RÉVULSION. RÉVULSIFS
externe] , ou sur la surface gastro-intestinale (révulsion interne). Les agents de la révulsion externe sont tous les irritants cutanés. Ceux-ci comprennent les rubéfiants et les vésicants. Les révulsifs internes sont les vomitifs et \es pi/rf/atifs. Théorie de l'action curative des révulsifs. — La médication révulsive doit surtout ses effets curatifs à la modification qu'elle imprime à la répartition du sang- dans l'économie animale. Nous savons qu elle a pour action principale d'attirer le sang- à la périphérie du corps et de faciliter par conséquent la décong-estion des organes enflammés. Cet effet congestionnant externe et décongestionnant interne est dû à deux causes : à l'action directe de l'inflammation cutanée et à l'effet réflexe vaso-moteur.
Si nous faisons abstraction, pour un instant, de l'action nerveuse vaso-motrice, et que nous fixions notre attention uniquement sur les conséquences qu'entraîne rinflammation cutanée en ellemême, nous sommes forcés d'admettre qu'une certaine quantité de sang quitte les vaisseaux des organes profonds pour alimenter les tissus externes en voie d'inflammation. 11 y a donc déjà, de ce seul fait, une modification de la répartition du sang, qui est favorable à la déplétion et à la décongestion des organes internes. Mais h cette première action, qui reste généralement assez modérée et qui ne peut détourner à l'extérieur qu'une quantité de sang relativement faible, vient s'ajouterreffetnerveux vaso-moteur qui a son point de départaupoint d'application des révulsifs, c'està-dire au point même où évolue l'inflammation cutanée créée artificiellement. Sous l'influence de l'excitation des extrémités des nerfs sensitifs de la peau, un double effet vasculaire réflexe se produit ; les vaisseaux des viscères internes se rétrécissent et ceux de la peau, au contraire, se dilatent; il y a, en d'autres termes, effet vaso-constricteur à l'intérieur et effet vaso-dilatateur à l'extérieur. Ces deux effets opposés, engendrés simultanément parla même cause, produisent nécessairement une nouvelle répartition du sang de l'économie. La peau, très vasculaire et très étendue, constitue un déversoir très important pour le sang, et une grande quantité de ce liquide peut y être détournée momentanément. Sous l'influence de l'afflux du sang vers la peau et de la constriction des vaisseaux des organes internes, la congestion s'atténue, la nutrition pathologique se fait avec moins d'intensité, et l'inflammation diminue nécessairement.
La révulsion cutanée produit sur les organes internes le même Kaifm.ann. 23
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efîet qu'une forte saignée, mais elle présente le grand avantage de ne pas extraire le sang de l'organisme, mais de le détourner simplement de son cours primitif. Dans la révulsion, il n'y a pas de perte de sang, il va seulement modification de sa distribution ; la quantité totale de liquide nutritif reste invariable, mais, comme la peau en reçoit une quantité plus considérable, il est évident que lesorganes centraux doivent en recevoir une quantité moindre. Le mécanisme de l'action des révulsifs n'est pas purement théorique, il repose sur des faits bien constatés dans la physiologie des actions vaso-motrices.
Cette nouvelle distribution du sang sous l'action de la révulsion a aussi pour conséquence une déperdition plus grande de chaleur et, par conséquent, un abaissement de la température interne. L'effet antipyrétique vient s'ajouter aux effets vasculaires pour combattre directement la maladie interne.
Dans l'état actuel de la science, l'ellet curatif des révulsifs peut donc s'expliquer par la répartition nouvelle qu'ils imi)riment au liquide sanguin. Il est possibleaussi qu'elle amène une modification du milieu sanguin, notamment de la leucocytose et de ses pj^opriétés bactéricides et antitoxiques.
L'inflammation des organes internes est accompagnée d'une accumulation du sang- et de la chaleur à l'intérieur du corps ; l'inflammation artificielle, créée à l'extérieur par les révulsifs, est accompagnée au contraire d'un afflux du sang à la peau et d'un échaulfement de cette membrane. L'action révulsive combat directement les phénomènes morbides qui caractérisent la maladie interne.
Les révulsifs n'agissent donc pas directement sur la cause morbide, mais bien sur les désordres nutritifs et vasculaires que cette cause tend à produire. Ils détournent le sang du foyer inflammatoire, en le dérivant vers des organes superficiels moins importants. Ils méritent donc bien le nom de dérivatifs qu'on leur a donné quelquefois.
Lorsque la révulsion a pour siège la muqueuse gastro-intestinale, le mécanisme de son action est le même. Dans ce cas, le sang, au lieu d'être attiré dans la peau, est dérivé au contraire du côté de la muqueuse digestive. Et comme cette muqueuse est très étendue et extrêmement vasculaire, la quantité de sang qui y est attirée peut devenir considérable. La révulsion gastro-intestinale est ordinairement accompagnée de la pâleur, de l'anémie et du refroidissement de la peau.
RÉVULSION. RÉVULSIFS. 3o5
Indications générales des révulsifs. — Les maladies dans lesquelles les révulsifs réussissent le mieux sont celles qui consistent principalement en un état cong-estionnel sans lésions prolifératives accusées et sans caractère spécifique.
Les révulsifs externes sont efficaces dans les douleurs nerveuses, le rhumatisme, les inflammations internes à leur- début, les affections catarrhales des muqueuses, surtout dans l'entérite aig"uë ou chronique du cheval.
Les révulsifs internes, qui sont les vomitifs et les purgatifs, sont particulièrement indiqués dans les ang-ines, les bronchites, les maladies des yeux, des centres nerveux et dans les afl'ections cutanées.
La révulsion externe ou interne montre toute sa puissance au début des maladies, quand il ne s'est encore développé qu'une simple congestion. Les pleurésies, les pneumonies au début, c'està-dire quand il n'y a pas encore de lésion locale autre que la congestion, avortent très souvent sous l'influence de l'application des révulsifs. C'est aussi par une révulsion énergique qu'on parvient à arrêter des phlegmons profonds au début.
Mais, dès qu'une inflammation a amené plus qu'une simple congestion et que déjà il existe un véritable travail de prolifération cellulaire, il est rare que la révulsion puisse arrêter l'évolution de la maladie. Mais, même dans cette période déjà avancée de la maladie, la révulsion peut ne pas être inutile, si elle est puissante et si les lésions inflammatoires ne sont pas encore trop avancées. Combien de fois n'a-t-on pas vu des pleurésies et des pneumonies déjà bien établies céder à l'action d'un large vésicatoire appliqué sur la peau qui recouvre la poitrine ? Si les maladies arrivées à la deuxième période de leur évolution sont rarement arrêtées dans leur marche, au moins voit-on que la révulsion les rend moins dangereuses et abrège leur durée. Dans la période de résolution de la maladie, alors que la fièvre tombe et que l'inflammation s'atténue, la révulsion est encore utile, parce qu'elle favorise la résorption des produits morbides épanchés dans la trame parenchymateuse ou dans le tissu conjonctif. A la fin de la pleurésie, lorsque l'inflammation pleurale a cessé, mais qu'il existe dans la plèvre des fausses membranes et un épanchement liquide, l'application des révulsifs est très utile et hâte la résolution complète de la maladie.
Toutes les fois que la révulsion est employée, il faut proportionner son étendue et son intensité à l'étendue et à l'intensité de
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la maladie. Dans les pleurésies graves, il faut recouvrir une g-rande partie de la poitrine avec de l'ong-uent vésicatoire et quelquefois en renouveler l'application plusieurs fois. Plus la maladie à faire disparaître est étendue et intense, plus la révulsion doit être énergique.
Le temps pendant lequel la révulsion doit agir est très variable et en rapport avec la nature de la maladie et avec la période de son évolution. Une simple congestion pulmonaire, une indigestion, etc., sont souvent guéries après une révulsion d'un quart d'heure, d'une demi-heure ou d'une heure. Mais, lorsque la pleurésie, la bronchite, la pneumonie, ou toute autre maladie inflammatoire est déjà bien établie, l'amélioration ne se montre guère qu'après douze ou vingt-quatre heures. Si, après ce dernier laps de temps, aucune amélioration ne se manifeste, il faut seconder les effets de la révulsion par l'administration de médicaments spéciaux.
Dans les maladies chroniques, la révulsion doit être lente et spoliative. Elle sera entretenue soit à l'aide de l'onguent vésicatoire souvent renouvelé, soit à l'aide de la pommade stibiée ou d'un sêton. C'est grâce à la révulsion lente qu'on parvient à résoudre des engorgements chroniques et à diminuer le volume d'organes hypertrophiés parle travail inflammatoire.
Le lieu d'application des révulsifs doit varier avec le siège de la maladie à combattre. Dans les angines, dans l'irritation bronchique ou pulmonaire au début, danscertaines maladies cutanées, dans les congestions cérébrales, les vomitifs, les purgatifs, agiront généralement avec plus d'avantage que les révulsifs externes. Cependant cela ne s'applique qu'aux petits animaux, qui vomissent facilement et qui sont purgés rapidement. Chez les animaux herbivores, où le vomissement est très dangereux et la purgation lente, il faut, pour les cas aigus, préférer la révulsion externe. Dans les maladies dont l'évolution est relativement lente, comme les ophtalmies et les congestions cérébrales, les purgatifs donnent les meilleurs résultats chez tous les animaux.
Quand on veut déterminer une révulsion externe, il est en g-énéral avantageux d'appliquer les révulsifs près du siège du mal ; dans les maladies des voies respiratoires et du cœur, l'application se fait sous la poitrine; dans celles de l'appareil digestif, sous le ventre; dans celles de l'encéphale, le long de l'épine dorsale, sur les côtés de l'encolure, etc. Le siège de la l'évulsion est surtout
RUBÉFIANTS. 357
très important à déterminer, quand on veut amener la résolution d'un eng-orgement chronique ou Tatrophie d'un organe; ainsi dans le cas de boiterie, par suite d'une lésion articulaire, on applique le séton ou le feu sur l'articulation malade et non sur un point éloigné.
Rubéfiants.
Les médicaments rubéfiants, lorsqu'ils sont appliqués sur la peau, ont la propriété de la faire rougir en cong-estionnant le réseau capillaire du derme et de produire la plupart des phénomènes locaux de l'inflammation, c'est-à-dire la douleur, la rougeur, la chaleur et la tuméfaction. La production de ces effets constitue la rubéfaction.
Principaux rubéfiants. — La rubéfaction peut être produite par des agents niécanigues : frictions sèches avec une brosse rude ou un bouchon de paille serré; par des agents physiques : chaleur, électricité; par des agents médicamenteux : farine de moutarde noire, l'ammoniaque, les acides minéraux étendus, acide phénique, essence de térébenthine, essence de lavande, vinaig-re, alcool, etc.
Effets communs. — Appliqués sur la peau, les médicaments rubéfiants causent du prurit, augmentent la chaleur et la sensibilité, puis déterminent une douleur qui grandit progressivement et finit par devenir très vive. Sous l'influence de celte irritation de la peau, le système capillaire du derme s'injecte de sang-, la surface roug-it, se g-onfle et peut devenir le siège de sécrétions accidentelles si l'action des rubéfiants est continuée pendant assez long-temps. Les effets locaux immédiats des rubéfiants consistent donc dans le développement rapide des signes caractéristiques de l'inflammation, c'est-à-dire de la douleur, de la rougeur, de la chaleur et de la tuméfaction. Ces divers effets ne sont pas toujours ég-alement marqués: l'un peut prédominer sur les autres, suivant la nature de l'ag-ent rubéfiant employé.
La douleur précède toujours les autres effets locaux ; elle ouvre en quelque sorte la série des désordres que les rubéfiants déterminent sur la peau ; elle est donc très constante et se montre rarement isolée. Cependant elle peut prédominer beaucoup sur les autres accidents, comme on le remarque, par exemple, avec
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l'essence de térébenthine, qui détermine toujours une violente douleur chez les solipèdes, tout en ne causant qu'une légère hyperémie à la peau.
La rougeur, produite par la congestion sanguine que les rubéfiants déterminent sur le derme, ne manque i)resque jamais; iu/yyuM'^'-<^ mais elle est souvent masquée par les poils ou la couleur foncée de la peau chez les animaux domestiques.
\jdL chaleur esi un effet qui existe toujours et qui est sous la dépendance directe de la rougeur ou de Thyperémie cutanée.
Enfin la tuméfaction se manifeste toujours lorsque les rubéfiants ont été appliqués pendant un temps suffisant et sur des . £• /)jl points de la peau susceptibles de se tuméfier aisément. Néan- "^^^^^^ moins, de tous les rubéfiants, c'est la moutarde qui détermine le g-onflement le plus volumineux et le plus étendu.
Les effets précédents sont accompagnés d'une suractivité fonctionnelle des glandes de la peau et d'une perte de chaleur plus considérable, par suite de l'augmentation du rayonnement calorique de l'animal.
Outre ces effets locaux, plus ou moins prononcés suivant la nature du rubéfiant employé, les points de la peau où est faite l'application et la durée de cette dernière, il y a encore développement d'effets réflexes importants. Ces effets varient un peu %\}\sQxA\ intensité de l'irritation cutanée.
Une excitation faible de la peau produit un resserrement vasculaire dans tous les vaisseaux du tég-ument cutané. Il en résulte une pâleur plus ou moins grande de la peau, au point excité et même dans les régions éloignées du point excité. On voit aussi se produire une légère accélération du cœur, dont les battements sont plus vigoureux, plus énergiques, le raleiitissement de la respiration, l'élévation de la température rectale, l'abaissement de la température cutanée.
Des excitations fortes, comme celles engendrées par les rubéfiants énergiques, produisent d'abord les mêmes effets que les excitations faibles ; mais bientôt survient une deuxième période pendant laquelle la peau rougit d'abord au point d'application, ensuite dans toutes ses parties; les battements du cœur se ralentissent, ainsi que la respiration ; la température cutanée augmente, tandis que la température rectale diminue.
L'effet le plus important engendré par les révulsifs est la congestion cutanée. Cette congestion de la peau est en même temps
RUBÉFIANTS. 359
accompagnée d'une anémie des organes internes, comme le démontrent les expériences de Zuizer et les miennes. Zlilzer, ayant appliqué du coUodion cantharidé sur la peau du dos d'un lapin, a vu apparaître simultanément une congestion très vive du tégument, des tissus sous-jacents. et une anémie des organes splanchniques abdominaux. D'après cette observation, les révulsifs, les rubéfiants ou irritants cutanés, produisent une dilatation vasculaire, une congestion au point d'application, en même temps qu'ils déterminent une pâleur, une anémie des organes profondément situés. Mes propres rechei-ches conduisent aux mômes résultats. Ayant enregistré le pouls et la tension artérielle avant et pendant faction de la moutarde appliquée sous la poitrine chez un cheval. j"ai vu la tension s'élever considérablement pendant le développement des etlets du sinapisme. Il y avait en même temps, il est vrai, accélération du pouls; mais cette accélération des battements du cœur était insuffisante pour expliquer l'augmentation énorme de la tension artérielle. Or j"ai établi d'autre part que, sous rinfiuence du sinapisme, les vaisseaux de la peau se dilatent et amènent une plus grande quantité de sangdans le tissu du tégument, ce qui devrait produire un abaissement de la tension artérielle. Or, puisque la tension artérielle s'élève malgré la dilatation vasculaire cutanée, il faut bien admettre un resserrement vasculaire interne portant sur les organes parenchymateux contenus dans les cavités splanchniques.
J'ai mis en évidence un aulre fait d'une certaine importance, c'est que les rubéfiants et principalement la moutarde noire déterminent une vascularisation plus grande et un afflux de sang plus considérable, non seulement au point où ils sont appliqués, mais encore sur tous les points de la surface cutanée. Un sinapisme placé sous le thorax du cheval produit, au point d'application, une élévation de température de 4 à 5°, et, dans tous les autres points de la peau, une élévation de 2 à 3". Le sinapisme congestionne donc toute la peau, mais plus énergiquement les points directement atteints par le rubéfiant. C'est là un fait qui permet d'expliquer, en grande partie, les efïets thérapeutiques si puissants des révulsifs dans le traitement des maladies inflammatoires internes au début. Sous l'influence de l'application d'un sinapisme, il y a aussi, pendant la période d'excitation, une légère élévation de la température rectale. Mais celle-ci ne s'élève jamais autant que lu température de la peau ; elle revient
360 RUBÉFIANTS.
rapidement à son chiffre primitif quand les premiers effets excitants du sinapisme sont dissipés, puis s'abaisse au-dessous de la normale. De tous ces faits rigoureusement démontrés, il faut conclure que les révulsifs, en cong-estionnant le derme cutané et en aug-mentant ses fonctions physiologiques, anémient au contraire les organes profonds. La révulsion cutanée produit sur les -i<2^/^*^^-^ org'anes centraux le môme effet que la saignée, mais elle a le / g-rand avantage de ne pas affaiblir l'ensemble de l'organisme,
puisque le sang- reste dans l'appareil vasculaire, où il peut constamment servir à la nutrition. La saignée anémie les organes et affaiblit l'animal; la révulsion cutanée congestionne la peau et anémie les organes profonds par action réflexe; elle conserve le sang, la vigueur et la force de résistance du sujet. Dons la révulsion, il n'y a pas de perte de sang, il y a simplement modification de sa distribution; la quantité totale du sang reste invariable, mais, comme la peau en reçoit une quantité plus forte, il est évident que les organes profonds doivent en recevoir une quantité moindre.
On peut résumer de la manière suivante les effets physiologiques des révulsifs appliqués sur la peau : congestion cutanée accompagnée d'une augmentation considérable de la température de la peau; hypersécrétion des glandes sudoripares et sébacées; exhalation plus considérable; perle plus grande de chaleur par suite d'un rayonnement plus intense; sensibilité plus vive; anémie des organes profonds; diminution rapide de la température rectale, ce qui indique une diminution des combustions centrales; diminution rapide du nombre des pulsations et des respirations ; conservation de la totalité du sang et, par conséquent, conservation complète des forces.
C Les effets des rubéfiants persistent pendant un certain temps et disparaissent ensuite insensiblement dans l'ordre suivant : la douleur s'apaise peu à peu, la rougeur et la chaleur diminuent d'intensité, la tumeur s'affaisse et se résorbe insensiblement. C'est toujours ce dernier effet qui est le plus long à s'accomplir. Quand l'engorgement, souvent œdémateux au pourtour, est prononcé, le sang et la sérosité sont repris par l'absorption; mais les désordres survenus dans l'épaisseur de la peau, entre le derme et l'épiderme, ne sont pas réparés par la résorption, et alors cette dernière couche, ainsi que les poils qui la traversent tombent, et la surface se trouve momentanément à nu ; seule-
ment elle reprend bientôt ses prenniers caractères, à l'exception des poils, qui repoussent parfois avec une couleur différente de celle qu'ils présentaient primitivement. Enfin la peau altérée superficiellement reste f[étne pendant quelque temps; mais peu à peu elle revient à son état primitif et reprend ses fonctions sensorielles, exhalantes et sécrétoires normales.
Indications thérapeutiques. — Les agents rubéfiants sont indiqués comme excitants locaux toutes les fois qu'il est nécessaire d'augmenter la circulation et la calorification pour guérir un mal local. C'est ainsi qu'on les emploie contre les engorg-ements indolents, les inflammations chroniques, les paralysies locales, l'atrophie, l'atonie des plaies, les ulcérations, les contusions, etc.
Ils sont indiqués aussi pour produire des réflexes sur certains org-anes internes dont la fonction menace de s'éteindre : dans le cas de syncope, dans l'asphyxie, les empoisonnements.
Les révulsifs sont surtout très utiles au début des maladies internes. Ils combattent directement les symptômes de la fièvre en produisant une hypothermie centrale. Lorsqu'ils sont appliqués à temps, ils font disparaître très rapidement les maladies inflammatoires internes au début.
^i-tjAi
dc^i^t^e^t^t'éi'^.-c.
Moutarde noire.
(Sinapis nigra.)
La moutarde noire fournit à la médecine ses graines g-lobuleuses de la grosseur d'une tète d'éping-le, lisses à la surface, roug-es à la maturité, puis violettes, et enfin noirâtres quand elles sont sèches; elles ont une pellicule noire et une anaande intérieure jaune et huileuse. Entières, elles n'ont ni odeur ni saveur; écrasées et humectées, elles sont d'abord amères, puis deviennent acres et irritantes pour la bouche et le nez.
Les g-raines entières sont à peu près inusitées ; réduites en poudre, elles constituent la farine de moutarde.
La farine 4e moutarde est d'un vert jaune foncé, parsemée de points noirs provenant des débris de la pellicule d'enveloppe des graines; inodore et insipide quand elle est sèche, cette poudre prend une odeur vive, caractéristique et une saveur chaude et brûlante dès qu'elle est mise en contact avec l'eau. Elle doit donc être conservée à l'abri de l'humidité et dans des vases clos ;
dC/it^-i-t^^d^^
quand elle a vieilli, elle est devenue rance et a perdu une partie de son activité.
La farine de moutarde noire doit son activité à un ferment soluble azoté, la myrosine^ et à un sel de potasse, le myronate de potasse. Ces deux principes n'ont par eux-mêmes aucune action ; mais, lorsque la farine de moutarde est humectée d'eau tiède, la myrosine décompose le myronate de potasse, et il se produit un corps nouveau, Vessence de moutarde^ qui est irritante. La réaction est la suivante :
GiOHi609S2AzK + H20 = CCRiaoe + C^RSAzS + SO^KH.
Myronate de potasse. Glycose. Essence Bisulfate
de moutarde de potasse.
Au point de vue chimique, l'essence de moutarde est de l'isosulfocyanate d'allyle ou sulfocarbimide allylique G^H° — Az=CS.
Pure, l'essence de moutarde est liquide, incolore, d'une saveur acre, caustique, d'une odeur vive, pénétrante et excitant le larmoiement comme l'ammoniaque; elle est plus lourde que l'eau, soluble en partie dans ce liquide, très soluble dans l'alcool et l'éther ; ses solutions possèdent des propriétés irritantes très prononcées. Cette essence est bien le principe actif de la moutarde à l'état de sinapisme, car, quand cette huile volatile est appliquée pure sous la poitrine rasée d'un chien, elle détermine, au bout d'une demiheure, une vésicule pleine de sérosité, accompagnée d'un eng-orgement chaud et douloureux, qui peut être suivi d'une escarre et d'une plaie facile à cicatriser. Si cette essence n'était pas d'un prix trop élevé, on pourrait l'employer en dissolution dans l'alcool pour produire des effets rubéfiants prompts et énerg-iques.
Préparations. — La farine de moutarde est employée sous forme de sinapismes, d'eau sinapisée, de vin et de vinaigre sinapisés, de moutarde en feuilles. On peut employer aussi l'essence de moutarde en solution dans l'alcool.
1° Sinapismes. — Ce sont des cataplasmes que l'on fait en délayant 2 parties de la poudre de moutarde dans 1 partie d'eau tiède et qu'on applique sur la peau pour produire une révulsion. Ils doivent être assez consistants et appliqués immédiatement. On peut y mélanger de la farine de lin pour les rendre moins actifs ou des poudres irritantes pour en augmenter l'activité.
Pour faire développer à un sinapisme son maximum d'effet, il ne faut employer pour sa confection que de l'eau tiède, c'est-à-dire
à la température de 35 à 40°, et n'ajouter ni acide ni alcali. L'eau trop chaude coagule la myrosine et détruit l'action de ce ferment; les acides et les alcalis arrêtent ég-alement la formation de l'essence de moutarde.
Pour accroître les effets irritants du sinapisme, on peut y ajouter de la poudre d'euphorbe, d'ellébore, de cantharide, de l'essence de térébenthine. Si on voulait faire usage de l'ammoniaque, il ne faudrait employer cet alcali qu'un certain temps après l'application du sinapisme ordinaire, c'est-à-dire quand toute l'essence de moutarde s'est déjà développée.
2" Eau sinapisée. — Elle se prépare en délayant 1 partie de farine de moutarde dans 4 parties d'eau un peu plus que tiède. Elle sert à faire des lotions, des fomentations, des bains locaux, des lavements et des injections sur les muqueuses apparentes. Elle peut se donner en breuvag-es quand elle est étendue d'eau.
3" Moutarde en feuilles (procédé Rigollot). — La farine de moutarde dépourvue de son huile grasse est fixée sur un papier fort, non collé, à l'aide d'une lég'ère dissolution de caoutchouc. On emploie ces feuilles surtout chez les petits animaux. On rase la surface, on trempe la feuille sinapisme pendant quelques minutes dans l'eau froide et on la fixe avec un tour de bande.
La poudre Rigollot agit aussi fortement que la farine de moutarde entière. On en fait des sinapismes à la manière ordinaire.
4° On se sert aussi très avantageusement de l'essence de moutarde en solution alcooUque de 5 à 10 p. 100 chez le cheval, de 10 à 20 p. 100 chez les ruminants, de 2 à 5 p. 100 chez le chien. On l'emploie en frictions.
Mode d'application. — Les sinapisynes sont appliqués sur le tronc ou sur les membres ; on maintient la pâte en contact avec la peau au moyen d'un bandag-e, ou bien on l'applique à rebroussepoil de manière que la pâte sinapisante adhère d'elle-même.
Pour appliquer les sinapismes sous le ventre ou la poitrine, on se sert d'un porte-sinapisme. 11 se compose de deux pièces. La .^
première est une dossière, allong-ée, en toile, rembourrée de 4^?^^: 5^'^**' manière à laisser un vide dans son milieu et dans le sens de sa longueur, propre à isoler la colonne vertébrale et à éviter toute pression sur elle. La seconde, qui porte le sinapisme, est un carré de toile double, renforcé sur ses bords afin qu'il ne se plisse pas lors de son application sur les parois pectorales. Cette pièce est suspendue à la dossière par trois courroies de chaque côté et par
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une courroie-bricole qui passe devant le poitrail pour empêcher le port en arrière de l'appareil. Dans la i)ratique usuelle, on improvise un porte-sinapisme en pliant un sac en deux et en attachant aux quatre coins du rectang-le formé des rubans ou des cordelettes. On place le sinapisme sur le sac et on lie les cordelettes en haut de la colonne vertébrale. Il importe, pour éviter les blessures de la peau par suite de la pression qu'exercent les attaches du portesinapisme improvisé, de disposer des bourrelets de paille aux points où portent les liens.
Effets de la moutarde. — La farine de moutarde, appliquée sous forme de sinapisme sur la peau de nos animaux, produit au point d'application des effets inflammatoires plus ou moins prononcés suivant les espèces animales et la finesse de la peau. Eng-énéral, chez le cheval, au bout de quinze minutes, la moutarde produit une douleur cuisaiite que les malades manifestent par leur ag-itation, leurs mouvements désordonnés, l'action de frottei' la partie médicamentée contre les corps environnants et quelquefois de la U44^-4Ù- déchirer avec les dents. La douleur est accompagnée presque immédiatement d'une élévation de température de la région, et, au bout de deux à six heures, on voit nettement un gonflement inflammatoire plus ou moins volumineux. Quelquefois l'oedème n'apparaît pas dans le temps ordinaire, ou même ne se produit pas : c'est lorsque les animaux sont atteints d'affections graves, accompag-nées de coma et d'oppression des forces. Après l'apparition de la tumeur, si l'on répète l'application de ce rubéfiant sur le même i/ei^i'^'- point, on est exposé à tarer les animaux ; en elîet, si l'on persiste dans l'application pendant six ou douze heures, le tissu cellulaire s'œdématie, et dés vésicules apparaissent sous l'épiderme ; après vingt-quatre heures, la partie est le sièg-e d'une vésication suppurante; enfin, si Ton renouvelait l'application pendant plusieurs Jours sur le même point, on pourrait mortifier la peau et même les tissus sous-jacents à une certaine profondeur.
La mortification de la peau est surtout à craindre sur les régions où elle est épaisse effort adhérente aux tissus sous-jacents. Dans les parties où, au contraire, elle est fine, lâche, souple, la mortification cutanée est rare. La diflerence dans les résultats obtenus suivant que la peau est dure; inextensible, ou lâche, souple et fine, s'explique facilement. La moutarde tend toujours à produire un gonflement inflammatoire par suite de l'accumulation de sérosité dans le tissu conjonclif sous-culané. Quand ce tissu
conjonctifest lâche et abondant, quand la peau est fine et souple, elle se prête au gonflement inflammatoire, et la circulation du sangdans son tissu n'est pas g-ênée ; mais, si le tissu conjonctif est dense, si la peau est adhérente, épaisse et inextensible, le g-onflementinflammatoire qui tend à se produire comprime fortement la peau sus-jacente et y aplatit les vaisseaux au point d'entraver la circulation. La peau ainsi privée de sang perd sa vitalité, se mortifie et se g-ang-rène. Après une chute de peau, il reste une plaie suppurante dont la cicatrisation est lente et laisse une trace indélébile. Quand le derme n'a pas été atteint sur toute la profondeur, les poils peuvent repousser, mais ils prennent une couleur différente et affectent une direction anormale ; quand la peau est ulcérée sur toute son épaisseur, la surface reste nue, les poils ne repoussent pas; il persiste une tare toujours visible.
Les sinapismes n'ag-issent pas avec la même activité chez tous les animaux ; ce sont ceux qui ont la peau la plus mince et la plus sensible qui en ressentent le plus rapidement et le plus énerg-iquement les effets ; on peut les classer dans Todre suivant: chien, mouton, cheval, bœuf, mulet, âne et porc.
En même temps que la moutarde agit localement, on voit se développer des effets réflexes éloignés. La peau s échauffe dans tous ses points de plusieurs degTés ; la température rectale s'élève quelquefois à peine ; d'autres fois, quand l'agitation du sujet est considérable, elle s'élève de 1° à l°^o. Jamais l'élévation de la température rectale n'atteint celle de la température cutanée. Quand l'excitation douloureuse a cessé, on voit la température rectale revenir rapidement à son chiffre primitif et même s'abaisser au-dessous. L'élévation de la température cutanée persiste, au contraire, pendant plusieurs jours. La respiration et le cœur accélérés pendant les premiers effets se ralentissent ensuite considérablement quand les effets douloureux ont fait cesser l'excitation de l'animal. Il arrive souvent, sur les animaux malades, que la période d'excitation fait défaut; alors les effets antifébriles se produisent d'emblée.
Administrées à l'intérieur à forte dose, les graines de moutarde noire entières ne déterminent qu'un léger effet laxatif. A dose faible, elles ne produisent aucun effet appréciable sur le tube digestif, quand elles sont données en électuaire ou en breuvag-e. La farine de moutarde stimule assez fortement le tube dig-estif, quoique avec une énergie infiniment moindre que celle qu'elle
366 MOUTAKDE NOIRE.
déploie sur la peau. Elle excite vivement la muqueuse buccale et produit le plyalisme. Arrivée dans Testomac, elle excite ce viscère, aug-mente l'appétit, accélère la digestion. Sur l'intestin, elle n'a presque aucun effet; il semble qu'elle ne modifie })as sensiblement ni les sécrétions ni les contractions péristaltiques (Hertwig", Vog-el). Cependant, d'après les expériences faites par Tabourin, la moutarde agit beaucoup plus activement lorsqu'on la donne en breuvag-e que quand on l'administre en électuaire. Sous la première forme, la farine de moutarde à la dose de 500 grammes chez le cheval produit une excitation passag-ère avec sueurs g-énérales et une irritation gastro-intestinale qui peut devenir dang-ereuse ; tandis que, sous forme d'électuaire, la même quantité est facilement supportée par un cheval de taille moyenne.
Quandl'essence de moutarde est absorbée, elle provoque d'abord un léger mouvement fébrile avec transpiration, puis, lorsque la fièvre s'est apaisée, une diurèse abondante (Hertwig, Tabourin).
Effets thérapeutiques. Emploi. — L'effet rubéfiant puissant engendré par la moutarde employée sur la peau de nos animaux domestiques sous forme de sinapisme rend ce médicament précieux, comme révulsif énergique dans les maladies inflammatoires internes au début. 11 produit une dérivation considérable du sang. La peau s'échauffe et fonctionne avec plus d'activité : les organes internes se décongestionnent par suite d'une constriction vasculaire réflexe et reviennent plus rapidement à leur état normal. L'effet révulsif s'oppose directement à la fièvre morbide en abaissant la température rectale, en augmentant la température cutanée, en diminuant le nombre des respirations et des battements cardiaques.
L'excitation cutanée provoquée par les applications de farine de moutarde a aussi pour effet de provoquer des contractions et des sécrétions intestinales. L'emploi des sinapismes ou de l'eau sinapisée est donc indiqué pour combattre les indigestions, les coliques, les paralysies intestinales, etc.
L'expérience démontre que les sinapismes agissent avec une grande efficacité dans les maladies graves des voies digestives, de l'appareil génito-urinaire, des organes respiratoires, dans les affections aiguës des centres nerveux, des séreuses splanchniques.
Les effets irritants locaux favorisent la résolution des engorgements indolents, des contusions, des ecchymoses, des thrombus,
des mollettes naissantes, des gonflements articulaires légers, des eng'orgements divers.
A l'intérieur, la farine de moutarde est indiquée dans le relâchement du tube digestif, l'atonie de l'estomac et de l'intestin, l'inappétence, l'indigestion chronique.
Doses.
Cheval 30 à 100 grammes .
Bœuf 50 à 200 —
Mouton 20 à 50 —
Petits animaux 2 à 5 —
Ammoniaque.
AzH^ dans 10 parties d'eau.
L'ammoniaque liquide est une dissolution aqueuse de gaz ammoniac à iOp. 100, qui est limpide, incolore, d'une odeur vive et piquante, provoquant l'éternûment et le larmoiement, d'une saveur acre, urineuse, caustique, d'une densité de 0,92 et marquant 22° à l'aréomètre de Baume.
Exposée à l'air, la solution s'affaiblit par suite de l'évaporation d'une partie du gaz et par la combinaison d'une autre partie avec l'acide carbonique de l'atmosphère. Pour conserver l'ammoniaque liquide, il faut la mettre dans des flacons bouchés à l'émeri et les placer dans un lieu bien frais.
Effets physiologiques de l'ammoniaque. — L'ammoniaque liquide, versée sur la peau, s'évapore rapidement, produit une sensation de froid et ensuite une légère cuisson avec roug-eur ; iMA^ mais, si l'on empêche son évaporalion en imbibant des compresses \
ou des étoupes qu'on recouvre d'une toile cirée ou de coton, ^^^J^^O^a ou si onkrpî'ace dans un verre à boire et qu'on renverse celui-ci 1
sur la peau, l'ammoniaque détermine rapidement la rubéfaction, puis la vésication et ensuite la cautérisation, qui est plus ou moins profonde selon la durée de l'appUcation et la quantité de médicament employée. Si on fait une friction sur la peau avec du Uniment ammoniacal double, on voit survenir, au bout de douze à vingt-quatre heures, de petites vésicules remphes de sérosité transparente d'abord, puis Jaunâtre et même sanguinolente, si la peau est délicate et que la friction a été forte. La douleur qui accompagne les frictions est très vive, mais elle est de courte durée ; l'engorgement inflammatoire est rapide, mais peu développé, et
les poils, quand ils tombent, repoussent promptement et sans changement de couleur. Sur les muqueuses et les solutions de continuité, l'alcali volatil produit des effets plus énergiques encore que sur la surface cutanée.
Entant que caustique, l'ammoniaque désorganise les tissus en s'hydratant aux dépens de leur eau, en dissolvant les cellules épidermiques et épithéliales, en liquéfiant les matières albuminoïdes et en saponifiant les matières grasses; Tescarre qui en résulte est molle, pultacée, grisâtre ou brunâtre lorsqu'elle est imprégnée de sang, analogue à celle que forment les alcalis caustiques. C'est donc un caustique fluidifiant.
Lorsqu'on fait arriver le gaz ammoniac qui se dégage d'une dissolution dans les voies respiratoires d'un animal, on voit se produire, paractionréflexe,la sécrétion des larmes, lasalivation,réternûment, la toux, et enfin, si on insiste, la contraction tétanique des muscles respirateurs, de la dyspnée et des convulsions. Si on soustrait l'animal à temps à l'action du gaz ammoniac, il échappe à la mort ; mais on observe consécutivement une inflammation croupale et même une nécrose partielle de la muqueuse bronchique, buccale, pharyngienne et de la conjonctive. L'ammoniaque tend toujours à produire comme effet secondaire une sécrétion pseudo-membraneuse.
L'administration de l'ammoniaque par la bouche entraine avec elle des effets très variables selon la dose employée. Ingérée pure, ou trop concentrée, cette substance dissout l'épithélium de la muqueuse digestive, irrite vivement la bouche, le pharynx, l'œsophage, puis les bronches par les vapeurs qui sont entraînées dans les voies respiratoires avec l'air inspiré, et ensuite l'estomac et les intestins à un degré variable selon les cas ; chez les carnivores, on remarqueparfoisdes vomissementsdematièressanguinolentes, et, chez les herbivores, une purgation très violente. A doses modérées et convenablement étendu d'eau, ce médicament détermine seulement une excitation énergique du tube digestif, sans l'irriter vivement; enfin, à doses très petites diluées, l'ammoniaque étant en partie neutralisée par l'acide du suc gastrique ne produit qu'une excitation légère des muqueuses et du côté de l'intestin des contractions plus énergiques et des sécrétions plus abondantes. L'ammoniaque, en se combinant avec les gaz acides du tube digestif, les condense et réduit considérablement leur volume. Avec l'acide carbonique, elle forme du carbonate d'ammoniaque; avec H'^S, du sulfhydrate d'ammoniaque.
AMMONIAOUE. 3G9
ATintérieur, il ne faut jamais employer l'ammoniaciue liquide pure, il faut toujours l'étendre d'au moins cinquante fois son volume d'eau ou d'infusion aromatique froide, afin d'éviter l'efl'et irritant et caustique. 'J/is^ -
Après r absorption, l'ammoniaque détermine chez tous les animaux une exag'ération du pouvoir réflexe se traduisant par une excitation générale : la vivacité du regard augmente, les mouvements sont plus faciles, la peau s'échauffe, le cœur et le pouls s'accélèrent. Ces effets excitants sont assez fugaces, car ils durent tout au plus deux heures.
L'ammoniaque agit comme excitant sur la moelle épinière et les muscles. En effet, après l'injection intraveineuse de cette substance, on voit apparaître un tétanos violent généralisé. Si on coupe un nei f moteur, les muscles correspondants ne sont pas tétanisés, mais on y observe des contractions fibrillaires.
Pendant la période d'excitation générale produite par l'ammoniaque, il y a une augmentation manifeste de la sécrétion sudorale et des sécrétions muqueuses diverses, surtout de la sécrétion bronchique. Le cœur est accéléré et la tension artérielle est élevée. La respiration, un peu ralentie au début, s'accélère ensuite. Ces effets disparaissent insensiblement à mesure que l'ammoniaque s'élimine. L'élimination se fait surtout par les reins, sous forme d'urée engendrée par synthèse. Pendant cette élimination, il y a une légère excitation rénale, et on observe de la diurèse.
Si on insiste sur l'emploi des ammoniacaux, on observe, après un certain temps, une dissolution des globules sanguins, une s^éritable cachexie ammoniacale. Cette action chimique poussée trop loin abaisse les fonctions nutritives et peut devenir nuisible; mais, bien dirigée, elle peut contribuer à désagréger, à dissoudre, à fluidifier certains produits pathologiques et à remplir les indications de la médication fondante ou résolutive. Lorsqu'on fait arriver du gaz ammoniac dans du sang, celui-ci se colore en rouge foncé, puis les globules se désagrègent se dissolvent, et la coloration devient noire : l'ammoniaque produit donc dans le sang d'abord une désoxygénation, puis une dissolution des globules, et enfin une destruction de l'hémoglobine. Cette dernière substance se transforme en hématine. L'albumine du sang se combine aussi avec l'ammoniaque et forme un albuminate ammoniacal qui rend le sang incoagulable.
Après l'absorption de doses toxiques, on observe d'abord une Kaufmann. 24
période d'excitation violente, du tétanos, puis survient du coma, de l'insensibilité et de la paralysie.
Indications thérapeutiques. — Gomme antiacide et absorbant des gaz, elle rend de grands services dans les indigestions gazeuses de tous les animaux, mais principalement des ruminants. Elle se combine avec l'acide carbonique et l'acide sulfhydrique, qui constituent la plusgrande partie des gaz qui distendent le rumen, et réduit considérablement leur volume.
Son pouvoir excitant local la fait employer aussi contre les indigestions ordinaires; en excitant l'estomac, elle ré veille les sécrétions et les mouvements péristaltiques.
L'ammoniaque combat l'ivresse avec le plus d'efficacité. 0 , X/JU-- L'effet excitant général produft par l'ammoniaque après son
^^^^ G absorption indique son emploi dans les maladies internes au
début pour réchauffer la peau et dériver le sang- à l'extérieur.
En inhalation, l'ammoniaque est recommandée avec raison dans les maladies des voies respiratoires au début; elle dissout le mucus et accélère la marche du processus morbide ; elle est indiquée aussi contre les catarrhes chroniques, dont elle abrège la durée en les rendant aigus ; elle réveille la circulation cardiaque et la V respiration dans les cas de syncope et d'asphyxie menaçante. f^c^"^)^^^ A l'extérieur, l'ammoniaque est recommandée pour combattre
'v>vwX'VvLcr~~ les effets des piqûres venimeuses faites par les mouches, les abeilles, le scorpion et la vipère. Cependant j'ai pu constater, et Fontana l'a vu, il y a un siècle, que l'alcali volatil, appliqué localement, n'a aucun effet utile dans les cas de morsures de vipère.
En instillations dans l'œil, il modifie favorablement les conjonctivites accompagnées d'opacité de la cornée.
Ce médicament est en outre indiqué soit seul, soit associé à d'autres substances pour produire la rubéfaction, la vésication.
Employé pendant longtemps sous forme de pommade sur des engorgements, on voit se produire un ell'et fondant et résolutif très net.
Injecté dans des fistules glandulaires, il provoque une inflammation qui obstrue le canal excréteur et détermine l'atrophie de la glande.
Administration. Doses. — L'ammoniaque liquide administrée à l'intérieur doit toujours être diluée dans 50 à 100 parties d'eau ou d'infusion froide.
Doses thérapeutiques.
Bœuf 15 à 30 —
Mouton et chèvre là 2 —
Chien II à X gouttes.
Chat et volailles I à II —
Dans rindigestion gazeuse des ruminants, on peut répéter l'administration à plusieurs reprises et employer concurremment d'autres moyens propres à combattre la tympanite.
Doses toxiques.
Cheval 30 grammes.
Bœuf 70 —
Chien 2 —
Pour faire respirer l'ammoniaque, on la mélange généralement avec une ég'ale partie d'alcool, et on présente le vase devant les narines de l'animal pour que l'air inspiré entraine une certaine partie de g"az. On y ajoute aussi souvent 10 à 15 p. 100 d'acide phénique.
Pour les lavements ammoniacaux, on emploie, pour les grands animaux, 5 grammes par seringue.
Pour combattre les inflammations et l'opacité de la cornée dans les affections du g'iobe oculaire, on utilise l'ammoniaque en solution à 3 p. 100.
Préparations diverses.
1° Liniment ammoniacal.
Alcali volatil 1 partie.
Huile d'olive 4 parties .
Mélangez dans un llacon bouché à lémeri et agitez vivement.
On peut faire plusieurs frictions sur la peau de nos animaux domestiques sans amener d'altérations profondes.
2° Liniment ammoniacal double.
Alcali volatil 1 partie .
Huile grasse 2 parties.
3° Liniments ammoniacau.v composés.
Alcali volatil 1 partie .
Huile médicinale 2 parties.
4° Liniment ammoniacal camphré.
On remplace simplement l'huile ordinaire par de l'huile camphrée.
5° Pommade de Gondret.
Ammoniaque liquide 1 partie
kAxonge et suit', de cliague 1 —
^ 6° Sachet excitant.
Ciiaux vive . 1 partie .
Sel ammoniac 1 —
7° Alcool ammoniacal .
Ammoniaque liquide 1 partie.
Alcool 2 parties .
8" Eau sédative.
Ammoniaque liquide 100 grammes.
Alcool camphré 10 —
Chlorure de sodium 60 —
Eau ordinaire 1 litre .
Faites dissoudre le sel dans l'eau; ajoutez la solution à l'ammoniaque et à la teinture de camphre préalablement mélangées .
9° Uniment savonneux ammoniacal.
Solution de savon dans 30 parties d'eau; un ajoute 10 parties d'alcool et lii parties d'alcali volatil.
Employé en frictions comme résolulif.
10° Liqueur ammoniacale anisée.
Ammoniaque liquide 5 grammes.
Alcool 24 —
Essence d'anis 1 gramme.
Cette préparation constitue un excitant général excellent chez les petits animaux. On la donne ù la dose d'une demi-cuillerée chez le chien dans la maladie du jeune âg-e, dans l'atonie du tube dig-estif ou dans les maladies des organes respiratoires.
Térébenthine (Essence de).
L'essence de térébenthine est obtenue par la distillation des térébenthines.
C'est un liquide très mobile, incolore, à odeur forte, d'une saveur acre et chaude, d'une densité de 0,87. Elle est inflammable et brûle avec une flamme fulig-ineuse. Exposée à l'air, elle s'épaissit,
se colore et s'oxyde en produisant de lozone. Elle est presque insoluble dans leau, soluble dans lalcool, Téther, les huiles essentielles et les huiles grasses. Elle dissout le soufre, le phosphore et les résines, le caoutchouc.
Effets physiologiques. — Sur la peau de tous nos animaux, l'essence de térébenthine ag-it comme un irritant énergique. En frictions chez les solipèdes, elle détermine, après quelques minutes, une excitation générale très vive; les animaux se secouent, s'ag-itent, cherchent à se frotter, frappent du pied, g-rattent le sol, as-itent la queue, mordent la partie médicamentée et se livrent à des mouvements désordonnés et presque convulsifs. La surexcitation est quelquefois telle, surtout chez les chevaux de race distinguée, qu'ils se mettent dans une véritable fureur. La douleur très vive produite par l'essence de térébenthine appliquée sur la peau dure de quinze à trente minutes, rarement plus. Si les frictions n'ont été pratiquées qu'une seule fois, elles ne laissent aucune trace sensible, et tout disparaît avec la douleur; mais, si elles ont été très prolongées ou réitérées, la peau devient chaude, se cong-estionne, se tuméfie, et il se forme de petites vésicules à sa surface. Quand les poils tombent à la suite de ces frictions, ils ne tardent pas à repousser avec les caractères normaux.
Chez le bœuf, la douleur produite est moins vive que chez le cheval, mais en revanche les phénomènes inflammatoires locaux sont plus intenses.
Sur \es plaies et les tnuqueuses, l'essence de térébenthine est beaucoup moins irritante que sur la peau intacte. Dans le tube digestif, de faibles doses d'essence de térébenthine excitent l'appétit, augmentent les sécrétions des différentes glandes, suractivent les mouvements péristaltiques et déterminentun léger effet
laxatif.
A fortes doses (600 grammes chez les solipèdes, 80 grammes chez les carnassiers), elle irrite assez énergiquement le tube digestif, provoque des vomissements chez les carnivores, des coliques et une forte purgation chez les grands herbivores.
L'essence de térébenthine agit comme un poison énergique sur les êtres inférieurs qui vivent en parasites sur nos animaux domestiques. Elle tue les poux, les acares, etc., et produit l'expulsion des vers intestinaux. Elle est donc antiparasitaire.
Elle exerce la même action toxique sur les micro-organismes et constitue un bon antiseptique.
Quand l'essence de térébenthine est absorbée, elle communique aux différentes excrétions une odeur caractéristique; l'air expiré prend l'odeur de térébenthine; il en est de même de l'exhalation cutanée et du lait des femelles ; l'urine coule plus abondamment et acquiert une bonne odeur de vio/efte. Sous l'intluence de cette essence, le sang- devient plus roug-e, rutilant et plus riche en globules blancs (Binz) ; il y a diminution de l'excitation nerveuse, ralentissement du pouls et de la respiration et abaissement de la température rectale. Quand, après son administration, on observe une excitation vive, un pouls accéléré etdur, une respiration pressée, une roug-eur des muqueuses et une élévation de la température, il faut attribuer la production de ces phénomènes à l'irritation locale exercée sur le tube digestif. En émulsionnant convenablement l'essence de térébenthine avec de l'huile, un liquide gommeux ou mucilagineux afin d'éviter l'irritation gastro-intestinale, son administration détermine toujours la diminution de l'activité nerveuse et le ralentissement g-raduel des fonctions ; -jamais on n'observe de surexcitation.
L'essence de térébenthine absorbée exerce aussi une action énergique sur te rein. Portée dans cet organe par le sang-, elle s'y transforme en essence de violette et excite vivement la sécrétion rénale ; l'urine coule abondamment et exhale une odeur très ag-réable de violette. A trop fortes doses données d'emblée, ou à faibles doses trop souvent renouvelées, elle irrite la substance rénale, la ramollit, diminue la sécrétion de l'urine et produit de Y hématurie.
Après son absorption, cette essence exerce aussi une action excitante marquée sur les sécrétions de la peau ; elle ne provoque pas une véritable sudation, mais de la diaphorèse. La plupart des expérimentateurs ont ég-alement constaté une augmentation de la sécrétion lactée sous l'influence de petites doses d'essence de térébenthine. De fortes doses, en altérant la dig-estion et la sécrétion urinaire, ont pour effet de diminuer la sécrétion du lait.
L'essence de térébenthine, administrée par iiihalation chez le cheval à raison de 30 grammes par litre d'eau, ne tarde pas à exercer une dépression nerveuse très nette avec alourdissement de la tète, relâchement des extenseurs, vacillement très accusé du tronc sur les membres. L'abus des inhalations trop fortes peut provoquer chez le cheval une toux violente qui produit la rupture des alvéoles et détermine Vemp/njsème (Schelameur).
D'après le D-^ Lévi, de l'Université de Pise, les injections intratrachéales d'une dissolution d'essence de térébenthine dans l'huile d'olive sont facilement supportées par le cheval et produisent des elTets rapides.
Les injections sous-cutanées d'essence de térébenthine provoquent une vive inflammation locale avec formation d'abcès.
Indications thérapeutiques. — A Vextérieur, l'essence de térébenthine est employée comme incitant cutané, comme antiparasitaire et antiseptique.
i° Pour exciter momentanément les forces chez les chevaux faibles qui, étant couchés, refusent de se relever. Des frictions faites sur les membres eng-endrent une vive douleur, qui eng-ag-e les animaux à faire des efforts pour se redresser.
2" Pour engendrer des réflexes sur le tube digestif dans les cas d'indigestions, de coliques. Les physiologistes ont en effet démontré que les excitations vives des nerfs sensitifs du tégument externe engendrent dans le tube digestif des mouvements péristaltiques intenses et une hypersécrétion glandulaire. C'est en ranimant les mouvements de l'intestin et en réveillant les sécrétions que les frictions irritantes cutanées agissent pour guérir les coliques, les indigestions.
3° Pour augmenter la chaleur de la peau et suractiver les fonctions sécrétoires de cette membrane dans les maladies par refroidissement. Les frictions avec cette essence sont surtout très efficaces chez le cheval. Gomme l'essence pure produit une douleur trop vive, on la mélange à l'alcool pour atténuer son action et pour provoquer simplement un effet diaphorétique ou sudorifique. On se sert souvent du mélange contenant l partie d'essence pour 15 parties d'alcool.
--^4° A titre de révulsif, Salenave recommande l'essence de térébenthine non rectifiée en injection hypodermique dans les alfections de poitrine chez le cheval. On fait trois ou quatre injections de i gramme chacune sous la poitrine. Les abcès qui se forment guérissent facilement sans laisser de traces {Recueil, 1892-1893). 5° En frictions pour obtenir la résolution et la fonte des tuméfactions anciennes, chroniques. On l'associe dans ce but au savon vert, à l'onguent mercuriel dans la proportion de 1 d'essence pour 5 de ces dernières substances.
6' Pour calmer la douleur dans le rhumatisme, les névralgies ou les boiteries indéterminées. Les injections hijpodermiques ont
a-76 TÉRÉBENTHINE (ESSENCE DE).
été quelquefois utilisées dans ce but; mais, comme elles sont très douloureuses et produisent le plus souvent des abcès, il vaut mieux avoir recours aux injections hypodermiques d'éther; cette dernière substance est très calmante, moins douloureuse, chez le cheval et n'occasionne jamais d'abcès.
7° Comme antiectozoaire^ l'essence de térébenthine est indiquée contre toutes les affections parasitaires de la peau des divers animaux. On l'unit généralement à d'autres substances antiparasitaires, telles que : le savon vert, l'huile de colza, le styrax. On fait trois ou quatre frictions par jour.
8° Comme antiseptique^ elle peut être utilisée pour modifier et désinfecter les vieilles plaies, les caries.
A l'intérieur, elle est indiquée :
1° Comme excitant local du tube d ig es t i f dsins les indig-eslions, la paralysie ou l'atonie des parois gastro-intestinales, l'arrêt des sécrétions dig-estives. Elle convient surtout chez les grands herbivores, le cheval et le bœuf. On a obtenu des succès nombreux contre les pelotes stercorales, les constipations opiniâtres, l'obstruction du feuillet, le météorisme chronique, les indigestions produites par le froid, etc. L'essence de térébenthine ne doit pas être administrée dans les cas de météorisation aig'uë, car elle communique son odeur à tous les tissus et rend la uiande inutilisable en cas de mort de l'animal.
2" Comme vermifuge, elle convient à la fois contre les nématoïdes et les cestoïdes. C'est un des vermifuges les plus lidèles. Elle produit aussi de bons effets contre les larves d'oestres du cheval et les douyesjdu foie de mouton. Pour obtenir des résultats certains, il convient de l'administrer à fortes doses, plusieurs fois renouvelées ; on peut aussi la donner en lavements huileux contenant 1 partie d'essence pour 5 ou 10 parties d'huile d'olive.
Dans la bronchite vermineuse du mouton et de la chèvre, elle donne de bons résultats en fumigations.
3° Comme contrepoison du phosphore, elle jouit d'une grande réputation. Dans ce cas, il faut toujours faire usage de l'essence vieille. Celle-ci, renfermant beaucoup d'ozone, forme avec le phosphore un composé insoluble et absolument inoMénsif.
Les effets g'énéraux qu'elle développe après son absorption sont utilisés dans un grand nombre de cas :
i° La dépression qu'elle produit sur la circulation, la respiration et la température, la rend précieuse dans toutes les maladies
fébriles caractérisées par une grande accélération du pouls et de la respiration et par une élévation de la température rectale. On peut d'ailleurs l'associer dans ces cas au camphre et à la vératrine, substances qui agissent aussi comme antifébriles.
2° L'action antifébrile ajoutée à laclion spéciale qu'elle exerce .sur r'appareil respiratoire pendant son élimination la font employer, avec un grand succès, contre les maladies chroniques du poumon ou des bronches. C'est certainement l'expectorant le plus énergique et le meilleur calmant de l'irritation bronchique. Elle Y^ rend de grands services clans toutes les maladies catarrhales, f ■ croupales, des diverses parties de l'appareil respiratoire. Quand irëxiste des cavernes pulmonaires ou de la g-ang-rène, c'est le remède le plus héroïque à cause de la propriété qu'elle a de former de l'ozone. Dans ce cas, on l'administre généralement sous forme d'inhalations. On verse l'essence sur une infusion bouillante dont on fait respirer les vapeurs au malade, ou bien dans l'appareil spécial servant aux fumigations. On peut aussi faire inhaler l'essence qui se dég-age d'une dissolution d'essence dans l'éther à 5 p. 100. Ces inhalations communiquent bientôt à l'urine le parfum de la violette; elles doivent avoir une durée de ving-t minutes environ chez le cheval dans la gourme (Schelameur).
3° h'action diurétique très marquée que détermine l'essence de térébenthine la fait employer contre les hydropisies diverses, les exsudations plastiques des séreuses. Elle favorise la résorption des liquides et hâte la désagrégation des exsudats, des fausses membranes. Elle est éliminée par les urines sous forme d'essence de violette. Celle-ci, en agissant sur la muqueuse vésico-urétrale, arrête les sécrétions muqueuses et tarit les écoulements mucopurulents. Elle convient donc pour combattre tous les catarrhes de la muqueuse urétrale ou vésicule, surtout les catarrhes chroniques. Elle ne peut pas être employée contre l'inflammation du rein, parce qu'en irritant le parenchyme de cet organe elle augmenterait la phlegmasie.
4° Veffet diaphoréticiue que produit l'essence de térébenthine pendant son élimination par la peau doit faire recommander son emploi dans toutes les maladies par refroidissement et dans tous les cas où la peau est sèche et froide (pneumonie, pleurésie, courbature accompagnée de fièvre, etc.).
."3° Veffet calmant et hypnotique que provoquent chez le cheval les inhalations d'essence de térébenthine peut être uti-
lise pour atténuer rirritabilité de certains chevaux, difficiles au ferrag'e, pour diminuer l'excitabilité nerveuse chez les chevaux de pur sang" et chez les sujets très nerveux auxquels on fait subir une opération g-rave nécessitant l'abatag-e.
Administration. — Parla bouche, on l'administre sous forme de bols, d'eVec^waî'res confectionnés avec du miel, du jaune d'œuf, du savon et des poudres adoucissantes. On la donne aussi en bî'euvages en la délayant convenablement dans une huile grasse, un liquide mucilagineuxou g-ommeux. Parles voies respiratoires, on la donne en fumig-ations en la versant dans une infusion bouillante ou en la mélangeant à l'éther. Les lavements à l'essence se donnent purs, ou mieux après l'avoir mélang-ée avec de l'huile douce. Ces lavements sont bien supportés, ils stimulent énerg-iquement la partie postérieure de l'intestin dans la constipation, l'atonie du rectum, etc. Généralement un lavement pour les grands animaux contient 20 g-rammes d'essence mélang-ée avec du mucilag"e de g-raine de lin. Pour les petits, un lavement en contient 1 à 2 g-rammes.
Pour les injections intratrachéales, M. Lévi conseille une dissolution de l'essence de térébenthine dans l'huile d'olive, à parties ég-ales. On injecte chaque fois 5, 10, 15 g-rammes de liquide, selon l'intensité de l'affection et les caractères dujetage.
A l'extérieur, on l'emploie en frictions, seule ou mélangée à l'essence de lavande, à la teinture de savon, à l'ammoniaque, à l'alcool camphré, à la teinture de cantharides, etc.
Doses.
Dose toxique.
Essence pure.
Cheval 1 litre .
Doses thérapeuliques .
Essence émulsionnée.
Cheval 5 à 10 graiiiines.
Bœuf 10 à £0 —
Mouton et chèvre 1 à o —
Porc 0s'-,30 à 3 —
Chien OsMO à 1 —
Chat Ogr,o.j à 0g'-,30 .
Ces doses sont faibles; elles conviennent lorsqu'on veut prolonger l'administration. Quand on veut ag-ir énergiquement, on peut porter la dose chez le cheval jusqu'à 300 g-rammes ; chez le chien, jusqu'à 20 g-rammes.
ACIDE ACÉTIQUE. — VliVJAIGRE. 379
Lairande (Essence de). ''
Cette essence est liquide, jaunâtre, dune odeur aromatique forte, assez agréable, d'une saveur chaude et amère comme le camphre, qu'elle renferme toujours en quantité notable.
Effets et usages. — Sur la peau, l'essence de lavande a une action excitante assez marquée ; elle provoque cependant difficilement une inflammation locale ; elle ne fait pas tomber les poils et ne tare pas les animaux. A l'intérieur, elle excite la muqueuse digeslive et accélère la digestion comme la plante elle-même.
Elle convient, en frictions, pour résoudre les engorgements chroniques, les ecchymoses, etc. ; elle est antiparasitaire et est indiquée dans la gale; sur les plaies, elle est excitante et cicatrisante.
A l'intérieur, elle convient pour favoriser la digestion dans les embarras gastriques et les indigestions.
Administration et doses. — A l'intérieur, on la donne émulsionnée dans de la gomme ou du mucilage, à la dose de 30 à 60 grammes chez les gros animaux ; à celle de 8 à 12 grammes chez les petits ruminants et le porc, et à celle de 1 à 2 grammes chez le chien.
Acide acétique. — Vinaigre.
L'acide acétique se présente sous la forme concentrée (acide acétique cristallisable) ou sous la forme diluée (vinaigre).
L'acide acétique cristallisable C-H^O- ou CH^COOH est solide, en cristaux blancs au-dessous de 16°. A une température supérieure, il est liquide, incolore, d'une odeur sufiocante, d'une saveur brûlante. Densité 1,064. Il est soluble en toutes proportions dans l'eau, l'alcool, l'éther. Il ne précipite pas l'albumine, mais la gonfle et la rend gélatineuse; il précipite la mueine et empêche la précipitation de la fibrine.
Sous l'action du chlore et de la lumière solaire, lacide acétique donne naissance à trois composés chlorés : l'acide monochloracétique GH^CI, GOOH ; lacidebichloracétique GHCl-, GOOH et l'acide trichloracétique CCPCOOH.
L'acide acétique cristallisable n'est jamais employé à l'intérieur à l'état de concentration.