‹ Traité de toxicologieChapitre 25 sur 126 · ACIDE SULFURIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE SULFURIQUE

furiqiie sur les centres régulateurs, d'où possibilité de thromboses.

U administration prolongée de l'acide sulfurique provoque des troubles digestifs et, à ce que l'on prétond, la décalcification des os.

La mort survient soit par affaiblissement de l'énergie cardiaque ou collapsus (l'alcalinité du sang y joue un certain rôle); soit par asphyxie (œdème glottique); soit par perforation de l'estomac et des intestins, d'où péritonite; soit par cachexie, à la suite des affections secondaires (rétrécissements, ulcérations, troubles de la nutrition).

Les animaux empoisonnés par Vacide sulfurique produisent moins d'acide carbonique, consomment moins d'oxygène (de 17 à 49p. 100 environ au-dessous de laViormale) et produisent moins de chaleur. On voit donc que, dans cette intoxication, nous avons affaire à l'asphyxie des éléments constitutifs des organes: le proloplasma vivant a perdu l'aptitude à s'emparer de l'oxygène qui lui est apporté par le sang (1).

Sjrmptdmes. — Peu de temps après la déglutition de l'acide sulfurique on voit apparaître le hoquet et les vomissements ; les matières vomies sont composées de masses caillebottées, colorées par l'hématine en brun-chocolat ou en brun-noirâtre, et contiennent des lambeaux épithéliaux ou de grands morceaux de la muqueuse œsophagienne et stomacale. Le sujet avait-il ingéré, avant l'empoisonnement, des aliments contenant de la cellulose ^ih sont colorés en noir (carbonisation). Les tissus vivants ou morts ne sont pas carbonisés. Les commissures des lèvres, les lèvres, parfois le menton sont colorés en brunâtre par l'acide ou sont couverts de lambeaux visqueux bruns. Tuméfaction de la langue et des lèvres. Quelquefois hypertrophie des glandes sous-maxillaires et cervicales. L'épithélium de la muqueuse buccale commence par présenter une coloration gris-blanchâtre comme du papier parchemin gonflé, et finit par devenir plus tard d'un jaune-brunâtre ou d'un brun sombre. Après la chute des eschares, on peut remarquer que les piliers, la luette et l'œsophage suppurent par places. La sécrétion salivaire est exagérée dans la majorité des

(1) Cbvostkk, Ceniralb, f. Min, Med., 1893, n<» 16.

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lt)2 POISONS INORGANIQUES

cas ; 1^9 lèvres sont couvertes de mucosités se détachant avec les lambeaux de la muqueuse détruite. Dans quelques cas les dents seraient noircies.

Si le poison a été bu à l'aide d'un flacon à col très long, les corrosions de la bouche peuvent faire exceptionnellement défaut. La face est parfois bouffie, légèrement cyanosée et exprime l'angoisse. Les douleurs sont intolérables : le malade se tord, change continuellement de position, crie et pousse des gémissements. Ce n'est qu'à force d'une volonté hors ligne que le malade peut parfois supporter sans se plaindre les souffrances qu'il endure. La déglutition est gênée et douloureuse à cause de la tuméfaction de l'isthme du gosier, la voix est rauque, la respiration prend le caractère dyspnéique, devient stridente comme dans le croup (c'est surtout chez les enfants que l'asphyxie est très accusée), le pouls est petit, faible, quelquefois accéléré. La température commence toujours par s'abaisser pour remonter parfois au-dessus de la normale; les membres sont pâles et couverts de sueur froide, le semoriumco7nmune est obnubilé. Le malade se plaint d'avoir froid. Les vomissements peuvent continuer pendant toute cette période. L'urine évacuée volontairement, ou à l'aide du cathéter (pour cause de dysurie), contient souvent de l'albumine qui peut s'y trouver encore vingt jours après l'ingestion du poison.On y constate aussi la présencede rhématine,derhémoglobine, desglobulessanguins rouges, des cylindres graisseux et, autant que dure l'abstinence, des substances donnant naissance à l'acétone (1) (coloration rouge parle perchlorurede fer). La constipation est de règle, plus rarement il y a diarrhée. La mort survient en quelques heures, le malade étant plongé dans le collapsus (souvent elle est précédée de hoquet) ou conservant la conscience nette, dans un accès de convulsions, après que la respiration est devenue laborieuse ou râlante, que les douleurs d'estomac se sont irradiées partout et que le corps tout entier est couvert de sueur froide. Si Tacide sulfurique est entré en contact avec Tépiglotte ou la glotte pendant la déglutition ou dans le cours des vomissements, l'œdème delà glotte qui surviendra suffit, par lui-même, pour amener l'asphyxie et

(i) Hoppe-Seyler. Zeitschv, f, kiin. Med. 1884.

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la mort si la trachéotoinie n'est pas pratiquée en toute hâte. Le malade peut encore périr après des mois par suite des suppurations dans l'œsophage et l'estomac, des rétrécissements, etc.: cette terminaison se voit même dans les cas où les symptômes du début ne consistent qu'en douleurs et en vomissements (1). Très rare est la guérison complète.

Autopsie. — La muqueuse des premières voies dig-estives est ordinairement grise, ardoisée, couverte d'eschares, parfois elle a l'air d'être transformée en bouillie, elle est friable et s'enlève avec facilité. Les tissus sous-jacents sont tuméfiés, d'un roug-e sale. L'estomac peut revenir sur lui jusqu'à n'avoir plus que le volume d'un oeuf. Là où le contact avec l'acide a été prolongé, il existe des pertes de substance très accusées et des solutions de continuité qui amènent facilement des perforations. La coloration noire qui s'observe de place en place est due à des hémorrhagies: le sang extrava'sé s'est transformé en hématine. Dans l'intestin grêle on trouve de même, par endroits, souvent seulement là où existent les valvules conniventes, la muqueuse présentant un aspect trouble ou des pertes de substance. Dans un cas où l'intestin grêle ne contenait qu'un liquide bilieux, le gros intestin était rempli d'un liquide noir sanguinolent (2). Par suite de la pénétration de l'acide à travers les parois stomacales, les organes adjacents, foie, rate, anses intestinales, présentent une coloration gris-blanchâtre sur une étendue plus ou moins considérable, ils sont indurés et plus friables et colorent en rouge le papier de tournesol bleu. Le cœur et le foie sont quelquefois intacts. On a trouvé un exsudât purulent adhérent à la capsule splénique. II existe de la néphrite, et dans quelques cas une nécrose de coagulation très prononcée (3). Les canalicules urinifères sont quelquefois remplis d'hématine. Dans des cas isolés (tentatives d'homicideou projection au visage d'un acide sulfurique de40 à 70 p. 100) on a observé la cautérisation (avec tuméfaction) et la nécrose (avec coloration brun-noirâtre) de l'épiglotte et des parties plus

(!) AcjLERUASSr Deutsche med. Wochenschr., 1895, n^ 44.

(i) ScuAD, thèse âe Munich, 1885.

^3] FaAENKEL uQd Reiche, ^rcA. f, path. Anat., Bd CXXXI, ïleft 1.

profondes, l'œdème de la glotte, un aspect diphtéroïde par places du larynx, la corrosion partielle des bronches et même une bronchopneumonie lobulaire. Il se peut aussi que, par suite de la corrosion de la paroi stomacale, il survienne une perte de substance à la petite courbure : les bords de cette perte de substance, en adhérant au foie, s'opposent à l'apparition d'une péritonite par perforation. Grâce à l'action corrosive de l'acide, la portion correspondante du foie s'excave parfois en forme d'une pelote creuse; cette coalescence du foie avec l'estomac peut aussi amener la distorsion de celui-ci, d'où rétrécissement pylorique. Pour ce qui est des affections consécutives^ les suivantes peuvent être observées : rétrécissements de l'œsophage et de l'estomac, troubles digestifs graves, rétrécissement cicatriciel de l'orifice buccal, torticolis (cautérisation du cou avec cicatrices consécutives), vomissements prolongés, dyspepsie qui est surtout à mettre sur le compte de la destruction d'une partie des glandes gastriques, destruction qui est défi7iitive et irréparable^ affections rénales, névralgies intercostales, etc.

Recherche. — L'acide sulfurique, traité par le chlorure de baryum, fournit du sulfate de baryum. On peut le déceler dans le cadavre en épuisant par l'alcool absolu les extraits aqueux et en précipitant par le chlorure de baryum le résidu d'évaporation de l'alcool. Porté au rouge en présence du charbon, le sulfate de baryum se transforme en sulfure de baryum qui, traité par l'acide chlorhydrique, dégage de l'hydrogène sulfuré. Les objets (vêtements, etc.) qui portent des taches d'acide sulfurique, serontépuisés par lixiviation : cet extrait sera soumis à l'action du chlorure de baryum. Il peut arriver que, tout en réussissant à démontrer la présence de l'acide sulfurique sur les vêtements d'un sujet intoxiqué, on échoue dans la tentative de le déceler dans le tractus gastro-intestinal, même quand les lésions de ces organes plaident en faveur d'un empoisonnement par cet acide. On ne réussit à trouver de l'acide sulfurique libre que dans les premières voies, mais la teneur des autres organes (rate, reins, sang, cœur, muscles, etc.) en sulfates est beaucoup plus considérable que cela ne s'observe à l'état pormal. Les phosphates du sang sont

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