‹ Traité de toxicologieChapitre 78 sur 126 · CYTISE · texte numérisé non relu

CYTISE

piireus (Scop.), C. hiflora^ C. Weldeniy sont très vénéneuses (à un moindre degré C. elongatus et peu vénéneux C. nigricans et C- supinus) grâce à la présence d'un alcaloïde, la cytisine ou TuLEXlNE (G**H**Az20) : c'est un dérivé de la pyridine qui se trouve aussi dans VUlecc europœus et le Baptisia tinctoria. L'huile obtenue des semences de C. làburnum n'est pas toxique. Les C. sessilifolius et C. capitatus ne sont pas toxiques.

L'empoisonnement par le cytise survient chez les sujets qui en mangent les fleurs, les semences ou la racine, qui ressemble à celle de la réglisse (1), ou qui en ont seulement gardé longtemps à la bouche un rameau, ou qui se servent des fleurs dans un but thérapeutique (2), ou les ingèrent avec préméditation (3). Sur quatorze personnes ayant mangé un plat préparé avec des fleurs de cytise (aux lieu et place de celles d'acacia), treize sont tombées malades dont quatre avec symptômes cérébraux. On trouve consignées dans la littérature cent quarante intoxications environ causées par cette plante.

Douze fleurs (enfants) ou deux semences (adultes) produisent déjà des phénomènes d'intoxication qui peuvent apparaître après quelques minutes ou seulement après trois quarts d'heure à trois heures. D'ordinaire, les intoxications se terminent par la guérison, très rarement la mort survient dans une heure environ, mais parfois aussi après un à deux jours (4). Les poules et les pigeons ayant avalé des fruits d'aubour (6 gr. par kil.) meurent, et les vaches ainsi que les chevaux et les cochons en ayant ingéré les semences, les feuilles et les fleurs, tombent gravement malades. Les fruits tuent les chevaux a la dose de Ogr.5 par kilo dans l'espace de deux heures et demie. Les brebis et les chèvres possèdent une immunité relative. L'ingestion d'une infusion préparée avec 3gr.7 d'écorce, tue les lapins en deux minutes et demie avec paralysie de tous les nerfs ; par contre, une dose de 10 gr. des semences ne tue que les jeunes lapins. Uazçtate de

{i ) Sedgewick, m éd. Times a, G as,, 3 janv. 1857.

(2) PouiK, Wiener med. Presse, 1868, no 9.

(3) Christison, Lond. med. Gaz., 1843, oct.

ii) iliNKELDEYN, Deulschc KUiiik, 1873, p. 252 ; — Deutsche Med ici nais eitung, 1892, p. 38.

cytisine est un poison pour tous les animaux et, en injection sous-cutanée, il amène la mort : des lapins à la dose de Ogr.Oo, des chats à la dose de Ogr.03 et des chèvres jeunes à la dose de Ogr.3. La dose léthale minima de l'azotate de cytisine est à présent évaluée à Ogr.0063.

La cytisine passe rapidement dans l'urine, la salive et le lait, mais, administrée en injection sous-cutanée, elle ne paraît pas s'éliminer par l'estomac (1). L'empoisonnement d'un enfant par l'écorce de C. lahurnum (L.) ou de C. alpinus (Lam.) a provoqué chez lui l'apparition d'une urine verte (2). Les chèvres qui mangent du cytise peuvent fournir du lait toxique (3).

Symptômes chez l'homme. — Salivation, sensation de brûlure à la gorge, soif, nausées, vomituritions, presque toujours vomissements sanguinolents pouvant persister plusieurs heures, gastralgies et coliques, diarrhée, expulsion de fragments de l'épithélium de la muqueuse intestinale, faiblesse générale — chez les animaux la paralysie débute par les terminaisons périphériques des nerfs moteurs — céphalée, somnolence, vertige, engourdissement, pâleur, refroidissement, rarement rougeur scarlatiniforme de la peau, cyanose, frisson, météorisme de l'abdomen, oligurie, ou môme anurie (4) et pouls d'abord accéléré, plus tard ralenti et devenu arythmique (5). Dans des cas isolés, tandis que c'est la règle chez les animaux, des secousses musculaires, surtout aux membres supérieurs, accompagnées de : mutisme, perte de connaissance, mydriase (rarement myosis), délire ainsi que hallucinations. Dans la marche ultérieure de l'affection la température se relève, le pouls redevient normal, des sueurs apparaissent et la guérison a lieu peu à peu, ou bien la mort survient par asphyxie au milieu des convulsions (6). A Tautopsie, on a trouvé, dans des cas isolés, de la gastro-entérite ; ordinairement c'est une anémie frappante de tous les organes

[1) Marmk, Nachricht d. Gôtt. Societ. der Wissensch., 1874, p. 24. {È] E. Bull, Berl klin. VVochenschr., 4877, p. 574.

(3) Radziwillowicz, Dorp. Arbeit., 1888, Bd 11, p. 56.

(4) Saake, Deutsche med, Wochenscfw,, 1895, n<» iW

(5) Perl, Berlinev klin, Wochenschr., 1877, n" 15, p. 204.

(6) Prévost cl Binei, ftev. méd, de la Suisse vom., 1888, 20 nov.

LEGUMINEUSES 639

qui est notée. Chez les animaux la constriclion des vaisseaux a été démontrée. .

Recherche. — On retrouvera la cytisine surtout dans le cerveau et la moelle épinière, l'urine et le lait. Les glandes et les muscles n'en contiennent pas ou presque pas. La cytisine peut être extraite par le chloroforme. Elle bleuit lorsqu'elle est chauffée avec le përchlorure de fer et l'eau oxygénée (1). L'examen microscopique a permis, dans un cas, de découvrir des enveloppes séminales dans le contenu stomacal.

Traitement. — Evacuation soigneuse de l'estomac et de l'intestin, frictions et réchauffement des extrémités, compresses chaudes sur l'épigastre et l'abdomen pour atténuer les douleurs, lavements stimulants, café, vin, teinture de musc, etc., et respiration artificielle qui, continuée pendant longtemps, peut sauver la vie à des animaux ayant reçu même des doses léthales.

Le Melilotus altissimus (Thuill.), le M. officinalis (Willd.) et le M. albus (Lam.) peuvent intoxiquer des chevaux, des vaches et des brebis par suite de leur teneur en coumarine.(v. p. 539); rintoxication peut avoir lieu aussi quand l'herbe les contient en abondance mélangés avec V Anthoxantum. L'affection est accompagnée de paralysies. On a vu survenir la mort de chevaux dix jours après leur avoir donné journellement deux à trois litres de semences de mélilot (2).

Trigonella fœnum-grœcuyn (L.). — Outre la choline, on a retiré des graines joyeuses [semences de lupinelle ou fenugrec) l'alcaloïde trigonelline. La plante est douée de propriétés toxiques peu accusées. Elle tue les insectes.

Trifoliumhyhridu7n{h,). — Il paraît que des chevaux se sont trouvés .empoisonnés par cette plante, avec fièvre, ictère et œdème des extrémités, et même moft consécutive.

Galega officinaUs (L.). — Le galéga a empoisonné ei tué des

(1) V. DE MoEi\, Over Cytisine^ Groiiiiiiçcn, -ISIJO.

[t) Carrey, Journ, de médec, vét., 4888, p. 88; — Collas, tbid., p. 124.

moutons qui d'abord n'avaient pas voulu manger de cette plante et qui le firent ensuite poussés par la faim (1). Sur ving^ moutons, dix devinrent malades au point qu'il fallut les abattre (2).

Le Lotus australis (Andrz.) jouit de la réputation d*être vénéneux. Le Lotus arahicus contient un glucoside cristallin, la LOTOSINE, qui, décomposé par un ferment, la lotase, fournil de l'acide cyanhydrique.

Le Psoralea pentaphylla (L.) contient un alcaloïde qui, administré en injection sous-cutanée à la dose de Ogr.25 à Ogr.S, provoque : vomissements, faiblesse musculaire et abaissement de la température.

V Indigo fera australis Ç^iiAJi.) 'à vnioxi{\\xé à plusieurs reprises des troupeaux entiers.

Le Barhieria polyphylla (DC.) et le B. maynensis (Popp. el Endl.) sont employés dans l'Amérique du Sud pour engourdir les poissons.

Le Tephrosia toxicaria (Pers.), dénommé aussi Tioûo au Brésil, est employé pour engourdir les poissons, entre autres chez les Makusis et les Arecliunas (Heierri). Dans un grand nombre d'autres régions, les plantes suivantes sont utilisées dans le même but : T. Vogelii (Hook.) (dénommé en Afrique : Igougo)^ T. densifiora (Hook.), T, cinerea (Pers.), T. niacropoda (Harv.), t. coronillœfolia (DG)., T. tomentosa (Pers.) et d'autres (3). Le Tephrosia piscatoria (Pers.) est aussi vénéneux pour la volaille et les troupeaux; le T. rosea (F. v. M.) se trouve vraisemblablement dans le même cas.

Le Mundulea suberosa (Benth.) contient le derride toxique el est employé dans l'Inde Orientale pour engourdir les poissons. Le M. tel fair a (Bak.) est employé dans le même but à Madagascar.

(1) Blanchard, Journ, de rnèd, vélér.y 1888, p. 535.

(2) BiELER, iùid,, i889, p. 247.

(3) GftESHOK, Mededeeiingen^ I. c, p. 49.

Le Milletia sericea (W. et A.) finement broyé est employé dans les Indes néerlandaises comme poison pour les poissons. Agissent de la même façon : M. ferruginea (Baker), M. caffra (Meissn.) et M. piscidia (Wight.). Le suc de la racine de M. sericea peut empoisonner et tuer les hommes avec les symptômes que voici : affaiblissement général, maux de tête, vomissements, diarrhée, ténesme et coUapsus.

Robinia pseudo-acacia (L.). — L'écorce d'acacia, considérée depuis longtemps comme capable de déterminer des accidents toxiques, a provoqué, à plusieurs reprises, des accidents graves chez les enfants. Chez trois enfants l'ayant mâchée, survinrent après une heure : vomissements répétés, somnolence, stupeur, mydriase, mouvements convulsifs ; un de ces enfants était d'une pâleur cadavérique, avec le pouls imperceptible, les lèvres livides, les yeux excavés, et il était en état de prostration avec anesthésie totale. Les stimulants amendèrent leur état. Dans une intoxication en masse chez trente-deux garçons en ayant mangé récorce interne, survinrent des symptômes analogues rappelant Tempoisonnement par la cytisine (1). Les feuilles sont également toxiques et reconnues comme telles en Chine. Chez une femme les ayant mangées, il survint, après vingt-quatre heures, de la fièvre avec tuméfaction œdémateuse de la bouche tout d'abord et ensuite de tout le corps. Desquamation de toute la peau après huit jours (2). L'écorce renferme une nucléoalbumine, la ROBINE, soluble dans l'eau et coagulable lorsqu'on la chauffe à 70^-80^. La chaleur détruit son pouvoir toxique. En outre, récorce de R, pseudo-acacia contient des alcaloïdes, et peut-être aussi le glucoside syrinoine.

Swainsona galegifolia (R. Br.). — Cette plante vénéneuse de l'Australie décime surtout les moutons. Les animaux intoxiqués dénommés « mangeurs d'indigo » s'éloignent des troupeaux, sont atteints d'une affection cérébrale et n'engraissent jamais. Ils ne mangent plus d'herbe, mais s'entêtent à ingérer la plante

(1) Emer Y, j4 mer. Journ. of Pkarm., 1887, p. i53.

(2) CoLTMANN, Med, a. surg. Rep., 1889, LXl, p. 236.

Toxicologie. 41

t)4â POISONS VÉGÉTAUX

vénéneuse. Les chevaux deviennent slupides, les yeux leur sortent de la tête, etc. Vraisemblablement par suite des troubles visuels, ils donnent contre les arbres, rejettent la tête en haut cl une fois tombés, ne se relèvent qu'avec difficulté. La mortalité est considérable (1). Le S. Greyana (Lindl.), lui aussi, est suspecté d'être vénéneux.

Oxytropis Lamberti provoque chez les chevaux et les bœufs : hallucinations, excitation cérébrale, crampes et finalement marasme.

UAstragalus mollissimus (Torr.) appartient, dans l'ouest de l'Amérique, aux plantes les plus nuisibles au bétail. Après excitation préalable, il diminue l'excitabilité des nerfs moteurs, l'énergie et la fréquence des battements cardiaques, ainsi que la pression sanguine, il dilate les pupilles et produit de la macropsie et du tétanos. La mort des animaux est due à la paralysie cardiaque ou au marasme (2).

C'est sans doute à sa teneur en derride que VOrmocarpuni gla^ hrum (T. et B.) est redevable de servir comme poison pour les poissons.

Ougeinia dalbergoides (Benth.). L'écorce est employée dans l'Inde Orientale pour engourdir les poissons (3).

La Coy^onilla varia (L.) peut causer des empoisonnements. Absorbé par deux filles, à la dose de deux cuillerées à soupe, aux lieu et place de trèfle aquatique, le suc des feuilles a causé au bout de deux heures : vomituritions et vomissements, perte de connaissance, convulsions cloniques et toniques, et la mort s'ensuivit quelques heures plus tard. A l'autopsie, on trouva seulement de l'inflammation au cardia, au pylore et au duodénum. Quant aux expériences anciennes sur les chiens avec des décoctions de la plante, elles n'étaient suivies d'aucun phénomène

(1) Bailey and GoaooN, /. c, p. 25.

(4) Ott, Arch. d. Pharmacie, i883, p. 470.

[*.i) Watt, Dictionary, V, p. 657.

OORONILLA. — LATHYRUS 643

toxique ; le même résultat négatif fut obtenu dans une expérience sur un homme. Néanmoins, il est certain que C. varia, C\ scorpioides (Koch.), C. glauca^ C. montana, C. vaginalis contiennent dans leurs semences amères un glucoside agissant, chez les grenouilles, à la dose de Ogr.0005 et, chez les animaux à sang chaud, à la manière de la digitale et provoquant chez eux en outre des paralysies. La C. emerus ne contient l'alcaloïde que dans ses feuilles et rameaux. Chez un chien de i5 kilos, Ogr. 001 de coronilline provoque, des phénomènes d'intoxication. Les semences sont considérées dans le sud de la France comme poison pour les moutons (I). Les vomissements et la diarrhée sont survenus chez des cardiaques ayant absorbé le glucoside. Une chose digne de remarque, c'est qu'en donnant à deux moutons, pendant dix jours, deux cent quarante-deux pieds de C. varia le premier jour et cent vingt les jours suivants, il n'en résulta pour eux aucun trouble de la santé.

[D'expériences faites en 1818 par Lejeune, il résultait déjà que la toxicité de C. varia était sinon tout à fait nulle, au moins extrêmement faible, et que son extrait possédait de remarquables propriétés diurétiques].

Vicia faha (L.). — Grâce à la présence, surtout au printemps, dans les fleurs et les fruits de la fève de marais d'une substance particulière, l'inhalation de l'air imprégné de l'odeur des fleurs ou l'ingestion des semences auraient provoqué, chez certaines personnes prédisposées, des phénomènes d'intoxication caractérisés par : coloration ictérique de la peau, dépression du côté du système nerveux, vomissements bilieux, hémoglobinurie, etc., et pouvant se terminer par la mort.

LATHTRUS. — Difl'érentes espèces de Gesses: Lalhyrus satieus (L,), L. cicera (L.), L. tuberosus (L.), L. clymenum (L.), L. aphaca (L.), et d'autres, peuvent donner lieu à des empoisonnements chez l'homme et les animaux. L'affection qui est assez souvent endémique (2) commence par se présenter sous forme

(i) ScHLAGDENUAUFFEN cl Reeb, Jouvii. de Pkavmacodijn.y Yoï. lU, 1897, p. 5 ; — Gley, La Semaine méd., 1889, p. 135.

(2) Proust, BulL de l'Ac. de Méd., 1883, t. XII, p. 829 ; — Cantani, // Morgagni 1873, t. XV; — ScuuGHARDT, Deutsch. Avch, f, klin, Med., Bd XL.

d'une myélite transverse ou d'hémorrhagie de la moelle suivie de dégfénéralion des faisceaux latéraux. Tout récemment, on a attiré l'attention sur la concordance de ces symptômes avec raffeclion connue sous le nom de paralysie spinale spasmodique. Ce sonl les semences de gesse elles-mêmes qui sont nuisibles, et non leurs impuretés ou d'autres semences toxiques mélangées avec elles. Les extraits éthérés et alcooliques ou les extraits hydroalcooliques provoquent chez les animaux, outre les vomissements et la diarrhée, des symptômes ressemblant à des paralysies accusées surtout aux membres. Le L. cicera contiendrait un alcaloïde volatil ou une substance albuminoïde toxique.

Chez les animaux (volailles, porcs, chevaux, etc.) surviennent principalement : paralysie du train postérieur ou paraplégie incomplète, paralysie des muscles du larynx (paralysie du nerf récurrent), dyspnée et asphyxie nécessitant la trachéotomie.

Chez rhomme on a constaté parfois au début : fièvre, névralgies, en outre tremblements, douleurs lombaires, incontinence d'urine, impuissance, et plus tard : anesthésie profonde des jambes, coliques néphrétiques, paralysie ou faiblesse (ressemblant à de la paralysie) des membres inférieurs et quelquefois aussi de la vessie et du rectum. La marche devient difficile, les membres se raidissent. Les talons ne touchent pas le sol. Le malade marche sur la pointe des pieds; les gros orteils sonl recroquevillés et les ongles sont usés. Ce sont surtout les articulations métatarso-phalangiennes qui travaillent. Le pied est en extension et en adduction. Le réflexe patellaire est exagéré. La flexion du pied jusqu'à angle droit provoque, dans certains cas, des mouvements épileptoïdes. Pas de mouvements désordonnés des jambes pendant la marche, mais elles sont jetées à droite et à gauche. Peuvent s'y associer des troubles nutritifs bizarres des membres et d'autres symptômes. 11 est douteux que la gangrène observée de temps en temps aux membres inférieurs ait quelque chose à faire avec le lathyrisme. L'affection présente, dans la majorité des cas, une marche progressive, mais souvent elle ne progresse que lentement. La guérison survient souvent spontanément, mais surtout à la suite de l'usage externe de l'iode, de l'huile de croton et des applications de pointes de feu

JEQUrRITY 645

le long de la colonne vertébrale ou de l'ingestion du bromure de potassium.

Autopsie. — Chez les chevaux atrophie des muscles du larynx, chez rhommeon a trouvé l'accumulation banale delà graisse dans les muscles.

Le Lathyrus piscidius (Spr.) est employé pour la pêche.

A en croire des communications anciennes, la vesce noire, Ervum ervilia (L.) employée souvent comme aliment, pourrait donner lieu à des troubles ressemblant à ceux produits par les espèces de lathyrus. Les semences paralysent les chevaux, tuent les porcs et les poules, et les personnes ingérant avec le pain de la farine des semences sont atteintes de tremblements et de faiblesse des membres. Les moutons seraient doués d'immunité (i).

Le Jequirity, appellation vernaculaire de la liane à réglisse, Abncs precatorius (L.), fournit des semences toxiques (petit pois Notre Père) rouges munies d'une tache noire que l'on trouve malheureusement encore fixées sur les boîtes à coquilles. Le principe toxique est constitué par I'abrine qui est une albumose (2). Les semences pulvérisées insérées sous la peau des animaux amènent leur mort dans l'espace de deux jours avec de la fièvre. Chez l'Aomm^, surviennent dans les mêmes conditions: fièvre, inflammation érysipélateuse au siège de la piqûre, et la mort s'ensuit par épuisement (3). Un garçon ayant mangé ces semences mourut avec des phénomènes de gastro-entérite.

Les infusions et les décoctions de semences agissent comme ces dernières. L'instillation dans l'œil d'une solution aqueuse de semences écossées (3 à 5 gr. p. 100 gr. d'eau) provoque une ophthalmie crouposo-diphtéritique qui atteint son apogée dans Fespace de douze à seize heures et s'accompagne de fièvre, de céphalée, d'insomnie et de coryza (4). Les doses de l'albumine active qui provoque ces altérations, sont inférieures à un cent-

(1) Vausneri, EsperienzeyVenez, 4720; — Gmelin, Gesch, d, P/lanzengifte^ p. 661.

(2> Warden and Waddel, Chem, News y 1884.

(3) ScHUCHARDT, Correxpondenzbl, d. àrztl. Vev, f. Thûringen, 1883, p. 11.

(4) Wecker, Klin, Monat. b. f, Augenheilk., 1882 et 1883.

millième. L'injection sous-culanée ou intra-abdominale de ces infusions tUe les animaux dans l'espace de trente-six à quarante-huit heures. 11 peut survenir de l'œdème, des phlegmons ou de la gangrène au lieu d'injection. L'animal une fois guéri serait immunisé contre n'importe quelle dose (1). J'ai démontré que l'immunité n'est conférée qu'envers la dose dernièrement administrée et non contre une dose de beaucoup plus élevée, et qu'en aucune manière il n'existe de « résistance absolue contre l'abrine » (2). Les animaux, dont la conjonctive traitée parce remède a subi la dégénération cicatricielle, sont immunisés contre une nouvelle inoculation par le jequirity (3).

Le CAitoria plumieri (Turp.) et le CL arhorescens (Arr.) sont employés en Amérique comme poison pour les poissons.

Ainsi que le démontre un cas d'intoxication en masse (4), les rameaux et les racines de l'arbuste de décoration Glycine chinensis (SiMS.) renferment une substance toxique. Vingt jeunes filles ayant mâché ces parties de la plante à la dose de 1 à 6 gr., furent atteintes de : gastralgie, bientôt suivie de rougeur de la face, vomissements persistant pendant des heures, ainsi que diarrhée, faiblesse générale, pesanteur, plus tard pâleur de la face, refroidissement, mydriase, pouls faible à peine perceptible et chez quelques-unes aussi somnolence. Le café chaud, le thé chaud et les frictions combattirent rapidement ces symptômes.

Une espèce de Camptosema est employée au Brésil comme poison pour les poissons.

Erythrina corallodendron (L.), soit E. Mtdungu (Mart). — L'écorce (en brésilien : Casca de Mul un gii) coniieni un alcaloïde l'ÉRTTHRiNE. Les extraits aqueux paralysent la motilité, la sensibilité et l'excitabilité réflexe chez les grenouilles et altèrent en outre l'énergie cardiaque ainsi que la respiration (5).

(1) CoRML et Berlioz, C. H. de VAc. d. Se, 1883, 17 sept. (i) Lewin, Deutsche med. Wochenschr , 1895, n« 47.

(3) Sattler et de Wecker, L'ophthalmie jeçuirit., Paris, 1883.

(4) LÉouKFRE. Gas. des hôp,, 1880, n* 124, p. 990.

(5) BocHEFONT AINE ct Hey, C. R. de VAc, des Sciences, 1881 ; — Pinet et Duprat, Soc. de Biol.y 188G; — Hooper, Warden, Dymock, Pharmacographia indica, part. II, p. 453.

VE. (Stenoh'opis) Broteroï (Uassk.) possède également un alcaloïde èrythrine qui, à la dose de 0gr.02, provoque chez les poules des troubles respiratoires et Tabolition des .mouvements volontaires (I). Chez les grenouilles et les lapins, la respiration s'arrête avant la cessation de l'excitabilité réflexe. Le cœur et les muscles sont à peine altérés. Donnée à doses élevées, elle paralyse, dans les derniers stades, les nerfs périphériques. \JE. coraU loïdes (DC.)y paralyserait les terminaisons périphériques des nerfs moteurs et provoquerait des convulsions et des vomissements. Données à la dose de 3 à 4 gr., les semences d'^. aurantiaca (RmL.) tuent un chien.

h^ Hypaphorus suhumbrans (Hassk.) contient des alcaloïdes. L'htpaphorine, inoffensive pour les animaux à sang chaud, provoque chez les grenouilles un tétanos apparaissant après deux heures environ et persistant pendant des journées.

Le Canavalia ensiformis (DC.) serait considéré en certains endroits de l'Inde comme doué de propriétés narcotiques.

PHYSOSTIGMA VENENOSDM (Balf.). — La physostigmine (ésérine), facilement décomposable, dont les solutions aqueuses se colorent en rouge, la galabarine et I'éséridine sont extraites des fèves de Calahar (Esere) dont la face longitudinale convexe porte une rainure noire encadrée de chaque côté d'un bourrelet brun clair, ainsi que des noioo de Kali et des semences de Mucuna cylindrosperma (Welw.).

Des empoisonnements accidentels surviennent dans les villes maritimes quand les fèves répandues sont mangées ; quant aux empoisonnements voulus, on les rencontre en Afrique, où les fèves sont employées dans les Jugements de Dieu. La physostigmine fut employée dans des tentatives de suicides, et elle a provoqué des empoisonnements lorsqu'elle était employée dans un but thérapeutique (2). L'intoxication par la fève de Calabar se

(i) Greshoff, Mededeelingen, VU, p. 29; — Plugoe, Arch, f. exp, Paih. u.Pharm., Bd XXXIII, p.54.

(2) Haunack und Wittkowski, Arch, f. p.rp, Path. u, Pharm., Bd V, 4876, p 40i ; —

648 porsoNS végétaux

termine ordinairement par la guérison. Sur quarante-six empoisonnements on n^en a observé qu'un seul de mortel (I). Une demi-fève suffit pour provoquer l'empoisonnement d'un homme. La mort des lapins est amenée par Ogr.5 environ de fèves de Calabar ou Ogr.003 à Ogr.005 de physostigmine. On a vu mourir quelques chevaux et bœufs à qui on avait injecté Og^r.Oo à OgrA d'esérine, c'est-à-dire d'une physostigfmine impure. Injecté sous la peau à la dose de Ogr.0005 à Ogr.OOl, le salicylate de physostigmine ne produit aucun changement dans l'état général de rhomme ; le sulfate de physosligmine provoque, chez les enfants, à la dose de Ogr.003 à Ogr.OOr), des phénomènes d'intoxication, et la guérison est survenue encore après Ogr.Oo. Les premiers symptômes toxiques peuvent apparaître après dix à' quarante-cinq minutes et toute l'intoxication se dérouler dans le cours de vingt-quatre heures.

La physostigmine, qui est absorbée facilement aussi par les milieux de l'œil, s'élimine par l'urine, le lait, la salive, la bile (2). Appliquée directement sur l'œil, elle produit : myosis de dix à vingt-quatre heures de durée et spasme de l'acccommodation. Les larmes, la salive, la sueur sont sécrétées en plus grande quantité. L'alcaloïde exerce une action stimulante sur les muscles (secousses fibrillaires, contractions plus énergiques du muscle cardiaque, mouvements pér istaltiques de l'intestin plus puissants, tétanos de l'intestin). La respiration, accélérée au début, est ensuite ralentie jusqu'à arrêt complet (paralysie du centre respiratoire). La mort par asphyxie a pour précurseurs des phénomènes paralytiques du côté du cerveau et de la moelle épinière.

Symptômes apparaissant après ringestion des fèves de Calabar chez l'homme. — Agitation, faiblesse musculaire, titubation, nausées, vomissements, parfois diarrhée, douleurs à Pépigastre, très rarement myosis (chez les chevaux, les injections de sulfate d'esérine à doses élevées sont même toujours suivies de my-

Leibholz, Vierieljahrsschr, f. ger. Med., 1892, III, p. 284 ; — Lewin, yehenwirk. rf. Arsneimittel, 1899, p. 262.

(1) Cameron and Evans, Med. Times and Gaz,, 15 oct. 1864, p. 406.

(2) Pander, Beitrag z. ger.-chemisch. yachweis d, Bnicins, Emetins u. Physostigmtns, thèse de Dorpat, 1871.

FÈVE DE CALABAR 649

driase), vision trouble, plus rarement diplopie, coUapsus sans perle de connaissance, sueurs profuses, face livide, énerg-ie cardiaque modérément diminuée, dyspnée et, dans des cas rares, convulsions. Uinjedion sous-cutanée^ en trois jours, de trois doses de salicylate de phtjsostigmine de Ogr.OOOo fut suivie chez un épileptique, outre l'augmentation des accès épileptiqucs, de la perte des forces et de confusion mentale particulière. L'emploi thérapeutique de la physostigmine a donné quelquefois naissance à : ptyalisme, gastralgies, diarrhée, affaiblissement de l'énergie cardiaque, rétention d'urine, dyspnée, rigidité musculaire spasmodique. Deux femmes qui, dans une tentative de suicide, avaient absorbé chacune Ogr.5 d'ésérine, s'affaissèrent, restant sans connaissance avec la face vultueuse, des vomissements fréquents survinrent, mais elles récupérèrent la conscience après deux heures environ. Les pupilles, immobiles, étaient dilatées. Elles se plaignirent de douleurs gastriques et abdominales. Guérison après vingt-quatre heures.

Quant aux lésions trouvées à l'autopsie, elles sont en général négatives chez l'homme et les animaux. Cependant on a trouvé quelquefois chez des chevaux et des bœufs tués par l'ésérine une rupture de l'estomac ou du colon, ou une torsion d'une anse de l'intestin grêle.

Becherche. — i. Les matières vomies, lecontenu gastro-intestinal, l'urine, le foie, le sang, la bile, le tout alcalinisé, seront traités, dans les conditions requises, par l'éther. — 2. Le produit obtenu sera porté dans l'œil d'un chat pour produire du myosis ; on peut aussi essayer de faire disparaître à son aide l'arrêt en diastole du cœur de grenouille provoqué par la muscarine.

— 3. L'échantillon dissous dans 1 à 11 gouttes d'acide azotique fumant, sera évaporé jusqu'à siccité: le résidu, chauffé au bainraarie avec I goutte d'acide azotique, passera au bleu et donnera une solution qui présentera petit à petit une coloration verte à la lumière transmise et une coloration rouge sang à la lumière réfléchie. La solution aqueuse de la matière colorante verte fournit plusieurs raies d'absorption. — 4. Les alcalis donnent primitivement naissance à une matière colorante rouge, la 7nib7'ésérine.

— 5. La solution d'ésérine dans une grande quantité d'ammonia-

que est-elle soumise à Tévaporation, on obtient un résidu bleu. L'alcool dissout la matière colorante. La solution bleue présente une raie d'absoption dans le rouge.

Traitement. — En cas d'ingestion, vomitifs et purgatifs, et, quel qu'ait été le mode d'administration, stimulants et excitants cutanés. Comme antidote, atropine (Ogr.0005 à Ogr.OOl) et respiration artificielle. Quant à l'antagonisme entre la physostigmine et la strychnine, il est encore sujet à caution.

La Calàbarine provoque du tétanos et ne rétrécit pas la pupille. VÉsèridine agit moins énergiquement que la physostigmine.

PHASEOLDS. — Phaseolus lunatus (L.) {Pois d'Achèry). Les semences multicolores et incolores dégagent 0,25 p. 100 environ d'acide cyanhydrique. Les symptômes d'intoxication par l'acide cyanhydrique (elle débute par des vomissements et des gastralgies) n'apparaissent que tardivement, ce qui tient à ce que les semences sont d'une digestion difficile (1). Les semences de P. semi-erectus (L). seraient employées pour engourdir les poissons. Les frictions de la main avec le P. americanus (?), à en croire une assertion ancienne, y produiraient des démangeaisons et provoqueraient de la dermatite.

Le Stizolobium urens (Pers.) [{Mucuna urens) (Medic.)], pois à gratter et le S. pruriens (Medic.) produisent : rougeur de la peau, tuméfaction et, le cas échéant, bulles. Le Dolichos bulbosus (L). est employé à Java et au Brésil comme poison pour les poissons. 11 contient le même principe toxique que le Derris^ à savoir le derride, principe énergiquement toxique (2).

Cy lista piscatoria (Blanco). — Les feuilles et les branches servent pour engourdir les poissons.

Le Cajanus indiens (Spr.) agit comme drastique et est employé dans rinde Occidentale pour provoquer l'avortement.

LONCHOCARPUS. — Diverses espèces, par exemple, Lonchocar^

({) Davidson and Stevenson, Practitioner, 1884, XXXIÏ, p. 435. (2) Gheshoff, Mededeelingen, X, Batavia, 1893, p. 65.

pics Nicou (DC.) [Robinia scandens (Willd.)] L. densiflorus (Benth.), L. latifolius (H. B el K.) et beaucoup d'autres, sont utilisées pour la pêche dans l'Inde Occidentale et ^Amérique du Sud : dans ce but, la bouillie laiteuse obtenue par broiement des racines à Taide de massues en bois, est portée dans un ruisseau ou une rivière dont les eaux avaient été préalablement refoulées. Les poissons surnagent à la surface, respirent l'air par saccades, ouvrent largement les opercules et deviennent alors engourdis. Les poissons en agonie ont les pupilles très dilatées. La partie constituante active du L. Nicou (DC.) consiste en un corps cristallin soluble dans l'alcool qui intoxique déjà les poissons à la dose de I/IOOOOOOO de gramme. L'injection souscutanée de ce principe toxique tue les lapins par paralysie cardiaque (1). L'excitabilité réflexe est exagérée.

DERRIS. — Le Derris elliptica (Benth.) {Deguèlié) renferme, entre autres, dans la racine riche en suc laiteux, un poison résinoïde, non azoté, qui n'est pas non plus un glucoside, soluble dans l'alcool, à savoir le derrideÇÏ) (Twèam^). La décoction de la racine à 1 p. 750 000 tue 20 p. 100 des poissons {Haplochilus javanicus)(\\xe l'on y introduit; la décoction à 1 p. 400000 en tue 90 p. 100; dans une solution aqueuse de derrideà 1 p. 300000 tous les poissons périssent. D'autres poissons périssent déjà dans une solution de derride à 1 p. 5 millions. Cette plante, à ce que l'on prétend, serait mélangée à Malacca et à Bornéo aux poisons des flèches. J'en ai cherché en vain le principe actif dans un grand nombre de poisons des flèches de très diverses natures (3). Le Z). uligino^a (Benth.) est aussi employé dans l'Asie de l'Est, les îles de Fidji, etc., pour pêcher: au lieu de broyer la racine, on en forme des boules avec de l'argile, et cette amorce est ensuite jetée aux poissons qui l'avalent.

Hœmatoœylon campechianum (L). L'hématoxyline coagule l'albumine en solution acide et provoque chez les animaux : élé-

(1) Journ, de Pharm., 1892, l, JCXVI, p. 455.

(2) Greshoff, Mededeelingen, VII, 1890, p. 12.

(3) L. Lewin, Die Pfeilgifte, Berlin, 1894.

vation de la température avec soif, accélération du pouls, vomissements, anurie, coma et mort. Les matières fécales et l'urine sont colorées. Son usage externe contre le cancer a donné lieu à des phlébites (I).

Gymnocladits canadensis (Lam.) [Guilandina dioïca (L.)] Chicot ou caféier du Kentucky. Les feuilles sont employées comme mort aux mouches. Les fruits sont mangés grillés ou bus en infusion. Ils semblent renfermer comme principe actif de la saponine. Un extrait aqueux de la plante diminue, chez les animaux, la sensibilité et la motilité, provoque la rigidité des muscles et la parésie des membres, parfois aussi des secousses et abaisse l'énergie cardiaque et la pression sanguine (2).

Le Cassia hirsuta (L.), [C. venenifera (Rodsch.)] ainsi que d'autres espèces, servent à la Guyane pour la pèche. Les semences de C. absus (L.) {semences'-schichmé) exercent une action analogue à Celle des semences à^Abrus precatorius.

Le Bauhininia guianensis (Aubl.) engourdit les poissons.

COPAIFERA OFFICINALIS (L.). — Le baume de copahu est pris sans prescriptions par des profanes : aussi les intoxications sont loin d'être rares. L'ingestion de Vhuile èthérèe de copahu fait apparaître dans l'urine une substance lévogyre, réduisant l'oxyde de cuivre ; et, dès qu'on l'acidulé par l'acide chlorhydrique, le rouge de copahu qui possède trois raies d'absorption dans l'orangé, le vert et le bleu. Les lapins périssent après l'administration de 30 gr. d'huile. Cette même dose a provoqué dans l'espace de trente-six heures chez rhomme : vomissements, diarrhée, abattement, lourdeur de tête et miction difficile. Donnée à la dose de 5 gr., la résine de copahu provoqua après une heure et demie des coliques tormineuses et, la dose ayant été répétée, sont survenus : cholérine, frissons, tremblements, douleurs lombaires el insomnie. L'intensité de l'action toxique du baume de copahu dé-

(1) CoMBEMALE, BulL çén. de thérap,, t. CXXVH, 1894, p. 244.

(2) Bartholow, Intern. Journ, of med. Sciences, 1880, p. 582.

GOPaTfERA. ERYTHROPHLiCUH 6S3

pend de la substance qui y prédomine, huile ou résine. Aux symptômes déjà énumérés peuvent s'associer : éruptions cutanées (érythème, papules, urticaire, vésicules, bulles, pétéchies) , fièvre, albuminurie et hématurie, rétention d'urine, ainsi que démangpeaisons et sensation de cuisson à la miction et parfois tremblements, convulsions (1) et hémiplégie. La résine qui passe dans l'urine y donne un trouble par l'acide azotique, mais ce trouble disparaît à Tébullition.

Recherche. — L'urine, additionnée d'acide chlorhydrique, sera soumise à l'examen spectrescopique pour s'assurer de l'existence des raies d'absorption. Quant au traitement, il consistera dans l'emploi des calmants et des analgésiques.

Le Detarium senegalense (Gmel.) serait employé en Sénégambie pour envenimer les flèches. Les fruits, à saveur sucrée, provoquent à la gorge une sensation de raclement. Les perroquets les mangent.

ERYTHROPHLiEDM. — L'alcaloïde érythrophléine (2) tut retiré de l'écorce de V Erythrophlœum judiciale (Proct.) qui est employée pour la préparation d'un poison des flèches et dans les Jugements de Dieu (c'est cette écorce qui est appelée Sassy^ écorce Cassa-bambou^ tandis que M' boundou doit, sans doute, être rapporté au Strychnos Icaja). Donnée à la dose de 0 milligr. 5 à 2 milligrammes, l'érythrophléine provoque, chez les grenouilles, l'arrêt du cœur en systole, et, à la dose de Ogr.002 à ()gr.005 chez les lapins et les chats : convulsions ressemblant à celles causées par la picrotoxine (3) (elles sont peut-être dues à des impuretés), dyspnée, vomissements, diarrhée, élévation de la pression sanguine, battements cardiaques ralentis au début et accélérés vers la fin et mort par asphyxie. La solution de cet alcaloïde à 0,05 à 0,2 p. 100 est douée de propriétés anesthésiqucs locales énergiques (4). Quelquefois son application sur la

(1) Maestri el PiDOUx, Schmidfs Jahrb., Bd XCVII, p. 301.

(2) Gallois et Hardy, Journ. dePharm. et de Chimie» t. XXIV, p. 25

(3) Harsack und Zabrocki, Arch. f. exp, Path. u. Pharm,, Bd XV, p. 403.

(4) L. Lewin, Arch,, /*. pathoL Anat., Bd CXXXIV, 1888; — Berl.Klin.Wochenschr. 1888, D« 4, und n» H ; — men. med. Presse, 1888, n« 8.

cornée fut suivie d'opacités transitoires et très rarement d'un glaucome de courte durée. Dans quelques cas isolés sont survenus après son absorption : nausées, envies de vomir, céphalée, vertiges et collapsus. La manconine qui est un produit de décomposition de l'érythrophléine, provoque l'abolition des mouvements volontaires et l'exagération de l'excitabilité réflexe, de sorte que les excitations tactiles sont suivies de convulsions. Le cœur se paralyse.

[Le genre Erythrophlseum dont on n'a connu pendant longtemps qu'une seule espèce, VE, guineense (Don.) [MancônCf Tali] que plusieurs auteurs pensent être identique avec le Fillsea suaveolens (Guill. et Perr.) et le Mavia judicialis (Bbrtol.) de la côte de Mozambique, a été plus particulièrement étudié, il y a quelques années, sous le nom de Mancône, Toutes les espèces sont plus ou moins riches en Erythrophléine^ l'alcaloïde découvert par Gallois et Hardy, et retrouvé par eux dans VE. couminga (H. Bn.) de Madagascar].

Parkia africana (R. Br.) [{Inga senegalensis (DC.)]. L'écorce et les semences engourdissent les poissons.

UElephantorrhiza Burchellii (Benth.) serait employé à Natal comme poison pour les poissons.

Entada scandens (Jàis.^'m.). Cette liane est employée dans le même but dans l'Inde Orientale. Elle provoque des vomissements chez l'homme.

Leucœna glauca {J^E^^TM,). Chez les animaux non ruminants, i'ingestion de cette espèce de mimosa provoquait la chute des poils de la crinière et de la queue; chez les cochons, la chute de toutes les soies. Après suspension de ce mode d'alimentation, les poils croissaient de nouveau, mais ils étaient d'une couleur difFérente.

ACACIA. — Le suc frais à* Acacia vera (Willd.) sucé par des enfants sur l'aubier d'un arbre abattu qu'ils ont pris pour de la régflisse, aurait provoqué chez tous : nausées, g^astralgies, vomissements, tremblements et frissonnement, cyanose de la face, refroidissement des extrémités, mydriase, abaissement de la

température, petitesse du pouls, respiration suspirieuse et état dé stupidité. Les frictions cutanées, les excitants combattirent rapidement ces phénomènes morbides (1). UA. falcata{WiLhD.), VA. penninervis (SiEB.) et VA. salicina{LisDh.) sont employés par les indigènes de l'Australie pour la pêche (2).

UAÏbizzia stipulata (Boiv.) et VA. lehhekioides (Benth.) servent pour engourdir les poissons. L'écorce d'^. saponaria (Bl.) est riche en saponine. L'écorce d'^. anthelmintica (Moucehnà), dont j'ai retiré une saponine spéciale, a provoqué, à plusieurs reprises, chez l'homme : sueurs froides, pouls petit et faible, coliques violentes.

Le bétail mange volontiers les gousses du Pithecolobium saman (Benth.). L'écorce contient un alcaloïde, la pithécolobine, dont les solutions sont mousseuses et qui est un poison du protoplasma. Les globules sanguins se dissolvent et, à ce que l'on prétend, la réduction de l'oxyhémoglobine serait entravée ; le système nerveux central et les nerfs périphériques, ainsi que la respiration et le cœur deviennent paralysés. L'action de cet alcaloïde ressemble donc, jusqu'à un certain degré, à celle des saponines (3).

VEnterolobmm Timbouva (Mart.) est employé au Brésil comme poison pour les poissons.

VEuchresta Horsfieldii (Benn.) contient dans les semences un alcaloïde qui, à la dose de Ogr.Ol, provoque chez les grenouilles, les poules et les chevaux : convulsions et perte de connaissance, ralentissement du pouls et de la respiration (4).

PISCIDIA ERYTHRINA (L.). — Cette plante est employée au Brésil comme poison pour poissons. Son extrait servirait aussi dans rinde Occidentale pour envenimer les flèches dans la chasse aux bêtes fauves. Donné dans un but thérapeutique, il a provoqué*:

(1) Bayond, Journ, desconnaiss, tnéd., nov. 1852, p. 603.

(2) Maiden, Proceed, Linnean soc. New South Wales^ 1888, III, p. 359.

(3) Greshoff und Plugge, Arch, /". exp. Path. u, Pharm., Bd XXXIII, p. 56.

(4) BooHSMA, Ned, Tijdschr, v. Pharm,, 1895, févr.

Salivation, sueurs, vomissements, céphalée et engourdissement. Une cuillerée à café de cet extrait a causé, chez une femme, après ving-t minutes : spasmes musculaires de une heure de durée et paralysie diaphragmatique ayant persisté pendant six heures.

Le Mûllera moniliformis (L.) est un poison pour poissons de l'Amérique du Sud.

ÂNDIRA ÂRÂROBÂ (Aguiar.). — L'arbre fendillé fournit la poudre deGoa dont on extrait par le benzol la chrysarobine cristalline. Par oxydation en solution alcaline et dans l'organisme animal (i) la chrysarobine se transforme en acide chrysophanique. Dans certaines conditions, la chrysarobine provoque sur les muqueuses et l'épiderme : inflammation érysipélateuse avec sensation de cuisson, chaleur, frissons et insomnie. La peau, les ongles et les cheveux se colorent en rouge ou en violet-brun. Par suite de l'absorption de ce remède on peut voir survenir : conjonctivite et ulcérations cornéennes. Prisa l'intérieur, il provoque quelquefois : gastralgies, vomissements et diarrhée. On a observé chez les animaux (2) et l'homme ^Ogr.18) : hématurie el albuminurie.

Le Geoffrœa Surinamensis (Bondt.) [(Andira retusa) (H. B.)] contient de la méthyltyrosine et tue les vers intestinaux.

SOPHORA. — Le Sophora speciosa (Benth.) j(5. secundiffora Lag.)], originaire de l'Amérique du INord, possède des semences toxiques dont on obtient l'alcaloïde sophorine. 11 tue par paralysie respiratoire. Donné au chat à la dose de Ogr.003, il agit comme narcotique (3). Les grenouilles sont atteintes de paralysies motrices et d'abolition de l'excitabilité réflexe. Les feuilles el les semences provoqueraient du tétanos chez les animaux, et, chez rhomme, d'abord de l'hilarité et ensuite de l'engourdisse-

(1) L. Lkwin, und Rosenthal, Vivchow's Arch., Bd LXXXV, 1881; — Glaister, 67a*gow med. Journ,, 1881, p. 278.

(2) Lewin und Rosenthal, Archiv. /*. pathol. Anat., Bd LXXXV, 1881 ; — Gl\istcr, Le.

(3) RoTHROGK, Pharm. Journ. and TransacL, 1880, p. 664.

ment. L'injection sous-cutanée d'un extrait de feuilles a causé chez un chien : troubles respiratoires, paralysies, convulsions et mort. L'action de cet alcaloïde ressemble si intimement à celle de la cytisine que la présence de cette dernière ou d'un alcaloïde isomère devient vraisemblable (I). Le S. tomentosa (L.) contient un alcaloïde dont les propriétés correspondent à celles de la cytisine (2). Le 5. japonica (L.) parait être dénué de toute action toxique, du moins pour les brebis.

Le Castanospermum australe (A. Cunn.) jouit, chez les propriétaires des troupeaux en Australie, delà réputation (peut-être non justifiée) d'être vénéneux.

Le Bowdichia major (SlxKT.) {Sebipiray Soukouptré) contient un alcaloïde dextrogyre. L'engourdissement des grenouilles survient à la suite de Ogr.Ol de cet alcaloïde, et celui des cobayes, après Ogr.l ; chez les derniers il provoque en outre des convulsions et de la mydriase. Peut-être est-il employé comme poison pou/ poissons.

TOLUIFERA PEREIRJE (H. Bn.). — Le haume du Pérou ou de Tolu retiré de cet arbre [Toluifera balsamum (L.)],et provenant également de plusieurs espèces de Myroxylon et de Myrospermum (Bentham et Klotzsch), a causé plusieurs phénomènes d'intoxication. Outre l'urticaire, des vésicules, l'eczéma, les malades ressentaient encore : chaleur, frissons, nausées, prurit. A la suite des frictions faites avec le baume, ont été observés encore: œdème de la face et des extrémités et urine contenant : sang, albumine, cylindres granuleux et hyalins, ainsi que cellules épithéliales vésicales et rénales surchargées de graisse. Peut-être s'agit-il dans des cas semblables d'un de ces produits artificiels qui, à Hambourg et ailleurs, se fabriquent sous la dénomination de baume du Pérou. Un enfant ayant été allaité à l'aide d'un bout de sein badigeonné de baume du Pérou, en a absorbé suffisamment pour présenter les symptômes que voici : agitation, gémis-

(i) CoRNEViN, C. H. delà Soc. de BioL, 1893, t. V, p. 451.

(2) Plugge, Arch, f, exp. PathoL u. Pharm., Bd XXXIII, p. 52.

Toxicologie. ^i

()î>8 POISONS VÉGÉTAUX

semenls, peau couverte de sueur, cyanose des lèvres, pouls précipité, myosis. Dans le cours de la journée l'enfant cessa d'avaler, les lèvres étaient fortement serrées l'une contre l'autre, il survint des secousses cloniques, la respiration s'affaiblit et la mort ne tarda pas à arriver.

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