ATAXIE DE L'INNERVATION ORGANIQUE
470. On prévoit facilement quelles peuvent être les graves conséquences de l'ataxie organique. Un trouble qui occupe des organes aussi importants, tenant de si près aux fonctions intimes de la nutrition et de la conservation, ne saurait être sans gravité; et quand ce trouble, par ses écarts dans un sens ou dans un autre, est lui-môme et indépendamment de ses conditions pathogéniques, l'occasion de réactions et d'épuisements fonctionnels de ces mômes organes, on conçoit facilement toutes les funestes conséquences qu'il peut entraîner.
§ 2. — Pathogénie.
471. Ilarement les troubles alaxiqucs sont liés aux perversions et aux dcgénérations nutritives des viscères dans lesquels ils se manifestent, c'est le plus souvent à une hyposlbénie fonctionnelle simple que l'on a alfaire dans ces cas, laquelle se produit d'emblée ou aprùs une phase transitoire d'excitation. 11 n'en est pas de même de cette déchéance nutritive alors qu'elle porte sur le centre nerveux. Toutefois, la dégénération des éléments nerveux sympathiques éîant peu connue, on ne saurait dire quelle part lui revient dans la pathogénie des névroses viscérales à forme ataxique.
Il semble aujourd'hui encore, que la plupart de ces irrégularités fonctionnelles nerveuses tiennent surtout à une mauvaise répartition du dynamisme nerveux et tout spécialement à la succession inégalement répartie d'une excitation exagérée, et de l'épuisement qui en est la conséquence, dans les divers éléments des centres ou de la périphérie sympathiques.
Ces modalités complexes se lient presque toujours à une profonde débilité, que celle-ci soit primitive et liée à une intoxication, à la desiruction ou à la perte d'une certaine quantité d'éléments anatomiques importants, ou bien qu elle soit secondaire et liée à l'épuisement qui succède a une excitation exagérée.
472. De là vient qu'on observe cette ataxic dans la plupart des grandes névroses, qui se lient à une anémie ou à une cachexie profonde. De là vient qu'on la rencontre à la
fin de toutes les intoxications qui ont apporté une perturbation prolongée dans l'économie, ou dès le début de celles qui ont, du premier coup, porté une atteinte sérieuse aux forces des malades. Les poisons sepliques surtout sont dans cette dernière catégorie. Ce sont en effet des éléments morbides que l'expérimentation ne peut provoquer à volonté, et qui se rapprochent des affections les plus spécifiques bien plus que des maladies accidentelles.
ART II. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE
473. L'indication actuelle ne comporte guère d'autres considérations que celle qui relève de l'ataxie cérébrale (160), avec laquelle d'ailleurs elle se rencontre bien souvent. — Rien de plus fréquent que de voir l'ataxo-adynamie des actes organiques se rencontrer avec l'ataxo-adynamie des actes cérébraux : l'état typhoïde en est l'exemple.
Aussi, sera-ce à peu près par les mêmes moyens, ou tout au moins par les mêmes médications, que l'on pourra combattre l'une et l'autre. Je ne ferai donc que les rappeler brièvement, en indiquant le peu de particularités qui peuvent Être spéciales à la sphère organique.
§ 1. — Moyens hygiéniques.
474. Ceux-ci doivent Être minutieusement étudiés ici, parce qu'ils sont comptés aujourd'hui parmi les plus efficaces, pour combattre les perversions viscérales.
L'alimentation des malades sera sans doute subordonnée d'abord à l'état fébrile. Mais, réserves faites à cet égard, il est évident qu'un régime qui tendra à rétablir l'intégrité des fonctions viscérales sera indiqué dans ces cas. L'abstinence, en diminuant les-, excitations internes d'ordre physiologique, peut être favorable dans les cas où il y 'a hypersthénie; cependant, lorsqu'elle est trop absolue, elle expose aux impressions subjectives et aux réactions spasmodiqucs qui peuvent naître alors d'une auexcilation excessive. D'ailleurs le médecin devra surveiller les eflets du régime, en prescrivant successivement uue alimentation douce, composée de substances émoUientes (Ribes);
ATA.ME DE l'innervation ORGANIQU
puis une alimentation analeptique, si les premières voies veulent bien la supporter (le laitage y pourra jouer un grand rôle) ; puis une alimentation tonique dans laquelle les eupeptiques (425-434) devront dominer ; et môme une alimentation stimulante.
Le plus souvent, ce sont ces derniers moyens alimentaires qu'il faut mettre en œuvre, puisque l'ataxie se rattache bien plus souvent à la faiblesse qu'à l'hypersthénie. Parfois cependant, il y aura lieu de s'adresser aux agents dits tempérants : c'est ainsi qu'agissent probablement, outre leur influence altérante, les cures de raisins, dont on a rapproché l'usage des cerise?. Tous les aliments acidulés peuvent se ranger sous ce chef : ils justifient l'usage si fréquent des boissons acides , dans les affections typhoïdes.
475. Enfin, il est quelques aliments, dont une certaine spécificité locale pourra recommander particulièrement l'usage, selon que l'on aura affaire à tel ou tel trouble viscéral. Tels sont les aliments laxatifs ou astringents, qui ont pour efl'et d'activer ou de ralentir les sécrétions intestinales. Les aliments dits respiratoires (hydro-carbonés) parce qu'ils fournissent à l'hématose les éléments d'une oxydation facile, sont employés surtout sous la forme alcoolique, qui jouit en môme temps de facultés excitantes, précieuses dans ces cas.
Toutes les boissons et surtout celles qui sont plus spécialement diurétiques, sont encore des agents d'éhmination, précieux pour favoriser l'expulsion des déchets organiques azotés, dont la rétention semble éminemment favorable à la production des phénomènes alaxiques. — Et ce que je dis des urines se peut répéter à peu près de toutes les sécrétions et excrétions de T économie, notamment des fonctions de la peau, supplémentaires de celles des reins. Aussi n'hésilera-t-on pas à provoquer l'activité de cette surface, par les frictions sèches et surtout humides, simples ou excitantes, alcoolisées, etc.
476. Pour les mêmes raisons, la respiration devra être faciUtée par tous les moyens possibles ; les changements d'attitude seront utiles pour prévenir les stases mécaniques, soit sanguines, soit excrétoires; l'air ambiant devra Cire purifié et renouvelé, sans oublier les conditions de
température dont il faut se préoccuper aussi, surtout quand il y a lieu de prévenir ou de combattre des complications inflammatoires.
J'ai cru devoir donner cette étendue à la médication hygiénique, parce qu'elle a souvent plus d'importance que les agents médicaux eux-mêmes pour combattre la perversion organique.
§ 2. — Médication antispasmodique.
477. Les agents de cette médication, qui comportent en môme temps une certaine dose d'excitation, sont les plus aptes à répondre à l'indication actuelle. Outre leur action générale-, quelques-uns d'entre eux possèdent une action topique pour ainsi dire^ soit directe, en raison du lieu de leur application, soit indirects, par le siège de leur élimination.
Dans la première catégorie, se placent les agents anestliésiques introduits à faibles doses dans les voies digestives, de telle sorte que la lenteur de l'absorption ne permette au médicament de développer que ses aptitudes stimulantes seulement et tout au plus d'arriver à une action modératrice; tels sont le chloroforme et l'éther. Dans la seconde catégorie, viennent les antispasmodiques proprement dits, qui sont la valériane, le camphre, le castoréum, le musc, l'asa fœlida, les ombellifères aromatiques, l'acide cyanbydrique, etc. Plusieurs de ces agents agissant par leurs huiles essentielles ont, indépendamment de leur action générale sur le système nerveux, un efTel topique sur les surfaces pulmonaires, rénales et cutanées, qui leur servent de voie d'élimination ; l'économie les expulse en nature ou après en avoir modifié la composition (oxydations diverses).
En tous cas, il y a avantage à employer les substances dites dilTusibles et par conséquent faciles à absorber, sur des malades chez lesquels les facultés d'absorption sont souvent considérablement diminuées.
§ 3. — Médication excitante.