CINÉSITHÉRAPIE OU INDICATIONS DE LA GYMNASTIQUE
1736. Aussi ancienne que la médecine, la gymnastique est l'application à l'hygiène ou à la thérapeutique, des diverses influences que le mouvement peut avoir sur l'économie.
Tous les modes de l'activité vivante peuvent ûlre mis en
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jeu par la gymnastique: l'activité intellectuelle, nerveuse, musculaire, pour ce qui est de la vie de relation, et môme l'activité organique.
Je n'étudierai ni l'influence que jouent le mouvement et le repos, sur les aplitudesde l'activité vivante, ni celle que le rhythme et la mesure exercent sur les qualités de cetle aciivilé; il me suffit de les signaler. — C'est du mouvement musculaire que j'ai surtout à m'occuper ici.
1737. Tout mouvement suppose une contraction musculaire, d'où résulte la tension du muscle qui est mis en jeu, en môme temps que se produit une combustion plus énergique et plus rapide des tissus, Taccumulation de déchets azotés dans leur intérieur (acide sarco-lactique, etc.), un afflux d'acide carbonique dans le sang qui les baigne, et l'élévation de la température.
F.e mouvement alternatif facilite la circulation, aide à l'hématose et aux échanges nutritifs, aux sécrétions et aux excrétions, ainsi qu'à une saine répartition de la chaleur. — Le mouvement statique, par lequel l'effort se produit sans effectuer de mouvement extérieur, développe une grande quantité de chaleur(J. Béclard).— Enfin, l'effort proprement dit, suspend la respiration, entrave l'hématose et tend à immobiliser le sang veineux à la périphérie, en le chassant du thorax, ou de l'abdomen, ou de ces deux cavités à la fois (Verneuil).
1738. La gymnastique, en général, si elle consiste en mouvements modérés, est bonne à la digestion, parce qu'elle provoque les sécrétions glandulaires et la locomotion intérieure des aliments. Par les mouvements du diaphragme et du tronc, elle facilite l'absorption ; elle donne à la respiration, rapidité et amplitude, active la circulation veineuse (Longet), soutient la chaleur animale, excite la peau et favorise les éliminations; enfin, tandis qu'elle entraîne dans un essor favorable le mouvement nutritif en général, et en particulier celui des organes du mouvement, elle modère l'activité du système nerveux et tempère son excitabilité (Ribes). En un mot, selon les procédés qu'elle emploie, elle peut agir à la fois, diversement ou dans le même sens, et sur l'activité fonctionnelle et sur l'activité nutritive.
CINÉSITÛÉRAPIE.
1739. Ses moyens d'action sont les suivants: il y a d'abord les attitudes spéciales, de station, de decubitus, etc., qui répondent surtout à des indications orthopédiques. On peut y rattacher l'usage des mouvements normaux, simples ou complexes, exécutés en liberté, ou sous la dépendance de quelque moyen de contention : la marche, le saut, la course, la danse, l'escrime, la natation, etc.
Par le mouvement, on se propose souvent de développer certaines parties aux dépens des autres. La méthode de Ling emploie, dans ce but, les mouvements simplement actifs, puis les mouvements dits «c<i/s-/jassi/s ou d'effort opposé à une résistance, et les mouvements dilspassi fa-actifs ou de résistance opposée à un effort. Les premiers mettent enjeu la contractilité, les autres l'élasticité des masses musculail'es. Ils permettent, en tous cas, de localiser bien plus exactement le mouvement actif, et même, de faire agir les muscles d'une région, sans que leurs antagonistes interviennent dans la production du mouvement.
1740. Vient ensuite la gymnastique proprement dite, qui s'exerceau moyen des appareils mobiles (haltères, mils, barres, escrime, bel ton, fusil, paume, ballon, etc.); ou bien aq moyen des appareils immobiles (trapèzes, cordes, échelles, perches). Il faut y joindre ceux qui portent spécialement sur la voix : la lecture, la déclamation et le chant. — Enfin, il y a les moyens dits de gestation, qu'on peut diviser encore selon qu'ils ne font que communiquer au corps des mouvements passifs (navigation, chaise à porteur, hamac, voiture en général), ou selon qu'ils exigent l'intervention des mouvements actifs du sujet (équitation, canotage, exercice de vélocipède) (Voy. Motard).
Dans beaucoup de gymnases bien entendus, on joint à ces exercices les pratiques de la friction, du massage, de la palétation, qui sont encore des applications du mouvement passif; on y joint aussi l'usage de l'hydrothérapie (V. cidessous).
1741. Quel que soit le mode gymnastique adopté, il importe d'en mesurer prudemment l'emploi. Tout exercice, en eflet, n'agit sur l'activité vivante, qu'au moyen d'un excitement, qui peut porter plus ou moins sur telle ou telle de ses formes ; et, comme tout excitant, si elle dépasse la me-
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sure que comporte l'excilabilité des organes auxquels elle s adresse, elle épuise leur activité au lieu de la réveiller et de 1 entretenir.
Sous ce rapport, on peut ainsi graduer l'usage des divers moyens. Au premier rang, et comme répondant aux plus grandes débilités, sont les mouvements passifs, c'est-à-dire les modes de gestation dans lesquels l'économie n'a que peu ou point à intervenir, les frictions et ie massage. Les attitudes viennent ensuite, puis les exercices qui comportent un usage déterminé des mouvements les plus normaux (marche, danse, eta.)- Après cela, on peut user de la gymnasiique faite à l'aide des appareils mobiles. Quant aux appareils fixes et aux modes actifs de gestation, ce sont les excercices les plus rudes et qui entraînent les dépenses de force les i^lus considérables.
1742. Au point do vue de l'indication, il fuut demander il la gymnastique ce qu'elle peut faire, relativement aux trois classes d'indications que nous connaissons; ce qu'elle peut contre telle ou telle localisation morbide, et pour répondre aux indications physiologiques, et aux indications nosologiques. Nous retrouvons ici tous les avantages de cette division, qui nous permet une appréciation large et sûre des effets do cette méthode thérapeutique.
1743. Au point de vue des déterminations locales, on doit rappeler qu'il y a une gymnastique de la parole qu'on emploie utilement contre le bégaiement, une gymnastique de la vue qui guérit certains strabismes. 11 y a aussi une gymnastique à opposer à l'incontinence et à la constipation (440). Il y a surtout une gymnastique respiratoire, beaucoup trop négligée et qui s'applique directement à rendre plus amples et plus eflectifs les mouvemenis de l'appareil pulmonaire.
Parmi les exercices de la gymnastique pure, les altitudes et les mouvements normaux agissent sur les membres, et plus encore, sur les membres inférieurs; les exercices qui se pro tiquent avec les appareils mobiles, développent surtout les membres supérieurs et le thorax; les appareils fixes agissent tout spécialement sur la colonne vertébrale; les modes divers de gestation cultivent plus ou moins l'ensemble des appareils organiques; avec le massage elles-
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frictions, ils s'adressent aux actes nutritifs plus encore qu'à l'aclivilé fonctionnelle.
1744. L'indication physiologique trouvera souvent aussi son moyen dans la gymnastique. On en peut tirer des effets toniques, excitants, révulsifs, diapliorétiques, résolutifs, débilitants, perturbateurs (Ribes). Le mûme exercice, diversement appliqué, peut donner des résultats divers. Il en est ainsi des frictions : violentes, elles endurcissent ; douces, elles assouplissent; fréquentes, elles diminuent l'embonpoint; rares, elles contribuent à l'augmenter (Hippocrale).
1745. C'est contre les perturbations nerveuses que la gymnastique peut être le plus utile. Klle diminue l'impressionnabililé exagérée du système nerveux, en dérivant son activité du côté de l'entraînement nutritif: elle régularise cette activité, par le rhythme qu'elle impose à ses fonctions. Toutes les hyperslhénies nerveuses, cérébrales, médullaires et périphériques, sensitives et motrices, peuvent en tirer ainsi le plus grand prolit. L'aliénation, l'hystérie, la chorée, les convulsions simples (lies), et même les névralgies indiquent l'emploi de la gymnastique.
Les hyposthénies nerveuses s'en trouveront moins bien. Toutefois, dans le cas de paralysies périphériques, la gymnastique sera encore fort utile, pour maintenir dans son intégrité l'activité dès parties non paralysées, pour conserver aux parties paralysées elles-mêmes, avec une niitrilion suffisante, l'aptitude à recouvrer le mouvement. On emploie alors les mouvements actifs, dans toutes les parties qui en sont restées capables ; pour les autres, on réserve les mouvements passifs, les frictions et le massage. L'efficacité de ces moyens sera d'ailleurs d'autant plus grande, que l'origine de la paralysie sera moins centrale ou plus périphérique.
1746. Les perturbations vasculaires réclament plus rarement la gymnastique, plusieurs même la contre-indiquenl. Les affections du cœur, par exemple, la disposition aux hémorrhagies, doivent exclure tout exercice actif, et ne permettre, parmi les mouvements passifs, que ceux qui s'exercent le plus doucement.
11 lest cependant un trouble vasculaire dans lequel le
mouvement, exercé avec mesure, peu l convenir : c'est la stase congeslive passive. Le déplacement du malade, un simple cliangement d'atlilude, quelques mouvements passifs ou actifs naturels, de légers efforts de toux, de rire, etc., peuvent aider à combattre les hypostases, surtout celles qui occupent l'appareil pulmonaire.
1747. La gymnastique active et facilite les sécrétions, elle seconde encore mieux les excrétions. Ceci se voit journellement pour ce qui est des excrétions alvines (V. Constipation, 440).
Les sécrétions de la peau sont peuf-ûtre celles que l'exercice favorise le plus. Le fait est évident quand il détermine la transpiration ; et mûme sans aller jusque-là, les mouvements que suit la peau, l'assouplissent et la débarrassent peu à peu, et du sébum qu'elle retient dans ses follicules, et des lames épidermiques qui demeurent à sa surface.
A tous ces titres, la gymnastique peut être utile dans les flux, dans les maladies hydropiques, toutes réserves faites quant à leur cause, et dans les affections calarrhales, pourvu qu'on évite prudemment les refroidissements elles suppressions brusques de la transpiration.
1748. Les troubles nutritifs sont peut-(?lre ceux qui relèvent le plus directement de la gymnastique et en déterminent le "plus nettement l'indication. J'ai dit en quoi consiste l'entraînement (896) et comment on l'emploie contre l'obésilé (922). Les atrophies réclament plus de prudence dans son usage. J'ai dit encore comment la méthode de Ling permet d'en localiser les effets (1738). Il faut savoir toutefois, que ces effets ne portent guère utilement que sur les éléments de la molilité. Diminuer l'abondance du tissu adipeux, développer le système musculaire, étendre et fortifier des éléments fibreux, fléchir ou redresser quelques leviers osseux : c'est à peu près, à quoi se bornent les résultats de l'entraînement le plus savamment et le plus rigoureusement pratiqué.
Enfin, on s'abstiendra d'exercer le mouvement des organes qui sont le sit'ge d'une dégénération confirmée, sous peine de voir le travail morbide prendre occasion de l'excitation qu'il subit, pour hâter son évolution régressive e sa déchéance.
ciNÉ'^iTUÉnAi'in:.
1749. Le mouvement est absolument contre-indiqué chez les sujets phlegmasiques ou fébricilants. 11 ne peut que provoquer l'inflammation à s'étendre ou à s'aggraver et la tièvre à s'allumer davantage. Le repos est la première loi de l'hygiène chez de tels malades (1086-1322).
1750. Après l'indication physiologique, la gymnastique peut encore répondre plus ou moins directement, à l'indication nosologique, pour ce qui regarde du moins les maladies miasmatiques, les intoxications et enfin les maladies chroniques constitutionnelles.
Par l'activité qu'elle entretient dans les fonctions nutritives, elle peut mettre les sujets à l'abri de la contagion ; il semble que la force qu'elle donne aux organes, leur permette, soit de se soustraire à l'influence alTective du contage, soit de le détruire dans les combustions intimes qu'elle stimule au plus haut degré. — C'est ainsi qu'elle peut aider à traverser impunément, même les épidémies des maladies miasmatiques, et à séjourner au milieu des pays à fièvres, sans subir les atteintes du miasme paludéen, à résister en un mot à toutes les intoxications.
La gymnastique est particulièrement indiquée dans le diabète, cette maladie qui trahit toujours une insuffisance dans un point quelconque de la chaîne des opérations nutritives. Elle convient surtout aux diabétiques gras et fleuris, à ceux qui gardent, avec des digestions satisfaisantes, le moyen de suffire largement aux exigences de l'assimilation (874),
1751. Toutes les maladies constitutionnelles, ai-je dit, se rattachent aune imperfection dans l'élaboration nulrilive ; c'est pourquoi la gymnastique doit entrer pour une large part dans leur prophylaxie, et mOme dans leur traitement, dans l'intervalle des accès aigus. Telle est la scrofule, contre laquelle on peut employer toutes les pratiques delà gymnastique, autant du moins que les forces des sujets y répondent. Le mouvement, facilitant la circulation des humeurs, aide à la sanguification, mécaniquement, pour ainsi dire, sans compter l'aide indirect qu'il lui apporte, en activant la digestion et l'absorption.
1752. Pour le rhumatisme et pour la goutte, il en est .presque de même. Ce n'est plus seulement la sanguification; ce sont encore les actes d'élimination qu'il faut
favoriser ici. Les éléments azotés, qui jouent probablement le principal rôle dans cette maladie, doivent être élaborés par une hématose suffisante ; puis, la nutrilion doit séparer ceux qui ont vécu, pour les expulser au dehors. La gymnaslique peut aider grandement aux diverses phases de ce travail, et par l'oxygénation qu'elle entraîne et par l'activité qu'un mouvement énergique et général communique à toutes Jes circulations et à toutes les oscillations de l'osmose vivante.
Ue là, l'hygiène des goutteux, qui réclame un exercice des plus actifs, presque violent, pour brûler d'abord les éléments qui surabondent et pour réussir à les jeter dehors (V. Goutte}.
Une réserve cependant doit être apportée ici : on sait que l'exercice musculaire, s'il n'augmente pas sensiblement la quantité d'urée que contiennent les urines, augmente cependant la proportion des déchets azotés contenus dans les tissus. Or, il faut bien savoir aussi que, tant que les forces nutritives ne sont pas réellement déchues chez l'arthritique, les avantages qu'il trouve dans l'usage de l'exercice musculaire, compensent largement les inconvénients que celui-ci peut entraîner. L'oxydation et l'élimination de ces déchets est d'ailleurs plus carbonique qu'azotée, et la quantité qui en est éliminée, au moyen de l'exercice, dépasse de beaucoup celle que l'exercice doit produire. Tant que celle balance demeure ainsi établie, elle est tout entière au profit du malade et contraire au progrés de la maladie. Dans le cas opposé, l'exercice serait contre-indiqué.