‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 64 sur 132 · HYPERSTHÉNIE DE L'INNERVATION ORGANIQUE · texte numérisé non relu

HYPERSTHÉNIE DE L'INNERVATION ORGANIQUE

tera, par exemple, ;\ l'estomac du gastralgique, les alimenls d'une digestion laborieuse ; on lui donnera au contraire ceux qui n'exigent ni grands mouvements, ni beaucoup de sécrétions pepliques, pour Olre absorbés.

Il eït bien clair qu'on bannira encore toutes les causes d'excilaticn accessoire, el qui ne sont pas nécessaires à l'exercice de la fonction ; celles surtout qui semblent avoir, ainsi qu'il arrive souvent, une aptitude spéciale à provoquer le retour des accidents névrosiques : par exemple, la poudre d'ipéca pour certains asthmatiques.

367. Toutes les pratiques qui peuvent activer les fonctions d'un appareil antre que celui qui est malade, surtout si cet appareil a quelques rapports sympathiques avec le premier, soit comme succédané, soit comme antagoniste, toutes ces pratiques pourront ûtre utiles. La peau est à cet égard une vaste surface, dont les divers modes d'activité devront être souvent sollicités pour déplacer l'excitation ■ douloureuse ou spasmodique des viscères ; et l'un des appareils viscéraux pourra de mCme être provoqué à agir, au bénéfice d'un appareil voisin, entravé par le même motif.

La répétition régulière et monotone des fonctions, que nous avons vue utile à tempérer l'activité du système nerveux animal, sera moins efficace ici. On sait cependant de quelle importance est la régularité du régime, pour le bon accomplissement des fonctions organiques et surtout des fonctions digestives.

§ 2. — Médication cal.mante.

368. Je ne veux pas redire ici ce que j'ai dit déjà des gents hypnotiques, narcotiques et sédatifs, même des con- Iro-stimulanls; tous sont employés rationnellement pour ré pondre à celle indication.

Très-efficaces contre les phénomènes douloureux, les lypnotiques le sont moins contre les phénomènes spasmod.qu»s. Ln efi-et, leur action portant d'abord sur les centres encéphaliques peut supprimer la douleur, dans le lieu de sa perception œnsciente, alors que la sensation subsiste dans cercle réfiexe organique. Or, une douleur qui n'est pas .erçue est comme si elle n'existait pas. Il n'en est pas de

môme de la réaction motrice, qui n'a pas besoin, pour s'accomplir, d'ôlre voulue, et n'implique pas nécessairement la participation de l'encéphale.

Les modificateurs de la motricité agissent d'ailleurs avec une progression moins régulière ; quelques-uns semblent modifier la fibre lisse avant la fibre striée, ou les nerfs végétatifs avant les nerfs animaux. Cependant, lorsque les doses sont très-légères, elles agissent presque toujours comme des excitants des uns et des autres, et, quand elles sont très-élevées, l'effet paralytique devient toujours aussi reffet commun et dominant. C'est dans les doses moyennes que le désaccord s'accentue, désaccord qui serait plus apparent que réel (Cl. Bernard), et tiendrait à des conditions accessoires, troublant la répartition, ou voilant les effets extérieurs de l'agent médicamenteux.

369. Avec les hypnotiques, les anesthésiques et les narcotiques déjà étudiés, nous avons à signaler les paralysomoteurs, tels que le curare, agent peu praticable, en ce qu'il paralyse trop complètement la plaque motrice terminale, avant d'agir sur les nerfs végétatifs; la fève de Calabar dont' on peut attendre des effets bien plus satisfaisants, en ce qu'elle porte son action sur les rameaux sympathiques, presque en même temps que sur les rameaux cérébro-spinaux ; les dérivés alcooliques des alcaloïdes, qui ne sont guère connus jusqu'ici que par l'expérimentation physiologique (349-257).

§ 3. — Médication conlro-slimulanlP.

370. Tous les agents nervo-musculaires peuvent être utilisés de même, et parmi eux se trouvent les contro-stimulants, c'est-à-dire ceux qui sont capables d'altérer la motricité et l'innervation organique, de telle sorte qu'il en résulte une algidilé artificielle. La digitale, l'émétique ei l'ipéca, le sulfate de q.uinine, le perchlorate de potasse et les bromures, et même les solanées vireuses, entres autres l'atropine : tous ces agents, administrés à une dose relativement élevée, amènent une paralysie du grand sympathique et des muscles lisses, d'où peut résulter une sorle de sus-

HYPERSTUÉNIE DE L'iNNERVATION ORGANIQUE. 185

pension des principales fonctions organiques, en un mot, tous les symptômes de l'algidilé.

Tel est l'objet et telle est la base de la thérapeutique dite confro-stimulanfe, laquelle, en atténuant l'activité de tous les éléments jusqu'à la susprendre, manifeste parla l'abaissement du taux normal des forces.

371. Toutefois, il importe de remarquer que les agents dont l'aclion est passagère et peu profonde, tels que les calmants, conviennent surtout aux troubles nerveux essentiels, aux névroses, en unmot,tandisqu(!ceux dont l'action est plus profonde et plus durable, tels que les contro-stimulants proprement dits, conviennent mieux aux affections dans lesquelles l'excitation nerveuse, viscérale ou autre, se lie à une modification plus profonde de la nutrition (érétbisme lié à l'inflammation, ou à toute autre altération anatomique) (264).

§ 4. — Médication antispasmodique.

372. tUe peut rendre service dans l'indication actuelle, mais c'est surtout à titre de substitution, car la plupart de ses agents, produisant un effet d'excitement, devraient être soigneusement bannis d'une médication qui a pour but la sédation d'une excitation morbide.

Les antispasmodiques ont un autre mode d'action. L'excitation qu'ils produisent sur l'ensemble du système nerveux, frappant d'abord les éléments cérébro-spinaux, ou les atteignant ensuite, fait une diversion favorable à l'innervation viscérale, et permet par là, à cette dernière, de reprendre son type et son mode de réaction normaux'.

A moins d'une action topique, comme celle que peuvent exercer ces agents dans les névroses de l'estomac, la plupart n'ont d'effet que par absorption et par le transport de leurs essences actives, jusqu'aux éléments nerveux avec lesquels ils doivent entrer en conOit. Aussi doit-on préférer et mettre en usage d'abord les agents diffusibles, qui, se répandant au loin, ont toute chance de rencontrer l'élément malade sur leur passage.

§ 5. ~ Médication révulsive.

ai peu à ajouter à ce qui en a été dit déjà, — sinon

qu'elle est souvent employée avec fruit contre les accidents névrosiques persistants ; et qu'elle peut parfois servir de point de départ à un autre traitement auquel elle prépare la voie, par la perturbation qu'elle apporte dans l'habitude morbide.

§ 6. — Médication tonique.

374. C'est encore une indication capitale dans le traitement de l'tiypersthénie organique, celle qui réclame le traitement tonique. 11 arrive souvent, en effet, que la débilité nutritive d'un organe est la cause des excitations fonctionnelles exagérées dont il est le siège ; et réciproquement, quoique moins souvent, l'excitation fonctionnelle exagérée entraîne la débilité nutritive. Il y a alors avantage à relever, avec la nutrition générale, la tonicité des viscères atteints d'une névrose, que caractérise un dynamisme fonctionnel exagéré.

Delà l'importance et l'utilité des toniques et surtout des toniques fixes, plastiques et non excitants, dans le traitement de cet état (quinquina, astringents, fer, agents pcptiques, etc.).

ART. ni. — INDICATIONS MÉDIATES.

375. Les relations intimes que nous avons vues exister entre les troubles collatéraux des diverses sphères nerveuses cérébrale, spinale et ganglionnaire, expliquent comme quoi l'indication puisée dans la perturbation de l'une de ces sphères, est généralement commune à toutes les autres.

Il n'en est plus ainsi pour ce qui regarde les autres systèmes, et les excitations nerveuses qui ont leur source dans une plus grande activité de circulation par exemple, eu dans une altération nutritive, puiseront dans ces troubles eux-mêmes leur indication la plus essentielle.

ART. IV. — APPLICATIONS

376. Toutes les névroses irritatives des viscères relèvent de ce ch;ipitre : je vais les passer en revue. J'ai déjà parle de celles qui sont spéciales aux appareils nerveux des centres encéphalique et spinal ; j'ai donc à étudier ici celles

UYPERSTnÉNIE DE L'JNNERVATION OIIGANIQUE. 187

des appareils digestif, respiratoire, circulatoire et génilouriuaire. Chacune d'elles d'ailleurs se décompose plus ou moins en névroses douloureuses et en névroses motrices. Les névroses vaso-motrices y auront aussi leur place.

§ 1 • — Dysphagie spasmodique.

377, iille peut tenir au spasme ou à la douleur, et, dans ces cas, relever de l'indicaliou actuelle. Les antispasmodiques et les narcotiques seront employés utilement ; la pulvérisation et la douclie pharyngée pourront agir encore, soit par leur action physique, soit par la qualité des liquides employés à leur usage (émollients, résolutifs, calmants et antispasmodiques).

Le cathétérisme, souvent employé avec succès, a pour elî'et de vaincre le spasme et d'épuiser momentanément la contractilité de ces parties.

Après les agents qui s'adressent à la sensibilité, viennent ceux qui modifient le mouvement (les névro-musculaires : bromure de potassium, sulfate de quinine et^olanées vireuses). L'émétique et l'ipéca auront un double tffet, effet hyposthénisant qu'ils partagent avec les autres nervo-musculaires, effet de substitution dû aux secousses dont s'accompagne le vomissement. L'effet sera complété encore pour les solanées vireuses, la belladone en particulier, par l'influence qu'elles exercent sur les sccrétions pharyngées ; il le sera aussi pour le bromure par la faculté qu'il a d'agir sur le voile du palais, pour en déterminer l'insensibilité réflexe. Aussi, le bromure de potassium sera-t-il encore l'agent par excellence pour remplir cette indication.

§ 2. — Gastralgie.

378. Le plus grand nombre des maladies décrites sous ce nom sont des névroses, caractérisées par une excitation exagérée, de quelqu'une ou de plusieurs des fonctions élémentaires dont l'estomac est capable. Toutes les manifestations douloureuses, puis les manifestations spasmodiques, crampes, régurgitations, mérycisme, etc., enfin les exagérations secretoires et les congestions vasculaires, dont l'ex-

citation nerveuse est la condition, tout cela ressortit à une commune indication.

Les formes douloureuses sont surtout combattues à l'aide des moyens calmants. L'opium et ses alcaloïdes, et principalement l'opium brut, viennent en première ligne. L'acétate de morphine a été particulièrement recommandé (Oppolzer, Bamberger). Le laudanum, les gouttes noires anglaises (Moiineret), la teinture Ihébaïque, les pilules opiacées viennent ensuite. Je préfère d'ailleurs à toute autre la forme pulvérulente ou la forme liquide, à cause de la diffluence et de la facilité d'absorption qu'elles présentent visà-vis de la muqueuse. Quant aux préparations d'opium en nature, je les préfère souvent aussi aux alcaloïdes, à cause de leur influence topique ; d'ailleurs les alcaloïdes convulsivants qu'elles renferment peuvent encore être utiles, à titre d'agents de substitution, comme peut l'être aussi la strychnine.

Les aneslhésiques divers, le chloroforme, l'élher, puis le chloral et le bromure de potassium seront souvent utilisés, surtout quand l'excitation se lie en quelque chose aux propriétés réflexes.

Le bromure de potassium présente encoreici un avantage : les opiacés, l'opium du moins, diminuent les sécrétions de l'intestin el amènent la constipation, laquelle suffit souvent à entretenir la perturbation fonctionnelle et les douleurs de l'estomac, tandis que le bromure n'a pas le même inconvénient, puisqu'au contraire, on est parfois obligé d'en suspendre l'usage, ;l cause delà diarrhée.

L'élher et le chloroforme sont quelquefois mal tolérés, en raison de l'irrilalion topique qu'ils causent à la muqueuse de l'estomac, avant d'atteindre et d'aneslhésier les éléments nerveux qui l'animent. Aussi,sont-ils plus souvent employés à titre d'antispasmodiques, c'est-à-dire de modificateurs dont l'effet excitant est bientôt suivi de résolution. A ce titre, nous avons à joindre encore ici la valériane, l'oranger, le tilleul, les ombellifères aromatiques et résineuses, etc., enfin l'acide cyanhydrique, malgré ce qu'il a de dangereux.

Les pratiques hydrothérapiques générales, ou adressées plus spécialement à la région épigastrique, sous forme de linge mouillé, douches simples, affusions, seront choisies selon la force et la tolérance des malades.

HYPERSTHÉNIE DE L'iNNERYATION ORGANIQUE. 189

Enfin, les révulsifs ciilanés, sinapismcs, vésicaloiros, cautères, ne peuvent convenir qu'aux formes persistantes et profondes, clans lesquelles la manifestation douloureuse est devenue une sorte d'habitude morbide. Agiront encore comme modificaleurs substitutifs, les astringents et les calbérétiques pris à l'intérieur : alun, iode, nitrate d'argent, créosote, acides et alcalis, y compris le bismuth. On pourra y joindre l'application endermique des alcaloïdes narcotiques; ceux-ci pourront encore être employés en injections sous-cutanées.

379. Les narcotiques seront encore utiles pour combattre ces sensations exagérées de la faim et de la soU {boxiUmie, soif morbide) qui dominent quelquefois la maladie. Quant à la soif, tout en se liant à une excitation fonctionnelle, elle peut tenir souvent à une diminution des sécrétions, que les solutions légèrement alcalines (eau de Vichy) sont des plus aptes à rétablir.

Toutefois, il arrive encore que cet élément prend une importance considérable dans le plan de la maladie, ce qui lui a valu un nom, polydipsie, et motive un traitement en règle. — On y a employé l'opium elles antispasmodiques : valériane, camphre (Rayer), etc., la poudre de Dover (Graves), les infusions amères, le quassia et tous les toniques amers et aromatiques. On a proposé assez empiriquement les purgatifs, les diurétiques et les sudorifiques. Le calomel porté jusqu'à la salivation (Fleury) aurait une efticacité que peut expliquer son action sur les sécrétions buccales. Les boissons acidulés, pour lesquelles on sent souvent plus d'appétence, n'ont généralement qu'un effet inverse et en somme défavorable.

380. Quand, avec ou sans les troubles de sensibilité, c'est l'excitation motrice qui domine, et que l'on voit se produire, avec ou sans douleur, des spasmes, des crampes d'estomac, des régurgitalions, du méricysme et même des vomissements nerveux, on est conduit à employer, outre les agents précédents, ceux qui agissent plus spécialement sur l'élément moteur.

Les quinquinas, les bromures et les sels métalliques, bien qu'ils soient peu calmants de la motilité, peuvent cependant être utiles; mais la plupart des agents précédem-

ment indiqués auront encore leur efficacité, parce que le trouble moteur est le plus souvent réflexe, et qu'on peut le tempérer en agissant sur la sensibilité périphérique ousur la cellule nerveuse centrale ganglionnaire.

381. Le traitement du vomissement nerveux ne comporte guère non plus d'autres moyens : il faut y ajouter cependant l'effet des ingestions froides et surtout de la glace, notamment de la glace pilée. Enfin, à litre d'agent de substitution, on emploie souvent, avec avantage, l'eau de sellz ou la potion de Rivère, qui agissent surtout par l'acide carbonique qu'elles dégagent. On sait que cet agent peut être excito-moteur ou paralyso-moteur, selon la dose. De légères doses de liqueurs alcooliques ou de teintures excitantes peuvent avoir le môme effet. Une substitution plus active encore consiste à administrer un ipéca; les purgatifs et surtout les diastiques ont pu être utiles. Le régime a encore ici une grande portée (régime lacté, viande crue, régime sec).

382. Le hoquet est encore un de ces accidents convulsifs, dont l'estomac paraît être le point de départ, bien que le diaphragme en soit l'agent essentiel. Parfois excessivement tenace, il a motivé les tentatives thérapeutiques les plus singulières. Les révulsifs extérieurs, seuls ou combinés aux narcotiques, vésicatoire simple, ou avec usage de morphine on d'atropine par la méthode endermique, les modificateurs chimiques ou physiques, secousse morale ou mécanique, tout a été employé, y compris la noix vomique et les antispasmodiques, le musc et l'élher. Le hasard a môme montré quelle peut être l'efficacité des irritants directs de l'estomac, chez un malade qui ingurgita un sinapisme que l'on venait de préparer pour lui être appliqué.

383. L'excitation peut porter sur les fonctions de sécrétion (Voy. Catarrhe de l'estomac, absorbants) el les accroître ou môme les pervertir (Voy. Acescence, Alealins).

Les astringents seront utiles, surtout à titre de modificateurs de la sensibililé et des sécrétions de la muqueuse. Tous les agents qui s'opposent a la fermentation des produits sécrétés (Willième), y compris le nitrate d'argent, peuvent devenir utiles, pourvu qu'ils soient tolérés. On peut la prévenir encore en évacuant les matières qui en sont suscepti-

Page 1