DOUZIÈME PARTIE
1699. Sous le nom de parasitisme on comprend l'étude des maladies qui se lient d'une façon plus ou moins directe, soit comme cause, soit comme effet, à la présence d'un organisme parasite. \iUei comportent d'ailleurs trois. éléments différents : 1° le parasite; 2» les accidents qui résultent de sa présence ; 3° les accidents constitutionnels qui s'y rattaclienl souvent, et comme condition prédisposante et comme effet (Bazin).
Les parasites appartiennent au règne animal ou au règne végétal, et se classent aux degrés les plus inférieurs de l'échelle organique. Quelques-uns même, divers en apparence, ne constituent qu'une môme espèce, et ne sont variables qu'en raison des phases diverses de leur organisation. Quelques-unes de ces transformations ne se réalisent que quand le parasite passe d'un organisme à un autre.
Le parasitisme végétal est d'ailleurs moins grave que le parasitisme animal.
On sépare encore les parasites, selon qu'ils vivent à l'extérieur de l'organisme ou à son intérieur. De l;i, les épizoaires ou eclozoaires et les épiphyles ou eclophytes d'une part,^ d'autre part les entophytes et les enlozoaires.
1700. On compte parmi les épizoaires, le pou, la puce, la punaise, les chiques, les tiques et les rougets, puis les sarcoptes, les demodexet quelques autres acariens; ces derniers sont les parasites de la gale. Parmi les épiphytes, on compte les champignons qui sont les parc.s'tes de la teigne; ce sont les genres microsporon, trichophytes, achorion et
puccinie ; il y a encore les oïdium, les aspergillés el les mu cor. ou moisissures (Moquin Tandon), enfin, les végélauxénidermophyhques du pityriasis versicolor, du chloasma, des éphelides (Bazin). '
Les enlophytes sont, pour la plupart, des mucédinées ou des algues, qui appartiennent aux leptorailes, aux lepto thnx, aux oscillaire?, etc. Le muguet et son oïdium v tiennent le premier rang. Quant aux entozoaires, qui sont de oeaucoup les plus nombreux el les plus importanis on les a divisés en entozoaires insectes (œstres); entozoaires crustacés (Imgualules); entozoaires vers (helminthes divers), et entozoaires infusoires. Les helminthes les plus connus sont les ascarides, les oxyures, les stron-les et les Inchocéphales, avec la trichine. les filaires, les douves les ténias, etc. '
1701. Dans cet ensemble, sont confondues des alTcclions parasitaires fort diverses. Une classification du parasitisme devrait, pour être pratique, reposer sur la base suivante : Il y a d'abord les parasites superficiels des membranes de rapport, tous ceux qui vivent à la surface de la peau, ceux qui habitent les canaux ou les réservoirs des muqueuses. Tous les parasites externes, la plupart des entophytes, et beaucoup d'helminthes appartiennent à cette classe, qui est celle du parasitisme primaire.
Dans une seconde classe, parasitisme secondaire ou des secondes voies, les parasites habitent le système vasculaire. Tous les infusoires peuvent s'y rencontrer, et quelques autres encore, parmi ceux que je viens d'énumérer.
Enfin, le parasitisme tertiaire est celui dans lequel les parencliymes eux-mêmes, muscles et viscères, sont occupés par les parasites: ce sont surtout des entozoaires, les trichines, les douves et tous les vers vésiculaires. Il est remarquable que les helminthes vésiculaires ou des parenchymes, sont les larves des helminthes rubanés, lesquels vivent dans les premières voies. De sorte que, s'il y a progression dans la gravité du parasitisme, en raison de sa profondeur, on ne peut pas dire que cette profondeur tend à s'accroître avec l'évolution du parasite.
Cette division, qui nous permet de rapprocher le parasitisme des intoxications et des maladies constitutionnelles
MALADIES PARASITAIRES. 7 85
tout à la fois, est plus qu'une analogie spéculalive, elle est des plus fécondes ; elle répond à une gradation dans l'impoi'lance des indications et dans la portée des moyens thérapeutiques à employer pour y satisfaire.
ART. 1". — DESCniPTlON DE l'iNDICATION .
§ i" xype élémentaire.
1702. La perturbation causée dans l'économie par la présence du parasite, peut tenir aux caractères du parasite luimûme, aux modifications physiques qu'il détermine dans l'organe qu'il occupe, aux troubles symptomatiques qu'il y provoque, aux troubles éloignés ou sympalbiqucs qui en résultent (Bazin). Ils varient encore selon la nature du parasite et selon le siège qu'il occupe (Lafosse).
Nous retrouvons ici les trois éléments dont nous avons fait la base de toute indication : le siège du mal, son mode, ou la forme des troubles qu'il provoque, et sa nature, ou la condition qui le détermine. L'indication devra se préoccuper de reconnaître l'organe envahi, le caractère des troubles dont il souffre, et la nature du parasite qui les provoque.
1703. La présence du parasite dans l'économie entraîne des perturbations nutritives et fonctionnelles diverses, selon la profondeur à laquelle il est parvenu. — Sur les surfaces de rapport, il produit des modifications de la sensibilité et une irritation qui, le plus souvent nerveuse, devient parfois congestive et mdme inflammatoire; les sécrétions peuvent être altérées. On conçoit quels troubles fonctionnels peuvent en être la conséquence, dans l'intestin par exemple. Une telle irritation peut déterminer les perturbations nerveuses les plus graves et les plus générales. — Dans le sang, le parasitisme se généralise rapidement, et aboutit le plus souvent à l'infection, ou encore aux embolies capillaires viscérales périphériques. — Enfin, dans les parenchymes, le parasite, qui, le plus souvent s'enkyste d'une enveloppe adventive, se nourrit et se développe aux dépens du tissu normal, qu'il refoule autour de lui, en lui faisant subir les altérations qui appartiennent aux divers modes d'atrophie. Les Irou-
V8C J.NDICATIONS DES MALADIES ARTIiaCIELLES.
bles fonclionnels de ces organes se produisent en conscgucnce
Les acephalocysles, les hydafides et les échinocoques les douves et les trichines sont les variétés qu'on observe On peut les rencontrer dans tous les viscères; le foie est celui qui en renferme le plus souvent.
1704. Il est une condition propre au parasitisme et que nous n avons pas signalée encore. Le parasité' n'est pas un élément qu'on puisse éliminer sans préliminaires; tant qu'il est vivant, il s'enbrce de demeurer où il trouve sa subsistance. Il faut le frapper lui-môme, s'il est possible, avant de tenter son expulsion.
La première indication sera donc de tuer le parasite et de l'expulser. La seconde aura pour but d'annuler les troubles qu'entraîne sa présence, soit danô le siège qu'il occupe, soit dans l'économie toute entière.
§ 2. — Patliogénie.
1705. Tout en se refusant à croire à la genèse spontanée des parasites, sous l'influence de certaines maladies, on ne saurait nier qu'il est des états morbides, sous l'influence desquels cette genèse est beaucoup plus facile. Le parasite ne peut vivre sur tous les terrains; il lui faut un support dont la vie elle-même ait perdu de sa puissance, et dont les éléments, cessant d'être enchaînés à l'ensemble avec cette unité qui est le propre de la santé, puissent être distraits de la vie du malade, pour entrer dans la sienne.
Aussi, est-ce dans les maladies constitutionnelles, et à la période de cachexie, chez les enfants, ou dans les organismes épuisés, qu'on rencontre surtout les parasites. Dans certains cas, cependant, on les voit abandonner un organisme qui menace ruine. On a avancé que ces êtres vivaient plus particulièrement sur les sujets, chez lesquels abondent les matériaux des productions nouvelles ou du développement normal. Nous savons, du reste, que cette multiplication des éléments n'empêche pas leur débilité et que ces deux conditions se rencontrent souvent ensemble. Le parasite d'ailleurs, appelle le parasite; il n'est pas rare d'en rencontrer plusieurs espèces sur un même sujet. En
MALADIES TABASITAIRES. 787
fin, le parasite est une complication fréquente des affeclions les plus variables; mais il est à remarquer qu'il y joue un rôle d'autant plus effacé, que ces affections sont elles-m^mes plus graves.
ART. II. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE
1706. Étant établi que le parasite détermine à lui seul une indication, qui est l'indication parasiticide, comme ce n'est pas la seule qui appartienne aux maladies parasitaires, il me reste à passer en revue les médications spécialement capables d'un tel résultat et celles qui peuvent y concourir. On conçoit qu'il ne soit pas toujours facile d'atteindre directement ce but, surfout quand le parasitisme est devenu tertiaire, c'esM-dire viscéral ou parenchymateux.
Dans ce dernier cas, il n'y a guère que le traitement chirurgical qui puisse réaliser une guérison définitive et évacuer les parasites (V. Eydatidcs). Dans le parasitisme secondaire, il y a de mOme peu de chose à tenter en dehors des antiseptiques généraux (V. ce mot, 965) Eu effet, lès agents qui seraient capables d'atteindre le parasite a cette profondeur et dans ce milieu, désorganiseraient en môme temps les viscères et le sang, et exposeraient les sujets aux accidents les plus graves. Il n'en est plus de môme quand ils agit du parasitisme extérieur et de celui des premières voies. Aussi, est-ce lui que le traitement doit surtout viser.
§ I". — Médication hygiénique.
^ 1707. La prophylaxie du parasitisme consiste à ne pas s exposer à la contagion. On ne croit plus guère aujourd'hui a la génération spontanée des enlozoaires, et, pour la plupart, on sait où il est facile de prendre leurs germes. ^ dnn „"? Tm" ^""^ '^'^ parasites externes, dont la transmis- .rjf comprendre par le conlacl, et môme, par un
simple voisinage prolongé, capable d'impliquer le transport de quelque germe, sinon celui du parasite lui-môme Quan aux cntozoaires helminthes, qui sont les plus curieux dans leur transmission, on sait que c'est dans l'alimenlaUon
que les germes en sont absorbés. Les vers qui se rapportent au tœnia, viennent le plus souvent de l'ingestion de la viande (le porc qui renferme des cyslicerques, alors qu'elle est crue, ou cuile d'une façon insuffisante. La mûme viande, dans des conditions analogues, communique la trichine.
Signaler celle origine, c'est dire quelle prophylaxie elle indique. II est malheureux que l'origine de la plupart de& autres entozoaires nous échappe et qu'on ne puisse ainsi en prévenir l'introduction dans l'organisme.
On a pensé que les boissons pouvaient souvent être le véhicule de ces germes ; le fait est cerlain pour ce qui regarde les infusoires et les ferments. Dans celle vue, on a conseillé de n'user, surtout en cas d'épidémie, que de boissons filtrées, ou purifiées plus exactement encore, ou bien même d'eaux minérales puisées loin des lieux où règne l'épidémie. Mais le dernier mot est loin d'élre dxl sur la valeur de semblables précautions.
1708. Toutefois, les conditions que j'ai dit être capables de favoriser la réception et la multiplication des parasites, devront être évitées. La plus importante consiste dans la faiblesse des sujets, faiblesse qu'il faut combattre par l'ensemble des mesures hygiéniques les plus reconstituantes, et en surveillant tout spécialement le régime alimentaire. Sachons d'ailleurs que rien ne facilite mieux le parasitisme, qu'une alimentation surabondante ou incomplètement digérée. On peut croire, eneflet, qu'un suc gastrique suffisant en qualité et en quantité, serait capable de les détruire avant de les laisser absorber. Il importe en un mot, que l'alimentalion soit saine, bien préparée, et sans excessive abondance. On peut y joindre l'usage des eupeptiques et des toniques.
I 2. — Médication tempéranle.
1709. C'est par les calmanis et même par les stupéfianis, par leséraoUients et par les antiphlogisliques, que l'on combat les effets d'irritation topique ou de réaction générale^ d'altération nulritive et de perturbation fonctionnelle, que peuvent délerminer les parasites. — C'est surtout l'indication du parasitisme primaire ; elle trouve rarement son application quand on atteint les formes plus profondes, car ce
MALADIES PARASITAIRES
sont plutôt des alléralions de nutrition par déchéance et atrophie qu'elles produisent alors.
Les lésions peuvent être nerveuses, (elles que le prurit à la peau, les coliques aux entrailles, etc., les spasmes et les convulsions. Elles peuvent titre congestives ou diacritiques et môme inflammatoires. La forme et îa profondeur de l'irritation déterminent la portée des moyens à employer et la persistance qu'il faut mettre dans leur usage.
En (ous cas, on ne saurait considérer comme inutile, de faire disparaître de la scène morbide un élément, qui peut y jouer un rôle moraenlanémcnl considérable et dominer tout, à lui seul.
§ 3. — Médication stupéfiante.
1710. Bien qu'elle se propose d'agir sur le parasite plus que sur l'organisme, la médication stupéfiante peut bien devoir sa principale efficacité à la façon dont elle modifie les surfaces envahies par les parasites. On s'explique difficilement, en efTet, comment le tabac et l'ellébore pourraient être toxiques à ce point, qu'ils tueraient ces organismes inférieurs en respectant l'économie, tandis que ces organismes sont, en général, plus résistants ù toutes ces influences que ceux qui les portent. Du reste, l'efficacité aniiparasilique de ces agents est loin d'être sans conteste.
Il n'en est plus de mOme des substances finement pulvérulentes, qui paraissent stupéfier le parasite, en le frappant d'asphyxie: telle est, en particulier, la poudre de pyrélhre, dont on sait aujourd'hui, qu'elle n'a pas d'autre mode d'action, et qu'on n'emploie guère qu'à cet efiet.
§ i. — Médication excitante.
1711. Outre la médication Ionique, dont j'ai déj'i parlé et ■qu il importe d'employer, pour relever le niveau de l'activité nutritive, dans le but de soutenir l'activité fonctionnelle, notamment celle des surfaces sur lesquelles s'est installé le parasite, il faut user des agents excitants. Ces substances d ailleurs agiront non-seulement sur la surface malade, mais sur le parasite lui-même, dont elles peuvent compromettre plus ou moins sérieusement l'intégrité.
Ce sont le soufre et les sulfureux ; l'acide sulfureux luimCme et les sulfures alcalins sont les plus employés. Les huiles essentielles de genièvre et de laurier y sont' encore fort utiles ; sanscompler la térébenihine, le goudron et les résineux. Peut-être, est-ce aussi par un mécanisme analogue qu'agissent l'huile de pétrole, dont l'emploi n'est pas toujours sans dangers, et l'huile de cade, dont l'effet substitutif rend souvent les plus grands services, contre les maladies cutanées parasitaires. Ajoutons-y encore lu staphysaigre.
La médication excitante topique peut Cire doublée de la mûme médication administrée à l'intérieur, à tilre d'adjuvant; mais elle ne saurait ajouter beaucoup à l'efficacité de la méthode.
§ 5. — Médication altérante.
1712. Les alcalins peuvent agir de plusieurs façons, contre le parasitisme. Ils peuvent changer le mode nutritif des tissus sur lesquels vit le parasite et rendre le terrain impropre à sa subsistance; ils peuvent agir encore sur les matériaux en excès d'une nutrition exagérée, pour les détruire, avant qu'ils aient pu entrer dans le mouvement nutritif et y apporter les germes qu'ils peuvent contenir; enfin, ils peuvent agir sur le parasite lui-même, pour l'altérer et même le tuer, s'il était possible.
Les alcalins sont les premiers parmi ces agents; ils agissent efiicacement contre certains parasites, dont la genèse et l'évolution réclament un milieu acide (muguet) ; le borax agit de même. On en peut rapprocher aussi les sulfures alcalins, qui agiront plus encore par leur soufre que parleur alcali, et l'acétate de plomb, qui est surtout un astringent. Le sel marin appartient à cette classe, ainsi que le savon.
Enfin, les mercuriaux et en particulier, l'onguent mercu- )'ie],lc précipité rouge, et à l'intérieur, le calomel, sont du meilleur usage parmi les agents antiparasitaires.
§ G. — Médication astringente et catliérétique.
1713. Les sels de plomb, que je viens dénoter, de même
MALADILS l'ARASlT'.\IiiLS. 79)
que les préparations de tannin et de suie, sont souvent employés en raison de leur astringence, laquelle p,eul modifier tout à la fois les surfaces sur lesquelles siège le parasite et le parasile lui-mOme. Il faut y ajouter l'acélale de cuivre et le sulfate de cuivre, qui sont en outre des éliminateurs.
Le sublimé est peiit-ûire l'agent le plus efficace contre fous les organismes parasites, qui occupent les surfaces accessibles au médecin, et sur lesquelles on peut l'appliquer sans craindre une intoxication consécutive.
1714. Enfin, j'ai à noter ici l'ensemble des dépilatoires, qui agissent en déblayant le terrain des parasites et des autres produits, el qui favorisent une régénération plus franche du système pileux, quand il peut se régénérer. Telle est l'épilation, qu'elle soit mécaniquement pratiquée, ou bien qu'elle soit obtenue par les pûtes caustiques de sulfures de chaux, ou de chaux vive, ou de soude caustique. L'épilation est d'ailleurs une opération qui ne dispense pas de l'emploi des parasiticides, el qu'il faut généralement renouveler plusieurs fois, avant d'en recueillir toute l'efficacité.
§ 7. — Médication anthelminthique.
1715. Les anthelminthiques proprement dits, sont les agents qui ont pour effet direct ou indirect, de faire périr les vers intestinaux et de les expulser au dehors. Plusieurs purgatifs, notamment les drastiques, peuvent remplir ce but d'expulsion, sans agir spécialement sur les parasites Les vermifuges sont les substances qui, sans agir sur l'économie du malade, sont délétères pour les vers qu'elles expulsent (Bôuchardat). - On devrait distinguer encore les a-enis vermicides des agents vermifuges, mais la distinction n'est pas facile à réaliser.
Les parasiticides (Requin) peuvent agir avec beaucoup d efficacité sur les épiphytes et sur les épizoaires; ils sont moins efficaces contre les eiitozoaires, et c'est par eux ce pendant qu'il faut tacher d'agir pour les atteindre. La plu part des désinfectants et des antiseptiques sont à vrai dire des parasiticides; mais je n'ai en vue ici que ceux qui a-is sent sur les helminthes. Les tœnifuges, parmi eux, tienn°en[ la première place (Bôuchardat). On y compte le kou«o la
79 2 INDICA'IIONS DES MALADIES AHTIFICIELLES.
racine de grenadier, celle de fougère mâle, l'étain el les graines de courge ; — l'essence de térébenthine et les autres huiles essentielles ou empyreumatiques, la mousse de Corse, le semen contra et la santonine, la spigélie et l'absinthe ma-' rine viennent ensuite.
ART. ]ir. — INDICATIONS MÉDIATES.
1716. J'ai indiqué à propos de la pathogénie du parasitisme, à propos des indications hygiéniques et de l'état des sujels en puissance de parasites, quelle importance il y a à ce que le malade reprenne des forces, et surtout une large activité nutritive. Ceci, avec l'indication émoUienle, qui appartient à l'irrilaticn topique causée par le parasite, constitue les indications médiates. II faut y joindre celles qui appartiennent aux maladies dont le parasite n'est le plus souvent qu'un épiphénomène.
ART. IV. — APPLICATIONS
1717. Chaque maladie parasitaire détermine des indications qui relèvent de la nature des parasites, de l'irritation qu'ils déterminent dans le siège qu'ils occupent, des perturbations qu'ils entraînent dans la santé générale. Mais si l'on veut faire une médication qui soit à la fois utile et active, il importe de bien connaître l'histoire naturelle du parasite; on y trouvera souvent l'indication relative à l'opportunité et à la mesure de l'intervention thérapeutique. Enfin, c'est surtout le degré du parasitisme qu'il faut consultei-, pour savoir s'il est superficiel ou profond, primaire, Secondaire ou tertiaire.
§ 1". — Parasites cutanés.
1718. La propreté, les lotions détersives, simples ou alcalines, peuvent beaucoup contre les parasites delà peau, en entraînant ceux qui n'y sont pas adhérents, et avec eux, les produits d'excrétion dont ils sont la cause ou l'occasion. Ces produits, en ellet, suffisent parfois à entretenir la maladie de la peau, alors même que le parasite a totalement disparu.
MALADIES PAUASITAIRES. 79 3
Les niiîmes conséquences peuvent résulter d'un traitement fortement excitant.
1719. Les puces, les poux et les punaises, ne sont l'objet que d'indications préventives ; elles peuvent motiver un bain. Les sensations de prurit qui en résultent peuvent indiquer l'emploi des modificateurs de la sensibilité (368). Contre les pediculi pubis, on emploie surtout l'onguent mercuriel.
1720. La gale tient à un parasite animal, qui ne vit pas seulement A la surface, mais dans le tissu mâme de la peau : le sarcopte ou Vacarus scabiei. Elle se peut guérir en deux heures par un traitement qui consiste : 1° à mettre à découvert les vésicules et les sillons dans lesquels se loge le sarcopte (friction au savon noir); 2° à déterger alors la peau au moyen d'un bain tiède; 3" à faire une nouvelle friction à l'aide d'un composé parasiticide (sulfure de chaux liquide), qu'on laisse un quart d'heure sur le corps; 4° enfin, à donner un nouveau bain de lavage simple. Tel est le traitement suivi à l'hôpital Saint-Louis.
On employait autrefois la pommade d'IIelmerich comme parasiticide; il fallait en renouveler plusieurs jours de suite l'application. On y a utilisé encore des savons sulfureux et au goudron, le styrax et l'huile de pétrole. Cazenave a préconisé des lotions aromatiques et alcoolisées; nul doute qu'on ne puisse traiter la maladie par l'usage interne des essences que la sueur élimine. Bazin a cru à l'elficacilé de l'eau de laurier cerise.
1721. Les teignes sont dues à des champignons épiphvtes qm occupent les follicules pileux du cuir chevelu. On en décrit trois espèces (Bazin) : la teigne faveuse, due à Yachonon Schœnhleam • la teigne tondante, due au tmoph^Jton tonsurans; enfin, la tdgne décalvante ou pelade, due an microsporon fur ar, et, à laquelle on adjoint la forme acl^-oZZe ou avec décoloration de la peau. omarewse
€r, les indications à remplir contre la teigne sont : 1» de
SlTv t/''''''f' 1^ P«^" pour
quil n y trouve plus un terrain propice; 3» de combattre
para^iTd^ans'lo nr S^^'"'' ^"^'^ P^"^' ^^'«^"dre le parasite dans le follicule et sur la racine du poil, c'est l'é-
Ferrand. - Tljérapeutique. 45
pilation, associée aux parasilicides (Bazin). Après avoir fait tomber les croûtes, s'il en existe, au moyen d'applications émollientes, on étend sur la surface malade une couche d'huile de cade, puis on pratique l'épilation au moyen des pinces {id). Le procédé de la calotte est aujourd'hui abandonné; celui des doigis est peu pratique. Quand une petite surface est débarrassée de ses poils, on y étend, à la brosse douce, une solution de sublimé, dont on répèle l'application matin et soir, pendant deux ou trois jours, et que l'on remplace alors par de la pommade au turbith, jusqu'à guérison. Dans ces derniers temps, on a préconisé le rasoir, comme pouvant remplacer l'épilation.
Les parasilicides les plus employés ici, sont : le sublimé (4/1000 ou 4/200^ le sulfate de cuivre (4/250j, les pommades à la soude et surtout à la chaux, et tous les autres irritants et cathérétiques. Les lavages à la décoction de suie, à l'eau phagédénique ont pour effet de nettoyer le terrain et de mettre le mal à nu, sous la loupe de l'opérateur.
1722. La mentagve obéit au môme parasite et reconnaît les mêmes indications.
§ 2. — Parasites des muqueuses.
1723. Le paï asitisme des muqueuses n'est encore que le premier degré de la maladie parasitaire. On peut atteindre les helminthes qu'elles renferment, soit qu'on frappe directement le parasite, soit qu'on en détermine l'expulsion. Les principaux sont les tœnias ; après quoi, viennent les lombrics, les oxyures, les strongles, les tricocéphales, enfin les trichines, par exception.
Le tœnia, vu sa fréquence, et ses indications toutes spéciales,-mérite que l'on consacre un article spécial à sa thérapeutique (V. ci-dessous, 1729 § 6).
1724. Les ascarides et les oxyures ne présentent d'indication spéciale, qu'en raison du siège qu'ils occupent dans l'intestin. Le lombric peut se rencontrer dans toutes les seclions des voies digeslives, mais il habite surtout l'intestin grêle. Les oxyures s'observent dans le rectum et à l'anus. Ajoutons le tricocéphale, qui se rencontre surtout dans le cœcum et ne motive pas d'autre indication.
MALADIES PARASITAIRIiS.
I-a mousse de Corse (10 à 60 gr.), le semen contra {idem) et la sanlonine ( 10 à 20 centig. ) conviennent beaucoup contre les lombrics. Il en est de môme du calomel, à doses répétées pendant 4 à 5 jours. Le camphre, l'ail et les huiles empyreumatiques peuvent encore être employées, si l'on ne craint pas l'irritation qu'elles provoquent.
Contre les oxyures, on emploie les simples lavements froids, un lavement d'huile ou d'eau salée, une décoction de suie ou de lanaisie, enfin, la sanlonine. Le calomel, seul ou uni à des poudres purgatives, constitue la base de la plupart des préparations anlhelminthiques de la spécialité pharmaceutique (tablettes, biscuits, chocolat, etc.).
1725. Le muguet est une afTeclion parasitaire que l'on observe dans la stomatite (1126), et, comme l'acescence (856) est une condition de sa production, il importe de la faire disparaître, au moyen des gargarismes et des collutoires alcalins, même à l'aide des boissons alcalines (Gubler).
Les parasites qui peuvent se rencontrer sur les autres muqueuses, ne motivent guère d'autres indications, que de favoriser les excrétions qu'elles produisent, et d'en débarrasser leur surface. Il en est ainsi pour ce qui est des voies "énito-urinaires. °
§ 3. — Parasitisme des secondes voies.
1726. Quand ils ont pénétré dans le sang, les parasites échappent presque entièrement à notre portée. . Les hématozoaires proprement dits sont peu connus dans leurs origmes et dans leurs conséquences. Les perturbalions qu 1 s occasionnenl, tiennent surtout à l'obstacle mécanigue qu lis apportent à la circulation. C'est ce qui arrive pour le foie par exemple : les hydatides qui s'y développent naissent de 1 embryon exacanthe, lequel pénétre avec les alimenls dans l'intestin.
Des Slrongles et des filaires ont été rencontrés dans le sans des ammaux. Chez l'homme, outre le gynecoj.korus-kœmat!.
tpnti,<fK^r''''"' ''^ bactéridœs qui
aient été bien observées. Or nous savons que ces organites se lient a 1 existence de la pulridité. Je n'ai donc rien à ajout '
ici à leurs indications, qui appartiennent à la pulridité du sang (962) ou à la seplictîmie (1049).
Ajoutons que beaucoup de parasites passent directement et de proche en proche, des premières voies dans les tissus. Pour ceux qui entrent dans le système vasculaire et se généralisent par son intermédiaire, ce passage a lieu d'une façon latente le plus souvent, sans qu'on puisse le modifier, sans qu'on sache le reconnaître.
Remarquons encore que les recherches récentes, relatives aux maladies infectieuses, tendraient à les faire rentrer toutes, comme les maladies septiques, dans le cadre des atfections parasitaires. Ceci multiplierait beaucoup sans doute l'indication parasiticide, mais aussi conduirait à confondre les procédés de cette indication, avec ceux de la médication antiseptique.
% i. — Parasitisme tertiaire.
1727. Quant au parasitisme des parenchymes, il dépasse encore plus la portée de nos moyens. Tous les efl'orls faits pour atteindre, dans nos tissus, les éléments parasitaires, sont demeurés bien peu efficaces.
Toute la médication de ces lésions se confond, pour ainsi j dire, avec celle des tumeurs des organes dans lesquelles elles se développent. Elle est purement palliative, tant que les accidents se bornent à des troubles fonctionnels que l'on peut combattre. — La médication curative est toute chirurgicale. On a bien essayé de tuer les hydatides au moyen de décharges électriques, mais sans résultat. Les injections irritantes sont moins inefficaces sans doute, mais elles ne sont pas sans danger. Le moyen le plus sûr est, ou l'incision, ou l'ouverture de la tumeur au moyen des caustiques et la suppuration de la poche adventive qui les loge, selon la méthode de Hécamier. — Or, la multiplicité même de ces '\ lésions explique combien il est difficile de les atteindre toutes et combien on a peu de chance de les guérir. '
Ce peu de chance de succès ne saurait cependant dé- | tourner de toute tentative thérapeutique; sans même aller jusqu'aux grands moyens, on y réussit quelquefois. II n'est
MALADIES PARASITAIRES
pas absolument rare de voir des kystes hydaliques du foie guérir après une simple ponction {Soc. méd. des hôp.). Il est vrai que, dans ce cas, c'est le plus souvent à des liydatides infécondes que l'on a eu affaire.
§ 5. — Trichinose.
1728. La inc/imose, don I on s'est beaucoup préoccupé naguère, est un exemple de parasitisme, qu'on peut observer aux phases primaires et tertiaires de son évolution.
L'ingestion de la viande trichinée et dans laquelle la cuisson insuffisante n'a pas détruit les trichines iSO"), occasionne de la diarrhée et parfois des vomissements, avec ou sans fîèvrebicn accusée. — A cette période, l'indication évacuante domine toutes les autres : on y emploie les purgalifs et, en particulier, le jalap et le calomel. On a donné encore, et surtout, les anthelmintiques les plus excitants, mais sans grande efficacité. Rodet a préconisé la benzine qui lui a paru plus utile. On pourrait essayer l'acide phénique.
Quand la trichinose est devenue tertiaire et que le parasile est logé dans les muscles, il échappe à toute tentalive thérapeutique. La benzine elle-même n'a donné aucun résultat. On a, du reste, mis en œuvre les agents les plus puissants de la médication altérante.
Enfin, quand le sujet résiste à l'intoxication et paraît devoir guérir, la médication tonique la plus active est indiquée, pour soutenir les forces qu'une longue convalescence ne lui permettra que difficilement de recouvrer.
§ G. — Taenia.
1729. Le taenia est, avec le bolriocéphale,\e seul helminthe rubané qui appartienne à l'homme. Chacun des anneaux qui le constituent, forme un animal complet ou zoonile, hermaphrodite et ovipare. Les derniers de ces anneaux gonflés d'œufs,se détachent et sont rejetés avec les matières fécales, dans lesquelles on peut les reconnaître. De ces œuf?, naît l'embryon exacanthe ou proscolex, qui, ingéré par quelques animaux, notamment par les porcs, détermine chez eux
798 INDICATIONS DES MALADIISS AUTIFICIEI.LES.
la ladrerie (cysticcrques). Et la viande de porc infectée de cysticerques, lorsqu'elle est ingérée par l'homme, sans être suffisamment cuite, régénère chez lui le taenia. De rares observations tendent à prouver qu'il a pu, par exception, résulter de l'usage de la viande de breuf. Certains poissons des lacs de la Suisse donnent de même le botriocéphale.
J'ai tenu à résumer celte pathogénie du taenia, parce qu'elle suffit à indiquer, quelles sont les mesures d'hygiène publique et privée, qui peuvent importer à sa prophylaxie. (V. Delpech).
L'habitat ordinaire du taenia est l'intestin, et il n'est pas toujours facile de l'expulser en totalité de ce viscère ; il importe, pour cela, de choisir, comme le seul moment opportun, celui où le malade rend spontanément des cucurbitains ou des fragments de lœnia.
1730. Les parasiticides les plus employés contre le Isenia sont : l'écorce de grenadier, le kousso, la fougère mâle, les graines de courge. Je ne parle pas de l'étain, du kamala, du mesenna, du talzé, etc., et de beaucoup d'autres moyens aussi empiriques qu'infidèles; on pourrait citer à peu près tous les anflielminlhiques.
Laboulbène a donné la formule d'un apozème, dont les elîets seraient remarquablement efficaces : écorce de racine de grenadier de Portugal 60 gr. à 90 gr., à faire macérer 24 heures dans 2 verres d'eau, puis réduire à un verre, par un feu doux d'abord et à grand feu ensuite. Le mélange ayant été pris à jeun, aussitôt que le malade sent un malaise intestinal, qu'il est rationnel d'attribuer aux mouvements de l'helminlhe, on administre 15 à 60 et jusqu'à tOO gr. d'huile de ricin, en une ou plusieurs fois; et l'expulsion se produit.
On donne de môme le kousso, qu'on prépare par infusion (20 gr. pour 250 gr. d'eau) et qu'il faut ingérer en totalité, fleuret liquide. La fougère mâle, efficace contre le taenia non armé (botriocéphale), se prend sous forme de poudre (30 à 50 gr.), ou d'huile éthérée, ou d'extrait éthéré, ou en décocté. Les graines de courge se donnent surtout aux enfants (40 gr.), pilées avec du sucre, ou mêlées d'huile de ricin et de miel et dans du lait.
Après l'ingestion des vermicides, il faut, pour compléter
MALADIES PARASITAIRES
l'effet vermifuge, donner un purgatif; l'huile de ricin est le meilleur en ce cas. On donne encore quelquefois le calomel. — En résumé, seul ou additionné d'un purgatif, le kousso est encore le plus sûr des tsenifuges (Boucliardat).
L'étain, l'huile empyreumatique, l'essence de térébenline, etc., sont encore des parasiticides; mais, s'ils sont efficaces contre les autres helminthes, ils le sont rarement contre le taenia.
1731. La thérapeutique du tœnia comporte encore celle de tous les accidents locaux ou sympathiques auxquels il peut donner lieu. Ce sont des troubles gastriques (gastralgie, boulimie, pyrosis, nausées et vomissements), ou bien des coliques, de la diarrhée et môme des hémorrhagies intestinales ; plus souvent encore, ce sont des sensations sympathiques de prurit au nez et au visage, ou au siège; enfin, des phénomènes plus graves, tels que des convulsions eclamp tiques, ou épileptiformes. Chacun de ces accidents comporte une médication directe et spéciale, en dehors de l'indication parasiticide {V. ces mots).