le phosphore, n'a qu'une utilité restreinte; en effet, le phosphore semble n'être toxique que par sa transformation en acide phosphorique; et une atmosphère saturée d'essence de térébenthine, n'aurait guère pour effet que de ralentir l'oxydation du phosphore (Bellini).

La médication éliminatrice sera plîis efticace contre l'intoxication secondaire. On y emploie surtout les diurétiques, et, en particulier, l'alcool ou le vin blanc, en ayant soin de les étendre et d'en diviser la dose, sans quoi ils deviendraient toxiques à leur tour pour les hématies. Il en est de même du nitrate de potasse et de la plupart des diurétiques dialytiques.

§ 3. — Intoxication tertiaire. — Poisons nutritifs.

1688. La plupart des poisons altèrent la nutrition des organes. Les irritants topiques l'altèrent dans les premières voies, les hématiques l'altèrent dans le sang, les glandulaires l'altèrent dans les voies d'émonction; les nutritifs proprement dits, allèrent la nutrition de tous les tissus en générale et notamment celle du système musculaire.

Les plus actifs en ce sens, sont ceux auxquels on a donné le nom de stéatogènes ; ce sont l'arsenic, le mercure et le phosphore. Mais beaucoup d'autres agents sont susceptibles de déterminer des stéatoses : tels sont les acides minéraux, les sels métalliques, les agents dits modérateurs de

la nutrition, et, parmi les conditions physiques, Télévation exagérée de lu chaleur.

Après ce que j'ai dit de ces agents, en étudiant les troubles nutritifs (V. Paihogénie de l alrophie, 937) et la médication des fièvres (1325), je n'ai pas à y revenir longuement. Remarquons seulement que les organes qui sont le plus souvent le siège de la stéatose, sont les voies d'élimination de ces poisons. Ce sont surtout le foie, les glandes de l'intestin, les reins, et après eux viennent le cœur et l'ensemble du système musculaire.

1689. La médication de ces intoxications comporte aussi, bien que dans une mesure fort restreinte, l'usage des antidotes. La neutralisation chimique peut encore être tentée; c'est ainsi qu'on voit, chez les saturnins, les bains sulfureux précipiter, à l'état de sulfure noir et insoluble, les molécules de plomb que renferme la peau. Disons toutefois que si cette médication convient pour agir sur la surface cutanée, on ne saurait la diriger contre l'Intoxication hémalique' sans s'exposer à produire dans le sang des concrétions insolubles, qui joueraient le rôle d'embolies. Certaines intoxications n'auraient pas d'autre mécanisme ; leurs agents toxiques seraient des poisons mécaniques. Le sélénium et le tellure, par exemple, provoqueraient la formation dans le sang de corps étrangers cristallins, entraînant nécessairement des obstructions multipliées (Rabuteau).

Les éliminateurs (1679), dans la mesure où ils sont incapables d'altérer les voies de l'émonction, seront les agents les plus effioî'.^es de cette indication. On y joindra la médication altérante, laquelle sera suivie ou accompagnée de l'usage des toniques et de tous les agents capables de relever l'acuvité nutritive (V. Alrophie, 932).

§ 4. — Intoxications nervo-musculaires,

1690. Les poisons nervo-musculaires sont sans doute encore des altérants de la nutrition ; mais, outre qu'ils portent plus spécialement sur un élément anatomique spécial, ils ont aussi pour etret, au moins apparent, de troubler l'activité fonctionnelle avant l'activité nutritive, et celle-ci moins que celle-là.

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Parmi ces agents, ceux qui agissent davantage sur le système musculaire, sont l'acide carbonique, la vératrine , les sels métalliques, en général, les sels do potassium, le plomb et le mercure. Les solanées vireuses, la digitale et les antinioniaux agissent à la fois sur les systèmes musculaires et nerveux. Le système moteur a le curare, la fève de Calabar, l'aconit et la ciguë; et en remontant vers la moelle, on a les modificateurs réflexes, strychnées, cantharides, etc.; enfin, comme agents cérébro-spinaux, on a le chloroforme, l'élher et l'opium. I/étude que j'ai déjà faite de tous ces agents, à propos de la médication des troubles nerveux, me dispense d'y revenir, autrement que pour rappeler les indications qu'ils réclament, quand , de médicaments, ils sont devenus poisons.

1691. Une indication commune à beaucoup d'entre eux est celle qui consiste à rétablir les fonctions respiratoires suspendues; ce qui permet souvent de gagner du temps et d'attendre le moment où, par le seul fait de la persistance de la circulation, les éliminations vont s'accomplir et l'activité fonctionnelle retrouvera toute son énergie (V. 1686). Ceci trouve son application dans les empoisonnements parle curare, par la fève de Calabar, par l'aconit et par la ciguë, par les anestliésiques et par l'opium.

Une autre indication commune consiste ;l favoriser les éliminations, en évitant toute dépression fonctionnelle. A cet effet, plusieurs diurétiques, notamment le nitre, doivent être rejetés; on préférera de beaucoup le lait et les alcooliques, ceux-ci surtoL't, dans tous les cas où le toxique n'a pas produit de stimulation fonctionnelle exagérée. L'alcool et le vin de Champagne sont recommandés dans l'empoisonnement par la digitaline, par la vératrine, parles champignons (une fois que ceux-ci ont été expulsés des voies digeslives), et même par la fève de Calabar.

1692. Quant à la médication antagonistique, de plus en plus contestée, à mesure qu'on analyse davantage les effets des agents pathogénétiques, elle devrait trouver sa place ici, SI elle offrait quelque sécurité, tille ne peut être bannie toutefois d'un arsenal thérapeutique complet. Ainsi, aux strychnées, on oppose l'opium, qui a une utilité incontestable, la nicotine qui en a moins, le curare qui n'en a plus, et la

7 80 INDICATIONS DJiS MALADIES ARTIFICIELLES.

fùve de Calabar qui peiil bien en avoir. Aux cantbarides on oppose l'opium, le bromure de polassium et le camphre à doses légères. Y a-t-il encore quelque utilité à donner l'atropine contre l'opium; et, contre l'atropine, l'opium et l'ésérine (C. Paul)?

1693, Les indications essentielles de ces intoxications seront celles qui relèvent des troubles fonctionnels qu'elles déterminent; selon qu'on observera des phénomènes d'excilation, d'asthénie, ou de perversion, portant sur les divers centres d'innervation, ou sur les cordons conducteurs, ou sur les appareils périphériques de la sensibilité ou du mouvement. Toutes ces indications ont été étudiées dans la seconde partie de ce livre, assez en détail pour que je n'aie qu'à y renvoyer le lecteur.

L'électricité y aura souvent un rôle à jouer, ne fût-ce que pour entretenir l'activité fonctionnelle des organes; c'est un moyen dont l'utilité est bien évidente dans l'intoxication par l'opium, où il suffit d'entretenir une certaine activité du système nerveux, pour que celui-ci conserve ses aptitudes fonclionr.elles, jusqu'à l'élimination du poison. Les affusions froides y seront encore des plus efficaces.

g 6. — Intoxications clironiqaes.

1694. Les intoxications lentes et prolongées donnent lieu à une évolution pathologique de forme chronique et qui se rapproche de celle des maladies constitutionnelles. Llles sont le plus souvent la conséquence d'influences professionnelles, d'habitudes vicieuses, ou même d'une action thérapeutique prolongée.

Dans ces intoxications, il arrive souvent que la phase primaire fait défaut. Le poison étant reçu à doses fractionnées et successives, pénètre insidieusement dans l'économie, sans provoquer aucune irritation topique des premières voies. La phase secondaire ou hématique peut elle-même passer souvent inaperçue, en raison de l'équilibre physiologique qui s'établit, entre rentrée du poison par absorption et sa sortie par élimination. Les organes les plus exposés sont alors précisément ceux qui travaillent à cette élimi-

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nation, ou bien encore, ceux qui emmagasinent le toxique avant qu'il soi texpulsé.

De là, la fréquence des éruptions cutanées artificielles, dos altérations glandulaires, et enfin des troubles nervora use 11 1 aires.

1695. L'indication antiphlogistiqiie trouvera donc peu souvent sa raison d'être dans les intoxications chroniques: moins rarement, il y aura lieu de songer à la médication calmante et émolliente. La méthode chimique ou neutralisante sera peu elficacc, en raison de la dislance qui sépare le toxique de l'antidote. La véritable médication de ces intoxications est la médi(;ation éiiminatrice. Enfin, chacun des troubles fonctionnels ou nutrilifs déterminés par le poison, sera pour sa part la source d'indications, en tûle desquelles se place l'indication altérante.

Parmi les plus importantes intoxications chroniques, je cite en premier, l'alcoolisme, le type le plus complet et le mieux étudié, capable de servir de modèle pour tous les autres. Quant au saturnisme, à l'hydrargyrisme, je ne saurais les étudier chacun en détail; je renvoie à ce que j'en ai dit en général, dans les paragraphes ci-dessus.

§ G. — Alcoolisme.

1696. En cas d'ivresse, qui est la phase primaire et secondaire de l'alcoolisme, il faut provoquer l'expulsion de l'alcool par le vomissement et surtout par le vomissement mécanique, prescrire le repos et une boisson délayante. La simple expectation peut suffire aux plus légers degrés de l'ivresse. Mais, quand on arrive à la période de collapsus, outre qu'on emploiera les moyens précédents, il faut songer à prévenir le refroidissement du sujet. L'indication excitante domme alors; outre les stimulations extérieures, on emploie l'ammoniaque, le thé et le café ; parfois même, poursatisfaire à l'indication d'expulser l'alcool, on est obligé d user de la pompe gastrique. D'autres fois, c'est contre l'asphyxie qu'il faudra lutter (1060).

1697. Les névropalhies de l'alcoolisme peuvent être encéphaliques, médullaires ou périphériques. Les principales sont le déhre alcoolique et le delirium treœens (V. ces

FtnnAND. — Thérapeutique. 44

782 INDICATIONS DES MALADIES ARTIFie[ELLES.

mots), accidenis aigus d'une intoxication déjà chronique. Elles motivent trois indications essentielles : 1° protéger le malade et ceux qui l'entourent contre ses propres violences ; 2° éliminer le poison; 3» soutenir les forces (Magnan). A la première, répondent les moyens de contention et de séquestration ; à la seconde, les évacuants et les éliminateurs, c'est-à-dire l'aération, la sudation et les diurétiques; à la troisième, les eupeptiquès et les toniques, joints à une alimenlation de facile digestion, et dont on n'excluera pas le vin et l'opium.

1698. L'alcoolisme chronique, proprement dit, outre sa prophylaxie généi'ale et individuelle, comporte autant d'indications qu'il compte de déterminations morbides particulières. Sans doute, il y aura encore à employer les éliminateurs; mais il faut s'attacher surtout à faire disparaître les lésions analomiques que le toxique a laissées sur son passage. Dans les premières voies, c'est la gastro-entérite chronique ; dans les secondes voies, c'est l'anémie globulaire, l'athérôme des gros vaisseaux, et la stéatose des capillaires ; dans les tissus, en général, c'est une déchéance nutritive, qui succède à la multiplication des produits nouveaux, et relarde la dénutrition des anciens éléments.

En un mot, à la période des excitations fonctionnelles, succède, dans l'intoxication aiguë, celle de la dépression et de l'inertie ; de même, dans l'intoxication chronique, à la période de l'excitation nutritive et formatrice, succède celle de la dégénération et de l'atrophie ; celle-ci s'étend à tous les tissus en affectant les formes différentes que nous lui connaissons: granuleuse, scléreuse, graisseuse (V. ces mots). C'est l'indication de la méthode résolutive, et mieux encore, des altérants, auxquels il ne faudra pas omettre de joindre les toniques.

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