BASES AMMONIACALES
La toxicité des mèthyl aminés est en raison inverse de leur teneur en méthyle.
Le chlorhydrate d^èthylamme agit sur les jeunes chats comme narcotique et abaisse leur température. La base libre (C^H^.AzH^) irrite les muqueuses comme le fait l'ammoniaque.
VINYLAMINE (CH^.CH.AzH^). — Le chlorhydrate de vinylamine tue les cobayes en dix heures quand il est administré à la dose de Ogr.03 par kilo d'animal.
BASES AMMONIACALES. — A part le chlorure d'HEXYLTRIMé- THYLAMMONIUM, toutes Ics autres bases ammoniacales, telles que, par exemple, le chlorure d'isoamyltriméthylammo- NiUM et le chlorure de valéryltriméthylammonium agfissent, chez les grenouilles, comme la muscarine : I mgr. provoque l'arrêt du cœur en diastole; à doses plus élevées, toutes agissent comme le curare. Ce dernier effet occupe presque à lui seul toute la scène quand on a affaire au chlorure d'allyltrimëthylammonium. Agissent encore comme la muscarine et le curare : chlorure de tétraméthyl ammonium, acétaltri-
MÉTHYLAMMONIUM, ALDÉHYDETRIMÉTHYLAMMONIUM et beaucoup d'autres. Le chlorure et l'iodure de tétraéthylammo- NIUM sont doués de propriétés curarisantes. Ils attaquent aussi la substance musculaire. Il suffit d'un milligramme du chlorure de tétraméthylammonium pour paralyser les terminaisons des nerfs moteurs d'une grenouille. Il semble s'agir d'une paralysie descendante. La même dose peut diminuer les pulsations cardiaques jusqu'à les abolir.
L'OXYHYDRATE DE TRIMÉTHYLVINYLAMMONIUM OU la NÉ-
VRIN£ se forme, entre autres, pendant la putréfaction de la viande des animaux et de l'homme, on la trouve aussi dans les champignons gâtés. Administrée aux ^r^/^ow^7/^5 à la dose 1 à5mgr.,elle provoque chez elles des paralysies, la dilatation des pupilles et amène la mort par arrêt du cœur en diastole (excitation de l'appareil inhibitoire du cœur). Les chats réagissent plus énergiquement que les lapins et les souris, et tous le font plus énergiquement
que les cobayes. La névrine tue les lapins à OgT.04 par kilo danimal. Surviennent chez eux et chez les chiens : ptyalisme, sécrétion abondante du mucus nasal et de la sueur, diarrhée, incertitude des mouvements; et à doses mortelles : paralysie des extrémités, ptosis, affaiblissement et irrégularité de la respiration, dyspnée, abaissement de la pression sanguine et arrêt du cœur après la cessation de la respiration. Les convulsions peuvent être prévenues en partie grâce à l'institution de la respiration artificielle. L'atropine agit comme antidote.
L'OX Y HYDRATE DE TRIMÉTHYLOXÉTHYL AMMONIUM OU la GHO-
LiNE (amamVme, CW^AzO*) se trouve dans les champignons, les faînes, dans un grand nombre de semences, dans le seigle ergoté, les organes de l'homme, etc. Soumise à la putréfaction dans une infusion de foin, elle donne naissance, entre autres, à la triméthylamine et à la névrine. Elle agit comme la muscarine. Administrée à la dose de 25 à 100 milligr., elle provoque chez la grenouille une paralysie généralisée; et, chez les animaux à sang chaud, encore du ptyalisme et d'autres symptômes d'intoxication parla névrine, mais affaiblis. De par son action toxique, Ogr.l de chlorhydrate de choline correspond à peu près à 5 milligr. de chlorhydrate de névrine par kilo de lapin (1).
L'iODURE DE MÉTHYLTRIÉTBYLANTIMOINAMMONIUM, en injection sous-cutanée, tue les cobayes à la dose de Ogr.15; la mort a lieu en quinze minutes, par asphyxie précédée de paralysie des nerfs moteurs. L'action curarisante de cette substance est encore plus accusée chez les grenouilles.
La CHLORURE DE GOPRINE (C^H^^AzOCl) (produit de la réaction de la triméthylamine sur l'acétone monochlorée) agit comme le curare.
Le SULFURE DE TRIMÉTHYLAMMONIUM se forme pendant la purification du triméthylammonium. Inhalé pendant un moment, il provoqua la perte de connaissance, des convulsions et la chute du sujet qui finit par se rétablir.
(4; Brieger, f/eô. Plomainey 4885, p. 26 ; — Cervello, Àrch.ital. d. Biol.y 1884, p. 499.
ACIDE CYANHYDRIQUE. — Malgré de nombreuses recherches, l'intoxication par l'acide cyanhydrique appartient en réalité aux intoxications les plus énigmatiqucs. Sur trente-sept intoxications survenues à Vienne en 1870, il y en a eu dix-sept par l'acide cyanhydrique et le cyanure de potassium, et sur quatre cent trente-deux à Berlin en 1876-1878, quarante par ces poisons avec une mortalité de 95 p. 100 (1). Sur cinq cent ving-t-quatre intoxications, traitées en 1895 dans les hôpitaux de Prusse, il y en eut sept par le cyanure de potassium, mais, en réalité, beaucoup plus. Les cyanures sont très accessibles par suite de leur emploi dans l'industrie (photographie, galvanoplastie, etc.), et leur action se manifeste très rapidement; aussi s'en sert-on volontiers dans les tentatives d'homicide et de suicide. Mais les intoxications sont aussi causées par des erreurs se glissant dans les prescriptions concernant Veau distillée d'amandes amères^ par le cyanure de potassium s'insinuant dans les plaies des (ioi§[ts, et par l'ingestion des amandes amères, des noyaux d'abricots, de cerises, de pommes, des feuilles de laurier-cerise, ainsi que des boissons alcooliques contenant de Vacide cyanhyirique (kirsch, persicot, marasquin; etc.).
Toutes les parties végétales que nous venons d'énumérer contiennent soit le glucoside amygdaline^ soit la laurocérasine, ou la Unamarnne de la graine du lin, ainsi que Vémulsine. En s'hvdratant, l'amygdaline, en présence de l'émulsine, se dédouble en sucre, en huiles d'amandes amères et en acide cyanhydrique : C«H*'AzO^* + 2H20=2G«H*«0«+ ŒH«0 + CAzH.
Donnent encore de l'acide cyanhydrique : les feuilles et l'écorce de Prunus Padus (L.), les fleurs de Prunus spinosa (L.), l'écorce ^t Prunus virgin.y les noyaux de Prunus avium (L.), àe Prunus armenica (L.), les feuilles, les fleurs, les noyaux et le bois de Araygdalus persica (L.), dont les feuilles ont fait périr des chèvres et des vaches, les boutons à feuilles non développés et les fruits de Sorbus aucuparia (L.), de Lasia heterophylla (ScHOTT.), les semences de Lucuma Bonplandia (H. B. et K.), de L. mammosa (Gaertn.), de lin Linum usitatissimum (L.),
(1) Lbsser, Arch. f. path. Anat,, Bd LXXXIII, 1881.
de Crataegus oxyacantha (L.) (aubépine) et C. coccinea (L.), A^Eryobotrya japonica (néflier du Japon), les fleurs de Ribes aureum (Pursh.), Aquilegia vulgaris (L.), la racine fraîche de Jatropha Manihot (L.), les fèves de Phaseolus lunatus (L.), Pangitim edule (Rein.), Pygeum parviflorum (T. et B.) et P, latifolîum (MiQ.)> Cyrtosperma(GHTFF.)y Gymnema latifolium (Wall.), Ilydnocarpus inebrians (Vahl.), Echinocarpus (Bl.), Schleichera trijuga (Willd.) (huile de Macassar) et Agaricus oreades. Quant au règne animal^ quelques myriapodes posséderaient dans leurs glandes une substance fournissant de l'acide cyanhydrique.
Les organismes pyogènes mettent, eux aussi, en liberté de l'acide cyanhydrique aux dépens de l'amygdaline. L'intestin contenant ces microorganismes, ce processus peut également y prendre naissance.
L'intoxication peut aussi être causée par suite de Vemploi des onguents et des pommades conien^ini de l'huile d'amandes amères (cette dernière contient de l'acide cyanhydrique).
V acide cyanhydrique anhydre^ liquide incolore, tue les cobayes à la dose de un millième de milligramme environ. La dose lèthale est pour V homme de Ogr.05, mais dans des cas rares la guérison est encore survenue après Ogr.l, même après 1 gr. Un pharmacien ayant aspiré l'odeur d'une bouteille d'acide cyanhydrique bouchée depuis trois mois, perdit immédiatement connaissance pendant une demi-heure entière. Le cyanure de potassium (KCAz) contient souvent des quantités considérables de carbonate de potasse, l'acide carbonique de l'air mettant en liberté de l'acide cyanhydrique. Le cyanure de potassium du commerce ne contient en réalité que de 60 à 95 p. 100 de ce sel. Les solutions de cyanure de potassium se dédoublent en formiate de potasse et en ammoniaque. La dose léthale est de Ogr.2 à Ogr.3, mais la guérison a eu lieu, dans des cas isolés, après 2 à 3 gr. (!) el même après 8 gr. Un poulain ne succombait que six heures après l'injection intrathoracique d'une solution de 25 gr. de cyanure de potassium. Vamygdaline en mélange approprié tue
(1) Mûller-Warnegk, Berliner klin. WbcAen^cAr., 4878, p. 57 ; — Gillibrand, Lancet^ 1868, août, p. 223.
un chien de 7kgr.3 à la dose 0gT.i36. La dose lélhale s'élèverait pour l'homme à 1 gr. environ. V huile dC amandes arriéres brute contient 5 à 12 p. 100 d'acide cyanhydrique anhydre et amène la mort à la dose de Ig^'.S en moyenne (après 7 g^r. elle est survenue dans l'espace de deux heures et demie). Les amandes amères tuent surtout les oiseaux en peu de temps ; les chiens périssent après 20 g*r. Dix amandes amères donnèrent naissance chez des enfants à des phénomènes d'intoxication grave, et chez les adultes la mort survint après l'ingestion de 45 à 70 gr. Ueau distillée d'amandes ambres et Veau distillée de laurier^erise contiennent 0,1 p. 100 d'acide cyanhydrique*. La dose léthale est deoOgr. environ. Un homme mourut dans l'espace d'une heure après en avoir absorbé 60 gr. Chez un enfant de sept ans ayant ingéré vingt noyaux d^abricots on a vu survenir : céphalée, fourmillement aux jambes, syncope, etc. On a vu périr rapidement des cochons ayant mangé des amandes de prune. Leur estomac exhalait l'odeur de l'acide cyanhydrique, leur sang était rougecerise et la muqueuse stomacale tuméfiée.
Les sulfocyanures de potassium (CAzSK), de sodium, de baryum, de magnésium, de calcium, de fer sont peu toxiques, ou De le sont point du tout. L'élimination par l'urine est terminée après quatre à cinq jours. On a soutenu que 30 gr. d'une solution saturée de sulfocyanure de potassium amènent la mort des lapins en seize à dix-huit heures; elle est précédée de convulsions et de paralysie généralisée (1). L'excitabilité réflexe et la pression sanguine sont exagérées (2). Le sulfocyanure d'èthyle à la dose de V gouttes tue les lapins de 2 kil. au milieu de dyspnée et de convulsions. Le sulfocyanure de phényle (CWSCAz) est toxique. Chez les sujets préparant le sulfocyanure d'orthotoluyle (c'est une huile jaune), des démangeaisons surviennent aux mains, surtout aux plis de flexion qui sont rougis. Les
•(L*cau distillée de laurier-cerise de la pharmacopée française est titrée à 0gr.05 p. 100 : on connaît au moins un cas de mort à la suite de Tingestion de 60 ^.]
(l)r>uBREuiL et Legros, Comptes-rendus de l*Ac, des Se, t. LXIV, p. 1256. (2) Paschds, Wiener med, Blàiier, 1885, p. 331.
démangeaisons persistèrent encore huit jours après la cessation du métier. Les animaux respirant dans une atmosphère contenant 0,25 p. 100 (en volume) d'actde sut focyanhydriqtce (CAzSH), meurent par asphyxie, en proie à des convulsions (1). Uaspergillus niger produit cet acide.
Le cyanogène gazeux^ le dicyanogène (C^Az^) qui se forme dans la galvanoplastie, possède une odeur piquante; dissous dans Peau, il se transforme en oxalate d'ammonium, fait prendre au sang défibriné une coloration sombre ("formation de méthémoglobine), il déforme les globules sanguins rouges (formes étoilées) et finit par les détruire. Ajouté aux solutions d'albumine, il fournit de la cyanalbumine (2). Chez les animaux à sang chaud il provoque l'irritation et l'inflammation des muqueuses et amène : convulsions, dyspnée, cyanose et paralysies généralisées. 11 est moins toxique que Tacide cyanhydrique. Le cyanure dèthyle (C^H^.CAz) tue les chiens et les lapins à la dose de Ogr.ori par kilo d'animal. Son action se manifeste lentement (3). La cyanamide (GAzIl*^) tue les grenouilles à la dose de Ogr.02, les lapins à la dose de Ogr.o (par la bouche); la mort par arrêt du cœur a lieu au milieu de convulsions cloniques. Les animaux ayant respiré dans une atmosphère contenant 0,3 p. 100 (en volume) de chlorure de cyanogène (CAzCl), sont atteints d'asphyxie et meurent dans l'espace de trois minutes en proie à des convulsions. On a décelé dans le sang la présence du cyanogène. L.'«odure de cyanogène dissout les globules sanguins rouges. Les animaux à sang froid deviennent paralysés; chez les animaux à sang chaud surviennent : respiration irrégulière, salivation, vomissements, et la mort a lieu par paralysie respiratoire. Le ferrocyanure de potassium (K^FeC^Az^) est-il administré simultanément avec un acide, ou rencontrant beaucoup d'acide chlorhydrique dans l'estomac, devient toxique à cause de l'acide cyanhydrique qui se dégage alors, et peut amener rapidement la mort. Mis en contact avec le sang, le ferrncyanure de potas--
(1) EuLENBERG, Die schàdHchen Octse, Berlin, 1865, p. 474.
(2) Lœw, Journal f, pr. Chemie, N. F., Bd XVI, p. 60.
(3) Lapicque, Compte-rendu de la Soc. de bioL, t. XLI, p. 251.
sium (K^Fe^*^Az**) y produit de la méthémoglobine. Donné par la bouche jusqu'à la dose de 3 gr., le cyanate de potasse (COAzK) est non toxique pour les chiens (1); V acide isocyanique et l'acide cyanurique seraient, eux aussi, non toxiques; le cyanure de cobalt et le cyanure double de cobalt et de potassium ne sont certainement pas toxiques.
Tous les phénomènes d'intoxication par V acide cyanhydrique ou \e cyanure de potassium, jusques et y compris la mort, peuvent se développer en quelques secondes ou minutes, ou seulement après des heures. Si les vomissements surviennent rapidement, parce que l'estomac était rempli d'aliments ou que la préparation d'acide cyanhydrique était déjà décomposée en partie, la guérison peut avoir lieu. Les solutions d'acide cyanhydrique sont rapidement absorbées et dissociées par n'importe quelle partie du corps (même le conduit auditif). Une partie en est décomposée, une autre partie s élimine par les poumons et peut-être aussi par la peau. L'urine contient de Vacide thiocyanique. L'élimination de Vamygdaline s'effectue en si peu de temps que l'ingestion de l'émulsine trois heures après son administration n'est suivie d'aucun phénomène d'intoxication. Dans IVslomac vide, l'acide cyanhydrique se forme rapidement aux dépens de l'amyg-daline cL de l'émulsine. L'acide chlorhydriqne s'oppose à la formation de cet acide.
La solution aqueuse d'acide cyanhydrique précipite l'albumine. Le sang- additionné d'acide cyanhydrique devient presque complètement inapte à décomposer l'eau oxygénée (2). Les bandes d'absorption de l'oxyhémoglobinedisparaissent et le sang brunit. L'acide cyanhydrique réduit les globules sanguins rouges en granulations et finit par les détruire complètement (3). L'hémoglobine, soumise à l'influence de cet acide, ne subit point d'altérations reconnaissables au spectroscope. Je peux l'affirmer, en /n'appuyant sur un grand nombre d'examens, aussi bien quant au sang vivant qu'au sang mort. 11 n'existe point de « cyanméthémoglobine », ni de « cyanhématine » reconnaissables spec-
(I) Rabuteau et Massul, Comptes-rendus de VAc. des Se, l. LXXIV, p. 57. (i) ScHÔNBEiN, Zeitschr. f, BioL, Bd III, 4867. Heft 3. (3) Geinitz, PpUger*s Arch , Bd III, p. 46.
troscopiquement. Cela n'exclut pas l'existence d'une « cyanhémog-lobine », c'est-à-dire une hémoglobine qui contient pour chaque molécule une molécule de cyanogène combinée (1). Le sang contenant de l'acide cyanhydrique s'incorpore difficilement de l'oxygène et ne l'abandonne que difficilement au milieu ambiant. Le cyanure de potassium impur donne naissance dans le sang à de l'hématine se transformant en hémochromogène (v. planche spectroscopique) sous l'influence du sulfhydrate d'ammoniaque. Les muqueuses sont irritées par l'acide cyanhydrique, tandis que le cyanure de potassium les cautérise.
[Ce phénomène est dû à inaction caustique du carbonate alcalin toujours mélangée au cyanure.]
La muqueuse se gonfle et les couches superficielles sont imbibées par la matière colorante du sang altéré.
Tous les animaux sont intoxiqués par l'acide cyanhydrique. Les coléoptères, les insectes, les chenilles périssent dans une atmosphère en contenant Ogr.l par mètre cube d'air. Lé hérisson sur lequel on a prétendu que l'acide cyanhydriqjir ^n'exerçait aucune action toxique, y succombe en réalité com«e tous les autres animaux. L'intoxication se manifeste plus lentement chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud; elle est moin^ prononcée chez les amphibies que chez les poissons. Elle ne dépend pas de l'altération du sang. Peut-être les obstacles opposés aux processus respiratoires des tissus — 1' « asphyxie intérieure » — y jouent-ils un certain rôle. Quant à l'hypothèse de ScHŒNBEiN d'après laquelle, sous l'influence de l'acide cyanhydrique, le sang serait dépossédé de son pouvoir cataly tique envers le peroxyde d'hydrogène en même temps que de ses propriétés qui importent pour la respiration, elle est sans valeur aucune, jE^we^g^we, ainsi que je peux V affirmer catégoriquement^ le sang des animaux intoxiqués par Vacide cyanhydrique continue toujours à décom^ poser Veau oxygénée. Grâce à l'acide cyanhydrique, la consommation de l'oxygène et la formation de l'acide carbonique sont diminuées. Les tissus perdent l'aptitude à s'emparer et à uli-
(4) W. Preyer, Die Blutkrystalle, 1871, p. 151 et 163.
liser même l'oxygène en excès (1). Mais nous ignorons absolument comment Tacide cyanhydrique provoque cette manière dagir pathologique des tissus, ce qui rend obscure l'essence même de son action. Chez les animaux à sang chaud, Tacide cyanhydrique finit par paralyser les centres respiratoire, vasomoteur, le centre pour les ganglions moteurs du cœur et le centre convulsivant dont l'excitation provoque les convulsions qui ne font jamais défaut dans cette intoxication. Le cœur continue à battre quelque temps après l'arrêt de la respiration (2). L'excitabilité des muscles est conservée. L'alcalinité du sang diminue par suite de la formation d'acide lactique (3). L'urine des sujets ayant absorbé de l'acide cyanhydrique contient des composés sulfocyanés {acide thiocyaniqué). La sulfuration est due au soufre de l'albumine.
Symptômes. — Dans la forme apoplectique^ le sujet intoxiqué tombe peu de temps après l'ingestion du poison, souvent en poussant un cri perçant {death scream) et sa respiration devient convulsive (inspiration saccadée). 11 survient du trismus et parfois même du tétanos; une salive spumo-sanguinolente s'écoule de la bouche et la mort survient dans l'espace de deux à cinq minutes. En cas A^ empoisonnement plus lent (ce qui est plus fréquent), on peut distinguer : — I. Stade dyspnèique avec sensation de constriction à la gorge, angoisse, étoufFements, marche titubante; nausées ou vomissements, céphalée, vertiges, pouls petit et respiration haletante ne survenant quelquefois qu'à une minute d'intervalle : les inspirations courtes sont suivies d'expirations prolongées ou même de pauses respiratoires. — 2. Stade convulsif : les malades tombent, la peau devient froide et couverte de sueur, les pupilles sont dilatées, les globes oculaires sortent des orbites, le pouls est accéléré, il survient des convulsions, de l'opisthotonos, du trismus et l'urine est évacuée involontairement. — 3. Stade asphyxique : la respiration est suspendue de temps en temps, le cœur bat lentement, irrégulière-
(1) Geppert, Zeitschr, f. klin. Med., 1889, Bd XV.
(2) GRÉMAfrr, Semaine méd,, 1889, p. 367.
(3) ZiLLBSSEN, Zeitschr. f, phys, Chemie, Bd XV, p. 387.
ment, la face est cyanosée, la température du corps s'abaisse, le malade est plongé dans le coma, de la bouche s'écoule une salive spumeuse ou sanguinolente. Quant à la terminaison, elle consiste soit en la mort par arrêt de la respiration, soit en ce que les malades, revenus à eux après quelques heures, finissent ordinairement par se rétablir complètement après quelques jours. Très rarement persistent pendant longtemps : tremblement des jambes, marche titubante, céphalée et gêne de la parole. Chez une femme qui s'était servie d'une solution aqueuse d'acide cyanhydrique pour le nettoyage de dentelle d'or, il n'est survenu qu'une amblyopie de quatre à cinq heures de durée.
V usage des composés cyanogènes dans V industrie peut provoquer une intoxication chronique se manifestant par : céphalée, vertiges, pâleur de la face, anorexie, nausées et odeur fétide de la bouche. Chez les ouvriers des ateliers de galvanoplastie, le gaz cyanogène participe, lui aussi, à la production de l'intoxication. On a rapporté plusieurs cas où Tinhalation d'acide cyanhydrique à une ou deux reprises, non seulement a provoqué immédiatement des phénomènes d'empoisonnement aigu, mais était encore suivie, après des mois, d'affections secondaires (faiblesse, énergie cardiaque diminuée, pâleur du visage, insomnie, etc.) (1). L'empoisonnement aigu par l'acide cyanhydrique fut suivi dans un cas d'hystéro-épilepsie persistante.
Autopsie. — Les cadavres sont parfois couverts de taches cadavériques d'un rouge clair contenant du sang rouge-cerise. Un mucus très spumeux s'écoule quelquefois de la bouche. L'odeur de l'acide cyanhydrique, qui peut faire défaut dans les cavités naturelles, s'exhale parfois- du cerveau, même après quarantehuit heures. Elle persiste beaucoup plus longtemps en cas A^intoœication par Vhuile d^aniandes a^nères. Dans Vintoxication par le cyanure de potassium^ la muqueuse de l'estomac boursouflé, du duodénum, de la bouche, de l'arrière-gorge, et quelquefois aussi des voies respiratoires, est gonflée et imbibée de matière
(1) Martin, Friedreich's Blàtter, Jahrg. XXXIX, H. 1; — Mittenzweig, Zeitschr. f. Medicinalbeamte^ 4888, 4" avr.
ACIDE CYANHYDRigUE 417
colorante du sang de couleur roug-e-clair, plus rarement on y trouvé des ecchymoses et des extra vasats sanguins. On rencontre des ecchymoses sous-péricardiques, la dégénération graisseuse du foie et des exsudats séreux dans les ventricules cérébraux et entre la pie-mère et l'arachnoïde. L'urine contient des substances réductrices, quelquefois même du sang. L'intoxication par rhuile d'amandes peut provoquer, elle aussi, une cautérisation avec plaies de la bouche jusqu'à l'intestin grêle et des hémorrhagies punctiformes des muqueuses.
Le temps pendant lequel il est possible de démontrer la présence de l'acide cyanhydrique dans le corps (estomac, intestin, poumons, foie, cerveau que l'on aura soin de plonger dans l'alcool immédiatement après leur extraction du corps) dépend du degré de la putréfaction et de la quantité du poison. On réussit en moyenne à le déceler après neuf à dix jours (1), et même quatorze (poumons) et quinze jours (intestin) après l'empoisonnement. La putréfaction est-elle très avancée, l'acide cyanhydrique disparaît rapidement. On a pu déceler Tacide cyanhydrique après dix-huit mois dans un mélange de viande, d'eau et de 2gr.3 de cyanure de potassium (i) ; après trois rtiois et demi dans un cadavre bien conservé (3) et* chez les animaux, après quatre semaines en hiver (4). La distribution de l'acide cyanhydrique dans les diverses parties du corps n'est pas égale dans tous les cas. Tantôt le cœur, le sang du cœur, le cerveau, le foie ou les intestins en contiennent beaucoup, tantôt peu. Aussi la quantité relative entre ces divers organes diffère beaucoup.
Becherche. — 1. La solution d'acide cyanhydrique ou de cyanure de potassium alcalinisée par la lessive sodique est-elle additionnée d'une solution d'oxyde ferroso-ferrique, l'acide chloriiydrique ajouté en excès fournit du bleu de Berlin. — 2. Si la solution d'acide cyanhydrique est additionnée de sulfure d'ammon ium jaune, qu'on la soumette à l'ébuUition jusqu'à ce qu'elle devienne
(i) BucuNER, Sit£. d. math.'phyg. Classe d, bayr, Akad., 7 tléc. 4877.
(2) Struve, ZeiUchr. /*. anal, Chem., 1873, Bd XH, p. 14.
(3) ZiLLNER, Vierteljahrsschr. f. ger, Med., Bd XXXV, Heft 2. (i) Brame, Compt, rend, de VAcad, des Se, t. XCII, p. 426.
Toxicologie. 2T
incolore, qu'après refroidissement on y ajoute de l'acide chlorhydrique et du perchlorure de fer, la solution se colore en rougesang^ (5W^/b(?yanwr^rf^ /fer). — 3. Les vapeurs d'acide cyanhydrique suffisent déjà pour colorer en bleu la teinture de gaïac diluée additionnée d'une petite quantité de sulfate de cuivre en solution. (Le nitrobenzol, entre autres, fournit aussi cette réaction !). — 4. Une solution légèrement jaune d'acide picrique se colore en rouge lorsqu'on la chauffe avec une goutte' d'une solution diluée de cyanure de potassium (isopurpurate de potasse). — 5. La substance à examiner sera additionnée d'une solution d'azotite de potasse puis de perchlorure de fer, acidulée par Tacide sulfurique dilué et chauffée jusqu'à ébullition ; après avoir précipité le fer par l'ammoniaque et filtré, on peut, en se servant du sulfure d'ammonium incolore, démontrer dans le filtrat la présence du nitroprussiate de potasse.
Les parties cadavériques acidulées par l'acide tartrique seront soumises à la distillation lente ; c'est avec le distillât que seront faites les réactions sus-énumérées. Mais il faut préalablement se débarrasser du ferrocyanurede potassium (1) et d'autres cyanures doubles du même type. Ceux-ci existent-ils, les objets à examiner seront alcalinisés par le carbonate de soude et seront soumis à la distillation dans un courant d'acide carbonique ; c'est dans le distillât que sera recherché l'acide cyanhydrique. Les objets à examiner peuvent aussi être acidulés par l'acide tartrique, puis extraits par l'éther, les extraits seront additionnés de lessive potassique en solution alcoolique, l'éther et l'alcool chassés parla distillation, le résidu, repris par l'eau, sera acidulé par l'acide tartrique et soumis à la distillation : l'acide cyanhydrique sera recherché dans ce distillât. Le cyanure de mercure est aussi décomposé lorsqu'il est soumis à la distillation en présence des acides, surtout de l'acide chlorhydrique (2). L'analyse qicantitalive sera faite en précipitant par l'azotate d'argent le distillât acidulé par l'acide azotique.
(i) LuDWiG und Mauthpœr, Wiener med. Blàtter, 1880, no 44.
(2) VxMGQis., Zeitschr, f, an. Chem., LXXÏX, p. 408; — - Gorteh, Phat*m. Zeit., 1896?
NITRILES ISONITRILES 419 {
Traitement. — Evacuation rapide du poison, injection sous- \
cutanée d'apomorphine, lavage de l'estomac, teinture de musc en '
injection sous-cutanée, ablutions froides (de un à deux pieds de haut) sur la nuque et le dos avec frictions ultérieures. La trachéotomie, l'insufflation d'air dans les poumons, l'excitation électrique du phrénique et les autres procédés de respiration artificielle se sont montrés utiles (1). L'atropine en injection sousculanée prônée comme antidote n'a pas donné de bien brillants résultats chez l'homme. Vhyposulfite de soude possède la propriété de rendre non-toxique, chez les animaux, une dose d'acide cyanhydrique de une et demie à quatre fois supérieure à la dose absolument mortelle (2). On pourrait l'administrer en injections sous-cutanées, maison ne peut pas espérer un résultat important dans une intoxication humaine, à cause de la rapidité de sa marche. Uazotate cobalteuœ se comporte d'une manière identique. Le permanganate de potasse et le peroxyde d'hydrogène sont sans valeur aucune.
A-t-on affaire à une intoxication par des amandes arriéres ou d'autres substances se comportant comme elles, on prescrira Tacide chlorhydrique ou l'acide lactique pour empêcher la formation de l'acide cyanhydrique aux dépens de l'amygdaline et de l'émulsine.
NITRILES. ISONITRILES. — Les composés de cyanogène avec les radicaux des hydrocarbures sont toxiques. Les symptômes consistent en : vomissements, céphalée, mydriase, convulsions, paralysies musculaires, dyspnée, arrêt de la respiration. — cyanure DE MÊTHYLE (acétouitrile, CWAz). Ingéré par la bouche à dose un peu supérieure à 5 ce, il provoque des vomissements chez les chiens; les doses de beaucoup plus élevées donnent naissance à des phénomènes plus graves. En injection sous-cutanée, il exerce une action anesthésique même sur les animaux à sang froid. A ne considérer que les doses à employer, il peut être regardé comme relativement non-toxique. Le cyanure D'ëthyle
(i) QuivriN, Berlin. Klin. Wochenschr,, 4885, p^ 424.
(2) Lang, Atrh. f, cxp. Path. u. Pkarmak., Bd XXXVl, 4895, p. 75.
i 420 COMPOSÉS DU CARBONE
.' (propionitrile, GWAz), à la dose de 3 à 5 gv. par la bouche ou de
(K*^2 à 0*'''4 en injection sous-cutanée, tue les chiens; la mort est précédée de vomissements, de dyspnée, de convulsions. Les nitriles oxalique (CAz)*, malonique [CH^(CAz)^], sugginique [CAz{CH*)^CAz] et pyrotartrique [CAz(GH^)^CAz] possèdent un caractère familial dans leur pouvoir intoxiquant qui ressemble à l'intoxication par l'acide cyanhydrique. On a mieux réussi en employant l'hyposulfite de soude comme antidote chez les animaux empoisonnés par ces nitriles que dans l'intoxication par l'acide cyanhydrique (i). Le butyronitrile, à la dose de 0****:2 en injection sous-cutanée, tue les lapins, en proie à la dyspnée et à des convulsions tétaniques. Le capronitrile, à la dose de ()g*r.2, provoque chez les lapins : tétanos et opisthotonos extrêmement accusés, plus tard mouvements forcés, impulsion invincible à exécuter des mouvements, et amène la mort. L'acide thiocyanique et l'acide formique se formant aux dépens des nitriles sont éliminés par l'urine (2). Le benzonitrile (ci/anohenzoly C^H^.(^Az) provoque chez l'homme des phénomènes paralytiques et gastriques. La susceptibilité individuelle envers cette substance varie d'un cas à l'autre. Les inhalations semblent être inoffensives. Chez les animaux il survient des convulsions. L'intoxication chronique donne naissance à des tremblements spasmodiques. L'urine contient de l'acide salicylique et de l'acide para-oxybenzoï(jue (3). Le phénylacétonitrile (C^H\CIP.CAz; ag-it comme le benzonitrile, mais c'est la somnolence qui est la plus prononcée.
Les isonitviles sont, eux aussi, toxiques comme le sont les nitrileî^.
La méthylgarbylamine (CAzCH^) qui ag:irait encore plus énerg-iquementque l'acide cyanhydrique anhydre et dont l'inhalation tuerait les lapins en quelques secondes, se trouve, comme on l'a prétendu, dans le venin des crapauds. L'acide éthylcarbylaminecarbonique acide o^isocyanopropionique) serait
(i) Hkymans et Masoin, Arch. de Phavmacody nantie, vol. III. p. 77.
(2) Lang, Arch. f. eœp, Path, u. Phamavk., Bd XXXIV, p. 247.
(3) GiAcosA, Ann. di Chim, med. e. farrn., i88o, févr., p. 205, avr., p. 27i.
MÉTHYLCYANÉTHINE 42 1
contenu dans le venin de triton cristatus, tandis que Tamyl- GARBYLAMINE se trouverait dans le venin des scorpions et celui de salamandra maculata ( 1 ) .
fil n'est pas sans intérêt de faire remarquer ici que toutes ces substances constituent, comme l'acide cyanhydrique, des poisons très énergiques du cœur. Les travaux de Vulpian et ceux de Pélikan avaient déjà depuis longtemps attiré lattention sur Faction élective des venins de crapaud, de triton et de salamandre comme poisons cardiaques. Le mécanisme de cette action est encore fort obscur ; néanmoins, je crois intéressant de signaler Topinion de Brown- Séquard, applicable au moins à Tacide cyanhydrique, attribuant à la sensation douloureuse excessive provoquée la production d'un réflexe inhibitoire du cœur et des autres grandes fonctions, notamment la respiration].
Le DITHIOCYANATE DE POTASSE (K^G^Az^S') et le DITHIOCYA-
KATB D'ÉTHYLE \{pWyQ?Xz^^^] sont toxiques. Administré en injection intra-veineus ;;, le premier donne naissance chez les animaux aux symptômes que provoquent les sels potassiques (respiration laborieuse, anesthésie, immobilité, arrôt du cœur). Lo second provoque, en injection sous-cutanée, chez les lapins, Tœdème du poumon précédé de tremblement de la tête et du tronc (2).
NITROPRUSSIATE DE SOUDE [Na^FeC'Az^AzO)]. Administré aux pig-eons à la dose de Ogr.012, il les tue en une heure en provoquant chez eux des symptômes d'intoxication par l'acide cyanhydrique. Ils se manifestent très lentement et s'associent aux vomissements (excitation du centre vomitif). Cette substance donne naissance dans l'économie à du cyanure de sodium {^),
MÉTHYLGYANÉTHINE (C'^IP'Az^). — Donnée à la dose de Ogr.O.l (lapins) ou à celle de Og-r-^rj (chiens) elle provoque : agitation, accélération de la respiration, élévation de la pression sanguine et convulsions (les muscles masticateurs y participent). A la suite des doses mortelles (Ogr. 175) le pouls et la respiration dimi-
(1) Calmels, Comptes -rendus de VAcad. des Sciences, t. XCVHÏ, p. 53G.
(2) HôGYES, Arch. /*. exp, Path. u. Pharmak,, Bd IX, p. 427.
(3) Crovme, Beitr. t. Kenntnisn d, Nitroprnssidnntr., Kiel, 1891.
nuont jusqu'à extinction complète. Chez les gprenouilles, c'est son action paralytique qui prédomine (1).
DIAZOMËTHANE (CH^.Az.Az). — C'est un gaz qui provoque : dyspnée, douleurs à la poitrine, dépression et une sensation de surdité (2).
ÉTHYLÊNE. — Le gaz olèfianty èlayle (C^H*), provoque la narcose chez les lapins respirant dans une atmosphère en contenant 30 p. 100, et chez les chiens et les chats quand sa teneur atteint 70 à 80 p. 100 (3). Les troubles respiratoires et les convulsions pourraient déjà survenir quand sa teneur est seulement de 6 à 10 p. 100. La respiration dans une atmosphère contenant deux parties d'air pour trois parties d'éthylène provoqua chez Vhomnie : vertiges, céphalée, sensation d'oppression et perte de connaissance. Il est aussi doué de propriétés légèrement enivrantes.
ACÉTYLÈNE. — Les animaux à sang chaud respirant dans une atmosphère contenant 5 à 10 p. 100 A' (xcétylène {C^W) pur, sont narcotisés ; l'air contient-il l'acétylène à doses élevées (15 à 40 p. 100), on voit éclater des troubles respiratoires. L'énergie cardiaque s'affaiblit, les pupilles sont dilatées. La mort d'un chien survient même quand l'air atmosphérique ne contient qu'un cinquième d'acétylène. Le rétablissement peut se produire dès que l'on amène de l'air frais au moyen de la respiration artificielle, mais bien souvent on échoue. Bien plus, il est aussi possible qu'un animal empoisonné meure même quelques heures après qu'on Ta soustrait à l'action du gaz. L'acétylène est un vrai poison malgré les expériences de quelques observateurs, et beaucoup plus toxique qu'on ne l'admet communément aujourd'hui. L'acétylène n'altère pas le sang d'une manière appréciable quoique celui-ci puisse en dissoudre plus des trois quarts de son
(1) Walton, Arch. f, exp. Palh, u. Pharmak., Bd XV, p. 449.
(2) Pechmann, Chtm, Ber., Bd XXVII, p. 4888 ; — Bambbrgeh, tV/., Bd XXVIII, p. 4685.
(^) LûssEM, Exp. Stud. ûber Kohlenoxyd, etc., Bonn, 4885.
BROMURE d'ÉTHYLE 423
volume. L'acétylène impur est plus toxique que l'acétylène pur(l).
DiiODAGÉTYiiËNE. — Provoquc chez les lapins, à la dose de Ogr.2 à Ogr.3 par voie d'injection hypodermique, de l'œdème en des points éloignés du lieu de la piqûre et un abcès au point d'injection, en même temps que tous les symptômes généraux d'empoisonnement par l'iode. Chez les chiens, on voit apparaître de la salivation et des vomissements.
CHLORURE D'ÉTHYLE. — Chez les sujets soumis à la narcose par Vèther chlorhydrique de V alcool ordinaire (C^H^Cl) on a vu survenir : secousses musculaires, déviation des yeux, tremblement, ainsi que pouls petit, accéléré. Pas de troubles respiratoires, ni aflFections secondaires. Chez les animaux il survient des troubles respiratoires, des convulsions, et les muqueuses sont irritées. C'est donc un peu inconsidéré que de prétendre que le chlorure d'éthyle pour l'anesthésie générale soit absolument inoflFensif. 11 y a déjà assez d'issues mortelles de telles narcoses. On a même observé la mort d'une jeune fille qui succombait seize heures après l'administration de deux grammes de cette substance pour une anesthésie locale (extraction d'une dent).
BROMURE D'ÉTHYLE. — Le bromure d'éthyle (C^H*Br) se décompose sous l'influence de l'air et de la lumière en mettant en liberté du brome. U est rapidement absorbé et s'élimine en majeure partie par les poumons. Une partie est retenue dans l'économie (2) où il est peut-être décomposé en formant des produits plus toxiques, tandis que le brome, ainsi que je l'avais supposé pour les narcoses de longue durée (3), apparaît dans l'urine (2). Il
(1) Brociner, Sur la toxicité de Vacétyléne, Paris, 1887 ; — GiiiHANT, Compt. rend, de tAc, des Sciences, i895, p. 564; — Mosso et Ottolengiu, Arch. it, de BioL^ t. XXVI, 1896, p. 335 et mes propres expériences (Lewin), datant de 1883.
(2) Dreser, Arch. f, exp. Path. u. Pharmak., Bd XXXVI, 1895, p. 285.
(3) L. Lewin, Die Nebenwirk, d. Arzneimittel, 1899, p. 70.
424 COMPOSÉS DU CARBONR
passe au fœtus en cas de narcose de la mère. Dix à quinze çramnies suffisent pour provoquer chez l'homme la perte de connaissance et l'analgésie. Des accidents mortels sont survenus à plusieurs reprises (1 ). A part cinq cas, tous les autres sont dus aux fautes commises. Des dentistes inexpérimentés, des charlatans, quelquefois même des médecins administraient, outre le bromure dVthyle, encore du chloroforme, ou faisaient inhaler le bromure d'éthyle à doses par trop élevées, ou enfin se servaient de bromure d'éthylène fourni par mégarde, ce qui déterminait la mort. Elle peut avoir lieu dans n'importe quel stade de l'intoxication : soit peu de temps après le début, pendant l'opération et après sa terminaison ou, comme effet secondaire, dans l'espace de vingt à trente heures, accompagnée de cyanose (par arrêt du cœur et de la respiration), parfois de convulsions, opisthotonos ; soit après que se sont associés à la narcose : malaise général, vomissements, lassitude, céphalée. Dans un rapport médico-légal j'ai insisté sur ce que l'administration simultanée ou successive du bromure d'éthyle et du chloroforme constitue une faute contre Tart : encore à l'heure qu'il est je maintiens mon dire. Malheureusement l'étude de la littérature nous démontre d'une manière irréfutable que certains dentistes et médecins sont dépourvus des notions élémentaires concernant des substances semblables; par exemple, ils ignorent leur dosage.
Ont été observés encore les symptômes que voici : raideur des membres disparaissant rapidement, ou congestion de la face, mydriase, peau cyanosée, accélération du pouls, rarement vomissements (2), strangurie, ainsi que miction involontaire. Le tremblement des membres survient fréquemment (3).
On a noté les effets consécutifs suivants : vomissements, diarrhée, épistaxis, vertiges, léthargie, anesthésie et, en cas de doses pouvant donner lieu à des poursuites (80 à 100 gr.), aussi
(1) SiMS, New-York med. Hec, 1880, 47 avril ; — Hoberts, Phil. med. Times, 1880, p. 330; — Gleigh, Wiener Min. ^ochenschr., 1892, n*» 44; — ZahnàrstL WochenbL, i^93 ; — Rabuteau, Comptes-rendus de i'Ac, des Sciences, t. LXXXIIÏ, p. 4294; — (i. PoiicHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, i^^ série, p. 313 et 34il
(2) Terrillon, l'Union méd., 4880, n^ 62 et n» 92.
;3) BouRNEviLLE ct d'Ouer, Proçrès méd,, 1884, 11^43.
NITRITE d'ÉTHYLE i2l\
selles sanguinolentes, irritation pulmonaire, etc. Les lésions trouvées à Vaulopsie dans les cas mortels rapportés dans la littérature sont sans valeur aucune. On a trouvé de la graisse dans le cœur : comparable en cela au chloroforme, le bromure d'étliyle détermine son immigration.
lODURE D'ÉTHYLE. — Les vapeurs d'wdtire (Téthyle {Ç?\V'\) provoquent chez les pigeons des convulsions et la mort par arrêt du cœur. La mort est précédée de titubation, de parésie des membres inférieurs et d'anesthésie.
suiâFATE D'ÉTHTLE. — Ce composé [((>H\)\SÔ^] ne possède pas de propriétés corrosives comme l'acide-éther méthylsulfurique, mais il provoque également des convulsions et de la paralysie.
NITRITE D'ÉTHTLE. — Véther èthyJique de Ikteidc azoteux (C-H\AzO*) provoqua chez les animaux à sang chaud de l'excitation, des convulsions et l'arrêt de la respiration, tandis que chez les grenouilles les réflexes furent abolis (1). Le sang contient de la méthémoglobine. En cas d'intoxication par la « liqueur anodine nitreuse » (èther nitreux alcoolisé) qui est une solution d'éther azoteux contenant de l'alcool et des aldéhydes et possédant une saveur cuisante, la céphalée, l'accélération du pouls et la cyanose peuvent survenir chez V homme déjà après l'inhalation de petites doses.
A la suite de l'ingestion de 90 à 120 gr. un enfant fut atteint de vomissements, il perdit connaissance, le pouls devint presque imperceptible, les pupilles étaient dilatées, la respiration affaiblie (2). L'application de bouteilles chaudes provoqua la sudation et le pouls s'améliora. Néanmoins les vomissements et la diarrhée se répétèrent, la respiration devint stertoreuse et la mort survint douze heures après le début de l'intoxication. A Vautopsie les cavités naturelles dégageaient l'odeur de la subs-
(i) Mac Kendrick, Coats, Newman, Brit. med. Journ,, 1880, H, p. 958. (2) HiLL, Lanret, i878, II, p. 766.
i2(> COMPOSI^ DU CARBONR
tancf! irijçi^r/*e, la muqueuse stomacale était enflammée et les intestins présentaient de place en place des ecchymoses.
MITROÉTHAME (C^H^.AzO*). — Cet isomère de l'éther azoteux aifit sur Thomme d'une manière à peine appréciable (1). Inhalé ou injecté sous la peau des g^renouilles, il les anesthésie et, à doses plus élevées, provoque la paralysie du système nerveux central; du reste, les animaux peuvent se rétablir (2).
AZOTATE D'ÉTHYLB(G*lP.AzO^.— L'inhalation d'éther azotique provoque la narcose; il survient en même temps de la céphalée, des vomissements et de la raideur musculaire.
CHLORURE D'ÉTHTLÊNE. — La Uqueur des Hollandais, le chlorure d'élayle (C*H*C1*) inhalé, provoque une sensation de brûlure dans les voies respiratoires, l'envie de tousser et des vomissements. Quelque temps après la narcose, on a trouvé, chez les animaux, là cornée opalescente par suite de la destruction de l'endothélium et épaississement consécutif des lamelles cornéennes (3). Restitutio ad integrum au bout de quatorze jours environ (4).
BROMURE DËTHYLÈNE (CWBr*). — Inhalé pendant un quart d'heure par des chiens, il provoque chez eux la paralysie des extrémités et la mort par arrêt du cœur. L'inhalation de cette substance donne naissance chez l'homme à : ralentissement du pouls et de la respiration, conjonctivite, irritation laryng^ée, de même que bourdonnements d'oreilles. Mort, après ving^ quatre heures, d'un homme chez lequel l'administration du bromure d'éthylène fut suivie de celle du chloroforme.
lODUBE D*ËTHTliÊNE (G*H*I*). — Ce dérivé influence la respi-
(1) SoiiADow, Àt^h, /*. exp, Path. u, Pharmak,, Bd VI, p. 194. (i) FiLBHNK, Centralbi. /*. m. Wissensch., 1876, p. 868. (3) Dimois, Panas, Bul. de VAcad, de méd., 1888, 3 sept, et 3 déc. [i) Voir au sujft de la toxicité comparée des isomères chlorés du formène, G. PouoMKT, Lfçtmx de pharmarodynamie et de matière tnédicale^ !•■• série, p. 291.
ration plus énergiquemeni que le bromure et provoque l'épilepsie corticale.
CHLORURE D'ËTHYLIDÈNE (GWCl^. — Inhalé dans un but thérapeutique, ce composé a provoqué chez VhomTUe : excitation, intermittence du pouls et asphyxie. Après réveil de la narcose, les sujets étaient encore atteints de vomissements et dVnsfourdissement. Deux cas de mort ont été rapportés (1).
L'ÉTHTLËNEDIAMINB [C*H*.(AzH*)^] trouvée dans le contenu stomacal d'un sujet atteint de cancer et de dilatation de Testoraac, provoque des convulsions chez les animaux.
L'ÉTHYLiDÈNEDlAiliNE[CH^CH.(AzH*)*], isomère de la précédente et trouvée pendant la putréfaction des poissons, provoque, chez les grenouilles : léthargie, mydriase et mort; chez les cobayes et les souris : salivation, larmoiement, exophthalmie, dyspnée; et chez les lapins, seulement de la salivation, mais parfois la mort brusque après douze à vingt-quatre heures.
La TRIMÉTHYLÈMEDIAIEINE (CWAz*) extraite des cultures du bacille-virgule, provoque des convulsions ; la tétraméthylène- DiAMiNE ([AzH*(GH*)*AzH*], putrescine), provoque de l'inflammation. La PENTAMÉTHYLÈNEDIAMINE ([(GH*)*(AzH*)*], cadavériné) se forme par la putréfaction de l'albumine animale. A l'état de base libre, elle agit comme caustique, mais à l'état de sel elle est dépourvue de toute action corrosive et ne provoque pas non plus de troubles de l'état général.
\J empoisonnement aigu par Valcool (G*H^O) a pour causes : assassinat, rarement suicide, ordinairement absorption immodérée des boissons (défis à qui boira le mieux, enfant prenant le
(i) Clover, British. med. Journal, iSSO, II, p. 797; — Steiner, Areh, /*. med. Chir., Bd XII, p. 789.
i28 COMPOSÉS DU CARBONE
sein d'une nourrice alcoolique, etc.). V intoxication chronique est causée par la mauvaise habitude de prendre de temps en temps l'alcool en grandes quantités. Mais peuvent aussi être atteints d'alcoolisme chronique les courtiers-gourmets-piqueurs, les distillateurs (inhalation de vapeurs d'alcool), de même que les personnes se lavant continuellement à Veau de Cologne.
11 résulte des statistiques sur Valcoolisme chronique que, en Angleterre^ treize mille deux cent trois personnes ont succombé au délire alcoolique en vingt-huit ans (1847-18T4) et mille trois cent cinquante-six en 1888. Dans une période de cinq ans (1876 à 1880), il y eut trente-huit morts causées directement par Talcool, sur un million d'habitants; pour la période de 1891 à 1895, cette proportion s'éleva déjà à soixante-huit, ce qui fait un accroissement de 80 p. 100. Chez les hommes, la proportion de cet accroissement n'a été que de 42 p. 100 ; chez les femmes, elle a dépassé 100 p. 100. En 1896, il mourut directement par l'alcool : sur un million d'hommes, quatre-vingt-onze ; et sur un million de femmes, cinquante-deux. Ne sont pas comprises dans cette statistique les maladies du foie dont la mortalité, en Angleterre, dans l'espace de trente ans, a triplé pour les hommes et quadruplé pour les femmes. A Berlin, l'alcool a occasionné la mort de deux cent six individus, de 1871 à 1876 et, à l'AUgemeines Krankenhaus de Vienne^ de cent quatre-vingt-quinze personnes de 1870 à 1876. Il y avait dans les asiles de Vienne comme aliénés alcooliques : cent soixante-trois hommes et quatorze femmes en 1871, et deux cent vingt-huit hommes et vingt et une femmes en 1882 (1). Le nombre des aliénés alcooliques en France s'éleva : pour 1861 à 1865 à 9,6 p. 100; pour 1866 à 1870 à 11,97 p. 100; pour 1871 à 1875 à 14,8 p. 100 et pour 1885 à 22,2 p. 100 de tous les sujets atteints de maladies mentales. Le nombre do suicides par alcoolisme qui était de cent trente-sept en 183(> monta en France à huit cent soixante-huit en 1885. Dans les asiles anglais pour ivrognes (avec sortie facultative) on trouve sans cesse un nombre d'internés de plus en plus élevé. Dans les hôpitaux allemands il y avait, en 1877, quatre mille deux cent
(i) TnjcowsKY, Wiener Klbtik, Bd IX, p. 277.
soixante-douze buveurs, c'esl-à-dire sujets atteints de délire alcoolique; en 1884 il y en avait huit mille deux cent soixantedix-huit et, en 1885, dix mille trois cent soixante-huit, dont six cent soixante-treize femmes.
La consoynniation de V eaii^de-vie par tête et par an s'élève à : 2 1. en Italie, 31. 81 en Norvège, 6 1. en Ang^leterre, 81.4 en France, 81.7 en Suède, 91.1 eh Allemagne, 91. .3 en Russie, 1:2 1. 8 en Danemark et à 12 1. en Belgique (1). Les dépenses pour Talcool furent évaluées à 1 555 757 267 francs pour la France soûle (2). On consomma en France, seulement sous forme d'a&sinthe, 57 732 hectolitres en 1885 et 129 670 hectolitres en 1892. Dans l'Amérique du Nord il aurait été consommé (par tôte) : :2,23 gallons en 1850, et en 1892 seulement 1,5 gallon — c'est ce que je ne crois pas.
I^J^Sont consommées dans la majorité des cas des boissons riches en alcool, surtout l'eau-de-vie (alcool dilué contenant des huiles éthérées, des huiles empyreumatiques, des extraits), l'eau de Cologne, les vins, etc. Le taux de V alcool {j)Our 100 en volimie) est : eaurde^cie 40 à 50, cognac 65 environ, 7'hum 51, absinthe 60 environ, bénédictine 52, whisky 50.3, wodka 50, genièvre 49, punch suédois 26.3, vin de Porto 16 à 19, marsala 20 environ, cin du Rhin 8 environ et bières 3 à 6.
La dose toxique^ soit lèthale^ dépend des circonstances individuelles et de la boisson absorbée. Les chiens périssent quand le sang contient de l'alcool dans la proportion de 1 p. 100. Un enfant de six mois peut succomber après l'administration de deux cuillerées à soupe d'eau-de-vie, tandis que chez un adulte la mort survient à la suite de 500 gr. Une femme s'est donnée la mort en avalant trois quarts de litre de cognac ; et une autre, étant enceinte, en avala 900 ce. : elle accoucha de deux fœtus morts, resta trente heures sans connaissance, et mourut. Les chevaux et les chiens sont très susceptibles à l'alcool; par contre, j'ai vu que le hérisson en tolérait de très grandes quantités. La toxicité
(i) Voir au sujet de la consommation des boissons alcooliques en France, G. Pou- CHJET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, t^ série, p. i74. (i) RcMafARD, Hygiène sociale^ Paris, 4888.
de V alcool ^V^^/g^z^e est augmentée quand on l'additionne d'autres alcools ou d'huiles éthérées, soit d'absinthe (voir chapitre suivant). C'est ainsi que, ingérés dans l'eston^ac (i), les divers alcools tuent 1 kilogr. de chien à la dose que voici : Valcool éthyliqice à 5-6 gr. ; Valcool propyliqicey 3 gr. ; Valcool hutylique^ lgr.7 et Valcool amylique, lgrr.5. A l'exception de l'alcool méthylique plus toxique que l'alcool éthylique (2), la toxicité des alcools saturés, même envers les champignons inférieurs, augmente avec le nombre d'atomes de carbone contenus dans leur molécule. Les alcools isomères ne sont point doués d'un pouvoir toxiqv£ identique. Valcool isopropylique est plus toxique que l'a/cool propylique. Valcool allylique et les autres alcools non saturés l'emportent de beaucoup, de par leur toxicité, sur les alcools saturés (3). L'action tératogénique de l'alcool sur les foetus est soumise à la môme loi. Tandis que, sous l'influence de Talcool éthylique, sur un nombre donné d'œufs il y avait 34,9 p. 100 de monstres, l'alcool méthylique en produisit 65 p. 100 et l'alcool propylique 87,5 p. 100.
Uaction de Valcool absorbé rapidement^ mêm£ par les plaiesy se manifeste dans l'espace d'un quart d'heure à une heure ou peu de temps après l'administration : la mort survient ou surle-champ ou dans les vingt-quatre heures, rarement seulement après plusieurs jours (le malade est alors plongé dans un coma profond)| L'alcool arrive dans les divers organes sans avoir subi de changement, le cerveau et les testicules en reçoivent une quantité notable. L'alcool est en majeure partie brûlé dans l'économie; et cela en proportion d'autant plus considérable que la quantité ingérée est faible. Quant à la formation de l'aldéhyde comme produit intermédiaire, elle est devenue douteuse (4). Si l'alcool est absorbé en grande quantité, une petite partie en est éliminée par l'urine, les poumons, la peau et le lait. Dans le
(i) Dujardin-Beaumetz et Audigé, Comptes-rendus de l'Ac, des Sciences , l. LXXXI, p. 19.
(2) L*opiDion inverse qu'on a soutenue nouvellement (BABR,^et7ra^ sur Kenntniss der acuten Vergiftung mit verschiedenen Àlkokolen, Berlin, 1898) n'est pas exacte.
(3) Comp. plus bas les données spéciales.
(4) Albertoni, Sur In transformation de talcool^ Bruxelles, 1887.
Jait de vaches qui avaient mangé des résidus de distillerie, on en trouvait 0g:r.96 p. 100; et Ogr.50 dans le lait de chèvres à qui on avait fait ingérer 100 à 200 ce. d'alcool. L'odeur exhalée par rhaleine du buveur est due, ainsi que l'ont établi des expériences entreprises il y a déjà soixante ans, soit à l'alcool se trouvant encore dans la bouche ou l'estomac, soit aux parties constituantes volatiles éliminées par les poumons.
L'alcool précipite en la désydratant l'albumine dissoute, ratatine les tissus, surtout les muqueuses, et détruit les globules sanguins rouges. L'alcool concentré cautérise les muqueuses ou y produit des eschares (ces processus sont accompagnés de douleurs), et en cas où l'évaporation est empêchée, il peut provoquer l'inflammation delà peau ou la formation de bulles. Prisa l'intérieur, l'alcool influence les centres vasomoteurs, psychiques, sensitifs et moteurs, ainsi que toutes les sécrétions glandulaires en les stimulant au début et finissant par les paralyser.
Ssrmptômes de rempoisonnement alcoolique aigu. — Dans ^ivresse la face est rouge, il existe de l'hyperexcitabilité : la fantaisie et les sensations sont plus vives, d'où renversement des barrières que les coutumes sociales opposent à la conduite de chacun de nous. Dans Vébriétéy l'exaltation de l'ivresse peut continuer à battre son plein, ou bien elle débute par une dépression psychique très accusée. Les mouvements deviennent désordonnés, impossibles, la parole est bégayante, la face pâlit, le malade perd connaissance, le pouvoir de discernement est aboli, ce qui peut l'entraîner à des accès de fureur ou à commettre des crimes; les vomissements, la somnolence et le sommeil profond complètent le tableau de ce deuxième stade. Uivresse complète^ survenant ordinairement sans prodromes, est caractérisée par : perte complète de connaissance, relâchement de toute la musculature, pâleur livide de la face, abaissement de la mâchoire inférieure et des lèvres, exophthalmie, irrégularité et affaiblissement de l'énergie cardiaque et de la respiration, abaissement de la température, cyanose, mydriase, coma, sanglotement, trîsmus et convulsions. Les selles diarrhéiques des enfants contiennent du sang, du
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mucus et des lambeaux de la muqueuse (1). On a noté aussi de l'albuminurie et de la glycosurie. La mort est causée par l'arrêt du cœur et, plus souvent, par la paralysie du centre respiratoire. L'ictère survient avant la mort, surtout dans les cas à marche lente.
Chez un garçon rendu ivre-mort par l'absorption d'eau-de-vie de pommes de terre on a observé, après une perte de connaissance de six heures de durée, un état ressemblant au délire alcoolique : les accès, survenant à un quart, une demi-heure d'intervalle, étaient caractérisés par des hallucinations, des images terrifiantes, des mouvements incoordonnés. Les nourrissons prenant le sein de femmes alcooliques peuvent être atteints de convulsions. Même après le retour de la conscience, l'adynamie peut encore persister des jours entiers. Les récidives survenant pendant la guérison apparente peuvent se manifester par des apoplexies, la pneumonie, etc.
ALCOOLISME CHRONIQUE. — Il se présente sous forme d'une affection du système nerveux avec des troubles psychiques et somatiques, ou bien il survient de temps en temps des exacerbations revêtant la forme du délire alcoolique aigu {dclirium trernens). \j accoutumance à l'alcool survient dans des limites très étendues et, avec le cours du temps, les doses absorbées sont de plus en plus élevées. La durée de l'alcoolisme varie considérablement d'un casa l'autre. Quelques buveurs ne supportent l'alcool que peu d'années sans qu'il survienne des troubles de la santé, tandis que d'autres le tolèrent pendant un temps très prolongé. La résistance aux maladies, par exemple le choléra, est diminuée chez les alccoliques. Le nombre des alcooliques entrés dans les hôpitaux de Paris, Saint-Pétersbourg, Berlin, etc., est plus grand pendant la saison chaude que durant les autres mois.
Les symptômes sont variés : catarrhe gastrique, vomissements matinaux (pituite), catarrhe du pharynx et des voies respiratoires (la tuberculose trouverait plus facilement chez les buveurs un
(1) Leudet, Arch. gén. de méd,, janv, 1867, p. 5.
terrain favorable à son développement), raucité de la yoix, prédisposition à la pneumonie, éruptions cutanées et vaso-dilatations (acné rosacée, furonculose). Chez les buveurs de viriy on voit apparaître à la face des nodules colorés, pour la plupart, en rouge éclatant; chez les buveurs de bière^ ce sont des tubercules de coloration bleuâtre ; la peau du nez est, chez la plupart des buveurs d^eaurde-viCj lisse et d'un bleu foncé. En cas de névrite multiple, la gangrène partielle (décubitus aux malléoles) se rencontre très rarement. Les taches rouges douloureuses observées sur le corps des alcooliques sont désignées sous le nom à^èrythromèlalgie. Surviennent en outre : tremblement des mains et de la langue, diarrhée, polyurie, albuminurie, très rarement hématurie, de temps en temps incontinence d'urine, impuissance, peut-être aussi stérilité et accouchements prématurés, abcès du foie (surtout sous les tropiques) et cirrhose hépatique. Le cœur fonctionne souvent irrégulièrement.
Les troubles visuels^ uni ou bi-latèrauœ^ consistent en : xérosis, myosis ou mydriase, pupilles ne réagissant dans tous les cas ni à la lumière ni à l'accommodation, nystagmus, ptosis, parésie de l'oculomoteur externe, nyctalopieetdiminution de l'acuité visuelle.
Le scolome central (péri et para-central) pour les couleurs n'est pas constant. Il existe pour le rouge et le vert, pour le bleu et, très rarement, pour le jaune. La perception des couleurs est complètement abolie dans le domaine du scotome, ou bien les couleurs y sont aperçues d'une manière incorrecte. On rencontre parfois des lacunes absolues dans le champ visuel central, ainsi que la réduction du champ visuel périphérique pour les couleurs ou des rétrécissements concentriques pour le noir et le blanc. L'examen ophthalmoscopique montre souvent la papille troublée ou partiellement anémiée. Les moitiés temporales des papilles, rarement les moitiés nasales, sont pâles ou troubles. Quant à rhyperhémiede la papille ou aux hémorrhagies rétiniennes, elles ne sont observées que très rarement. La cause de ces troubles est la névrite rétrobulbaire. La guérison peut survenir, mais aussi l'atrophie de la papille (1).
(1) L. Lewin, Die yebenwirk. d. Arsneimittel, 3 AufL 1899, p. i.\\\).
Toxicologie. 28
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IjOiûe^ VodonUy H le r/oùt sont parfois affaiblis ou coniplcienieiit abolis.