‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 94 sur 132 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

INDICATIONS TIRÉES DE l'hYPERTROPHIE.

ART. 1". — DESCRIPTION DE l'iNDICATJON.

888. L'exagération du mouvement nutritif que désigne le nom à' hypertrophie, ou encore celui à'hyperplasie, n'est pas la môme dans tous les tissus. Dans les tissus les plus simples, elle tient à la multiplication des éléments dont le volume reste normal ; dans les tissus complexes, au contraire, les éléments essentiels peuvent s'accroître (fibres musculaires, tu-

HYPERTROPHIE

bes nerveux, aciniglandulaires), en même temps que le stroma conjonctif qui les entoure (Robin).

L'excùs de nudùtion des cellules se caractérise parle gonflement du noyau, du nucléole et du proloplasma, ce qui rend la cellule globuleuse; el, quand il doit aboutir à la multiplication des cellules, ce même travail préparatoire est suivi de la segmentation du noyau, dont les fragments s'entourent de protoplasma et forment de nouvelles cellules, analogues aux cellules embryonnaires (Cornil et Ranvier).

889. L'hypertrophie peut résulter d'une plus grande activité de l'assimilation des matériaux nutritifs, ou bien d'un retard, ou d'une atténuation du mouvement de désassimilation. C'est le premier mécanisme qui est en jeu le plus souvent, ainsi que le démontre la relation que l'on sait exister entre l'activité fonctionnelle et l'activité nutritive, et la possibilité qu'il y a, de provoquer un certain degré d'hypertrophie par les pratiques de Tentraînement. Il y a pourtant à bien distinguer à ce sujet, entre ce qui appartient à l'hypertrophie proprement dite du tissu spécial anormalement développé, el ce qui appartient à l'hypertrophie conjonctive du stroma commun.

§ 1" — Type élémentaire.

890. Un accroissement de volume, de poids et de densilé : tels sont les caractères physiques de l'hypertrophie.

L'hyperplnsie, d'où résultent l'accroissement et la multiplication des éléments normaux, garde le vice originel qui a été la condition de sa formation ; elle le traduit souvent par la caducité des éléments ainsi formés en excès et par la facilité avec laquelle ils subissent les métamorphoses ré^^ressives d'une déchéance nutritive. Cette évolution nous explique comment, à une phase d'activité fonctionnelle exagérée, l'hypertrophie fait succéder, plus ou moins rapidement' l'une phase d'inertie. ' l Tout l'appnreil nutritif d'un organe en voie d'hypertrobhie grandit avec lui : ses nerfs ne suivent que de loin ce ^développement excessif, mais ses vaisseaux se multiplient et s'accroissent, le tissu conjonctif commun se développe plus encore, c'est même lui qui, bien souvent, fait tous les

frais de l'hyperplasie et qui en est le siège véritable.

891. Les relations que présente l'hypertrophie avec l'atrophie sont non-seulement des rapports de succession, mais il arrive souvent aussi que ces deux éléments pathologiques coïncident, l'hypertrophie de certains éléments d'un organe ou d'un tissu, entraînant' par compression l'atrophie des autres tissus élémentaires. C'est ainsi que souvent, les éléments anatomiques spéciaux disparaissent sous l'hyperplasie conjonctive.

§ 2. — Pathogénie.

892. Nul doute qu'on ne puisse favoriser le développement normal d'un organe en stimulant sa fonction, avec une énergique continuité, ou plutôt, par alternatives fréquemment'répélées. Il est cependant une limite à ce mode d'entraînement nutritif : il faut que l'excitation cultive, sans répuiser, l'aptitude fonctionnelle de l'organe. Et puis, il est certaines bornes au delà desquelles l'hypertrophie ne saurait aller, sans s'accompagner d'emblée de dégénéralions, telles que la surcharge graisseuse et les dégénérescences diverses.

Toute résistance apportée à l'accomplissement normal d'une fonction élémentaire, provoquant la répétition des efforts susceptibles de vaincre cette résistance, devient une cause d'hypertrophie , „ ,

893. A côté de l'excitation fonctionnelle, il laut noter l'abondance de l'apport nutritif. Que le sang se charge, par l'absorption, de matériaux nutritifs abondants et suffisamment élaborés dans les premières voies, qu'une riche vascularisalion les distribue avec profusion aux organes, qu une innervation bien équilibrée donne à ces mouvements divers tout leur essort, cela ne suffira peut-être pas encore a créer l'hypertrophie, mais y disposera bien, pour peu que Imgane y consente.

liUe peut se produire encore, quand un travail moibide fluxionnaire se produit dans le voisinage, ou dans un organe en relations sympathiques avec celui qu occupe l'hypertrophie. Il semble môme que le vide virtuel qui tend !\ se former, dans certains cas, à la disparition de cei-

HYPERTROPHIE

tains épanchements, par exemple, appelle l'hypertrophie des tissus et des organes voisins, susceptibles, par leur développemènt, de combler les vides.

894. Tons les agents médicamenteux, susceptibles de provoquer l'activilé fonctionnelle d'un organe, et d'y exciter en quelque degré l'activité nutritive, peuvent devenir des agents d'hypertrophie. On conçoit combien est délicate, en ce point, la question de mesure, puisque l'hypertrophie est un processus qui touche de si près à ceux de la dégénération et de l'atrophie.

ART. II. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE

895. L'indication consiste à modérer plutôt qu'à entraver le mouvement de nutrition. Or l'intervention du médecin est ici particulièrement difficile: nous ignorons de quelle manière les substances protéiques s'organisent en cellules et en tissus (Lehmann) et comment ces tissus s'usent euxmêmes, pour se renouveler ensuite et se régénérer, lorsque leur organisation a subi quelque atteinte.

Sans chercher à modifier directement un travail organique, qui n'est autre que la vie, dans ce qu'elle a de plus intime, on peut l'atteindre en agissant sur les conditions médiates du phénomène ; en modifiant la circulation du sang qui apporte les matériaux de la réparation, et emporte ceux qui résultent de la désintégration; en altérant les combinaisons chimiques qui se passent dans le sang et au voisinage des tissus pour en entretenir l'intégrité (Mialhe).

Enfin, tout porte à croire que l'on peut agir plus intimement encore, que l'on peut modifier l'aptitude nutritive de l'élément anatomique lui-mûme, et l'activité propre qu'il possède pour assimiler et pour désassimiler l'aliment plastique ou respiratoire que le sang lui apporte.

§ 1". — Moyens hygiéniques.

896.. Ce que j'ai dit de l'exercice, fait prévoir que, s'il eut être utile en cas d'hypertrophie, il peut l'être plus ncore pour combattre l'atrophie. Cependant, il est avanageusement employé dans le traitement des hypertrophies

partielles; on l'a préconisé surtout contre les anévrysmes ; (Valsalva) pour diminuer le volume du fœtus, et dans certaines afleclions diathésiques rebelles (Fonssagrives).

L'activité fonctionnelle sollicitant toujours plus ou moin^ l'activité nutritive, l'exercice de cette activité semblerait devoir Otre proscrit. Or, on sait que les sujets inactifs et inertes ne maigrissent généralement pas, mais prennent un état de bouffissure pile, qui, tout en témoignant de la lenteur du mouvement nutritif, n'empOche pas' qu'il y ait hypermégalie, et cela, par l'insuffisance de la désassimilation. Aussi serait-il moins dangereux d'employer l'exercice exagéré et l'excès de combustion qu'il entraîne, si l'on pouvait bien reconnaître, quand aura été suffisamment épuisée l'activité nutritive d'un organe, et si l'excitation qu'on y provoque, n'est pas susceptible de laisser, après elle, la nutrition reprendre un plus puissant essor.

Nous savons enfin que l'exercice musculaire, qui augmente dans le sang le chiffre de l'acide carbonique, tend à augmcuter aussi celui des globules (Malassez), au moins s'il est pratiqué dans de certaines limites.

897. La diminution du régime alimentaire n'est que de peu d'importance relativement aux hypertrophies localisées; le choix de l'alimentation a cependant un effet certain sur le développement de l'hypertrophie, notamment dans l'hypertrophie du tissu adipeux. La dièle d'ailleurs, en tarissant dans les premières voies les sources de la réparation, diminue le mouvement nutritif et facilite la résorption des produits non essentiels aux organes. Il y aura plus d'ulilité à choisir rationnellement la qualité du régime; on sait l'influence du régime Banting, régime composé d'aliments plastiques et privé d'hydro-carbonés, sur l'hypertrophie adipeuse, etc.

Rien n'est plus apte à favoriser l'hypertrophie que l'excès du sommeil; s'il n'agit pas pour favoriser le mouvement d'assimilation, il a du moins pour résultat de ralentir notablement la désassimilation ; ce que l'on voit se produire au plus haut degré dans le sommeil des animaux hibernants.

898. L'hématose joue un rôle considérable dans ces résultats, vu la facilité avec laquelle les variations de cette

nyPERTROPniE. 7

l'onction retentissent sur la nutrition. Toutefois, elle semble moins apte à produire l'hypertrophie que l'atrophie.

lixagérée, l'iiémalose hâte trop la combustion nutritive et le départ de ses déchels, qu'elle multiplie; insuffisanle, elle diminue l'apport, qui excite et entretient la vie organique. Il suit de là qu'il faudra provoquer une hématose facile et abondante, chez les sujets atteints ou menacés d'hypertrophie.

Bien qu'aussi indirecte, l'indication ne sera pas superflue, qui consiste à faciliter les excrétions de toutes sortes : fonctions des reins, fonctions de lapeau, etc. Elles seront surveillées de près, pour être stimulées si elles venaient à languir.

En résumé, manger peu et s'exercer beaucoup, selon la lormule hippocratique, et puis encore boire modérément, tel est l'essentiel du régime.

§ 2. — Médication tempérante. 899. Après l'indication qui commande le repos relatif de 1 organe atteint d'hypertrophie, vient celle qui regarde, non plus 1 activité fonctionnelle, mais l'activité nutritive de cet organe, et qui s'attaque à cette dernière par l'intermédiaire de ce quon peut appeler ses agents trophiques, nerfs et vaisseaux.

Bien que le système nerveux trophique n'ait point été

leur, su fit à nous faire comprendre, quelle peut être l'uti- .e des tempérants du système nerveux, pour combattre l'hypertrophie. C'est un des motifs de l'utilisé de laT4la e dans les maladies du cœur (vov. Méd ch /V^^v.,/ . patique) (359-403;.

900. C'est encore à la vascularisation que la médicitinn devra s'attaquer. L'indication demande qle 1 on cS "t quelon d.mmuela tension vasculaire de lor^ane en ' d hypertrophie; tous les agents susceptibles de r^aLdW mie peuvent être utiles, depuis les simples pratîquL de^^^^^ mécanique chirurgicale, compression liï.fn • . ^ en un .0,, des aH.,.es',ui l^-^ZÙ^o ^l^Z'

42 s INDICATIONS DES TROUBLES DE NUTRITION.

ment l'occasion d'une accélération de la circulation, et pour que l'abaissement de température et de tension qui la suit, persiste. Si elle ne pouvait être pratiquée dans ces conditions, il faudrait, y renoncer, et surtout éviter de la pratiquer sur l'organe malade, ou dans son voisinage, à cause de l'appel à une nouvelle congestion, qui suit ordinairement la déplétion, dans le point qui en a été le siège.

J'ai déjà étudié les effets des agents tempérants proprement dits (515) et des contro-slimulanis (517), Il faut y joindre ceux qui par leur influence nervo-musculaire peuvent produire l'anémie par la contraction des vaisseaux (518).

La compression directe, et non plus seulement, vasculaire n'aura pas d'autre eflet ; c'est au môme titre qu'elle est résolutive et atrophiante ; ses efTets, sous ce rapport, se rapprochent de ceux du froid. Ils peuvent aller jusqu'à la mortification.

§3. — Médication dénutritive ou résolutive.

901. Les moyens hygiéniques et les agents tempérants constituent une médication susceptible d'enrayer le mouvement nutritif, en affamant pour ainsi dire l'élément anatomique ; il me reste à établir quels sont ceux qui excitent la dénutrition et atténuent l'organe malade, non plus en le privant de ses réparateurs, mais en l'excitant à se dépouiller d'une partie de la substance qu'il fait vivre.

Nous trouvons ici la plupart des agents qui ont été décrils, surtout dans ces derniers temps, comme des mitidénutritifs; dans une Ihf'se d'agrégation, j'ai établi que ces mêmes agents étaient aussi des dénutritifs, et que ce double effet, bien que fout opposé, pouvait éire obtenu de leur usage, selon le dosage employé.

902. Ce sont d'abordles alcalins, qui, donnés à faible dose, se transforment probablement en chlorures, dans l'estomac, au contact de l'acide chlorhydrique du suc gastrique. 1-es chlorures d'ailleurs, et en particulier le chlorure de sodium, ont pour propriétés d'être facilement absorbés et facilement éliminés, par les urines et les sueurs notamment, de rendre rutilants les gloliules du sang, d'en aug-

HYPERTROPHIE. 429

menter le nombre, non pas qu'ils soient hématogènes, mais parce qu'ils exercent sur les globules une action conservatrice; enfin, ils activent les combustions organiques, élèvent le chiffre de l'urée dans l'urine et lechiflVe de la température (Habuleau). Il est bien établi d'ailleurs que l'animal soumis à ce régime n'augmente pas de poids, bien que l'alimentation soit généralement plus considérable (Boussaingault et Dailly).

Pour produire cet effet, le sel ne doit pas être administré à haute dose, sans quoi il cause des mouvements osmotiques et une vérilable purgalion (30 à 40 gr.) ; à dose modérée, au contraire (4 à 6 gr.), il est absorbé et provoque de ]a constipation.

Les chlorures d'ammonium, de magnésium el de potassium, peu employés, sont mal connus encore. L'eau de mer qui les renferme (excepté le chlorure d'ammonium) leur emprunte'ses propriétés purgatives (Lalesque, Reyer) i baule dose; et à dose moyenne, ses propriétés dénutritives (M. Russel, Greenhow); elle active les combustions, élève le pouls et la chaleur. Nul doute que le brome qu'elle renferme encore, ne prenne quelque part dans ces résultats et, en atténuant la sensibilité organique des éléments' ne dimmue le mouvement d'assimilation, en même temps qu'il excite la désassimilalion, à titre de sel alcalin L'ioàohvme se rapprocherait de ce mode d'action (Trousseau) 903. Le café et le thé qui sont des excitants de l'assimilation, et qui, pour peu qu'on en élève la dose, deviennent des modérateurs de Iji désassimilalion, doivent Otre bannis de la thérapeutique de celte indication. L'alcool àdose lé gère, en tant que stimulant de l'activité fonctionnelle oourrait parfois être utile; il serait dangereux, s'il était pris tout autrement; le ralentissement qu'il impose à la dénutrition se manifeste par la diminution de l'acide carbonique exhalé par embonpoint des alcooliques, etc. Or, on sait aussi combien facilement ces néoplasies de l'alcoolisme tournen à la déchéance nutritive (régressions graisseuses, etc.).

La coca produit des effets analogues et excite h dénulriton; elle aussi, exige une forte alimentation, sans Toi 1 amaigrissement est rapide; aussi semble-t-il que œ soi en anesthésiant la muqueuse gastrique qu'elle empôche la

4 30 INDICATIONS DES TROUBLES Dlî NUTRITION.

faim et non en supprimant le besoin de réparation.

904. La saignée, que Trousseau place en tôte des altérants, est un des plus puissants agents de dénutrition. Outre qu'elle diminue la quantité de matériaux nutritifs que globules et plasma charrient vers les tissus, elle sollicite la réintégration dans le sang, de tous les matériaux queles tissus peuvent abandonner. L'abaissement de chaleur qui en résulte, le ralentissement de la circulation qui la suit, non pas immédiatement, mais secondairement, viennent diminuer l'excitation nutritive elaffament lesélémenis, en même temps qu'ils les affaiblissent. On a constaté directement à la suite de la saignée, la dénutrition exagérée des éléments protéiques, en même temps que l'accumulation des matières ' grasses (Baûer), ou une altération réelle des organes (id.).

§ 4. — Médication altérante.

905. Ce nom lui vient de ce qu'elle est supposée agir sur le mouvement nutritif, moins pour l'atténuer ou le suspendre, que pour lui communiquer une autre impulsion. Le fait est, qu'il est difficile de dire quel est celui des deux actes nutritifs, assimilation ou désassimilation, que cette médication atteint plus spécialement. Toutefois, si l'on remarque que, sous l'influence de ses agents, iode, arsenic, mercure, pourvu que le dosage en soit convenablement mesuré, l'embonpoint augmente en même temps que l'urée diminue, on est conduit à voir en eux des anli-dénutritifs, i autrement dit, des anti-déperditeurs. f

On observe cependant que ces agents sont aussi de puisîants J résolutifs, que leur usage excessif ou trop longtemps con- 1 tinué peut produire l'émaciation et même l'atrophie de cer- 1 tains organes. Il en est môme qu'ils peuvent frapper d'une 'j véritable déchéance nutritive (dégénérescence graisseuse du foie, des reins, etc,). Oi", ces variations d'effets ne tiennent évidemment qu'à une queslion de mesure. A une dose légère, ces agents sont résolutifs ; si l'on élève la dose, ils sont de plus en plus altérants, jusqu'à ce qu'ils deviennent des toxiques proprement dits (Ferrand).

906. Pour faire des médicaments indiques de purs modérateurs de la nutrition, ou des agents exclusivement anii-

IIYI'EKTHOI'UIE.

déperditeurs, il faudrait ne tenir aucun compte des différences qui résultent de la mesure et de la durée de la médication, aussi bien que des résultats cliniques qu'elle donne tous les jours, et qui montrent son efticacité résolutive bien connue. Il est certain d'ailleurs que s'ils aident à la nulrilion (Gubicr), ils facilitent aussi la dénutrition, comme en témoigne encore la rapidité de leur élimination.

907. L'arsenic se range ici, à côlé de l'iode. Ne nous étonnons pas de voir cet agent classé par les uns parmi les névrosthéniques, par les autres parmi les plasmifiants, ou, au contraire, parmi les altérants, et môme, parmi les cacheclisanls.

L'arsenic a, comme la coca, une action sédative qui diminue lieaucoup la sensation du besoin de réparation; sous son influence, l'urée diminue dans l'urine, l'acide carbonique dans l'air exhalé, en même temps que diminue la sensation du besoin de repos et du besoin de respirer. L'appétit seul semble accru, au moins pour quelque temps, quand l'arsenic est prescrit à la dose thérapeutique (OBf.,005 à Cs^,010).

On s'expliquerait mal l'efficacité de l'arsenic contre les produits des maladies constitutionnelles (dartres, rhumatismes, scrofules, cachexies diverses), s'il n'avait, à dose légère, la propriété d'exciter la nutrition sans entraver la dénutrition (Sabelinj; et si l'effet inverse de ralentir la dénutrition n'était dû à l'usage de doses beaucoup plus élevées du même médicament (D. de Savignac). Cette question comporte sans doute encore beaucoup de réserves (Hirlz), et bien que Gubler, Lolliot, voient en lui, presque exclusivement, un anti-déperditeur, je ne puis que me rapporter aux conclusions que j'ai déjà formulées à ce sujet (Th. d'Agrég.) : que l'arsenic, à dose légère ou hygiéniqueest un résolutif; à dose plus élevée, un altérant; et à dosé plus élevée encore, un agent de dégénération, relativement aux fonctions de nutrition.

908. L'antimoine se place ici, avec l'arsenic et ses combmaisons, parmi lesquelles l'acide arsénieux et ses sels tiennent la première place. Les antimoniaux, pour produire un tel eflet, doivent être donnés à doses fractionnées, en lavage, par exemple. Leur usage commande les mêmes ré-

serves, et expose aux mêmes dangers que la médication arsenicale. Aussi n'ai-je pas à m'occuper ici des faits de tolérance qui appartiennent à l'administration du médicament à haute dose.

909. Les mercuriaux, classés aussi tout récemment parmi les modérateurs de la nutrition, sont dans le même cas que l'arsenic; mais ce sont surtout des altérants ei mûme des cacheclisants. Le mercure ralentit les actes de formation organique, en même temps qu'il exagère le mouvement de dénutrition (Fonssagrives). Entre un apport qui languit etune dépense exagérée, la nutrition dëcheoit fortement; de là, une grande tendance des tissus et de beaucoup de néoplasies, à s'atténuer jusqu'à disparaître, sous son influence. Antiplastique pour les solides, il est fluidifiant visà-vis des humeurs {id.). Cette action semble porter d'une façon toute spéciale sur le système lymphatique (Giacomini).

910. L'arsenic, l'iode et le mercure, sont des irritants topiques, qui, absorbés, s'emmagasinent dans le foie et s'éliminent avec la bile, avec les urines et avec la salive. Dans le sang, ils entravent l'iiémalocaiisie, et, donnés à dose suffisanle, ils ralentissent les oxydations organiquei. Cette action modératrice, pour le mercure spécialement, tiendrait surtout au ralentissement de la circulation et à l'altération des globules. Mais, quelle qu'en soit la cause, l'effet est toujours résolutif d'abord, altérant ensuite, et enfin dégénératif ou régressif.

L'argent, l'or elle platine, beaucoup moins employés, paraissent agir d'une façon tout analogue à celle du mercure; l'argent,de plus, aurait sur le système nerveux uneinfluence excitante particulière, qu'on a attribuée au dépôt de l'argent lui-même dans son tissu.

911. Après les métaux et leurs sels, il faut noter les alcalins. Chevreul a di^mbntré que l'oxygène, en présence des alcalins, voit accroître considérablement sa puissance d'oxydation ; et l'on a conclu de là que l'usage des alcahns devait tavoriser beaucoup les combustions nutritives (Miahle). Ur, sous leur influence (Rabuleau), l'urée diminue dans les urines. Il y a donc encore des réserves à faire. Les alcauns à dose élevée sont des cacheclisants (Magendie, Trousseau;.

ilYl'EllTHOlMllL;,

On sait qu'ils abaissent le chiffre des héinalies (Lolllor) et élèvent celui de l'eau dans le sang; aussi sont-ils moins des denutntifs, à proprement parler, que des agents susceptibles d'affamer les tissus, en les privant des éléments de leur nutrition.

A dose Idgùi-e, au contraire, les alcalins sont des excitants de la nutntion; ils favorisent l'assimilation, en se transformant en chlorures dans Testomac.

§ 5. — Médication dérivative.

912 Fort peu en honneur aujourd'hui, la médication denvative est cependant utile pour lutter contre l'hvper-

n^hfil'' ^n'^T' ' ^■'^«^S^' l'analogie

justifie, en attendant que l'expérience la confirme

Comme nous sommes en présence d'un trouble nutritif

Il ne suffira pas de l'attaquer au moyen d'une ré vullh^n

simplement douloureuse; les révulsifs qui ne sont capable

quedecongestion,pourrontdéjàjouirde quelque innuezi e ma.s seront probablement insuffisants. Il fau que i

moyens mis en œuvre s'altaquent plus intinK.ment aux ronct.ons de genèse et de réparation'nutritive; ce ra 1 but de la révulsion fortement irritante et cauiqut (cautères divers, vésicatoires, etc.). ^

Ces procédés sejustifîen! encore par certains résultats I observation thérapeutique, tels que Patropl e Tune amygdale a a suite de l'ablation de l'amygdale voisine etc un fait analogue se produit encore ouand nn / ' ophthalmie remplacer un eczéma et r """^

1 est évident que l'élément nerveux et 1p I^n , •

séria fonctionnalité - elle ^ ^""f ^^l^on et en abais-

I I.IIHAND. — llierapeutique. .

nutritif et en diminuer l'activité. Pour cela, il faut qu'elle soit pratiquée à une certaine distance de l'organe malade, qu'elle soit proportionnée de façon à ne pas devenir un objet d'excitation directe. C'est un résultat que l'activité fonctionnelle permettra le plus souvent d'apprécier.

Lorsqu'elle s'attaque à une maladie aiguë, la révulsion doit être d'efl'et immédiat; elle doit, au contraire, être lente et persistante, quand elle combat une maladie chronique. Dans le premier cas, elle met davantage en jeu les éléraenis nerveux et vasculaire: dans le second, elle s'adresse plus exclusivement à l'élément nutritif.

914. La révulsion est exercée à la peau ou sur les muqueuses; on choisira sur ces surfaces les points qui sont en relation de nutrition avec les viscères que l'on veut modifier, lorsqu'il y a, par exemple, des vaisseaux communs aux unes et aux autres; on choisira encore les points qui son! en relation fonctionnelle avec les mûmes viscères, par la sensibilité réflexe, et par les sympathies.

915. Il faut noter enfin les agents que l'on a nommés des irritants spoliateurs (Trousseau et Pidoux) ou qui privent le sang de quelques-uns de ses éléments, en proportion plus considérable que ne le fait la dénutrition normale. Les moyens de cette médication sont : d'abord, la provocation, ou le rétablissement de certains flux normaux ou habituels (règles, hémorrhoïdes, diacrises diverses). Viennent ensuite les rubéfiants (moutarde, etc.), dont l'action ne porte guère que sur la douleur et sur les vaisseaux ; puis les vèsicants (canlliaridcs, garou, ammoniaque, croton, thapsia), qui agissent plus profondément sur les échanges nutritifs et modifient même la crase sanguine; enfin, les caustiques (cautères divers), dont l'action plus profonde encore, détermine, là où on les applique, une abondante néo-formation, susceplible d'absorber à son profit l'activité nutritive, exagérée dans les organes du voisinage. '

916. Quant à l'irritation substitutive, elle se borne, sans provoquer de perturbation dans les éléments anatomiqucs, à remplacer leur activité nutritive spontanée, par un modo artificiel, qui ramène le mouvemimt de nutrition à son type normal, quand une fois l'excitant substituteur a disparu. Elle se pratique surtout sur les surfaces; on l'a em-

Jiyi'EHTROPUIE.

ployée aussi dans l'épaisseur des tissus: substitution parenrlnjmateuse (I-uloti). F.es agents de celle subslilulion sont tous les irritants possibles, depuis la simple friction, jusqu'aux causiiques.

- Les pratiques du massage, de la friction, et toutes celles de rtiydrofhérapie (Voy. ce mot) peuvent jouer le rôle d'agents révulsifs.

§ C. — Médication caustique.

917. nélruire les lissus est un moyen efficace pour combatlre riiypertropbie et les néo-formations; les cautérisations sont souvent employées dans ce but. Elles ont cet avantage, qu'elles suppriment directernent une partie des éléments exubérante, qu'elles créent à leur place une-plaie passagère, dans laquelle l'aclivilé formatrice trouve à s'épuiser, enfin, qu'elles laissent à leur suite une cicatrice dont la rélractililé permanente s'oppose à de nouvelles expansions byperlropbiques.

On les divise en causiiques alcalins (potasse), caustiques acides (acide sulfurique), causiiques métalliques (azotate d argenl,clilorure de zinc, etc.). 11 fautyjoindre le fer rou^e (cautère aduel, par opposition aux précédents, dits i^autpves polentxei^). Tous ces agents et leurs succédanés (la soude 1 ammoniaque et la cbaux), (les acides azotique, chlorhydrique, arsenieux, cbromique et acétique), (l'azotate acide de mercure, le sublimé, le beurre d'antimoine) ont pour effet de provoquer de la douleur et une escharre, qui s'élimine avec suppuration: d'où la variété et la puissance de leirs effets anti-hypertropbiques, soil directement, sur l'organe auquel on les applique, soit indirectement et par révuîfon!

AMT. UT. — INDICATIONS MÉDIATES

918 J'ai déjà indiqué comment quelques-un» des i-eni.

II' < • ' . ' "^^'"^ 1 clément nerveux (sédatifs otr \ U autres .„d,caUo„. on, leur source dans dis calt ^L';

indirectes encore (maladies consli(ulionnclles). liUes seront étudiées plus tard.

ART. IV. — APPLICATIONS

919. L'hypertrophie des tissus, bornée à l'un des éléments anatomiques qui entrent dans la structure d'un organe, ne doit être attaquée en elle-même, qu'avec un certain ménagement. Sans doute les altérants agissent de préférence, et d'abord, sur les éléments communs et sur les néoplasies; mais, si leur action était portée plus loin, ils pourraient intéresser aussi les tissus propres et normaux. 11 sera plus fa«;ile de combattre l'hypertrophie d'organe.

§ 1". — Hj'perplasie conjonctive.

920. C'est une lésion qui entre, comme élément important, dans un grand nombre de processus pathologiques; c'est la première phase des cirrhoses et des scléroses; celle aussi qui prépare le terrain et la substance à beaucoup de dégénérations granulo-graisseuses. Elle d&mande donc souvent à être attaquée et doit l'être activement.

On devra l'entraver, d'abord dans ses éléments pathogéniques, en combattant la congestion qui la précède et la détermine presque toujours (503).

On la préviendra encore, en régularisant l'activité fonctionnelle des organes dans lesquels elle se développe, et en leur ménageant une moyenne d'action favorable à de bons échanges nutritifs; c'est-à-dire ni trop d'exercice, ni trop d'inertie.

921. Enfin on emploiera les moyens altérants ci-dessus exposés, et on n'omettra point détenir grand compte des déterminations spéciales qu'affectent certains d'entre eux. (I.e nitrate d'argent, pour le système nerveux; le mercure, pour le foie; le plomb, pour les reins, etc.).

Je n'ai pas à étudier en particulier l'hypertrophie de chacun des tissus qui dérivent du tissu conjonctif ; ses indications d'ailleurs ne diffèrent pas de celles que j'ai indiquées.

§ 2. — Hyperplasie adipeuse.

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