SULFURES ALCALINS
Une partie du sulfure de potassium se transforme en sulfate de potasse. L'effet caustique des sulfures alcalins sur les tissus est produit par la molécule non décomposée. Les nerfs et les muscles perdent leur excitabilité. Je ne puis m'associer à l'opinion d'après laquelle le sulfure de sodium exercerait, comme tel, une action spécifique sur les centres nerveux (1).
Le sulfure d ammonium pris par méprise en petite quantité dans une « bombe de verre puante » a produit sur la langpue des plaques d'un blanc-grisâtre avec douleurs, vomissements et diarrhée.
Le sulfure de ca/cmm (épilatoire) provoque facilement une dcrmatite.
L'ingestion du foie de soufre par la bouche est suivie immédiatement d'une sensation de brûlure et de douleurs, et il survient : vomissements, vertige, céphalée, coma et finalement la mort s'ensuit. En cas de marche plus lente de l'intoxication, le pouls devient petit, irrégulier, la peau se refroidit, l'œil devient immobile, hagard, les traits se décomposent, le malade est plongé dans un coma profond (les vomissements et la diarrhée persistent toujours). Si le secours arrive vite, la somnolence disparaît et les signes d'une gastro-entérite persistent seuls. Autrement, la mort a lieu dans le coma.
Autopsie. — Les cavités du corps dégagent l'odeur de l'hydrogène sulfuré, du soufre jaune adhère à la paroi stomacale, la muqueuse de l'estomac et des portions supérieures de l'intestin est ridée, de place en place on y trouve des ecchymoses, parfois elle est colorée en vert.
Becherche. — Un papier plombique introduit dans l'estomac ou la cavité abdominale ou mis en contact avec les matières vomies, brunit ou noircit (v. aussi hydrogène sulfuré).
Traitement. — Lavage de l'estomac, injection sous-cutanée d apomorphine ; eau chlorée (à la dose de 5 gr. dans une décoction d'avoine), excitants, morceaux de glace, compresses chaudes et sangsues à l'épigastre.
(i) PoHL, Arch, f. exp, Path, u. Pharmak., B. XXÎf, p. i.
TELLURE. — A la dose de 0"%0i5 le bioxyde de tellure fait que l'air expiré, les sueurs et l'urine sentent l'ail : cette odeur persiste dans l'urine pendant quinze jours environ, dans la sueur pendant dix-neuf, dans les matières fécales pendant trois et dans l'air expiré pendant neuf jours environ. Cette odeur peut être considérée comme réactif physiologique, car elle se manifeste déjà après l'ingestion de 0 gr. 0000005 de tellure. Le sous-nitrate de bismuth adultéré par le bioxyde de tellure, provoque les mêmes effets désagréables. Cette odeur est due à ce que l'organisme animal (surtout les organes glandulaires) fabrique du /^//wr^m^/%/^ aux dépens du tellure ou de l'acide tellureux : or, ce composé organique de tellure possède l'odeur de l'ail (1). Après l'administration de Vacide telluriqve^ le tellure a été trouvé dans les noyaux des cellules ganglionnaires, du foie, du pancréas, des canalicules urinifères, du sarcolemme, des cellules de la moelle osseuse, etc. (2). Les organes sont colorés en gris. L'emploi du tellurate de potasse a aussi donné naissance à des phénomènes de dyspepsie.
[Le tellurate de soude a été employé depuis quelques années avec succès pour combattre les sueurs profuses des tuberculeux. On l'emploie à la dose de 2 à l( centigrammes pro die et pendant cinq à six jours au plus. Ce serait un agent bactéricide puissant, capable môme de modifier l'effet des toxines sécrétées par Tag'ent infectieux (?). L'haleine des malades possède une odeur alliacée très prononcée ; rarement, aux doses que je viens d'indiquer, on observe des coliques et une diarrhée légère. Ça n'est qu'à partir de 5 à 6 centigrammes que des phénomènes fâcheux se montrent, ou bien lorsque la médication est trop longtemps et intempestivement continuée].
Un cobaye est mort quarante-cinq minutes après ringestion d'une quantité de tartrate double de tellurite et de potassium (émétique de tellure) qui correspond à U",024 d'acide tellureux : il survint de la stupeur et des paralysies musculaires, ainsi que de la diarrhée. Les chiens périssent en deux à trois heures après l'administration de 0^',072. Le tellurite de soude tue les animaux à sang chaud à la dose de 0'',02 par kilo d'animal. Ce sont les phénomènes paralytiques qui dominent la scène dans Tempoi-
(1) HoFMEiSTER, Arck. f.cxp.Path. u Pharmak., Bd XXXIII, p. 198.
(2) Beyer, Arch. f. Anat. u. Phys., 1895, p. 225.
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sonnement par celte substance, chez les animaux à sang chaud aussi bien que chez ceux à sang froid (1).
SÉLÉNIUM. — L'acide sélénieux et le sélénite de soude agissent comme l'arsenic. Le sélénite de soude tue les chiens en injections sous-cutanées, à la dose de 3 à 4 milligrammes par kilo d'animal. Chez un cheval auquel on a injecté dans la veine jugulaire une solution de séléniate de soude (10 gr.), on a observé rapidement que l'air expiré dégageait une odeur particulière ressemblant à celle du phosphore ou de l'ail, le pouls et la respiration furent accélérés, les selles évacuées sentaient mauvais, les extrémités devinrent parétiques et la mort eut lieu par arrêt de la respiralion. Le cœur continua à battre après la cessation de la respiration. On trouva dans l'intestin des ecchymoses et des processus inflammatoires. Les recherches récentes entreprises à ce sujet (2) confirment ces données anciennes, relativement à l'invasion des symptômes de paralysie et d'abolition des fonctions. Les animaux périssent dans le tétanos. L'empoisonnement chronique par l'acide sélénieux provoque surtout un amaigrissement très prononcé, et empêche le développement des os des animaux jeunes. V acide sèlèniqy^ possède également des * propriétés toxiques. L^hydrogène sèlènié irrite les muqueuses jusqu'à l'inflammation; et de l'inhalation prolongée de ce gaz chez l'homme résulte un empoisonnement de longue durée.
ACIDE SULFURIQUE. — Sur les 432 empoisonnements qui ont clé relevés à Berlin en trois ans, 78 cas étaient causés par l'acide sulfurique (mortalité = 47 p. 100), et sur les 524 empoisonnements aigus traités en 1895 dans les hôpitaux, 36 appartenaient à l'acide sulfurique. Les causes en sont : tentatives de suicide et d'homicide (surtout sur des enfants), méprises (on le prend, par exemple, pour l'huile de ricin), emploi pour provoquer l'avor-
(1) CzAPBK und Wbil, Arch. f, exp, Path. u. Pharmak., Bd XXXII, p. 438.
(2) CzAPEK und Weil, Arch. f, exp. Path. u. Pharmak., Bd XXXII, p. 438.
temeal, vengeance (^l'acide sulfurique jeté à la figure par une maîtresse délaissée, etc.); dans ce dernier cas il se peut que l'huile de vitriol soit aspirée, d'où œdème mortel de la glotte. Dans la plupart des cas on se sert de l'huile de vitriol contenant 20 à 30 p. iOO d'acide sulfuriquc. Le plus souvent elle est ingérée par la bouche, très rare est son administration par le rectum ou le vagin. Quant à l'acide de Haller (19 gr.), on ne connaît que quelques cas isolés d'empoisonnement par cette préparation.
La dose léthale dépend de la concentration du vitriol employé et de la plénitude de l'estomac. Dans des cas malheureux elle peut être de 5 à 6 gr. pour les adultes et de X à XL gouttes pour les enfants. Malgré l'opinion exprimée dans un rapport médico-légal, une tasse de café additionnée d'une solution d'acide sulfuriquc à i p. 100 n'est pas en état de nuire à la santé. On a observé le rétablissement complet de la santé môme après l'ingestion de 50 à 60 gr. d'un acide sulfuriquc à 75 p. 100. La mort peut survenir dans l'espace de deux à trente-six heures ou seulement après des semaines ou des mois, par suite d'affections secondaires.
L'acide sulfuriquc déshydrate et altère les albuniinoïdes ; son action corrosive est proportionnelle à sa concentration, à sa quantité et à la durée de son influence. La convsion par les acides correspond à la notion de la nécrose sêchcy tandis que la fonte des tissus est produite par les alcalis caustiques. Les plaques cutanées sont d'un blanc grisâtre, elles sont très douloureuses et laissent après elles des traces rouges ou des ulcérations. Aux jeux surviennent : opacité de la cornée, ulcérations, etc. Le sang extravasé des vaisseaux corrodés se transforme par le contact direct avec l'acide sulfuriquc en hématine acide d'un brun noir (v. planche spectroscopique). Cette transformation peut aussi avoir lieu par endroits dans l'intérieur des vaisseaux, par suite de la pénétration directe de l'acide à travers leurs parois. Une partie de l'acide ingéré dans l'estomac atteint le sang, s'unit aux alcalins qui y sont contenus et s'élimine sous forme de sulfates alcalins. Jamais le sang ne présente sur le vivant une réaction acide. Quant à l'élimination par les reins de l'acide sulfuriquc pur, je considère cela comme absolument impossible. L'énergie cardiaque diminue par suite de l'influence délétère de l'acide sul-