‹ Traité de thermométrie médicaleChapitre 251 sur 312 · Broca. Gazette des Hôpitaux, 1861, p. 27i · texte numérisé non relu

Broca. Gazette des Hôpitaux, 1861, p. 27i

3. Brown-Séquard. Des congestions consécutives aux ligatures d'artères. Archives de Physiologie, 1870, p. 518-19.

4. BowMAN. King's Collège llospilal. Pulsating Tumour oforbit. Ligature of Common Carotid. Recovcry. Médical Times and Gazette. Aug. 4,

LIGATURE DES ARTERES 635

De ces recherches, nous pouvons conclure :

Iramédiatemeut après la ligature d'une artère principale, la température de la partie alimentée par cette ârtere s abaisse, ce qui tient évidemment à ce que le sang n'arrive plus qu'en petite quantité dans les tissus. Il est à remarquer que si le sang fourni par les collatérales est insuffisant pour nourrir la partie, l'abaissement de lem'pérature devient de plus en plus prononcé, et la gangrène se manifeste. Il y a là une source d'indications précieuses fournies par le thermomètre. On peut suivre en effet, à l'aide des indications de cet instrument, la marche du rétablissement de la circulation dans un membre dont Fartère a été liée, et prévoiries accidents de gangrène qui peuvent survenir.

Après la première période d'abaissement thermique, dont la durée est variable, on observe une deuxième période d'élévation qui dure deux à trois jours, et la température redevient normale.

Cette élévation thermique, consécutive aux ligatures d'artères, tient au rétablissement de la circulation par les collatérales à l'activité locale et momentanée de la circulation, et peut-être à la lésion de quelques filets vaso-moteurs au niveau du point où l'artère a été liée.

Ligature des veines. — Les expériences déjà anciennes de Demarquay nous donnent des renseignements sur les modifications thermiques qui surviennent dans les membres à la suite de la ligature des veines.

D'après cet auteur, immédiatement après la ligature des veines, la température s'abaisse dans le membre correspondant. Cet abaissement est bien moins notable que celui observé après la ligature des artères.

L'expérience suivante indique les modifications thermiques observées à la suite de la ligature des veines.

EXPÉRIENCE

Laboratoire de physiologie générale.

Lirjalure de la veine fémorale gauche. - Bccherchc de la température du membre correspondant avec l'appareil thermo-électrique.

Chien vigoureux.

Immédiatement après la ligature de la veine fémorale, le membre inférieur est plus chaud que celui du côté opposé de 5 à 6 dixièmes. — 11 se refroidit ensuite, au bout de quatre minutes, et, comparé au membre droit, il présente une différence de tem^ pérature de 8 dixièmes à un degré après 15 minutes. Le lendemain et les jours suivants, avec l'œdème du membre et la gêne circulatoire, le côté gauche a une température plus élevée de 4 à 5 dixièmes que le côté droit.

Dans plusieurs expériences, nous avons observé les mêmes résultats :

Légère élévation de la température du membre immédiatement après la ligature, bientôt suivie d'un abaissement notable.

Les jours suivants, la température dumembrs dont la veine principale est liée s'élève.

Tempéralure desparties enflammées dans des membres dont les artères et les veines sont liées. — Demarquay ^ a démontré, par de très intéressantes expériences, que l'inflammation produite dans un membre dont l'artère a été liée, ne donne point dans les premiers jours la même température que celle que l'on constate du côté opposé affecté de la même lésion inflammatoire, mais qu'à mesure que la circulation collatérale se développe et que l'inflammation suit son cours, Tequilibre de température se produit d'abord et peut être suivi d'une augmentation du côte où l'artère a été liée.

Dans une autre expérience, après avoir produit une inflammation sur les deux cuisses d'un chien, au moyen d'un seton, Demarquay lie d'un côté la veine, de l'autre l'artère.' D'après cet auteur, la ligature de l'artère et de la veine principale d'un membre, bien qu'abaissant^, au moment même de l'expérience, la température dans la partie, n'empêche pas que cette température ne croisse avec l'intensité de l'inflammation et le rétablissement de la circulation, et cette diminution plus grande apportée dans la cuisse où l'airtère a été liée arrive, au bout de peu de jours, à être sensiblement la même que celle de la partie où la veine a été liée, laquelle

1. DuMABQUAY. Reckerckcs expcrimcntaks sur la chaleur animale. Thèse de Paris, 18i7.

COMPRESSION DES VAISSEAUX Oài

amène une modification moins grande dans la température que la ligature de l'artère.

De même, d'après le même auteur, la ligature de Fartere seule et de la veine seule n'abaisse pas la température du membre enflammé, et même après la ligature, on peut observer une légère élévation.

Après une période d'abaisscmenl- de la température, il se j)roduU une période d'élévation.

Compression des vaisseaux. — On observe dans les cas de corapi-ession des vaisseaux, les mêmes phénomènes thermiques qu'à la suite des ligatures des gros vaisseaux.

L'expérience suivante nous démontre l'influence de la compression artérielle sur la température des membres.

EXPÉRIENCE

Laboratoire de physiologie générale au Muséum d^histoire

naturelle.

Compression de l'artère fémorale gauche à sa partie supérieure. — Température du membre correspondant — Appareil thermo-électrique.

Chien vigoureux, de taille moyenne.

Avant l'expérience, le galvanomètre marque 25°.

Une aiguille thermo-électrique plonge dans un milieu à température constante à 38".

L'autre aiguille, placée dans les tissus du membre inférieur gauche, on obtient 34° du G.

Compression digitale de l'artère fémorale gauche pendant trois minutes, on observe 36° du G.

Au bout de 4 minutes . 36°5 du G.

— 5 — 37° du G.

— 8 — 38° du G.

Lorsque l'aiguille placée sur le membre est refroidie, elle marche vers 30°, 37°, 40°, etc.

La compression a cessé, l'aiguille du galvanomètre, au bout de 4 minutes, revi eut à 34°.

Au bout de 15 minutes, l'aiguille du galvanomètre marque 30°. — de 25 - — 25°.

Elle revient ensuite vers 34°,

Il résulte de cette expérience :

Que pendant la compression de l'artère et quelques minutes

après, la température du membre correspondant s'abaisse (P à P5 en moyenne), elle s'élève ensuite, pendant quelques instants, et redevient normale.

Broca ' a rapporté une observation remarquable de compression de la fémorale par un anévrysme poplité dans laquelle on peut suivre les modifications successives de la température de la jambe, toutes les quatre minutes, pendant plus d une heure, à partir du début de la compression.

« En résumé, dit Broca, la température a baissé pendant 44 minutes, puis elle s'est maintenue au même niveau pendant 6 minutes, et elle a ensuite recommence à monter. Je ne prétends pas que ces chiffres soient applicables à l'étude des effets de la ligature, car la compression, quelque exacte qu'elle soit, n'intercepte pas complètement le cours du sang: en outre, il est bien difficile qu'elle n'atteigne pas un peu la veine en produisant une stase veineuse qui vient compliquer la question. »

Fischer ^ a remarqué que la compression des principaux vaisseaux d'un membre abaisse d'abord la température, qui s'élève les jours suivants, au moment du développement delà circulation collatérale.

Christiani et Kronecker ^ ont démontré, en se servant d'appareils thermo-électriques très sensibles, que la compression du membre supérieur obtenue à sa racine par la ligature avec une bande élastique, faisait diminuer rapidement la température.

D'après ces auteurs, la compression des artères et des veines produit le même résultat, mais beaucoup plus lentement.

Ce refroidissement notable, signalé par Christiani et Kronecker à la suite des ligatures élastiques des membres, ne s'observe que lorsque la compression est violente et lorsqu'elle dure un temps assez long.

1. Broca. Anévrysme poplUè. Gazette des Hôpitaux, 1861, p. 271.

2. Fischer. Ueber compression und Flexion zur Hcilung von Aneuvrysmen and zur stilung von hemorrhagicn Prager Vierteljahrschrift fur die praktisclw Ueilkunde. Bd. CII p. 30"i, 1869.

3. Christiani et Kronecker. Therinische untcrsuchungen. Archiv. f. Anat. und Phys., i818^ p. 334. Beziehungen zwischen Thermonietrie Und PlethysmomeLrie. Loco ciiatoi p. 336.

COMPRESSION DES VAISSEAT3X 639

Dans plusieurs expériences, nous avons recherché l'influence sur la température d'un membre de la compression de ce membre et de sa ligature à la partie supérieure au moyen de la bande d'Esmach.

Nous ne citerons que le résumé d'une de nos expériences :

EXPÉRIENCE. — Application de la bande d'Esmach sur le membre inférieur gauche chez un sujet sain. — Observation de la température de ce membre an moyen de l'appareil thermo-électrique.

1° Ligature du membre à sa partie supérieure au moyen de la bande d'Esmach.

Avant l'expérience, la température est égale des deux côtés. Au niveau de la jambe gauche :

3 minutes après l'application -f 3° du G à droite. Au bout de 5 minutes -{- 5° du G à droite,

La déviation de l'aiguille du galvanomètre à droite indique que le côté exploré est plus chaud que le côté correspondant. La ligature est enlevée.

Au bout de 8 minutes -|- 8° du G à droite. Au bout de 20 minutes 3° du G à droite.

La ligature d'un membre à sa racine au moyen d'un lien élastique élève la teupérature de ce membre. L'élévation de température se continue quelque temps après l'éloignement du lien constricteur.

2° Application de la bande d'Esmach suivant le procédé ordinaire, en ayant soin de refouler, au moyen de la bande élastique, le sang de l'extrémité du membre vers sa racine, puis ligature à sa racine.

Compression modérée, battements artériels difficilement perceptibles.

Avant l'expérience, égalité de température des deux côtés. Au niveau de la jambe gauche (côté de la ligature) :

5 minutes après l'application -f 4° du G. a droite. Au bout de 8 minutes + 8» du G.

Le lien constricteur est enlevé.

Au bout de 10 minutes -|- 12» du G à droite.

— 15 -- -j- 140 du G. '

— 20 — + 12» du G. —

— 30 — + 6» du G. —

L'aiguille revient à zéro au bout de une heure et demie.

Pendanl Vapplicalion de la bande d'Esmach modérément serrée, on constate une élévation de température dans le membre correspondant à la ligature.

L'élévation de température devient très notable après Véloignement du lien constricteur et se continue pendant une à deux heures.

Bans plusieurs expériences, nous avons noté les mêmes résultats. Nous avons presque toujours constaté ce fait inattendu à'une élévation de ïemjoémfîwe pendant l'application de la bande d'Esmach. Nous n'avons que très rarement observé un abaissement de température.

Vélévation de température après l'éloignement de la bande indique que le rétablissement de la circulation s'accompagne d'une dilatation des vaisseaux et d'une congestion intense, ce qui est, du reste, confirmé par les hémorrhagies consécutives en nappe, souvent rebelles, qui suivent les opérations sur .les membres qui ont été soumis à la bande d'Esmach.

Compression par distension sanguine. — Stupeur locale. — Dans les deux observations suivantes de compression des vaisseaux d'an membre par distension sanguine, on peut suivre la marche de la température locale. La compression des vaisseaux par un épanchement sanguin considérable a dû contribuer pour une large part aux abaissements de température observés.

Observation (Résumée). — Service de M. Verneuil. — Lésion traumatique grave du membre inférieur droit. — Stupeur locale. — Compression des vaisseaux par distension sanguine. — Débridemcnt. — Marche de la température locale.

Astruit, âgé de 35 ans, entré à l'hôpital de la Pitié, salle Mi chon, 23.

Le 28 octobre étant en état d'ivresse, il tombe sous la roue d'une voiture chargée qui passe obliquement sur la jambe droite à la partie moyenne.

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