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C. — Aliments médicamenteux

Un certain nombre de médicaments peuvent être mélangés aux aliments. Pour les faire accepter plus sûrement, il y a toujours lieu de choisir les aliments les plus appétissants.

Pour les solipèdes, les g-rands et les petits ruminants, on emploie surtout l'avoine ou d'autres grains, le son. le pain, le lait, etc. L'acide arsénieux en poudre, les ferrugineux, le sulfate de soude, etc., sont généralement mélangés au son légèrement humecté. L'huile de croton est versée dans une incision faite à un morceau de pain. On trouve, dans le commerce, des pains médicamenteux divers, que les animaux prennent très facilement.

Pour les carnassiers, les omnivores et les oiseaux, les médicaments sont incorporés à la viande, à la pâtée, au lait, etc.

Ce mode d'administration est surtout avantageux quand on veut poursuivre pendant longtemps une médication, comme cela a lieu pour les médications toniques et reconstituantes et quand on traite des animaux qui vivent en troupeaux comme les moutons, les chèvres, les porcs, les jeunes bêtes bovines, les chiens en meutes et les oiseaux de basse-cour^^ etc.

D. — Électu.\ires.

Les électuaires sont administrés seulement aux grands animaux. Ils peuvent être donnés sur des tranches de pain ou être déposés sur la langue au moyen d'une spatule. Comme ces préparations sont à base de miel, de mélasse ou de glycose, les animaux les prennent en général facilement, surtout après quelques jours d'administration.

E. — Bols.

L'administration des bols est plus difficile. Il faut porter ces grosses pilules jusqu'à l'isthme du gosier, afin de provoquer par action réflexe une déglutition immédiate. Il ne faut pas que l'animal les mâche, car en général, à cause de leur saveur amère, les bols seraient rejetés au dehors.

Voici comment on opère ordinairement : avec la main gauche.

40 BOISSON MÉDICAMENTEUSE. TISANE.

on tire fortement la langue au dehors de la bouche vers la commissure correspondante; les maxillaires étant ainsi écartés, le bol, piqué à l'extrémité d'une bag-uette de bois pointue, est porté au contact du voile du palais, où il est déposé à l'aide d'un petit mouvement brusque ; aussitôt, la lang-ue étant abandonnée à elle-même, rentre dans la bouche et dans ce mouvement pousse le bol en arrière; la déglutition se produit aussitôt par action réflexe et emporte le bol vers l'estomac. En opéant ainsi, on n'a jamais à craindre d'accidents de morsure, puisque les mains de l'opérateur restent en dehors de la bouche de l'animal. Il n'en est pas de même si on porte le bol directement avec la main jusqu'au fond de la cavité buccale. Quelques vétérinaires emploient ce dernier moyen; mais il ne faut pas oublier qu'ils s'exposent à être mordus, si la langue vient à s'échapper de la main qui doit la maintenir pendant que le bras est eng-ag-é entre les mâchoires pour porter le bol au fond de la bouche.

On évite également tout accident avec les pUulaires. Le pilulaire le plus simple consiste en un cylindre creux, de bois léger, de 56 centimètres de longueur, de 5 centimètres de diamètre, et muni d'un piston comme une sering-ue pour pousser le bol, une fois que finslrument chnrgé est introduit au fond de la bouche.

Tous ces procédés peuvent être utilisés ; chaque vétérinaire donne la préférence à celui avec lequel il est le plus familiarisé. Généralement les moyens les plus simples et qui ne nécessitent aucune instrumentation spéciale sont préférés.

F. — Pilules, granules, capsules.

Ces formes médicamenteuses conviennent parfois chez les petits animaux. Pour les administrer, l'animal est maintenu assis entre les jambes d'un aide; celui-ci ouvre largement les mâchoires et maintient la tête de l'animal élevée; l'opérateur laisse tomber la préparation au fond de la bouche, et l'aide abandonne aussitôt la mâchoire inférieui'o; la déglutition qui survient aussitôt oinporto généralement la pilule, le granule, ou la capsule dans l'œsophage et l'estomac.

G. — Boisson médicamenteuse. Tisane.

Tout liquide médicamenteux pris naturellement par les ani-

maux est une boisson. En médecine humaine, c'est une tisane.

Ce mode d'administration serait le meilleur s'il pouvait être appliqué à tous les médicaments liquides. Malheureusement on ne peut ainsi faire accepter que ceux qui sont peu sapides et dépourvus d'odeur forte. On parvient cependant à habituer parfois les animaux à certaines boissons sapides ou odorantes en les leur offrant quand ils ont bien soif, d'abord très diluées et en petite quantité, puis en augmentant g-raduellement la dose et l'état de concentration.

En vétérinaire, on rencontre avec ce mode d'administration une autre difllculté sérieuse : les animaux, contrairement à l'homme, refusent de boire quand ils n'ont pas soif. Il en résulte que les prescriptions sont le plus souvent bien plus diftlciles à appliquer qu'en médecine humaine.

H. — Breuvages.

Les breuvages sont des préparations médicinales liquides que les animaux refusent de boire et qu'on ne parvient à leur administrer que par certains artifices spéciaux. On ne doit pas dépasser sensiblement les quantités suivantes en une administration : 1 litre pour les g-rands animaux, 2 à 5 décilitres pour les petits ruminants, 2 décilitres pour les carnivores.

EoiH' administrer un breuvag-e aux petits animaux, moutons, chèvres, chiens, etc., il suffit de les asseoir sur le train de derrière, de les maintenir avec les g'enoux, d'élever la tète dans sa partie antérieure et de verser le liquide doucement entre les dents et la joue, après avoir écarté légèrement la commissure des lèvres. Il est important de laisser libre la mâchoire inférieure et de ne contraindre les sujets que le moins possible.

Lorsque les animaux serrent fortement les mâchoires et que le liquide versé entre la joue et les molaires ne coule pas vers le fond de la bouche, il est bon d'introduire un petit morceau de bois entre les dents pour provoquer un très léger écartement des maxillaires et faciliter l'écoulement du liquide. Il faut toujours verser avec lenteur pour ne pas gêner la déglutition et éviter que le liquide ne fasse fausse route et provoque la toux et la suffocation.

Chez les solipèdes, l'administration des breuvages est toujours assez pénible. La tête étant haute, il est difficile, à cause de

rindocilité et de la force de ces animaux, de lui donner Tinclinaison convenable pour assurer l'écoulement du breuvage vers le fond de la bouche. Aussi a-t-on préconisé divers procédés d'administration.

1° Procédé de la bouteille. — Il consiste à verser le breuvage dans la bouche à l'aide d'une bouteille. On se sert d'une bouteille à verre épais, dont on enveloppe le goulot de linges ou d'étoupes et qu'on introduit ensuite entre les mâchoires dans la région des barres, la tète étant fortement relevée pour que le liquide, versé lentement, descende vers le voile du palais. Le moyen le plus simple et le plus efficace d'élever la tète est de passer une anse de corde autour de la mâchoire supérieure et d'y engager les branches d'une fourche de bois ; on maintient le bout de la tète en l'air, de manière à donner à la cavité buccale une inclinaison oblique, en arrière et en bas. Le breuvage étant versé dans ces conditions gagne lentement le fond de la bouche et est dégluti avec plus ou moins de facilité. La mâchoire inférieure doit toujours rester complètement libre.

Avec ce procédé d'administration, le breuvage fait fausse roule dans le tiers des cas chez les solipèdes et détermine divers accidents, tels que : la toux, la sufl'ocation, l'asphyxie et la pneumonie (Goubaux). Il y a donc lieu, dans la pratique, de prendre toutes les précautions voulues pour éviter ces accidents; il faut ne pas trop tendre l'encolure, ne pas trop lever la tète et enfin verser le liquide graduellement et à mesure qu'il est dégluti.

Le procédé de la bouteille, défectueux lorsqu'il s'agit des équidés, donne au contraire toute satisfaction chez les grands ruminants. 11 suffit de se i)lacor à droite du sujet, de saisir de la main gauche le mufle par les narines, de lui relever le bout de la tête, d'engager le goulot de la bouteille tenue delà main droite dans lacommissure des lèvres du côté correspondant et de verser rapidement le liquide à administrer ; celui-ci est facilement dégluti et généralement sans exciter la toux.

2" Procédé des bridons à breuvage. — Pour rendre l'administration du breuvage encore plus facile, on a proposé un grand nombre d'appareils construits sur le modèle de la bride et auxquels on donne le nom de bridons à breuvage. ,yvv>5 Wa.L'-

Le bridon à breuvage le plus simple consiste en un mors creux percé dans son milieu et en arrière d'une ouverture pour permettre au hquide d'arriver dans la bouche; une des extrémités

est munie d'un embout qui peut se tixer par Tintermédiaire d'un

tube de caoutchouc à la douille d'un entonnoir, à une seringue ou

à un bock à injection. I.«a tête munie du mors étant élevée et les

^^'mâclioires étant maintenues rapprochées par un lien solide passé

fr^ autour des maxillaires, le liquide passe dans le mors sous pression et s'échappe dans la bouche par l'ouverture du milieu.

On a apporté un jjerfeclioiinement à cet apf)aieil en fixant perpendiculairement au milieu du mois un tube dont l'extrémité arrive au fond de la bouche (fig-. 1). Dans ces conditions, le liquide, au lieu de pénétrer dans la partie antérieure de la cavité buccale, est porté directement vers le voile du palais, où il provoque aussitôt le réflexe de la déglutition.

Quand on sait bien manier ces appareils, ils permettent d'administrer les breuvages sans

jKfy^odang;er, sans provoquer de ^-"p^-y- "— ^;^:::;^^^^s>^

toux et sans perdre du W[ ^^ |

liquide. 1^^^^^^^ e;rA'::-V^^^*s^^___^^^^

3^ Procédé de la serin- ^:^es«sS-^-^^^^^^^^'"^'''^

gue. — Ce procédé, préco- W'"'*'^ "^ "

nisé par Boulev jeune, *^

consiste à injeclerle liquide ^ '- ^' - "^^^'^ '''^"^•

dans la bouche avec une

sei'ing-ue ordinaire, en ayant le soin de maintenir les deux

lèvres rapprochées l'une de l'autre sur toute leur étendue. Ce

mode d'administration, qui semble être le meilleur, a été employé

par beaucoup de vétérinaires avec diverses modifications de

détail, et il a été expérimenté et reconnu excellent par le professeur

Goubaux, qui a fait une bonne étude de l'administration des

breuvag-es (Voir Recueil, 1861).

Voici le manuel opératoire qui me semble donner les meilleurs résultats : on maintient d'abord les deux mâchoires rapprochées en passant la longe sur le chanfrein et en la ramenant en dessous de Taug-e, où l'on fait un nœud. Au lieu de la longe, on peut aussi lier les deux mâchoires avec un ruban de fil ou une courroie de cuir. Trois aides sont ensuite nécessaires pour clore l'ouverture de la bouche et fermer les lèvres. L'un ferme les lèvres en avant, les deux autres de chaque côté, jusqu'aux commissures. L'opérateur introduit l'extrémité de la canule de la seringue dans la bouche vers l'une des commissures ou l'adapte au mors creux d'un bidon à breuvag-e et fait passer le breuvage vers la base de la langue en

poussant graduellement le piston. L'animal, ayant les mâchoires rapprochées et la tête dans sa position naturelle, avale aisément le liquide sans pe^'le et sans qu'il fasse fausse route.

Dans ce procédé, le point délicat consiste à maintenir les lèvres bien fermées, ce qui est d'ailleurs facile avec de bons aides bien dirigés.

On peut aussi avantageusement remplacer les aides à l'aide de l'obturateur buccal de E. Salesses (fig-, 2). Cet appareil ferme hermétiquement la bouche des équidés au moyen de trois pinces garnies de caoutchouc qui agissent à la façon des mains et sans léser ou conlusiomier la peau. H permet de faire pi^cndre avec la plus grande facilité et sans en perdi-e une goutte les liquides nutritifs ou médicamenteux.

4" Procédé de la sonde. — On emploie une sonde flexible en gomme de 1"',75 de longueur, de 1 centimètre de diamètre extérieur environ, arrondie et percée à l'extrémité qui doit pénétrer dans l'œsophage de trous à travers lesquels le liquide doitpasser.

Aprèsavoirmisunpas-d'àne solide etbien garni pour éviter les plaies contuses des barres, on fait déglutir au patient la sonde préalablement huilée, en suivant la voûte palatine dans son milieu et en la dirigeant vers l'isthme du gosier. Au moment où elle vient à toucher le voile du palais, il se produit un réflexe qui fait que le sujet avale la sonde. On n'a plus qu'à la pousser doucement pour en introduire la longueur qu'on veut, puis on place à l'extrémité restée libre un entonnoir dans lequel on verse le breuvage, qui passe ainsi intégralement dans l'estomac. A la place de l'entonnoir, on peut employer aussi une seringue et pousser le liquide. La langue doit rester entièiement libre pendant l'introduction de la sonde; en effet, sa traction en dehors de

Fie. '2. — Obturateur buccal de Salesses.

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