‹ Traité de toxicologieChapitre 117 sur 126 · POISONS DE LA PUTREFACTION · texte numérisé non relu

POISONS DE LA PUTREFACTION

la médecine légale, pour les empoisonnements par des sul alimentaires, etc. Pour cela^ il nous faudrait connaître produits se formant par la destruction de V albumine : o chiffrent vraisemblablement par milliers. En effet, le: tions dans lesquelles se décomposent, par exemple, les c; sont si variées, que seules des recherches très étendues (( manquent encore complètement) avec des matières ausj sifiées que possible, nous auraient permis d'acquérir c points de vue pouvant faire autorité relativement aux ] qui s'y forment. L'âgée et les maladies antérieures de l'ii la manière dont s'accomplit la décomposition (putréfacti macausie), la conformation du sol (humidité, porosité), pérature et beaucoup d'autres causes modifieront d limites si étendues la rapidité de la désagrégation et les ] qui s'y forment, que les ptomaïnes trouvées dans un c ront différer de celles isolées dans un autre cas, — même tion faite des méth4>des chimiques de préparation qui, seules, exercent une grande influence sur la nature du que l'on obtient en fin de compte (1).

11 nous est donc impossible pour le moment de déclare substances se produisent dans la « putréfaction » en gér plupart des ptomaïnes obtenues jusqu'à présent ne con pas d'oxygène ; dans des cas isolés, on en a trouvé d'ox; Un grand nombre de ces substances ne se trouvant qi de traces dans l'albumine en putréfaction, les quantités maïnes obtenues ne sont que minimes si on les compan substances soumises à l'examen. Il est fort probable produits basiques de décomposition de l'albumine pro des Protamines dont on a réussi à isoler quelques repr^ comme la Salmine et la Sturine retirées des spermato? saumon et de l'esturgeon. On les prépare, entre autrei lisant les procédés Stas-Otto ou Dragendorf, ou en les tant par le sublimé, ou d'après le procédé de Kippenbb

(1) Cf. G. PoucHET, Ptomaïaes et leucomaïaes, Gazette hebdomadaire de de chirurgie, 2« série, t. XXIH, 1886, p. 70; — Matières extractives, p leucomaïnes, leur rôle en pathologie générale. Hevue de médecine, t. VU,

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Ne sont pas bien étudiées : SEPSiNE(dans la levure en putréfaction) ; bdse C*W^Az (provenant des octopodes en putréfaction et fournie par oxydation de l'acide nicotinique); saprineC*H**Az*, non toxique (dans les cadavres en putréfaction) ; mydaléine (putréfaction cadavérique) ; gadinine C^H*^AzO*, (dans les morues en putréfaction, produirait des paralysies) ; et beaucoup de bases innominèes (de la viande putréfiée) ag'issant à la manière de la muscarine ou du curare.

Appartiennent à la série pyridinique : la collidine, toxique, (putréfaction de la g'élatine) et la parvoline, toxique, (putréfaction de la chair de maquereau).

Parmi les composés de la série grasse^ rappelons les suivants :

MÉTHYLAMINE, ÉTHYLAMINE, PROPYLAMINE, (putréfaction des

cadavres); sont toxiques : la di- et la triméthylamine, la Di- et la TRIÉTHYLAMINE (putréfaction de la levure, de la gélatine, de ralbumine)j Téthylidène diamine [CH^CH (AzH*)*], la

TÉTRAMÉTHYLËNEDIAMINE (putrCSCinc) C*H**Az*, la PENTAMÉ-

THYLÈNEDIAMINE {cadavèrinc) [AzH*(CH^)'^AzH*]. Les trois dernières substances prennent naissance dans les cadavres en putréfaction. Appartiennent également à la série grasse les substances toxiques que voici : mydatoxine (C^H*^AzO'), névrine et muscarine CADAVÉRIQUE (toutes Ics trois obtenues des cadavres en putréfaction et agissant à la manière de la muscarine), les substances non toxiques : bétaïne et neuridine (C*H**Az*) et MÉTHYLGUANIDINE (CH^Az^CH^) dans la viande putréfiée, tandis que la guanidine peut être obtenue de Talbumine par oxydation. Produits de putréfaction appartenant à la série aromatiqice (1) :

TYROSINE, OXACIDES AROMATIQUES, PHÉNOL, CRÉSOL, ACIDE PHÏÊÎNYLACÉTIQUE, ACIDE PHÉNYLPROPIONIQUE, INDOL, SGATOL, ACIDE SCATOLGARBONIQUE.

Apparaissent en outre, pendant la décomposition de l'albumine : sels ammoniacaux des acides gras volatils, comme, par exemple, avec l'albumine vivante, acides butyrique, VAiâÉRiA- NiQUE. CAPRiQUE, et d'après Salkowski, acide lactique, tandis que l'albumine mortefournirait seulement acide succinique; de

(1) Salkowski, Zeitschr. /*. phys. Chemie, Bd XII, p. 215.

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plus : HYDROGÈNE SULFURÉ, MÉTHTLMERGAPTAN, SULFOGYA-

NURE DE POTASSIUM et beaucoup d'autres composés.

Ce sont les produits qui conservent encore le caractère des protéines qui présentent le plus d'intérêt et dont il s'ag^it principalement dans la pratique. Nos connaissances s'arrêtent là, puisque nous pouvons seulement parler de la toxicité de ces dérivés. Nous ne savons rien de leurs propriétés chimiques.

Dans la putréfaction artificielle des muscles, la plupart des ptomaïnes, et les plus toxiques, apparaissent dans les quarantehuit premières heures. On peut démontrer d'une manière péremptoire que quelques ptomaïnes se forment avant que se dégage l'odeur de pourriture. C'est ainsi que l'emploi thérapeutique des glandes thyroïdes prétendues fraîches a provoqué des phénomènes d'intoxication : nausées, vomissements, palpitations, vertiges, collapsus et beaucoup d'autres qu'il faut attribuer à la décomposition du remède (1). Des empoisonnements, même mortels, sont survenus chez des animaux à la suite de l'ingestion du malt de maïs qui, quoique d'une bonne apparence, contenait des ptomaïnes basiques par suite d'une fermentation énergique (2). La fibrine ayant été soumise à la putréfaction pendant sept mois et demi, n'a provoqué chez les animaux aucun phénomène toxique, et \^ poison des saucisses gâtées disparaît dès que survient la putréfaction proprement dite. L'innocuité relative des muscles putréfiés depuis longtemps est confirmée par ce fait que les Esquimaux mangent, sans inconvénient aucun, de la chair de morse exhalant une odeur infecte de pourriture.

[Le nom de Ptomaïnes (de Tcrwfia, cadavre) fut donné pour la première fois vers 1875 par Selmi (de Bolog-ne) à un mélangée de substances de nature alcaloïdique qu'il retirait au moyen du procédé de Stas de débris putréfiés de cadavres.

En 1870, au cours d'une expertise médico-lég^ale, en traitant par la méthode proposée par Sta.s et modifiée par Otto pour la recherche des alcaloïdes végétaux les viscères d'un individu que Ton soupçonnait avoir été empoisonné, Selmi obtint un produit alcaloïde qu'il ne put identifier avec aucune des bases végé-

(1) Lanz, Deutsche med, Wochenschr,, 1895, n® 37.

(2) Masson et Grégoire, Chemiker-Zeitung , 1895, no 71.

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(aies connues jusqu'alors. En 1871, une nouvelle expertise le conduisait à des résultats identiques. Il eut alors la pensée que ces produits pouvaient prendre naissance au cours des processus de putréfaction et il fit un assez grand nombre d'expériences dont les résultats, communiqués à TAcadémie des sciences de Bologne, le 25 janvier 1872, peuvent être résumés dans les trois conclusions suivantes : — 1° L'estomac des cadavres de personnes ayant succombé à une mort naturelle contient des substances composées qui se comportent comme certains alcaloïdes végétaux, sans pourtant être toxiques ; — 2** Ces produits ne sont ni de lacréatine, ni de la créatinine, ni de la tyros»ine ; — 3« On retrouve des produits analogues dans l'alcool ayant servi à la conservation des pièces anatomiques.

En 1869, M. Armand Gautier, dans ses Recherches sur les cdbumines de l œuf de poule f avait observé que ces substances abandonnées à elles-mêmes devenaient fortement ammoniacales par suite du développement de la putréfaction. L'année suivante, rapprochant ce fait de ce que l'urine fraîchement émise et normalement acide donne, lorsqu'on la soumet à la distillation, un liquide condensé alcalin et renfermant de la triméthylamine, il pensa que l'alcalinité de l'albumine putréfiée pouvait être due en partie à des ammoniaques composées, et il annonça, en 1872, que la fibrine bien purifiée, abandonnée à une température de 25 à 30 degrés sous une couche d'eau, donnait, en se liquéfiant peu à peu sous l'influence des progrès de la putréfaction, une certaine proportion d'alcaloïdes complexes, facilement altérables, les uns fixes, les autres volatils.

La dénomination de Ptomaïnes fut définitivement adoptée en 1878 et, depuis 1881, l'existence de ces alcaloïdes dans les produits normaux de la désassimilation des tissus vivants a été démontrée par un grand nombre d'expérimentateurs. Dans une étude présentée en 1886 à l'Académie de médecine, M. Armand Gautier décrivit sous le nom de Lev^omdines (Xcûxw/aoi, blanc d'œuf) un certain nombre de composés alcaloïdiques retirés des tissus normaux. Ces travaux démontrèrent péremptoirement l'identité qui existe entre les alcaloïdes formés pendant la vie des cellules et ceuxqui prennent naissance au cours des processus de putréfaction. Les leucomaïnes présentent, en général, une composition beaucoup plus complexe que celle des ptomaïnes. On peut les rapporter les unes au groupe urique (carnine, adénine, guanine) ; les autres au groupe de lacréatine, créatinine (bases découvertes par M. Gautier) ; d'autres au groupe de la bétaïne et de la névrine ; d'autres enfin, plus simples et plus rapprochées des ptomaïnes, rentreraient dans les séries pyridique et hydropyridique. Les leucomaïnes sont, pour la plupart, dénuées de propriétés toxiques ; quelques-unes, cependant, sont énergiquement vénéneuses : telles sont les leucomaïnes des venins de serpents et de batraciens, de la salive, de l'urine.

S'il est rationnel d'admettre, pour l'étude et l'exposition des résultats acquis, la distinction en Ptomaines ou alcaloïdes formés au cours de la putréfaction et Leticomaines ou alcaloïdes formés au cours des phénomènes physico-chimi-

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ques dont les organes sont le siège pendant la vie, cette distinction est impossible à établir en réalité d'une façon absolue. On passe en effet, par des transitions insensibles, de la plus simple des ptomaïnes à la plus complexe des leucomaînes; et rien d'ailleurs ne ressemble plus aux phénomènes de la vie, pour ce qui est de la destruction incessante des matières protéiques, que les phénomènes de putréfaction de ces mêmes substances. Ces deux termes doivent néanmoins être conservés ; ils caractérisent d'une façon très nette l'origine plus spéciale de chaque groupe et ils répondent à la nécessité impérieuse d'une classification méthodique.

£n tenant compte de cette distinction, les ptomaïnes comprennent une série d'alcaloïdes allant depuis les bases non oxygénées des séries hydropyridiques et pyridiques, caractérisées par MM. Gautier et Etard, jusqu*aux bases à 4età 6 atomes d'oxygène telles que celles que j'ai obtenues en 1883 en étudiant les produitsqui se forment au commencement de la putréfaction. Plus la transfor-^ mation et les dédoublements de la molécule albuminoïde, sous Tinfluence delà fermentation putride, sont profonds, plus simples sont les alcaloïdes que Ton peut en extraire.

La démonstration de l'existence des ptomaïnes ou des leucomaïnes parmi les produits de la putréfaction ou de la vie normale des tissus devait amener à cette conclusion que des composés de ce genre sont constamment produits pendant la vie des organismes cellulaires les plus simples et existent fatalement dans les produits de désassimilation de ces cellules. C'est en effet ce que sont venues démontrer les recherches faites sur des bouillons de culture servant à la pullulation de micro-organismes déterminés. L'élude des transformations subies par ces milieux de culture révèle la multiplicité et la complexité des réactions qui accompagnent le développement du micro-organisme et elle permet d'extraire, en général, des ptomaïnes d'autant plus toxiques que les cultures sont plus récentes.

J'ai toujours observé, d'ailleurs, que la toxicité des alcaloïdes retirés, tant des matières albuminoïdes en putréfaction que des bouillons de culture, était d'autant plus marquée que ces produits étaient relativement plus frais. Cette action toxique des ptomaïnes me paraît être également en rapport étroit avec le degré d'altérabilité de ces alcaloïdes, en sorte que les plus toxiques seraient en même temps les plus altérables, c'est-à-dire ceux qui se détruisent le plus facilement sous rinfluence des agents physiques ou chimiques.

A certaines périodes de la putréfaction à l'air libre, les ptomaïnes peuvent même disparaître complètement. Dans ces cas, cette disparition me paraît pouvoir être interprétée de la façon suivante. Pour sa destruction, la matière organique azotée exige l'intçrvention simultanée ou successive des microbes aérobies et anaérobies. Dès que la mort est arrivée, les anaérobies commencent l'œuvre de régression, puis les aérobies leur succèdent, étant seuls capables de faire disparaître, en les restituant au règne minéral, les matériaux organiques les plus simples, et de terminer ainsi la destruction commencée par les pre-

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miers. Pendant leur période d*action, les aérobies absorbant l'oxygène déterminent sans doute, sinon Tozonisation d'une partie de ce gaz, du moins une exagération de son pouvoir oxydant, ainsi que cela est constamment observé dans les oxydations spontanées (phosphore, huile, alcool, etc.). Les ptomaînes, en général fort oxydables, surtout les premières formées, seraient alors détruites et leur réapparition pourrait se produire si, une cause quelconque venante faire cesser l'action des aérobies, les anaérobies reprenaient possession de la matière en voie de destruction.

La disparition des ptomaïnes par exposition à l'air des matières albuminoïdes en putréfaction ou des bouillons de culture d'un microbe, ainsi que la coloration de ces milieux par suite de leur oxydation, viennent à l'appui de cette interprétation. Dans tous les cas, la succession des actes chimico-biologiques dont les cellules vivantes sont le siège, ou bien de ceux déterminés par la présence et le développement des microbes aérobies et anaérobies, est bien certainement la cause non seulement de la formation des ptomaïnes, mais aussi de leur disparition dans certaines circonstances. Il est impossible d'expliquer autrement les résultats contradictoires obtenus dans leurs recherches non seulement par différents expérimentateurs, mais encore par un même observateur et en opérant dans des conditions en apparence identiques. En d'autres termes, dans les diverses phases de la putréfaction, ou bien suivant les diverses conditions dans lesquelles se trouvent des cellules vivantes, la recherche des ptomaïnes peut conduire à isoler des alcaloïdes aussi différents parleur composition que par leurs propriétés toxiques : il est cependant fort logique d'admettre que, dans des conditions parfaitement déterminées, une seule et même ptomaïne résultera toujours du développement et delà vie d'une même cellule.

Pour ce qui est des cellules normales de l'organisme vivant, elles paraissent vivre tantôt aérobiquement, tantôt anaérobiquement, car on trouve à la fois des produits d'oxydation et de réduction des albuminoïdes parmi les substances qui résultent de leurs dédoublements; et, bien que le mécanisme delà formation de ces divers composés soit encore fort obscur, on ne peut méconnaître les analogies frappantes qui existent entre les phénomènes chimiques auxquels donne lieu la vie de ces cellules et ceux de la putréfaction, d'une part, et, d'autre part, les transformations des matières albuminoïdes sous l'influence de la chaleur, de l'eau et des alcalis, dans les remarquables expériences de Schût- ZENBERGER. Daus chacuu de ces cas, la nature des produits formés varie avec le temps écoulé depuis le début de la transformation et les réactions sont très sensiblement parallèles.

La plus grande partie des métamorphoses éprouvées au sein de l'organisme vivant par les matières albuminoïdes ou leurs premiers produits de dédoublement est encore bien peu connue, et il suffira de rappeler la curieuse obser\'at»on de KossEL pour montrer combien est délicate et sujette à erreur cette partie de la chimie biologique. On sait que, sous l'influence des acides étendus, la nucléine fournit des dérivés uriqucs ; or, d'après les recherches de Kossel, la

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nucléine de Vœixf fécondé, mais non couvé, ne se dédoublerait pas dans de semblables conditions et ne fournirait aucun des produits de transformation (xanthine, hypoxanthinejg-uanine) adénine) que Ton obtient avec la nucléine de Tœuf couvé, c'est-à-dire de Tembryou.

La vie de toute cellule déterminant, ainsi que cela est prouvé aujourd'hui, la formation d'alcaloïdes, si l'on songe que toute perturbation apportée dans révolution normale de cette cellule doit s'accompa/çner nécessairement d'une modification dans la nature ou la quantité des substances qu'elle excrète, on pourra se faire une idée de la difficulté que rencontre la chimie à séparer et à caractériser des alcaloïdes presque toujours fort altérables, produits en très minime quantité et appartenant quelquefois à des séries homologpues, d'autres fois à des séries fort éloignées. Il est, en outre, plus que rationnel d'admettre que des produits peu stables soient détruits ou transformés au cours des réactions qui se succèdent dans l'intimité des tissus : nous en connaissons de nombreux exemples.

Action physiologique des ptomaïnes. — Si quelques ptomaïnes et la plupart des leucomaïnes ne sont pas toxiques, d'autres, au contraire, exercent sur l'organisme une action quelquefois fort énergique. C'est dans la classe des poisons névrosthéniques que doivent être rangées jusqu'ici la majeure partie des ptomaïnes : il en est cependant qui doivent prendre place dans la classe des poisons musculaires et quelques-unes dans celle des poisons hyposthénisants.

Les ptomaïnes extraites de cultures récentes du bacille typhique déterminent chez les grenouilles des secousses tétaniques semblables à celles que produit la strychnine, mais moins bien rythmées. Si Ton prend, à l'aide du myographe de Marey, le tracé musculaire d'une grenouille à laquelle on a injecté sous la peau une petite quantité de cette substance, on obtient, après l'excitation électrique, une série de secousses se succédant à intervalles très rapprochés et persistant parfois deux à trois minutes après l'excitation.

Un assez grand nombre de ptomaïnes déterminent une rapide abolition de l'cxcito-motricité. Chez la grenouille, la contraction musculaire du gastrocnémien ne se produit plus, même sous l'influence de l'excitation la plus violente appliquée au nerf sciatique ; cependant la contractilité musculaire n*est pas abolie, carie muscle réagit par excitation directe. MM. Gianetti et Corona ont signalé des ptomaïnes qui détermineraient l'abolition complète de la contractilité musculaire au contact des deux électrodes placées sur les muscles euxmêmes. Je n'ai, pour ma part, jamais observé pareil phénomène.

Quelques ptomaïnes sont convulsivantes ; d'autres sont stupéfiantes et déterminent un ralentissement notable des mouvements du cœur, telles sont par exemple, les ptomaïnes extraites des bouillons de culture du bacille virgule du choléra. M. Morelle a retiré de la rate normale une ptomaïne douée d'une action puissante sur le bulbe. Cet alcaloïde détermine la paralysie de la motricité, des phénomènes asphyxiques et un état de collapsus o£Frant de grandes

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analogies avec ce que l'on observe dans Turémie et les empoîsonnemeDts septîques.

Quel que soit le symptôme prédominant, on observe presque toujours, en opérant sur des grenouilles, une flaccidité musculaire remarquable et localisée plus spécialement à la patte sous la peau de laquelle a été pratiquée l'injection. Il semble donc y avoir aussi une action locale exercée par les ptomaTnes sur le tissu musculaire.

Un fait qui vient confirmer pleinement cette manière de voir est le suivant : la plupart des ptomaïnes ou même de leurs chlorhydrates mis directement au contact du cœur dénudé d'une grenouille exercent sur le myocarde une action énergique qui se manifeste par un ralentissement considérable des battements cardiaques et par leur arrêt complet au bout d'un temps variable, mais, en général, assez court. Chose remarquable, j'ai pu reproduire la plupart de ces symptômes, notamment l'abolition de Texcito-motricité, le ralentissement des mouvements du cœur et la flaccidité du membre, au moyen de bases pyridiques obtenues par synthèse : les ptomaïnes sont donc, au moins pour quelques-unes d'entre elles, identiques aux composés pyridiques, non seulement au point de vue chimique, mais aussi au point de vue physiologique.

Des ptomaïnes retirées de substances alimentaires ayant déterminé des accidents toxiques ont produit de la dilatation de la pupille, de la sécheresse de la bouche et des muqueuses, du ptosis, de la rétention d'urine et des matières fécales, de la gêne respiratoire, du ralentissement du cœur, de la pâleur des téguments, de l'hypothermie et de l'entérite. La mytilotoxine, isolée par M. Brieger lors de ses recherches au sujet des empoisonnements de Wilhemshaven, produit de l'agacement des dents, des fourmillements et des démangeaisons, de l'oppression, de l'ébriété, une suractivité du cœur, de la dilatation des pupilles, des convulsions, de l'adynamie, l'angoisse et enfin la mort. A l'autopsie des individus ayant succombé à l'empoisonnement, on ne trouva qu'une congestion très accentuée de tous les organes, du ramollissement du cœur et de la rate, qui était, de plus, énormément hypertrophiée.

La dilatation pupillaire, suivie assez souvent d'un rétrécissement persistant, est un symptôme presque constant dans l'empoisonnement par les ptomaïnes.

Les aliments avariés d'origine végétale renferment également des substances toxiques du groupe des ptomaïnes ; le maïs a donné deux poisons, l'un narcotique, l'autre convulsivant : ces ptomaïnes se rattachent étroitement aux alcaloïdes et aux glucosides végétaux par l'intermédiaire de Tergotinine et des saponines dont l'importance se révèle de jour en jour plus considérable.

L'accumulation des leucomaïnes dans l'économie détermine des troubles qui ont été magistralement décrits par M. le professeur Bouchard dans ses leçons sur les auto-intoxications. En 1882, M. Bouchard démontrait l'accumulation des ptomaïnes dans les excrétions des typhiques ; je faisais de mon côté la même observation sur les urines de varioleux. M. le professeur Lépine en collaboration avec MM. Guérin et Aubert, observait aussi l'augmentation des pto-

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maïnes dans l'urine et les liquides pathologiques de certains malades; M. Vil- LiERs constatait peu après les mêmes faits dans les cas de roug'eole et de diphtérie. La moindre perturbation dans Tétat de santé normal s'accompagne d'une variation, au moins quantitative, dans les matériaux de déchet éliminés par les différents émonctoires, et parmi ces matériaux de déchet on a maintes fois observé l'augmentation des pto maïnes. M. Villiers a signalé cette augmentation dans l'élimination des ptomaïnes par l'urine sous l'influence d'indispositions même très légères, et j'ai constaté, à différentes reprises, la présence de notables quantités de ces alcaloTdes dans l'urine des lypémaniaques, au moment des accès.

Dans les maladies infectieuses, une part dans les accidents observés chez les malades revient certainement aux alcaloïdes qui accompagnent la prolifération du microbe spécifique, mais il est tout à fait impossible, au moins actuellement, de faire, relativement à l'élimination des ptomaïnes et des leucomaïnes, la part qui incombe à l'accumulation des leucomaïnes produites par les cellules de l'organisme troublées dans leur fonctionnement normal et celle qui est justiciable des ptomaïnes qui prennent naissance pendant le développement du microbe pathogène : c'est pourquoi aucune maladie infectieuse ne peut offrir cliniquement le tableau fidèle d'une intoxication par les ptomaïnes qui accompagnent la prolifération de son microbe spécifique. D'ailleurs, même en l'absence de tout élément organisé étranger, une perturbation quelconque apportée dans le fonctionnement normal des diverses cellules de l'organisme peut déterminer un état morbide reconnaissant pour cause, soit Une production exagérée des matériaux de déchet, soit l'élimination incomplète ou la destruction insuffisante, au sein des tissus, de ces mêmes produits ; mais, dans ce cas encore, l'effet est très complexe, et nos connaissances relatives à la constitution et au mode d'action de ces substances ne sont pas assez précises pour permettre de fixer exactement à quel groupe de composés doit se rattacher le trouble observé. Il est parfaitement logique d'admettre aussi qu'à ce moment le terrain, modifié par la déviation imprimée aux actes d'assimilation et de désassimilation, peut devenir favorable au développement d'un parasite à l'envahissement duquel il eût résisté antérieurement. Cette hypothèse est d'ailleurs vérifiée par un certain nombre de faits tant expérimentaux que cliniques.

Préparation des ptomaïnes et des leucomaïnes. Énumération des alcaloïdes connus. — Les procédés de préparation des ptomaïnes et des leucomaïnes sont trop compliqués pour que leur description détaillée puisse trouver place ici. Je me bornerai à donner un résumé des procédés employés pour leur séparation et je renverrai le lecteur, pour plus amples détails, aux mémoires originaux.

Le procédé en usage pour les recherches de toxicologie générale permet déjà d'isoler un assez grand nombre de ces composés. M. Armand Gautier isole les ptomaïnes parle procédé suivant : les substances d'où il s'agit d'extraire les alcaloïdes sont traitées à chaud par l'eau acidifiée d'acide oxalique, on sépare

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les acides gras par décantation et la liqueur filtrée est distillée dans le vide tant que les produits de distillation passent troubles. On sursature par la chaux le résidu de celte première distillation; on filtre et on distille de nouveau dans le vide en recevant les produits distillés dans de Tacide sulfurique très dilué. On évapore et on reprend parTalcool, qui dissout les sulfates d'alcaloïdes: on évapore la solution alcoolique, le résidu est repris par Teau, traité par la potasse et épuisé par le chloroforme, Téther ou la ligroïne.

M. Brieger épuise par Teau bouillante et traite cette solution par le bichlorure de mercure, qui précipite les ptomaïnes à l'état de chioromercurales. Ce précipité est lavé et décomposé par Thydrog-ène sulfuré ; la liqueur séparée do précipité de sulfure de mercure est concentrée par évaporation : il se dépose d'abord des sels minéraux, puis après quelque temps des aig'uilles insolubles dans Tacool pur, la benzine, le chloroforme, mais solubles dans l'eau et l'alcool dilué. On sépare les alcaloïdes entre eux par précipitation fractionnée, au moyen des chlorures de platine et d'or et cristallisation fractionnée des chloroplatinates et chloraurates.

M. Armand Gautier a isolé ses leucomaïnes de la façon suivante. La chair musculaire est additionnée d'eau acidulée d'acide oxalique et d'une petite quantité d'eau oxyg-énée pour éviter toute fermentation pendant la macération : après vingt-quatre heures, on porte à l'ébullition, filtre, exprime le résidu ; on chauffe de nouveau jusqu'à l'ébullition et on évapore dans le vide. Le résidu visqueux de Tévaporation est repris par de l'alcool absolu, on évapore de nouveau dans le vide, le résidu est repris encore une fois et à chaud par l'alcool absolu, on filtre après ving-t-quatre heures de repos et on ajoute de l'éther à 65 degrés à la liqueur alcoolique tant qu'il se forme un précipité. Ce précipite est séparé par décantation et mis en contact avec un grand excès d'éther à 65 degrés; la massée m plastique devient peu à peu cristalline et les cristaux sont constitués par un mélange des bases que l'on sépare par cristallisations fractionnées dans l'alcool bouillant et par précipitation des eaux-mères alcooliques au moyen de l'acétate de cuivre.

Voici rénumération des alcaloïdes isolés et étudiés jusqu'ici :

Bien que toutes les probabilités soient réunies en faveur de l'existence de ptomaïnes gazeuses, aucun alcaloïde de ce groupe n'est isolé et bien étudié actuellement. Les recherches que j'ai poursuivies à ce sujet depuis plusieurs années me permettent, dans tous les cas, de prévoir que ces alcaloïdes sont d'une altérabilité très grande et jouissent d'un pouvoir toxique considérable : les ptomaïnes que j'ai extraites, en 1884, des déjections de cholériques et des bouillons de culture du bacille virgule de Koch sont déjà très volatiles, de même que leurs chlorhydrates qui se dissocient et se volatilisent dans le vide à la température ordinaire. Les récentes expériences de MM. Brown-Séquard et d'ARsoxvAL tendent à faire admettre l'existence de ptomaïnes gazeuses dans l'air expiré.

A. Alcaloïdes non oxygénés :

ColUdine. G^H^'Az. Isolée par Nencki, en 1876, dans les produits de l'actioD

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du pancréas de bœuf sur la g-élatiné. Toxique (semble ne se produire que dans ces conditions spéciales).

Parvoline, G^H^^Az. Isolée en 1881 par MM. Gautier et Etard dans les produits de la putréfaction en vase clos du poisson et de la viande de cheval. Toxique.

Hydrocollidine, G^H^^Az, Isolée par les mômes observateurs et dans les mêmes conditions. Très toxique; convulsivante ;

Base. G'^H^^Az*. Isolée par les mêmes observateurs et dans les mêmes conditions. N'existe qu'en très petite quantité. Peu étudiée.

Base. G'^H'^Az. Isolée par MM. Guaresghi et Mosso en 1883, retrouvée en 1886 par M. Œghsner de Gonynck dans le poulpe marin putréfié. Toxique.

Neuridine. G'H**Az*. Isolée par M. Brieger en 1884, dans les produits de putréfaction delà viande de mammifère, du poisson, de la gélatine, du fromag'e; elle se trouve également dans la substance cérébrale fraîche. Non toxique lorsqu'elle est pure.

Cadavérine. G^H^^Az^. Isolée en 1884 par M. Brieger; retrouvée par M.Bœg- KLisGH dans la saumure de harengs et par M. Œghsner de Gonyngk dans les produits de la putréfaction du poulpe marin. Non toxique.

Saprine. G^H**Az* (ou un polymère de cette formule). Isolée en 1884 par M. Brieger, se distingue de la cadavérine par les caractères du chloroplatinate et du chloraurate. Non toxique.

Pulrescine.C^H^KKz^, Isolée en 1884 par M. Brieger; retrouvée par M. Bœc- KLisGH dans la saumure de harengs. Non toxique.

Afi/daZtfine (de f/u^aXco;, putréfaction humide). Formule inconnue (Brieger). Très toxique.

Plasmaïne. G'H'^Az^. Isolée du sang frais en 1886 par M. Robert Wurtz. Non toxique.

Tétanotoxine. C^W^Xz.lsoléa en 1887, par M. Brieger, par distillation des bouillons de culture alcalinisés du bacille du tétanos. Très toxique, mais moins que la tétanine.

Mélhylguanidine, G^H^Az'. Isolée en 1887, par M. Brieger, des bouillons de culture des bacilles virgules de Koch. Très toxique ; convulsivante.

Ethylidène-diamine, G^H^Az-. Isolée en même temps et dans les mêmes conditions que la précédente, très toxique et convulsivante.

D'autres alcaloïdes ont encore été isolés et reconnus par M. Brieger sans qu'il lui fût possible d'en fixer les formules en raison de leur faible quantité et de leur altérabilité.

Un certain nombre d'alcaloïdes liquides, appartenant très probablement à la* série des bases non oxygénées, obtenus eu trop faible quantité pour que la formule pût en être fixée, mais nettement caractérisés ont encore été isolés par différents observateurs.

Ptomaïnes isolées des déjections de cholériques et des bouillons de culture du bacille virgule de Koch (Gabriel Poucket, 1884).

Toxicologie. 64

iOiO POISONS MÉTABOLIQUES

PtomaÎDes isolées des organes des cholériques, des rubéoliques^desdiphthéritiques (A. Villiers, 1884 et 1885).

PtomaÏDes extraites du blanc d'teuf, du cerveau, du foie, etc. (Paterno et Spica, 1885).

B. Alcaloïdes oxygénés :

Leiicomaine. C^H'^Az* 0*. Isolée en 1880, par Gabriel Pouchet, de Turine normale. Très toxique, à la fois stupéfiante et tétanisante.

Oxybétames, C5H«UzîO* et C^H^UzO*. Isolées en 1883, par Gabriel Pouchet, des produits de la putréfaction des déchets de viande et d'os traités industriellement pour en séparer les graisses. Facilement altérables. Très toxiques.

Oxyhétatne. C^H^^AzK)®. Isolée en 1883 par Gabriel Pouchet, en même temps que les précédents et des mêmes produits. Plus stable que les précédentes. Moins toxique.

Leucomaïne, C'H^^AzO*. Isolée en !884, par Gabriel Pouchet, de Turine d'un lypémaniaque. Non toxique, mais ralentissant les mouvements du cœur.

Neurine, G^H^^AzO. Signalé par Liebreich, en 1865, comme produit de dédoublement de la lécithine, cet alcaloïde a été retrouvé en 1884, par M. Bribger, parmi les produits de la putréfaction cadavérique. Toxicité variable suivant Tespèce animale, sur laquelle on expérimente.

Choline. C^H^^AzO*. Isolée delà bile par Strecker en 1849, retrouvée en 1884, par M. Brieger, parmi les produits de la putréfaction cadavérique, et par M. Bœgklish dans la saumure de harengs. Beaucoup moins toxique que la neurine et dans les mêmes conditions.

Muscarine. C^H'^AzO^. Isolée de la fausse oronge, Agaricus muscaritis^ par Sghmiedeberg et Koppe, en 1870, retrouvée par M. Brieger, en 1884, parmi les produits de la putréfaction de la chair de poisson. Très toxique.

Gadinine, C^H^^AzO*. Isolée par M. Brieger, en 1884, de la chair de la morue putréfiée. Non toxique.

Mydatoxine. C^H^^AzO*. Isolée en 1884, par M. Brieger, en même temps que la cadavérine, la putréscine, etc., dans les produits de la putréfaction des cadavres et de la chair de cheval. Peu toxique.

Mijdinc G^H**AzO. Isolée en 1884, par M. Brieger, des viscères humains putréfiés. Très fortement réductrice. Non toxique.

Méiht/lgadinine, C^H^^AzO* (?). Isolée en 1884, par M. Brieger, dans la chair de cheval putréfiée. Toxique, tétanisante ; ne produit à faible dose que des troubles passagers.

Mylilotoxine, G^Ht^AzO*. Isolée en 1886, par M. Brieger, des moules qui avaient déterminé Vépidémie de WWiemshaveii ; elle n'a pu être retrouvée dans les moules putréfiées. Extrêmement toxique.

Typholoxine. CH'^AzO*. Isolée en 1887, par M. Brieger, des bouillons de culture du bacille typhique. Toxique.

Télanine, G^^H^Az^O*. Isolée en 1888, par M. Brieger, des bouillons de culture du bacille du tétanos. Très toxique ; stupéfiante, puis convulsivante.

PTOMAÏNES ET LEUCOMAÏNES lOU

Bétaïne. C^HiiAzO*. Isolée de la betterave, en 1866, par Sgheibler ; sîg'nalée dans l*urÎQe par Liebreich en 1869 ; retrouvée en 1886, par M. Brieger, avec la mitjlotoxine, la triméthylamine et d'autres bases mal définies, dans les moules qui avaient contracté des propriétés violemment toxiques en séjournant dans le bassin de radoub de Wilhemshaven. Non toxique.

Salamandrine. C^^H^Az^O*. Isolée en 1866, par Zaleski, du venin de la salamandre. Très toxique.

Protamine. C^W^Az^O^. Isolée du sperme, en 1874, par Miescuer. Non toxique.

Aféthylhydantoine. G^H^Az^O*. Isolée, en 1883, par MM. Guareschi et Mosso, de la chair de veau fraîche. Non toxique.

D'autres leucomaïnes, à formule non encore définie, ont été signalées dans les venins de serpent et la salive humaine par M. Armand Gautier ; dans les produits sécrétés par les poissons venimeux des mers de Chine et d'Australie ; dans Tœuf, la substance cérébrale, le foie, le cœur, la rate, le pus, etc.

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