DÉRIVÉS DE L'HYDRURE DE MÉTHYLE
GRISOU. — Vhydrure de mêthyle (méthaney gaz des marais^ fonnèney CH*) se trouve dans les houillères et restomac des herbivores. On prétend que son inhalation, par exemple dans les mines, est toxique. Mais les expériences sur les animaux et sur des hommes (on en a inhalé jusqu'à un litre) ont démontré sa non-toxicité. Son inhalation en très grande quantité arrête la respiration, mais il suffit d'instituer la respiration artificielle pour qu'elle s'effectue de nouveau (1). A ce que l'on prétend, inhalé en grande quantité il provoquerait chez les animaux et l'homme un sommeil fugace, soit un léger engourdissement.
[Les expériences de Reg-nauld et Villejean ont parfaitement démontré Tinnocuité absolue du formène, à la seule condition que ce g'az filt mélang-é avec une quantité d'oxygène suffisante pour entretenir l'hématose (2). Seule, la différence de solubilité de ce gaz dans le plasma sanguin, plus considérable que celle de l'azote, est capable d'amener dans les échanges gazeux de légers troubles se traduisant par une accélération respiratoire.]
ALCOOL MÉTHTLIQUE. — V esprit de bois [CH^OH)] est plus toxique que l'alcool éthylique. Son action diffère de celle de l'alcool éthylique en ce que la narcose, qui survient la première, est suivie d'un stade comateux persistant souvent des journées entières. Tandis que l'ingestion des autres alcools {alcools éthy-
;1) RiGHARDSON, Med, Times and Gaz., 4871.
l2) Voir au sujet de ce corps et de ses dérives : G. Poucuet, Leçons de phavmacodynamie et de matière médicale , 4re série, p. 274 et suiv.
COMPOSES DU carbone;
ligue j isobutylique et même amylique)^ provoque l'accoulumaiice des animaux qui restent en vie pendant des mois, il n'est possible de conserver vivants que pendant quelques semaines les animaux auxquels on administre l'alcool méthylique, et ils succombent même si l'on en supprime l'administration. L'alcool méthylique se transforme dans l'organisme en acide formique, dont l'élimination n'atteint son maximum qu'après trois à quatre jours (1). Ses vapeurs irritent les muqueuses accessibles et, inhalées en grandes quantités, elles agissent comme un narcotique. L'alcool méthylique peut empoisonner par ingestion ou par inhalation de ses vapeurs, ou par absorption par la peau. Ont été observés comme symptômes : nausées, vomissements, sueurs profuses, débilité musculaire, prostration et délire. Souvent s'y associent, vingt-quatre heures après l'intoxication : état brouillé de la vue, obnubilation jusqu'à l'amaurose complète, les pupilles étant dilatées, sans réaction à la lumière, et les bulbes oculaires douloureux à la pression ou aux mouvements. On constata un rétrécissement du charnp visuel, un scotome central et une névrite optique. Il est possible qu'après un laps de temps assez long le malade recouvre la vue.
Dans les intoxications que l'on a observées en Amérique par le « Ginger », c'est-à-dire par une essence de gingembre^ l'alcool méthylique semble jouer un rôle.
CHLORURE DE MÉTHYLE. — Le chloruve de 7nèthyle (GH^l) est doué de propriétés anesthésiques. Chez les pigeons qui l'inhalent, il survient, dans l'espace de quelques minutes : mydriase, titubation, chute et dyspnée notable qui disparaît à l'arrivée de l'air libre (2). La dose narcotique pour les lapins est à 4 p. 100 de l'air inspiré. Employé comme anesthésique local, il peut provoquer la formation de bulles et d'eschares.
lODaRE DE MÉTHYLE. — (CH^I). Si son évaporatiou est entravée, il provoque sur la peau, la formation de bulles. Absorbé, il
(\) PoHL, AtHih, f, exp. Path. u. Pharmak . Bd XXXI, p. 281. (t) KuLENBERG, Haufib, fier Gewerbehygiene, 1876.
CHLORURE DE MÉTHYLÈNE 377
donne naissance à des symptômes narcotiques et à de l'iodisme.
CHLORURE DE HËTHTLËNE. — On a enreg-istré en Angleterre, dans le cours de onze ans (1870-1880) dix cas de mort imputables au chlorure de méthylène ou chlorure de méthyle chloré (CH'CP) (i). On a vu la mort survenir peu de minutes après Pinhalation de 4 à 12 gr. (2) de « hichloride of méthylène » angolais, composé d'un mélangée de chloroforme, d'alcool et d'alcool méthylique (3). Le bichlorure de méthylène provoquerait dans le sang des animaux la formation delà méthémoglobine (4) et donnerait naissance aux symptômes que voici : abolition des réflexes (les réflexes cérébraux disparaissant plus tôt que les réflexes spinaux) et la mort se produirait concurremment avec une diminution rapide de l'énergie cardiaque et au milieu d'accès épileptiformes (5). J'ai vu des secousses cloiiiques des muscles du tronc el des extrémités, ainsi que des troubles respiratoires, survenir à la suite de l'administration de préparations absolument pures. Chez rhommCj après un stade d'excitation, la face devient livide, les membres se refroidissent, le pouls devient petit et moins fréquent, la respiration est superficielle et stertoreuse, les pupilles se rétrécissent. La mort par arrêt de la respiration peut survenir au milieu de convulsions, de secousses fibrillaires, de mouvements convulsifs des muscles extenseurs, ainsi que du trismus et de Topisthotonos (dans des cas rares, ce dernier apparaît déjà dans le stade d'excitation). Surviennent comme phénomènes secondaires moins graves (6) : vomissements, rougeur diflFuse ou en taches de la face et du cou, mydriase, strabisme, accélération du pouls devenu onduleux et de la respiration, secousses fibrillaires et contractions musculaires. Une petite quantité de ce médicament pénètre-t-il jusqu'à la g-lotte (masque de Junker), il peut survenir de l'aphonie persistant longtemps.
(i) British med. Joutmai, 1880, U, p. iOOO.
(â) Chamberlayne, The LanceU 1894, 29 août.
(3) Traub, Pharm. Centralhalle, 1882, p. 401.
{Â) Pannrof, Arch. f. Anat. u. Physiol., 188i, p. 419.
(5) Regnauld cl ViLLBJBAN, Joum, de pharm. et chimie, l. IX, série V, p. 384,
(6) Drozda, Deuttches Arch, f. klin, Med„ Bd XXVII, p. 359,
Les lésions trouvées à Vautopsie sont sans valeur aucune (congestions cérébrale et pulmonaire, ecchymoses sur les bronches, cœur dilaté et friable).
Recherche. — L'obtenir à Tétai pur. Point d'ébullition à 40^ Traitement. — Air frais, respiration artificielle (v. p. 93), tractions rythmées de la langue.
MÉTHYLCHLOROFORME. — (Une partie d'alcool méthylique, quatre parties de chloroforme) peut provoquer l'asphyxie comme le fait le bichlorure de méthylène.
BIIODURE DE MÉTHYLÈNE (CH^P). — Inhalé OU administré par n'importe quel autre procédé, il provoque la mort des oiseaux et des lapins. Suivant le volume de l'animal, la dose léthale oscille entre Ogfr.5 et 2 gr.
L'empoisonnement par le chloroforme (GHGP) a pour causes : narcose (1), plus rarement ingestion (tentatives d'homicide ou de suicide), méprises ou emploi comme boisson enivrante. Les statistiques concernant les morts causées par l'inhalation de chloroforme sont sans valeur aucune, surtout en Allemagne où l'on ne publie pas tous les cas mortels, parfois pas même ceux qui parlent en public des cas mortels par le chloroforme survenus dans la pratique d'autres médecins. En Angleterre il y a cent vingt cas publiés seulement en onze ans (1870-1880) (2), tandis qu'en 1892 on en compta quarante-neuf. La dose léthale oscille entre moins de 1 gr. et 60 gr. (dans un cas, on en supporta même 200 gr. sans que la narcose survînt). Les chevaux sont narcotisés par Ogr.27 à Ogr.35 par kilo, et sont intoxiqués par Ogr.84 par kilo. On a vu survenir la mort chez un cheval après l'admi-
(1) L. Lewin, Die Nebenwirkungen der Arsneimittel, 3. Aufl. 4899, p. 35-58. — G. Pou- CHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale y 4" série, p. 465.
(2) Brit, med. Joum,, 4880, U, p. 998.
nistration de 60 gr. ; après 25 à 30 gr. chez deux chèvres sur neuf; et après XVIIl à CVgfouttes de chloroforme chez les poules.
Chez les hommes, la mort a lieu dans l'espace de une à soixante minutes. Sur deux cent vingt-trois cas de mort, elle est survenue cent -douze fois avant l'apparition de l'anesthésie, et cent onze fois pendant la narcose (i).
Le chloroforme est absorbé par la peau et les muqueuses; les deux tiers du chloroforme administré se décomposeraient dans l'économie. Augmentation du chlore dans l'urine. Parfois il s'y trouve sous forme d'un composé organique de nature inconnue. A ce qu'il paraît, nous n'avons pas alors affaire à l'acide trichlorométhyl-, ou trichloroéthylglycuronique. On prétendait avoir trouvé que le sang des animaux anesthésiés par ïe chloroforme contenait jusqu'à cinq centimètres cubes, par litre, d'oxyde de carbone provenant de la décomposition du chloroforme par les liquides alcalins du corps (2). Mais il y a des traces d'oxyde de carbone dans le sang normal d'animaux chloroformés et non chloroformés (3). Il est nécessaire qu'on vérifie cette assertion que, dans le sang des animaux chloroformés, l'oxyde de carbone se trouve jusqu'à la dose de 7 centim. cubes, et seulement à la dose de 1 ,45 à 1 ,88 centim. cubes par litre dans le sang normal (4). Mais même si nous l'admettons comme juste, l'oxyde de carbone n'aurait rien à faire avec le pouvoir narcotisant du chloroforme. Une partie du chloroforme est éliminée par les poumons, des traces par la peau, et très peu par l'urine (il ne s'y trouve en plus gfrande quantité qu'en cas d'intoxication par le chloroforme pris par la bouche). 11 n'altère pas visiblement l'albumine, les globules rouges ne sont dissous que s'il entre avec eux en contact direct, jamais lorsqu'il est inhalé pour provoquer la narcose : une partie du chloroforme se combine avec les globules (5). Les globules sanguins rouges s'incorporent quatre fois autant de chlo-
(4) Voir relativement à la discussion des statistiques de mort par les anestbésiques, G. PoucHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, 1^ série, p. â03 et 313.
(2) Dbsorbz et Nicloux, Compt.-rend, de VAcad, des Sciences, 1898.
(3) Db Saint-Martin, ibid,, 1898.
(4) Dbsgrsz et Nicloux, ibid,
(5) ScHMisDEBERO, Arch, d. Heilk., Bd VIII, p. 273.
380 COMPOSÉS DU CAMBONE
rofornie que le sérum. La substance nerveuse du cerveau se combine avec une grande portion du chloroforme administré. La myéline de la substance blanche du cerveau est dissoute par le chloroforme et ensuite charriée au loin par le courant sanguin. Mis en contact avec les muqueuses, les plaies et la peau, le chloroforme en provoque l'inflammation .
Sont considérés comme causes de Vintoxication médicale par le chloroforme :
1. La mauvaise qualité du chloroforme. A n'en pas douter, le chloroforme^ de mauvaise qualité, c'est-à-dire celui dont le point d'ébuUition diffère de 60^-61® ou qui renferme des impuretés telles que : alcool amyliquCy chlorure d^éthyle^ bichlorure d'éthylidéncy tétrachlorure d'éthylénCy composés chlorés d'alcools propy tique et butylique^ etc., peut devenir beaucoup plus nocif que le chloroforme pur. Pour les enfants, ce sont surtout les composés méthyliques qui semblent donner naissance à des effets secondaires fâcheux. Mais, en règle générale, il faut ne jamais perdre de vue que la pureté, même absolue, du chloroforme ne met nullement à l'abri de tout accident, attendu que le chloroforme est toxique par lui-même et que ses propriétés toxiques peuvent devenir actives sous l'influence d'une des conditions ci-dessous. Je pense que les impuretés sont essentiellement nuisibles parce que, vu les points d'ébuUition particuliers, leur action sur le cerveau précède ou suit celle du chloroforme, d'où accroissement de l'effet (parfois toxique) de ce dernier, variant d'un casa l'autre qu'il est impossible d'évaluer à l'avance. Pour la même raison, je crois défectueuse la narcose produite par deux substances associées ; je suis aussi opposé à l'administration préalable de la morphine, etc. Le mélange de chloroforme, d'éther de pétrole et d'éther éthylique, recommandé dernièrement avec beaucoup d'assurance, a tué un homme après trente heures.
2. La majeure partie des accidents sont dus à V administration impropre du chloroforma ^ surtout à l'inhalation de vapeurs de chloroforme par trop concentrées. La narcose est déjà produite par 5 gr. de chloroforme mélangés à iOO litres d'air; néanmoins, grâce à des méthodes défectueuses, on se sert de mélanges plus concentrés qui, entre autres choses, peuvent provoquer l'arrêt
réflexe du cœur (irritation des terminaisons du pneumogastrique dans les muqueuses du nez et de l'arrière-gorge) (1). Ces vapeurs concentrées se condensent peut-être dans les poumons où elles donnent naissance à des troubles respiratoires» Le gaz d'éclairage allumé décompose le chloroforme en oxychlorure de carbone, (gaz phosgène, acide chloroxycarbonique), en acide chlorhydrique gazeux et en chlore libre, d'où irritation possible des voies respiratoires et même la mort.
^. U état des malades. Les conditions suivantes sont considérées comme dangereuses : l'idiosyncrasie pour le chloroforme (rare), la dépression ou l'excitation psychiques du malade, la faiblesse générale par suite de pertes sanguines ou de cachexie chronique, les affections cardiaques, l'emphysème, l'artériosclérose et l'alcoolisme. Les altérations organiques du cerveau provoquées par V alcoolisme sont causes des phénomènes anormaux survenant pendant la narcose chloroformique. Toute cause excitante ou paralysante provoque ici nécessairement des symptômes différant de ceux survenant en cas de cerveau normal, dans la même mesure que son état chimique diffère d'avec celui d'un cerveau anormal. La mort est survenue chez les alcooliques même si le chloroforme ne leur était administré qu'après préparation méthodique. Les cas mortels s'élèvent chez eux au taux de 10 à 13 p. 100.
Symptômes consécutifs à Tinhalation de trop grandes quantités de chloroforme. — A peine certains malades ont^ils exécuté quelques mouvements respiratoires, qu'ils se mettent à pâlir, le pouls disparait avec une rapidité foudroyante, les pupilles se dilatent, les yeux perdent leur éclat, la cornée devient opaque et la respiration s'arrête une à deux minutes plus tard. A cette mort par syncope^ on peut opposer celle par asphyxie qui est souvent précédée de : vomissements (vapeurs de chloroforme avalées), cyanose, refroidissement des extrémités couvertes de sueur, respiration intermittente, haletante ou ronflante, rigidité musculaire, arrêt de l'hémorrhagie (en cas de plaies), chute du maxillaire inférieur, aspect cadavérique de la face. Surviennent ensuite:
(i) HoLMGREN, Upsala Làk, Sàilsk. Handl. Lv. II, p. 134.
arrêt brusque de la respiration, mydriase et convulsions. Le cœur continue encore à battre pendant un certain temps. Chez les animaux, les mouvements péristaltiques du cœur durent parfois une à deux heures, d'après mes expériences.
Grâce à l'institution de la respiration artificielle, les malades exécutent quelquefois plusieurs mouvements respiratoires, mais la mort ne tarde pas à survenir. Chez certains malades ayant bien supporté le chloroforme pendant toute la durée de Topération, la mort par syncope ou par asphyxie peut avoir lieu si on leur réadministre le chloroforme, par exemple, pour appliquer quelques nouvelles sutures. La mort par le chloroforme est-elle due exclusivement à l'asphyxie ou à la syncope? La réponse à cette question importe beaucoup, suivant moi, même au point de vue prophylactique. Il ne peut être mis en doute que la mort par asphyxie ne soit pas la plus fréquente, donc la prophylaxie ainsi que le traitement curatif nesont pas identiques dans les deux cas. Tandis que l'asphyxie peut être combattue par des moyens puissants, il n'y a que peu de chose à faire vis-à-vis d'une syncope. Le pouls veineux (veines jugulaires externe et interne) devient perceptible chez un grand nombre de sujets soumis à la narcose chloroformique. L'asphyxie peut aussi provenir du spasme tonique des muscles masticateurs et des muscles postérieurs de la langue, ou être causée par la paralysie de la langue. Les vomissements ont-ils lieu pendant que le malade est plongé dans le coma, le contenu stomacal peut pénétrer dans les voies respiratoires. Si l'on a affaire à des sujets au nez pointu, aux cartilages des ailes du nez minces et avec une membrane mince s'étendant entre l'aile du nez et le cartilage triangulaire du nez, la mort par asphyxie peut avoir lieu chez eux si, le trismus survenu, les parois latérales du nez sont pressées contre le septum. Une longue luette peut de même provoquer une asphyxie.
Peuvent encore apparaître : sensation de brûlure, douleurs, inflammation et suppuration de la peau ou de la muqueuse longtemps irritée par le chloroforme, exanthèmes médicamenteux (purpura, bulles, érythème), ictère, albuminurie, cylindrurie, hématurie ou hénioglobinurie, glycosurie (même persistante) et
élimination d'une substance lévogfyre non identique à l'albumine. Le chloroforme passe de la mère au fœlus. L'inhalation de chloroforme par les femmes enceintes ou parturientes peut léser l'enfant ; par exemple, il peut venir au monde somnolent ou en état de mort apparente.
L'inhalation de chloroforme peut être suivie de stupeur anesthésique, c'est-à-dire que les sujets ne reviennent pas complètement à eux après la suspension du chloroforme. Cet état de semiconscience peut se terminer par la mort. La mort par collapsus peut survenir dans l'espace de un à deux jours chez des personnes ayant récupéré la conscience complète. La même terminaison a parfois lieu à la suite de la dyspnée et des convulsions. Le stade d'excitation se manifeste parfois par du délire accompagné ou non de convulsions. A ce que l'on prétend, un état rappelant celui de la paralysie générale aurait été observé chez les femmes en couches ayant inhalé pendant longtemps du chloroforme.
La déglutition du chloroforme peut provoquer soit des symptômes peu accusés (5 gr. dans une tisane), soit des phénomènes d'intoxication se terminant par la guérison (70 ou 90 gr.) ou la mort dans l'espace de une à soixante heures (1). Dans la majorité des cas, immédiatement après l'ingestion du liquide surviennent : vomissements, parfois sanguinolents, et évacuation involontaire des selles. Le sujet perd connaissance. L'absorption de Vhuile chloroformée a eu pour suite : somnolence après deux heures et demie seulement et perte de connaissance après six heures. Un- homme ayant avalé 80 gr. de chloroforme ne fut atteint de coma qu'après s'être préalablement promené une heure entière. Chez d'autres, les douleurs stomacales sont si atroces qu'ils se roulent dans le lit en poussant des gémissements, la peau est cyanosée et froide, le pouls est petit ou imperceptible et la respiration laborieuse, stertoreuse ou intermittente; l'air expiré peut sentir le chloroforme; les pupilles sont dilatées et ne réagissent ni à la lumière, ni à l'accommo-
(1) Brasgh, D, Medizinalz., i890, p. 348. — Burkart, Vierteljahrsxchr. f. ger. Med,^
dation; chez quelques-uns on a noté un érythème à la face et à la poitrine (1) ou même des ecchymoses sur tout le corps. Parfois élévation de la température (40° 6) et accélération du pouls (jusqu'à 168 par minute), mais celui-ci est quelquefois ralenti pendant des heures; les convulsions éclatent et la mort survient dans le coma. Après la disparition de la narcose, le pouls devient plus fréquent (parfois même au-dessus de la normale), la respiration devient normale, les malades ne se plaignent que de gastralgies, de soif, de chaleur, et quelquefois les vomissements ne surviennent qu'à ce moment. L'ictère peut apparaître dans l'espace de un à trois jours, et la guérison a lieu quelque temps après. On a vu encore la mort par œdème pulmonaire et affaiblissement graduel de l'énergie cardiaque survenir après une amélioration apparente notée dans les premières vingt-quatre heures ou plus tard : cette terminaison fatale a eu lieu même dans les cas où le malade, revenu presque complètement à lui, ne présentait que des selles sanguinolentes, des coliques, du ténesme, de l'hématurie, ou la tuméfaction du foie, des douleurs hépatiques et de la strangurie.
Vabus chronique du chloroforme mentionné il y a déjà plus de quarante ans, est devenu plus fréquent aujourd'hui. On en absorbe, en inhalations et pris par la bouche, des quantités variant de 40 à 360 gr. par vingt-quatre heures. Un morphinomane observé par moi, versait toutes les demi-heures du chloroforme sur son mouchoir : les inhalations incessantes de chloroforme ont provoqué chez lui des troubles digestifs, de l'agitation nerveuse et de l'affaiblissement de la mémoire. Ces individus présentent pour la plupart un sens moral obtus. Plusieurs sont atteints d'hallucinations ou de délires temporaires, dorment mal, sont torturés par des névralgies ou se plaignent de gastralgies, vomissements, hématémèses, ictère, tuméfaction du foie, œdèmes, impuissance et tremblements. La rhinite se rencontre chez presque tous les sujets qui inhalent le chloroforme. Pris en excès (tentative de suicide), le chloroforme peut amener
(1) Drasche, Bericht d, allgem. Krankenh., Wicn, ^883, p. 41.
la mort même des personnes accoutumâmes à Tabsorber soit en inhalations, soit par la bouche.
Autopsie. — Les lésions trouvées après Tinhalation sont, dans la majorité des cas, sans valeur aucune. Les bulles gazeuses (azote) observées par v. Langenbeck et produites expérimentalement dans les troncs veineux, et dans le cœur, sont dues à la décomposition du sang survenant après la mort. Parfois les cavités naturelles dégagent l'odeur du chloroforme. La surcharge graisseuse se rencontre aussi chez les animaux dans divers organes, elle est surtout fréquente dans le cœur. Je suis d'avis que nous avons ici affaire non pas tant à la dégénérescence graisseuse qu'à l'infiltration des organes par la graisse et les substances médullaires et myéliniques extraites par le chloroformej au moins pour la majeure partie. Chez une primipare soumise pendant deux heures à la narcose chloroformique, des symptômes de thrombose d'une des veines du bassin éclatèrent après une semaine et la mort eut lieu après trois semaines. On découvrit des ihrombus de l'artère pulmonaire et, de plus, on trouva de la graisse dans l'épithélium de l'écorce rénale, dans les muscles droits de labdomen et dans l'aorte ascendante. Chez les animaux ayant succombé au chloroforme, le sang, ainsi que les cellules de divers tissus présentèrent une réaction légèrement acide (1). C'est on phénomène cadavérique. Chez un alcoolique ayant reçu à l'occasion d'une herniotomie 80 gr. de chloroforme, on constatait déjà de son vivant une atrophie graisseuse aiguë du foie; et les caractères en furent encore plus évidents à l'autopsie. Chez les sujets ayant bu du chloroforme^ on trouve : taches rouges dans le pharynx et l'œsophage, quelquefois aussi ramollissement ; sur Tépiglotte et dans le larynx, ecchymoses ponctiformes ; sur la muqueuse stomacale, sugillations, inflammation et, parfois m^me, eschares. La tuméfaction et les extravasations sanguines peuvent atteindre jusqu'au gros Intestin.
Recherche. — Chauffé avec l'aniline et la lessive potas-
(i) Petruschky, D,med. Wochenschr,, 1891, n- 20.
Toxicologie. 25
sique en solution alcoolique, le chloroforme fournit Visocyanbenzol (isonitrile) toxique qui dégage une odeur fétide : GHCP + G^H'AzH^ + 3KH0 = C/H^AzC + 3KC1 + SH^O. Chauffé avec de la lessive sodique et du naphtol, le chloroforme se colore en bleu (i).
A-t-on affaire à des matériaux frais (estomac, poumons, cerveau, sang*, etc.), on obtiendra le chloroforme en les soumettant à la distillation et on se servira du chlorure de calcium pour l'avoir à l'état pur. On peut aussi diriger dans de l'empois d'amidon à l'iodure de potassium les vapeurs se dégageant par chauffage du distillât et ayant traversé ou ayant été aspirées dans un tube porté au rouge incandescent : le chlore qui se forme alors met en liberté de l'iode, d'où coloration en bleu de l'amidon.
On peut' aussi obtenir du chloroforme en soumettant le sang des animaux à la distillation dans le vide, et en agitant les gaz sanguins avec de l'eau (2). Si l'on dirige un courant d'hydrogène contenant du chloroforme dans un mélange de potasse caustique et de thymol, on voit apparaître une coloration violette (Vitali). On a décelé le chloroforme dans les organes humains même vingt jours après la mort.
Traitement. — Respiration artificielle (v. p. 93) et tractions rythmées de la langue. Quiconque aura vu le cœur des animaux tués par le chloroforme continuant à battre pendant des heures, ne comprendra pas l'utilité de la percussion cardiaque (coups portés à la région précordiale) si souvent employée à présent. Est complètement à rejeter l'acupuncture, ou l'électropuncture du cœur. On aurait obtenu des résultats favorables en dilatant à l'aide d'un doigt le sphincter anal et en exerçant une pression dans la direction du coccyx, de même qu'en mettant le sujet en état de mort apparente la tête en bas. Sont encore à employer : ablutions froides à la nuque, protraction de la langue, etc. Les vomissements seraient avantageusement combattus en faisant respirer du vinaigre (3). Au point de vue prophylactique il faut faire attention à
(4) LusTGARTEN, Monatskcfte fur Chem., Bd HI, p. 7i5.
(2) Gréhant et QuiNQUAUD, Comptes rendus de l'Acad, des sciences, t. XCVII,*p. 753.
(A) W^RHOLM, ffygiea, 1893, p. 321.
BROMOFORME 387
ce que le chloroforme soit pur et surtout à ce qu'il soit administré d'une façon convenable : dilution suffisante avec Tair, administration goutte à goutte, considérer la chloroformisation comme la partie de l'opération la plus importante, etc. (1). L'injection sous-cutanée préalable d'oxyspartéine (Ogr.05) préviendrait l'apparition des troubles cardiaques (2). Ni cela, ni la teinture de strophantus ne sont réellement capables d'influencer l'issue d'une narcose. Pour éviter les vomissements provenant d'une irritation de la muqueuse stomacale, j'ai recommandé l'usage préalable des substances colloïdes (gomme arabique, mucilages) en grandes quantités (3). Si le chloroforme a été dégluti^ seront pratiqués : lavages profus de l'estomac, respiration artificielle, ainsi que inhalation de nitrite d'amyle (III-V gouttes), injections sous-cutanées d'azotate de strychnine (Ogr.l pour 10 gr. d'eau), excitants pour faire cesser le coma ; et plus tard sera institué le traitement de la gastrite.
GHLORODYNE. — Ce mélange de chloroforme, de morphine, d acide cyanhydrique, etc., a souvent provoqué des intoxications et même amené la mort (4). La guérison est encore survenue après l'ingestion de 3o gr. Ont été observés : vomissements, stupeur, cyanose et respiration stertoreuse. Les ablutions froides ont été utiles. Les symptômes peuvent persister au delà de quatre jours.
Le BROMOFORME (CHBr^) irrite les muqueuses accessibles. Surviennent : larmoiement, ptyalisme, sensation de raclement dans le gosier, toux, cyanose et quelquefois mouvements convulsifs (5). Sur quinze intoxications par le bromoforme, il y en eut une qui amena la mort. Chez des enfants depuis trois mois jusqu'à cinq
(1) Consulter au sujet des modes d'administration, de Temploi des mélanges titrés, de la purification, de la conservation, etc., G. Pouchet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, i^^ série, p. i73 à 270.
(2) Langlois et Maurange, C, R. de VAc. des sciences y 1895.
(3) Lewin, Deutsche med. Wochenschr., 190i, n*» 2. {l) Brilish, med. Joum,, 4887, I, p. 305.
(5) Dean, Lancet, 4893, 1, p. 4062; —Bommel, Deutsche med, Wochenschrift, 4896, n^ 3.
388 COMPOSÉS Di: carbone
ans et demi en ayant pris o ^r. en trois jours ou l'ayant ingéré à la dose de XV à L g-outtes, il survint : narcose durant depuis dix minutes jusqu'à quinze heures, arrêt de la respiration, pupilles légèrement dilatées et immobiles, contraction des massétcrs, abolition des réflexes, affaiblissement de l'énergie cardiaque et GoUapsus; dans un cas, pneumonie. Chez un enfant la mort fut précédée de : stupeur, cyanose, raies trachéaux, ainsi que troubles respiratoires et circulatoires. La respiration artificielle devra être pratiquée sans tarder.
Très rarement on observe un bromisme cutané : efflorescences papuleuses ou pustuleuses, ulcères superficiels, ulcères saillants, et tumeurs papillomateuses.
Le FLUOROFORME (CHFl^) agit comme le chloroforme.
lODOFORME. — L'?orfo/br;n^(CHI^)a provoqué jusqu'ici un grand nombre d'intoxications à la suite de son administration, à l'intérieur ou à l'extérieur, à doses trop élevées (en pilules, en paquets, en vapeurs, en suppositoires, etc.) (1); par exemple, la mort est survenue après l'administration à l'intérieur de 40 gr. en quatre-vingts jours ou de 5 gr. en sept jours (2). La guérison est encore survenue après déglutition de 8 gr. L'intensité de l'action toxique dépend en partie de l'état des sujets. Les personnes âgées et celles atteintes de myocardite, ou d'affections rénales, ou d'ictère, ou qui ont une hérédité nerveuse surchargée ou des altérations du sang succombent plus facilement à l'action toxique de Tiodoforme. L'empoisonnement survient sur le champ ou dansl'espacedequelques jours, persiste des semaines entières et peut se terminer par la mort, ou donner naissance à une maladie mentale incurable. L'iodoforme est absorbé lentement en nature (sous forme de vapeurs, ou à la suite de sa dissolution dans la graisse des tissus) et en partie dédoublé grâce à l'albumine des organes; il s'élimine lentement par l'urine et la salive. Introduit dans la cavité abdominale, on peut en déceler la présence dans l'urine pendant une période de six mois. L'iode, mis
(1) L. Levvin, Die Xebenwirk, d. Arsneimittely 1899, p. 518. (±) Obeklander, Deutscke Zeitschr, f.prakt, Med., 1878, no 37.
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'Ml liberté par lui, se combine parliellcmenl avec les alcalis, une autre partie donne des composés organiques. L'iodoforme pris à l'intérieur est éliminé en petite quantité avec les matières fécales, la majeure partie est transformée en un composé ne se volatilisant pas avec les vapeurs d'eau (1). Les chiens et les chats intoxiqués par l'iodoforme deviennent somnolents, leur température s'abaisse et ils périssent rapidement sans convulsions, ou après un laps de temps assez long-, par suite du marasme progressif (2). L'hypoglobulie s'observe chez l'homme et les animaux (3).
Symptômes. — Dans les cas légers on voit apparaître parfois : exanthèmes (érythème, eczéma, purpura, dermatite érysipélatoïde, pemphigus, impétigo, urticaire au lieu d'application ou dans le voisinage), céphalée, lassitude, dégoût du travail, anorexie, quelquefois aussi nausées, vomissements, rarement hématémèses ou épistaxis. Chez quelques personnes surviennent : disposition d'esprit la plupart du temps triste (tendance à la mélancolie), insomnie, ainsi que agitation générale, diarrhée, pouls accéléré, petit et facilement dépressible, vertige, plus rarement dyspnée et diplopie. L'application d'un pansement iodoformé ou l'ingestion de ce médicament provoqua plusieurs fois une amblyopie ou même une amaurose d'une durée variable, avec srotomes centraux, vision diminuée et décoloration atrophique des papilles (4). L'urine peut contenir de l'albumine, des cylindres et du sang. Ces symptômes disparaissent dans la majorité des cas après la suppression du médicament.
El cas à* empoisonnement grave^ débutant souvent })ar des anomalies du sentiment de la personnalité ou de l'humeur ou une paraphasie, l'accélération du pouls est compliquée de fièvre et la mort a lieu même après la cessation du remède. Quelquefois surviennent des troubles cérébraux caractérisés par un état d'excitation (permanent ou par accès) avec coma consécutif (divaga-
(i) Zelleh, Zeilschr. /*. phys. Chem.y Bd VUI, p. 70.
(2) Falkson, Arch. f. Chir., Bd XXVHI, Heft 1.
(3) V. HoPFER, Wiener med. Wochenschv . , 1882, u» 24.
(4) Rl'Ssel, The Loficel, 1 1 june 1893; — Tehson, Annales d'OcufisUf/ite, CXVHI, p. 387.
lion, confusion mentale, secousses dans les muscles de la face ci du tronc, pupilles dilatées ou rétrécies né réagissant ni à la lumière ni à l'accommodation, strabisme, cyanose et somnolence persistant pendant des journées) ou avec mélancolie (refus de prendre des aliments, hallucinations, illusions, visions, angoisses [phobies], manie de persécution): ils sont rapidement suivis de mort ou deviennent chroniques. Dans des cas rares, la guérison a lieu au bout de quelques jours. On a observé aussi des manifestations morbides se présentant sous forme de marasme extrême, ou de méningite aiguë (pouls accéléré, vomissements, coma, contractures musculaires, convulsions cloniques ou toniques), soit enfin avec fièvre, pouls très fréquent et collapsus; elles peuvent amener la mort.
[Les formes graves de Tintoxication iodoformique diJFèrent, d'une façon très remarquable, de Tintoxication iodique. Ce sont les accidents cérébraux qui dominent la scène. Les troubles nerveux éclatent brusquement, en général pendant la nuit, et, dans certains cas, ils aboutissent d*emblée au délire maniaque le plus accentué. L'état de surexcitation du sujet est intense, et les accès de violence sont particulièrement remarquables. Un abattement profond lui succède après un temps variable, et le malade est alors en proie à une tristesse profonde avec crises de larmes, crainte de la mort et un état accentué d*obnubilalion intellectuelle. Une céphalalgie opiniâtre, des troubles de la mémoire, de la difficulté de la parole, des troubles gastro-intestinaux, de Taccélération du pouls caractérisent encore cette phase de rémission. Ces phénomènes alternatifs d'excitation et de dépression se succèdent pendant des jours, parfois des semaines, avec les mêmes caractères et la même intensité, puis décroissent ou s'aggravent jusqu'à la mort. La mémoire ne revient que progressivement et lentement, les idées mélancoliques persistent tout en s'atténuant; et un amaigrissement excessif révèle une exagération dans la désassimilation des matériaux azotés de l'organisme. L'analyse des urines montre, en effet, une exagération remarquable dans l'élimination du soufre, du phosphore et surtout de l'azote; et il n'est pas sans intérêt de rapprocher cette constatation de l'existence dans l'urine de dérivés albuminés et iodés (iodalbuminates) dont on a voulu invoquer l'existence pour prouver que le mécanisme de cette intoxication n'est pas différent de celui déterminé par les iodures.
La symptomatologie des accidents provoqués par l'iodoforme se rapproche étroitement, sur la plupart des points, de celle des accidents déterminés par le phénol; et, pour ma part, je serais très disposé à leur attribuer une origine commune consistant dans leur action sur les albuminoïdes des tissus.
Les accidents d'iodoformisme se montreraient lorsque l'iodoforme donne-
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raît naissance à des combinaisons organiques avec les albuminoïdes ne subissant pas une destruction suffisante ou assez rapide. Une absorption rapide de riodoforme (et l'observation montre que les conditions qui peuvent la réaliser sont assez nombreuses et variées), une accumulation lente, un arrêt dans Télimination sont autant de causes capables de réaliser l'intoxication . La tolérance de chaque org'anisme pour ces combinaisons albuminoïdes de l'iodoforme est, d'ailleurs, très variable; et ces composés paraissent se détruire assez difficilement dans l'économie, ce qui permet d'expliquer l'intensité de leur action nocive. L'élimination par l'urine d'iode (certains disent môme d'iodoforme en nature) en combinaison avec des albuminoïdes, au cours de l'usag-e thérapeutique de l'iodoforme, ne peut plus être contestée actuellement; mais ce. fait ne saurait autoriser, entre l'intoxication iodique et l'intoxication iodoformique, un rapprochement que l'étude clinique aussi bien que la symptomatolog'ie démontrent absolument inexact.
On est encore peu fixé actuellement sur les circonstances qui peuvent favoriser l'absorption de l'iodoforme; on sait seulement que cette absorption s'exerce plus efficacement lorsque le produit est dans un plus grand état de division et eu contact avec des tissus riches en matières grasses, ce qu'explique la solubilité de l'iodoforme dans les graisses. Les plaies récentes semblent aussi absorber plus facilement. Ce que l'on pourrait appeler le coefficient de vitalité, de résistance de ^individu joue également un rôle considérable; peut-être seulement pour la plus grande part, en raison de ce fait que l'élimination urinaire est plus facilement troublée chez les individus affaiblis : les accidents néphritiques sont, en effet, parmi les plus constants et les plus marqués, aussi bien dans les cas d'intoxication fortuite chez l'homme que dans ceux d'intoxication expérimentale chez les animaux. On a prétendu aussi que l'état cérébral antérieur des malades exerçait une notable influence. Quoi qu'il en ioit, si l'on peut dire que le nombre deé cas d'intoxication accidentelle par l'iodoforme est très peu considérable relativement à la fréquence de son emploi, il n'en est pas moÎQS vrai que la gravité de ces intoxications est remarquable puisque, sur 100 cas, on en compte 85 d'intoxication grave dont presque la moitié (au moins 40 p. 100) est suivie de mort. Un autre point qui rapproche l'intoxication iodoformique de rifttoxication phénolique, c'est que, dans l'une et l'autre, l'activité réparatrice des tissus semble favoriser, dans une large mesure, l'absorption, et par suite l'intoxication, et que les conditions dans lesquelles on a observé le plus d'accidents graves à la suite de l'emploi de ces substances à titre d'antiseptiques, sont très sensiblement les mômes : contact avec de larges surfaces saignantes, séjour dans certaines cavités douées d'un pouvoir absorbant considérable, notamment cavités articulaires et espaces médullaires des os.J
Liôsions trouvées à Tautopsie. — Surcharge graisseuse du cœur, du foie et de répithélium rénal, œdème et inflamniation
des ménîng'es cérébrales. La gastrite observée chez les animaux est rare chez Thomine.
Recherche. — Ingéré en grandes quantités par la bouche, Tiodoforme se trouve en nature dans le contenu gastro-intestinal, tandis qu'administré de n'importe quelle autre façon, on ne peut que déceler l'iode dans Turine. L'iode peut parfois être démontré dans l'urine additionnée d'eau chlorée parce que le sulfure de carbone qu'on y ajoute est coloré en violet. Dans les autres cas l'urine, le sang, etc., seront évaporés et portés au rouge en présence de soude caustique, le résidu sera extrait par l'alcool, l'alcool sera chassé et le nouveau résidu, dissous dans un peu d'eau, sera additionné d'eau chlorée et agité avec du sulfure de carbone.
Traitement. — Enlever l'iodoforme des plaies et des cavités naturelles; l'infusion d'eau salée et l'administration des alcalins auraient rendu des services dans les cas graves. Au point de vue prophylactique^ on tiendra la main à ce que Viodofbrme soit administré en quantités bien dosées (1), que les cavités des plaies fraîches ne soient pas bourrées par lui et qu'il ne soit jamais appliqué sur des plaies traitées auparavant par le phénol (2) ou par d'autres substances provoquant des lésions rénales.
SDLFONAL. — Les empoisonnements par le sulfonal (diéthylsulfonediméthylméthane [(GH3)^C.(S0^GW)^] sont fréquents (3). Son peu de solubilité, et par conséquent, son absorption et son élimination lentes sont causes de son accumulation dans Vécô^ nomie, d'autant plus que le sulfonal ne se décompose pas facilement. Une partie en est transformée dans Torganisme en acide éthylsulfonique, une autre partie passe dans l'urine sans changement aucun. Ont provoqué la mort, par exemple, chez les aliénés : deux doses de Ogr.9 administrées à un quart d'heure d'intervalle, ou soixante-quinze doses de i gr. à lgr.5 données le
(i) Lewin, Berlinerklin. Wochenschr , 1882, n. 42.
(2) MosETiG-MooRHOF, Centralbl, f. Chir., 1882, no 11.
(3) L. Lswm, Die Nebenwirk, d. ArzneimiUel, 1899, p. 415.
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soir pendant trois mois (en tout 86 à 90 gr.) (1), ou bien l'administra tion de 172 gr. en trois mois, ou bien encore des doses quotidiennes de Ogr.5 à lgr.5 continuées pendant quatre à cinq semaines. La mort est survenue déjà, d'une manière brusque, après ogr., ou à la suite de 30 gr. absorbés dans l'espace de trois jours (2), ou à la suite de 50 gr. ingérés en soixante-dix heures. Exceptionnellement, on rencontre quelques sujets présentant une tolérance remarquable envers le sulfonal. C'est ainèi, par exemple, qu'une femme absorbait, sans inconvénient aucun, du sulfonal pendant huit jours à la dose quotidienne de 4gr.5; chez un homme ayant ingéré 100 gr. de sulfonal, il est survenu un sommeil de vingt heures de durée, mais le neuvième jour il était complètement rétabli. La mort a lieu déjà au bout de trois jours, parfois seulement après des mois, quelquefois aussitôt après la suppression du médicament. Mis longtemps en contact avec du sang* à 40*^, le sulfonal y fait apparaître la raie de la méthémoçlobine en solution alcaline. C'est une erreur que de prétendre qu'on puisse faire naître dans le sang des lapins ou dans le sang hors du corps l'hématoporphyrine à l'aide du sulfonal.
Symptômes. — Stupeur, insensibilité, abolition des réflexes, paralysie des extrémités, impossibilité d'avaler. Plus rarement on ne rencontre que de l'excitation et des convulsions. Peuvent exister ou faire défaut : respiration stertoreuse et cyanose (dans un cas celle-ci a persisté jusqu'à la mort malgré la respiration artificielle). En cas d'intoxication peu grave, la respiration est seulement ralentie ou irrégulière; dans les cas graves, on entend partout dans les poumons des râles et un son mat. L'air expiré peut sentir le mercaptan. Chez des sujets cyanoses le pouls est à peine perceptible et ralenti, il est, au contraire, élevé et dépasse 100 battements après l'ingestion de doses excessives; dans les cas à marche fatale la température du corps s'élevait parfois à 40"5. Dans les intoxications aiguës l'hématoporphyrinurie manque, on ne peut constater que l'albuminurie et l'uro-
(1) Reinfuss, Wiener med. Biatter, 1892, no 1.
(2) Knagge, British med. Journal, 1890, II, 25 ocl.
bilinurie. L'anurie peut persister des jours entiers et la mort survenir brusquement pararrc^t de la respiration. Dans les empot^ sonnements se développant lentement, on observe en outre : vomissements, gastralgies, et aussi, d'une manière presque constante, constipation opiniâtre. Le pronostic devient surtout grave en cas de coloration rouge vineux de Turine qui contient de riiématoporphyrine, souvent aussi de la méthémoglobine, de Talbumine, des cylindres, plus rarement les matières colorantes de la bile. La parole devient incohérente, balbutiante, les pupilles sont dilatées, inégales et réagissent paresseusement. Mais c'est surtout le système nerveux central qui souffre davantage : vertiges, angoisse, hallucinations, délire, convulsions ou léthargie avec ou sans collapsus, abattement, tremblement et ataxie des extrémités supérieures et inférieures, paralysies, anesthésies, réflexes tendineux afl*aiblis, ptosis, etc. Quelquefois surviennent des éruptions cutanées (taches, papules et vésicules à contenu séreux ou sanguinolent). Quelques-uns des symptômes que nous venons d'énumérer peuvent se manifester comme eff'ets secondaires fâcheux après l'administration du sulfonal à dose thérapeutique.
Autopsie. — On trouva après l'ingestion de 50 gr. : infiltration naissante du poumon, thromboses dans quelques vaisseaux pulmonaires, ecchymoses sur les plèvres, emphysème du poumon, et nécrose des épithéliums rénaux.
Pour déceler le sulfonal, les matières à examiner (contenu gastro-intestinal, cerveau, urine) seront extraites par le double de leur poids d'alcool à 90 p. 100, l'extrait alcoolique sera additionné de lessive potassique et repris trois fois par l'éther dont on se débarrassera par évaporation : chauffé avec du cyanure de potassium ou du charbon pulvérisé, le résidu dégage Todeur caractéristique du mercaptan. Soumise à l'analyse spectrale, l'urine fournit souvent les raies de l'hématoporphyrine (v. planche spectroscopique). Traitement : diurétiques (infusion de persil, acétate de potasse), purgatifs (tartrate borico-potassique, ou teinture de coloquinte), sangsues aux apophyses mastoïdes.
Le TRlONAL(diéthylsulfoneméthyléthylméthane : [G1F.G*IF.C.