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IV. MODE D'ACTION DES POISONS

La connaissance des rapports multiples que nous venons de décrire fut obtenue et est sans cesse élargie grâce à l'expérimentation et à l'observation. Ces deux sources de notre savoir doivent se compléter mutuellement surtout ici : c'est à ce prix sen-

lement que ron peut obtenir des résultats concluants. A vraidire^ à r heure qu'il est, nous ne sommes pas encore bien avancés dans la compréhension de la causalité finale d'un grand nombre de phénomènes toxiques. V énigme de la formation d'une cellule ganglionnaire n'est pas plus complexe que celle qui se dresse devant nous quand nous voyons ses fonctions abolies par V action de la morphine. Toutes les explications présentées dans ce but ne sont que des pis-aller. La raison en est que nous manquons totalement de moyens de recherche toutes les fois que nous avons affaire à des poisons ne provoquant pas de lésions anatomiques dans l'organisme animal. Nos idées modernes exigent, il est vrai, impérieusement que chaque trouble fonctionnel, provoqué par ces poisons, corresponde à des modifications chimiques ayant lieu dans la cellule ou les sucs. Mais celles-ci échappent à nos moyens d'investigation, soit à cause de leur complexité, soit par suite de leur finesse. Néanmoins, grâce aux expériences sur les animaux et aux innombrables intoxications chez l'homme, nous possédons maintenant un faisceau considérable de faits positifs qui nous permet de tirer certaines conclusions théoriques, quant au mécanisme de quelques phénomènes toxiques, par exemple, les altérations chimiques rencontrées dans le cerveau et les nerfs après l'action des anesthésiques volatils qui provoquent les mêmes effets en dehors de l'organisme ; ces mômes faits ont été utilisés en pratique, surtout aux points de vue thérapeutique et prophylactique. V application à l homme des phénomènes observés chez les anihiaux en expérience ne sera faite qu'avec circonspection. Nous savons par exemple que les poules supportent la strychnine, les lapins et les limaçons la belladone, et les hérissons tolèrent la cantharide sans effet nocif à des doses presque léthales pour l'homme (1) ; d'autre part, des substances inoffensives pour l'homme, comme par exemple, la carotte, peuvent agir comme poison sur certains animaux (souris blanche). En oictre^ les intoxications chez r homme nous font connaître des symptômes {commue par exemple ceux intéressant les organes des sens), qui sont difficilem£nt perceptibles ou ynême imperceptibles chez les animaux.

(1) Lewin, Deutsche Med. Wochenschr,, d898, no 24.

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Quelle que soil la forme sous laquelle se manifeste l'action du poison, en dernière analyse, elle s'explique par l'influence locale de ce poison sur les organes dont il entrave les fonctions. Ce qui vient d'être dit s'applique aussi bien aux poisons a action essentiellement locale (sicidesj alcalis, etc.) qu'à ceux qui, après absorptiorij exercent leur action dans un endroit éloigné de celui où ils ont été introduits (morphine, physostigmine.) Quant à l'action toxique réflexe, elle se développe dans un champ si restreint qu'elle joue, au point de vue toxicologique, un rôle très effacé. Suivant leurs effets^ les poisons peuvent être divisés en : 1* Poisons inflammatoires^ c'est^-dire qui détruisent l'albumine vivante ou l'irritent biologiquement sans qu'il soit possible de déceler des altérations perceptibles. Ils provoquent les phénomènes suivants diversement combinés ; nausées et vomissements (les matières vomies sont parfois sanguinolentes et entremêlées de lambeaux de la muqueuse), douleur à la bouche, tuméfaction de la langue, plaques corrosives d'un gris blanchâtre, ou signes de ramollissement corrosif (alcalis caustiques), gastralgie avec irradiations au lointain, coliques, diarrhée, troubles de la sécrétion urinaire (albuminurie, hématurie, hématinurie, etc.), des fonctions cardiaques, de la respiration, syncope, et, le cas échéant, la mort précédée de paralysies ou de convulsions.

2** Poisons nerveux. Suivant leurs propriétés spécifiques, leur action sur les diverses formulions nerveuses (ganglions cardiaques, nerfs vaso-moteurs, cerveau, moelle épinière, nerfs périphériques) peut se manifester sous forme de paralysies ou d'excitation. Aussi voitK)n survenir : ralentissement ou accélération, irrégularité ou affaiblissement du travail cardiaque, engourdissement, vertige, troubles vaso-moteurs, troubles pupillaires, troubles des organes des sens (ptosis, amblyopie, amaurose, chromatopsie), troubles de la conscience, insomnie, coma, ou délire, catalepsie, folie, troubles respiratoires (dyspnée, respiration de Cheyne-Stokes, asphysie), convulsions, soit paralysies des muscles du tronc ou des sphincters, anesthésie ou paralysie des nerfs moteurs. 11 existe aussi des poisons musculaires; les muscles du tronc, du cœur, et les muscles respiratoires peuvent

aussi être paralysés primitivement sans la participation des nerfs. Mais presque toujours la paralysie musculaire est sous la dépendance des troubles nerveux.

3^ Poisons du sang. — Comme tels je désigne les substances dont V action se manifeste pendant la vie^ soit par V altération microscopique des globules sanguins rouges {stromn incolore ou ne contenant que peu doxyhèmoglobine^ changements de forme ^ etc.)j soit par l altération de Voxyhémoglobine reconnaissable au spectroscope. Sous le dernier rapport (v. la planche spectroscopique) on peut trouver comme dérivés de l'oxyliémoglobine les composés que voici : hémoglobine, sulfohémoglobine, méthémoglobine, hématine, hématoporphyrine et d'autres produits non étudiés encore. L'altération du sang provoque des troubles du côté de la respiration^ par suite de l'échange gazeux défectueux dans les poumons (dyspnée, asphyxie), dans le système nerveux central (perte de connaissance, coma ou excitation), à la peau (ictère, coloration rouge clair, coloration verte, coloration grisviolet), dans les reins (anurie par suite de l'oblitération des canalicules urinifères par les produits de dédoublement des globules sanguins rouges, méthémoglobinurie, hématinurie, hématoporphyrinurie). Tous ces troubles trouvent aisément leur explication dans les altérations du sang reconnaissables au spectroscope. Ces altérations sont en partie très caractéristiques, mais d'autre part, elles ressemblent souvent à celles produites par d'autres poisons.

A plusieurs reprises on a essayé de classer autrement les divers poisons; tout récemment on a pris pour base de cette classificationla labilité du protoplasma vivant actif et son passage à la mort sous l'influence des poisons. C'est là, à vrai dire, une simple représentation de ce qui tombe sous les yeux quand on a affaire, par exemple, aux poisons corrosifs. Les poisons généraux destructeurs de toute vie (1) qui agissent en altérant la protéine active, se divisent en : oxydants, catalytiques, agissant par la formation des sels, et en substituants (diamide, hydroxylamine). Les poisons spéciaux qui sont inoffensifs pour certaines classes

(1) LoEw, Ein natûrL sysl. der Giftwirkungen, Mtànchen, i893.

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d'êtres organisés^ ont été répartis comme suit: a) ceux qui n'attaquent que la plasmalbumine d'une configuration bien déterminée (substances proléiques toxiques, toxalbumines), — h) ceux (jui troublent la structure des cellules en -se réunissant à la plasmalbumine active (bases organiques), — c) ceux qui agissent indirectement : en entravant la respiration, par leur décomposition, ou par la modification apportée à l'état de fluidité des composés organiques. Les poisons eux-mêmes peuvent subir divers changements dans l'organisme humain. Ils peuvent perdre au moins une partie de leur toxicité par l'oxydation, la réduction, la conjugaison et la décomposition. Ces changements peuvent être coniplétement fiég liges au point de vue pratique; en effets même la conjugaison si vantée du phénol et de V acide sulfurique ne modifie en rien la mxirche et la terminaison d'un empoisonnement par le phénol.

[Si Ton s'en tient à l'acception vulg-aire du tornrie poison, cette appellation se trouve restreinte à un nombre relativement faible d'éléments ou de composés, ag-issant fort activement et à faible dose, sur l'homme et les animaux, et déterminant sur eux des effets assez constants et caractéristiques pour que des tentatives de classification aient été basées sur les symptômes les plus saillants que produit l'empoisonnement par chacun de ces corps. Ces classifications étant essentiellement artificielles rapprochent nécessairement des substances fort disparates par leurs propriétés physiques et chimiques : elles offrent toutefois l'avantage de mettre un ordre relatif dans une étude extrêmement aride et d'établir des divisions qui facilitent notablement l'étude clinique de l'empoisonnement.

Div'uii(yii et classification, — Dans l'état actuel de la science, il est impossible de donner des poisons une classification ne laissant rien à désirer. La meilleure serait sans contredit celle qui aurait pour base l'action des substances toxiques sur les éléments anatomiques et sur les humeurs, mais nos connaissances à cet égard sont encore trop imparfaites pour qu'il soit encore possible de rien tenter de précis dans ce sens. Les bornes de cette étude ne permettent pas d'exposer les différentes classifications qui ont été proposées par les toxicologistes, et leur énumération serait d'ailleurs fastidieuse.

Je mentionnerai seulement un essai de classification proposé par Rabuteau sous la dénomination de dassi^cationrationn^We, bien que cette classification soit fort incomplète et môme inexacte sur quelques points de détail. Je la reproduis surtout comme démonstration d'une tentative de classification basée sur la physiologie.

Toxicologie. 3

Cet auteur divise les poisons en cinq classes suivant leur mode d'action le

plus saillant.

Oxyde de carbone.

Acide, cyanhydrique.

Acide sulfhydrique.

Sulfure d'ammonium.

Composés du séléniuQ et du

Agissant spécialement

sur les globules rouges

ou

poisons globulaires

ire classe.

Poisons uématiques

Agissant spécialement sur les globules et le plasma ou poisons plasmiques.

Abolissant les fonctions des nerfs moteurs.

!• paralysO'fnoteurs.

tellure Phosphore.

Arsenicaux.

Alcooliques.

Nitriles et vapeurs nilreuscs Sels d'argent injectés dans

les veines.

La plupart des sels métalliques (à doses faibles et continues).

( Curare.

) Fève de Calabar.

) Aconitine.

^ Cicutine.

2* classe.

NÉVROTIQUES .

Î Strychnine.

Oxygène comprimé.

Cantharides, etc.

3* classe.

Névro-musculaihks

4« classe.

Musculaires .

Agissant sur les éléments

du cerveau

et de la moelle épinière.

> Cèrèbro^pinaux,

Solanées vireuses.

Digitale.

Antimoniaux.

Acide carbonique.

Inée.

Vératrine.

Sels de potassium.

Sels de baryum.

Cuivre, zinc, cadmium.

Etain, plomb.

Mercure, etc.

Chloroforme.

Elher.

Opium.

5» classe.

Irritants et corrosifs

, Acide sulfurique.

— azotique.

— chlornydriquc.

— fluorhydrique.

, — oxalique.

i Potasse,soude, ammoniaque

/ Sulfures alcalins.

l Iode, brome, chlore, etc.

Toutes les classifications qui ont été proposées présentent le môme inconvénient de mettre à côté les uns des autres des corps fort disparates et qui pour-

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