POISONS BACTÉRIENS
L'échange des matières de tous les ôtres vivants, végfétaux aussi bien qu'animaux, est en conformité avec les conditions dans lesquelles ils vivent et celles-ci variant, les échanges nutritifs se modifient, eux aussi, dans une certaine mesure, aux points de vue quantitatif et qualitatif. Quelques-uns des produits de l'activité biologique des champignons inférieurs ont été obtenus chimiquement purs, d'autres n'ont été identifiés que par leurs propriétés toxiques, ce qui, du reste, est vrai pour an grand nombre de produits de putréfaction dont il était question dans le chapitre précédent. La notion la plus importante (qui ne promet pas beaucoup, il est vrai) acquise dans ce domaine, c'est que des bactéries y pathogènes ou non pathogènes ^ peuvent accomplir la désagrégation des molécules de protéine de façon à ne donner naissance^ comme produits de décomposition^ qu'à des dérivés y souvent toxiques ^ de V albumine ^ dont la nature chimique nous est encore inconnue.
Mais un grand nombre de bactéries ^ non seulement produisent dans leur corps cellulaire des toxalbumines qu'elles éliminent ensuite^ mais paraissent encore donner le branle à la désagré^ galion de grandes quantités d'albumine étrangère^ morte ou
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vivante jpeui'êire en fabriquant des enzymes de nature également protéoly tique. Comm^^a?^m^/^5, nous prendrons les bactéries qui suivent :
Fournissent en dehors de V organisme animal (1) : le bacillus PRODiaiosus, une protéine toxique contenue dans la cellule ; le B. PROTEUS, de la sepsine ; le staphylogoggus aureus, un albuminoïde toxique pyogène (Phlogosine); le bagillus tuber- GULOSis, la tuberculine toxique; le b. œdematis maugni, un corps ressemblant à un aldéhyde, probablement aussi une toxalbumine; et le streptogoggus longus s. erysipelatis, un poison qui provoque une fièvre s*exacerbant lentement et au cours de laquelle il y a des rémissions d'une lenteur correspondante, ou du délire, l'accoutumance à son action toxique ou l'immunisation contre lui ne survient chez l'homme que très lentement ou point du tout (2). D'autres n'ont pas réussi à découvrir une toxine streptococcique (3). Le bagillus diphterije produit un enzyme ou une albumine se rapprochant des albumoses ou des peptones (4); le B. anthragis, un albuminoïde toxique solubledans l'eau, dont la nature protéique est toutefois contestée ou à côté duquel il existe un corps non albuminoïde qui provoque de la cachexie (5); le bagillus mallei, une base toxique (Morvine^) (6); le b. typhi, la mydine, non toxique, un albuminoïde toxique et la Typhotoxine (C^H^'AzO*) cristalline ; et le B. tetani, la base Tètanine qui ne provoque pas de tétanos et un albuminoïde toxique. Les observateurs récents sont d'avis que ni la « Tétanotoxine » formée dans les cultures, ni celle trouvée dans le
(1) Fermi, CenlralbL f. Phys., 1891, p. 481, et Arch, f. Hygiène, Bd XIV, 1892, p. 1; — Arloing, Let virus, Paris, 1891 ; — Griffiths, C, R, de VAc, d, Sc.^ 1892, t. CX\\ p. 418 ; — Hammersculag, CentralbL f. Min, med,, 1891, p. 9; — Hankin et Wksbrook, Ann de V Institut Pasteur, 1892, VI. p. 633;— Scholl, Arch, f, Hyg,, 1892, Bd XV, p. 172; — ViRON, Arch. de méd. expér,, IV, p. 136.
(2)' Friedrich, Berliner klin, Wochenschr,, 1895, n* 49, p. 1065; — Coley, Amer, Journ. of, med. Sciences, mAÏ 1893, et juillet 1894.
(3) Aronson, Berl, klin, Wochenschr,, 1896, p. 717.
(4) GuiNocHET, Arch. de méd. exp, et d'an, path,, 1892, t. IV, p. 487 nie la nature protéique'de la toxine.
(5) Marmier, An, de l'/nst. Pasteur, 1895, p. 529.
(6) Pour la Malléine brute et la Pneumobacilline, v. Artaud, Les toxines microb., Paris, 1895, p. 47 et 91.
sang et la moelle épinière ne sont des albuniinoïdes. L'action toxique de la tétanotoxine est, entre autres, atténuée par le chaufFag'e à Q^"" (1). Le vibrio gholerje asiatios produit une toxalbumine, des peptones toxiques (on a nié la présence d'une Peptotoxine en général) et une ptomaïne volatile à 100** (2) ;
le VIBRION DE FINKLER-PRIOR et CELUI DE METGHNIKOFF, un
enzyme protéolytique et amylolytique, le premier fabrique aussi desdiamines; le micrococcus tetragenus, une base toxique ; le GrONOCOCCUS, un albuminoïde toxique qui, à ce que l'on prétend, ne produirait qu'une orchite. Quant à la nature du poison formé par le meningococcus intercellularis (Wëichselbaum et J^ger), et qui provoque chez les chèvres la rigidité des muscles de la nuque, elle n'est pas encore élucidée. Une bactérie de L'urine bien déterminée produit de l'hydrogène sulfuré et provoqué l'hydrothionurie chez l'homme (3).
Des troubles dans le fonctionnement de l'org^anisme animal peuvent survenir avec ou sans l'action pathogène des champignons. Il s'agira le plus souvent, en fin de compte, dans les deux cas, de l'action des produits de décomposition des albuminoïdes provoquant soit une intoxication générale aiguë (toxalbumine de la rage)^ soit des processus inflammatoires locaux {sécrétion de la hlennorrhagié)^ soit des troubles nutritifs chroniques des tissus {virus syphilitique). Quant à la persistance considérable, presque paradoxale, avec laquelle se maintiennent parfois le virus syphilitique, ou les toxalbumines formées par lui, et d'autres toxalbumines endogènes, les effets consécutifs à la morsure des serpents présentent quelque analogie avec cette fixité dont il faut rendre surtout responsable, en cas d'affections chroniques, l'ab-
(4) KiTASATO, Zeitschv, f. Hyg , Bd X, 1891 ; — Vaillard et Rouget, Annales de l'InS' titut Pasteur, 1892, p. 385; — Fermi und Peunossi, Zeitschv. f, Hyg.. 1894, Bd XVI, p. 385.
(2) G. PoucHKT, Compt.rend. de TAc. Se, t. XCIX, 1884, p. 847; t. C, p. 220 et 362; t. CI, 1885, p. 510.
(3) V. Jagkscu, Prag. med. Wochenschv., 1896, n« 18.
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sence d'élimination ou l'élimination incomplète des virus par les excréta et les sécréta ; en effet, dans les maladies aiguës, l'élimination des virus importants ou des produits insignifiants s'effectue d'une manière plus ou moins typique par les matières fécales, mais surtout ^ar Viirine.
A. TOXICITÉ DE L'URINE. — V urine normale de V homme agit comme poison sur diverses espèces animales (myosis, symptômes du curare) si elle leur est administrée à doses élevées. L'urine, môme privée des sels ammoniacaux ou potassiques, demeure encore toxique.^ L'urine diurne est plus toxique et agit autrement que l'urine nocturne. L'urine des adultes est mortelle à la dose de 40 à 60 centimètres cubes par kilo d'animal (lapin) tandis qu'il faut environ une dose double d'urine de nourrissons. L'urine émise par un individu affecté d'entérite est plus toxique. La toxicité de l'urine est sous la dépendance de l'alimentation et du travail : ainsi une alimentation végétale diminue la toxicité, une alimentation mixte en Tabsence de travail s'accompagne d'une sécrétion urinaire plus toxique que celle réalisée par la même alimentation chez un individu travaillant, une alimentation presque exclusivement animale rend l'urine d'autant plus toxique que la proportion de matériaux azotés d'origine animale est plus considérable. On n'est pas encore bien fixé sur la part prise par I'urée à la toxicité de l'urine, puisque, tout en étant non toxique à doses modérées, elle produirait, à ce que l'on prétend, du tétanos lorsqu'elle est injectée sous la peau dans la proportion de : 1 p. 100 du poids chez les chiens et les lapins, 1 p. 35 chez les pigeons, I p. 50 chez les grenouilles. L'action principale serait due aux bases qui foisonnent dans l'urine (groupe de la Xanthine et autres). Les chiens sont deux fois et demie plus résistants contre les poisons urinaires que les lapins. L'injection d'urine fraîche de certains animaux (lapins, chiens, cobayes) fait éclater le tétanos chez les souris et les cobayes. L'injection d'une solution physiologique de sel marin ferait disparaître l'intoxication urinaire (I). La quantité
(i) Flbini und Modinos, Moleschod's Untersuch., Bd XV, p. 5^»
des poisons urinaires peut être augmentée dans les états pathologiques, et leur manière d'agir différer de ce qu'elle était à l'état normal (1).
Les maladies infectieuses élèvent le coefficient uro toxique de l'urine (poids, exprimé en kilogrammes, de lapin tué par la quantité d'urine évacuée en vingt-quatre heures pour un kilogramme de l'individu examiné). Une partie des poisons existant dans l'urine prennent incontestablement naissance dans l'intestin d'où ils pénètrent dans l'urine après leur absorption. Le coefficient urotoxique est le plus élevé avec une alimentation animale et le plus faible avec la diète lactée.
Les Alcaloïdes obtenus de V urine des pneumoniques par exemple, C^H*^Az*0^, diffèrent de quantité suivant la gravité de chaque cas; ils diminuent le jour de la défervescence et arrêtent le cœur de grenouille en systole. L'urine des sujets atteints de pleurésie a fourni une substance cristalline toxique, la pléricine (C^H^O*); celle des individus atteints de rougeole^ de la glyco- CYAMiDiNE(AzH.C.AzHGO.AzHCH*); dans la coqueluche, \di base C^H*^AzO*; dans Yinfluenza, l'alcaloïde cristallin toxique CW AzO*; dans Vérysipèle, la base G**H*^AzO^.
Dans le cours des affections chroniques, par exemple, le carcinome, on a trouvé la base G^H^AzO' et la cancérine qui amène fièvre et mort; dans la cystinurie, de la tétraméthylènedia^ MINE et de la cadavérine; dans le purpura, un poison amenant la mort précédée de troubles respiratoires et d'exophthalmie; et dans la maladie de Basedow, trois ptomaïnes toxiques. L'urine des sujets atteints d'èpilepsie serait, après l'accès, plus toxique que d'ordinaire, et contiendrait une leucomaïne toxique : G*W^Az'0'. Dans la maladie d'Addison, l'urine fournit un poison qui a provoqué chez un chien : vomissements, somnolence,
(1) G. PouGHET, C. H. de l'Ac, d. Se, t. XCVII, p. 1560; — Bouchahd, Hevue de médecine, 488i, p. 815 ; — Semaine méd,, 1889, p. 348 ; — Griffith, C. R. de VAc. des Se, t. CXHI, p. 656, t. CXIV, p. 496 et 138i; — Lépi.me et Guérin, Revue de médecine, 1884, p. 767; — BoiNET et Gilbert, Marseille médicale, 1892, p. 348; — Surmont, Archives générales de médecine, 1892, p. 162; — Voisin, Société de BioL, 1892; — Udranszky und Baumann, Zeihchr, /". phys, Chem., Bd XIH, 1889, p. 562; — Colasanti e Bellati, RoL d, R, Ac. diRomà, XÎX, fasc. 8; — Lapic^ue et Marette, C. /?. de Iq, Soc, de BioL, 1894, p. 598.
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excitation, affaiblissement de l'énergie cardiaque et de la respiration.
L'urine des sujets atteints de maladies du foie (ictère infectieux, ictère par cholélithiase, hépatite syphilitique, cancer du foie, kystes hydatiques suppures, abcès multiples, cirrhose) a provoqué : symptômes de gastro-entérite, abaissement de la température, exophthalmie, mydriase et somnolence suivie d'excitation avec convulsion.
On n'a jamais trouvé de diamines dans l'urine à la suite des maladies infectieuses. L'injection d'urine stérilisée provenant des animaux infectés par le Bacillus pyocyaneus est suivie de phénomènes paralytiques.
B. AIR EXPIRÉ. — L'air expiré par l'homme contiendrait des bases volatiles (i), ce qui est contesté. Je le tiens pour probable dans les maladies infectieuses aiguës du poumon et quelques affections chroniques du môme organe.
C. TOXICITÉ DE LA SALIVE. — Pour ce qui concerne la salive, dont les effets toxiques locaux et généraux ont été démontrés souvent, il s'agit peut-être ici non pas tant de poisons protéiques ou autres préformés, que de l'action des bactéries contenues dans cette salive et qui élaborent petit à petit leurs produits toxiques. Le fait établi récemment, à savoir, que la salive sécrétée à jeun possède une virulence extrême, était déjà connu des anciens : « Jejuni hominis morsus acerbior est, atque ad sanandum difficilior. » La salive des chats contiendrait le Bacillus salivarius septicus^ce qui pourrait expliquer l'action parfois délétère de la morsure des chats.
La morsure des chiens^ des chats et des loups enragés fait pénétrer assez de salive virulente dans la plaie pour provoquer des empoisonnements chez des sujets susceptibles. La salive desséchée, âgée de quelques mois, provenant des sujets enragés, est encore active (2). La Rage est caractérisée essentiellement par des spasmes réflexes. La mort survient souvent après une amé-
{{) WuRTz, C, R. d. l'Ac. d. Se, 1888, CVI, p. 213. (i) CuA^^^E)lsssE, Soc, méd. deshôp,, i891,8 mai*
lioration apparente. Le traitement antirabique de Pasteur est, dans la plupart des cas, suivi de succès.
D. TOXICITÉ DE LA SUEUR. — L'injection à des animaux (chiens, lapins, etc.) de quantités même considérables de sueur ne provoque pas immédiatement la mort, mais seulement après des jours et des semaines, à la suite d'un état cachectique progressif. La sueur la plus toxique est celle émise pendant et après un travail musculaire intense ; la moins toxique est celle provoquée par la chaleur extérieure. On a observé les symptômes suivants chez les chiens : agitation d'abord, puis prostration, tremblements des membres, yeux larmoyants, élévation de la température, vomissements, diarrhée même sanguinolente, collapsus et paralysie (1).
Il va sans dire que quelques-uns des poisons de décomposition sus-énumérés ou d'autres poisons non connus, surtout les protéines, peuvent, ayant fait irruption dans la circulation en grandes quantités, causer des lésions locales et donner naissance à des phénomènes d'intoxication générale. C'est ce qui découle, à n'en pas douter, des symptômes provoqués par n'importe quelle suppwation dans V intérieur du corps (\m se manifeste non seulement par la fièvre de résorptioHy mais aussi par d'autres phénomènes morbides. On s'est rendu compte, il y a déjà soixante ans, que l'absorption des masses cancéreuses peut provoquer des troubles cardiaques et qu'en prévenant l'absorption, par exemple en lavant souvent les parties lésées, on peut améliorer temporairement l'état des malades. Pour ce qui concerne le choiera^ l'absorption des virus élaborés par le vibrion est démontrée par leur élimination dans l'estomac (2). Les diamines qui ne se forment pas ordinairement dans le choléra, n'apparaissent que si des processus de putréfaction s'effectuent en même temps dans l'intestin (3). Les poumons et le foie des individus
(i) AaLOiNG, Cêmptes rendue de la Société de biologie^ 1897. (î) Alt, Deutsche med. Wochenschr., i892, 20 ocl.
(3) Roos, Berliner klin. Wochenschr., 4893. p. 354 ; — Pouchjt, C. H. de l'Àc. d. Se, i. XCIX, p. 848,
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affectés de rougeole et atteints en même temps de bronchapneumonie^ ont fourni un alcaloïde volatil liquide provoquant dans les tissus des phénomènes d'irritation intense; on a retiré aussi une toxalbumine des liquides des hydatides, etc.
11 se peut donc que les poisons métaboliques se formant sous l'influence des bactéries, ou par suite des affections endogènes du corps humain, s'ils ne sont pas éliminés en temps utile et en quantité suffisante, provoquent des auto-intoxications (1) dont quelques-unes présentent une origine et une marche très claires. Je citerai, à titre d'exemples, les suivantes :
\J Hydrothionèmie est causée par l'absorption de l'hydrogène sulfuré formé dans l'intestin ou ailleurs. Certaines bactéries, et peut-être des enzymes, décomposent le soufre organique, par exemple celui de Turine. Les hyposulfites n'entrent pas en ligne de compte pour l'urine humaine.
VAmmonièmie survient quand Turée, faute de s'éliminer en quantité suffisante, est transformée par une bactérie en carbonate d'ammoniaque. Les suites sont dues aux effets locaux et généraux de l'ammoniaque (corrosions et formation des pseudomembranes).
\J Urémie se déclare par suite de l'absorption de parties constituantes toxiques inconnues de l'urine et est caractérisée par : vomissements, troubles visuels, éruptions cutanées, coma interrompu de temps en temps par des convulsions, et troubles respiratoires. L'alcalinité du sang est amoindrie.
Quant à V Acètonémie et à V Acétonurie (v. p. 465), trouble des échanges nutritifs survenant surtout au cours du diabète, des raisons toxicologiques s'opposent à ce que cette affection soil attribuée exclusivement à l'acétone.
Vacide oxybutyrique (v. p. 465) était rendu responsable du coma diabétique. Mais ni Vacide oxybutyrique, ni Vacide aceto-acètique, ni cCautres acides gras (acides formique, acétique, propionique, etc.), que l'on trouve dans l'urine et le sang au cours de certaines maladies, n'expliquent complètement tous les
(1) Bouchard, L*»ç, sur les autointox. ^ Paris, 1887 ; — Albertoni, Rif, med,, 1891, VII, p. 181 ; — BcLARDi, iéid., 1894, p. 15 ; — Albu, Dh Autointox,, Berlin, 1895, •
POISONS ALIMENTAIRES 102t
phénomènes morbides, les symptômes différant de ce qu'ils devraient être s'il ne s'agissait que d'une diminution de Talcalinité du sang. Je pense quici aussi il est nécessaire d* attribuer les symptômes observés à la présence des dérivés de V albumine.
Parmi les gaz expulsés, chez les dyspeptiques^ par les renvois, ainsi que dans l'urine, on trouve une combinaison sulfocyanique qui produirait le vertige stomacal.
Les données sur la putréfaction et la décomposition que nous venons d'exposer permettent de déduire scientifiquement le fait depuis longtemps connu empiriquement, à savoir, que les aliments albuminoïdes et autres peuvent provoquer des empoisonnements chez l'homme. J'ai déjà protesté il y a quinze ans contre les tentatives faites dans le but de rapporter les produits toxiques aux diamines ou à d'autres ptomaïnes connues, jusqu'à présent bien caractérisées au point de vue chimique. En effet, il est malaisé de comprendre comment des quantités si minimes de ces poisons se formant aux dépens des aliments végétaux et animaux décomposés, auraient pu, surtout administrés par la bouche, agir d'une manière si violente, par exemple sur un enfant ayant ingéré de la viande corrompue le volume d'un dé à coudre, et cela, comme c'est le cas le plus fréquent, seulement après plu-^ sieurs heures, même après un jour ou deux semaines. 11 est permis de supposer que, dans ces cas, les agents pathogènes de la décomposition pris avec les aliments corrompus, ne commencent à manifester leurs propriétés désagrégeantes que daps l'estomac et l'intestin, d'où production des substances toxiques dénature albuminoïde. 'Dans les cas où l'empoisonnement, ou même la mort, est survenu peu de temps après l'ingestion de quelques bouchées de ces aliments gâtés, on a, de toute nécessité, affaire soit à des protéines, soit à des enzymes toxiques. La concordance de certains symptômes du côté de l'appareil visuel, du fonctionnement des glandes, etc., observée dans l'empoisonnement par la viande, les saucissons, le fromage, etc., me fait sup-
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poser qu'une seule ou tout au plus deux substances identiques agissent dans tous ces cas. Il n'est nullement permis de la désigner sous le nom de la ptomatropine.
L'exposé qui précède nous fait comprendre comment des phénomènes d^ntoxication peuvent être causés par les aliments les plus variés, par exemple, bouillie de riz (i), navets et betteraves gelès^ pain décomposé par des champignons j pâles, œufs, lait, crème glacée, poissons, ostracés, etc.
A. EMPOISONNEMENT PAR LA VIANDE. — Les empoisonnements par la viande surviennent ordinairement comme des affections atteignant simultanément un grand nombre de personnes. Les aliments toxiques ne portent que rarement quelques signes extérieurs permettant de conclure à leur composition anomale, comme, par exemple, changement de couleur, mauvaise odeur ou saveur, etc. Il y a plus : les Groenlandais mangent avec gloutonnerie des têtes de phoques pourris, les Indiens de l'île du Prince Rupert, de la viande putréfiée, et les habitants des îles Marquises ne mangent les raies et les squales que s'ils ont déjà commencé à se putréfier. Certaines espèces de viandes, par exemple celle des vaches ayant été atteintes de métrite septique (2) ou d'abcès aux jambes (3), ainsi que celle des animaux ayant été atteints de charbon ou de diarrhée intense (4) peuvent causer des intoxications. Une épidémie de peste bovine ayant éclaté en 1599, le conseil de Venise défendit, sous peine de mort, de vendre la viande de ces animaux; et, en 1677, il mourut beaucoup d'étudiants de Leipzig qui avaient mangé la viande d'animaux malades affectés d' « ulcérations internes ». Un homme ayant mangé 350 gr. de viande crue d'un porc atteint d'érysipèle, tombait malade quelques heures après, affecté de vomissements, diarrhée et fièvre de 41". Il se rétablit le quatrième jour. L'empoisonnement peut être causé par n'importe quelle espèce de
(4) Arch, f, Hyg., Bd VI, p. 124.
(2) Flinzer, Vierteljahrsschr. f. get\ Med., Bd XL, p. 318.
(3) Speyr, Correspondentbl. f, Schweiz, Aertte, 1891, p. 754.
(4) GARTNER, Thûringer CorrespondembL, 1888, n» 9^
viande anormale dont l'albumine contient déjà des dérivés toxiques de la protéine, par exemple : viande de veaUy cailles^ alouettes (1), perdrix^ poitrine d'oie fumèe^ oie rôtie (2), gibier, paie de gibier^ certains organes des animaux, comme le foie^ surtout le foie de veau et d'oie^ restes de graisse et de cervelle fondueSy dont la dernière provoque des affections cholériformes ou exanthématiques, de plus : viande de conserve^ sauce de rôti et aussi potage préparé avec de la viande gâtée. On a vu tomber malades des porcs auxquels on avait donné avec leur nourriture de Teau ayant servi à cuire des jambons, et des chiens ayant ingéré de l'eau dans laquelle on avait fait cuire des saucisses. Ces animaux étaient affectés de convulsions. La viande crue, marinée, bouillie, rôtie et fumée a provoqué des empoisonnements dont l'intensité dépendait de la quantité de viande ingérée, de la nature de ses produits de décomposition ou des agents pathogènes causes de la décomposition', ainsi que de la susceptibilité du sujet. Aucun des procédés de préparation que nous venons d'énumérer ne détruit à coup sûr tous les poisons de la viande, de sorte que la mort peut survenir aussi bien chez des personnes ayant mangé de la viande salée, fumée et bouillie (3).
On a observé déjà au siècle dernier que les mêmes substances alimentaires qui avaient causé des affections graves chez quelques personnes, avaient été mangés, sans inconvénient aucun, par d'autres individus. Ou ces derniers avaient digéré la toxalbumine, ou bien ils l'ont rendue inoffensive d'une autre façon, ou enfin, s'il s'agissait de bactéries pathogènes, ils ne réalisaient pas le terrain favorable pour la pullulation et le développement des microorganismes. Sur soixante-douze familles ayant mangé de la viande gâtée, des empoisonnements ne sont survenus que dans ving-deux d'entre elles, et des cent vingt personnes qui prenaient leurs repas dans les maisons où ont éclaté les empoisonnements, il n'y en eut que quarante d'atteintes (4).
(1) ScHACHTRUPP, Apoth. Zei7., 1886, n» 93.
(2) WiEDNER, Zeitschr. f, Medicinalbeamte, 1890, p. 409.
(3) SiLBEHSCUMiDT, Correspoiidenzbi, f. Schweis. Aerzte, 1896, n® 8.
(4) NiERicKBR, CorrespondentbL f, Schweie. Aère te, 1881, p 642 ; — Relevé des endémies : Bollinger, Bayr, àrzil, IntelligenebL, 1881, n^ 15-18 ; — Senkpiehl, Ueber Massenerkrankungennach Fleischgenuss, Berlin, 1887.
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Haupt isola en 1 887 le Bacillus Proteus (Haus.), d'une viande qui avait produit des intoxications endémiques ; il considéra ce bacille comme la cause de l'action toxique de la viande et G. Pouchet publia en 1895 une observation analogue relative à des accidents, dont quelques-uns furent mortels, causés par ingestion de viande de porc affecté de prieumo-entérite infectieuse (1). Dans des cas récents, on cultiva le Bacillus Pfvteus isolé du contenu intestinal des sujets morts empoisonnés par la viande, et on le trouva dans l'armoire-glacière dont on s'était servi pour conserver la viande (2). Les bactéries appartenant au groupe du B. coli commune^ par exemple le Bacillus enteritidis (G-ertn.) (3), peuvent également provoquer des phénomènes analogues grâce aux toxines éliminées par elles. Leurs corps cellulaires morts agissent aussi comme poisons. Tout récemment, on isola d'un jambon toxique un 5acillus botulinus diUïxèvohï^ qui liquéfie la gélatine et fabrique une toxine très virulente (4). Les cTiiens peuvent aussi être affectés par certaines viandes gâtées (5). La viande des animaux morts après infection par un bacille trouvé dans la viande toxique, a amené la mort d'autres animaux qui Pavaient ingérée (6). Un jambon toxique mangé par des chats, des lapins, des cobayes a provoqué chez eux une affection présentant les symptômes de l'empoisonnement par la viande.
Les premiers symptômes d'intoxication peuvent apparaître dans le cours de un à dix-neuf jours, très rarement plus lard encore. La durée de la maladie peut s'étendre depuis quelques jours jusqu'à cinq semaines. Quelques cas, à marche lente, ressemblent à la fièvre typhoïde ou à la méningite.
Les symptômes consistent en : nausées, vomissements persistants et diarrhée pouvant faire défaut dans les cas malins où elle est remplacée par la constipation. Ces symptômes sont précédés ou suivis de : sensation de sécheresse à la bouche et à la gorge,
(1) G. Pouchet, Ann, d'ffyg. publ, et de Méd, légale, 3« série. t.XXXVH, p. 209.
(2) Levy, Arch. f,exp. Path. u, Pharm., Bd XXXIV, p. 342.
(3) Karlinski, CentralbL f. Bacteriol., Bd Vï, n» 4i.
(4) Van Ermengem, Arch, de pharmacodyn.^ 4896, t. H, p. 355.
(5) Zeitschr.f, Fleisch u. MUchhyg,,\\\, p. 196.
(6) PoELS, WeekbL t?. het. Ned. Tijdschr., 1893, H, n^ 5.
barre à la rég'ioil épigastrique, coliques, sensation* d^être gravement malade, mydriase, scintillements, lassitude et adynamie générale. S'y associent diversement combinés : faiblesse parétique, soif, quelquefois albuminurie, sensation de froid, fièvre très accusée, douleurs à la nuque, céphalée, rachialgie, crampes aux mollets, vertiges, pâleur de la face, petitesse du pouls et refroidissement des membres, enrouement, de temps en temps toux, sensation de constriction à la gorge et dyspnée. La langue peut être couverte d'un enduit aphteux, le pharynx rouge, les amyg- 4iales ulcérées. Surviennent dans des cas isolés : dysphagie, diminution de la quantité des larmes sécrétées, paralysie de laccominodalion, ptosis uni ou bilatéral avec ou sans ophthalmoplégie externe (immobilité des deux bulbes oculaires), soit aussi avec parotidite, en outre : bourdonnement d'oreilles, miction involontaire, ainsi que délires et convulsions. Assez souvent se déclarent des exanthèmes (taches, pétéchies, papules, furoncles, vésicules) accompagnés de : œdème cutané, prurit et fièvre, ou de : épistaxis et entérorrhagies. L'étripage du gibier fut souvent suivi de : gonflement des mains, apparition de pustules, exanthème transporté à des parties éloignées du corps, et récidives répétées après amélioration survenue. Ces toxodermatoscs peuvent s'accompagner de phénomènes généraux graves.
La lassitude, la lourdeur de tête et la faiblesse des membres persistent après la guérison. 11 peut aussi survenir, après un intervalle de plusieurs jours pendant lesquels le malade s'était senti complètement rétabli, un état typhoïde caractérisé par : fièvre (elle peut aussi manquer), diarrhée, rate légèrement tuméfiée, éruption roséoloïde, sensibilité à la pression de la région cœcale, météorisme léger et délire. Cet état peut persister deux à trois semaines et amener la mort par épuisement. Mais la terminaison habituelle, c'est la guérison survenant lentement. Gliniquement, il est important de savoir que, chez les animaux tout au moins, l'élévation de température consécutive à l'intoxication par des viandes avariées s'accompagne toujours de guérison, tandis que l'abaissement delà température au-dessous de la normale coïncide presque toujours avec une issue funeste.
Autopsie. — Souvent gastro-entérite septique ; hyperémie de
Toxicologie. 60
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restomac et de l'intestin et dans ce dernier : hémorrhagies, ulcères (iléon), tuméfaction des plaques de Peyer et des follicules clos transformés quelquefois en eschares, tuméfaction de la rate et petits abcès rénaux.
Traitement. — Evacuation de l'intestin et de l'estomac (vomitifs, purgatifs, entéroclysmes, calomel), remèdes huileux et extrait de belladone.
BLANC D'ŒUF. — Le blanc d'oeuf ancien ou obtenu des œufs congelés, même en omelette ou versé dans la sauce de pudding, peut provoquer : prostration, vomissements, diarrhée, vertiges, céphalée, entraves singulières aux mouvements, cyanose, délires, collapsus, fièvre élevée et troubles cardiaques. Cet état peut persister plusieurs jours.
J'ai exposé précédemment ma manière de voir relativement aux intoxications causées par la crème à la vanille. Dernièrement, on a observé l'intoxication en masse de deux cents individus par un gâteau préparé avec du lait, des œufs, du sucre, de la farine et des noix. Les manifestations de cet empoisonnement furent, en général, bénignes ; cependant, dans quelques cas, la ressemblance avec une intoxication arsenicale était manifeste- Les recherches effectuées sur cette crème ont démontré l'existence du Staphyloeoccus pyogenes aureus qui se développerait dans les crèmes et les pâtes devenant aigres durant les périodes où la température ambiante est élevée. Cette explication paraît au moins douteuse, le staphylocoque doré étant une bactérie banale et journellement ingérée. A mon avis, il faut accorder une bien plus grande importance aux produits, encore inconnus, de la décomposition des albuminoïdes.
B. EMPOISONNEMENT PAR LES SAUCISSES. — Le hotulisnie {AUantiasis)^ connu depuis 1735, survient en cas isolés ou sous forme d'un empoisonnement en masse (quatre cents personnes à Middelbourg) (1). Autrefois la trichinose était assez souvent prise pour
(4) Miller, D. Zeitschr, f.pvakt, Med., 1875, n^s i-3.
le botulisme. Il se rencontre avec une fréquence et une gravité particulières en Souabe. Sur quatre cents empoisonnements ayant eu lieu en Wurtemberg pendant cinquante ans (1800-1850), il y eut cent cinquante cas de mort (1). C'est le mois d'avril qui présentait le plus d'empoisonnements, le reste se partageait essentiellement entre l'hiver et le printemps. Ce sont les gros boudins ou andouillettes bien bourrés, dans lesquels la fumée n'a souvent pas pénétré jusqu'au centre, qui, par conséquent, se décomposent facilement et donnent principalement naissance à des empoisonnements. Des masses molles, comme la gélatine, visqueuses, ont été à plusieurs reprises trouvées au centre du saucisson. Jusqu'ici, on ne connaît pas la raison pour laquelle les saucisses deviennent de couleur grise sur la surface de section. Aucune des circonstances de leur préparation, proportion d*eau qu'elles renferment, nature des condiments ajoutés, etc. ne permet d'expliquer ce phénomène. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'intervention d'aucune espèce de bactérie ne peut être invoquée, bien que l'on ait prétendu pouvoir accuser do cela le Bacillus mesentericus vulgatus.
Dans un cas avec issue fatale, examiné par moi, où il s'agissait d'un cervelas à odeur appétissante, j'ai trouvé des fentes larges non aux endroits où étaient enlevées le« tranches ayant amené la mort, mais beaucoup plus profondément. 11 peut arriver que sur plusieurs saucisses préparées simultanément et de la môme façon, il n'y en ait qu'une de mauvaise qualité. Les saucissons faits avec de la viande ayant provoqué antérieurement des empoisonnements, se sont montrés toxiques, eux aussi. Ce sont surtout les saucissons faits avec la viande des veaux morts-nés, qui sont réputés comme très dangereux.
La cause de l'action toxique des saucissons doit être cherchée dans les bactéries appartenant peut-être au groupe du Bacterium coli dont plusieurs se trouvent dans les saucissons à l'état actif ou latent, soit^ ce qui est plus probable ^ dans des Toxoprotèines pt^è^ formées^ PFEiFFERa trouvé des bacilles-virgules du choléra, inaptes
(1) ScHLOSsBERGER, Avc. f. phi/s. Heilk , Bd XI, p. 709; — Reisz, Wiener med Presse, i891, p. i8(>i; — SoucHAY, Zur Kenntn. d. Wurslvergifl,, l^Ubingen, 1889.
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à so développer, dans les morceaux de saucisson que je lui avais rerais pour l'examen. Je suis convaincu que les bases, telles que choline et névrine, di et triméihylamine (1), trouvées, d'une part, dans les saucissons fétides, et, d'autre part, obtenues des cultures d'un microorganisme trouvé dans des saucissons semblables (2), n*ont rien à faire avec le botulisme. Les saucissons infects ne contiennent que rarement ces substances. Les expériences faites sur les animaux (on leur donnait à manger des saucissons toxiques) ont, jusqu'à présent, donné, dans la plupart des cas, des résultats négatifs. Un sing-e supporta bien les saucissons qui avaient amené la mort d'un homme.
Les sujets âgés et débilités seraient plus gravement atteints que d'autres personnes. Dans des cas isolés, il suffisait de une à deux tranches pour provoquer des phénomènes d'intoxication. Les premiers phénomènes furent observés déjà après une demiheure (3), mais ordinairement ils apparaissent dans Tespace de douze à vingt-quatre heures. Toute la durée de l'affection peut se borner à trois quarts d'heure (4), et la mort peut survenir dans l'espace de six à treize jours (5).
Les premiers symptômes consistent en : nausées, vomituritions, vomissements, soif ardente et diminution des sécrétions salivaire, sudoripareet lacrymale (k ptyalisme n'est observé qu'exceptionnellement), céphalée, vertiges, mydriase, diarrhée et plus rarement constipation.
S'y associent dans des cas plus graves : douleurs à l'épigastre, ténesme, souvent aussi fièvre et dysphagie, éruption aphteuse dans la bouche, enduits visqueux sur les amygdales et le pharvnx, sécheresse de la peau, parfois herpès labial, voix rauque, atone^ et toux comme dans le croup. On a constaté du coté des veux : mydriase, pupilles immobiles, obscurcissement de la vue, diphv pie, amblyopie ou a maurose, paralysie de raccommodalion (6} el
(1) EfmENBkRG, Zeitschr. f. phys, Chemie, XIII, p. 239.
(2) Nauwergk, VVartt. Correspondensbl., i886, p. t54.
(3) Kavtzer, Deutsche med, Wochenschr., t88i, no 7.
{i\ KiïHN, Vers, ûb, d. Wurstgift, k'dsegift, 1824, p. 123. (5) Deutsch, Pneus, med, Vereins-Zeit., n° 4, 1851. (G/ Leber Arch. f, Ophthalm,, Bd XXVI, p, 236.
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ophthalmoplég'ie, parfois avec plosis. La face est pâle et immobile, le pouls petit et faible (1), il y a des troubles du lang-ag^e (2). Surviennent en outre ultérieurement : sensation de froid, sueurs froides avec faiblesse ressemblant à la paralysie, météorisme, sommeil inquiet et dyspnée. La faiblesse allant en s'accentuant, la mort finit par avoir lieu le malade ayant, dans la majorité des cas, conservé la conscience intacte. Les convulsions ne se rencontrent que rarement. Des récidives surviennent après guérison apparente. La guérison ne s'effectue que lentement.
Autopsie. — On a trouvé quelquefois dans l'intestin des parties enflammées etdessuffusionssang'uines. On a noté une fois l'existence d'une hépatite interstitielle.
Traitements — Comme en cas d'empoisonnement par la viande. Même plusieurs jours après l'intoxication il est indiqué de prescrire : vomitifs (élimination possible du poison par l'estomac), entéroclysmes, ainsi que pilocarpine en injection sous-cutanée,
C. EMPOISONNEMENT PAR LE FROMAGE. — xN'importe quel fromaj[>-e devient toxique dès que certaines substances protéiques s'y sont formées par suite de la décomposition de la caséine ou de la lactalbuniine. Cela peut avoir lieu (mais non nécessairement) sous l'influence des champig^nons, par exemple, du Bacillus pyocyaneus (3). Il va sans dire que, outre les protéines, d'autres produits de décomposition peuvent se former encore. Ce dont Je ne doute nullement^ c'est que la soi-disant Tyrotoxine (4), mot dont la définition exacte n'est pas même donnée, mais qui est devenu de pratique courante, n^ a rien à faire avec le <t Poison du fromage ». On a aussi considéré comme des poisons du fromag^e : une base cristalline C'^H^^Az^O* qui provoque des vomissements chez les cobayes (5), et une autre base qui paralyse les grenouilles à la dose
(4) PÛRKUAUER, Bayr. œrttl. IntelligenzbL, 1877, n»> 25.
(2) RôsER, WûrUemb. Correspondenzbi., 4842, Bd XH, p. 4.
(3) Oo trouve dans le fromage et le lait un grand nombre de champignons, par exemple : diverses espèces de Saccharomyces, formes conidiennes de champignons^ pèrisporieSf zygomycetes, etc.
(4) Vaughan, Zeitschr, f.phys. Chem.^ X, p. 146.
(.^) Lepif.hae, Journ.de pharm. etde chim.y t. X, p. 524.
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de 0 milligr. 5 (1). Les acides gras, même en quantité lell^ qu'ils produisent une sensation de cautérisation à la bouche, sont tout à fait négligeables au point de vue qui nous occupe ici. L'empoisonnement du chat n'est pas causé par n'importe quel fromage toxique. Les premiers symptômes apparaissent soit immédiatement après l'ingestion, soit après une demi-heure à douze heures; la mort survient dans l'espace de vingt-quatre heures.
On a observé les symptômes suivants : sensation de sécheresse et de brûlure à la bouche, vomissements persistants, hématémèses, gastralgies, coliques, diarrhée avec ténesme (ces symptômes peuvent aussi faire défaut), entérorrhagies, soif, prostration, pâleur, cyanose et refroidissement des membres, délire alternant avec aphasie, trismus léger (2), sensation de chaleur et de froid, parfois aussi accélération du pouls et de la respiration et, dans des cas isolés, salivation. Les troubles visuels sont assez fréquents : diminution de l'acuité visuelle, pupilles dilatées et ne réagissant ni à la lumière, nia l'accommodation, diplopie et ptosis.
La terminaison se fait parfois rapidement s'il éclate un frisson violent suivi de transpiration profuse; dans d'autres cas les phénomènes de gastro-entérite, d'intensité variable, persistent encore pendant quelques jours, et, dans des cas rares, se déclare, après la cessation des vomissements, une affection ressemblant au typhus : selles couleur purée de pois, délire furieux, formation de croûtes dans la cavité buccale et aux ailes du nez, ulc^ rations de la muqueuse buccale, tressautements des tendons, gangrène aux trochanlers, écoulement purulent du vagin, kératite suppurée, hypopion et fonte de l'œil avec cécité absolue (3). La mort en convulsions peut avoir lieu dans l'espace de huit à vingt-quatre heures, et la guérison peut survenir après huit jours et même plus tard.
Si les produits de décomposition du fromage pénètrent dans l'œil, il peut y avoir un gonflement énorme de la cornée, qui ne tarde pas toutefois à disparaître.
(1) DoKKUM, yed, Tijdschv. voor Pharm., 189i, p. 213.
(2) Ehrhardt, Vereinsbl. d. Pfàls. Aergie, 1887, HI. p. 4.
(3) Pfluger, Wantemb, Correspondencbi., i894, n* 19.
POISONS AUMENTAIRES 103i
Autopsie, — Chez tous les sujets morts empoisonnés par le fromage, les follicules clos ont été trouvés tuméfiés.
Traitement. — Le même qu'en cas d'empoisonnement par la viande.
D. EMPOISONNEMENT PAR LE LAIT. — Le lait peut provoquer des empoisonnements aigus et chroniques :
1. S'il provient d'animaux malades (septicémie, entérite hémorrhagique, pommelière (maladie des glandes) ou autres maladies infectieuses aiguës), et, par conséquent, s'il contient soit des toxalbumines, soit des bactéries pathogènes. On a observé après l'ingestion du lait provenant d'une vache malade (entérite hémorrhagique) : vomissements, selles sanguinolentes, albuminurie, engourdissement et délire. La guérison est survenue dans l'espace de dix-neuf jours dans les cas les plus graves (1). Sur deux enfants qui avaient bu du lait de vache affectée de fièvre aphtheuse, l'un présentait une conjonctivite violente, des aphthes dans la bouche et de la fièvre, le second des vomissements et de la diarrhée qui le firent succomber.
2. S'il est infecté par des microorganismes venus du dehors et que, sous Tinfluence de ceux-ci ou d'autres causes, s*y déclarent des processus de décomposition allant jusqu'à la formation des dérivés toxiques de nature albuminoïde ou d'autre nature (Lactotoxines). La réaction neutre du lait entraverait la formation des toxines sous Tinfluence des bacilles du choléra, delà diphtérie et du tétanos, tandis que la réaction alcaline ne s'y opposerait pas.
3. S'il contient des alcaloïdes, des glucosides ou d'autres substances toxiques provenant de plantes vénéneuses introduites par l'intermédiaire du fourrage, par exemple le colchique, ou de toute autre nourriture renfermant des substances toxiques. Des enfants, jusqu'à l'âge de six mois, ayant bu du lait provenant de vaches nourries avec le marc du malt provenant des brasseries, furent atteints de : diarrhée, soif, vomissements.
(i) (jAFFKY, Deutsche me<L Wochenschv., 1892, p. 297.
1U32 POISONS MÉTABOLIQUES
troubles respiratoires, pâleur de la face et amaigrissement (I).
FERMENTS HTDROLITIQUES. — L'mt?^Wm^ et probablement d'autres ferments hydrolitiques exercent sur les animaux à sangchaud une action toxique et provoquent chez eux de la fièvre. C.ette action n'est pas due aux bactéries qui sont injectées aux animaux simultanément avec eux, car elle se manifeste aussi (juand les bactéries ont été tuées par la désinfection ou que l'on s'en est débarrassé par la filtration (2).
SÉRUM SANGUIN. — Les lapins succombent à l'injection (par kilo de lapin) de 11 ce. de sérum de chien, 9 ce. de sérum de chat, 7 ce. de sérum de veau, 35 ce. de sérum de porc, 44 ce. de sérum de cheval. La mort est précédée de troubles respiratoires et de convulsions (3).
H) RosKAM. Ann. de la Soc. de Méd. de Liège, 1895, p. 159.
(2) KiONKA. Deutsche med. Wochenschrift, 1896, no38. On y trouvera aussi une bibliographie détaillée. •
(3) Weiss, Pflûger's Archiv, 1896, Bd LXV, p. 215.
[Les procédés à employer étant différents pour chaque substance toxique en particulier, je me bornerai à la description d'une méthode générale, applicable dans tous les cas, et servant en quelque sorte d'introduction à toute recherche toxicolog'ique complète. Les résultats obtenus par ces premières investig'ations devront toujours être confirmés par la recherche spéciale et l'isolement de la substance toxique décelée, au moyen du procédé particulier à cette substance.
Examen des scellés. — La première opération nécessitée par toute recherche toxicologique est Vexamen des scellés, car c'est la plupart du temps sous cette forme que les matières suspectes sont confiées au toxicologue pour eflFectuer SCS recherches Toutes les particularités, même les plus insignifiantes révélées par cet examen, doivent être notées avec soin et exactitude et reproduites fidèlement dans le rapport définitif: constatation de l'intégrité des scellés, description de leur aspect (forme, dimensions, poids, etc.), énumération des organes, fragments d'organes ou tous autres objets qu'ils renferment.
La meilleure manière de procéder à ces déterminations consiste à verser le contenu de chaque scellé dans une cuvette à photographie en porcelaine émaillée. Il est possible de cette façon d'étaler les organes, ou les objets à examiner, de manière à pouvoir se servir au besoin de la loupe pour étudier leur surface et recueillir, si cela paraît nécessaire, des parcelles d'une substance suspecte adhérant à la masse : dans les empoisonnements par le phosphore ou l'acide arsénieux on arrive souvent ainsi à découvrir des grains isolés de phosphore ou d'acide arsénieux, dont l'identification est alors des plus faciles, et sur la présence desquels l'attention est plus spécialement attirée par suite des taches ccchymotiques, parfois même des exulcérations, qu'ils déterminent à leur pourtour. On peut encore rencontrer des parcelles à éclat métallique qui font songer à l'arsenic, à l'antimoine; aux sulfures d'antimoine, de plomb, etc. Un examen attentif peut encore permettre de séparer de la masse des débris végétaux ou animaux des plus caractéristiques, tels que: débris de feuilles, tiges, graines, spores et tissu cellulaire de champignons, éljtres de cantharides, etc. La décou-
vertede ces poils qui existent sur la surface cornée de la voie vomique peut, par exemple, démontrer que l'intoxication a eu lieu au moyen de la poudre de noix vomique et non par Temploi de la strychnine pure. On ne saurait pratiquer ce examen avec trop de patience et de persévérance ; il peut en effet fournir les renseignements les plus importants relativement à la recherche chimique, et l'opérateur est parfois largement récompensé du temps qu'il a employé àcette délicate et pénible recherche. L'observation méthodique passant graduellement de l'examen à Tœil nu à l'examen à l'aide de la loupe, puis du microscope, en faisant usage de grossissements croissants, est surtout indispensable pour l'estomac et l'intestin, ainsi que pour leur contenu. Cela permet en effet de résoudre deux questions dont l'importance est souvent considérable et qui sont, par cela même, très fréquemment posées aux experts, savoir :
1" Quelle est la nature des aliments ingérés ?
2* A quelle époque de la digestion la mort est-elle survenue?
C'est ainsi qu'un grand nombre de végétaux et de produits alimentaires peuvent être caractérisés par la forme de leurs débris, notamment des grains de fécule , dont la transformation plus ou moins avancée permet de déterminer, dans une certaine mesure, la période à laquelle la digestion était arrivée.
L'état relatif de conservation ou de putréfaction des organes doit être pris également en sérieuse considération, eu égard au temps qui s'est écoulé depuis la mort. Quelques poisons, en effet, ont la propriété de s'opposer avec une certaine énergie au développement de la putréfaction, tandis que d'autres déterminent au contraire une putréfaction hâtive. Mais ces caractères perdent la plus grande partie de leur valeur lorsque les matières suspectes sont lestées un temps assez long renfermées sous scellés, et surtout si elles ont été maintenues à une température un peu élevée.
L'examen histologique des liquides devra être faitavecles mêmes précautions et la même minutie, mais il faudra se hâter d'en renfermer la presque totalité dans des flacons bien bouchés pour les soumettre le plus rapidement possible à l'analyse chimique, afin d'éviter soit Toxydation ou la décomposition de substances facilement altérables (phosphore, hypochlorites alcalins, etc.), soit la perte de corps facilement volatifs (alcools, chloroforme, éther, acide cyanhydrique, huiles essentielles, camphre, alcaloïdes volatils, créosote, etc.). Dans ces derniers cas, les liquides exhalent, soit spontanément, soit sous l'influence d'une légère élévation de température, une odeur caractéristique qui met aussitôt sur la voie de la recherche à entreprendre. L'examen histologique des liquides peut être pratiqué extemporanément et nécessite seulement une très petite quantité de substance qu'il faudra avoir eu soin de bien mélanger au préalable, pour qu'elle représente exactement la moyenne du fluide soumis à l'observation. Lorsque l'examen histologique approfondi d'organes solides sera reconnu nécessaire, on devra détacher de la masse totale des fragments qui seront conservés et durcis, suivant les cas, soit dans l'alcool absolu, soit dans du liquide de Mûller, ou par tout autre procédé usité dans la technique histologique.
La réaction acide ou alcaline de Testomac, des intestins et des substances qui sont contenues dans ces viscères, doit 6tre notée avec le plus grand soin. Normalement, au bout de quelques jours et par suite de la fermentation ammoniacale, les organes d'un cadavre présentent une réaction manifestement alcaline au papier de tournesol rouge ; Todeur ammoniacale est, de plus, très nettement perceptible. Mais, si la décoction aqueuse d'une petite portion d'organes possède une réaction alcaline intense, ce qu'il est aisé d'apprécier par un essai alcalimétrique approximatif, et si cette réaction alcaline ne diminue pas sensiblement après une ébullition soutenue, il y a lieu de soupçonner la présence d'alcalis caustiques ou carbonates et d'en effectuer la recherche par les méthodes appropriées. Si au contraire la réaction au papier de tournesol du tube digestif et des substances qui y sont contenues est fortement acide, et surtout lorsque cette acidité est constatée un temps assez long après la mort, il y a lieu d'opérer la recherche des divers acides.
La couleur de la muqueuse des organes digestifs ainsi que celle de leur contenu, ou, mieux encore, des matières vomies, peut avoir aussi une très- précieuse signification. Une coloration intense en rouge, en violet, en bleu, fait penser aussitôt à une intoxication au moyen de dérivés de l'aniline, de bleu d'indigo ou même de bleu de Prusse (encre bleue, solution de bleu de Prusse dans l'acide oxalique). Les fruits de certaines plantes, tels que les baies de belladone, de phytolacca, de sureau, de myrtille, etc., etc., sont également susceptibles de déterminer des colorations diverses. L'acide picrique se révélerait par une coloration jaune intense ; il en serait de même de l'acide nitrique, mais alors cette coloration jaune serait accompagnée de lésions plus ou moins considérables, allant parfois jusqu'à l'escharification.
Toutes ces constatations seront bien plus fructueusement et plus facilement faites au moment de l'autopsie, et leur importance devient alors capitale, tandis que la plupart peuvent devenir illusoires ou sans la moindre valeur lorsque les viscères ont été mis sous scellés par des personnes étrangères k ces manipulations aussi minutieuses que délicates.
Ces opérations préliminaires une fois terminées, et je ne saurais trop insister sur les soins et la minutie qui doivent y être apportés, l'investigateur, s'il n'a pu découvrir ainsi quelque indice qui le mette sur la voie d'un poison déterminé, aura recours à la méthode suivante pour arriver à fixer le point sur lequel doivent porter plus spécialement ses recherches.
Méthode générale pour les recherches toxicologiques. — Les cas dans lesquels une recherche toxicologique peut être bornée à la simple constatation de l'existence d'un poison déterminé, sont extrêmement rares. Pour acquérir la certitude qu'une substance toxique isolée des viscères a suffi, à elle seule, pour déterminer la mort, il est en effet nécessaire de prouver qu'aucun autre produit vénéneux ne se rencontre en môme temps, en proportion sensible, dans les organes soumis à l'analyse; ce qui revient, en définitive, à rechercher toutes
les substances toxiques. La découverte et risolcment il*une quantité même considérable d'un poison quelconque ne doivent pas faire négliger cette recherche jS^^^néralc dont l'oubli peut amener des incidents aussi préjudiciables à la découverte de la vérité qu'à la réputation d'habileté et de circonspection de l'expert.
Malheureusement, si les chimistes se trouvent en possession de méthodes d'analyse permettant d'arriver sûrement à isoler et à caractériser les substances simples ou composées d'origine minérale, il s'en faut de beaucoup que la recherche des composés organiques offre la même sécurité à l'opérateur. La plupartdes matières organiques de nature alcaloTdique sont assez mal connues, et leurs réactions, tant chimiques que physiologiques, sont loin de présenter la netteté et la décision de celles des poisons minéraux. Si la difficulté est déjà grande lorsqu'il s'agit d'isoler les poisons organiques des substances, en général fort complexes, dans lesquelles ils se trouvent normalement contenus, elle est encore bien plus considérable pour le toxicologue qui doit retrouver une proportion le plus souvent extrêmement faible de substance toxique répandue dans une masse énorme de produits étrangers, la plupart du temps en cours de putréfaction.
En raison de ses caractères particuliers de solubilité dans tel ou tel dissolvant, et suivant des conditions déterminées, il semblerait que chaque substance vénéneuse dût exiger un mode spécial de traitement pour sa séparation ; et en effet, tel procédé d'analyse qui donne de bons résultats avec un alcaloïde déterminé laisse perdre ou altère la majeure partie d'un autre. D'ailleurs, dans la pratique, ce mode de recherche est absolument irréalisable ; il exigerait trop de temps et une trop grande quantité de substance pour chaque mode de traitement en particulier.
Dans certains cas, il est vrai, l'instruction judiciaire peut fournir des données qui mettront l'expert sur la voie de la recherche à effectuer. Une substance vénéneuse peut avoir été trouvée et saisie par les magistrats instructeurs, ou bien encore l'examen chimique de médicaments ou du contenu de fioles, paquets, etc., saisis soit chez la victime, soit chez l'inculpé, peut indiquer dans quelle direction il faut commencer les recherches chimiques. Il est alors rationnel d'appliquer à une notable partie des organes le traitement le plus convenable pour l'isolement et l'identification de la substance reconnue par ces indications préliminaires et de réserver une moindre portion pour la recherche générale de toutes les substances toxiques.
Il est encore d'autres sources d'indications auxquelles il ne faut jamais manquer d'avoir recours. En première ligne vient se placer l'étude des symptômes qui ont précédé et accompagné la mort, et qui sont parfois assez caractéristiques de tel ou tel poison. Puis, certaines substances toxiques produisent dans l'organisme des désordres nettement caractérisés et qui sollicitent l'attention soit par la coloration communiquée aux tissus, ou bien par l'odeur qui se manifeste à l'ouverture du cadavre; parfois encore par la présence dans les
MÉTHODE CwRNRRALE DE RECHERCHES 1037
cavilés naturelles de débris reconnaissables à Tœil nu on armé du microscope. J'ai insisté précédemment sur ce dernier point.
Mais, lorsque toute indication manque, ou bien lorsque des scellés sont confiés à l'expert à l'effet de déterminer s'U y a eu empoisonnement, c'est alors que la difficulté se présente tout entière et qu'il est indispensable de recourir à une méthode sérieusement méditée et susceptible de fournir des indications précises sur l'existence du plus ^rand nombre possible de produits toxiques.
Les exigcenccs auxquelles doit répondre cette méthode générale d'investigation sont les suivantes :
1*^ Donner des indications relatives à la détermination de tous les composés toxiques ;
2<* Employer seulement des procédés d'isolement incapables d'altérer les composés toxiques qui peuvent exister dans les divers mélanges;
3** Permettre de réserver les movens de pratiquer une contre-expertise;
4** N'utiliser que des méthodes certaines et sanctionnées par l'expérience.
La réalisation de ces diverses conditions, et surtout de la première, est extrêmement délicate, et l'on n'est pas encore en possession d'une méthode sûre et infaillible qui donne la certitude absolue de ne laisser échapper à la recherche aucun composé toxique. Dans l'état actuel de nos connaissances toxicologiques, et en l'absence de tout renseignement fourni par l'instruction judiciaire, les cas dans lesquels il est permis, après les recherches les plus complètes et les plus consciencieuses, d'arriver à un résuhai absolument certain, soit positif, soit négatif, sont assez rares et bornés à la détermination des toxiques minéraux et de quelques poisons organiques.
Malgré les travaux des hommes éminents qui se sont spécialement adonnés à la toxicologie, cette science est encore dans l'enfance, bien que l'emploi des procédés exacts et délicats de l'expérimentation physiologique lui aitfaitaccomplir, dans ces dernières années surtout, de grands progrès. Depuis Orfila, qui institua le premier des méthodes rigoureuses en toxicologie, les savants qui ont poursuivi ces études ont perfectionné les procédés en cherchant à les rendre applicables à la recherche du plusgrand nombre possible de composés toxiques. Mais chacun de ces procédés avait en vue un but déterminé, soit la recherche de certains composés toxiques minéraux, soit la recherche des poisons d'origine organique. C'est à M. Naquet que l'on est redevable de la première méthode analogue à celle employée dans l'analyse minérale et pouvant servir de guide pour la détermination de l'existence d'un composé toxique quelconque.
La méthode générale que je vais décrire et que j'ai définitivement adoptée pour les recherches toxicologiques est composée d'éléments empruntés aux procédés de Naquet, de Boutmy, de Stass et Otto, de Dragendorff. Elle n'est destinée qu'à servir de reriseignements, et il est nécessaire de compléter les indications qu'elle peut fournir par la recherche, l'isoieinent et, s'il est possible, le dosage du toxique dont elle a révélé la présence. On doit alors, ainsi que je l'ai déjà dit. recourir au procédé de recherche et de
séparation qui convient le mieux pour ce poison. Vient-on, par exemple, à reconnaître ou seulement à soupçonner, par l'emploi de cette méthode générale, la présence d'un alcaloïde déterminé dans les organes soumis à l'anal jse, on exécute sur une nouvelle portion des viscères une recherche spéciale par le procédé d'extraction particulier à cet alcaloïde ou au groupe d'alcaloïdes dont fait partie celui que l'on croit exister dans le mélange ; on évite de la sorte, dans l'incertitude où l'on se serait trouvé au début des opérations, d'appliquer à la recherche de cet alcaloïde un procédé capable d'en altérer une certaine proportion, parfois même de le faire perdre en totalité.
Après avoir effectué, comme je l'ai indiqué précédemment, un examen histologique minutieux des liquides et des solides contenus dans l'estomac et les intestins, ainsi que des parois de ces organes, je divise ces viscères et leur contenu en quatre portions ; je divise également en quatre parties le foie, la rate et les reins, et je réserve le cerveau pour la recherche des toxiques volatils (anesthésiques notamment) et pour certaines expériences de contrôle relatives à l'existence de poisons se localisant plus spécialement dans les centres nerveux. Le sang et l'urine, lorsqu'on a pu se procurer ces liquides, sont soigneusement réservés pour les expériences de contrôle, principalement pour la recherche des alcaloïdes ; et, afin d'éviter l'altération ou même la destruction de ces composés pendant la fermentation putride, j'additionne ces humeurs de la quantité strictement suffisante d'acide citrique parfaitement pur pour donner au papier de tournesol une réaction franchement acide, et je leur ajoute ensuite trois ou quatre fois leur volume d'alcool fort. Dans ces conditions, les mélanges alcooliques et acides peuvent être abandonnés pendant la durée des opérations nécessitées par l'examen au moyen de la méthode générale de recherche, sans qu*ils subissent d'altérations.
Il faut avoir soin, pendant la durée des essais chimiques, de placer les matières suspectes qui ne sontpas en traitement dans des flacons bien bouchés et de mettre ces vases dans un endroit froid, pour éviter autant que possible la décomposition putride qui peut déterminer des altérations telles que l'existence de certains composés toxiques peu stables ne puisse plus ensuite être démontrée. Une glacière convenablement disposée réaliserait à cet égard toutes les conditions désirables.
Toutes ces précautions prises, j'aborde les investigations chimiques en mettant en œuvre, à la fois, la recherche des toxiques minéraux et celle des alcaloïdes. La première portion des matières suspectes est consacrée à la recherche des toxiques minéraux et de certains composés volatils ; la seconde, à la recherche des alcaloïdes. La troisième portion est réservée pour les expériences de contrôle; c'est avec cette partie des matières suspectes que j'effectue la séparation et, s'il est possible, le dosage de la substance toxique dont l'existence aura été reconnue précédemment. Quant à la quatrième portion, elle est mise sous scellés et conservée pour servir, au besoin, à pratiquer une contreexpertise.
Recherche des toxiques volatils. — La première portion des matières suspectes est traitée de la façon suivante ; après avoir réduit en pulpe lés parties solides, on les mélangée aux liquides et le tout est additionné d'une quantité d*eau distillée telle que la masse soit très fluide. Ce mélange est alors rendu légèrement acide, s'il ne Test déjà, par l'addition d'une quantité suffisante d'acide sulfurique, puis on l'introduit dans un appareil de Mitscherlich installé dans une chambre noire. L'appareil est chauffé d'abord avec ménagements, puis l'on mène plus vivement la distillation jusqu'à ce que l'on ait condensé environ la moitié ou les trois quarts du volume de la masse totale. La distillation peutétre poussée jusqu'à ce que le contenu du ballon de l'appareil Mitscherlich soitii l'état pâteux, mais il est préférable d'arrêter l'opération un peu avant que ce point soit atteint.
Cette distillation doit être conduite avec le plus grand soin, si l'on veut en tirer tous les renseignements qu'elle est susceptible de fournir. Je la pratique généralement en deux fois : le ballon de l'appareil Mitscherlich est chauffé d'abord au bain d'eau saturée de chlorure de calcium en réglant la, flamme du gaz chauflFant le bain marie de façon à maintenir une ébullition lente et régulière dans le ballon. Le liquide condensé dans le réfrigérant fortement refroidi est reçu dans un récipient tubulé hermétiquement clos et communiquant avec un tube à boules (tube de Liebig ou tube de Mohr à double soudure et à cinq boules) contenant une solution d'azotate d'argent au dixième dans laquelle viennent barboter les gaz et vapeurs qui ont échappé à la condensation. Après deux heures environ, le feu est éteint, l'appareil refroidi, et la distillation est reprise en chauflPant cette fois au bain de sable et de façon à entretenir une ébullition tumultueuse ; le récipient dans lequel on reçoit les produits de la condensation est changé, s'il y a lieu, et dans ce cas on examine à part chacun des liquides distillés. Le premier liquide est surtout intéressant au point de vue de la détermination du phosphore et de l'acide cjanhydrique ; le second produit de condensation renferme principalement les phénols, huiles essentielles et essences, mais il peut contenir aussi de l'acide phosphoreux ; il est inutile d'y rechercher l'acide cyanhydrique qui a passé entièrement à la première condensation.
Cette opération permet de déterminer les corps suivants :
Phosphore et ses premiers produits d'oxydation ;
Acide cyanhydrique (ou cyanures décomposables en liqueur faiblement acide) ;
Phénols (phénol proprement dit, créosote, thymol) ;
Huiles essentielles et essences (rue, sabine, if, genièvre, térébenthine, etc.);
Enfin, dans des cas très rares, certains composés très facilement volatils, tels que: alcool, éther, chloroforme.
Phosphore. La présence de ce corps peut être révélée par des lueurs qui se produisent au commencement de la distillation dans le tube refroidi de l'appareil de Mitscherlich et dans les premiers produits de condensation. Il est toute-
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fois nécessaire de se rappeler que des traces de produits hjdrocarbonés, tels que: alcool, éther, essence de térébenthine surtout, etc , peuvent empêcher complètement la phosphorescence, et que, dans certains cas où le phosphoi*e ne se trouve dans les matières suspectes qu'en proportion extrêmement minime, il peut s*oxyder suffisamment pendant la distillation pour passer à Tétat de composés oxygénés dépourvus de la propriété de briller dans Tobscurité. Dans ces cas, on peut retrouver dans les produits de la condensation, soit du phosphore en nature, soit des acides phosphoreux et hypophosphoreux. Le phosphore en nature se reconnaît facilement à ses caractères extérieurs ; pour reconnaître les produits de son oxydation, on traitera une portion du liquide distillé par une solution d*azotate d'argent au dixième. Si ce liquide contient de Tacide phosphoreux, il se produira alors un précipité brun de phosphure d'argent qui sera recueilli sur un filtre, lavé à l'eau distillée bouillie et identifié au moyen de la coloration vert émeraude qu'il communiquée la flamme de l'hydrogène lorsqu'on l'introduit dans un appareil producteur de ce fs^az. On pratiquera aussi l'analyse spectrale de cette flamme colorée pour y déterminer l'existence des raies caractéristiques du phosphore (Voir p. 196/.
Acide cyanhydrique. Pour caractériser dans le produit de la distillation l'acide prussique, il est parfois nécessaire de soumettre à une seconde distillation fractionnée le liquide condensé en premier lieu. A moins que la proportion de l'acide cyanhydrique contenu dans les produits condensés lors de la première opération ne soit assez considérable, ce qui est rare, ce liquide est trop aqueux pour donner des réactions précises, et il est nécessaire de le distiller de nouveau en se servant d'un ballon muni d'un tube à distillation fractionnée de Le Bel et Henninger. On chauffe doucement jusqu'à ce que le quart au plus du liquide ait passé à la distillation : la liqueur qui reste dans le ballon peut encore servir à la détermination du phénol et des huiles essentielles, si l'on a eu la précaution de chauffer le liquide au bain d'eau saturée de sel marin et sans trop dépasser la lempérature d'ébullition.
Dans le liquide condensé pendant cette seconde distillation, on reconnaîtra la présence de l'acide cyanhydrique aux caractères suivants :
i** Une portion du liquide distillé traitée par une solution d'azotate d'argent donne un précipité blanc de cyanure d'argent. Ce précipité recueilli sur un filtre, lavé à l'eau distillée et séché, est introduit dans un petit tube fermé d'un bout ; on fait tomber sur lui une parcelle d'iode, on agite pour mélanger le tout et l'on chauffe doucement; il se produit de l'iodure de cyanogène qui se condense dans les parties froides du tube sous forme de cristaux aiguillés d'aspect nacré.
2^ Une portion du liquide distillé est additionnée d'une petite quantité de lessive de soude ou de potasse, puis de quelques gouttes de sulfate ferroso-ferrique; on agite fortement dans un tube bouché, puis on ajoute à ce mélancr^ de l'acide chlorhydrique que l'on y fait tomber goutte à goutte jusqu'à réaction franchement acide, et l'on voit apparaître un précipité de bleu de Prusse. Lors-
que la proportion d'acide cyanh^drîque est très faible, on n'obtient de cette façon qu*un liquide plus ou moins coloré en vert; en abandonnant ce liquide au repos, il s y dépose à la longue quelques flocons de bleu de Prusse.
Phénols. Huiles essentielles. Essences, Lorsque la recherche de Tacide cyanhydrique, effectuée comme je viens de le dire, sur une très petite portion du liquide de seconde distillation, a conduit à un résultat négatif,.on rajoute le reste de ce liquide au contenu du ballon et on recherche dans la totalité du produit le phénol, la créosote, le thymol, ainsi que les huiles essentielles'et les essences qui peuvent avoir été administrées dans le but de provoquer un avortement. Le liquide condensé pendant la première distillation peut en effet' contenir tous les composés toxiques volatils par eux-mêmes ou susceptibles d'être entraînés par la vapeur d'eau. Le plus g^énéralement, ces substances communiquent au liquide distillé une odeur spéciale à chacune d'elles et lui donnent un aspect louche dû à la présence de gouttelettes extrêmement ténues qui sont en suspension dans la liqueur.
Il est toutefois bien rare que le liquide condensé possède une odeur assez caractéristique pour qu'il soit possible de ne conserver aucun doute sur la nature du composé qui y est contenu. Comme j'ai pu m'en assurer bien des fois, lorsqu'on soumet à la distillation, dans un milieu légèrement acide, des matières organiques animales, et à plus forte raison des substances ayant déjà subi un commencement de décomposition putride, on obtient constamment un liquide condensé fortement odorant etd'aspect trouble, dans lequel il est possible de déterminer la présence, entre autres produits, d'acides gras volatils, et de traces de scatol et d'indol. Ces divers composés, se dissolvant facilement dans les véhicules tels que l'éther, le pétrole léger, le chloroforme, la benzine, qui servent à séparer de l'eau les composés toxiques dont nous nous occupons en ce moment, rendent la détermination de ces derniers corps extrêmement difficile et délicate et, lorsqu'ils existent seulement en quantité minime dans les matières suspectes, leur présence ne peut plus être affirmée avec une entière certitude, au moins pour quelques-uns d'entre eux. Quoi qu'il en soit, pour rechercher ces composés, on neutralise par quelques gouttes de lessive de soude le liquide distillé, dont la réaction est toujours acide, par suite de l'entratnement de petites quantités d'acides gras volatils, et même d'acide chlorhydrique, lorsque la distillation a été menée vers la fin un peu trop vivement. Le liquide neutre ou à peine alcalin est mélangé à de l'éther et agité fortement à plusieurs reprises avec ce dissolvant. Lorsque les deux couches liquides se sont séparées et éclaircies par le repos, on décante l'éther et on Tabandonne à l'évaporation spontanée dans une capsule de verre. La présence d'un composé dissous par ce véhicule se traduirait par la production, pendant l'évaporation, de stries huileuses gagnant peu à peu le fond de la capsule et se rassemblant en un liquide fortement odorant et susceptible de cristalliser dans certains cas, s'il est formé, par exemple, de phénol ou de camphre. Si la proportion de substance toxique séparée de cette façon est relativement assez considérable, son odeur la
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fera facilement soupçonner, et il ne restera plus qu'à l'identifier par les réactions qui la caractérisent; mais, si Téther n'abandonne par évaporation qu'une trace de produit odorant, il n'y aura pas lieu de s'en préoccuper, à moins de circonstances particulières désig'nant plus spécialement à l'attention de Texpert la recherche des composés de la nature de ceux qui nous occupent.
Lorsque la distillation primitive a été conduite avec tout le soin et la lenteur voulus, la splution d'azotate d'argent placée à la suite de l'appareil de condensation doit être à peine louchie : dans le cas où il s'y serait formé un précipité, on le recueillerait par filtration pour y déterminer soit le phosphore, si ce précipité était de couleur brune ou noire, soit l'acide cyanhydrique, s'il était de couleur blanche.
On peut encore retrouver dans les premiers produits de condensation des composés toxiques volatils, tels que l'ammoniaque, l'alcool, l'éther, le chloroforme, etc.; mais il faut alors que l'intoxication soit tout à fait récente, et ce cas se présente bien rarement. D'ailleurs, les centres nerveux seraient encore les points de localisation dans lesquels il serait préférable de rechercher ces derniers composés.
C'est principalement avec le prélèvement opéré sur les intestins, l'estomac et leur contenu, que cette première série de recherches peut fournir dés indications précieuses. C'est en effet dans cette partie des matières suspectes que l'on peut s'attendre à retrouver la plus forte proportion, sinon la totalité, de certains composés toxiques tels que : phosphore, acides, alcalis, huiles essentielles de rue, sabine, etc., surtout si leur présence est duc à l'ingestion de poudre de plantes. De plus, l'existence dans la solution aqueuse, filtrée après la distillation, de certains composés toxiques (mercure,arsenic, plomb), peut permettre de déterminer, dans certains cas, si ces poisons ont été introduits dans l'économie à l'état de composés solubles ou bien si l'empoisonnement a pu être produit accidentellement par la transformation d'un composé insoluble et inerte en dérivé soluble toxique. Mais il faudrait alors séparer et doser aussi exactement que possible le poison existant dans la solution aqueuse et celui retenu à l'état insoluble par les matières restées sur le filtre. De plus, il serait nécessaire de déterminer la forme sous laquelle le composé toxique primitivement insoluble aurait été introduit dans l'économie. On pourrait, par exemple, trouver un sel mercurique dans la solution aqlieuse et du calomel dans le résidu insoluble ; ou bien encore un composé arsenical dans la solution aqueuse et un sel arsenical tel que vert de Scheele ou de Schweinfurt, orpiment, réalgar, dans le résidu insoluble. Ces indications, dont je n'ai pas besoin de faire ressortir toute l'importance, devront sans aucun doute être contrôlées par la recherche définitive sur la troisième portion des prélèvements, mais elles seront déjà du plus grand intérêt en montrant à l'expert la marche qu'il devra adopter pour effectuer ses déterminations de contrôle.
La même série d'opérations eflFectuée sur le prélèvement des matières suspectes constitué par le foie, la rate, les reins, etc. , ne peut donner d'indications
bien positives relativement au phosphore, aux acides, aux alcalis. Par contre, les autres substances volatiles peuvent j être plus ou moins facilement décelées parmi les produits de distillation. Mais c'est surtout pour la détermination des toxiques minéraux non volatils et des alcaloïdes que cette partie des viscères est utile. L'existence d'un poison dans le parenchyme de ces organes démontre en effet qu'il y a eu absorption de ce poison et peut permettre de décider si la substance toxique retrouvée a suffi pour déterminer la mort.
Ces considérations démontrent combien il peut être utile de faire la même série de recherches sur le tube digestif et son contenu d'une part, et sur les autres viscères d'autre part. Elles feront comprendre en même temps la faute grave commise par les médecins chargés d'une autopsie lorsqu'ils placent sous un seul et unique scellé la totalité des viscères retirés du cadavre.
Recherche des toxiques minéraux non volatils. — Ces premiers essais terminés, je passe à la recherche des toxiques minéraux non volatils qui peuvent être contenus dans le résidu de la première distillation. On rajoute de l'eau distillée dans le ballon de l'appareil Mitscherlich de façon à rendre toute la masse bien fluide, on chauffe à une température voisine de l'ébullition, puis on jette le tout sur un filtre de papier Berzelius.
Les acides et les alcalis se retrouveront dans la liqueur filtrée. Cette liqueur peut en outre tenir en dissolution des proportions variables de toxiques divers ; si, par exemple, le tube digestif et son contenu renfermaient une certaine quantité de sels toxiques solubles minéraux ou organiques (sels mercuriques, acide arsénieux ou arsénites ou arséniates, sels d'alcaloïdes, etc.), ces composés pourraient se retrouver dans la dissolution, et leur recherche n'y doit jamais être négligée parce que, comme je l'ai déjà fait remarquer tout à l'heure, leur présence dans cette solution aqueuse peut, dans bien des cas, permettre de se faire une opinion sur la nature du composé toxique qui a déterminé l'empoisonnement.
Recherche des acides et des alcalis. — Ces composés produisent ordinairement sur les organes des lésions importantes et qui peuvent, jusqu'à un certain point, faire soupçonner leur emploi. Ainsi l'acide sulfurique détermine en général une violente irritation des muqueuses accompagnée de perforation de l'estomac ou des intestins. Les parois internes de l'estomac sont noirâtres et recouvertes d'un dépôt de sang poisseux ; on y constate des escharcs, des plaques ecchymotiques, etc., etc. L'acide nitrique produit sur les lèvres et sur la peau des taches de couleur jaune-orangé caractéristiques : il n'existe que très rarement des eschares ; les cavités buccale et pharyngienne montrent une muqueuse plissée, de couleur blanc-grisâtre, le larynx et l'arrière-gorge, tuméfiés, présentent des traînées grises ou jaunes. Rarement les lésions dépassent le duodénum et la perforation de l'estomac est tout à fait exceptionnelle. Au point de vue des lésions, l'empoisonnement par l'acide chlorhydrique ressemble bcau-
coup à rempoisonnement par Tacide nitrique, seulement on n observe pas de taches jaunes, mais une nuance grisâtre particulière des taches formées sur les lèvres ainsi qu'à Tintérieur de la cavité buccale. L'acide oxalique détermine une coloration blanche des muqueuses de la langue, de la bouche, de Toesophage et de Testomac. La surface interne de cet organe est décolorée et ramollie ; la perforation de l'estomac est très rare, mais elle a cependant été observée, enfin on constate parfois un commencement de gangrène. Les matières contenues dans l'estomac sont de couleur brune et d'aspect gélatineux.
Dans tous les cas, lorsqu'il y a empoisonnement par un acide corrosif, les matières extraites de l'estomac et des intestins ainsi que ces organes eux-mêmes manifestent une réaction fortement acide au papier de tournesol.
Dans le cas des alcalis caustiques, les lésions présentent à peu de chose près l'aspect de celles qui sont déterminées par l'acide sulfurique, mais elles sont plus diffuses : il est fréquent d'observer un état de ramollissement de tout l'estomac. La réaction au papier de tournesol est alors fortement alcaline. Comme cela arrive dans l'empoisonnement avec les acides, la mort peut ne survenir qu'un temps parfois très long après l'absorption du poison, de quatre à cinq mois ; la lésion la plus fréquente est, dans ces cas, un rétrécissement de l'œsophage pouvant aller jusqu'à l'oblitération complète.
Suivant que le liquide séparé par filtration de la masse restée insoluble après distillation présentera une réaction fortement acide ou alcaline, on appliquera le mode de traitement suivant.
1** Liqueur acide. La liqueur est introduite dans une cornue de verre reliée à un récipient fortement refroidi : on chauffe lentement, au bain de sable, et quand la cornue est à sec, on élève la température jusque vers 110 degrés au plus.
S'il se produit des vapeurs rutilantes et que le contenu de la cornue jaunisse, ce phénomène indique.la présence de I'acide nitrique.
S'il ne se produit pas de vapeurs rutilantes, mais quelecontenu del'apiiareil vienne à noircir et à dégager de l'acide sulfureux, cela indique la présence de
rAGIDE SULFURIQUE.
Lorsqu'il ne se produit ni vapeurs rutilantes ni acide sulfureux, il faut rechercher les acides chlorhydrique et oxalique.
Si Paddition de nitrate d'argent au produit de la distillation détermine la formation d'un abondant précipité blanc, cailleboté, insoluble dans l'acide nitrique, devenant violet, puis noir, sous l'influence de la lumière, cela dénote l'existence de I'acide chlorhydrique.
Pour déceler l'AcmE oxalique, il faut traiter par l'alcool fort le résidu de la distillation. La solution alcoolique évaporée et reprise par Peau donnera une Jiqueur dans laquelle l'addition d'un sel de calcium soluble déterminera la formation d'un précipité blanc, insoluble dans les alcalis et l'acide acétique, soluble dans les acides minéraux et qui, soumis après filtration et dessiccation
à Taction de l'acide sulfurique concentré, laissera déj^ag-er un içaz formé d'un itiélang'e, à volumes égaux, d'acide carbonique et d'oxyde de carbone.
Si Tacide oxalique a été inséré à Télat d'oxalate acide de potassium (sel d'oseille), on retrouvera cette substance dans le résidu insoluble après traitement par l'alcool. 11 faudra, dans ce cas, traiter ce résidu par l'eau bouillante, filtrer et additionner la liqueur d'une solution d'acétate de calcium qui laissera précipiter l'oxalate.
2^ Liqueur alcaline. En raison de la facilité avec laquelle la potasse et la soude se carbonatent au contact de l'air, la liqueur renfermera ces basés partie à l'état pur et partie à l'état carboné. On évaporera la solution à sec et on reprendra par l'alcool à 95 pour 100- La solution alcoolique renfermera l'alcali caustique, et le résidu insoluble l'alcali carbonate.
Les déterminations qualitative et quantitative se feront suivant les procédés habituels de l'analyse^chimique, ainsi que la reconnaissance des autres éléments minéraux qui pourraient se trouver dans ces dissolutions.
La présence de l'ammoniaque se reconnaîtrait déjà lors de la première distillation pour la recherche des substances toxiques volatiles. Toutefois, les déterminations relatives à cet alcali ne peuvent avoir de signification précise que si elles sont faites presque immédiatement après la mort.
Le chlore, le brome, l'iode, les gaz toxiques, doivent faire l'objet de recherches spéciales.
Toutes les substances précédentes sont fort rarement employées dans un but criminel, l'odeur de quelques-unes d'entre elles, leur saveur et leur action caustique immédiate, les faisant aussitôt soupçonner par la victime ; mais elles sont assez souvent usitées comme moyen de suicide. L'expert possède alors des renseignements lui permettant de procéder directement à leur recherche. D'ailleurs ces composés donnent toujours lieu à dés lésions évidentes et qui attirent immédiatement l'attention lors de Tniitopsie. On observe toujours une désorganisation plus ou moins profonde des tissus en des points remarquables soit par leur coloration, soit par quelque autre caractère subjectif irrécusable, tel que perforations, eschares, etc. J'ai déjà appelé l'attention sur la réaction fortement acide ou alcaline que présentent alors le tube digestif et son contenu : c'est dans ces conditions seulement qu'il convient d'opérer la recherche des acides et des alcalis.
Ce que je viens de dire s'applique aussi bien à la détermination des hypochlorites, de l'iode, du brome, etc. Ces divers agents sont très rarement employés pour l'accomplissement d'un crime, si ce n'est dans des conditions tout à fait spéciales qui en permettent l'ingestion involontaire de la part de la victime. C'est ainsi que l'on a cité des exemples d'empoisonnement criminel par ces divers composés chez des enfants en bas âge, des personnes évanouies, des ivrognes, des épileptiques.Leplus souvent alors l'expert sera en possession de renseignements qui le mettront sur la voie dans laquelle il devra diriger ses investigations.
Recherche des métaux et métalloïdes fixes. — Je procède à cette recherche tant dans les liqueurs séparées par filtration que dans le résidu insoluble luimême. Le manuel opératoire auquel j'ai alors recours est celui que j'ai institué pour la recherche et le dosage de très petites quantités de substances minérales mélangées à des proportions plus ou moins considérables de matières oi^niques. Ce procédé m'a toujours donné, ainsi qu'à plusieurs autres expérimentateurs, des résultats fort satisfaisants, aussi je l'emploie de préférence à ceux qui ont été décrits jusqu'alors.
Le principe de cette méthode repose ^ur ce fait, de l'exactitude duquel j'ai eu soin de m'assurer au préalable, qu'il est possible de chauffer, sans les perdre par volatilisation, entre 300 et 400 degrés, en présence de charbon ou de composés organiques en voie de décomposition, des éléments minéraux dissous dans un mélange d'acide sulfurique et de sulfate acide de potassium.
Le mélange dans lequel il s'agit de rechercher les métaux ou métalloïdes fixes est placé dans une capsule de porcelaine assez vaste pour éviter que le boursouflement de la masse détermine des pertes. On l'additionne de 20 paur 100 de son poids de sulfate acide de potassium parfaitement pur, puis de son propre poids d'acide azotique fumant. La réaction, très violente au début, demande ensuite le concours d'une légère élévation de température.
Cette addition de bisulfate de potasse a pour but de prévenir l'inflammation spontanée du mélange au moment de la décomposition brusque des produits nitrés sous l'influence de la chaleur. A cette période de l'opération la masse se boursoufle et noircit sans prendre feu, ce à quoi il est impossible d'arriver pour certaines substances, comme la pulpe cérébrale par exemple, à moins d'ajouter au préalable une quantité assez grande d'acide sulfurique qui nuit à la rapidité de l'action destructive de l'acide azotique. De plus, le sulfate acide de potassium agit encore très probablement, à mon avis, en déterminant la formation de combinaisons doubles trèsstables même en présence de matières organiques et à haute température : il en résulte que l'on n'a pas à craindre la perte par volatilisation partielle décomposés d'ordinaire facilement réductibles à température élevée en présence du charbon, comme les sels de plomb et de mercure.
Il convient même, pour certaines matières difficiles à détruire, comme les tissus chargés de graisses, d'ajouter encore une ou deux fois de l'acide azotique fumant après que la première portion aura été chassée par la chaleur, et de chauffer de nouveau jusqu'à expulsion totale de l'acide nitrique en excès et des produits de décomposition des dérivés nitrés.
On procède alors à la recherche de l'arsenic et de l'antimoine en suivant la méthode de M. Armand Gautier.
La masse charbonneuse ainsi obtenue est humectée avec quelques gouttes d'acide azotique et chauffée légèrement jusqu'à l'apparition de vapeurs rutilantes : cette nouvelle addition d'acide azotique a pour but d'oxjdcr et de transformer en acides arsénique et antimonique les sulfures d'arsenic et d*anti>
moine qui auraient pu prendre naissance au moment de la décomposition des produits nitrés. Supposons en effet que les matières suspectes renfermaient de l'arsenic ou de l'antimoine : sous l'influence de Tacide azotique ajouté en même temps que le sulfate acide de potassium ces corps se transforment en acides arsénique ou antimonique, puis, lorsque par suite de l'élévation de la température on a déterminé la décomposition des dérivés nitrés, la masse se trouve constituée par un mélange de charbon et de sulfates avec excès d'acide sulfurique : grâce à la température élevée à laquelle s'est faîte cette décomposition, l'acide sulfurique en excès réagit sur le charbon pour donner de l'acide sulfureux. Les sulfates peuvent même se transformer partiellement en sulfures, et les acides arsénique ou antimonique se trouvant également à haute tempéra* ture et dans une atmosphère réductrice, en présence de sulfures ou seulement en présence de charbon et d'acide sulfureux, se transforment plus ou moins complètement en sulfures insolubles qui échapperaient ainsi à la recherche. Il est donc indispensable de les faire repasser, par une nouvelle et énergique oxydation, à l'état de composés solubles.
Lorsque la masse charbonneuse n'exhale plus du tout l'odeur de l'acide sulfureux, on la pulvérise dans la capsule même en l'écrasant contre les parois à l'aide d'un pilon, et on Tépuise en la faisant bouillir avec de l'eau fortement aiguisée d'acide chlorhydrique parfaitement pur.
Lorsque l'opération a été bien conduite, la liqueur filtrée doit avoir une couleur brun-orangé semblable à celle du vin de Madère ou du rhum, et elle renferme au moins les quatre-vingt-quinze centièmes de l'arsenic ou de l'antimoine qui existait dans les matières suspectes, tandis que la totalité des autres métaux toxiques (plomb, cuivre, mercure, etc.) reste mélangée au charbon par suite d'un phénomène particulier d'affinité qui peut être comparé à l'affinité d'un tissu pour une matière colorante.
La liqueur filtrée est réduite au moyen du bisulfite de sodium : on porte à l'ébullition pour chasser l'acide sulfureux mis en liberté, et l'on soumetensuite la liqueur refroidie à l'action d'un courant d'hydrogène sulfuré. Comme les quantités d'arsenic ou d'antimoine que l'on peut retrouver dans les cas d'intoxication par ces substances sont toujours très minimes, il faut avoir soin de prolonger pendant six à huit heures au mpins l'action du courant d'hydrogène sulfuré et, de plus, abandonner au repos pendant au moins douze heures la liqueur sulfhydrique, afin de bien rassembler le précipité de sulfure.
Dans les liqueurs obtenues ainsi que je viens de le dire, le courant d'hydrogène sulfuré détermine toujours la formation d'un précipité plus ou moins faible, de couleur variant du jaune-clair au jaune-orangé et qu'il faut bien se garder de prendre à première vue pour un sulfure d'arsenic ou d'antimoine. Ce précipité est constitué en partie par du soufre réduit, en partie par des combinaisons sulfurées de matières organiques.
On recueille soigneusement ce précipité sur un petit filtre de papier Berzclius, on le lave une ou deux fois à l'eau distillée, puis on détache le filtre,
encore Humide, de l'entonnoir, et on le traite, dans une petite fiole, par de Tammoniaque étendue de son volume d'eau. Le sulfure d'arsenic est très facilement soluble dans l'ammoniaque; quant au sulfure d'antimoine, il se dissout aussi ^râce à la petite quantité de soufre réduit qui existe toujours dans le précipité, soufre qui, se dissolvant dans l'ammoniaque, fournit du sulfure ammoniquc dans lequel se dissolventparfaitementtant le sulfure d'antimoine que le sulfure d'arsenic.
Après avoir laissé dij^^érer quelque temps à une douce chaleur le précipité avec le filtre dans la liqueur ammoniacale, on filtre de nouveau, lave à l'eau ammoniacale, évapore la solution au hain-marie à siccité, puis on reprend par l'acide azotique dans le but de transformer en acides arsénique ou antimo- ^ique les sulfures d'arsenic ou d'antimoine qui pourraient avoir été abandonnés par l'évaporation de la solution ammoniacale ainsi que pour détruire une petite quantité de matière organique que le traitement par l'ammoniaque entraîne toujours en dissolution. 11 fautveilleravecleplusg'randsoinà chasser complètement de cette dernière liqueur toute trace d'acide azotique, à cause des inconvénients que présente cet acide lorsqu'il existe dans une solution introduite dans un appareil de Marsh. Dans ce but, il faut additionner la dissolution nitrique d'une petite quantité d'acide sulfurique parfaitement pur et pousser Tévaporation jusqu'à l'apparition de quelques vapeurs blanches d'anhydride sulfurique. Cette dernière liqueur est alors étendue d'eau après refroidissement, puis introduite, par petites portions successives, dans un appareil de Marsh, en employant toutes les précautions nécessaires pour le bon fonctionnement de cet appareil (Voir p. 226).
Cette phase de l'opération permet de retrouver l'arsenic et l'antimoine ; quant aux autres métaux toxiques, ils sont restés mélangés au résidu insoluble dans Teau acidifiée par l'acide chlorhydrique, ainsi que je l'ai dit plus haut.
Pour déceler leur présence, ce résidu insoluble mélangé au charbon provenant de la destruction des matières organiques sera de nouveau additionné de 25 pour 100 de son poids de sulfate acide de potassium, puis on ajoutera un grand excès d'acide sulfurique pur à 66 degrés Baume, de façon que la masse soit bien fluide, et l'on chauffera dans une capsule de porcelaine, à une température voisine de celle de l'ébullition de l'acide sulfurique. Par un chauffage soutenu, et en rajoutant au besoin de l'acide sulfurique, tous les composés organiques qui pourraient avoir échappé à l'action de l'acide azotique fumant sont détruits, et le charbon complètement oxydé : il se dégage, outre les vapeurs blanches d'acide sulfurique volatilisé, une grande quantité d'acide sulfureux, tît la liqueur prend peu à peu une teinte de plus en plus claire et ne tarde pas à devenir complètement incolore.
Il est bon, pour détruire sûrement et plus rapidement les dernières traces de produits organiques, de laisser refroidir la capsule et de projeter dans le liquide clair quelques cristaux de nitrate de potassium pur. . En chauffant de nouveau jusqu'àla production d'abondantes vapeurs blanches
MÉTHODE GÉNëRALE DE RECHERCHES 1049
d'acide sulfurique mono hydraté, on doit obtenir finalement un liquide à peine coloré, se prenant en masse par le refroidissement et renfermant, à Tétat de sulfates et en présence d'un g'rand excès d'acide sulfurique, tous les éléments minéraux contenus dans la matière suspecte. La seule précaution à observer pour être absolument sûr d'éviter toute perte par volatilisation consiste à maintenir continuellement le mélange bien liquide à l'aide d'un excès d'acide sulfurique.
La masse saline refroidie est alors dissoute dans l'eau distillée bouillante, la liqueur amenée au volume de un demi-litre environ (quand on opère sur 400 à 500 grammes de matières suspectes, par exemple) et sans filtration préalable, soumise à l'électrolyse à l'aide d'une pile de quatre éléments de Bunsen ou d'une pile à gaz de Clamond. Cette dernière est préférable à cause de la constance du courant.
Dans le cas où la solution renfermerait un métal, la lame de platine servant d'électrode négative se recouvre assez rapidement d'un enduit gris-noirâtre ou bien encore d'aspect métallique, suivant la nature du corps qui se dépose ; et, si l'on a soin de laisser marcher l'électrolyse pendant un temps suffisant (vingtquatre heures au minimum), il est possible d'effectuer le dosage du corps toxique lorsqu'il existe en quantité pondérable.
La détermination soit qualitativey soit quantitative y de l'élément toxique, se fait ensuite par les méthodes habituelles sur lesquelles je n'ai pas à insister ici.
On pourrait encore, si on voulait éviter l'électrolyse (et ce manuel opératoire présente quelquefois des avantagées), neutraliser par l'ammoniaque la solution acide, l'additionner d'une petite quantité d'acide chlorhydrique pur et la soumettre à l'action prolongée d'un courant d'hydrogène sulfuré. Les métaux des deux premières sections, c'est-à-dire ceux dont les sulfures sont précipitables en liqueur acide, se trouveraient ainsi séparés, et l'on pourrait appliquer à la liqueur la méthode générale que l'on trouvera décrite en détail dans tous les traités d'analyse minérale.
Recherche des alcaloïdes et des composés analogues. — Cette recherche est effectuée sur la seconde portion des matières suspectes. Comme les opérations qu'elle nécessite sont très longues et très compliquées, il est bon, autant pour éviter les pertes de temps que l'altération des substances qui peuvent se trouver dans ces mélanges, de mettre en marche le traitement de cette seconde portion, en même temps que l'on exécute, sur la première portion des organes, la série de recherches qui vient d'être décrite.
La méthode à laquelle, après bien des essais, j'ai fini par donner la préférence, est empruntée en partie à la méthode de Stas, en partie, surtout, à celle de Dragendorff. Les organes ou produits dans lesquels il s'agit de rechercher et d'isoler les alcaloïdes sont d'abord finement divisés, si ce sont des produits solides, ensuite additionnés de 5 p. 100 de leur poids d'acide citrique parfaitement pur, puis de trois fois leiir poids d'alcool à 60 p. 100 lors-
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qu'on a affaire à des produits solides ou d*alcool à 95 p. 100 lorsqu'on opère sur des liquides (le liquide hydro-alcoolique doit contenir, en moyenne, après macération, bO p. 100 d'alcool). Dans certains cas, par exemple lorsque Ton traite des org-anes ayant subi une décomposition putride profonde, soit parce que l'exhumation du cadavre a eu lieu longptemps après la mort, soit parce que les matières suspectes ont été abandonnées sous scellés pendant un laps de temps assez considérable, la proportion d'acide citrique que je viens d'indiquer est insuffisante par suite de l'alcalinité intense des matières soumisesà la recherche. Il faut alors procéder par additions successives d'acide citrique jusqu'à ce que, tout le carbonate d'ammoniaque étant décomposé, le mélange fluide possède une réaction franchement acide. Le temps pendant lequel il faut laisser les matières suspectes en macération dans la solution acide, varie suivant le deie^ré de cohésion des substances solides : en |;|^énéral, pour des organes frais, et lorsque la division mécanique a été convenablement faite, six à douze heures suffisent.
Le mélange est chauffé durant quelques heures à une température de 50^ à 60* et agité fréquemment. Il importe que, dans tous les cas, la réaction de la liqueur hydro-alcoolique soit franchement acide au papier de tournesol, même encore après six à douze heures de macération. Le mélange est alors filtré et 1c résidu de la filtration soumis à une forte pression pour en extraire tout le liquide. On renouvelle l'épuisement de ce résidu avec trois fois son poids d'alcool à 60 p. 100 additionné de 1 p. 100 d'acide citrique, on laisse digérer quelque temps à la température de 50^, on filtre et on exprime derechef à la presse. Les liqueurs hydro-alcooliques sont réunies et distillées dans le videk une température ne dépassant pas 60<> jusqu'à ce que le résidu atteigne la consistance de sirop clair. Il est très facile, par une disposition convenable de l'appareil à distillation dans le vide, tel que celui représenté dans la figure 12, de réaliser une alimentation continue et de condenser la presque totalité de l'alcool dont on évite ainsi la perte. Dans le cas d'alcaloïdes éminemment altérables, comme celaarrive pour certains alcaloïdes volatils et un grand nombre deptomaînes, il est encore préférable d'effectuer l'évaporation à la température ambiante, dans des capsules à fond plat disposées sous une cloche dans laquelle on fait le vide et dont l'atmosphère est desséchée par de l'acide sulfurique à 66"" Baume, bouilli au préalable et purifié de vapeurs nitreuses, acide que Ton remplace au fur et à mesure qu'il absorbe le liquide. Un grand nombre d'alcaloïdes sont éminemment altérables quand on chauffe leur solution au contact de l'air, surtout en présence de combinaisons salines qui sont capables de favoriser la formation des produits de dédoublement. L'influence des solutions alcalines est particulièrement intense, aussi doit-on toujours éviter l'élévation de température, môme très faible, d'une solution alcaline dans laquelle il s'agit de rechercher les alcaloïdes. Les solutions faiblement acidcb exercent une action décomposante beaucoup moins considérable, mais qui n'est cependant pas néj^ligeable, surtout lorsqu'on laisse intervenir deux autres causes de décomposition,
Fig. 12. — Appareil à (listillalion dans le vide et avec alimenlalion continue.
A, Ballon contenant le liquide à distiller dans le vide et chaufTé au moyen d'un bain-marie dans lequel plonge un thermomètre dont la température ne doit pas dépasser 60*.
Celiquide, versé dans le flacon D au moyen du tube a entonnoir E, pénètre dans l'appareil distillatoire sous l'influence de la pression atmosphérique une Tois que le vide a été fait dans l'appareil. On règle son
écoulement au moyen du robinet C. Le tube à ampoule B est destiné à faire crever les bulles gazeuses que forme le liquide en arrivant goutte à goutte dans Tespace vide : k cet effet, Textrémité de ce tuoe, en forme d'allonge effilée, plongeant dans le ballon A, ainsi que Textrémité du tube sur le trajet duquel se trouve soudé le robinet G, sont taillées en forme de bec de sifflet.
S, Serpentin en étain servant a condenser le liquide distillé et refroidi par un courant d'eau amené & la partie inférieure du réfrigérant par le tube I, et s'écoalant à la partie supérieure par le tube J.
T, Trompe a eau, m )Jèle d*Alvergnlat, entretenant le vide dans l'appareil.
H, Eprouvette en communication directe avec la trompe et au fond de laquelle se trouve du mercure en quantité telle qu'il puisse monter dans le tuhe 6, à une hauteur de 7> centimètres (ce tube doit avoir, par conséquent, environ un mètre, de hauteur) et réaliser une fermeture automatique, conservant ainsi le vide dans l'appareil, au cas où un arrêt se produirait dans l'écoulementdc Teau a'^.lionnant la trompe.
F, Flacon recevant le liquide condensé dans le réfrigérant.
M, Manomètre à mercure indiquant la pression à l'intérieur de Tapparcil.