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INOCULATIONS VIRULENTES OU VACCINATIONS

Jenner, en 1776. Cet illustre médecin anglais a démontré que, si on inocule le virus vaccin (vaccine) pris sur la vache à l'homme, celui-ci, tout en ne contractant qu'une maladie bénigne avec fièvre insignifiante, est cependant préservé ultérieurement des atteintes de la variole. Il est inutile d'insister sur les services immenses que rend journellement la vaccination dans la prophylaxie contre la variole.

La grande découverte de Jenner a montré qu'une maladie virulente bénig-ne (vaccine) est capable de préserver l'organisme d'une maladie virulente très grave (variole).

Nous n'avions pas d'autre exemple de virus inofîensif, préservant de maladies graves, lorsqu'une nouvelle découverte due au génie de Pasteur vint compléter celle de Jenner.

Pasteura démontré la nature microbienne des maladies virulentes et trouvé le moyen d'atténuer la virulence des microbes pathogènes, tout en leur conservant la précieuse propriété de conférer l'immunité aux animaux. Aujourd'hui, nous sommes en mesure de transformer les virus les plus redoutâtes en virus bénins, absolument inofîensifs, et dont l'inoculation rend l'homme et les animaux réfractaires aux maladies infectieuses et virulentes ordinairement graves. Ces virus bénins immunisants constituent des vacciîis.

1j' atténuation desi'irus peut être obtenue à l'aide de procédés variables. Le plus souvent, on fait agir sur la matière virulente naturelle ou sur les cultures des microbes pathogènes la chaleur, V oxygène ou les antiseptiques; d'autres fois, on obtient l'atténuation en cultivant le virus sur des organismes vivants, qui constituent un terrain peu favorable à son évolution normale ; ainsi le vaccin contre la rage s'obtient par l'inoculation du virus rabique du chien à une série de lapins. En passant par le lapin, le virus rabique s'atTaiblit et constitue après quelques passages un vaccin contre la redoutable maladie.

La préparation des virus atténués, des vaccins et des sérums se fait aujourd'hui industriellement dans des laboratoires spéciaux. Les produits immunisants sont livrés dans des flacons, des tubes ou des vases stérilisés. Une note spéciale délivrée par le laboratoire producteur indique leur mode d'emploi ainsi que les doses pour les diverses espèces animales.

La vaccination est couramment utilisée pour conférer aux animaux l'immunité contre le charbon bactéridien, le charbon

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symptomatique, la clavelée, la péripneumonie contagieuse, la diphtérie des volailles, le roug-et du porc, la mammite g-angreneuse des brebis laitières, etc.

Parfois l'immunisation s'obtient plus sûrement par un mélang-e de vaccin et de sérum : cette dernière méthode constitue la sérovaccination.

2° Immunisation par les sécrétions microbiennes.

Lorsqu'on sépare par filtration ou autrement le microbe pathog-ène de son liquide de culture, on constate que l'injection de ce liquide eniièrement dépourvu de g-ermes peut conférer l'immunité. Le microbe n'est donc pas indispensable; ses produits de sécrétion suffisent pour provoquer dans l'organisme animal la réaction nécessaire à la création de l'immunité.

Ce procédé est usité dans les laboratoires spéciaux, surtout pour immuniser les animaux producteurs de sérums thérapeutiques, contre le tétanos, la diphtérie, le rouget du porc, etc.

Les produits solubles fournis par les microbes peuvent être utilisés par le praticien comme moyen de diagnostic de certaines affections.

Ainsi la ^<^6e?T«//ne,substance extraite des cultures du bacille de Koch, injectée à un animal atteint de tuberculose, même à un très faible degTé,produit une /i///>er^/«erw/e caractéristique, tandis qu'elle ne modifie pas notablement la température chez les animaux non atteints de tuberculose.

La malléine^ substance spécifique extraite du bacille morveux, provoque sur le cheval morveux qui la reçoit en injection souscutanée de Vhyperthermie, des phénomènes généraux rappelant l'état typhoïde et une tuméfaction locale au point d'inoculation. Sur l'animal normal ou atteint d'une atfection autre que la morve, la malléine ne produit pas ces phénomènes réactionnels.

3° Immunisation par les sérums. — Sérothérapie.

Cette méthode consiste à injecter à l'animal qu'on veutrendieréfractaire aune maladie virulente, ou guérir de cette même maladie, le sérum sanguin provenant d'un animal qui jouit de l'immunité naturelle ou artificielle contre celte affection. Les faits qui ont servi de base à la sérothérapie datent de 1888 et sont dus à Richet

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et Hôricourt, qui ont annoncé qu'on peut rendre le lapin réfractaire à Faction du Slaphylococcus pyosepticus par transfusion du sang- de chien, espèce animale naturellement insensible à l'action de cet ag'ent pathog'ène. Peu après (1890), les mêmes auteurs ont reconnu que le sang- d'un chien tuberculeux a, contre la tuberculose, un pouvoir thérapeutique supérieur à celui d'un chien normal. On a appliqué ces faits dans la pratique et créé ainsi Vhématotliérapie. Mais Bouchard et Charrin (1890), ayant reconnu que le sérum sanguin avait les mêmes propriétés que le sang- total, on a substitué la sérumthéraine ou sérothérapie à l'hématothérapie.

Cette méthode nouvelle s'est imposée à la suite des travaux de Behring- et Kitasato (1890), de Roux (1894). Dès 1890, les deux premiers auteurs ont montré que le sérum des animaux immunisés artiticiellement contre le tétanos ou ladip/itérie rend réfractaires à ces affections les animaux qui le reçoivent en injection, que ce sérum peut neutraliser in vitro la toxine tétanique ou diphtérique, qu'il contient une substance qui agit comme contrepoison, substance appelée par eux antitoxine.

Ces faits ont été confirmés à l'Institut Pasteur, et, en 1894. Roux a communiqué au Cong-rès de Budapest le résultat de ses propres recherches et montré les merveilleux résultats pratiques qu'on peut tirer de l'emploi du sérum contre la diphtérie. A la suite de cette communication, la sérothérapie a pris une extension considérable.

On sait aujourd'hui que la sérumthérapie peut être appliquée avantageusement non seulement contre les toxines microbiennes, mais aussi contre les venins des serpents (Galmette, Phisalix et Bertrand), contre certaines toxalbumines végétales, telles que l'abrine et la ricine (Ehrlich). Quelques faits autorisent même à espérer de bons résultats par l'emploi de la sérumthérapie contre les empoisonnements en g-énéral.

On prépare aujourd'hui sur le cheval un sérum antidiphtérique, d'une puissance antiloxique énorme puisqu'il peut devenir capable d'immuniser jusqu'à 50 000 fois son poids de cobaye contre une injection de culture virulente du bacille diphtérique. Il est inutile ici de décrire les modes de préparationet d'utilisation des sérums patholog-iques. Les laboratoires spéciaux qui se sont créés pour la production de ces sérums donnent le mode d'emploi et les doses à la livraison.

Cette nouvelle méthode, pleine d'avenir, est surtout reconnue

efficace pratiquement contre la diphtérie, le tétanos, la clavelée, le roug-et du porc, la peste, le choléra, la méningite cérébrospinale et certaines atFections streptococciques. Le jour n'est peut-être pas éloigné où la sérothérapie s'appliquera utilement à une foule d'autres afl'ections d'origine microbienne ou toxique.

Défense de l'organisme contre les infections microbiennes.

En g-énéral, les microbes ne constituent pas simplement des parasites vivant de la substance de leur hôte ; ils ag-issent aussi et surtout parles toxines, c'est-à-dire par les poisons solubles qu'ils sécrètent.

L'organisme animal menacé àliifection doit donc se défendre à la fois contre les microbes et contre leurs toxines.

Il se défend contre les microbes par la phagocytose et le pouvoir microbicide de ses humeurs : il réagit contre l'intoxication en produisant des substances antitoxiques.

i° Phagocytose. — Elle consiste dans le fait que certaines cellules de l'org-anisme englobent et dissolvent en les digérant les particules étrangères et notamment les microbes. Les cellules douées de la propriété d'incorporer et de dig'érer les microbes sont appelées phag-ocytes. Ce sont surtout, d'après MetchnikofF, les leucocytes, les cellules fixes du tissu conjonctif, les cellules de l'épithélium pulmonaire.

Les /e<^cory^e5,g-lobules blancs du sang ou cellules migratrices, possèdent des mouvements amiboïdes qui leur permettent de traverser la paroi des vaisseaux et de se déplacer. La sortie des globules hors des vaisseaux constitue \a.diapédèse. On distingue plusieurs variétés de leucocytes : les polynucléaires et les mononucléaires. Les premiers sont les uns neutrophiles et les autres, en beaucoup plus petit nombre, éosinophiles ou acidophiles. Les mononucléaires sont désig'nés,suivantleur taille, en grands, moyens et petits ; ces derniers sont encore appelés lyjnphocytes. Les mononucléaires se forment dans la rate et les g-ang-lions lymphatiques ; les polynucléaires se développent dans la moelle des os. Le nombre des diverses variétés de leucocytes du sang- peut varier beaucoup. Les chiffres qui expriment le nombre de chaque variété dans 1 millimètre cube de sang- constituent ce qu'on appelle la formule hémoleucocylaire ou simplement la iormnXe leucocytaire.

Les leucocytes sont très sensibles. Ils sont surtout excités par le

contact de particules étrang-ères et par les ag-ents chimiques. En présence d'une granulation solide quelconque, les leucocytes étalent leur protoplasma à sa surface et l'englobent. G'estainsi qu'ils englobent les microbes qui arrivent à leur contact. Ils sont encore plus sensibles aux agents chimiques ; c'est la chimiotaxie.

Certaines substances chimiques attirent les leucocytes : chimiotaxie positive, d'autres les repoussent, chimiotaxie négative.

La phagocytose s'exerce à l'état physiologique vis-à-vis de cellules usées qui se comportent comme de véritables corps étrangers ; elle s'exalte dans l'état pathologique et s'exerce contre les microbes qui tendent à envahir l'organisme. Contre les corps étrangers, ce sont surtout les ^ros mononucléaires ou macrophages qui interviennent ; contre les microbes, ce sont s\xrlo\xi\es}ioly nucléaires ou microphages qui agissent (Metchnikoff).

D'après Metchnikoff, la diapédèse de globules blancs, leur migration dans les cavités et les tissus à travers la paroi vasculaire, est un des principaux moyens de défense de l'organisme. Aussitôt que les agents infectieux ont pénétré dans l'organisme, toute une armée de globules blancs se dirigent vers l'endroit menacé et engagent la lutte avec les microbes. Ce sont d'abord les microphages qui passent à travers la paroi des vaisseaux. Les macrophages suivent les microphages et se mêlent en quantité plus ou moins grande aux exsudats. Les leucocytes polynucléaires forment l'avant-garde ; les mononucléaires, l'arrière-garde de la défense organique.

Arrivés à l'endroit où se trouvent les microbes envahisseurs, les leucocytes les saisissent à la façon des amibes et les soumettent dans leur intérieur à la digestion intracellulaire. Celle-ci se fait à l'aide des /ermen^s digestifs contenus dans le protoplasma des leucocytes. Ces ferments digestifs, cytases, alexines ou compléments, sont des ferments solubles voisins de la trypsine qui se détruisent facilement par un chauffage à 55° à 56°. On admet l'existence de deux cytases principales : la macrocytase, qui digère surtout les éléments d'origine animale, et la microcytase, qui digère plus facilement les microbes.

Les cytases ne sortent pas des phagocytes tant que ceux-ci restent intacts. Mais, aussitôt que les phagocytes sont lésés, elles s'échappent de leur protoplasma, diffusent dans le sérum et lui communiquent des propriétés hémolytiques et bactéricides.

2° Pouvoir microbicide du sérum. — Nous venons de voir que

les phag-ocytes ne laissent échapper leur cytase que sous l'influence de causes qui tendent à les altérer.

Or, dans la lutte qui s'engage entre les microbes et les phagocytes, un certain nombre de ces derniers étant lésés, de la cytase est déversée dans le sang*. A partir de ce moment, les microbes sont soumis à deux causes de destruction : d'une part, à l'action phagocytaire des leucocytes intacts et, d'autre part, à l'action dig'érante exercée sur eux par la cytase libre contenue dans la sérosité qui les baigne.

L'action phag-ocytaire et le pouvoir microbicide des humeurs sont encore augmentés dans le cas d'immunité acquise par la production de substances appelées fixateurs ou substances sensibilisatî'ices.Cess\ihsta.nces, comme les cytases, sont d'origine leucocytaire; elles sont élaborées par les phag-ocytes, qui réagissent contre les microbes.

Les fixateurs sont des ferments solubles qui ne sont détruits qu'à la température de 65o et qui favorisent d'une façon remarquable l'action bactéricide des cytases. Par eux-mêmes les fixateurs ne sont pas bactéricides : ainsi des bactéries qui en sont imprégnées peuvent continuer à vivre et à se multiplier; mais ils exercent sur elles une sorte de mordançage qui les sensibilise à l'action digérante des cytases (Bordet). La plupart des fixateurs ne sont capables de se fixer que sur une seule espèce de bactérie ou une seule catégorie de cellules animales, tandis que les mêmes cyç>^ tases peuvent attaquer toutes sortes de microbes et toutes sortes de ç cellules animales. Les fixateurs, contrairement auxcytases, passent acilement dans les liquides qui baignent les cellules protectrices ; aussi les trouve-t-on souvent dans le plasma du sang, dans les liquides des exsudais et des transsudats. Ils sont engendrés dans les organes hématopoiétiques, kl rate, les ganglions lymphatiques et la moelle des os. On leur attribue un grand rôle dans la production de l'immunité acquise et, en général, dans la défense de l'organisme contre les infections microbiennes.

3° Pouvoir antitoxique du sérum. — Le sérum normal et celui des animaux naturellement réfractaires ne détruit pas les toxines microbiennes et les venins ; il n'est pas antitoxique ou ne l'est qu'à un degré insignifiant. Mais le sérum des animaux immunisés est fortement antitoxique. Behring- et Kitasato ont montré les premiers (1890) que le sérum des animaux vaccinés contre le tétanos et la diphtérie détruit les toxines tétaniques ou

diphtériques in vitro et dans le corps de l'animal. Mélangées au sérum d'animaux immunisés, ces toxines peuvent être injectées impunément aux animaux. Elles ne produisent pas plus leurs eflets funestes, si on injecte séparément et à des moments rapprochés les toxines et le sérum. C'est cette propriété neutralisante antitoxique du sérum qui est utilisée surtout dans la sérothérapie de la diphtérie. Le sérum antidiphtérique a assez de puissance antitoxique pour neutraliser le poison diphtérique dans l'organisme déjà atteint du croup.

A quoi est dû le pouvoir antitoxique du sérum ?

Les antitoxines sont peu connues. On croit qu'il s'agit de substances de nature albuminoïde sécrétées par les leucocytes et même les cellules org-aniques en g-énéral, sous Tinlluence de l'excitation particulière exercée sur eux par les toxines. Peut-être certains organes jouent-ils un rôle prépondérant dans la production de l'antitoxine : la rate, d'après Tizzonni et Gantini, les capsules surrénales, d'après Abelous et Lang-lois ? On voit, en effet, le pouvoir antitoxique du sérum aug-menter à mesure qu'on renforce l'immunité par des injections répétées de toxines à dose croissante.

Les substances antitoxiques sont différentes des substances bactéricides, car elles résistent à un chaulfag-e à 6.5° pendant ving-t-cinq minutes. Le sérum conserve son pouvoir antitoxique même en présence des antiseptiques. Ces agents ne détruisent l'antitoxine qu'à forte dose. Gomment l'antitoxine empêche-t-elle les effets de la toxine? Le fait que les toxines ne produisent plus leurs effets quand on les mélange préalablement au sérum antitoxique semble indiquer une véritable action chimique neutralisante. Gependant il ne paraît pas que l'antitoxine détruise réellement la toxine, elle ne fait qu'empêcher son action. Si on mélang-e du venin de serpent à des sérums antivenimeux et qu'on chauffe ensuite ce mélang-e à 70°, on constate que le pouvoir antivenimeux disparait, tandis que la toxicité [3ersiste (Galmette, Phisalix et Bertrand). Il n'y a donc pas destruction des toxines du venin par le fait du mélang-e ; les deux substances antitoxines et toxines en présence conservent leurs qualités respectives. Roux a montré aussi qu'un mélang-e de toxine et de sérum inoffensif, pour un sujet sain, est capable d'empoisonner un sujet rendu malade par une injection préalable de vibrion septique. Arloing-, dans son étude sur le mécanisme de l'action anti-

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toxique, conclut également à l'absence d'une neutralisation purement chimique.

On admet que Tantitoxine n'altère pas chimiquement la toxine; que les deux substances en présence conservent leurs caractères propres et agissent simultanément sur les tissus organiques, mais dans un sens antagoniste. L'antitoxine rend simplement les cellules org-aniques et principalement les cellules nerveuses impropres à être impressionnées par la toxine. Il s'agit là d'un antidotisme biologique et non chimique. L'antitoxine augmente la force de la résistance de la cellule organique à l'égard du poison et renforce ses moyens de défense naturels. Lorsque ces moyens de défense sont trop fortement déprimés, l'antitoxine est impuissante à arrêter les effets des toxines. C'est ce qui a lieu quand l'injection de sérum antidiphtérique est faite trop tardivement.

En résumé^ la phagocytose, le pouvoir microbicide et antitoxique du sérum constituent des moyens de défense normaux de l'organisme. Ils sont mis en œuvre lors d'une invasion microbienne ou d'une intoxication.

Dans la lutte contre les virus et les toxines, les phagocytes montrent plus de voracité et de puissance digestive et sécrètent en même temps une plus forte proportion de substances bactéricides et antitoxiques. On peut admettre que ces propriétés ainsi accrues peuvent se conserver pendant un temps plus ou moins long- dans les cellules organiques et même se transmettre par hérédité. L'immunité naturelle, ainsi que l'immunité acquise, ne seraient qu'une adaptation prolongée de l'organisme à l'état biologique dans lequel il est mis par l'exercice de la lutte contre l'infection et l'intoxication.

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