‹ Traité de toxicologieChapitre 105 sur 126 · MOLLUSQUES — MOULES · texte numérisé non relu

MOLLUSQUES — MOULES

douteux que, à plusieurs reprises, des empoisonnements ont été provoqués par un seul ou plusieurs exemplaires d'entre les moules retirées toutes d'une eau de bonne qualité, de sorte que parmi tous les convives il n'y eut d'empoisonné que celui qui avait mangé les exemplaires venimeux. Il est malaisé de comprendre pourquoi, sur toute une troupe de moules vivant dans des conditions extérieures identiques, il n'y en aurait qu*une ou deux qui se seraient incorporé le poison se trouvant dans leur habitat. On admettait autrefois que les moules tomberaient malades en avalant les pseudoembryons gélatiniformes et corrosifs des astéries, des méduses, etc., ou en se fixant à du bois en décomposition, ou par suite de la période de fécondation. Ne s'agirait-il pas plutôt d'une affection morbide de quelques souches des moules ? 11 a été impossible de le démontrer jusqu'à présent. On a rapporté à plusieurs reprises que des moules semblables avaient présenté une saveur acre et cuisante. Ce qui est le plus probable, c*est que le venin se forme par décomposition dans l'organisme des moules. Prenant en considération la variété des symptômes survenus dans ces empoisonnements, j'en conclus que Vaffection n^est pas causée toujours par une même substance toxique^ mais par des pro^ duits toxiques variant suivant les processus de décomposition qui se passent dans le corps de l'animal. C'est la mytilotoxine qui constituerait un de ces poisons. Traitées par des réactifs chimiques, les moules venimeuses, à côté d'autres bases, ont fourni cette base agissant à la manière du curare. Cet alcaloïde perd sa toxicité dès qu'il devient inodore. Je ne le considère pas ^ pour cette raison déjà, comme un poison spécifique jouant un râle dans V empoisonnement par les moules^ et il est peut-être un produit artificiel se formant dans le corps de la moule si facilement décomposablesous l'influence des réactifs chimiques énergiques. A ce que l'on prétend, c'est le foie qui contiendrait le poison.

Les symptômes d^empoiso?inementaigUy qui surviennent peu de temps après l'ingestion des moules ou seulement après trois ou quatre heures, peuvent affecter plusieurs modes de manifestation :

Wochenschr., i885; — Werlhof, Opéra med., 1776, III, p 769 ; — Behrem, ibid., II, p. 589; — Griffitus, Chem. News, 1898, p. 17; — Bardet, Soc. de Méd., sept. 1893i

l** Forme exanthèniateuse. Un urticaire accompagné de picotement ou de démangeaison se déclare, ou une éruption cutanée d'une autre espèce, souvent avec tuméfaction phlegmoneuse à la face et œdème aux extrémités.

2« Forme cholérique^ s'associant aussi à la forme exanthémateuse. Outre l'exanthème, surviennent : vomissements, diarrhée, coliques, frisson, engourdissement, angoisse précordiale, troubles visuels, mydriase, lipothymies, sueurs froides, décharges motrices exagérées et convulsions.

30 Forme paralytique. Elle s'associe d'ordinaire à une des deux formes précédentes et, contrairement à elles, ne se développe que lentement. Son pronostic est le plus grave. Elle se caractérise par: phénomènes d'anesthésie et de paralysie, paresthésies dans les membres, sensation de constriction au pharynx, troubles respiratoires, titubation, vertiges et engourdissement des mains. La mort sans convulsion peut survenir dans l'espace de deux à cinq heures, le malade ayant conservé la conscience. Les nourrissons tomberaient malades même si les nourrices mangent des moules saines. L'ingestion des moules vénéneuses amène aussi rapidement la mort des animaux. A l'autopsie des personnes empoisonnées, on a trouvé, entre autres : hypertrophie de la rate, rougeur et tuméfaction de la muqueuse intestinale, et infarctus hémorrhagiques dans le foie.

Pour rendre les moules non-vénéneii^eSy elles seront préalablement conservées, pendant un certain temps, dans l'eau pure salée. Le vinaigre ne leur enlève pas le poison, peut-être y réussirait-on en les traitant par des carbonates alcalins.

Traitement. — Evacuation énergique de l'estomac et de l'intestin (aussi à l'aide des entéroclysmes) et diurétiques ; éther, injections de caféine, camphre et, le cas échéant, strychnine en petite quantité.

OSTREA EDULIS (L.). — On a décrit anciennement et récemment (1) des empoisonnements et des cas de mort survenus après

(1) Brit, med. Journ., 1895, 20 avr.; — ibid., 1887, H, p, Ui; — Deutsche Vierteijahrsschr, /*. (iesundheitspfl.^ Bd XX, suppl., p. 72.

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