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CONDITIONS DE L'ACTION TOXIQUE

Pour déterminer le caractère d'une substance comme poison, il faut prendre en considération : ^^ la substance elle-même et 2^ le sujet qui l'a absorbée.

1° En ce qui regarde le poison lui-même,il faut faire attention à : a) la quantité qui provoque l'intoxication (dose toxique) ou la mort (dose léthale). A-t-on en vue de comparer la toxicité de deux substances, on ne peut le faire qu'en considérant des quantités équivalentes. Un poisson est-il plongé dans une solution toxique, la mort s'ensuit dans un laps de temps qui se trouve en rapport avec la concentration de la solution.

h) U origine et V ancienneté du poison peuvent modifier son action. — Les fleurs de cina^ cueillies en mai, contiennent 0,1 5 pour cent de santonine, et 1,14 pour cent si elles sont cueillies en août. Les feuilles de digitale cueillies depuis longtemps sont dépourvues de toute toxicité. Dans le cyanure de potassium une grande partie de l'acide cyanhydrique peut être remplacée par l'acide carbonique de l'air, d'où toxicité moindre.

c) La forme sous laquelle est administré le poison exerce aussi une influence sur son action ; c'est ainsi que l'acétate de plomb pris dans une infusion de café, est, de par la formation du tannate de plomb, dénué pour un certain temps de toute action caustique, et que divers champignons (par ex. l'helvelle comestible) sont très toxiques lorsqu'on les mange après les avoir simplement fait frire dans du beurre, tandis que la lixiviation répétée par l'eau les rend comestibles.

2® Grâce à sa constitution temporaire ou innée, le sujet peut modifier de diverses manières l'action du poison.

Voici quelques conditions qui entrent ici en ligne de compte : a) Le lieu d'absorption. — Les lois de l'absorption (1) portent que, abstraction faite de diverses modifications causées par les propriétés physiques ou chimiques de la substance absorbée, chaque muqueuse saine absorbe en raison directe de la surface qui vient en contact avec le remède et proportionnellement à la température. Certaines substances, telles que phénol ou opium, semblent avoir agi plus énergiquement après absorption par la voie rectale que par n'importe quelle autre région du corps. De môme il semble ressortir de plusieurs expériences que l'absorption de certaines substances se fait plus vite par la voie rectale

(1) L. Lewin, Deutsche tned, WochenHchr., i895, no 2.

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que par la voie stomacale. Pris par la bouche, le salicylale de soude s'est montré dans les urines au bout de trente-cinq minutes, et au bout de vingt-cinq minutes quand il était introduit par le rectum. On a décelé le passage de l'antipyrine quarante minutes après ringestion et trente minutes après l'absorption rectale. Par contre, le bleu de méthylène a donné sa coloration aux urines au bout de quarante minutes par la bouche, et au bout d'une heure quinze minutes par le rectum ; et la térébenthine a mis quarante-cinq minutes à communiquer l'odeur de violette à l'urine, administrée par la voie stomacale, tandis que donnée par la voie rectale elle n'a jamais manifesté l'odeur (1). En tout cas, l'absorption même des substances très efficaces se ralentit si on les mêle d'avance avec des matières mucilagineuses. La muqueuse vésicale fait exception à la susdite règle: son pouvoir absorbant est presque nul (2). Mais j'ai démontré par de nombreuses expériences que quand on injecte un liquide dans la vessie, celui-ci peut pénétrer par reflux dans les uretères, et arriver jusqu'aux bassinets (3). Cela se produit'sans que la vessie soit distendue par le liquide, c'est-à-dire sans que la pression intravésicale soit plus grande qu'à l'état habituel. On comprend ainsi comment quelques auteurs ont pu erronément prétendre que la muqueuse vésicale était douée de la faculté absorbante. Appliquées sur la peau intacte^ les solutions aqueuses des substances qui ne l'altèrent pas, ainsi que des substances semblables triturées avec de la graisse, ne pénètrent pas dans le sang. Mais l'effraction de la couche cutanée superficielle peut permettre l'arrivée jusqu'aux couches absorbantes de substances non absorbables : c'est ce qui arrive lorsque la préparation ou le mélange appliqué sur la peau la transforme en une surface dénudée d'épiderme, ou lorsque les substances toxiques ont pour dissolvants soit des véhicules volatils, tels que alcool, éther, chloroforme, etc., ou enfin

(Il Main el Lemanski, Bullet, gènèr. de Thèrap, 1893.

(2) L. Lewin und H. Goldscumidt, Arch. f. exp. Path, u, Pharmak.y B. XXXVII, 1896, p. 61.

(3^ L. Lea^'in und GoLDSCHMiDT, Archiv. f, pathol. Anatomiv. Bd 134, 1893. — Berlin, Klin. Wochenschr, 1893, 12 Juil. — Bulletin de VAcadémie de Médecine, 1893, paçe 449.

Toxicologie. 2

lorsque certaines substances finement émulsionnées avec des graisses, par exemple le mercure, sont portées jusqu'aux organes circulatoires à travers la peau rougie par des frictions énergiques et prolongées. Le tissu cellulaire soiis-cutanéy les membranes séreuses^ le tissu musculaire et les tissus des organes parenchymateux se comportent comme les muqueuses.

La cornée saine n'absorbe pas. Y applique-t-on pendant longtemps une substance médicamenteuse non caustique, celle-ci finit par diffuser dans l'œil, mais jamais jusqu'au corps vitré, ce qui a ses raisons anatomiques. La conjonctive absorbe non seulement une solution aqueuse d'un poison, mais aussi des virus. Le résultat positif est, dans ces cas, d'autant plus probable que le contact a été plus prolongé. Le virus du choléra des poules s'absorbe très vite, le virus de la morve peut être absorbé au bout de trente minutes (1). Les gaz et les vapeurs absorbables pénètrent à travers les poumons en n'importe quelle quantité jusqu'aux voies sanguines. Quelles que soient les modifications qu'éprouvent ie pouvoir absorbant et la rapidité d'absorption dans les muqueuses Usées organiquement ou dans les autres tissus malades^ les rapports constants sus-énoncés entre l'absorption et la température, de même que l'étendue de la surface de contact, restent immuables. Les plaies absorbent comme les muqueuses, y compris lés plaies de la cornée. La pénétration peut avoir lieu soit directement à travers les parois vasculaires, soit primitivement par les voies lymphatiques périvasculaires ou d'autres vaisseaux lymphatiques.

Outre la vraie absorption des poisons, c'est-à-dire leur entrée dans le courant sanguin, il y a encore un autre mode peu connu par lequel les poisons irritants peuvent progresser dans le corps : c'est la pénétration directe à travers les tissus intacts, de sorte qu'on peut, par exemple, trouver de l'acide sulfuriqueà la surface inférieure du foie après un empoisonnement avec cet acide. Cette pénétration pendant la vie se distingue aussi par sa vitesse de celle qu'on peut observer quand on introduit le poison dans un cadavre par la voie stomacale ou rectale.

[\] Comte, Comptes vend, de ïa Sor. de Biologie, 1893.

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L'acide quillajaïque et la sapotoxine ingérés par restomac ou l'intestin, sont presque inactifs, même administrés à des doses 500 fois supérieures à la dose léthale (1), sans doute, parce que, comme c'est le cas pour le venin des serpents et beaucoup d'autres substances, ils sont transformés en des composés non toxiques.

b) V élimination. — L'énergie et la durée de l'intoxication dépendent souvent du mode d'élimination du poison non altéré OU de ses produits de dédoublement ou, le cas échéant, de ses produits de combinaison. Plus rapide est l'élimination, moins grand est le danger pour la vie dans un grand nombre d'intoxications (gaz, aconitine, etc.). Les poisons sont éliminés par tous les organes glandulaires (reins, glandes intestinales, salivaires, nasales, mamelles, glandes sudoripares), ainsi qu'avec la bile et par les poumons. Certaines substances toxiques (plomb) sontelles introduites chroniquement, l'organisme peut parfois arriver à s'en débarrasser en les éliminant régulièrement par les reins, soit en totalité, soit en majeure partie. Les reins malades éliminent moins bien que les reins sains. Un grand nombre de poisons, surtout les métaux, restent déposés en quantités assez notables et pendant longtemps dans les organes parenchymateux (foie, reins). Le foie diminuerait ou même abolirait complètement la toxicité de divers poisons (strychnine, nicotine, cuivre, etc.) et ce pouvoir antitoxique du foie dépendrait de sa teneur en glycogène. L'inanition le supprime, tandis que ^ingestion du sucre le rétablit de nouveau. L'arsenic s'accumule dans le tissu spongieux des os (2). Il y a des substances toxiques qui, quel que soit le mode d'introduction, s'éliminent par la muqueuse stomacale ou intestinale, de sorte qu'on trouve, par exemple, de la morphine dans l'estomac quand celle-ci a été introduite sous la peau, qu'on peut montrer le venin dans l'estomac après la morsure d'une vipère, et que le mercure se retrouve en abondance relative dans le gros intestin après des frictions mercurielles. On a pu découvrir la présence de l'atropine, de l'ésérine,

(4) KoBERT, Arch. f, exp, Path. u. Pharm,, B. XXIII, p. 233. (2) Brouardel et Pouchet, Académie de Médec.^ 4889, 2 juillet.

(lo la morphine cl d'autres alcaloïdes dans l'humeur vitrée et l'humeur aqueuse d'animaux empoisonnés avec ces substances. Quelques autres substances, telles que, par exemple, la digitaline et la colchicine, sont absorbées si lentement et leur élimination a lieu d'une façon si lente, qu'il peut survenir un effet toxique par suite de Vaction cumulative des doses dont chacune prise isolément est dépourvue de toute action toxique.

On peut distinguer une action cumulative fonctionnelle et c/i/m/^'?/^. La première est causée par la marcheenvahissante d'une lésion qui, une fois née sous l'influence du poison, progresse malgré la disparition ultérieure du poison de l'organisme ; la seconde n'est autre chose que la sommation des troubles fonctionnels sous l'influence de nouvelles doses du même poison, bien que ces doses soient très petites (1).

c) Làge et l'état de la nutrition. — En règle générale, les doses toxiques ou léthales sont plus faibles pour les enfants que pour les adultes. Mais le contraire est parfois vrai aussi. C'est ainsi, par exemple, que les enfants supportent bien le calomelet la teinture de belladone à des doses qui, chez les adultes, donneraient naissance à des phénomènes d'intoxication. Ce dernier fait peut être démontré aussi expérimentalement chez les chiens. Les sujets bien nourris, robustes résistent mieux à certains poisons que les individus affaiblis, dont l'organisme est en état de décrépitude, délabrés par exemple par des excès sexuels, l'alcoolisme ou les maladies. T.es émotions psychiques peuvent, elles aussi, influencer l'action du poison. C'est ainsi que les sujets ayant éprouvé récemment des chagrins, des soucis, de la frayeur, etc., succombent plus facilement au chloroforme.

d) La race. — Les doses élevées d'opium provoqueraient des convulsions et du délire chez les Nègres et les Malais, tandis que chez les Caucasiens elles sont suivies d'une narcose profonde.

[L*influence de la race est encore mieux démontrée par Texpérimentation

•sur les animaux. Vulpian avait déjà prouvé, il y a au moins une trentaine

d'années, la réactivité plus sensible des chiens de chasse à certaines substances

toxiques ; et, de récents travaux de M. Guinard, il résulte que, chez certaines

(i) Lewi\, Deutsche Med. Wochenschrift, 1899, u*» 43.

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espèces animales, la morphine manifeste principalement son action par des effets narcotiques, tandis que chez d'autres espèces, ces effets se traduisent par de l'excitation sans narcose] (1).

e) La prédisposition individuelle (2). — Elle peut consiste4* en une réceptivité exagérée (idiosyncrasie), soit acquise, soit innée. Grâce à elle, le sujet réagit pathologiquement à des influences qui, chez les sujets normaux, restent inactives ou ne provoquent qu'une réaction minime. Cet état se manifeste souvent après l'administration d'un grand nombre de médicaments (antipyrine, quinine, acide salicylique, morphine, arsenic, mercure, etc.), mais aussi à la suite de certaines substances alimentaires, de cosmétiques et de parfums, par exemple, framboises, fraises, écrevisses, odeur des roses, des violettes, des lilas. A n en pas douter y chaque individu possède son équation toxique personnelle. Il importe énoriiiement de s'assurer en médecine légale de la présence des idio^ syncrasiesj surtout qtmnd ce sont des médecins qui sont assis aie banc des accusés. Mais, en revanche, il y a des sujets qui sont, jusqu'à une certaine limite, doués d'immunité envers certains poisons, surtout narcotiques (bromure d'éthyle, morphine), même administrés à des doses supérieures aux doses ordinairement prescrites. Les délirants peuvent, eux aussi, supporter certains narcotiques (opium, chloral hydraté) en grandes quantités.

f) L* accoutumance aux poisons survient, chez beaucoup de personnes, pour diverses raisons. On peut l'obtenir en élevant petit à petit la dose initiale ; on peut arriver de la sorte à donner impunément le poison à dose extrêmement élevée. Nous pouvons admettre dans des cas semblables que les cellules spéciales surtout sujettes à l'action de chaque poison donné, finissent par s'accommoder à l'excitation fréquemment répétée qui les frappe, d'où leur aptitude à supporter sans danger aucun n'importe quelle irritation pourvu qu'elle ne dépasse que de peu celle qu'elles vieilnentdesubir. Tout en devenant plus résistantes envers le poison, elles perdent avec le temps la capacité de remplir leurs fonctions

(I) Voir G. FoucuET, Leçons de pharmacody nantie et de matière médicale^ 2« série, p. 653. [O. Doin, éditeur], (i) 1^. Lewin, Die Nebenwirk. d. Arsnetmittel, 3e Aufl, 18JD, p. i et suiv.

normales comme auparavant. Elles se perfectionnent partiellement dans le but de tolérer les attaques du poison, mais en revanche, elles deviennent progressivement de plus en plus incapables de jouçr leur rôle dans Torgpanisme. Tout ce qui précède se rapporte surtout au système nerveux central. Voilà pourquoi chez les sujets qui absorbent habituellement de la morphine, de l'arsenic, de l'alcool, du chloral hydraté, etc., on rencontre non seulement des lésions dans les organes influencés par excellence par ces poisons, mais que, graduellement, par irradiation sympathique, d'autres organes ne se trouvant avoir avec les premiers que des connexions fonctionnelles sont aussi affectés. Mais jamais une accoutumance semblable ne peut fournir une immunité absolue^ envers un poison quelconque. Toujours l'intoxication survient, si la dose administrée surpasse subitement de beaucoup la précédente. Toutefois, les sujets ainsi traités ont énormément plus de chances de résister à l'action du poison correspondant que les personnes qui n'y sont pas accoutumées.

Je ne puis me rallier à l'hypothèse moderne d'après laquelle, au fur et à mesure de l'introduction du poison dans leur organisme, il se formerait chez ces sujets des antidotes (antitoxines). En effet, d'une part, on n'a pas réussi jusqu'à présent à identifier ces antitoxines, et d'autre part la formation des « anti-substances » est tout à fait inadmissible quand on a affaire à d'autres accoutumances, par exemple quand la peau s'habitue à supporter des bains à température très élevée ou à tolérer certaines irritations chimiques. Au surplus, j'ai démontré expérimentalement qu'on ne réussit jamais à immuniser des animaux avec le sérum de ceux qu'on a, par exemple, empoisonnés pendant longtemps par l'atropine ou les cantharides (1).

[Conditions d^ action des poisons, — L'empoisonnement n'est pas toujours une conséquence fatale de Ting'estionou de l'absorption d'une substance vénéneuse. L'activité de cette substance estsoumise à des influences diverses dont quelquesunes sont assez bien déterminées, tandis que d'autres nous échappent encore complètement. Nous examinerons ici celles de ces conditions qui ont été le mieux étudiées et mises en évidence.

{{) Lewin, Beitraege eur Lehre von der natûrlichen Immunitàt^ Deutsrhe med, Wochenschr., 1898, nos 24, 40 et 44; 1899, no 3.

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i" Influence de la dose des poisoTis. Cette condition est, tout naturellement, la première qui ait donné lieu à des observations suivies, c'est aussi la plus importante. Pour qu*un poison, si énergique qu'il soit, détermine une action nocive sur Torg'anisme, il est nécessaire qu'il soit absorbé en quantité pondérable. C'est cette notion de quantité qui peutservir à établir la lig'ne de démarcation entre le médicament et le poison, lig'ne de démarcation en réalité quelquefois peu précise et sujette à des variations individuelles dont la raison nous est encore totalement inconnue.

Mais, si nous considérons uniquement V empoisonnement aigu, c'est-à-dire celui dans lequel la mort est le résultat certain de l'absorption d'une seule dose de poison, ou de plusieurs doses administrées dans un espace de temps assez court pour que leur action puisse s'ajouter dans la série des accidents toxiques, il est possible d'arriver à une notion de quantité as^ez précise et éminemment variable d'un corps à un autre. Il faut alors se reporter à l'histoire thérapeutique et pharmacodynamique de chaque poison en particulier pour connaître cette quantité pondérable de chaque substance vénéneuse que l'expérimentation physiologique ou l'observation clinique ont permis, le plus souvent, d'enfermer dans des limites assez précises. Il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'empoisonnement chronique, et nos connaissances à cet égard sont plus que rudimentaires. Ces empoisonnements sont en effet presque toujours accidentels, et il est à peu près impossible de déterminer quelle a pu être la quantité de poison absorbée par l'organisme au moment de la manifestation des premiers symptômes d'intoxication.

Un fait intéressant à noter est le suivant. Pour un grand nombre de poisons, les effets produits ne sont pas directement en rapport avec la dose ingérée. Il arrive môme que des doses considérables déterminent des accidents toxiques faibles, résultat qui peut s'expliquer soit parce que des vomissements abondants ont provoqué Texpulsion immédiate de la majeure partie du poison, soit parce que la substance vénéneuse exerce une influence directe sur l'absorption, comme cela arrive, par exemple, avec les narcotiques.

2* Influence des milieux. Il faut entendre par cette dénomination de milieu les différentes substances en présence desquelles peuvent se trouver les poisons, soit avant, soit après leur administration. On peut rapporter à deux modes différents l'action de ces substances. Tantôt elles sont susceptibles de décomposer le poison ou de l'engager dans des combinaisons qui le rendent inerte ou moins dangereux ; tantôt, au contraire, elles sont capables de transformer en un composé vénéneux un corps dénué par lui-même de propriétés toxiques.

Quelques exemples feront mieux saisir l'importance considérable de ces conditions. Les poisons étant rarementadministrés en nature, c'est presque toujours dans les breuvages ou les aliments auxquels on les incorpore qu'ils se trouvent en contact avec les substances capables de les modifier.

Des acides ou des alcalis mélangés à une forte quantité de vin peuvent être mis ainsi dans l'impossibilité d'exercer leur action caustique ; il en serait de

môme du sublimé incorporé à des blancs d'œuf comme dans une omelette ; mais encore faut-il que la proportion de substance toxique soit très faible relativement à la quantité de substance alimentaire à laquelle elle se trouve mélang-ée, sans quoi Taction nocive se manifeste toujours d'une façon plus ou moins intense. Quelquefois même Tempoisonnement se produit encore, mais seulement à plus long'ue échéance et sous une forme atténuée.

L'amjgdaline fournit, sous l'influence d'une diastase, une proportion notable d'acide cyanhydrique, et il existe des exemples d'empoisonnement suivi de mort dû à l'ing-estion immodérée d'amandes fraîches.

Les doubles décompositions qui peuvent survenir par les mélangées de sels de diverse nature sont capables de produire soit des effets de même espèce, soit des effets diamétralement opposés, en transformant une substance absolument ou relativement inerte en une autre des plus toxiques. Un sel soluble de plomb ajouté à un mélang-e riche en sulfate se transforme en sulfate de plomb insoluble et inerte ; par contre, le calomel devient du sublimé corrosif en présence d'un certain nombre de sels et d'acides.

Les obstacles à l'action du poison peuventse trouver dans l'organisme même : la plénitude de l'estomac peut, par exemple, aller jusqu'à entraver l'absorption du poison au point d'empêcher l'empoisonnement. Un certain état de concentration de la substance toxique étant, en général, une condition nécessaire de son action, il en résulte que sa dilution par des matières inertes ou par des liquides contenus dans l'estomac annihile ou amoindrit cette action au point que l'effet toxique ne se produise plus. D'autre part, la présence de certains corps exerce une influence particulière : telle est, par exemple, celle de l'albumine vis-à-vis d'un grand nombre de sels métalliques avec lesquels il se produit des combinaisons insolubles. Dans ses belles expériences sur les modifications de l'activité des différents poisons soumis à des mélanges variés, Orfila a démontré que l'albumine était éminemment propre à neutraliser l'action d'un grand nombre de poisons qu'elle invisque, pour ainsi dire, et met ainsi hors d'état d'agir sur nos tissus. Aussi cette substance figure-t-elle avec raison au premier rang des contre-poisons. Entre outre, certaines substances qui sont capables de retarder ou même d'annuler l'effet d'un poison donné facilitent au contraire l'action nocive d'un autre toxique : il en est ainsi pour les corps gras et les huiles, qui modifient et relardent l'empoisonnement par les arsenicaux, tandis qu'ils favorisent l'intoxication par le phosphore. C'est à l'influence des milieux qu'il faut rapporter une grande partie des empoisonnements accidentels.

3» Influence du sujet. Cette influence est la moins bien connue malgré toutes les recherches et les discussions dont elle a été le point de départ. On peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, l'enfant résiste moins à l'action des poisons queTadulte ; la femme moinsque l'homme.

Quel que soit le point de l'économie par lequel pénètrent les substances toxiques, leur action se manifeste toujours par deux ordres d'effets: effets locaux, effets généraux.

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L'action locale ne prédomine que pour un petit nombre de poisons. L'action . jÇjiînérale, de beaucoup la plus importante à considérer dans l'étude de Tempoisonnement, est la conséquence et la preuve de l'absorption des poisons ; et cette absorption se produit toujours, même pour les substances vénéneuses dont les effets locaux sont le plus intenses.

Ce n'est que depuis les remarquables travaux d'Orfila que ce fait général a acquis toute l'importance qu'on lui reconnaît aujourd'hui ; il en a saisi le premier toute la portée en démontrant la répartition et l'accumulation du poison amené par le courant sanguin dans les appareils de sécrétion et d'excrétion. A partir de ce moment, les études relatives à l'absorption, à la localisation et à l'élimination des substances toxiques, sont entrées dans une voie des plus fécondes, çràce aux perfectionnements des méthodes de recherche chimique et d'expérimentation physiologique.

Au point de vue de la marche et de la rapidité d'action, on peut établir, pour le diagnostic médico-légal de l'empoisonnement, trois variétés distinctes : Tempoisonnement suraigu dans lequel le début est subit, les symptômes d'une violence extrême et suivant presque immédiatement l'ingestion de la substance vénéneuse : la mort arrive en quelques heures, et parfois même en quelques minutes. Dans l'empoisonnement subaigu, la violence des symptômes est moindre, soit que le poison ait par lui-même moins d'énergie, ou qu'il ait été administré à dose moins forte ou fractionnée en prises renouvelées à de courts intervalles. On observe un début moins rapide, des alternatives de rémission el d'exacerbation, et la terminaison, même si elle aboutit à la mort, n'arrive qn*après plusieurs jours ou plusieurs semaines. La forme, lente, qui constitue la troisième variété, est plus spéciale aux empoisonnements professionnels: son histoire relève bien plus de la clinique que de la médecine légale.

Mode (f administration et d*ahsorption des poisons, — Pour qu'une substance toxique puisse agir sur l'organisme, il faut qu'elle soit absorbée, c'est-à-dire qu'elle vienne se mélanger à la masse du sang qui la distribue aux différents organes, lui permettant ainsi d'exercer sur les éléments anatomiques cette action inconnue jusqu'alors dans son essence et d'où résultent ses propriétés nocives. Les vaisseaux lymphatiques et surtout veineux jouent à cet égard un rôle d'une extrême importance.

Les belles expériences de Panizza ont rais en relief la nécessité du mélange avec le sang de la substance vénéneuse, ainsi que le fait de l'absorption veineuse. Magendie et Ségalas avaient déjà institué des expériences dans ce même but. Panizza attira hors de l'abdomen d'un cheval une anse de l'intestin grêle où plusieurs petites veines prenaient source, se réunissant après un court trajet en un seul tronc assez volumineux du mésentère et avant qu'aucune petite veine partant des glandes vînt s'y décharger. Cette anse fut circonscrite par une double ligature permettant l'arrivée du sang par une seule artère et son départ au moyen du tronc veineux dont il vient d'être question. Après avoir lié le tronc veineuxet l'avoir. sectionné immédiatement pour donner issue au sang revenant

.de l'intestin, il introduisit dans l'anse isolée une solution d'acide cyanhydrique et, recueillant immédiatement le sang veineux provenant de cette anse, il le trouva contenir de l'acide cyanhydrique : l'animal n'éprouvait cependant encore aucun symptôme d'intoxication, bien que les ramifications nerveuses et les vaisseaux lymphatiques aboutissant à l'anse intestinale eussent été laissés intacts.

Dans une autre expérience, aii lieu de lier et d'ouvrir le tronc veineux où viennent se décharger les petites veines de l'anse, il se borna à le comprimer au moment de l'introduction de l'acide cyanhydrique : il n'y eut aucun symptôme d'empoisonnement, mais peu de temps après la cessation de la compression, l'intoxication se manifesta. Enfin dans une troisième expérience, Panizza enlevait rapidement, avec soin, tous les vaisseaux lymphatiques et les nerfs de l'anse intestinale, et l'acide cyanhydrique introduit ne tardait pas à faire périr l'animal, pourvu que la veine fût laissée intacte.

Claude Bernard a bien mis en évidence la nécessité de l'intermédiaire du sang pour l'absorption et la diffusion des substances toxiques par un certain nombre d'expériences plus simples et tout aussi frappantes. Il prenait une grenouille à laquelle il coupait un des membres postérieurs, entre deux ligatures faites aux vaisseaux, mais eu respectant le nerf; le second membre postérieur était également sectionné, à l'exception des vaisseaux sanguins. Injectant alors de la strychnine dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse qui ne tenait plus au corps que par le nerf, il n'obtenait jamais d'effet toxique, tandis qu'il déterminait l'empoisonnement rapide en pratiquant l'injection de strychnine dans le membre qui tenait au tronc par les vaisseaux.

A une autre grenouille il liait l'aorte abdominale vers sa partie inférieure, puis il introduisait du curare sous la peau du dos. Les nerfs du mouvement étaient paralysés, à l'exception de ceux du train postérieur qui réagissaient lorsque la sensibilité de l'animal était éveillée, et en quelque point du corps que portât l'excitation. Les mouvements éveillés dans le train postérieur en pinçant les membres antérieurs qui ne sont, ainsi que la partie du tronc située au-dessus de la ligature, le siège d'aucun mouvement, prouvent avec la plus parfaite évidence que le poison n'a pas pu envahir la partie du corps protégée par la ligature. La paralysie rapide de tous les nerfs moteurs sans exception se produisait aussitôt que la ligature était enlevée, permettant ainsi au curare de se diffuser dans tout l'organisme.

La façon et la forme sous lesquelles les substances toxiques sont introduites dans l'organisme possèdent, pour la plupart d'entre elles, une influence considérable sur leur absorption et, par suite, sur leur activité vénéneuse. Tel poison dont les effets sont très énergiques lorsqu'il est administré en dissolution peut ne présenter qu'une toxicité beaucoup plus faible s'ilcst administré sous forme de poudre, et môme, dans ce cas, son action peut encore varier avec le degré de ténuité du solide, au point de devenir presque nulle, si les fragments ont un certain volume. Un gaz énergiquement délétère lorsqu'il est absorbé par l'appa-

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reil respiratoire peut être impunément ingéré en grande quantité par la voie stomacale, une fois dissous dans Teau.

Ces considérations qui peuvent paraître spécieuses au premier abord sont fort importantes au point de vue médico-légal. En effet Tinertie ou Tactivité de la substance vénéneuse et, par conséquent, le fait de V empoisonnement y peuvent dépendre de la façon et de la forme suivant lesquelles cette substance a été administrée ; et nous avons exposé, dans le paragraphe relatif à la législation, combien ces interprétations sont différentes au point de vue de l'application de la loi.

L'ingestion est, sans comparaison, le mode d'administration le plus fréquent des poisons. La substance vénéneuse est introduite tantôt dans un breuvage, tantôt mélangée à des aliments s^olides. L'ingestion des substances empoisonnées est le plus souvent volontaire, consentie de la part de la victime, et l'on pourrait compter les cas dans lesquels le poison a été administré ou ingurgité de force. Cela ne s'observe guère que dans les cas d*infanticide proprement dit ou d'empoisonnement commis sur la personne d'individus que leur état, au moment de cette ingestion forcée, met dans l'impossibilité plus ou moins ab.solue de résister : tels seraient des ivrognes, des idiots, des épileptiques. Dans ces cas, on remarque les indices de violences extérieures, ou même des traces laissées par le contact de la substance toxique avec les lèvres, la partie antérieure du cou ou de la poitrine, pour peu que cette substance possède des propriétés caustiques ou simplement irritantes.

H existe encore d'autres voies d'administration des poisons qui, si elles sont en dehors des usages reçus dans la pratique criminelle de l'empoisonnement, n'en offrent pas moins un grand intérêt par suite de leur utilisation dans les cas de suicide ou, plus fréquemment encore, d'empoisonnements par accident ou par imprudence. La muqueuse des voies respiratoires, avec son pouvoir absorbant considérable, mérite à ce point de vue la première place. L'intensité et la rapidité de l'absorption par les voies respiratoires rendent compte de la brutalité d'action des poisons gazeux qui se trouvent ainsi instantanément au contact des éléments du sang et répandus en quelques secondes dans tous les points de l'économie. Les empoisonnements criminels accomplisde cette manière sont extrêmement rares, à moins que l'on ne veuille évoquer le souvenir de ces poisons subtils, apanage du Moyen Age et de la Renaissance, dont l'histoire et le roman peuvent bien s'alimenter mais avec lesquels la science n'a rien à voir. Les muqueuses revêtues d'un épithélium cylindrique possèdent également une grande facilité d'absorption ; c'est ce que démontrent les faits d'empoisonnement par les lavements de tabac, de laudanum, etc Alling a fait voir que la muqueuse uréthrale se comportait à peu près de la môme façon que la muqueuse rectale. Toutefois la faculté d'absorption est beaucoup moindre pour les muqueuses revêtues d'un épithélium pavimenteux ; elle est même peu sensible lorsque cet épithélium est intact, et, dans la plupart des cas, elle ne se manifeste, que lorsqu'une action préalable a déterminé la chute de l'épithélium. C'est

ainsi que s'expliquent aisément les cas d'empoisonnement par de l'acide arsénieux introduit dans le vag-in et rapportés, le premier par Ansiaux dans le Journal général de médecine, le second dans les Actes de la Société médicale de Copenhague.

Le derme dénudé, la surface des plaies, le tissu cellulaire sous-cutané, sont encore des voies d'absorption très énerg'iques que la thérapeutique utilise fréquemment.

Enfin l'introduction directe dans le torrent circulatoire au moyen d'injections veineuses est un mode d'absorption à peu près exclusivement réservé jusqu'ici à l'expérimentation physiolog'ique : il doit cependant être signalé.

La peau constitue une voie d'absorption d'une efficacité très faible, tant que la couche cornée subsiste intacte, mais, sans aller jusqu'à la nier complètement, il faut reconnaître que cette possibilité d'absorption par la surface cutanée est bien peu marquée. Il est tout autrement lorsqu'une cause quelconque vient à déterminer une desquamation môme très superficielle, et l'on peut dire que presque toutes les substances toxiques capables de déterminer des accidents après absorption par la peau saine ont agi d'abord en déterminant la desquamation de la couche cornée — à moins qu'il ne s'ag-isse de substances toxiques en dissolution dans des liquides volatils — cela revient alors à l'absorption par le derme, absorption dont l'intensité est infiniment plus considérable.

L'absorption des substances toxiques varie dans une certaine mesure avec la voie par laquelle la substance a pénétré dans l'économie ; on sait, par exemple, que le curare, dont l'action est des plus promptes et des plus intenses lorscfu'il est injecté dans le tissu cellulaire ou déposé à la surface d'une plaie, est beaucoup moins actif lorsqu'il est introduit par les voies digestives. D'une façon générale, un poison est toujours plus actif lorsqu'il est absorbé par toute autre voie que le canal digestif. Mais c'est plutôt lorsqu'il s'agit d'établir une distinction entre les poisons et les virus que ces différences acquièrent des proportions remarquables et que l'on n'observe jamais avec les poisons proprement dits.

L'habitude exerce une influence qui ne saurait être contestée. Sans recourir aux exemples connus de tous et devenus historiques, mais dont l'interprétation ne laisse pas que d'être bien obscure, il suffit de songer aux quantités considérables d'alcool que peuvent ab.sorber impunément certains buveurs, aux quantités de tabac, d'opium, de haschich, consommés journellement dans beaucoup de contrées. Les arsenicophages fournissent encore un exemple frappant de la tolérance à laquelle peut amener une habitude constante. Mais ce n'est pas à dire que ces habitudes soient toujours inoffensives et, si d'une part W. Parker a pu observer des accidents graves et môme la mort à la suite de Tusage de l'arsenic prolongé durant trois ou quatre années, tout le monde connaft les désordres profonds causés par l'abus de l'opium, du tabac et de l'alcool. Si l'histoire de ces substances nous offre les plus remarquables exemples d'empoisonnement lent, elle met aussi en évidence de la façon la plus incontestable l'influence de l'habitude. Grainger rapporte que dans les districts manufac-

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turicrs de TAng-leterre il est d'usacce d'administrer de l'opium aux enfants et d'en aug'menter graduellement la dose à partir de leur naissance. Il arrive de la sorte que des enfants peuvent absorber, en une seule fois et sans éprouver d'accidents, une quantité de laudanum triple ou quadruple de celle qui serait suffisante pour tuer un enfant du même âg-e qui n'y serait pas habitué.

Il est toutefois certains poisons pour lesquels l'accoutumance est tellement faible qu'on peut la considérer comme nulle. D'après Bouchardat, les substances ajs^issant comme poisons sur tous les êtres de l'échelle org'anique rentreraient dans cette catégorie.

LV'tat de maladie a sur Faction des poisons une influence qui peut se traduire de deux façons différentes. Tantôt, en efiFet, cette action est plus ou moins diminuée ou môme entièrement suspendue, comme cela s'observe dans certaines affections durant lesquelles on peutadministrer impunément à des doses énormes des substances qui, données aux mêmes doses à un individu sain, détermineraient des accidents graves, voire la mort. Cette tolérance particulière de l'organisme malade est bien connue en thérapeutique et peut tenir soit à ce que le médicament n'est pas ou est très imparfaitement absorbé, comme dans le choléra, soit à un état particulier de l'organisme qui réagit d'une façon anormale vis-à-vis de la substance toxique, comme dans la pneumonie pour le tartre stibié. Cette tolérance remarquable de l'organisme n'est que passagère, et il n'est pas rare de voir survenir tout à coup une intolérance radicale se traduisant par l'explosion subite de symptômes graves d'intoxication. D'autres fois, au contraire, le malade, aCFaibli par certaines affections chroniques, débilitantes, dépressives, est livré pour ainsi dire désarmé à l'action des poisons. Bien des cas de mort subite déterminée par le chloroforme et par l'éther doivent être attribués à cette cause.

L'influence de l'idiosyncrasie, quoique moindre, n'en est pas moins bien établie. Certains individus, en vertu de prédispositions particulières, de conditions peu connues de race ou d'espèce, jouissent, à l'égard de certains poisons, d'une immunité remarquable, bien que toujours imparfaite. Christison cite l'exemple d'un individu qui, sans en faire usage habituellement, prit impunément en une seule fois près d'une once, c'est-à-dire 30 grammes de laudanum.

On connaît des faits semblables relatifs à l'arsenic, au mercure, à l'étain, à l'antimoine. D'autres sujets éprouvent au contraire des accidents d'intoxication sous l'influence de doses très faibles et habituellement inoffensives de poison. La raison de ces divergences nous échappe complètement jusqu'ici.]

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