‹ Traité de toxicologieChapitre 121 sur 126 · B. RÉSIDU AMORPHE · texte numérisé non relu

B. RÉSIDU AMORPHE

Lorsque le résidu d'évaporation du chloroforme se présente avec un aspect complètement amorphe, les substances qui peuvent le constituer sont extrêmement difficiles à caractériser, mais elles présentent au point de vue toxicologique un intérêt considérable et leur examen minutieux ne doit jamais être né'

Outre que ce résidu peut être constitué par un mélange de Digitaline et de Digitaléine, principe possédant les mêmes propriétés toxiques que la digitaline et existant concurremment avec ce dernier dans toutes les parties de la plante, la plupart des autres substances que le chloroforme peut enlever à la solution acide possèdent, en effet, une action physiologique analogue à celle de la digitale, aussi DragendorfF a-t-il fait de ces différents principes une étude détaillée qu'il est nécessaire de consulter. Les réactions différentielles de ces divers composés sont des plus confuses, et il est indispensable de s'aider des signes fournis par l'action physiologique.

Après que la solution acide a été épuisée complètement par chacun des trois dissolvants qui viennent d'être énumérés, on enlève à la liqueur la benzine et le chloroforme qu'elle retient en dissolution en l'agitant de nouveau avec de l'éther de pétrole, on décante avec soin, et Ton rend la liqueur faiblement alcaline par l'addition d'un très léger excès d'ammoniaque pure.

IV. — La solution est aussitôt et rapidement épuisée par la benzine cristallisable à la température de 30 à 40 degrés ; et, pour rendre plus prompte et plus facile la séparation de la benzine, on additionne la liqueur aqueuse, avant de la neutraliser, du quart au plus de son volume d'alcool. Il faut apporter les plus grands soins à la décantation de la couche de benzine et attendre qu'elle soit complètement éclaircie, ce qui arrive a.ssez rapidement lorsque le mélange est maintenu à la température indiquée ci-dessous. On s'assure, en évaporant une petite quantité de cette benzine, qu'elle a dissous une proportion appréciable de substance et l'on renouvelle alors l'épuisement dans les mêmes conditions.

Lorsque la série d'opérations que je viens de décrire a été effectuée avec tout le soin désirable, la benzine qui a servi à l'épuisement doit être à peu près incolore : s'il en était autrement, il faudrait traiter cette solution benziniquc par de l'eau aiguisée d'acide sulfurique (U^ SO^H^ p. 100), agiter fortement pour déterminer la redissolution des alcaloïdes dans l'eau acidulée, séparer la solution aqueuse, la neutraliser par un très petit excès d'ammoniaque, et recom-

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mencer Tépuisemeot à chaud par la benzine. Il est extrêmement important, lorsque la benzine abandonne par évaporation un résidu solide, que ce résidu soit aussi incolore que possible. C'est de ce résultat que dépend la netteté des réactions qui vont être exposées : on verra d'ailleurs que cette partie de Topération est, par le nombre et par Ténerg-ie des poisons, la plus importante delà recherche toxicolo^ique.

La solution benzinique est répartie sur un certain nombre de verres de montre (après avoir été réduite par distillation ménagée au bain-marie, si le volume des liqueurs ayant servi à Tépuisement était par trop considérable) et abandonnée à Tévaporation ménagée à une température qui ne doit pas dépasser 30 degrés : on s'exposerait sans cela à perdre en totalité les alcaloïdes volatils et une proportion parfois considérable de certains alcaloïdes solides qui sont entraînés facilement par les vapeurs d'hydrocarbure.

Le résidu laissé par Tévaporation de la bcrfzine peut se présenter sous trois aspects. Il peut être : !<> solide et cristallisé : 2^ solide et amorphe; 3» liquide. 'Dans ce dernier cas, il s'agirait d'un alcaloïde volatil, et l'évaporation devrait être faite de préférence à la température ambiante, sur une petite quantité de la benzine, afin d'étudier les caractères organoleptiques de l'alcaloïde : le reste de la benzine serait évaporée, toujours à froid, dans une capsule de verre mouillée au préalable d'acide chlorhydrique concentré. On obtiendrait ainsi le chlorhydrate de la base volatile en perdant le moins possible d'alcaloïde.

Lorsque le résidu est solide, on examine avec soin au microscope si ce résidu est cristallisé ou amorphe, et Ton procède sans retard à sa détermination par la méthode ci-dessous. Les réactions colorées doivent être faites à la lumière du jour y en effectuant les mélanges sur des verres de montre placés sur une feuille de papier blanc ^ et en opérant sur des résidus d* évaporation aussi récents que possible. Les alcaloïdes que l'on peut isoler ainsi sont, en effet, lorsqu'on opère sur des fragments de cadavres, toujours mélangés à des substances indéterminables s'oxydant promptement à l'air et capables, d'une part, d'entraîner une décomposition partielle de l'alcaloïde isolé, et d'autre part, de donner avec les différents réactifs des colorations qui pourraient mettre l'investigateur dans le plus grand embarras.

io Résidu cristallisé.

Réactions données par L'AonmoN au résidu cristallin d'une a deux

GOUTTES d'acide SULFURIQUE A 66 DEGRES BaUMÉ PUR.

Solution sulfurique incolore^ et ne se colorant pas à la longue ou par l'addition d'acide azotique.

A. Une trace du produit d'évaporation de la benzine instillée dans l'œil d'un animal (de préférence un chat) détermine la dilatation de la pupille.

La solution sulfurique répand, lorsqu'on la chauffe légèrement, une odeur rappelant celle des fleurs de prunier et de spirœa : la solution aqueuse du produit laissé par l'évaporation de la benzine n'est pas précipitée par le chlorure platinique. — Atropine.

La solution sulfurique ne répand pas d'odeur caractéristique lors chauffe : la solution aqueuse du produit laissé par l'évaporation de la précipite par le chlorure platinique, dont il faut avoir fçrand soin d ajouter un excès qui redissoudrait le précipité. — Hysociamine (Atropi

B. Le résidu d'évaporation de la benzine ne produit pas de dilatati pupille.

La solution sulfurique additionnée d'un cristal de chromate acide d sium prend une coloration bleue passant au violet, puis au rouge-vic solution aqueuse du résidu d'évaporation de la benzine injectée sous de la cuisse d'une grenouille détermine des accès tétaniques. — Stryci

La solution sulfurique ne bleuit pas sous Tinfluence du chromate i potassium, elle devient fluorescente, par addition d'eau ; si l'on ajou trace du produit d'évaporation de la benzine quelques gouttes d'eau de puis de l'ammoniaque en léger excès, on obtient une coloration vert ém

— Quinine.

La solution sulfurique n'est pas bleuie par le chromate acide de pota elle ne devient pas fluorescente par addition d'eau, et ne donne rien (01 ment un trouble blanchâtre) par l'action de l'eau de chlore, puis de 1' niaque. — Cinchonine.

2° Solution sulfurique incolorej mais se colorant en rose ou en viol après quelque temps, ou bien prenant, sous l'influence de l'acide azotiq\ coloration bleu-violacé, ou rouge de sang, ou rouge-brun.

Le résidu de l'évaporation de la benzine donne une solution incolore i l'acide sulfurique étendu de son volume d'eau ; cette solution prend un ration rouge-foncé lorsqu'on la chauffe (de manière à concentrer l'acide dilion, après refroidissement, d'une trace d'acide azotique, fait passer l ration au violet. La solution du résidu benzinique dans l'acide sulfurîqu est précipitée par l'ammoniaque — Narcotine.

La solution sulfurique d'abord incoloredevient bleu-violet après vingt heures, ou mieux lorsqu'on la chauffe avec précaution; le réactif de 1 donne avec le résidu d'évaporation de la benzine une solution vert-bi devenant bleu-indigo après quelque temps : la solution du résidu bcn: dans l'acide sulfurique dilué n'est pas précipitée par l'ammoniaque er

— Codéine.

3" Solutions sulfuriques colorées. Les indications que l'on peut tire coloration de ces solutions sulfuriques sont des moins précises : il est t€ important de remarquer que les substances capables de donner des colo sont beaucoup moins intéressantes, au point de vue toxîcologîque, qu( qui viennent d'ôtre signalées.

Solution sulfurique jaune et conservantcette couleur — Produit accomp Vaconitine [dans les aconits) ou provenant d'une altération de cet aie

Solution sulfurique jaune devenant ensuite d'un rouge intense. — Sabc (accompagnant la vératrine dans la cévadille).

Solution sulfurique rouge-foncé ; la solution du résidu benzinique dans Tacide sulfuriquedilué est incolore et précipite par Tammoniaque. — Thébaine.

Solution sulfurique bleue. — Impuretés qui accompagnent la pavavérine du commerce.

2^ Résidu amorphe.

Réactions données par l'addition au résidu cristallin d*une a deux gouttes d'acide sulfurique a 66 degrés Baume pur.

1* Solution sulfurique incolore ou à peine colorée en rose ou en jaune.

Une petite quantité d'acide azotique à 4,3 de densité colore la solution en rouge intense, puis en orangé après un temps assez court, et la coloration passe finalement au jaune ; cette solution passe au rouge-violacé sous l'influence des agents réducteurs (chlorure stanncux — sulfure d'ammonium). — Brucine.

La solution sulfurique, d'abord presque incolore, prend peu à peu une teinte rouge qui va en s'accentuant ; la solution incolore devient assez rapidement rouge sous l'influence de quelques gouttes d'une dissolution d'bjpochlorite de chaux ; une trace du résidu d'évaporation de la benzine appliquée sur la conjonctive d'un animal détermine une contraction notable de la pupille. — Ésé-

RINE (PhYSOSTYGMINE).

2<> Solution sulfurique colorée d'abord en jaune, puis en rouge plus ou moins nuancé de brun ou de violet,

A. Une partie du résidu d'évaporation de la benzine dissoute dans quelques gouttes d'acide chlorhjdrique concentré et porté à l'ébullition pendant une ou deux minutes prend une magnifique coloration rouge-cerise persistant très longtemps sans s'altérer.

Le résidu d'évaporation de la benzine dissous dans une trace de solution d*acide citrique et injecté sous la peau de la cuisse d'une grenouille détermine des phénomènes de paralysie avec vomissements, et, à forte dose, des accès tétaniques. — Vératrine.

Le résidu benzinique employé comme ci-dessus n'a pas d'action sur les grenouilles. — Sabatrine et Sabadilline.

B. La solution chlorhjdrique préparée comme en A reste incolore à l'ébullition.

La solution sulfurique exposée aux vapeurs de brome prend une coloration rouge-clair très fugace. — Delphinine (Alcaloïdes du Delphinium staphisagria)

La solution sulfurique, d'abord peu colorée, devient brun ou rougc-brun (si elle renferme une proportion relativement forte d'alcaloïde), puis sa coloration s'éclaircit, devient rouge-violacé (il se produit quelquefois des stries nettement violettes sur les bords du liquide) et passe finalement au brun-clair aprè5 vingt-quatre heures ; une petite quantité de résidu benzinique chauffé dans un verce de montre avec de l'acide phosphorique concentré prend une coloration rouge passant au violet quand on agite le mélange ; les vapeurs de brome colorent lentement en brun la solution sulfurique. — Aconitine et alcaloïdes reli-

rés des diverses variétés d*aconit (NépalinCy Napelline, Acolyctine, etc.), ainsi que les produits d'altération de Taconitine.

3"^ Solution suif urique immédiatement colorée.

Solution roug'e-brùn devenant rapidement rouge-vif. — Alcaloides des aconits et produits d'altération de Vaconitine.

Solution brun-verdâtre ; coloration verte passant ensuite au jaune avec le réactif d'Erdmaon ; coloration rouge passant ensuite rapidement au vert avec le réactif de Frôhde. — Emétine (i).

3° Résidu liquide.

Au point de vue théorique, un très grand nombre de bases peuvent constituer ce résidu ; la simple énumération de ces composés serait déjà fastidieuse. La série pyridique à elle seule fournirait, par exemple, un nombre considérable de poisons fort énergiques, mais, pour le moment du moins, il n'y a aucun intérêt à s'occuper de la recherche toxicologique de substances qui constituent pour la plupart des produits rares et dont l'emploi est par cela même rendu presque impossible. Deux composés toxiques seulement, dans la classe des substances volatiles, offrent de l'intérêt pour le toxicologiste, à cause delà facilité avec laquelle chacun peut se les procurer et des méprises que l'un d'eux occasionne souvent : je veux parler de la nicotine et de la conicine»

Mais auparavant il est nécessaire de s'assurer que le produit fluide et odorant laissé par l'évaporation de la benzine est bien de nature alcaloYdique. Dans toutes les recherches de la nature de celles dont j'expose actuellement les détails, le résidu d'évaporation de la benzine agissant sur la solution alcaline n'est jamais nul, et l'on obtient toujours, quelque soin que l'on ait pris dans tout le cours des opérations, un résidu fluide plus ou moins considérable qu'il est impossible d'identifier avec aucun des alcaloïdes toxiques connus. Il s'agit là de ces produits très complexes et fort remarquables sur lesquels Selmi a appelé le premier l'attention des toxicologistes et dont il a été question avec détails à l'article PtomaYnbs (voy. ce mot).

S'il est, dans certain cas, fort difficile de distinguer ces ptomaïnes d'alcaloïdes végétaux solides et fixes, la difficulté devient bien plus considérable quand il s'agit de les différencier d'avec les alcaloïdes liquides, tels que la nicotine ou la conicine. Le caractère qui m'a paru jusqu'ici le plus propre à distinguer ces composés des alcaloïdes végétaux consiste dans l'action exercée sur ces corps par l'acide chlorhydrique moyennement con-

(1) Lorsque les réactions que je viens de mentionner pour caractériser chacun des composés isolés par les divers dissolvants n'auront pas donné de résultats bien nets, il faudra avoir recours à la méthode dichotomique exposée avec détails dans le traité d'analyse qualitative de Frésénius. Le lecteur consultera également avec le plus grand avantage la seconde édition de Texcellent Manuel de Toxicologie de DragendorPr, dans lequel sont exposés en détail les résultats de la longue expérience, et des minutieuses études du savant professeur de Dorpal.

centré. Tandis que Ton obtient avec plus ou moins de facilité et sansgprandes précautions un chlorhydrate amorphe ou cristallisé, s'il s'agit d'un alcaloïde, la formation d*un composé avec Tacidc chlorhjdrique est des plus difficiles à réaliser avec les ptomaYnes, et, dans la plupart des cas, le composé org-aniquc est détruit par la simple évaporation au contact de Tair et à température relativement basse en présence d'un léger excès d'acide chlorhydrique en dissolution. C'est bien certainement à cette propriété que l'on doit attribuepla connaissance si récente et si peu avancée des corps de cette nature.

Lors donc qu'une partie de la benzine décantée, après avoir agi sur la solution alcaline supposée contenir des alcaloïdes, ne donnera par évaporation ménagée qu'un résidu fluide et odorant, il faudra, pour s'éclairer sur la nature de ce résidu, évaporer, après l'avoir mélangé avec de l'acide chlorhvdrique dilué de son volume d'eau, une nouvelle quantité de la solution benziniquc qui devra fournir, dans le cas d'un alcaloïde, un chlorhydrate solide, cristallisé ou amorphe, et peu coloré. Si le résidu de cette évaporation était constitué par une masse fortement colorée et d'aspect résineux, ce serait la preuve que la benzine n'avait dissous que ces substances mal déterminées parmi lesquelles figurent, pour une bonne proportion, les ptomaïnes.

1» Le résidu de Vévaporaiion en présence de Vacide chlorhydrique est cristallisé.

Les cristaux, aiguillés ou prismatiques, ont une action sur la lumière polarisée; leur solution aqueuse ne précipite pas par addition de chlorure de platine. — CoNiciNE (et produits volatils qui l'accompagnent dans les diverses espèces de cigu^).

2* Le résidude Vévaporaiion en présence de Vacide chlorhydrique est amorphe.

A. La solution aqueuse (pas trop étendue) de ce chlorhydrate précipite par addition de chlorure de platine.

Le chlorhydrate traité immédiatement après l'évaporation par le réactif de Frôhde donne, au bout de quelques minutes, une coloration violette diminuant peu à peu d'intensité. — Lobéline. (Alcaloïdes volatils des plantes du genre lobélia).

Le sel a une odeur de tabac et prend, après vingt-quatre heures, une coloration rouge-pâle sous l'influence du réactif de Frôhde. — Nicotine.

B. La solution aqueuse étendue du chlorhydrate ne précipite pas par addition de chlorure de platine ; les bases de ces chlorhydrates peuvent être constituées par un grand nombre de produits volatils qui sont sans intérêt pour le toxicologue, tels que l'aniline, les produits volatils retirés d'un grand nombre de plantes, piment, ergot de seigle, etc., etc.

V. — Après complet épuisement par la benzine, la liqueur ammoniacale est épuisée de nouveau par le chloroforme : ce dissolvant n'a guère d'autre avantage que de permettre la séparation à peu près complète de certains alcaloïdes, tels que la cinchonine, la papavérine, la narcéine, que les épuisements anténeurs n'auraient pas suffi à extraire en totalité. Le chloroforme dissout çn outre une

trace de morphine et la Chélidonine, alcaloïde qui accompagne 1 rine dans la grande chélidoine.

VI. — La liqueur ammoniacale est ensuite épuisée à la tempéra 80 degrés par de Talcool amylique pur. Ce dissolvant s'empare de et de la solaniney ainsi que de quelques glucosides dépourvus d( toxiques.

L'alcool amjlique est évaporé à la température du bain-marie d rant d'air, et le résidu examiné de la façon suivante.

Réactions données par l'addition au résidu de l'évaporation i

GOUTTES d'acide SULFURIQUE A 66 DEGRÉS BaUMÉ PUR.

Solution incolore à froid, se colorant légèrement en rouge, pu enfin en vert-sale sous Tinfluence de la chaleur ; une goutte d'aci étendu ajoutée à la solution refroidie lui fait prendre une coloratic lacé; le résidu de l'évaporation de l'alcool amylique est coloré en chlorure ferrique, et en violet par le réactif de Frôhde récemment Morphine.

Solution jaune-rougeàtre-clair devenant ensuite brun-clair : l'eau en brun-foncé le résidu de l'évaporation de l'alcool amylique ; ce rés dans l'alcool bouillant, donne une masse gélatineuse par le refroidi

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