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BISMUTH

Employé comme médicament externe ou interne, le sous^nitrate de bismuth (BiAzO*) a souvent provoqué des phénomènes d'intoxication et, à la dose de 8 gr., amené la mort, quoique, de temps en temps, on ait rapporté des cas où 4 à 5 gr. de ce médicament avaient été administrés sans inconvénient. Son action toxique n'a rien à faire avec sa teneur en plomb, ni en arsenic (jusqu'à 0,02 p. 100).

Chez les chiens ayant reçu par la bouche 3 à 5 gr. de sous-nitrate de bismuth^ surviennent des vomissements, des paralysies, et à l'autopsie on trouve la muqueuse stomacale congestionnée, ecchymosée. Les cellules épithéliales des canalicules urinifères, des anses de Henle, des glomérules et des capsules de Bowman sont nécrosées : à ces lésions fait suite la dégénérescence calcaire qui peut s'étendre très loin. La mort survient brusquement après 15 grammes : l'animal se met à aboyer et à pousser des cris plaintifs, les vomissements et la diarrhée s'exacerbent, les inflammations et les hémorrhagies gastro-intestinales sont très étendues.

Donné aux lapins à la dose de 8 milligrammes, le citrate de bismuth ammoniacal provoque : tremblements, trismus, accélération du pouls et delà respiration, dyspnée, hypothermie, diar^ rhée, hémorrhagies, affaiblissement des réflexes, crampes, ralentissement de la respiration et la mort. Administré à la dose de 3 à 20 milligrammes souvent répétée, il donne naissance aux symptômes morbides que voici : lassitude, impossibilité de se tenir debout, albuminurie et glycosurie. On voit aussi survenir une stomatite : les gencives et la muqueuse de la lèvre supérieure se recouvrent, dans la majorité des cas, d'eschares verdâtres diphtéroïdes, sans inflammation ni tuméfaction des tissus environnants. Après la chute des eschares apparaissent des ulcères superficiels q^ui guérissent mal et qui se recouvrent de nouveau d'une membrane diphtéroïde dès que l'on reprend l'administration de la substance toxique. La kératite bilatérale peut s'y associer. A Vautopsie^ on note : atrophie et dégénérescence

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^aisseuse du foie, rate diminuée de volume, pig^mentation noire de Testomac, reins ulcérés et ayant subi la dégénérescence graisseuse. Le gros intestin offre, vingt-quatre heures après l'intoxication, une coloration noire de ses parois, résultant d'une imprégnation par le sulfure de bismuth. Les préparations sulfurées, administrées simultanément, provoquent les mêmes lésions dans Testomac et l'intestin grêle. La nécrose est due à l'oblitération des vaisseaux par le sulfure de bismuth (1).

Après l'injection sous-cutanée d'une solution de citrate de bismuth ammoniacal aux animaux on a vu survenir une stomatite bismuthique avec des plaques diphtéroîdes, verdâtres, sans que leur apparition eût été précédée de rougeur ou de tuméfaction de la muqueuse buccale. Une chienne ne montrait pas seulement une stomato-gingivite avec fétidité de l'haleine, ulcération du bord alvéolaire, ébranlement des dents, mais, de plus, une opacité blanchâtre des deux cornées. On attribua un certain rôle à la débilitation causée par la maladie des chiens dans la patho- Çénie de cette opacité cornéenne (2).

Symptômes chez l'homme. — 8 gr. de sous-nitrate de bismuth ayant été ingérés par méprise avec de la crème de tartre, il est survenu : sensation de brûlure au pharynx, vomissements opiniâtres, soif et diarrhée. Après onze heures de vomissements ininterrompus, le pouls devint petit, intermittent, le corps devint froid, cyanose, les convulsions éclatèrent; le pharynx était enflammé et très douloureux. Deux jours plus tard la pharjng^ite s'aggrava, la respiration devint laborieuse, il survint de IVng^ourdissement, des troubles visuels et de l'anurie. Après quatre jours, on vit apparaître des coliques, de la salivation, le délire survint après cinq jours, le météorisme après six jours; l'émission involontaire de l'urine eut lieu après sept jours, le huitième jour les renvois à odeur cadavérique augmentèrent de nombre, le malade perdit connaissance et le neuvième jour après

(1) Orfila, Lehrb. d. Toxik (Irad. anem.),Bd II,p. 9;— Mayer, Hufel.Journ,, iS^i, Bé LXXÏU, p. 68 ; — Steinfbld, Arch. f. exp. Path, u. Pharmak., Bd XX, p. 40 — Peder-Meyer, thèse de Wûrzburg, 1879; — Dalché, Ann. d'hyg., 4886, Bd II, p. 358.

(2) Balzer, Compi, rend, de la Soc, de Biologie, Sér. IX, i889, p. 537.

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rempoisonnement il s'éteignit, en proie à la dyspnée et au délire. -.V usage thérapeutique du sous-nitrate de bismuth (i)y même pour le traitement des plaies, a provoqué : salivation, gingivite, liseré bleu-noirâtre, excoriations, ulcères, parfois aussi lésions oroupeuses ou crouposo-diphtéroïdes de la bouche, ébranlement des dents; vomissements, douleurs ressemblant à des coliques, quelquefois diarrhée (les masses évacuées sont gris-noirâtre), plus rarement constipation, albuminurie; en outre, sensation de chaleur, fièvre, céphalée, vertige et fatigue générale. L'emploi simultané des acides aggrave tous ces symptômes. L'odeur d'ail qui se perçoit aprèsM'ingeslion du sous-nitrate de bismuth (haleine bismuthée) est due à ce qu'il contient toujours des traces de tellure : Ogr. 0000005 suffit en eflFet pour donner naissance à cette odeur. Le bismuth passe aussi dans le lait des nourrices.

A Vautopsie du sujet dont l'histoire est rapportée plus haut, on aurait trouvé des lésions d'apparence gangreneuse dans toute l'étendue de l'appareil digestif, à partir du voile du palais jusqu'au rectum. Je pense que la coloration noire qui a donné lieu à ce diagnostic n'était en majeure partie rien autre chose qu'une imprégnation avec le sulfure de bismuth qui est noir. Il ne faut cependant pas oublier que, ainsi qu'il résulte d'une observation récente (gangrène de la luette) et de ce que l'on réussit à produire expérimentalement chez les animaux, quelques ulcères gangreneux pourraient tout de même se montrer.

[Un fait extrêmement remarquable domine toute la toxicolog'îe du bismuth de même que celle de certains autres métaux tels que le cuivre ; c'est la violente toxicité des solutions alcalines de ces substances, alors que leurs solutions neutres ou acides sont plus ou moins inoffensives.

On a signalé de graves accidents d'intoxication, survenus après l'emploi de sous-nitrate de bismuth comme topique absorbant et desséchant sur des plaies dont la réaction était assez fortement alcaline; et l'injection sous-cutanée ou intra-veineuse de solutions alcalines très diluées de sels de bismuth produit chez les animaux des désordres graves rappelant, à la fois, ceux de l'intoxication chronique, ou même subaiguë, par le mercure et par l'arsenic.

Je serais assez disposé à attribuer ce résultat à ce que les sels neutres ou acides de bismuth se décomposent au contact de l'eau et détermineat la forma-

(i) L. Lewin, Die Nebenwirk. d. Arzneim.» 3 Aufl, 1899, p. 664.

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tion d'uo sous-sel insoluble, par là même incffensif, tandis que les solutions alcalines peuvent circuler dans l'économie et aller impressionner les éléments anatomiques.

Dans tous les cas, le fait est absolument certain et évident. Le sous-nitrate de bismuth le plus parfaitement pur, complètement inoffensif tant qu'il se trouvé dans Toi^anisme en milieu neutre ou faiblement acide, peut devenir plus ou moins énergiquement toxique lorsque ce milieu devient alcalin et qu'il peut se former des combinaisons alcalines solubles de bismuth].

Recherche. — Les solutions acides d'azotate de bismuth donnent un précipité blanc avec les carbonates alcalins; et, additionnées d'eau, elles déposent un sel basique, d'où trouble laiteux. L'hydrogène sulfuré donne naissance au sulfure de bismuth (de coloration brun-noirâtre); le chromate de potasse fournit un précipité jaune soluble, comme le sulfure, dans l'acide azotique; une solution aqueuse d'un sel de cinchonine et une solution d'iodure de potassium ajoutées à un sel de bismuth, donnent un précipité rouge-orangé avec les sels de bismuth qui ne contiennent pas trace d'acide chlorhydrique.

Pour déceler le bismuth dans les tissus ou les organes (glandes salivaires, reins, os, foie, estomac) ainsi que dans les masses fécales et l'urine, on commencera par les détruire à l'aide de l'acide chlorhydrique et du chlorate de potasse, on précipitera par l'hydrogène sulfuré et, après avoir dissous le sulfure de bismuth dans l'acide azotique, on procédera comme il vient d'être dit.

Traitement. — Se débarrasser du poison (apomorphine, lavages de l'estomac, ainsi que purgatifs salins et diurétiques) ; alcalis végétaux, le cas échéant, carbonate de fer pour se combiner dans l'intestin à l'hydrogène sulfuré, substances huileuses et mucilagineuses.

▼ANADIUM.— L'ingestion du vanadate de soude provoque chez les mammifères : paralysies motrices, abolition de l'excitabilité réflexe, convulsions, engourdissement, irritation du tractus intestinal allant jusqu'à l'inflammation, hypothermie, ralentissement de la respiration et affaiblissement de l'énergie cardiaque. L'action du vanadate de soude s'étend aux centres vaso-moteurs

et respiratoires, ainsi qu'aux gang'Iions intracardiaques, d'où abaissement de la pression sang'uine, faiblesse, irrégularité et intermittence du pouls et ralentissement; et même intermittence des mouvements respiratoires accélérés au début (1). Pour le chien la dose mortelle de Vacide txinadique en injection souscutanée serait à Ogr. 008 par kilogramme (2). Chez l'homme on a administré le vanadatt de soude à l'intérieur, dans un but thérapeutique, à la dose de Ogr. 001 à Ogr. 005 par jour (3).

ACIDE BORIQUE. — BORAX. — On rencontre des cas d'empoisonnement par Vacide borique (H^BoO^) et le borax (Na^Bo^O^) employés dans un but thérapeutique ou pour provoquer l'avortement. 4 fi^r. d'acide boriqi^ tuent des lapins en dix- sept heures avec accélération du pouls et de la respiration, gastro-entérite et lassitude générale(4), tandis que chezles chiens on observe la paralysie des systèmes nerveux et musculaire. Donné avec les aliments, à la dose quotidienne de Ogr. 5, il provoque la mort des cobayes après onze à quatorze jours. On trouve sur les animaux morts par l'acide borique bien des signes pathologiques surtout du côté des intestins, des reins et du cœur (5).

L'acide borique est éliminé par la salive et l'urine.

On peut considérer comme nuisible son adjonction aux aliments : en eflFet, il entrave la résorption des matières alimentaires et, à ce qu'il paraît, il active en outre la chute de l'épithéliuni intestinal (6). En Allemagne, il est interdit d'employer l'acide borique ou le borax pour la conservation des aliments (lait, etc.). Cette interdiction sera maintenue malgré les efforts que font les fabricants de margarine et les autres intéressés pour la faire rapporter.

L'administration de 2 à 4 gr. d'acide borique a provoqué, chez Vhommey des envies fréquentes d'uriner, tandis que, à la suite

(i) John Priestley Platt, The Lancet, 15 janvier 187G.

(2) Laran, Preste médicale, 1899, n« 32.

(3) Lyonnet, Martz et Martin, Presse médic, 1899.

(4) Neumann, Arch. /*. exp. Path. et Phatmak., Bd XIV, p. 149.

(5) Santesson, Skandinav. Archiv f. Physiol,, Bd X, i899, p. 191.

(6) FoRSTER und Sghlenker, Arch, /*. Hyg., Bd ïï. p. 75.

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