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COS COD

Œil gauche. Œil droit,

Fig. 10. — Troubles visuels sous riDiluence de Talcoolisme chronique.

— — — — ^ lumière blanche.

-. — . — — — lumière bleue.

Liuiile des champs visuels : ) lumière rouge.

xxxxxxxxxxxx cécité absolue.

Hii'llllllllllimill scotome pour le bleu.

De chaque côlc : 7/200. Grandes opacités centrales absolues avec, autour, une assez large zone de manque de sensibilité (obscurité) pour le bleu. Le vert n'est pas perçu. Le rouge n'est pen;u que dans deux petits Ilots excentriques.

Les lésions du système 7ierveiix se uiaiiifesient par des phênoniênes de dépression et d^eœcitation. La volonté et le discernement sont atteints chez les alcooliques. Quelques-uns présentent le tableau de Vhystéive alcoolique^ c'est-à dire, on observe chez eux diversement combinés : hémi-anesthésie, vertiges, apoplexie, attaques hystéro-épileptiques, possibilité de provoquer ces atta- (|ues en pressant sur les zones hystérog'ènes (muscle sternocléido-mastoïdien, par exemple); et, consécutivement, confusion mentale, hallucinations, héinichorée, contractures et mutisme.

Uépilepsie alcoolique apparaît, dans la majorité des cas, alors qu'existent déjà d'autres symptômes d'alcoolisme (tremblement, mémoire affaiblie, etc.), soit après un excès, soit à jeun, surtout chez les héréditaires ou à la suite des lésions à la tête. L'épilepsie survenue à la suite de l'ivresse, ainsi que les phénomènes mor-

hidesqui raccoinpagnent (paralysie des membres, tremblement se produisant à roccasion d'un mouvement intentionnel, déchéance mentale) peuvent parfois réapparaître même après la suppression de l'alcool.

La névrite alcoolique (neuro-tabes périphérique^ pseiido-iabes alcoolique) présente toujours une marche plus rapide que celle du labes dorsalis; elle ne survient que chez les sujets abusant régfulièrement de l'alcool et peut s'accompag-ner d'œdèmes, de luméfaction des jointures, de délirium tremens, de troubles mentaux, d'amnésie, etc. L'afFection débute par : lassitude, faiblesse des membres, douleurs aux mollets et tremblements ; les paralysies flasques localisées surtout aux membres inférieurs, mais aussi aux membres supérieurs (fléchisseurs et extenseurs), leur font suite, les muscles s'atrophient, deviennent douloureux d'abord à la pression et ensuite spontanément. Mais parfois il n'existe pas de douleurs malgré la présence de la névrite démontrée par l'examen microscopique. L'ataxie éclate alors en présentant le tableau clinique du tabès (douleurs lancinantes, steppag-e, etc.). La réaction de dégénérescence est souvent trouvée, par exemple, dans les domaines du nerf péronier et du iibîal postérieur. Les réflexes tendineux et cutanés sont aff*aiblis, rarement exagérés. De place en place on tombe sur de l'analgésie, de l'hyperalgésie, de l'anesthésie et des troubles de la sensation tactile. On rencontre aussi des troubles fonctionnels du coté de la vessie et du rectum. Le manque de ces derniers symptômes n'indique donc pas l'alcoolisme, et leur j)résence, le tabès. La tuberculose constitue une des complications les plus fréquentes de la polynévrite alcoolique.

Outre les symptômes déjà mentionnés, Va psychose alcoolique comprend encore : amnésie, confusion mentale, illusions, démence i^démence paralytique), manie ou mélancolie (paranoïa). Le délire alcoolique peut être considéré comme une exacerbation aiguë survenant dans le cours de l'alcoolisme chronique. 11 éclate à la suite de la suppression de l'alcool, après excitation psychique, lésions de la tête, fractures, pneumonie, etc., s'accompagne ou non d'élévation delà température et est essentiellement constitué par des hallucinations : angoisse, manie de persécution, halluci-

nations tactiles, zoopsie(rats, souris, insectes), manie destruclive, insomnie persistante. Le tremblement du muscle de Brûcke jouerait un rôle dans la genèse des hallucinations visuelles. A la suite d'un délire semblable ou tout à fait indépendamment peut survenir le somnatnbidisïïie alcoolique (« trance state ») durant lequel le sujet, la plupart du temps un épileptique alcoolique, commet des actes dont il n'a pas la moindre notion. Contrairement à ce qui se passe dans le délire alcoolique où l'amnésie n'est que partielle, ici elle est totale. Le délire alcoolique se termine, dans la plupart des cas, par la guérison ; c'est-à-dire que le malade retourne à son état antérieur d'alcoolisme chronique. Mais parfois il est suivi de démence ou d'une autre maladie mentale. Ladipsonianie (alcoolisme intermittent) est considérée comme une mélancolie périodique. Dans un grand nombre de cas, l'alcoolisme finit par amener la mort par marasme en provoquant des troubles fonctionnels de plus en plus graves et de l'hydropisie généralisée.

Peuvent être considérés comme conséquences de Vabus de Valcool (1) : augmentation du nombre des aliénés, des criminels, des suicides, élévation de la mortalité; déchéance physique, mentale et morale des descendants, qui dans la suite de plusieurs générations deviendront à leur tour des alcooliques, des aliénés ou souvent des criminels. Sur quatre-vingt-trois épileptiques, soixante avaient pour parents des alcooliques. La taille a diminué dans quelques régions vinicoles de la France depuis que Teau-de-vie y est absorbée en grande (juantité (2).

Autopsie. — Lésions troucèes à Cautopsie des sujets morts d alcoolisme aif/u : on trouve rarement des taches cutanées rouges et des extravasats sanguins dans les muscles sous-jacents, ainsi que de l'œdème et des bulles. Les cavités naturelles, surtout la cavité crânienne et le cerveau, sentent l'alcool. On l'a retiré en nature de ce viscère à plusieurs reprises. Sous l'in-

(i) Lewis D. Mason, (Juart. Journ. of inebr., 1888, vol. X, p. 301; — Sollikr, iMt rôle de l' hérédité dam r alcoolisme, Paris, 1889.

(2) Lancereaux, BuUet, méd., 1891, p. 504; — Bullet, de VAcad, de Méder., 3^ sêr., l. XXXVl.1896, p. 367.

fluencede ralcool concentre, la muqueuse stomacale et intestinale devient friable, ecchymosée, se décolle avec facilité. Les ventricules cérébraux contiennent souvent du liquide en abondance, et les poumons sont congestionnés, quelquefois œdématiés.

V alcoolisme chronique provoque : sur les méninges cérébrales^ altérations inflammatoires récentes ou de date ancienne avec troubles, épaississements, exsudât fibrineux (pachyméningite hémorrhagique) (1) et adhérences, par exemple de la dure-mère avec le crâne et la pie-mère et de cette dernière avec le cerveau, granulations de Pacchioni très développées et. nombreuses, des hémorrhagies dans la substance grise, de même que des lésions en foyer par suite de la dégénérescence graisseuse des parois des vaisseaux; des lésions catarrhales dans l'estomac et l'intestin, les glandes à pepsine sont surchargées de graisse, la tunique musculaire de l'estomac est hypertrophiée. Le foie présente une surcharge graisseuse et de la cirrhose dans deux tiers de tous les cas étudiés {gin drinkers liver). Cette dernière fut constatée aussi chez des enfants qui prenaient l'alcool à la dose quotidienne de 80 gr. environ. Chez les animaux soumis à l'alcoolisme chronique, on a trouvé aussi de la graisse dans les cellules hépatiques ainsi que dans les cellules étoilées de Kupffer, quelquefois des foyers nécrotiques (2). Quant à la cirrhose, on ne l'a reproduite que rarement chez les animaux.

Le cœur contient souvent, au dehors et dans ses cellules, de la graisse, le ventricule gauche est ordinairement hypertrophié, les gros vaisseaux sont athéromateux. Le rein des alcooliques i*s! cyanose, dur ou mou, ou œdémateux. En cas de rein cyanose, cet organe, augmenté de longueur et d'épaisseur, est diminué de largeur. La congestion est répartie uniformément par toute la substance rénale, ce qui la différencie de celle du rein cardiaque où elle est surtout prononcée aux pyramides de la substance médullaire. L'hydropisie est causée par les altérations cirrhotiques du foie et du rein.

La névrite alcoolique se caractérise essentiellement par l'atro-

(1) L. Lewin, Centralbi. f, med, Wissensrh., 4874, p. 593.

(2) Afawassïkf uod Kahlden, Zieghr's RHtr.^ i890, p. 443.

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phie dégénérative des n^rfs périplieriqiies nioieurs avec prolifération nucléaire dans le tissu conjonctif interstitiel. Les cylindraxes se désagrègent, la myéline se pelotonne et tombe en grumeaux, un grand nombre de fibres ont disparu. La myosite peut coexister avec la dégénérescence nerveuse (prolifération interstitielle, gaines de sarcolemme vides, atrophie ou hypertrophie des fibres musculaires). La moelle épinière ne présente pas d'altérations dans la majorité des cas. Quelquefois on a trouvé : dégénération des faisceaux de Goll et des parties latérales des faisceaux postérieurs dans la région dorsale inférieure, ou atrophie des cellules des cornes antérieures; dans des cas isolés, dégénérescence du noyau du pneumogastrique et hémorrhagies dans le voisinage du noyau de l'oculo-moteur commun. On voit donc qu'une seule et unique cause peut donner naissance à des lésions centrales et périphériques.

Recherche. — Le contenu stomacal, le cerveau, l'urine et les poumons seront alcalinisés légèrement et soumis à la distillation : le distillât laissé en contact pendant un certain temps avec de la chaux calcinée, sera de nouveau distillé. De la sorte, on a réussi à obtenir d'un cerveau 3cc.4 d'alcool bouillant à 78°5 (i). Chauffé avec de l'acide suliurique et du bichromate de potasse, le distillât prend une coloration verte (oxyde de chrome) et il se dégage l'odeur de l'aldéhyde. Si le distillât est additionné d'iode métallique et de lessive potassique jusqu'à décoloration du liquide, il se produit de l'iodoforme. Cette réaction de LiEBEN est aussi fournie par l'aldéhyde, l'acétone et beaucoup d'autres corps. Le sulfure de carbone et la lessive potassique donnent avec l'alcool de l'acide xanthogénique.

Traitement de rempoisonnement alcoolique aigu. — Evacuation et lavages de l'estomac, excitation de la peau, infusions concentrées de café, réchauffement des malades, sinapismes aux mollets ; ablutions froides, les malades se trouvant dans un bain chaud, et injections sous-cutanées d'une solution diluée d'amnio-

(I) KriJPER, Zeitsehr. f,.annhft. Chemie, Bd XXII, p. 347.

Iliaque caustique (?). Les lavements au sel de cuisine (une cuillerée à soupe de sel pour deux tasses d'eau) peuvent rendre de signalés services. La saig-née sera pratiquée (200 à 400 ce. de sang-) chaque fois que le pouls et la respiration sont très atteints et qu'il y a cyanose et mydriase.

On ne réussit que rarement à guérir radicalement l'alcoolisme CHRONIQUE, c'est-à-dire à déshabituer le buveur de sa passion pour l'alcooL La plupart des remèdes secrets vantés sont composés de substances indifférentes ou de vomitifs. \Jazotate de strychnine (Og'r.005, deux fois par jour en injections sous-cutanées ou par la bouche) ou V extrait de strychnos (^Ogr.Ol par jour) auraient donné de bons résultats. A ce que l'on prétend, en Russie, depuis 1887, la strychnine toute seule aurait guéri plusieurs centaines d'alcooliques. 11 est impossible d'élucider si la suggestion y joue un certain rôle. En tout cas, dans la littérature médicale il y a des communications sur la guérison de l'alcoolisme par la suggestion hypnotique. Je n'y crois pas, non plus qu'au sérum anti-alcoolique avec lequel on a prétendu avoir guéri un grand nombre d'alcooliques. Cela rentre dans le domaine de la suggestion. Les sels d'or sont, eux aussi, employés comme antidote. La strychnine administrée dans le stade asthénique du délire alcoolique^ agirait comme calmant des centres corticaux. Dans la plupart des cas, on est obligé d'interner les buveurs dans un asile où l'on combat l'action toxique de l'alcool en restreignant son absorption (1). Le délire alcoolique sera traité par l'opium à doses élevées (Ogr.l à Ogr.2!). Le chloral hydraté influençant défavorablement le cœur, d'où possibilité de mort subite, on a raison de mettre depuis longtemps en garde contre son emploi. De plus, il existe des cas où, même donné à la dose de 4 a 6 gr., le chloral hydraté n'exerce aucune influence. On aura recours à la paraldéhyde (3 gr.) ou au bromhydrate de scopolamine (Ogr.0005 à Ogr.OOl). L'alcool, à petites doses, est indiqué en cas de collapsus imminent, mais parfois aussi en son absence. La digitale est également prescrite (infusion de i gr. pour 150 gr. d'eau, à prendre en vingt-quatre heures). La

(1) Magn\n, BuUet. de VAcadém.de médec, 3» sér., t. XXXIV, 1895, p. 447.

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cirrhose, même compliquée d'ascile, a été guérie à plusieurs reprises par le calomel.

Plus importantes et plus intéressantes pour l'humanité sont les mesures prophylactiques prises pour combattre Valcoolism^ (l)^ à savoir l'établissement (privés ou par l'état) des asiles pour les buveurs, la diminution du nombre des cabarets en les imposant d'une patente très élevée, soit, comme c'est le cas en Norvège, en laissant voter tous les hommes et toutes les femmes sur l'opportunité d'ouvrir un cabaret, mais surtout le contrôle sévère des boissons vendues au point de vue de leur qualité (n'admettre tout au plus que l'eau-de-vie contenant jusqu'à 0,1 p. 100 d'alcool amylique et la rejeter absolument dès qu'elle contient même des traces d'alcool méthylique!), la prohibition des essences et bouquets, la rectification obligatoire réalisée par le monopole d'Etal, par les mains duquel devra passer tout alcool pour être soumis à un contrôle tutélaire avant d'être livré à la vente, l'internement des ivrognes avérés dans des asiles pour les alcooliques, l'encouragement des sociétés de tempérance et la fondation des établissements où Ton ne vend que du café et du thé, pourvu que ces boissons soient en effet de bonne qualité et qu'on ne fournisse pas de produits équivalents à des boissons alcooliques. Quant à la loi interdisant, dans quelques états de l'Amérique du Nord, la fabrication et la vente des boissons alcooliques à mx)ins d'être prescrites par le médecin, elle est à rejeter puisqu'elle n'a pour résultat que le développement excessif de l'imposture et de l'hypocrisie. Les teatotalers n'ont aucune raison de se considérer comme supérieurs à tout le reste de l'humanité, vu qu'ils absorbent souvent à l'excès de la caféine qui n'est autre chose qu'un stimulant.

Je ne regarde pas comme bien efficaces l'emploi des mesures de réglementation et de répression contre l'alcoolisme (2). Ainsi on rapporte de Christiania que jamais on n'avait puni tant de cas d'ivresse dans les rues et d'autres lieux publics que depuis l'édiction des prescriptions plus sévères contre la vente de l'eau-

(4) Laborde, Bull, de VAcad.de Méd.^i. XXXIV,4895,p. 130; — MoTET,fWrf.,p.52,ctc. (2) L. Lewin, Berlin, klin. Wochenschr., 1891, n© 5i.

de-vie et de la bière (3616 personnes pendant les quatre premiers raois de l'année 1896).

Boissons alcooliques. — J'ai déjà attiré l'attention sur la mauvaise qualité des boissons alcooliques comme étant la seule cause de toxicité ou en aug-mentant la gravité. Je suis persuade de la dèfectuostè de n'importe quelle mesure contre Valcoolisme^ du niœnent que Von permet de vendre de V alcool èthylique additionné en grandes quantités de parties constituantes étrangères* Sous ce rapport il faut surveiller non seulement les boissons absorbées dans l'intérieur du pays, mais aussi celles expédiées dans les colonies. Les produits de tête et de queue de la distillation de l'alcool èthylique ne conviennent en aucune façon à l'organisme de l'homme. Les substances ci-dessous, qui seront encore traitées en détail dans des paragraphes spéciaux, se trouvent dans les boissons alcooliques (1).

1. Alcools étrangers (différents de l'alcool ordinaire ou èthylique) : mèthyliquey propylique, allylique^ butyliqucj amylique.

2. Aldéhydes : èthylique^ méthyliquCy furfurol (2) (aldéhyde de l'acide pyromucique), salicylique et henzoïque (huile naturelle d'amandes amères). Cette dernière, conjointement avec le henzonitrile^ serait employée pour la préparation de la « liqueur de noix (brou de noix) » et, donnée à doses élevées, elle provoque des convulsions (3). Une impureté nouvelle des alcools industriels est Vacroléine (4) ou aldéhyde acrylique^ que l'on a rencontrée exceptionnellement dans le whisky et dans des eaux-devie du Midi et d'Algérie.

3. Étherg, éthers composés (pour les vins artificiels) : par exemple, éthers des acides caprique, caproïque et capryliqne des alcools de la série grasse, éther méthylique de l'acide salicylique (essence de winter-green), éther de l'acide butyrique, éther œnanthique (huile de marc de raisin, huile de vin), c'est-à-

(i) Pour la recherche de ces substances v. Môhler, Ann. de chim. et de phys,, 1891, p. 121.

(2) Darejibero, Bullet, de VAc. de Mèd., I. XXXHI, p. 528 et 646 et t. XXXIX ; ibid., Magnan et Laborde.

(3) Retme scientifique, 1887, p. 318.

(4) L. Lkwin, Archiv. /*. exper. Path, u. Pharmak., Bd XLHI, 1900.

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dire, un mélang-e de caprale étiiylique et de caprylate élhyiique. Ce dernier est employé pour la fabrication du cognac, du vin de Bordeaux et des essences de fruits ; il irrite les muqueuses et les centres vaso-moteurs et, surtout ingéré avec les huiles empyreumatiques, il peut devenir nuisible à la santé.

4. Acides : par exemple, acides acétique, tartrique, butyrique, caproïque, caprylique, caprique.

5. Huiles éthérées : L'eau-de-vie est additionnée d'un grand nombre d'essences dont une partie n'est pas encore étudiée an point de vue de leur action. Ainsi que nous l'exposerons encore en détail plus bas, leur mode d'action est très variable. Quoi qu'il en soit, l'action résultant des essences jointe à celle de Talcool est toujours fâcheuse (1), qu'il s'agisse d'essences convulsivantes ou d'essences paralysantes. Rappelons quelques-uns de ces mélanges : Eau de Cologne (on la boit en Russie, en Angleterre, etc.), qui contient beaucoup d'huiles éthérées, telles que : essences de romarin, de fleurs d'oranger, de bergamotte et de citron. On se sert dans le même but en France du vulnéraire ou de Veau d^arquebuse qui, outre l'alcool, contient encore dixneuf huiles éthérées, par exemple : les essences de sauge^ de fenouil ^d'hysope^ de romarin^ d' absinthe ^ de mélisse et d'origan. Le vulnéraire provoque une excitabilité morbide, ce qui peut avoir comme suites des crises hystériques, ou éclamptiques, soit enfin des accès épileptiques (2).

6. Corps azotés : par exemple, alcaloïdes volatils, comme la pyridinej la collidine et la base de Morin qui sont plus toxiqnes que l'alcool ; des amides et, malheureusement, le nitrobenzol v^essence de mirbane).

7. Amers : par exemple, lupulin et absinthine, dont l'usag-e chronique devient nuisible (3).

(1) Lanceraux, Bull, deVAc, de Méd,, i895, p. 249; — L. Lewin, Deutitche med. I» ochenschrift, 1895, n^ 47.

(2) Cadéac et Meunier, C. It. de la Société de biologie, i89i, l. IIÏ, p. 214, 261, 455 et suiv.

(3) Consulter également, au sujet des alcools, élhers et des boissons alcooliques, G. PoucHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale^ 2" série, p. 123 k 380, notamment Absinthisme, p. 309.

KTHKR 443

ÉTHER. — Les eynpohvnnements aigus par Véther siilfiirique (CTr'^O) sont produits par son usag'e thérapeutique, ainsi que, dans certains cas isolés, dans les tentatives de suicide ; les intoœi" cations chroniques sont provoquées par son emploi comme boisson, h^ empoisonnement aigu peut amener la mort ou la mort apparente. De 1868 à 1878 on a enregistré, en Angleterre et en Amérique, cent cinquante et un cas de mort (1). Un seul cas de mort ne surviendrait que sur 24 000 narcoses par Téther. La statistique est naturellement encore aggravée par les cas où Téther fut administré, par exemple, après le bromure d'éthyle : or, on ne devrait jamais agir ainsi. La dose léthale est, pour l'éther en Inhalation, de 8 à 500 gr. qui amènent la mort dans l'espace de quatre minutes à deux heures; pris à l'intérieur, il tuerait à la dose de 30 à 50 gr. Les causes provoquant la mort par le chloroforme ou y prédisposant (alcoolisme, affections cardiaques, bronchiques et rénales, emploi des vapeurs d'éther par trop concentrées dont 4,5 p. 100, en volume, suffisent déjà pour produire la narcose), peuvent aussi devenir dangereuses quand on se sert de l'éther. Rarement on trouve des personnes qui ne puissent pas être éthérisées. On peut donner à des chevaux jusqu'à 720 gr. d'éther sulfurique sans amener la narcose ; les chiens présentent également une grande tolérance pour cet hypnoanesthésique. Par contre, les brebis succombent très facilement.

Symptômes de rintozication par Téther inhalé. — Vomissements (surtout chez les enfants), pâleur livide de la face, abaissement de la température du corps, refroidissement des membres, irrégularité de la respiration qui devient superficielle et qui finit par s'arrêter brusquement; cet arrêt de la respiration est ordinairement précédé de petitesse du pouls et de mydriase. Si la mort survient de la sorte, c'est-à-dire, par arrêt du cœur et accumulation de l'acide carbonique dans le sang, le cœur meurt ordinairement le dernier, tandis que, dans des cas isolés, c'est le cœur qui s'arrête le premier (2). De temps en temps, le pouls devient accéléré, petit et irrégulier, la pression sanguine s'abaisse,

(1) Dawson, Brit. med. Joum., 1878, p. 289.

(2) Comte, De remploi de l'éther suffurique, Genève, 1882, p. 458.

il survient du coUapsus, le malade présente le faciès hippocratique, etc. Mais la mort peut encore survenir quelques jours après le rétablissement comme effet consécutif de l'éther, par exemple, par suite d'une pneumonie, accident que Ton a regardé éjçalement comme attribuable à une auto-intoxication (aspiration des bactéries buccales).

Chez une femme ayant avale 30 gr. d^éther dans Tivresse consécutive à l'administration de l'opium, on a observé : refroidissement du corps, tympanisme, hallucinations, illusions, angfoisse, manie do persécution, douleurs à l'épig^astre, petitesse du pouls, troubles de la respiration. Après plusieurs heures il est survenu : prostration, respiration stertoreuse, râles trachéaux et la mort.

Rappelons encore les accidents ci-dessous, moins («"raves, pouvant survenir pendant et après l'inhalation d'éther : troubles de la respiration par suite de l'abaissement de la base de la lang^ue et de la paralysie des muscles laryngés, sécrétion exagérée des larmes et de la salive, vomissements, accès de toux, irritation catarrhale de la muqueuse des voies respiratoires (bronchite aiguë et broncho-pneumonie, œdème du poumon), rire ou pleurs hystériques, délires, manie, convulsions cloniques ou toniques, opisthotonos, oligurie, albuminurie, glycosurie, diarrhée, ainsi qu'ictère (action irritante des vapeurs d'éther dégluties sur la muqueuse intestinale). L'injection sous-cutanée d'éther peut être suivie de paralysie, de tuméfaction, de suppuration, soit de contracture musculaire. Surviennent encore, entre autres, comme effets consécutifs de la narcose par Vèther : expiration pendant ((uelques jours d'air exhalant l'odeur de l'éther, vomissements, salivation, sueurs profuses, éternûment, toux, broncho-pneumonie, dépression psychique ou excitation psychique, et même, dans certaines conditions particulières, apoplexie (pour la plupart hémiplégie gauche) qui peut emporter le malade après quelques jours (1).

\J intoxication chronique par réther (ingéré ou sous forme de vapeurs inhalées) ne survient à l'état endémique que dans le

(i) OuERVAiN, CentraWL f, Chir., 4895, XXIÏ, p. 410.

ÉTHËR 44o

nord de l'Irlande, tandis que dans tout le reste de la terre on ne la rencontre que chez des sujets isolés. Uingestion de Vèther ou des gouttes d'Hoffmann semble être plus fréquente que l'inhalation de ses vapeurs. Chez une femme qui avait pris en tout 180 gr. d'éther, il survint après un mois et demi : tremblement des mains, douleurs à la poitrine et entre les omoplates, vomissements, céphalée, palpitations et crampes aux mollets. Tous ces symptômes auraient disparu huit jours après la suppression de l'éther (1). Uinhalation dèther provoque des troubles comparables à ceux consécutifs à l'inhalation du chloroforme : lassitude générale, faiblesse, anorexie, secousses musculaires et odeur désagréable dégagée par la peau. Un garçon arriva, en neuf ans, à prendre par jour 1 litre d'éther, partie par là bouche, partie sous forme d'inhalations (2).

Autopsie. — On a trouvé entré autres lésions : emphysème pulmonaire, surcharge graisseuse du cœur, contenu stomacal ayant pénétré dans les voies respiratoires, thrombose de l'artère pulmonaire et extravasats sanguins dans le cerveau. Dans d'autres cas, l'autopsie n'a révélé aucune lésion pouvant expliquer la cause de la mort. Toutefois les cavités naturelles dégagent l'odeur de l'éther. Chez les animaux tués par l'éther on trouve une néphrite diffuse hémorrhagique, surtout une glomérulonéphriie qui présente de la tendance à guérir. La recherche de l'éther se fait en soumettant à la distillation les masses qui le contiennent et en déterminant son point d'ébuUition (34 à Ho*^). 11 est impossible de le déceler longtemps après l'intoxication.

Le traitement de l'intoxication par l'éther est analogue à celui (le l'intoxication par le chloroforme. C'est la respiration artificielle qui prime tout le reste.

Quant au traitement de Vintoxication chronique^ on commencera par supprimer le médicament. Mais il y a peu de chance que le malade y renonce définitivement et qu'on arrive à l'en guérir complètement.

{{) Martin, Gas, des hôp,, 4870, p. 243.

(2) Sedan, Gaz. des hôpitaux, 4883, p. 844; — L. Lewin, Die Nebenwivk. d. Avsneimitiel, 1899, p. 67.

ALDÉHYDE ËTHTLIQUE. — L'aldéhyde liquide (C'H*0) qui est aussi absorbée par la muqueuse pulniouaire et s'élimine telle quelle par les poumons et l'urine, agit comme anesthésique chez l'homme (1) et les animaux (2); elle tue les chiens à la dose de Ogv.l par kilo d'animal et, à la dose inférieure de Ogr.S, les enivre. Introduite dans l'estomac, elle n'ag-it qu'à doses plus élevées. L'aldéhyde éthylique cautérise en précipitant l'albumine, détruit les globules sanguins rouges et donne naissance à la méthémoglobine (cette dernière se forme plus lentement quand ce sont ses vapeurs qui agissent). Administrée à petites doses, elle provoque chez les animaux : battements cardiaques plus fréquents et plus énergiques et respiration accélérée, ivresse avec anesthésie, tandis que les doses élevées donnent naissance à des pauses respiratoires suivies d'accélération. Pendant cette asphyxie, la pression sanguine est élevée, les muscles sont paralysés, et la sensibilité ainsi que l'excitabilité réflexe sont abolies. L'administration stomacale ou en injection sous-cutanée provoque des douleurs. L'inhalation de ce médicament provoque chez rhomme la sensation d'oppression thoracique et de la toux. Les vapeurs d'aldéhyde provoquent le catarrhe des voies respiratoires chez les ouvriers travaillant dans les vinaigreries rapides* L'aldéhyde donnerait naissance chez les animaux à l'artériosclérose, parfois aussi à la cirrhose hépatique, à Thyperhémie des vaisseaux rénaux, etc. (3).

Recherche La solution ammoniacale d'azotate d'argent additionnée de lessive sodique produit un miroir argenté brillant dans les solutions d'aldéhyde jusqu'à 1 p. 1000, dans les solutions à 1 p. oOOOOO il s'en sépare encore une masse jaune-grisâtre. Une zone jaune apparaît au contact de l'aldéhyde et du chlorhydrate de phénylènediamine. Si l'on ajoute à une solution aqueuse de pépéridine et de nitroprussiate de soude une solution aqueuse d'aldéhyde éthylique à 1 p. 1200, il se produit une coloration d'abord verte passant ensuite au bleu (4).

(1) BouTiGNY, Compt. rend, de VAc, des Sciences^ 1847, p. 904.

(2) PoGGiALE, Compt. rend, de l'Acad. des Se, 1848, p. 337.

(3) Albertoni und Piventi, Centralbl. f. med, Wissensch.t 4888, p. 401.

(4) L. Lewin, Berichleder deutsch, chem, Gesellsch., 1899, Bd XXXII, H. 17.

ALItKlIVDt::

MÉTALDÉHTDE (C*H*0/. — Elle esl peut-ètre brûlée dans l'économie animale en acide acétique ou en acide carbonique. Ingérée par Teslomac à la dose de Ogr.o par kilo de chien et à la dose de igr.2o par kilo de lapin, elle en amène la mort précédée de phénomènes d'excitation : dyspnée, salivation, battements cardiaques accélérés, secousses musculaires, convulsions, trismus et élévation de la température du corps. Presque tous les organes ont été trouvés hyperhémiés (1).

TRIOXTMËTHTLËNE (GH'O)^ — Ce composé agit comme les hypnotiques organiques. Mais la mort survenant avant que le rentre réflexe soit complètement paralysé, les réflexes ne sont pasabolis. L'énergie cardiaque diminue rapidement jusqu'à l'arrêt complet. Les pupilles se rétrécissent énormément. La respiration artificielle ne prévient pas la mort. Administré à l'homme, il provoqua des vomissements et des gastralgies (2).

PARAlâDÉHTDE (C^HHD)^. — C'est un hypnotique. La mort peut survenir à la suite des doses élevées (15 à 20 gr. environ) précédée de perte de connaissance, de troubles cardiaques et respiratoires ; la peau est froide, cyanosée, couverte de sueur. Outre la paralysie des centres nerveux (cerveau jusqu'à la moelle allongée), on peut trouver encore de la méthémoglobine. Dans des circonstances spéciales, deux malades furent sauvés quoique chacun d'eux eût avalé 50 gr. de paraldéhyde. Ils dormirent l'un pendant quatorze, l'autre pendant dix-neuf heures. La paraldéhyde s'élimine en majeure partie, môme pendant trois jours, par les poumons et l'urine. Aussi peut-on voir survenir, par suite de l'irritation locale des tissus pulmonaires ou rénaux, lantôt de la dyspnée, de l'oppression, de la toux, tantôt de l'albuminurie, de la strangurie, etc. Dans un cas de suicide par la paraldéhyde, on a trouvé l'estomac corrodé (3). La muqueuse

{{) BoKAi, Pester* fned,~c/iir. Presse, 27 juin 1886; — Coppola, Ann, dichim,, série \y p. 140.

(2) Berlioz, La Semaine méd,, 1894, no 20.

(3) Paltauf, Wiener klin. Wochenschr., 1893, n» iîL

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stomacale de la paroi antérieure et du pylore était rigide et d'un blanc grisâtre.

Quelques sujets ingèrent la paraldéhyde dCune façon continue comme narcotique, d'où intoxication chronique. Un de ces individus ayant pris, comme dernière dose, 60 gr. en vingt-quatre heures devint pâle, débile, le regard fixe; les mains et la langue tremblaient. Il survint ensuite un accès épileptiforme avec perte de connaissance, spasmes cloniques des extrémités, réflexe pupillaire aboli, langue embarrassée et quelques jours plus tard délire. Guérison après quatorze jours (1).

La SULFALDÉHYDB (G*H*S) rend les animaux somnolents. C'est un poison sanguin qui, après un assez long contact avec le sang, détruit les globules sanguins et ne permet plus d'y reconnaître aucune bande d'absorption. Le trithioaldéhtdb (G*H*S)*, homologue de la paraldéhyde, agit comme un hypnotique.

Donné à la dose de 5 à 10 gr., rAGÉTAL(diéthylacétal, G«H«*0*) qui se trouve dans les produits de tête de la distillation de Veaude-viey provoque : exanthèmes ressemblant à des taches, narcose (les animaux sont en état de mort apparente) et irrégularité du pouls. L'élimination par les poumons continue pendant plus de (|uarante-huit heures. On trouve comme effets consécutifs : nausées et lourdeur des membres.

La THIALDINE (G*^H*^\zS*} tue les grenouilles à la dose de Ogr.Oâ par 100 gr. d'animal. Les lapins sont moins sensibles à son action. Surviennent chez les premières : narcose, anesthésie, abolition de l'excitabilité réflexe et diminution de l'excitabilité des nerfs moteurs ; chez les deux espèces d'animaux : battements cardiaques ralentis, ou irréguliers.

La CARBOTHIALDINB [AzH^GS.SAz.(GH.GH^)^j provoque, chez les grenouilles, le tétanos et l'arrêt du cœur en diastole. Les lapins y sont réfractaires.

AMiDOACÉTAL(G^H**AzO). — L'administration deOgr.l de chlor-

(1) Consulter également : G. Poijchet, Leçons de pharmarodynamie et de mati^rr médicale, îie série, p. 73 à 93.

hydrate d'amidoacélal provoque chez les grenouilles : paralysie musculaire (paralysie des terminaisons périphériques des nerfs moteurs), battements du cœur moins énergiques et irréguliers, paralysie des vaso-moteurs et, comme chez les animaux à sang chaud, paralysie de la respiration. La respiration artificielle retarde la mort qui finit par arriver par suite de la paralysie cardiaque.

L'URÉTHANE (CO.AzH-.OC*Ii^) est un hypnotique. Surviennent parfois; nausées et vomissements, polyurie et pouls ralenti, ainsi que comme effets tardifs : céphalée, vertige, et en cas d'emploi chronique chez les paralytiques : stupeur (1).

Appliqué sur la peau, le nitrosométhyluréthane y provoque des démangeaisons et des bulles, tandis que l'inhalation (le ses vapeurs à odeur sucrée est suivie de catarrhe bronchique, ainsi que d'ophthalmie douloureuse et de troubles de Taccommodation. La cause de ces effets toxiques est peut-être due à sa Immfoynnation dans l'économie en diasomèthane.

CHLORAL HYDRATÉ. — Les empoisonnements aigus par le chlo^ rai hydraté (C^HCPO+H*0) même extrêmement pur, sont causés souvent par son administration, dans un but thérapeutique, à doses par trop élevées ou d'une façon défectueuse (par exemple, injection intra-veineuse effectuée simultanément avec emploi de Ja morphine), ou par suite de méprises, de son absorption sans avoir consulté un médecin (sirop de chloral hydraté) et des tentatives de suicide. L'action toxique de ce médicament, tout en étant très énergique, est insidieuse^ aussi est-il à présent de beaucoup moins employé qu'auparavant. Très répandue est l'mtoxication chronique par le chloral hydraté développée par suite de l'emploi prolongé du chloral dans un but thérapeutique et de labus que l'on en fait pour produire la narcose. Sur soixantetrois intoxications compulsées par moi, il y eut vingt et \\n^ morts (33,3 p. 100). Le nombre des cas mortels connus dépasse

(1) Consulter également : G. Poughet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, t^ série, p. 106.

Toxicologie. âU

l50 COMPOSÉS DU CARBONE

de beaucoup la centaine. La mort peut survenir déjà a la suite d'une dose de Ogr.9 (I), ou de lgr.2 (2), ou de 3 gr., tandis que, dans des cas isolés, 10 à 28 gr. tout en provoquant des phénomènes d'intoxication, n'ont pas amené la mort. La mort a lieu ordinairement dans l'espace de trente minutes à cinq heures. L'intoxication est favorisée par les affections cardiaques et respiratoires, le délire alcoolique, la goutte, les maladies du foie, etc.; quant à l'idiosyncrasie envers le chloral hydraté, elle est sujette à caution. Quelques sujets prennent le chloral hydraté comme hypnotique à la dose de 10 gr. et au-dessus pendant un temps prolongé.

Le chloral hydraté est absorbé par la muqueuse et s'élimine dans l'espace de une heure et demie à dix-huit heures, par J'urine principalement, sous forme d'acide trichloréthylglycuronique, et en petite quantité aussi tel quel. Les solutions d'albumine deviennent troubles sous l'influence du chloral hydraté, et, en injection intra-veineuse (3), il provoque la pâleur des globules sanguins rouges, leur gonflement et l'apparition de granulations dans leur intérieur. Les muqueuses, les plaies et la peau sont enflammées par les solutions concentrées de chloral hydraté, ou par ce médicament à l'état pur. Les phénomènes généraux de l'intoxication consistent en : paralysie du centre vaso-moteur, abaissement de la température du corps et de la pression sanguine, afl^aiblissement de l'énergie cardiaque jusqu'à son arrêt définitif et paralysie progressive des autres centres situés dans le bulbe (centre respiratoire) et la moelle épinière. La mort est causée par la paralysie cardiaque.

Symptômes et marche. — Dans la forme plus légère de l'intoxication peuvent apparaître, diversement combinés : irritation de la conjonctive, tuméfaction de l'épiglotte et des cordes vocales supérieures, excoriations et ulcérations buccales avec haleine fétide, sensation de pesanteur à l'épigastre et gastralgie, vomis-

(1) Kank, Med. Record, New -York, 4880, p. 702.

(2> L. Lkwin, Die Nebenwirk, d. Arsneim,, Berlin, 4899, p. 425.

(3) Felz et RiTTER, Compt. rend, de VAcad. des Se, t. LXXIX, 4874, p. Uii.

sements, ictère, réteiiiion d'urine, albuminurie, aniblyopie, et même cécité jusqu'à ne distinguer que le degré d'éclairag-e (thromboses cachectiques par suite de la paralysie des vaisseaux) (1), de même que irido-choroïdite avec exsudât dans la région papillaire, trouble dans l'humeur aqueuse et le corps vitré; en outre, altération de la peau (taches, nodules, bulles, héniorrhagies, ulcérations, gangrène), bronchite aiguë, respiration de Cheyne-Stokes, dyspnée, même asphyxie (2); impossibilité de se tenir debout ni de marcher, persistant pendant plusieurs jours (3), ou accompagnant tous les symptômes. que nous venons d'énumérer; faiblesse, accélération et irrégularités du pouls, sensation de froid, vertige et coUapsus grave avec ou sans cyanose. Dans la forme grave de l'intoxication, l'énergie cardiaque diminue rapidement et le malade tombe mort subitement (4), ou il s'endort et s'évanouit, ou il survient de l'excitation et du délire avec hallucinations, le pouls devient à peine perceptible, la température s'abaisse à 30° (o), les membres se refroidissent et la face devient cyanosée, les traits se décomposent. Peuvent s'y associer : dyspnée ou pauses respiratoires durant jusqu'à une demi-minute, aphonie, vertiges (6), fourmillements dans les mains et les pieds, ataxie ou paralysie des membres inférieurs (7), convulsions cloniques (8) et parfois œdème du poumon. La mort a lieu, pour la majorité des cas, dans le coma et par arrêt du cœur. Après la guérison survenue, les malades ressentent encore pendant longtemps des douleurs dans diverses parties du corps; dans des cas isolés ils sont atteints de perte de la mémoire. On a observé des récidives avec terminaison fatale survenues après guérison apparente (9).

(1) Steinmeim, Bevliner klin. Wochetiêchr., 1875, no 6, p. 76. [i) KiRN, AUg. Zeitschr. f. IHych.. i87îi, p. 31G.

(3) Marsh, Philad, med, a. surg. Reporter^ 1875, p. ^5.

(4) NôTEL, Allg. ZeiUchv. /*. Psych., 1876, p. 369; — Jollv, Aersll. Intelligencbl., Mûnchen, 1872, no» 13 et 14.

(5) CuouppE, Gas. hebdomad, de méd., 1875, p. 82.

(6) Frank, Berliner klin, Wochenschr., 187C, n^ 37, p. 530.

(7) Manning, Lance t. 1873, p. 789.

(8) Bechterew, Arch.f.Psych.y 1887, p. 88.

(9) PuRDY, BHt. med. Jouvn., 1889, II, p. 1040.

Vintojoication chronique par le chloral hydraté est répandue dans les pays civilisés; elle est, en grande partie, le résultat d'un vice. Ont été observés : troubles digestifs, anorexie, haleine fétide, tuméfaction des gencives et petites bulles sur la langue (I), vomissements, amaigrissement, ictère, diarrhée, ainsi que prostration générale. La fièvre s'allume, il survient des exanthèmes, des ulcérations cutanées, le cuir chevelu est tuméfié et œdématié, les cheveux tombent; panaris et onyxis (2). Apparaissent parfois : névralgies aux mains, douleurs musculaires, plus rarement tremblements, parésie et paralysie des membres inférieurs, palpitations, dyspnée, angoisse, anasarque, albuminurie et affaiblissement des facultés psychiques ou imbécillité. Administré pendant longtemps, le chloral hydraté provoque chez certains aliénés : apathie, stupeur, idiotie, ainsi que plaies profondes par décubitus. Le chloralisme est plus insidieux que le morphi- 7iisnie; en effet, ayant persisté longtemps sans provoquer des phénomènes bien graves, il peut déterminer une dyspnée intense et la nmrt brusque par arrêt du cœur. Les chloralisés cachectiques peuvent aussi succomber à des affections intercurrentes. hdi suppression du médicament Aonne naissance aux phénomènes d'abstinence que voici : délire, insomnie, tremblements, diarrhée et coUapsus.

Autopsie. — Lésions trouvées à l'autopsie des sujets morts par suite d'empoisonnement aigu par le chloral hydraté : si le chloral hydraté a été avalé en nature, la muqueuse stomacale peut être ramollie, érodée, ecchymosée ou atteinte d'inflammation avec hémorrhagies. On a trouvé une fois la perforation dans l'arrière-cavité des épiploons. Dans des cas isolés on constata de l'œdème des poumons, ainsi que l'anémie et l'œdème du cerveau dans le voisinage du corps calleux et des pédoncules.

Recherche. — Les objets à examiner, additionnés de lessive sodique, seront soumis à la distillation à la température de 65" : c'est dans le distillât que sera recherché le chloroforme. —

(1) Browne, Lancety 187d, ï, pp. 440 et 473.

(2) Smitu, Lancet, 1871, H, p. 466.

La solution de chloral hydraté additionnée de sulfhydrate de calcium (Ca[SH]^), prend une coloration roug-e (I). La même coloration lui est donnée par la solution de phénol dans l'acide sulfurique (permet encore de reconnaître 1/10 milligr.), ou quand il est chauffé avec de la résorcine et de la lessive sodiqtie. Uurine sera évaporée, acidulée par l'acide chlorhydrique et ag'itée avec l'éther : l'éther ayant été chassé, on voit apparaître des aiguilles cristallines dont la solution dévie à gauche le plan de polarisation et réduit la solution alcaline de cuivre (acide urochloralique). L'acide urochloralique chauffé avec les acides minéraux se dédouble en alcool trichloréthylique et en acide glycuronique.Mais on peut transformer l'acide glycuronique en furfurol et le déterminer (doser). Pour le dosage quantitatif le furfurol distillé est transformé en furfuramide.

Traitement de rempoisonnement aigu. — Émétiques, lavages de l'estomac, diurétiques, respiration artificielle, ainsi que faradisation du phrénique. Les injections sous-cutanées répétées d'atropine et de scopolamine ont relevé l'action du cœur chez les lapins. La strychnine n'agit pas comme antagoniste (2). On aura recours à l'éther, au musc, etc., aux excitants cutanés (flagellations, etc.) ou aux lavements irritants (teinture de capsicum, solution d'ammoniaque caustique aa 4 gr. pour un lavement). PROPHYLAXIE : OH S* abstiendra de prescrire le chloral hydraté autant que possible^ et surtout en cas de délire tremblant. Si Vintoœication chronique par le chloral hydraté est due à la mauvaise habitude contractée dans le but de provoquer de temps en temps le sommeil profond, sa suppression, qu'elle soit graduelle ou brusque, n'a que rarement quelques chances de réussir, et ordinairement les récidives ne tardent pas à survenir. La guérison fut obtenue dans un cas en déshabituant le malade petit à petit, en lui administrant de l'arsenic, en prescrivant les bains chauds, l'électricité, etc. Si l'on a affaire à des sujets ayant pris le remède pendant un certain temps dans un but thérapeu-

{i) HiRSCHFELD, Arch. d, Pharm,, janv. 1885, p. 26.

(2) HusEMANN, Arch. f. exp. Path. u. Pharm., Bd Vï, p. 34rt ; — Oré, Compt, vend, de l'Acad. des Se, t. LXXIV, no» 24-26 et t. LXXV, n"*^ 1 et 4.

lique, la suppression complète est, dans la plupart des cas, tout indiquée. On pourra le remplacer temporairement parla paraldéhyde (2 gr.).

CHLORâ^LFORMAMiDE (CCF.CHO.HCOAzH'). — Donnéà ladoso de 2 à 6 g-r. dans un but thérapeutique, il a provoqué : vomissements, troubles intestinaux, glycosurie, coryza, épistaxis, céphalée, collapsus, convulsions, éruptions cutanées et d'autres effets secondaires analogues. Il met en liberté dans l'économie du chloral hydraté, il agit comme ce dernier, mais moins énergiquement; toutefois, il peut aussi amener la mort(l).

CHLORALACÉTONE(CGP,CH0H.CH*C0.CIF).— Cette substance paralyse le cerveau, le bulbe, la moelle épinière et irrite les voies urinaires (mictions fréquentes et hématurie). La chloral- ACËTOPHËNONE est dépourvue de toute action hypnotique. On trouve dans l'urine de la trichloréthylidène-acetophénone.

Le GHLORALOSE (C^H**GPO'), composé de chloral et de glucose, donné à la dose de 0gr.l5à Ogr.6 a provoqué à plusieurs reprises chezVhomme : collapsus, affaiblissement de l'énergie cardiaque, tremblement, secousses musculaires, nausées (2).

Le BROMAL HYDRATÉ (CniBr^O+H^O) tue les lapins, les cobayes et les chiens à la dose de Ogr.06 à 1 gr. Le cœur est paralysé en même temps qu'est diminuée l'excitabilité de la moelle épinière et des muscles et nerfs périphériques. Surviennent en outre chez les animaux : sécrétion exagérée de la salive et du mucus nasal, irritation des voies respiratoires, dyspnée, cyanose, ralentissement du pouls et convulsions.

lODAL (C^FII'^O). — Il tue les chiens et les chats à la dose de

2 a 3 gr. (3).

(t) Manchot, Virchows Arch., 1894, Bd CXXXVI, p. 3G8.

[2) Consulter également, au sujet du chloral et de ses dérivés : G. Pouchkt, Leçons de pharmacody nantie et de matière médicale, d" série, p. 596 à 694.

(3) GuYOT, Journ. de chim. méd.^ 1874, p. 570.

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