‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 37 sur 132 · DES AGES · texte numérisé non relu

DES AGES

90. L'âge n*a pas seulement pour effet de modifier, comme la constitution, la quantité des éléments anatomiques et des humeurs sur lesquels le traitement doit agir, et par conséquent de faire varier la dose des agents employés à cet effet (60). Chaque phase de l'évolution organique de l'homme a, de plus, ses qualités particulières qui le mettent dans une situation hygiénique, l'exposent à. des accidents et motivent une thérapeutique qui ne conviendrait pas aux autx'cs phases : ce sont celles de la naissance, de la première et de la seconde enfance, de l'adolescence, de la virilité et de la vieillesse.

L'influence des âges détermine, chez le malade, des

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formes morbides, en rapport avec les conditions pliysiologiques qu'elle fait naîire (Gendrin), et par suite, avec une indicalion thérapeutique correspondante. Elle ne se borne pas à fournir à certaines maladies l'opportunité; elle leur impose une forme de réaction, et môme, des localisations particulières (Gendrin).

§ I"''. — Naissance.

91. A la naissance, commence pour la peau et pour les poumons une nouvelle fonction, qui se continue par la calorificalion ; en outre, les voies digestives s'ouvrent à l'alimentation. C'est dire qu'il faut proléger l'enfant contre le froid, et veiller à son allaitement, car l'ictère des nouveaunés, la sclérodermie et l'anasarquc, les ophthalmies, les bronchites, les diarrhées, avec le muguet, le collapsus et le refroidissement, menacent sa vie ; enfin, le traumatisme ombilical est encore une porte ouverte à l'infection. Tels sont les premiers appels que le nouveau-né fait à l'intervention thérapeutique.

§ 2. — Enfance.

92. Dans ïmifance, la portée du mouvement de nutrition est considérable ; l'apparilion d'organes nouveaux révèle les degrés successifs que franchit le développement de l'individu ; la débilité du sujet, dans son activité fonctionnelle, fait contraste avec l'énergie de ses actes nutritifs : tels sont les motifs des indicalions qui sont spéciales à cet Age.

La prédominance du mouvement d'assimilation pendant l'enfance et pendant toute la période d'accroissement, constitue pour le sujet, qui n'a pas encore dépassé cette période, un état physiologique spécial qu'il est fréquent de voir sortir des limites de la santé et tomber sous le coup de la maladie. Cet excès dans l'apport nutritif et cette sorte d'hyperplasie physiologique qui en est la conséquence, ne sont pas toujours en équilibre avec l'activité des oxydations et la désassimilation ; le défaut d'équilibre de ces actes organiques explique comment le caractère lymphatique est le caractère du tempérament commun à près-

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que tous les enfants. Les indications lliérapeuliques de la médecine de l'enfance relèvent souvent de cette condition, qui est mieux connue qu'elle n'est expliquée.

Cette même tendance à l'hypergénùse peut encore aboutir facilement au processus phlegmasique et se traduire par des inflammations, qui atteignent de préférence les surfaces et plus rarement les tissus. L'abondance de la génôse embryoplastique, à cette phase de la vie, explique la fréquence, la multiplicité, l'extension et la généralisation des phlogoses chez les enfants, et elle demande à être attaquée activement, au moyen des modérateurs de la nutrition. Toutefois, la débilité fonctionnelle qui coïncide avec cette hypergénèse nutritive commande de n'agir qu'avec prudence, par les moyens qui, tout capables qu^ls sont de modérer la nutrition, n'exposent pas à aggraver encore cette débilité.

93. C'est pourquoi les médications spolialives énergiques doivent ûlre bannies, ou employées seulement avec la plus grande réserve. Toutefois, en présence de la multiplicité et de l'intensité des congestions et des diacrises, des fluxions des parenclivraes et des sécrétions des surfaces, à, cause du caractère peu actif et de l'habitude passive que tendent à prendre ces actes morbides, on ne craindra pas d'empîover contre eux tous les procédés de la médication révulsive. La surface cutanée en fera surtout les frais ; et, dans les cas graves, où il y' a lieu d'agir au bénéfice d'un viscère important (cerveau, poumon) ou profondément engagé, on n'y épargnera pas la muqueuse gastro-intestinale. Enfin, dans les cas où il y a lieu de déplacer un fluxus congestif ou diacritique doué de peu d'activité, on préférera les réyu sifs spoliateurs à tous les autres et notamment aux révulsils douloureux ; on emploiera donc les frictions, les ventouses, lesvésicatoires et les sangsues ; on y joindra les purgalils ; puis viendront les agents éliminateurs, capables de dia^ crises révulsives, sudorifiques, diurétiques, alcalins, etc. ; enfin, les altérants eux-mêmes, et en particulier 1 iode.

En un mot, les considérations déjà invoquées a propos du tempérament lymphatique trouvent ici la plus entière application i ,, 94. En second lieu, l'enfance a ceci de spécial, que 1 ap-

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parilion d'organes nouveaux et de nouvelles fonction?, lui constitue une succession de crises délicates à traverser, par la perturbation qu'elles apportent dans l'ensemble de la santé, et sont de véritables imminences morbides.

95. La dentition est la plus saillante parmi ces perturbations. Outre les phénomènes locaux, de salivation, de douleurs, de stomatite même, qui l'accompagnent, la dentition est l'occasion de diacrises gastro-intestinales (diarrhées, vomissements), plus rarement bronchiques (catarrhes, etc.). Il se produit chez l'enfant un état d'irritabilité nerveuse, qui l'expose à tous les accidents de l'hypersthénie cérébrale, notamment aux convulsions, cl plus fréquemment à l'insomnie. Ces troubles peuvent revêtir encore la forme congestive et aboutir à de véritables fluxions, qui se portent de préférence vers la télé, et peuvent, bien que rarement, conduire à une méningite véritable.

96. L'indication est alors de calmer le travail local par les émollients, les calmants et les antispasmodiques doux (safran); de le favoriser, s'il y a lieu, par une incision, qui ouvre à la dent sa voie à travers la gencive (Trousseau), et surtout de prévenir les réactions sympathiques qui tendent à se produire, en particulier du cOlé de l'extrémité céphalique (bromure de potassium, calmants et hypnotiques) : c'est en un mot le traitement de l'agitation' nerveuse.

97. Il est bon de n'attaquer qu'avec prudence et de ne supprimer qu'avec mesure les diacrises qui se produisent sur les muqueuses, aussi bien que les éruptions qui se manifestent à la peau (gourmes).- Rien ne prouve en effet que la suppression de ces lésions extérieures et superficielles soit sans inconvénients. Ce ne sont pas là de simples irritations locales, mais les manifestations d'une disposition générale de l'économie ; elles peuvent avoir une influence révulsive favorable, et, de plus, les détruire sans moditier la cause qui les gouverne, nous expose à voir cette cause se manifester par des lésions compensatrices plus profondes et plus internes. D'où la réserve qu'il y a lieu de mettre à supprimer les gourmes, ce qui n'empêche nullement de leur adresser un traitement topique émollient, et de tenir à ce que conseille la propreté*

FiiiinAND. — ïliérapouliquô. t

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98. I/exagération a^ec laquelle on est souvent porté à attribuer à la dentition les troubles de sanlé des enfants, ne doit pas faire méconnaître ce qu'il y a d'exact dans les relations qui se présentent entre ces troubles et l'évolution dentaire. Elle ne doit pas surtout, en satisfaisant l'esprit du médecin, lui permettre de s'en tenir à une inerte expectation. Chacun de ces troubles a ses indications, qui ont été déjà formulées et auxquelles il importe de satisfaire. Il n'est pas jusqu'à l'intermittence des poussées dentaires, qui ne se retrouve dans les accidents symptomatiques de ces poussées, et ne puisse devenir l'objet d'une indication à laquelle satisferont les antispériodiques.

Je ne saurais trop recommander enfin l'usage hygiénique des bains, simples le plus souvent, ou médicamenleux s'il y a lieu, et qui sont de la plus haute utilité (v.Htjdrothérapie).

99. En troisième lieu, l'enfance est douée d'une débilité qu'explique assez le développement encore imparfait de l'organisme; elle est plus impressionnable à l'influence des agents extérieurs, moins capable de résister aux causes morbifiques en général. Cette débilité a cela de singulier, qu'elle coïncide avec une assimilation des plus actives et une haute puissance de la nutrition ; les fonctions respiratoires sont de même, soit dans les poumons, soit à la peau ; la circulation a la même activité, soit dans le cœur, soit à la périphérie ; et les actes nerveux surtout s'accomplissent dans le cerveau et dans tout le système, avec une véhémence souvent excessive ; les perturbations de la chaleur montrent les mûmes excès. Mais il y a dans tout ceci beaucoup plus d'énergie déployée que de force potentielle (Barthez). Aussi, les enfants présenlent-ils souvent des formes ataxiques de maladie (v. Alaxie) ; aussi, leur arrivet-il communément de tomber vile sous l'influence morbide et de se relever de même, aussitôt qu'ils lui ont échappé.

Les modérateurs de ces fondions, et surtout ceux de In circulation, seront souvent utiles, au début des maladies aiguës, chez les enfants ; on ne saurait par contre en continuer longtemps l'usage, et encore moins employer des agents d'un effet dépressif plus déterminé, sans s'exposer à aggraver la débilité, que dissimulent ces orages fonctionnels.

AGES. 63 § 3. — Puberté.

100. A la puberté, naissent encore de nouvelles fonctions, et de nouveaux organes entrent dans leur évolution physiologique ; par suite, de nouvelles imminences morbides se rencontrent. C'est l'fige pendant lequel l'action des modificateurs individuels, statiques et dynamiques, atteint sa plus haute puissance (IHeury) ; aussi, est-ce le moment de l'éducation.

Je n'insiste pas sur les indications qui se rattachent auv phénomènes locaux dans l'évolution des organes de la génération. Chez la femme surtout, l'établissement des rcgles est souvent l'occasion d'accidents (dysménorrhée) qu il faut combattre. '

11 en est de môme des modifications générales qui suivent cette évolulion : Papparifion des nouveaux organes retentit profondément sur l'économie tout entière; sans doute, c est la vie de relation qui en subit les premiers elets, mais la nutrition en ressent secondairement les atteintes. De là, l'état de nervosisme et l'aptitude à toutes les grandes névroses ; delà aussi, la débilité nutritive et la chlorose. Par contre, les maladies aiguës sont remarquables, a cet nge,parla puissance de la réaction et les

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101. Aussi, est-ce le moment de l'indication physiologique, soit qu-n faille modérer, soit qu'il faille TJZeX reac.on. A ces fins, il y a lieu de soutenir d'abord 1' et i é de la vie nutritive, puis de modérer et de calmer les expa sions exagérées de la vie nerveuse. Dans les états chroniq'u s es toniques fixes et surtout les pratiques d'hydrothéranîe les bams sulfureux, etc., répondent à la premî e h d I cation; la seconde commande l'usage des moratenr de 1 action nerveuse et plus souvent encore celui de antisnas "; j:t t'déT ^^^^^^^ueat, l'iufluLce gin : fSs,:Lp^..e!t"^'' -ns ra^aibUr (goLes

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§ 4 . — Virilité.

102. La virilité, ou l'âge parfait, est celui de l'équilibre entre l'assimilafion et la désassimilation, et aussi de la pondération entre l'activité fonctionnelle et l'activité nutritive; elle ne tend à aucune imminence morbide. Les maladies, à cette période de la vie, sont celles où se rencontrent toutes les péripéties de la lutte entre l'affection et la réaction, entre les forces qu'il faut soutenir et la cause morbide qu'il faut combattre. Souvent l'expectation armée suffit au traitement des maladies aiguës, et, contre les maladies chroniques, le malade peut ûtre puissamment aidé par les agents qui soutiennent ses forces ou son activité. Cette phase n'offre, on le voit, rien de spécial à l'indication.

§ 5. — Age de retour.

103. L'âge dit de retour consiste en la suppression des mûmes fonctions et appelle des troubles analogues, bien que le mécanisme qui les produit soit l'inverse du précédent. Il se manifeste chez la femme par la cessation des règles ; il se traduit quelquefois chez l'homme par des troubles de forme congeslive et de siège abdominal ou pelvien.

Avant de s'éteindre dans les actes de la vie de relation, l'activité se réveille souvent, et il suffit d'un exercice mesuré mais soutenu pour l'entretenir encore longtemps : la sensation du besoin de repos réclame une inertie, à laquelle il ne faut céder qu'à son corps défendant. L'activité nutritive ne suit pas la môme marche j elle s'affaiblit au contraire et expose les sujets aux stases sanguines, aux flux passifs et aux dégénéralions nutritives. Les hémorrhoïdes, la goutte, le cancer sont les maladies de cet âge ; il faut y joindre encore les névroses, qui sont alors plutôl à forme hypochondriaque qu'à forme hystérique.

I a sobriété et l'exercice sont les deux préceptes hygiéniques à suivre alors; et, en cas de maladie, il faut songer à l'ataxie qui se produit entre les diverses fonc tions, sous l'influence d'une activité fonctionnelle de retour au début de l'inertie nutritive, ce qui motive une médica-

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tion assez complexe et qui doit tendre toutà la fois à relever les forces et à en régler l'usage.

§6. — Vieillesse ou sénilité.

104. La vieillesse est caractérisée par l'affaiblissement des fonctions ; le mouvement de décomposition l'emporte sur celui de recomposition, et une atrophie générale tend à se produire ; ou bien c'est une dégénération partielle des tissus qui manifeste la détérioration organique.

La diminution intellectuelle progresse en mâme temps et tend à la démence sénile; les sensations s'émoussent, les conceptions sont plus rares et plus lentes, la volonté s'affaiblit. La circulation, la respiration, la calorification, la digestion, s'entravent peu à peu, au point de ne pouvoir entretenir la vie nutritive, et l'homme succombe aux ossifications vasculaires ou au défaut des excrétions naturelles (urémie).

L'hygiène des vieillards consiste à éviter toute impression extérieure, capable de dépenser, soit en perception, soit en réaction, une part quelconque de l'activité limitée dont ils jouissent encore. Le froid leur est pernicieux; leurs digestions demandent à ùlve surveillées de trés-près. ils meurent souvent de pneumonie ou d'indigestion, de troubles vasculaires, de congestions, d'ischémies ou d'apoplexies. Leurs maladies sont pour la plupart des aflections organiques, scléreuse^-, atrophiques dégénératives ou diathésiques; elles provoquent peu de sympathies, sont souvent fort insidieuses, et ne déterminent que fort peu d'indications thérapeutiques. Dans celles-ci, il faut songer avant tout à la débilité extrême des sujets, qui domine souvent outes les autres indications. Il faut enfin se rappeler que les maladies aiguës sont plus graves chez le vieillard, et les maladies chroniques plus graves chez l'enfant.

§ — Mort.

105 J'ai dû dans une lliése d'agrégation, traiter de la mort et des indications thérapeutiques qui s'y rapportent. Or celles-ci sont des plus limitées. On meurt le plus souvent par lanoxémie (asphyxie), quelquefois par anémie syncope) ou par épuisement nerveux (syncope nerveuse). Les indications qui ressorlissent à ces divers états sont

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étudiées plus loin. Quant à l'imminence de la mort, elle peut provoquer, de la part du médecin, une intervention qui n'a sa source, ni dans sa science ni dans son art, mais bien dans la force de son caractère et laj chaleur de son cœur.

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