‹ Traité de toxicologieChapitre 20 sur 126 · BROME ET BROMURES · texte numérisé non relu

BROME ET BROMURES

potassium. A l'état liquide ou gazeux, il cautérise les tissus avec lesquels il entre en contact,précipite l'albumine et, probablement, s'y substitue à l'hydrogène. La peau cautérisée par le brome se colore en jaune-brunâtre, bientôt surviennent des vésicules ou bulles accompagnées de douleurs violentes ; on voit même la destruction totale de la peau atteinte. Les hématies sont détruites par le brome.

V introduction dans Vestomac de X à XV gouttes de brome provoque chez les animaux : salivation profuse, larmoiement, écoulement nasal, vomissements, agitation, mydriase et phénomènes de dépression du côté du système nerveux. La mort survient en cinq à six heures, rarement plus tard, sans convulsions.

Chez V homme ^ après V ingestion de 30 gr. de hrome^ on vit apparaître : vomissements, douleurs dans les premières voies digestives, diarrhée ; respiration accélérée, laborieuse ; pouls petit, dur; ptyalisme; sueurs froides, vertige, engourdissement, collapsus. V inhalation de grandes quantités de brome provoque : coloration brune de la peau autour delà bouche, conjonctivite, coryza, salivation, suffocation, toux, bronchite, raucité de la voix, asthme bronchial. Après la disparition de ces phénomènes il peut survenir plus tard : troubles de la déglutition, troubles gastriques, exanthèmes prurigineux (1) ou encore grincement des dents, secousses musculaires; ensuite : dyspnée avec angoisse et palpitations, tressautement des tendons, convulsions généralisées, perte de connaissance et, le cas échéant, la mort. Dans les usines oii Von manie le brome les ouvriers s adonnant à la boisson sont souvent atteiiits de pneumonie. Les quantités de brome qui peuvent encore être supportées dans les locaux des usines coïncident avec celles qui sont indiquées pour le chlore.

A V autopsie des sujets ayant absorbé du brome par la bouche on trouve les lésions ci-après : surface interne de l'estomac mortifiée et couverte d'une couche à aspect tanné, péritoine et épiploons enflammés et cavité abdominale exhalant l'odeur du brome ; chez les animatcx on a noté aussi des pseudo-meni-

(I) Bruck, Berliner med. (Jeseiisch., iSDo, 6 nov.

branes tapissant les voies respiratoires. Les bromures manifestent des effets toxiques plus accusés sur les chats que sur les chiens. Au commencement de l'expérience une partie considérable de la substance ingérée est retenue dans l'organisme,' tandis que l'élimination du chlorure de sodium augmente; et ce n'est que graduellement qu'un équilibre se rétablit entre l'ingestion et l'élimination.

Les bromures y principalement lebromiire de potassium provoquent chez certaines personnes des phénomènes secondaires /«cA<?t^a7; dépression nerveuse, somnolence, affaiblissementdel'idéation, céphalée frontale, troubles visuels, douleur au larynx, toux paroxystique, odeur fétide de l'air expiré, amblyopie, diminution de l'appétit sexuel (même chez les animaux) et exanthèmes polymorphes. Si une nourrice prend pendant un temps prolongé des préparations brotnées on voit apparaître chez le nourrisson (l) : perte de l'appétit, amaigrissement, tremblement, affaiblissement de la mémoire, idiotie, troubles de la sensibilité et de la motilité, etc. On a vu souvent, chez les adultes aussi bien que chez les enfants, l'usage immodéré du bromure de potassium provoquer la mort (2). Chez les animaux dij^mi absorbé fréquemment des bromures à hautes doses, on a constaté : paralysies, amaigrissement, diminution du nombre des globules sanguins rouges et hyperleucocytose, diminution de la fibrine du sang, dégénérescence du muscle cardiaque, du foie et des reins, altérations du système nerveux, de la moelle épinière, etc. (3).

Recherche du brome. — (Dans les débris des matières suspectes, la salive, les pustules d'acné survenant après son emploi, le cerveau, le sang). La glande thyroïde des animaux normaux semble contenir de petites quantités de brome en combinaison organique, du moins on a prétendu l'y avoir trouvé au moyen de la réaction de Baubigny. — Le brome et ses sels forment avec l'azotate d'argent un précipité soluble dans une solution chaude de carbonate d'ammoniaque. La solution de brome, additionnée

(i) LoEWY, Wieiiermed. Presse, 1880, p. 107i.

(2) L. Levvin, Die Nebenwirkunyen der Arsneimittel, Berlin, i899, p. i55.

(3) Pandi, Pester mcd. chir. Presse, 4893, p. 780.

IODE £T lODURES 139

de phénol, fournit un précipité blanc de tribromophénol soluble dans Talcool; ce précipité finit par devenir cristallin. Pour démontrer la présence du brome dans les solutions de ses sels, il est nécessaire de le mettre préalablement en liberté en les traitant par Teau chlorée d'où il sera enlevé par Téther.

Voici comment reconnaître le brome dans l'urine : dans un matras à col étroit, on traite 10 cent, cubes d'urine, acidulée au moyen d'acide sulfurique, par une solution de permanganate de potasse jusqu'à production d'une teinte rouge et l'on chauffe au bain-marie, le col renfermant un papier-réactif constitué par du papier à filtrer imprégné d'une solution aqueuse de diméihylphénylènediamine à 1 p. 1000. Si l'urine renferme du brome, celui-ci est mis en liberté et forme un anneau violet au centre et brun-gris sur les bords (1).

Traitement. — Brome ingéré par la bouche : empois d'amidon ou solution d'albumine ; solution de phénol à 0,5 p. 100 (à la dose de 5 centigrammes). Conb^e les vapeurs de brome : inhalations d'ammoniaque. Les corrosions locales par le brome seront couvertes de compresses imbibées d'eau phéniquée à 2 ou 3 p. 100.

IODE ET lODURES

L'iode, ses vapeurs, sa solution alcoolique, sa solution dans Fiodure de potassium (liqueur de Lugol), produisent des empoisonnements aigus. Ces empoisonnements ont pour causes : soit des tentatives de suicide, soit des accidents, soit l'emploi des composés iodés dans l'industrie, soit enfin leur usage dans un but thérapeutique (injections dans les tumeurs, les kystes ovariens). Quant aux intoxications chroniques ou aux effets secondaires fâcheux de l'iode (2), ce sont surtout les ioduresqui leur donnent naissance. L'iode et ses sels pénètrent facilement dans Je torrent sanguin à travers les muqueuses, les canaux, les ca-

(!) JoLLES, ZeiUchrift f, analyt. Chemie, 1898, p. -i3i). (2) L. Lewin, Die Nebenwirkunyen, etc., p. 338.

140 POISONS INORGANIl^UËS

vités naturelles, les plaies; il traverse aussi facilement la peau. L'iode peut être décelé dans la salive déjà cinq minutes après l'injection de la teinture d'iode. L'élimination se fait par les glandes gastriques et intestinales, l'urine (jusqu'à dix jours), la salive, la sueur, les larmes, le lait, la bile, le mucus nasal ; le cas échéant, par les glandes sébacées de la peau et, comme cela a été récemment reconnu (1), par les cheveux de l'homme. Il se retrouve pendant longtemps dans les testicules. L'iode fournit avec l'albumine un composé peu stable.

[Si la stabilité des composés album inoïdes iodés artificiels est peu cooiddérable, en revanche, celle de certains composés naturels est remarquable. L*affinité de Tiode pour les composés albuminoïdes est prouvée par quelques réactions démontrant la facilité avec laquelle l'albumine s'empare de l'iode libre. Ainsi, une solution aqueuse d'albumine agitée avec du chloroforme tenant de l'iode en dissolution le décolore en s'emparant du métalloïde : l'amidon ioduré est ég-alement décoloré par l'albumine; tandis que l'empois d'amidon ne décolore pas la solution chloroformique d'iode. De plus, la combinaison de l'albumine avec l'iode est favorisée par la chaleur et non détruite par elle. Si, par exemple, on cherche quel est le volume d'une solution d'iode à titre connu dans l'iodure de potassium nécessaire pour produire une coloration donnée, indice de la présence d'un lég-er excès d'iode libre, dans un môme volume d'une solution albumineuse, ejt si l'on prend pour unité le volume de solution iodoiodurée nécessaire pour produire cette coloration à froid, on trouve que, pour déterminer la même coloration de la solution albumineuse maintenue à l'ébuU lition, il faudra cinq fois le volume primitif de solution iodurée, et trois fois seulement ce même volume si la solution albumineuse a été portée à l'ébullition, puis refroidie. (En versant goutte à goutte, et en agitant la solution iodoiodurée dans le même volume de solution albumineuse).

Des faits qu'il serait trop long d'exposer ici en détail conduisent à admettre que la combinaison des albuminoïdes avec l'iode se fait par simple juxtaposition, comme avec les bases pipéridiques, et sans que l'hydrogène de la molécule soit substitué par l'iode, ce qui donnerait naissance à de l'acide iodhydrique qui devrait alors neutraliser l'alcali de l'albumine. La dialyse suffit, il est vrai, à détruire cette combinaison instable; mais cette destruction s'accompagne d'un changement d'état moléculaire de l'albumine que Ton trouve souvent coagulée et dont la coagulation sous l'influence de la chaleur commence dès la température de 40° au lieu de 57». Enfin, la présence de l'albumine dans un liquide permet à l'iode de rester à l'état libre dans un milieu franchement alcalin.

(1) BouRCET, Comptes -rend, de V Académie des Sciences^ t. GXXVIII, p. 1120.

IODE ET lODlTRES Hl

Ces considérations sont particulièrement importantes au point de vue de l'interprétation de l'action pharmacodjnamique des composés iodés et de Tiode en oature, mais elles pourront aussi trouver leur application à propos de Tintoxication iodique chronique et des inconvénients de la médication iodurée, c'est pourquoi je les rapporte ici. Elles ont fait, assez récemment, l'objet d'une très remarquable étude sur l'action pharmacodynamique de l'iode et desiodures(i).

Dans ces dernières années, l'étude des composés albuminoîdes iodés naturels a été reprise par Harnack (2) qui a décrit sous le nom d'iodospongine un produit dont la formule serait O^H^IAz^^S^O* et qui renferme en moyenne R,20 p. 100 d'iode. Ce composé est remarquable par sa stabilité en présence des acides et des alcalis, même à chaud. L'iodospongine administrée à des chiens après extirpation de la glande thyroïde a atténué très nettement les accidents de la cachexie strumiprive.

On n'est pas encore fixé sur le point de savoir si ces dérivés albuminoîdes iodés sont analogues ou identiques à Viodothyrine ou aux combinaisons albumÎQoTdes iodées qui existent dans le corps thyroïde. On sait seulement que 96 p. 100 de l'iode existe à l'état de combinaison albuminoide dans la glande thyroïde et que l'iodothyrine ne s'y trouve pas à l'état de liberté. Lorsqu'on soumet les combinaisons albuminoîdes iodées du corps thyroïde à l'action du suc gastrique artificiel ou à l'action du pancréas, il ne se produit pas d'iodothyrine ; les iodalbuminoïdes se transforment en substances nouvelles dans lesquelles l'iode est retenu à l'état de combinaisons stables, comme dans la substance mère. L'iodothyrine ne se forme qu'à la suile de la destruction de la naolécule albuminoïde ; et même alors la totalité de l'iode ne se retrouve pas dans l'iodothyrine produite. On doit en conclure que l'iode n'existe pas sous an seul et môme état dans les composés albuminoîdes iodés; une partie se trouve à l'état de composés peptoniques pauvres en iode (3).

D'autre part, l'addition de l'iode par les corps gras semble leur imprimer DDe labilité plus grande, ce qui expliquerait l'amaigrissement, et, jusqu'à un certain point, la fonte de certains éléments glandulaires. Winternitz a montré qu'on ne peut obtenir l'engraissement d'animaux à l'aide des graisses iodées que si ces composés sont peu riches en iode (0,22 p. iOO) (4)].

Sous rinfluence directe de l'iode, Toxyliénfioglobine se transforme en hématine. Appliqué sur la surface cutanée, Tiode en provoque l'inflammation et des bulles se forment aux endroits où la peau est très fine. L'action des sels d'iode dans l'org-anisme dépend de la mise en liberté de l'iode. Comme doses léthales on peut

(1) Fr. Henruban et Gabriel Corin, Archive» de Pharmacodynamie, t. II, 1896, p. 359. (i) E. Harnack, Zeitschr.f, physiol. Chem ,B, XXIV, p. 442.

(3) R. Tambach, Zeitschr. f. Biot., B. XXXVI, p. 549.

(4) H, Winternitz, Zeitschr, f, phyitioL Chem., B. XXVI, p. 425.

admettre pour riode pur 3 à 4 gr., et 21 a 30 gv. pour la teinture d'iode. La mort serait survenue chez une femme à la suite de l'absorption de 2*%5 A^iochire de potassium. L'issue fatale peut avoir lieu dans un à deux jours, mais aussi plus tard. Los affections rénales rendent plus facile l'intoxication par l'iode.

Donnée à V intérieur à doses élevées ^ la teinture d'iode provoque : sensation de constriction à la gorge, sensation de brûlure à la bouche et à la gorge, vomissements (les matières vomies sont colorées en jaune sombre, ou en bleu si l'estomac contient des aliments amylacés), douleurs stomacales lancinantes, petitesse du pouls, bourdonnement d'oreilles, pâleur cadavérique, selles diarrhéiques ou sanguinolentes, anurie, collapsus et mort. Après l'ingestion de 60 gr. de teinture d'iode en huit semaines, une femme maigrissait rapidement et fut ensuite atteinte d'abord de grands furoncles et ulcères entre les omoplates, ensuite de gangrène des orteils et d'une jambe. Elle en mourut. Ordinairement le malade se rétablit.

Vinjection de la teinture d'iode on de la solution di'odure de potassium ioduré dans les cavités natio^elleSy ou dans les tumeurs (goitres, spina bifida,etc.) ou les hadigeonnages iodés de la peau donnent naissance aux phénomènes suivants : exanthèmes polymorphes, pouls fréquent, filiforme; cyanose, vomissements persistants {les matières vomies contiemient de Viode)^ soif ardente, gêne de la déglutition, douleurs violentes à l'hypogastre ; coryza, épistaxis, ptyalisme, diarrhée, envies fréquentes d'uriner, dy surie ; bouffissure des paupières, troubles visuels, douleur au larynx et aphonie, pressentiment d'une mort prochaine; parfois fièvre intense et albuminurie. Un malade est mort par suite d'une pneumonie causée par l'injection d'iode dans un goitre. La mort, précédée de dyspnée, peut avoir lieu peu de temps après l'injection, soit au bout de quatorze à trente heures, soit enfin brusquement, après plusieurs jours, dans le collapsus, sans convulsions.

Quant à Vinhalation de vapeurs iodées^ elle provoque : céphalée, engourdissement transitoire, vertige (ivresse iodique), bourdonnement d'oreilles et éblouissements. Chez les ouvriers qui manient l'iode il survient une intoxication chronique caractérisée par : cachexie et nutrition très défectueuse.

IODE ET lODURES J43

Apres l'usage interne ou externe des iodures dans un but thérapeidiqice on peut voir apparaître : inflammation catarrhale de la muqueuse nasale pouvant s'étendre aux canaux nasaux, aux sinus frontaux et à Tantre d'Hig'hmore (coryza iodique), ainsi que celle de la muqueuse des voies respiratoires (asthme iodique), ptyalisme, épistaxis et hémoptysies, œdème de la glotte, aphonie, polyurie ou oligurie, hématurie et albuminurie (1). On observe en outre lamblyopie, tuméfaction des tissus dans diverses régions du corps, et exanthèmes polymorphes. Surviennent parfois des troubles nerveux tels que : parésie des extrémités et névralgies paroxystiques. L'iodure de potassium fut à plusieurs reprises employé avec succès pour provoquer un avortement criminel. Donné, même à petites doses, pendant un temps prolongé, Tiode peut provoquer la cachexie iodique et Viodisme constitutionnel qui se manifestent par la coloration livide de la peau, l'amaigrissement, la fonte de la graisse et, dans des cas rares, l'atrophie des organes glandulaires (glandes mammaires, testicules); des troubles digestifs, des palpitations, de la faiblesse générale pouvant aller jusqu'à la paralysie des extrémités. On a noté aassi des cas incontestables de mort survenue après l'administration des iodures dans un but thérapeutique (2).

Autopsie. — En cas d'intoxication interne aiguë par l'iode se terminant rapidement par la mort, on a trouvé des pseudomembranes sur le voile du palais, dans le larynx et l'œsophage, dont la muqueuse était tuméfiée ou atteinte de suppurations diffuses (3). La muqueuse stomacale et intestinale peut être tuméfiée ou ulcérée, même si l'iode était administré par une tout autre voie que la bouche. L'administration de Vacide iodique et des iodates provoque chez les animaux la dégénérescence graisseuse du foie (4), ou, comme je dis, une accumulation de graisse dans le foie.

Recherche. — L'iode se trouve normalement nonseulement dans

(I) SofON et Re^nard, Gas, mèd. de Paris, 1874, p. 262. (t) L. Lewin, /. c, p. 342.

[3) Hermann, Petersb, med. Zeitschr,, 1869, p. 336.

(4) Bi!^z, Areh. f, ejcp. Path. u. Phnvmak., Bd XIH, p. 121.

la g-lande thyroïde, mais aussi dans la partie liquide du sang et combiné aux matières protéiques (1). L'iode donne avec le chloroforme ou le sulfure de carbone une solution colorée en violelrouge et colore en bleu l'empois d'amidon. L'addition d'une petite quantité d'eau chlorée ou d'acide azoteux aux sels d'iode met celui-ci en liberté. L'iode est-il combiné à des substances organiques, on portera celles-ci au rouge après addition préalable de potasse caustique, le produit de la fusion sera épuisé par l'alcool et le résidu, après évaporation, sera dissous dans l'eau et neutralisé par l'acide sulfurique : c'est alors que seront pratiquées les réactions que nous venons de rappeler.

Traitement de rempoisonnement aigu par l'iode. — Empois d'amidon,albumine et la solution à'hyposulfite de soude qui n'est pas toxique même administrée à doses élevées. Il se forme alors de l'iodure de sodium et du tétrathionate de soude: 2Na^S*0^ + 21 = 2NaI + Na^S^O^. La gastro-exitérite sera combattue par : glace, boissons mucilagineuses, opiacés, extrait de belladone, ventouses, sangsues, analeptiques. Les effets secondaires fâcheux ^^wTxentMxl après l'emploi thérapeutique de l'iode, disparaissent après la suppression du médicament. En cas de cachexie^ on s'efforcera de relever la nutrition et de prévenir l'action ultérieure de l'iode. Uacide sulfanilique est absolument impuissant contre l'iodisnie. Il ne se combine pas non plus avec l'acide azoteux qui se forme dans l'organisme.

FLIOR

On trouve dans la littérature trois cas d'intoxication mortelle par Vacide fluoy^h y dytique (FIH). De tous les acides inorganiques, c'est l'acide fluorhydrique qui agit le plus énergiquement sur les tissus animaux; ainsi, par exemple, appliqué sur les doigtSy il provoque des douleurs persistant des jours entiers, de la fièvre et de l'insomnie, des vésicules laiteuses remplies de pus et indurées, des ulcères dont la cicatrisation est très lente. XJno

(4) E, Gley et BouRCET, Compt. vend, de l'Académie des Sciences^ 1900, 48 juin.

FLTTOR \ 45

solution à 6 p.iOO environ donne naissance, dans la bouche, à une sensation de picotement et à la mortification de Tépithélium; l'in- ^stion de Xà XXXg-outtes de cette solution provoque : sensation de brûlure et de constriction à la gorge, pesanteur à Tépigastre, renvois et nausées, vomissements et lassitude.

Uacide flitor hydrique concentré est-il introduit dans V estomac à la dose de 15 gr. environ (1), les vomissements et les autres symptômes morbides des empoisonnements par des substances corrosives ne tardent pas à apparaître, et la mort survient dans Tespace de vingt-trois minutes. Après avoir pris une cuillerée d acide fluorhydrique dilué avec de l'eau et ne contenant que 9.2 p. 100 FIH, la mort survint chez un ouvrier au bout d'une heure. La respiration continue après Tarrêt du cœur. A Vautopsie^ on a trouvé la langue, le voile du palais, l'épiglotte et l'œsophage dénudés de leur revêtement épithélial ; et la muqueuse stomacale, ecchymotique et colorée en noir par l'hématine. Je considère comme impossible la réaction acide du sang dans le cœur, à moins qu'il ne s'agisse d'un phénomène cadavérique. Le péricarde présente, lui aussi, des ecchymoses peu étendues.

XJinhalation d acide fluorhydriq7Ae dilué provoque l'irritation de la muqueuse qui entre en contact avec l'acide : sensation de brûlure et de piqûre, écoulement nasal, larmoiement, toux, ainsi que hémorrhagies de la muqueuse. Peuvent s'y joindre : vomissements, symptômes cérébraux, troubles visuels, etc.

Le fluorure de sodium ne coagule pas l'albumine. Néanmoins il exerce une action locale très énergique. Mort des nerfs et des muscles de la grenouille séjournant dans une solution de fluorure de sodium. La cornée se trouble lorsqu'elle est soumise à l'action prolongée de cette solution (2). Vomissements chez des chiens ayant ingéré 0*^5 de fluorure de sodium dissous dans 15 gr. d'eau. La mort survient chez les animaux à sang chaud par suite de l'arrêt de la respiration qui commence par être accélérée et plus profonde. Quant à la somnolence et à la faiblesse générale, il faut

(4> KiNG, Jahresber, f. d. ger. Med,, 4873, Bd I, p. 359.

(2) Tappeiner, Arch, f, exp. Path, u. Pharmak., Bd XXVÏÎ, p. 108 et Mfinchenev med. Wochenschr., 4892, p. 405.

Toxicologie. \ 0

les attribuer, principalement, à la paralysie des centres vaso-moteurs. Chez des sujets ayant pris 0^'25 de flicorure de sodium dissous dans l'eau, il est survenu : gastralgie, nausées, vomissements, diarrhée, salivation de une heure et demie de durée non influencée par l'atropine, et prurit. Chez les animaux auxquels on avait administré le fluorure de sodium^ la mort était précédée par des convulsions et l'accélération de la respiration. Des chiens ont-ils absorbé longtemps du fluorure de sodium^ leurs os blanchissent et, sur des coupes polies, présentent un miroitement étincelant. Les canaux de Havers de la substance osseuse compacte et les lacunes de la substance spongieuse contiennent du fluorure de calcium en cubes et en octaèdres. C'est ici le cas de rappeler qu'autrefois des animaux avaient été soumis au fluorure de sodium dans le but d'élucider le rapport de cause à eflfet entre le fluor et le goitre : on a prétendu que c'est le fluorure de calcium contenu dans l'eau de boisson qui en serait la cause directe. Le problème n'est pas encore résolu. — En définitive, le fluoFure de sodium est un poison dont les qualités délétères se prononcent à mesure qu'on l'emploie. On peut en déduire qu'il est absolument nécessaire d'interdire l'usage du remarcol^ c'està-dire du fluorure de sodium pour la conservation du vin. — Quant au fluorure d^argent^ il est caustique et, sous tous les autres rapports, il se comporte comme les fluorures alcalins.

Recherche du fluor. — Le verre est dépoli par l'acîc?^ fluorhy^ drique. Les fluorures solubles fournissent avec le chlorure de chaux du fluorure de calcium soluble dans les sels ammoniacaux. Traités par l'acide sulfurique, les fluorures mettent en liberté de l'acide fluorhydrique.

Traitement de Tintoxication par l'acide fluorhydrique. — Albumine, lait, boissons mucilagineuses, morceaux de glace, opiacés, cocaïne (0*^05 p. 500 gr. d'eau), éventuellement chlorure de chaux (5 à 10 gr. p. 150 gr. d'eau).

Quant aux composés organiques du fluor y par exemple, fluorure de méthyle et fluorure d'éthylCy ils agissent comme le fluorure de sodium. La mort est survenue chez les cobayes respirant dans

OXYDES d'hydrogène 147

une atmosphère conlenanl 7 p. iOO Ae fluorure cCêthyley elle est précédée d'ag-itation, d'accélération de la respiration, de paraplég-ie. Le cœur continue encore à battre longtemps après la mort. Le fluorure cCacètyle se dédouble au contact des muqueuses en acide fluorhydrique et en acide acétique et provoque du catarrhe bronchique et des hémorrhagies (1).

EAU DISTILLÉE. — Chez le chien et en injection intraveineuse, il faut administrer 170 cent, cubes en moyenne par kilo pour entraîner la mort immédiate qui se produit toujours avec un maximum de 190 cent, cubes. Chez le lapin, la% dose mortelle va de 90 à 102 cent, cubes; mais même aux doses faibles de 30 et 20 cent, cubes par kilo, la mort peut survenir rapidement. Les effets toxiques sont sérieux. La respiration et la circulation sont très atteintes'. L'examen microscopique du sang indique une véritable destruction des globules (2). Ils deviennent diffluents et se décolorent rapidement, dès que Teau distillée est au sang dans la proportion de 1/4, et même péutèlre de 1/5. Pour obtenir par la voie hypodermique les mêmes effets que par la voie intraveineuse, il faut élever la dose de trois à cinq fois (3).

J'ajoute que l'eau distillée mêlée avec du sang fait apparaître de la raéthémoglobine.

Ueau ordinaire n'entraîne la mort qu'à des doses très élevées, mais en outre elle ne possède pas une véritable action toxique (2).

PEROXYDE D'HYDROGÈNE. — L'eau oxygénée (H^*) j^^ troduite dans Vestomac n'est pas toxique. Les injections sousctUanées de petites quantités de peroxyde d'hydrogène provoquent de la dyspnée ; les lapins en ayant reçu de grandes quantités en injections sous-cutanées s'affaissent avec de la dyspnée rapidement croissante, et il survient chez eux des convulsions,

11) HKi;8L.ea, Aromat, Fluor ver b ,Bonii, 1887.— Moi8san, C.7Î. de i'Acad, des Sciences, séance du 17 décembre 1888.

{i) Bo8C et Vedel. Compt, rendus de la Société de BiologiCy sér. X, tom. lïl, 1890, p. 612 et 733.

(3) Macril, ibid,, p. 910 et 912.

de l'exophlaliiiieet de la mydriase (I). A Yautopsie^ on Iroiivedes bulles gazeuses dai\^ le sang de la veine cave inférieure et du cœur droit. La mort est due à l'asphyxie : l'eau oxygénée se dédouble en eau et en oxygène, d'où embolies pulmonaires produites par celui-ci. Les carnivores seraient immunisés contre les injections so.us-cutanées d'eau oxygénée; il ne se formerait que de l'emphysème au lieu d'injection. On a prétendu que le peroxyde d'hydrogène injecte directement dans les veines ne s'y décomposerait pas. Je sais péremptoirement que cette affirmation n'est pas exacte. 11 importe de rappeler, à ce sujet, l'histoire d'un m/xlade dont la fistule fut traitée par l'injection, à sept reprises différentes, d'une solution d'eau oxygénée à 3 p,100,à la dose de 8 centimètres cubes : il se plaignit de douleur, de faiblesse, le pouls devint imperceptible, il survint de la dyspnée et de la cyanose, et la mort eut lieu dans l'espace de dix minutes. Le remède a vraisemblablement pénétré directement dans le torrent circulatoire.

&ZONE. — Des cas d'empoisonnements aigus et chroniques sont rapportés dans la littérature. Mais tant que l'on n'aura pas réussi à éliminer à coup sûr l'action concomitante de l'acide azoteux, ces faits ne sont nullement démonstratifs. L'ozone agirait comme narcotique ; mais, administré à doses plus élevées, il irriterait les voies respiratoires. L'action chronique de l'ozone a donné naissance à : somnolence, tremblement, frissons, appétit sexuel augmenté, etc. Chez les animaux on a trouvé la dégénérescence graisseuse des reins et du foie, de la bronchite, des infarctus pulmonaires, des pneumonies, de même que des pleurésies purulentes; et aux yeux, une inflammation purulente (2).

[Les opinions les plus opposées ont été émises relativement à la toxicité et aux propriétés de Tozone autres que les propriétés antiseptiques et bactéricides. Le défaut de pureté des produits avec lesquels les divers expérimentateurs ont opéré et la confusion des doses semblent être les causes principales de ces divergences. De quelques expériences que j'ai eu l'occasion de faire voici plusieurs

(1) GuTTMANN, Arch. f.path. Anat, Bd LXXHI, p. 23.

(2) BiNZ, Berliner, klin. Wochenschr,, 1882, n*» i et suiv. 4884. — Sghultz, Arch, f, exp, path. u. Pharmak., Bd XXIX, p. 364.

Page 1