‹ Traité de toxicologieChapitre 116 sur 126 · POISONS DE LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

POISONS DE LA PUTRÉFACTION

Voilà déjà quelques milliers d'années que Ton est renseigné sur la toxicité de l'albumine putréfiée. J'ai attiré l'attention sur la communication d'Aristote sur le poison des flèches des Scythes préparé en laissant se putréfier des serpents et du sang ou du sérum de sang humain (1). Si des protéines ou d'autres corps semblables sont soumis à l'influence des causes désassimilatrices, les produits de décomposition, leur quantité et la rapidité de leur apparition varieront suivant la nature de la substance qui se désagrège et les conditions extérieures (degré d'humidité, accès de l'air, de la lumière, de la chaleur, nature de l'agent provoquant la décomposition, etc.). Ces produits peuvent encore conserver la composition des albuminoïdes ou se présenter sous forme de bases incontestables : ces dernières, appelées autrefois alcaloïdes de la putréfaction^ sont dénommées à présent alcaloides cadavériques^ ou, d'après Selmi, Ptomaïnes (icrwfxa : cadavre) et, autant qu'elles sont toxiques. Toxines (2). Elles se formeraient surtout en l'absence de Toxygène. Il va sans dire qu'elles peuvent aussi prendre naissance dans les cadavres, peut-être par synthèse. Les produits de la putréfaction sont devenus importants au point de vue toxicologique, relativement à l'examen médico-légal des cadavres des personnes soupçonnées d'être mortes empoisonnées : on en a isolé des substances, de préférence de

(1) L. Lewin, Die Pfeilgifte, Berlin, 1894, p. 85 el Bulletin de TAc. de médec. Séance du 8 janvier 1895.

(2) Kastner, Arch, /*. Naturlehre, Bd I, p. 488, Bd II, p. 499; — Bergmann und ScHMiEDEBRRG, Cetitralbl. /". med. Wissensch., 1868, p. 497; — Gautier, Traité de chimie app/., 1873,2; — NENGiu,/ottrn. f, pr, Chem., 1882, XIV, p. 47, et: Ueber d. Zersetzung d. Gélatine y Bern, 1876; — Selmi, Alcaloidi cadaverici, Bologna, 1881 ; — Maas, Fortschr, d. Med,, 1883, nM5; — Brieger, Ueber Ptomaïne, Berlin, 1885-1886; — Gau- TiBR, Sur les alcaloïdes dérivés^ etc., Paris, 1886; — Brouardel et Boutmy, Ann, d'hyg, pubL, 1881, juin; — Guaresghi et Mosso, Arch, ital. d. Biol., 1882, t. Il, p. 375 el t. III, p. 254; — Cervello, Arch. ital, de BioL, 1884, t. V, p. 199; — Oechsnbr de CoNNiNCK, C, R, de CAc. des Sciences, t. XC, p. 1339, t. CXII, p. 584, et t. CXVII, p. 1097; — HoFFA, Ber. derphys.^med. ^c».,Wûrzburg, 1889, p. 96; — Kratter, Viet*teljahrsschr. f, ger, <¥crf., 1890, Bd LUI, p. 227; — Hunter, Proc, Roy. Soc., 1891, V. XLIX, p. 376; — Pellacani, Thérap, mod., 1892, p. 242 et d'autres.

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nature basique, qui présentaient des ressemblances avec certaines substances vég-étales. La connaissance de ces faits importe surtout pour la chimie médico-légale, ces corps étant pris pour des bases végétales, il peut en résulter facilement des assassinats légaux.

Un grand nombre de ptomaïnes se rapprochent beaucoup des bases végétales par Leurs propriétés physiques (inactivité optique, etc.) et par leurs réactions chimiques générales (réagissent comme les alcaloïdes sur l'acide phosphomolybdique, iodure double de potassium et de bismuth, l'acide phosphotungstique, etc.). Dans le procès pour empoisonnement Brandes-Krebs une base obtenue du cadavre et présentée comme de la conicinej fut démontrée n'être autre chose qu'une ptomaïne.Dans trois procès criminels en Italie, des alcaloïdes retirés des cadavres et regardés par les premiers experts comme : delphinine, morphine et strychnine, ont été reconnus comme étant des ptomaïnes; et, en Portugal, des chimistes ont cru avoir démontré, dans le procès Urblno de Freffas, la présence d'alcaloïdes végétaux, tandis que, ainsi que d'autres et moi l'avons prouvé, il était impossible que ce fussent des alcaloïdes végétaux (1). On a extrait aussi expérimentalement des parties constituantes animales, des alcaloïdes possédant quelques propriétés communes aux alcaloïdes végétaux, par exemple avec : conicine^ nicotine, quinine (quinoïdine animale), vératrine^ digitaline^ picrotoœine. Il n'y a pas de signes distinctifs entre les alcaloïdes animaux et végétaux. N'ont aucune valeur à ce point de vue ni la toxicité, ni la nontoxicité, ni le ferricyanure de potassium, ni les mélanges de perchlorure de fer, d'acide chlorhydrique, d'acide chromique et de ferricyanure de potassium qui ne fourniraient de bleu de Berlin qu'avec les ptomaïnes.

Quelque grande qu'ait été la valeur scientifique des hases de la putréfaction obtenues expérimentalement jusqu' à présent y surtout quant à leur prooenance des protéines y elles n'ont présenté qu'un intérêt médiocre au point de vue pratique y par exemple pour

(1) Da Hogua, Oprobl, medico-legal, Coimbra, 1893.

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