CHLORE
de larmoieiuent, de coryza, de bouffissure de la face, de toux, d'angfoisse précordiale et de dyspnée. Ces symptômes sont en partie attribuabjes à la formation de l'acide chlorhydrique. L'albumine est précipitée par le chlore, et la matière colorante du sang se transforme en une masse amorphe indéterminable.
Le sujet ayant respiré en une seule fois de grandes quantités de chlore tombe comme foudroyé avec des phénomènes de dyspnée intense ; il survient chez lui de la cyanose, des sueurs froides, le pouls devient petit et la mort peut s'ensuivre, comme le démontrent sept cas rapportés dans la littérature médicale. Dans la plupart des cas, dès que le malade est retiré de l'atmosphère chlorée, les symptômes morbides s'atténuent et il finit par se rétablir (1). Un ouvrier qui, à plusieurs reprises, avait respiré dans une atmosphère de chlore pur sans qu'il en souffrît au delà de quelques heures, finit par succomber à l'influence fatale de re fi^az. Il survint immédiatement chez lui de la toux opiniîître, des étoufl*ements, des douleurs lancinantes au thorax, plus tard de la dyspnée, des hémorrhagies pulmonaires, de l'agitation, de l'angoisse, de la constipation; et le lendemain, cyanose, expec>loration mousseuse, céphalée atroce, orthopnée et pouls filiforme très fréquent.
Les ouvriers travaillant pendant des années dans une atmosphère de chlore perdent leur aspect florissant d'autrefois, leur leinl devient d'un pâle verdàtre et ils vieillissent d'une manière précoce. L'empoisonnement rapide s'observe de même chez les animaux ayant séjourné pendant longtemps dans une atmosphère de chlore. 45 a 50 p. 100 des ouvriers travaillant le chlore tombent malades tous les ans, pour la plupart atteints de catarrhe aigu des voies respiratoires, ainsi que de gastralgies avec pyrosis. Le travail s'accomplirait sans inconvénient dans une atmosphère contenant 0,001 à 0,002 p. 1000 de chlore, il est encore possible, mais déjà désagréable quand la teneur en chlore est de 0,002 à 0,003 p. 1000 et tout à fait impossible si le taux en atteint 0,004 p. 1000 (2). Grâce à l'accoutumance, on peut supporter un air
(1) IliRT, Handb. d. GesundheilspfL, 4874, p. 4u8.
(2) Matt, Exp, Beitrâge, Wûrzburg, 4889, p. 8.
Toxicologie* 1»
aussi riche (et même davantage) en chlore. Ont été considérés comme causes de la dyspnée le spasme de la glotte, ainsi que l'obstacle que la corrosion et la tuméfaction subséquente de la muqueuse des voies respiratoires mettent à l'échange gazeux. Le spasme glottique fait complètement défaut chez les animaux. Ce n'est pas au spasme de la glotte qu'est due la mort, mais bel et bien à l'arrêt du cœur et de la respiration ; en eflfet, la glotte ne tarde pas à se rouVrir et les sténoses qui surviennent de temps en temps ne sont pas assez accusées pour provoquer l'issue fatale. Le gaz serait, sous forme d'acide hypochloreux, transporté dans les organes éloignés du poumon, par exemple, le cerveau où on peut déceler sa présence (1).
Autopsie. — On constate, chez les animaux j dans les poumons : œdème, hémorrhagies disséminées, hépatisation ; chez Vhomnie: hémorrhagie et catarrhe de l'estomac et de l'intestin grêle (2); odeur de chlore exhalée encore par le cerveau deux jours après la mort (3); dans les vaisseaux de la muqueuse des voies respiratoires le sang est épaissi, brun sombre et contient de l'hématine. L'hématine peut se former grâce au chlore qui ayant pénétré dans les vaisseaux superficiels s'y transforme en acide chlorhydrique.
Recherche du chlore. — Le chlore colore en bleu un papier amidonné trempé dans une solution d'iodure de potassium (amidon iodé).
Traitement. — Procurer de l'air libre, faire inhaler de l'ammoniaque très diluée (formation de chlorure d'ammonium), ou des vapeurs d'alcool dilué, analeptiques et compresses froides au cou ou à la poitrine (on peut y appliquer aussi des ventouses sèches).
Les ouvriers travaillant dans le chlore^ dont la santé est très ébranlée par suite de leur occupation, auront à la cesser pour longtemps.
HYPOCHLORITE DE POTASSE. — L'action de Veau de javelle (mélange de chlorure de potassium et d'hypochlorite de
(i) BiNz, Arch. f. exp Path. u. Pharmak,, Bd XHI, p. 442.
(2) SuRY-BiENz, Vierieljahrsschr, f. ger, Med., i888. Bd XLLX, p. 345.
(3) Cameron, Dubl. Quart. Journ , février i870, p. i\l.
HYPOCHLORITES ALCALINS 131
polâssium : KGI+KCIO) repose sur la mise en liberté du chlore qui s'opère par Taddilion des acides très dilués et même de l'acide carbonique. Chez les chiens^ l'eau de javelle administrée en grandes quantités provoque de la gastro-entérite; les mêmes lésions et leurs suites s'observent chez les sujets ayant absorbé de l'eau de javelle par imprudence, ou dans une tentative de suicide ou d'homicide (1). J'ai trouvé dans la littérature médicale onze cas d'empoisonnement par cette substance, dont quatre terminés par la mort. La guérison fui obtenue encore après l'ingeslion de 700 gr. environ d'eau de javelle.
Un enfant de quatre mois a ingéré, à l'aide du biberon, 15 gr. environ d'eau de javelle. Les organes examinés trois semaines plus tard ne contenaient plus de chlore libre, tandis que, sur les débris du biberon cassé, on réussit à déceler la présence du carbonate de soude et du chlorure de sodium. Un autre enfant ayant absorbé par mégarde une cuillerée à soupe d'eau de javelle, s'est rétabli complètement. Il survint chez lui de l'asphyxie, il vagissait, se roulait et présenta un pouls petit, à peine comptable. La muqueuse buccale et pharyngée était blanche et se détachait par places. L'air expiré sentait le chlore, la même odeur se dégageait des selles diarrhéiques ; il y eut du ballonnement du ventre et des coliques.
Traitement. — Lavages de l'estomac, vomitifs, boissons huileuses et mucilagineuses, albumine, magnésie calcinée ou chlorhydrate et sulfate d'ammoniaque ou sulfite neutre de soude. On a recommandé, dans le cas où le médecin n'aurait à sa disposition aucun des sels mentionnés, de faire boire de l'urine; il faut avouer que ce traitement est dégoûtant, mais les hypochloriles décomposent l'urée, en donnant lieu à la formation d'azote et de chlorures.
CHLORURE DE CHAUX.— îl dégage du chlore en présence des acides. Les ouvriers qui se servent du chlorure de chaux pour se nettoyer les mains (par exemple, dans le but d'enlever les
(1) Potier, Bull, de la Soc. anal, de Paris, i892, sér. V, t. VI, p. 381.
matières colorantes d'aniline) soni, entre autres accidents, atteints d'hyperidrose.
ACIDE CHLORHTDRIQUE. — L'acide chlorhydrique, très employé dans l'industrie (pour la fabrication de la soude, du verre, du caoutchouc, etc.), n'a provoqué qu'une seule intoxication sur les 617 survenues en France pendant 12 ans; à Londres, il ne s'en est produit que 3 cas en 16 ans, mais on en a noté 23 dans l'année 1892; à Berlin, sur 114 empoisonnements par les acides, on n'en acompte que 8 par l'acide chlorhydrique. Sur 524 cas d'intoxications aiguës traitées dans les hôpitaux de la Prusse, 24 étaient causés par l'acide hydrochlorique. J'ai compulsé 49 cas dans la littérature médicale. On se sert ordinairement de l'acide chlorhydrique brut : c'est un liquide fumant à l'air, qui contient 30 à 40 p. 100 environ d'acide chlorhydrique gazeux.
La dose léthale minima peut être fixée à 15 à 20 gr. pour les adultes, et pour les enfants à 5 gr. d'acide chlorhydrique du commerce. La guérison a été encore observée après l'ingestion de 40 gr. La mort peut survenir déjà après 5 à 24 heures, mais aussi seulement après sept à huit semaines ou après des mois. La mortalité s'élève à 66 p. 100.
Les animaux qui respirent de l'acide chlorhydrique gazeux dans une pièce ventilée, peuvent supporter encore une atmosphère contenant exactement 0,10 à 0,14 p. 1000 de ce gaz. La teneur de l'atmosphère en acide chlorhydrique à 0,30 p. 1000 provoque déjà l'opacité cornéenne dans l'espace de six heures, et très rapidement au taux de 2,67 et de 5,88 p. 1000. Surviennent en outre : catarrhe nasal, gangrène du nez, affections bronchiques et pulmonaires, ecchymoses de la muqueuse gastrique. Lhomnie ne supporterait qu'un séjour d'une minute dans une atmosphère contenant 1 p. 1000 d'acide chlorhydrique. Le taux-limite encore permis dans les usines serait de 0,10 à 0,15 p. 1000 (1).
L'acide chlorhydrique précipite l'albumine et donne naissance dans le sang à de l'hématine. Mais jamais on ne trouve chez les individus intoxiqués par Vacide chlorhydrique ^ la bande de /'//f^-
(i) Lehmann, Avch, f. Hygiène, Bd V, i88C, p. 1.
ACIDE CHLORHYDRI^UE 133
oiatine dans le sang recueilli loin du lieu où a agi le poison. Il y a plus : celle altération du sang ne survient pas même quand on fait agir l'acide à l'état naissant {inhalations de gaz phosgène) (1). Pendant la vie^ le sang humain^ tout en devenant moins alcalin^ ne présente jaynais de réaction acide. L'affirmation contraire repose sur une erreur.
S3rniptôm6S. — Vomissements persistantdes jours entiers; pendant plusieurs semaines ils peuvent même survenir encore après les repas. Les matières vomies sont ordinairement sanguinolentes et contiennent des lambeaux de la muqueuse stomacale. En cas (l'ingestion d'acide chlorhydrique très concentré, des vapeurs de gaz chlorhydrique se dégageraient par la bouche et le nez peu de temps après. Pas d'altération de la peau dans le voisinage de la bouche. Eschares aux lèvres dans quelques cas. Ont été observés en outre : sensation de brûlure, douleurs dans les premières voies digestives; tuméfaction delà langue dont la couleur est d'un gris blanchâtre, de place en place dépourvue de son revêtement épithélial ou transformée superficiellement en une bouillie grise, parfois aussi colorée en gris bleu ; pseudo-membranes gris-blanchâtres dans le pharynx, troubles de la déglutilion, plyalisme, parotidite; douleurs pendant la respiration, sensation d'angoisse, pouls petit et très fréquent, regard hagard et craintif, sueurs froides, frissons et fièvre (2);dysurie ou rétention d'urine, albuminurie, cylindrurie et hématurie (3), ainsi que coUapsus grave.
La mort survient, souvent alors que le malade a conservé la conscience, au milieu des phénomènes de prostration générale, ordinairement sans convulsions (elles ont été notées chez les animaux); parfois, si le contenu stomacal a été aspiré pendant les vomissements, avec des symptômes du côté du péritoine, des bronches, ou des poumons (4). Dans la majorité des cas elle a lieu dans l'espace de trois à vingt-fjuatre heures.
(1) L. Lbwin. Virchow's AiHih., Bd LXXVIII, 4879.
{t) Wl-îcschheim, Prager med, Wochetischr., 489i, ii° ^t.
i3) Gehlb, Berliner kiin. Wochenschr., n» 22, 1884, p. 337.
(i) Letlxle et Va^^uez, Af*ch. dephys.j i889, janv. et avr.
En cas à' intoxication chronique ont été notés: vomissements après les repas; dysphagie, souvent par suite d'un rétrécissement œsophagien ; anorexie, amaigrissement, constipation, fièvre, albuminurie, rate et foie tuméfiés, et la mort peut finir par arriver à la suite des suppurations et du rétrécissement pylorique avec dilatation de l'estomac, c'est-à-dire, par épuisement. La guérison est possible.
Les inhalations de vapeurs cCacide chïorhydrique peuvent provoquer des hémoptysies.
A Fautopsie, — Absence de corrosion de la peau tout autour de la bouche. Les autres corrosions sont plus superficielles que celles provoquées par les acides azotique et sulfurique. La mort survient elle dans les premières 48 heures^ on trouve les premières voies digestives enflammées et dénudées d'épithélium, les parois stomacales nécrosées par places, quelquefois de coloration ardoisée. La muqueuse stomacale est en lambeaux ou fortement mamelonnée, bosselée, avec des eschares aux sommets des bosselures, la tunique musculaire est hypertrophiée; le sang peut, dans les vaisseaux engorgés de l'estomac, se transformer en une masse noire solide, et les vaisseaux se présentent sous forme de bandes raides et dures (1). L'examen histologique de l'estomac d'un homme ayant succombé deux jours après l'accident montrait la muqueuse infiltrée d'éléments embryonnaires et de fibrine, en môme temps que les glandes avaient presque entièrement disparu. C'était seulement au niveau des culs-de-sac glandulaires, qui étaient dilatés, que l'on retrouvait des cellules glandulaires ayant, pour la plupart, perdu leurs noyaux et contenant dans leur intérieur une substance hyaline perlée. L'action corrosive de l'acide chïorhydrique peut se manifester encore dans les portions supérieures de l'intestin alors qu'on n'en trouve plus trace dans l'œsophage ou qu'elle y est tout au moins à peine appréciable.
En cas de mort tardive^ on constate : eschares à la limite de
(4) ScHAD, Thèse de Munich, i885.
la voûte palatine et du voile du palais, eschares semblables, ou même cicatrices d'aspect crustacé sur la paroi postérieure de l'œsophage, corrosions et tuméfactions à l'entrée du larynx, à l'épiglotte et dans son voisinage (cordes vocales, etc.), eschares profondes pénétrant jusqu'à la mvscularis mucosœ et même au delà (elles sont villeuses, d'un jaune brunâtre ou d'un gris ardoisé), ulcérations de l'œsophage qui se montre friable à la hauteur où il s'entrecroise avec la bronche gauche, ulcérations au cardia, ulcérations en stries (bandes) à la petite courbure, entre le pylore et le cardia, et ulcérations circulaires à la portion pylorique de Testomac. Il arrive aussi que la muqueuse stomacale est transformée en une masse pulpeuse ou en une vaste eschare, avec destruction de tous les éléments glandulaires. La corrosion peut s'étendre en bas jusqu'au duodénum. De Tœsophage, l'inflammation peut se propager, par exemple, au médiastin postérieur (phlegmons et processus putrides), au diaphragme (abcès), à la plèvre (pleurésie purulente) et même au tissu graisseux périrénal, surtout du côté droit (phlegmons para-néphrétiques), et â la capsule rénale sur laquelle on remarque par places des eschares. Dans des cas très rares, une ou plusieurs perforations stomacales ont été trouvées (1). Si Tacide était très concentré, son action corrosive se propage jusqu'à la face inférieure du foie, à la rate, au coude du côlon ascendant, etc. Les eschares peuvent pénétrer dans le tissu hépatique jusqu'à 3 à 4 mm. de profondeur. On a trouvé aussi le foie, le cœur et les reins surchargés de graisse : cette accumulation de la graisse ne présente pas ici plus de valeur pathognomonique que dans n'importe quel autre cas. Quant à l'acidité du sang observée quelquefois, cest un phénomène cadavérique.
Recherche toxicologique de l'acide chlorhydrique. — L'acide chlorhydrique donne avec l'azotate d'argent un précipité blanc soluble dans l'ammoniaque. L'acide chlorhydrique se trouve-t-il en grande quantité dans les matières vomies et le contenu stomacal^ on peut en déceler la présence en soumettant ces substances à
(1) BuRDKT, Lyon médical, 1895, p. 499.
la distillation à basse température, ou en soumettant à la distillation fractionnée l'extrait alcooliquedes intestins et en cherchant dans les produits de la distillation fractionnée soit l'acide chlorhydrique, soit le chlore. Les viscères seront alors épuisés pendant vingt-quatre heures par une solution faible de soude, la solution concentrée par évaporation sera précipitée par Talcool, et le précipité, ainsi que le résidu obtenu après évaporation de l'alcool surnageant, seront portés au rouge en présence de la soude : c'est ici que l'on recherchera le chlorure de sodium. Celui-ci se trouvet-il en quantités considérables, il témoigne en faveur de l'acide chlorhydrique (1).
Traitement. — Evacuez et lavez l'estomac avec des substances neutralisantes(magnésie calcinée diluée dans une grande quantité d'eau ou de mucilage, ou eau savonneuse) et administrez de l'albumine, des excitants, des opiacés et des morceaux de glace. Les rétrécissements seront traités à l'aide des bougies. Le rétrécissement du pylore fut traité avec succès par la gastro-entérostomie.
liKOME ET BROMURES
Jusqu'ici on a relaté deux cas de mort-par le brome. Dans un de ces cas la mort arriva sept heures et demie après l'ingestion de 30 gr. (2). La dose léthale est de beaucoup inférieure à 30 gr. Les vapeurs de brome peuvent provoquer des phénomènes d'intoxication et même la mort chez les ouvriers dans les usines où l'on manie le brome et chez les personnes pénétrant dans des pièces à désinfecter où il s'en trouve beaucoup. L'administration des bromures en grandes quantités donne souvent naissance à des troubles graves de la santé.
On peut, entre autres, démontrer la présence du brome dans les pustules se formant parfois après l'usage du bromure de
(1) ViTALi, UOrosiy 1886, nov., p. 361.
(2) Snell, New-York Journal of Med,, 1850, v. CLXX, p. 340.