LOIS SUR LES POISONS ET DÉFINITION DU « POISON
t toutes les substances qui, à raison de leur constitution physique ou chimique, œ peuvent entrer dans la composition de notre sang*, ne sauraient pénétrer dans notre organisme, où elles ne doivent pas rester, sans y causer des désordres passagers ou durables. »
. Au point de vue médico-légal, Tempoisonnement peut être défini : toute atteinte à la santé ou à la vie d'un individu par le mojen de substances qui, ingérées ou absorbées par quelque mojen que ce soit, peuvent amener plus ou moins rapidement la mort, soit par suite des désordres qu'elles produisent dans les voies digestives autrement que d'une façon mécanique, soit en vertu de leur action spéciale sur les éléments des tissus ou des humeurs de l'organisme consécutivement à leur absorption.
Tardieu a défini l'empoisonnement « un état morbide accidentel qui résulte de Faction spéciale qu'exercent sur l'économie certaines substances minérales ou or^niques délétères. »
Si la signification du mot prison est parfaitement saisie et presque toujours exactement appliquée par tout le monde, il est cependant impossible d'en donner une définition qui puisse convenir dans tous les cas. Pour Mahon, Fodéré, Gmelin, Orfila, le poison est constitué par c toute substance qui, prise intérieurement ou appliquée de quelque manière que ce soit sur un corps vivant, à petite dose, détruit la santé ou anéantit entièrement la vie »• Pour Devergie, c'est « toute substance qui prise à l'intérieur ou appliquée à l'extérieur du corps de l'homme, et à petite dose, est habituellement capable d'altérer la santé ou de détruire la vie, sans agir mécaniquement et sans se reproduire ». Pour Littré et Robin, poison est le nom générique de toutes les substances qui, introduites dans l'économie animale, soit par l'absorption cutanée, soit par la respiration, soit par les voies digestives, agissent d'une manière assez nuisible sur le tissu des organes pour compromettre la vie ou déterminer très promptement la mort. Vulpian appelle poisons les substances qui, introduites par absorption dans l'organisme, déterminent des altérations structurales ou des troubles fonctionnels plus ou moins graves, et peuvent même, lorsque leur action atteint un haut degré d'intensité, déterminer la mort ou tout au moins mettre la vie en danger.
Les poisons ne constituent pas en effet un ordre ou un groupe naturel doué de propriétés assez nettement définies pour pouvoir être isolés et caractérisés par quelques-unes de ces propriétés qui seraient applicables, sans restrictions, à chacun en particulier. La toxicité n'est pas une chose absolue, mais, au contraire, toute relative ; et toutes les substances, sans exceptions, qui peuvent mériter le nom de poison, sont capables de perdre, de conserver ou d'acquérir leurs propriétés vénéneuses, suivant certaines circonstances extrinsèques : nous ferons ressortir bientôt, à propos des conditions d'action des poisons rinfluence considérable exercée par plusieurs conditions extérieures telles que la dose, les milieux, le sujet, etc.
On faisait rentrer autrefois sous la dénomination de poisons les venins, les
Virus et les miasmes dont les effets sur l'économie se rapprochent souvent beaucoup de ceux produits par les poisons proprement dits : la définition de Deverg'ie est la première qui ait essajé de tenir compte de la nature inanimée du poison. Les acquisitions récentes et continuelles de la microbiolog-ie permettent déjà de définir nettement les virus et les miasmes etde les séparersans conteste des poisons et des venins ; le temps n'est sans doute plus bien éloigné où chacun d'eux sera nettement caractérisé par un org'anisme inférieur, spécifique de telle ou telle affection. Bien que possédant quelques-uns des caractères des virus, les venins se rapprochent plutôt des poisons et Ton peut, sans transition brusque et par l'intermédiaire des venins, passer du poison minéral ou org-anique aux virus et môme aux miasmes, ce qui démontre une fois de plus l'impossibilité de définir absolument le poison, qui devient alors plutôt une qualité de telle substance par rapport à telle autre. Comme le disait fort justement Tardieu, le médicament est toujours contenu dans le poison : aussi estil rationnel de dire, avec Claude Bernard, que toute substance introduite dans l'org'anisme et étrangère à la constitution chimique du sang est un médicament ou un poison. Il faut entendre ici par substances étrangères toutes celles qui ne sont pas dans un état chimique analogue à celui dans lequel elles se trouvent dans l'économie. Tout élément ou composé inutile à la nutrition, et impropre à devenir partie constituante de l'organisme, détermine nécessairement, quand il est introduit dans l'économie, une modification, inconnue dans son essence, des phénomènes physiques et chimiques dont l'organisme est le ' siège, et il doit agir fatalement comme médicament ou comme poison : ça n'est plus qu'une question de dose. Bien plus, des substances qui font normalement partie constituante de l'organisme peuvent, en s'y accumulant au delà d'une certaine quantité, ou bien lorsqu'elles s'y trouvent à un état différent de leur état physiologique et dans des conditions différentes, fonctionner comme poisons vis-à-vis de cet organisme.
La végétation elle-même peut être arrêtée ou suspendue par l'absorption de diverses substances ; et cet effet constitue un véritable empoisonnement. La plupart des matières minérales vénéneuses pour l'homme, à faible dose, sont pour les plantes des poisons agissant ici comme ils le font sur les éléments anatomiques des animaux. Bien au contraire, des substances extrêmement toxiques à petites doses pour l'homme et les animaux peuvent être absorbées parles végétaux sans déterminer chez eux d'accidents. Paul Bert a montré que des radis arrosés avec une solution de strychnine prospèrent parfaitement et renferment, après quelques jours, une proportion d'alcaloïde capable de déterminer des accidents toxiques et même la mort chez des lapins. D'autre part, des éléments ou des composés absolument inoffensifs pour un grand nombre d'organismes constituent pour d'autres le plus subtil des poisons ; il en est ainsi de l'argent pour VAspergillus niger. D'autres substances qui ne sont pas indispensables au développement de certains organismes fonctionnent vis-à-vis d'eux comme contre-poisons en détruisant des produits sécrétés par ces orga-