GRANDE CI6UE
moulons, les chèvres et les cochons succombent aussi aux effets toxiques de cette plante.
Sjrmptômes de rempoisonnement par la ciguë chez l'homme. — Sensation de brûlure à la gorge, vomissements, pesanteur et douleurg à l'estomac et à l'intestin, diarrhée, météorisme ; ou comme premiers symptômes : titubation, vertiges et sensation de chaleur subite; les extrémités s'alourdissent, la peau devient pâle ou cyanosée, les malades se plaignent d'avoir froid dans tout le corps et des fourmillements aux membres, le pouls est petit, ralenti, la respiration est laborieuse et les pupilles sont dilatées ; les extrémités se paralysent, la déglutition est entravée, et le malade est tourmenté par la soif. S'y associent : perte de connaissance ressemblant à des syncopes, troubles du langage articulé ou mutisme et diplopie. La mort a lieu dans le coma profond (il est de courte durée), ou le malade ayant conservé la conscience jusqu'à la dernière minute. Rarement surviennent, immédiatement après le début de l'intoxication, des secousses musculaires ainsi que du délire (I). La faiblesse des membres peut persister encore un certain laps de temps après la guérison. L'inhalation de vapeurs de conicine peut faire apparaître : verliges, nausées et céphalée supra-orbitaire. La conicine administrée à l'intérieur a provoqué : dysphagie, vertiges, illusions auditives (2), ptyalisme, engourdissement, somnolence, troubles visuels et auditifs et faiblesse des membres. L'autopsie des sujets ayant succombé à l'action de la conicine ou de la ciguë n'a révélé rien de caractéristique. On a trouvé ordinairement le tractus gastro-intestinal absolument intact, rarement ecchymose, les vaisseaux cérébraux ont été trouvés congestionnés et les poumons œdématiés.
Recherche. — Examen botanique des restes du poison dans les matières vomies ou le contenu gastro-intestinal. Il faut surtout faire attention au manque complet de poils aux feuilles et aux pétioles. Broyés avec de la lessive sodique, les objets exhalent l'odeur assez caractéristique de la conicine. On réussira à isoler
(i) BiANcui, Canstatt's lahvesber,, 1857, p. i26. (2) Rbil, Mat, med, d, Pflanzenstoffe, 1857, p. 135.
Toxicologie. 43
la coniclne qui résiste longtemps à la putréfaction en reprenant par Téther les solutions alcooliques des matières vomies, du contenu gastro-intestinal, de l'urine, du foie, de la rate, des reins et du sang. Mais il faut remarquer qu'en agitant avec de l'éther, d'après le procédé de Stas-Otto, des quantités considérables de conicine sont enlevées par l'éther à la solution acide. Les matières colorantes étrangères et les ptomaïnes qui peuvent s'y trouver mélangées peuvent être séparées de l'alcaloïde grâce à ce que la conicine, obtenue par agitation avec l'éther, puis enlevée à l'éther à l'aide d'une solution étendue d'acide acétique, enfin mise en liberté dans cette dernière solution alcalinisée par de l'hydrate de baryte, est enlevée par épuisement à l'aide de Téther de pétrole (bouillant de 40** à 60®). La conicine dégage l'odeur de l'urine des souris même dans une solution à 1 p. 100 000 ; sa solution a(|ueuse se trouble au chauffage, et elle se colore par l'acide chlorhydrique gazeux d'abord en rouge, ensuite en bleu. Si l'on ajoute quelques gouttes d'une solution acide de permanganate de potasse (1 gr. de permanganate de potasse dans 200 centi-cubes d'acide sulfurique concentré) à une petite quantité de conicine, la couleur passe du vert au violet (VrrAu et Strappa). La base additionnée d'acide chlorhydrique est-elle desséchée à l'air, il se forme des cristaux étoiles en colonnes doués de biréfringence qui se perd si les cristaux sont laissés longtemps à l'air. Quant à la soi-disant conicine cadavérique^ ce n'est autre chose que de la cadavèrine {pentamèthylènediamine).
[La production de ceUe série de colorations (roug'e plus ou moins nuancé de violet, passant au lilas, puis au violet franc) paraît due à la présence du noyau pyridique, car on observe la môme réaction colorée, avec intensité et série de colorations identiques, dans la réaction de la solution sulfurique de permanganate de potasse sur les bases suivantes : pyridine^ picoline, lépidine, spar^ téine^ pilocarpine, nicotine. Les ammoniaques composées donnent une coloration bleue, intense mais fu^i^ace].
Traitement. — Enlèvement rapide du poison de l'eslomac, de l'intestin et des reins (diurétiques) ; les symptômes morbides seront combattus par des excitants externes et internes, soit, le cas échéant, par la respiration artificielle longtemps continuée.
La PARAGONIGINE (G^H^^Az), base obtenue synthétiquement,
CICUTA VIROSA 675
ainsi que I'isocicutine (G*H*^Az) agissent d'une manière analogue à la conicine. *
Le Lichtensteinia interrupta (E. Mey.) possède une racine toxique qui provoque de la céphalée, etc.
Les fruits de persil^ Apium petroselinum (L.), contiennent une huile éthérée dont on peut obtenir I'apiol cristallin. Donnés à la dose de Ogr.6 à Ogr.8, Tapiol et I'iso-apiol provoquent chez l'homme : pouls dicrote, arythmie cardiaque, céphalée, ivresse, troubles digestifs et fièvre. De par son action sur les grenouilles, lapiol est identique au Safrol. Il provoque, chez les animaux a sang chaud, l'inflammation de la peau et des muqueuses (1).
CICUTA VIROSA (L.). — La Ciguë viveuse possède un rhizome poly-annelé vert, à saveur rappelant celle du persil ; à l'intérieur il est divisé par des cloisons transversales en loges où se trouve un suc laiteux à odeur repoussante. Le principe toxique du rhizome doit être cherché dans la gigutoxine résinoïde soluble dans l'alcool et l'eau chaude (2). Les causes des empoisonnements par le rhizome consistent en : méprises (on l'a pris pour la rave, le persil, le panais, l'acore), absorption du suc par des enfants qui voulaient en préparer un sifflet (3), et tentatives de suicide (4). La dose léthale de cicutoœine est de Ogr.002 à Ogr.003 pour les grenouilles et de 0gr.05 par kilo de chat. Gomme c'était déjà connu il y a presque cent cinquante ans, le suc exprimé des liges et des feuilles de ciguë aquatique est non toxique, et les chiens en supportent jusqu'à 15 à 180 gr. Les phénomènes toxiques se manifestent chez les animaux après quinze à trente minutes, chez les enfants ils sont survenus, dans quelques cas isolés, pendant qu'ils étaient en train de manger le rhizome; la mort, chez l'homme, a lieu ordinairement dans l'espace de trois heures, dans un cas elle ne fut notée qu'après seize heures.
(1) Hefftkr. Avch, f. exp. Patk. u. Pharm,, Bd XXXV, p. 305.
(2) BôHM, Afrh. f. exp. Path. u. Pharm., Bd V, p. 284.
(3) CanstaU's /ahresber,, 1851, Bd V, p. 284.
(4) Trojanowski, Dorpat, med. Zeitschr,, 1874, V, p. 181.
L'absorption et rélimination de la cicutoxine s'effectuent avec lenteur. Le symptôme caractéristique consiste en ce que les animaux, outre rhyperexcitabilité réflexe, sont atteints de convulsions cloniques ou toniques débutant par des cris violents, du tremblement et l'accélération de la respiration ; chez les g-renouilles qui se gonflent comme à la suite de la picrotoxine, les convulsions persistent des journées entières et pendant tout ce laps de temps la respiration est arrêtée. Les doses élevées provoquent l'élévation de la pression sanguine (excitation des centres vaso-moteurs bulbaires) et l'accélération du pouls, tandis qu'à petite dose elle ralentit le pouls (excitation centrale du pneumogastrique).
L'administration de la ciguë vireuse provoque chez Thomme : nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée, gonflement de l'estomac, sensation de vertige cttitubation comme dans Tivresse alcoolique. Le pouls est petit, lent, parfois intermittent, la respiration est accélérée, stertoreuse, la peau se refroidit, la face pâlit et les pupilles sont dilatées et immobiles (1). La sensibilité, y compris le réflexe cornéen, peut être complètement abolie. La conscience est parfois conservée, mais ordinairement le malade est sans connaissance. Dans la plupart des cas surviennent par accès des convulsions épileptoïdes (les malades émettent un cri particulier), ou bien l'on observe du tétanos et du trismus : la face devient rouge-foncé, les lèvres sontcyanoséeset de l'écume sanguinolente peut s'écouler. En cas d'opisthotonos, l'urine est évacuée en jet, tandis que le cœur et la respiration s'arrêtent transitoirement. La mort survient dans le stade convulsif ou dans le stade léthargique qui le suit; la guérison n'a lieu, dans la majorité des cas, qu'après quelques jours.
Les lésions trouvées à l'autopsie ne sont nullement caractéristiques. Les cadavres résistent longtemps à la putréfaction. Lorsque l'estomac et l'intestin ne contiennent plus de restes delà plante, la recherche se fera en en extrayant le contenu par l'élher et en instituant des expériences sur les animaux avec le résidu après éva}>oration de l'éther. Les décoctions du rhizome de ciguë
(i) Mëyer, Med, Zeit, d, Veveins f. Heilk., 1842, p. 178.
OMBELLIFÈRES t)77
aquatique donnent une fluorescence bleue {pmhellifèrone = oxy^ coumarine).
Traitement. — Evacuation rapide de l'estomac et de l'intestin et administration consécutive de tannin ou de teinture de noix de g^alle dans une grande quantité d'eau. Les convulsions seront combattues par les opiacés et l'inhalation de chloroforme.
Pimpinella anisum (L.). — L'huile éthérée des fy^uits (Tanis contient de I'anëthol ainsi que du paramëthoxypropënyl- BENZOL. L'ingestion de Vhiiile éthérée cCanis tue les lapins. L'application externe d'une petite quantité de cette essence suffît pour amener, chez les oiseaux, la mort avec des phénomènes narcotiques. L'anéthol provoque dans le tissu cellulaire souscutané une infiltration nécroso-purulente.
CaYiim carvi (L.). — Le cumin des prés fournit Y essence de cumin constituée de limonène et de carvol. Les lapins périssent en cinq heures à la suite de 15 gr. d'essence qui s'élimine en partie par les poumons. Surviennent chez eux : parésie et hyperesthésie, pouls faible à peine perceptible, respiration laborieuse, abaissement de la température. Quant à Thomme, 4 gr. suffisent déjà pour provoquer : frissonnements, chaleur, céphalée, vertiges et délire (1).
Chrvrophyllum bulbosum (L.). — Les semences de chérophylle bulbaire provoqueraient de la céphalée et du vertige. Bouillies, les racines et les parties vertes pourraient, à ce que l'on prétend, flre ingérées sans inconvénient aucun. — Ch. temidum(L.). Le cerfeuil penché provoque des phénomènes de dépression cérébrale et de l'inflammation locale, chez l'homme et les animaux : diarrhée, titubation, paralysies généralisées ; et le Ch.silvestre (L.) {Persil d'âne, Cocue) provoque, en outre, de l'excitation psychique.
Sium latifolium (L.). Cette plante et d'autres espèces possèdent une racine vénéneuse : à ce que l'on prétend, elle provoquerait de la manie. Une poignée de la racine fragmentée détermina
(i) LiLiENFELD, cilé par HusEMANN ct HiLGER, P/lansenstoffe, 1884, p. 938.
chez les bœufs des sueurs, du mugissement; ils se roulaient par terre, frappaient la tête sur le sol, les yeux se convulsaient. Beaucoup de ces animaux succombèrent. Les feuilles sont mangées en salade.
Anthriscus vulgaris (Pers.). — Le cerfeuil cultivé provoquerait chez l'homme du vertige et de l'engourdissement.
Fœniculum capiUaceum (Gilib.). — Les huiles de fenouil peuvent contenir : anêthol^ carvacroly phellandrène^ pinéne, dipentêne. Administrée à la dose de 21 gr. environ, l'huile de fenouil provoque chez les lapins : dyspnée, aflFaiblissement de l'énergie cardiaque, hypo-esthésie avec diminution du pouvoir moteur, et la mort survient dans l'espace de trente-six heures.
ŒNANTHE CROCATA (L.). — Le pensacre (persil laiteux) contient un suc laiteux toxique qui ne tarde pas à prendre à l'air une coloration jaune foncé. Le principe toxique de l'œnanthe a déjà été envisagé dès 1830 comme une résine. Cette masse résinoïde brun-foncé appelée maintenant œnanthotoxine, tue les grenouilles à la dose de quelques milligrammes et les lapins, à la dose de Ogr.015 par kilo, avec des convulsions rappelant celles causées par la picrotoxine (I). La racine a provoqué des empoisonnements chez les adultes et les enfants qui l'avaient prise pour du persil odorant, des carottes ou d'autres racines comestibles (2). Ainsi, en 1765, sur dix-sept soldats du régiment de Flandre l'ayant mangée, il en est mort deux ; en 1869 sur vingtsept personnes il y en avait quatre de mortes; et en 1880 sont survenues cinq issues fatales. La racine donnée dans un potage fut employée dans une tentative d'homicide, et un empoisonnement par la décoction de la racine eut lieu par méprise (3). La mortalité s'élève à 50 p. 100 environ. L'empoisonnement fut provoqué déjà chez l'homme par l'ingestion d'une partie de racine longue de un pouce, et la mort fut amenée par une racine et
(4) PoHL, Arch. f, exp, Path. u.Pharm,, Bd XXX, 1894, p. 259. {i) BAMFTOîi, Lancet, i88i, 2i mai, p. 823 et 1891, I, p. 1189. (3) NiGOL, CanstaWs lahresber., 1856, Bd V, p. 142.
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demie. La mort d'une vache fui provoquée par ringestion de la racine à la dose de 650 g'r., et l'extrait alcoolique de 80 gr. de racine amena la mort foudroyante des porcs (1). 2 gr. de racine ont tué des cobayes (2). La mastication de la racine provoquerait dans la bouche de l'inflammation et des bulles (3). La tige et les feuilles de la plante ne sont pas toxiques. Les premiers phénomènes toxiques peuvent apparaître quinze minutes, ou bien tarder une à deux heures après l'ingestion de la racine ; la mort a lieu après cinq minutes à une heure, mais aussi seulement après trois à quatre heures ou même le neuvième ou onzième jour.
Marche de l'empoisoimement chez l'homme. — Ou bien le malade s'aflFaisse brusquement, après un certain temps, en émettant un cri perçant, il survient des vomissements, la face devient verdâtre et il perd connaissance, ou la perte de connaissance est précédée de : sensation de brûlure à la bouche et au nez, renvois, vertiges, faiblesse, sensation de froid, agitation, secousses légères ou tressautements des muscles et des articulations, troubles du langage et, de temps en temps aussi, coliques. Dans des cas isolés, on a observé aussi des impulsions à exécuter des mouvements. Pendant la perte de connaissance surviennent : écume sanguinolente à la bouche, convulsions cloniques et toniques persistant parfois longtemps, ainsi que trismus et mydriase et quelquefois ralentissement des battements cardiaques. La respiration est, dans la majorité des cas, laborieuse, pouvant même aller jusqu'à l'orthopnée, et le malade est parfois atteint d'anesthésie générale. Dans les cas se terminant par la guérison, le malade revient graduellement à lui. Le malade peut avoir perdu la mémoire de Pempoisonnement. Le rétablissement peut avoir lieu dans l'espace de deux à trois jours.
Autopsie. — Dans des cas très rares, on a trouvé le tractus intestinal enflammé ou des hémorrhagies et des ulcères à la grande courbure de l'estomac et dans la portion supérieure de l'intestin.
(i) Bellancy, Canstatfs fahresb., 4856, Bd VI. p. 24.
(2) Andouard, Gaz. heàdom., 1880, 18 juin, n» 25, p. 406.
(3) Bry, Recueil périod. de la Soc. de Aféd., t. LXXXII, p. 298.
Si les parties vég-étales ne se trouvent pas dans l'intestin, il est impossible de déceler le poison à l'aide des réactions chimiques.
Traitement. — Enlèvement du poison de l'estomac et de l'intestin, sinapismes aux cuisses et au thorax et bouteilles chaudes aux pieds, frictions, analeptiques. Mais mc^me le lavage de Testomac n'assure pas la marche favorable de l'empoisonnement.
UŒnanthe fisttilosa (L.) posséderait également un suc toxique.
JETHUSA CTNAPIUM (L.). — he persil de chien (éthtcse /xnùx-persil) est considéré comme vénéneux. Tout récemment, sur six personnes l'ayant mangé à la place du persil et ayant été atteintes de cholérine, il y aurait eu deux morts (1). Il existe aussi des expériences sur les animaux témoignant de la toxicité du sucdes feuilles et de la racine (il est vrai, administré à des doses extrêmement élevées) (2). Mais le contraire est aussi affirmé (3). Les vaches auraient présenté à la suite de son ingestion : ptyalisme, diarrhée, secousses, paralysie des membres, etc. D'autre pari, les chèvres mangeraient volontiers la plante, mais le lait fourni par elles serait nuisible pour l'homme.
Le suc exprimé de la plante jusqu'à la dose de 120 gr., les doses élevées de teintures préparées avec des semences à tous les degrés de maturité, ainsi que la résine visqueuse jusqu'à la dose de Ogr.6 n'auraient provoqué chea Thomme aucun phénomène toxique. Les animaux domestiques herbivores supportent bien les feuilles; par exemple, un cheval en a pu manger 500 gr. sans accident aucun. J'ai fait ingérer aux lapins la racine de la petite ciguë sans qu'ils en tombassent malades. Les soi-disant phénomènes toxiques chez Thomme consisteraient en : nausées, parfois vomissements, gêne de la déglutition, douleurs au pharynx et à l'estomac, pouls petit, convulsions et perte de connaissance (4).
Le Ligusticum levisticum (L.) bouilli dans de la bière, empoi-
(i) KoBERT, Lehrb. d. Intoxicat., p. 633.
(2) Orfila (trad. allem.;, Lehrb. d, ToxikoL, Bd II, p. 448.
(3) Harley, St. Thomas ffosp. Rep., 1877, XXVI, p. 8.
(4) Magasin fur die Heilk., Bd XXI, p. 248 et Bd XXXI, p. 375.
sonna deux filles dont une en mourut. La racine contiendrait un poison pendant la période de floraison.
Heracleum Sphondylium (L.). — La Grande Berce possède une racine remplie d'un suc laiteux jaune. Les fruits fournissent une huile éthérée. Le suc acre s'écoulant lors du décollement des branches provoquerait l'inflammation érisypélateuse des tissus avec lesquels il vient en contact (1). La racine est mangeable comme légume. L'//. lanatum (Mieux.) agit, lui aussi, comme vésicant.
La racine de Daucus Carota (L.) (carotte commune) tue les souris.
Le Ferula Narthex (Boiss.) et d'autres espèces de Ferula fournissent VAsa fœtida qui, employé comme médicament, a provoqué à plusieurs reprises : irritation stomacale, intestinale et rénale, ainsi que phénomènes cérébraux dépressifs. Cette plante est vénéneuse en février et en mars. Les brebis y sont le plus sensibles. Les symptômes toxiques n'apparaissent chez ces animaux et chez d'autres qu'après une fréquentation des pâturages durant six à huit jours. Ce sont des épistaxis, de l'hématurie, des hémorrhagies intestinales, etc.
Le Thapsta garganica (L.) produite la peau : démangeaisons et bulles et, en cas d'application prolongée, pustules et ulcérations. En sont atteints les ouvriers qui en préparent les extraits. Donné à l'intérieur, il est suivi de vomissements et de diarrhée.
Le Pastinaca sativa (L.), enfoui longtemps dans le sol, deviendrait vénéneux. La littérature médicale contient un grand nombre d'empoisonnements par de soi-disant Pastinaca caractérisés par : engourdissement, secousses, coma, troubles respiratoires et cardiaques, tuméfaction de la langue, etc. Vraisemblablement, il s'agit, dans ces cas, d'espèces de Sium ou d'autres ombellifères toxiques que l'on a pris pour cette plante.
(1) Martens, BulL de VAcad, belge, 1857, p. 9.
ARALIAGÉES
VAralia spiyiosa (L.) irrite la peau.
Polyscias nodosa (Seem.) [Eupteron nodosum (Miq.)]. Les feuilles eng-ourdissent les poissons.
Hedera Hélix (L.). — Les semences de lierre commun renferment un acide hèdérique^ les feuilles et les racines contiennent un glucoside {hèlixine ou hèdèraglucoside). Le sarcocarpe est toxique. L'ingestion des baies aurait amené la mort des enfants. La croyance qu'une boisson de lierre rendrait fou était répandue dans l'antiquité.
CORNACÉES
Marlea vitiensis (Benth.) diminue chez les grenouilles l'action du cœur et provoque du vomissement. Le principe actif serait un alcaloïde, peu soluble dans l'eau et l'alcool dilué, insoluble dans le chloroforme et l'éthér.
GAPRIFOLIACÉES
LONICERA XTLOSTEUH (L.). — Les baies de chêvre-feuille des haies qui contiennent l'amer xylostéinê, ont provoqué chei les enfants des empoisonnements même mortels. Surviennent chei les lapins après l'ingestion de cinq à sept baies fraîches : respiration ralentie, polyurie, diarrhée, paralysie et convulsions, et la mort a lieu après quelques heures (1).
L'administration des baies fut suivie chez les enfants de : congestion intense vers la tête et la poitrine, vomissements, diarrhée même sanguinolente (2), rétraction de l'abdomen, coliques, engourdissement, secousses musculaires dans les membres couverts de sueurs froides, lèvres sèches, respiration profonde, face rouge,
(i) Blattmann, Schweiz, Zeitschr. f, Heilk., N. F., Bd III, p. 213. (2) Jabn, Casper's. med, \^ochen8chr„ 1834, p. 293.
GAPRIFOLIACéES RUBIACÉES 683
mjdriase, pholophobie, conjonctives injectées et pouls irrégulier. La guérison peut survenir dans l'espace de trois jours.
Sambucus ebulics (L.) (hiêble) et S. racemosa (L.) (sureau à grappes). — Des enfants ayant mangé les fleurs, les feuilles, l'écorce, le suc de la racine ou les baies (1) de cette plante furent atteints d'une aflFection caractérisée par : vomissements, état douloureux de la muqueuse buccale, diarrhée même sanguinolente, douleurs abdominales, cyanose, vertiges, céphalée, perte do connaissance et mydriase. La guérison peut survenir dans un délai de quatorze jours environ, mais l'aflFection peut aussi se terminer par la mort. L'écorce de S. nigra (L.) {sureau noir) provoque chez les animaux : polyurie, vomissements et diarrhée. Les mêmes symptômes surviennent chez l'homme à la suite des doses élevées de fleurs de sureau.
Viburnum tinus (L.). — La viorne commune dénommée aussi Lauy^us tinus possède des baies qui peuvent provoquer de la cholérine. Les feuilles de F. ca55moërfe?5(L.) provoquent, elles aussi, de la gastro-entérite et amènent même la mort.
Symphoricarpos racemosus (Mieux.). — La symphorine est non toxique pour les lapins ; néanmoins quatre enfants en ayant mangé beaucoup, furent atteints des phénomènes d'intoxication que voici : cholérine, délire et état comateux. L'expulsion des baies par vomissements amenda leur état (2).
RUBIAGÉES
Le Cephalantus occidentalis (L.) contient une substance amère, la GÉPHALANTINE qui, à la dose de Ogr.2 par kilo d'animal, amène la mort en décomposant le sang : les globules sanguins se dissolvent. On trouve dans l'urine de l'oxyhémoglobine, ou de la méthémoglobine. Surviennent : convulsions, vomissements, diarrhée, paralysies, ictère. Les canalicules urinifères s'obstruent (3).
(1) Leduc et Chevalier, Journ. de chim. méd., 1844, oct.
(2) Amyot, Bril, med, Journ., 4885, I, p. 986.
(3) MoHRBERG, Dorpat. Arb., VHI, 4892.
Le Sarcocephalus esculentus (Afzel.) fournit Vécorce Doundakè et renferme deux résinoïdes azotées (1). Quant à l'assertion ancienne d'après laquelle une partie constituai;! le de cette écorce produirait de la catalepsie et des troubles respiratoires et cardiaques, d'où son emploi par les indigènes du Rio-Nunez dans le but d'envenimer les flèches, elle est sujette à caution jusqu'à plus ample informé.
Mitragyna speciosa (Korth.). — Les feuilles seraient employées à la presqu'île de Malacca comme succédané de l'opium (2).
L'Uncaria glabrata (DC.)> ^'U. pilosa (Roxb.) et VU. ovalifolia (RoxB.) contiennent un alcaloïde qui paralyse la respiration.
CINC^ONA (L.). — QnnriME. — Les empoisonnements par la quinine ont eu pour causes : erreurs dans la préparation, prescription des doses par trop élevées et méprises (on l'a prise pour un autre médicament). Les enfants ont été intoxiqués par 1 à 2 g-r., mais ils ont eu la vie sauve après 3 gr. (3); parfois on rencontre des adultes qui n'en supportent pas mt>me de petites doses. Les doses de 3 à 4 gr. (en une seule fois) et de 5 à 7 gr. (en vingt-quatre heures) peuvent être considérées comme doses toxiques, parfois même léthales, quoique, dans certains cas, on ait toléré des doses encore plus élevées. Ainsi, on prétend que, dans un cas, 30 gr. de sulfate de quinine n'auraient provoqué que de la surdité et un sommeil profond et, dans un autre cas, 1 1 gr. ont été suivis d'une maladie de quelques jours sans que la mort s'ensuivît. Mais, en revanche, on l'a vue survenir dans l'espace d'un jour et demi environ après l'administration de 3gr.5, dont les premiers 3 gr. furent pris le premier jour en douze fois (4). L'apparition et la marche de l'empoisonnement, dans un sens favorable ou défavorable, peuvent, dans des limites extrêmement étendues, être influencées par l'individualité, l'idio-
(i) Hegkel et ScHLAGDENHAUFFEN, C R, dc l'Ac, d. Sc , t. C, p. 69.
(2) Holmes, Pharm, Joum., 1895, n» 180i, p. 1095.
(3) Wright, New- York med. Joum,, 1884, 2 fevr.
(4) London med. Gaz,, juin 1843.
CINCHONA — QUININE 685
syncrasie, l'accoutumance, les maladies (fièvre typhoïde, lésions cardiaques, etc.). Le remède s'élimine en majeure partie par Tiirine où on peut le déceler chez les sujets bien portants après une à trois heures et, chez les malades (mal de Brig-ht, tuméfaction chronique de la rate), plus tard : elle s'y trouve pendant plusieurs jours. Une partie se transformerait en dihydroxylquinine (1). De petites quantités de quinine passent aussi dans le lait, la peau, les larmes, la salive, l'intestin (2), la bile et le foie, ainsi que dans la circulation fœtale. Le nouveau-né élimine eu soixante-douze heures, environ, la quinine prise par lui pendant la vie intra-utérine. D'après Merckel, 86 à 88 p. 100 de la quinine est entièrement détruite dans le corps des chiens. Les 12 à 14 p. 100 restant apparaissent dans l'urine comme un produit basique de métamorphose de la quinine, produit qui se forme aux dépens de cette dernière de telle sorte qu'il y ait eu en même temps alkylisation et oxydation de la molécule de quinine sans introduction directe d'oxygène dans la molécule.
Les mouvements amœboïdes des leucocytes sont abolis par la quinine (3), comme le font aussi un grand nombre d'autres substances (camphre, iodoforme, etc.). Donnée à doses élevées, elle abaisse la pression sanguine, paralyse le centre vasomoteur et diminue ou abolit l'excitabilité réflexe (4).
La quinine, à Ja dose de 2 gr., provoque chez les chiens : vomissements, mydriase, respiration laborieuse, immobilité, tremblements et convulsions, et la mort survient dans l'espace de vingt-deux heures (5); chez les lapins, c'est la paraplégie (train postérieur) qui se rencontre dans la majorité des cas.
Ont été observés chez Thomme, à la suite de l'administration des doses toxiques ou en cas d'idiosyncrasie (6) : parfois saignements de la gencive, gastralgies qui peuvent s'irradier au loin-
(4) Kerner, Arch. f. d, ges. PhsioL, 1870, p. 93.
(2) Weutschkowski, Pe/er*ô. med, Wochenschr., 1876.
(3) BiNz, Arch, fur path. Anat , Bd XLVII, p. 159.
(4) Voir G. PoucHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, 3e série, qui coDtienneDt la meilleure description des qualités biologiques de la quinine.
(5) Méuer, Afém. de VAc. de Méd., t. X, 1843, p. 725.
(6) Pour la bibliographie, v. L. Lewin, Nebenwirk. d. Areneim,, 1899, p. 400.
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tain, vomissements apparaissant après quelques heures, diarrhée parfois sanguinolente ; de plus, tuméfaction des lèvres, ou de la langue et de la face, et salivation. Quant à l'albuminurie, à Fischurie et à l'hématurie (hémoglobinurie, méthémoglobinurie), elles ne surviennent que rarement. L'avortement survenant, dans n'importe quelle période de la grossesse, de cinq minutes à une heure après l'administration de la quinine, a été souvent observé, même sans que l'on pût en rendre responsable une fièvre concomitante (1). L'épistaxis et les hémoptysies ont été souvent observées après l'emploi de la quinine. Surviennent aussi : éruptions cutanées (érythème scarlatineux, inflammation cutanée érisypélatoïde ou gangreneuse, urticaire, eczéma, bulles, pétéchies, etc.) ainsi qu'oedème cutané (2) et enanthèmes. La fièvre peut accompagner les exanthèmes, mais elle peut aussi apparaître toute seule. Voici les troubles nerveux observés : troubles mentaux (mélancoliques ou maniaques) persistant des heures ou des mois entiers, accompagnés ou non d'hallucinations des divers organes des sens, états d'angoisse, céphalée, vertige, hyperalgésie, rarement anesthésie aux membres, contractions idio-musculaires, tressautements des muscles, convulsions cloniques ou tétaniques et hémiplégie. Ces symptômes peuvent s'associer aux troubles visuels et auditifs suivants : immobilité pupillaire, diminution de l'acuité visuelle (lumière et couleurs), rétrécissement du champ visuel, diminution du sens lumineux et des couleurs, cécité transitoire ou persistante : dans ce dernier cas, les seuls signes objectifs trouvés à l'examen ophthalmoscopique sont la constriction très accusée des vaisseaux rétiniens et la pâleur des papilles, dont les contours sont parfois nuageux (3); ces troubles visuels sont souvent accompagnés de : bourdonnements d'oreilles, dureté de l'ouïe, surdité passagère ou permanente, probablement non de cause nerveuse, mais par suite de Pinflammation de l'oreille interne. La quinine provoquerait aussi du mutisme. Le collapsus
(i) Lewin und Brenning, Die Fruchtabtreibung durch Ci/Ye, 4899, p. 244.
(2) Heusinoer, Berl, klin, Wochenschr., 1877, p. 361.
(3) Voir dans G. Poughet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, 3« série, p. 217, la description des lésions de l'appareil nerveux de Tœil déterminées par la quinine
CINCHONA — QUININE 687
avec face cyanosée et peau [froide se rencontre assez fréquemment. La respiration peut devenir irrégulière, stertoreuse et s'associer à l'angoisse précordiale, à la toux ou à une sensation d'étouflFement. La mort, par paralysie du centre respiratoire, peut avoir lieu dans le collapsus, précédée ou non de convulsions. Un homme atteint de rhumatisme articulaire aigu ayant pris 3gr.5 de sulfate de quinine, se mit brusquement à se rouler dans le lit, du délire violent éclata et la mort s'ensuivit dans quelques heures. Ordinairement, l'intoxication se termine par laguérison. La guérison ne survint que petit à petit dans un cas où 22 gr. de sulfate de quinine avaient été pris par méprise.
Les lésions trouvées à Taotopsie des sujets et des animaux morts empoisonnés par la quinine, à savoir, congestion des organes internes, sont sans valeur aucune au point de vue du diagnostic.
Recherche. — Une solution de quinine additionnée d'eau chlorée (ou bromée) fraîche et d'un peu d'ammoniaque, prend une coloration vert émeraude [Thalléiochiney vert de Kœchlin). Lorsqu'une solution alcalinisée d'un sel de quinine est agitée avec l'éther ou le chloroforme, la quinine extraite par ces dissolvants s'obtient à l'état amorphe après leur évaporation. Pour l'obtenir à l'état plus pur, elle sera traitée par l'éther de pétrole, le chloroforme, ou le benzol. Si le résidu obtenu est chauflFé avec un mélange d'acide sulfurique dilué et d'une solution alcoolique d'iode diluée, on voit se former des cristaux en forme de petites feuilles présentant à la lumière incidente un éclat vert métallique (Hérapathite). Les solutions des sels de quinine sont lévogyres ; en solution dans l'acide sulfurique ils possèdent une fluorescence bleue et leur saveur est amère.
Traitement. — A l'exception des troubles visuels et auditifs plus accusés, la plupart des phénomènes d'intoxication quinique disparaissent spontanément. Contre les premiers, Graefe a eu recours, sans succès bien brillant, à la saignée locale aux tempes. 11 serait plus utile de prescrire les inhalations de nitrited'amyle. Le collapsus, dangereux pour la vie du malade, sera combattu à l'aide des frictions avec des draps chauds, des sinapismes et de l'administration des stimulants; contre les troubles respiratoires, on pratiquera la respiration artificielle. Le poison se trouve-
688 POISONS VEGETAUX
t-il encore dans Tesloinac, on s'en débarrassera à l'aide des vomitifs ou des lavages de restomac. Le meilleur procède pour prévenir V intoxication quinique dont souffre d'une façon inconsciente plus d'un voyageur soi-disant atteint d'une maladie des pays chauds j cest d^ administrer la quinine d'une manière intelligente^ non routinière.
La QUINIDINE ou la conquinine, contenue très souvent dans le sulfate de quinine, provoque des vomissements chez les chiens(l). Donnée à la dose de 1 gr. à lgr.5, elle fut suivie chez l'homme de vomissements et affaiblissement du pouls, et, dans un cas où un typhique en avait pris 4gr., il est survenu du collapsus avec perle de connaissance, respiration et pouls intermittents. La mort se produisit au bout de sept jours (2). On a observé en outre : troubles cérébraux et des organes des sens comme avec la quinine, œdèmes étendus du corps et même ascite.
CINCHONINE. — Donné à doses toxiques, cet alcaloïde peut, pendant plusieurs jours, être décelé dans l'urine (3). Les doses élevées diminuent l'excitabilité des muscles (4). Le chlorhydrate de cinchonine a provoqué chez les animaux : vomissements, écoulement de mucus par la bouche et convulsions (3). La dose léthale pour les chiens est de Ogr.lo par kilo d'animal. L'administration de0gr.6à lgr.2 fut suivie chez rhomme de : sécheresse de la bouche, du pharynx et de l 'arrière-cavité des fosses nasales (5), ou salivation, gêne de la déglutition, vomissements, céphalée, vertiges, coliques, ténesme, amblyopie, bourdonnements d'oreilles, accélération du pouls et lipothymies. Les solution-s aqueuses de sulfate ne donnent pas de fluorescence, ne fournissent pas la réaction de la thalléiochine et sont dextrogyres.
(1) CumoNE et CuRGi, Lyon tnèd., 1881, n" 41.
(2) Strûmpell, Berliner klin. Wochenschr., 1878, no46, p. 681.
(3) JoHANSEN, Beitr^ z, Kenntn. d. Cinchoninresorpt,y Dorpat, 1870.
(4) Robert, Arch. f. exp, Path. u. Pharm., Bd XV, p. 49.
(5) Albertoni, Arch. f, exp. Path, u. Pharm., Bd XX, p. Ht.
CINCHONIDINE — CINCHONAMINE 689
GINCHONIDINE. — Cet alcaloïde isomère avec la cinchoiiine esl lévogyre, son sulfate ne donne pas de fluorescence. La cinchonidine peut donner naissance à des empoisonnements et même amener la mort. Elle produit des convulsions chez les chats et les chiens (même indépendantes du cerveau), l'abolition de Texcitabilité réflexe et de l'ataxie (1). La dose léthale pour les chiens est de Ogfr.2 à Ogr.4 environ par kilo d'animal.
Employée thérapeutiquement, la cinchonidine peut donner naissance à : exanthèmes, tuméfaction de la face, vomissements, gastralgfies, troubles auditifs et visuels, vertiges, insomnie, céphalée, tremblements et tressautement des tendons. Chez un enfant ayant pris par mégarde 7gr.2 de sulfate de cinchonidine en six heures, on a vu survenir : convulsions et collapsus, hypothermie (jusqu'à 35°), pouls imperceptible, pâleur de la peau, mydriase et altérations de la conscience. Mort le lendemain matin. — Autopsie : Anémie cérébrale.
QUINOÏDINE. — Composée essentiellement de ^w/Vi/;2é?amo/7?/;c, (le qianidine et de cinchonine^ elle amène chez les animaux, à doses relativement petites, la mort en quatre à six heures au milieu de vomissements et de convulsions. A la dose de 10 gr., elle a provoqué la mort d'un adulte, et, à la dose de 5 gr., celle d'un enfant en une demi-heure (2).
CINCHONAMINE. — Le sulfate de cet alcaloïde obtenu du Remi^ jia Puy^dieana (Wedd.) produit : salivation, affaiblissement de l'énergie cardiaque jusqu'à arrêt en diastole et convulsions toniques. Les convulsions éclatèrent chez un homme à la suite de lgr.2. Le chloroforme les fait cesser.
Le Randia dumetorum (Lam.) est employé comme poison pour poissons. Les semences agissent comme émétique.
Le Chiococca anguifuga (Mart.) et le Ch. racemosa (L.) provoquent : nausées, vomissements et diarrhée.
(1) J.-E. WiNTERs, New- York meil. Journ.f 'i févr. i88i.
(2) M. TiDY, Uncet, 13 juillet 1872, p. 41.
Toxicologie. 44
COFFEi ARABICA (L.). — La caféine {théine^ triméthylxanthme^ mèthyWiéobrominé) cristalline se trouve dans les semences de Coffea arabica^ les feuilles de Thea chinensis (L.), à^Ileœ paraguayensis (St. Hil.) (Maté) et d'/. Cassine (Walt.) {thé des Apor lâches) y les fruits de Paullinia sorbilis (Mart.) {jpàte Guarana) et les fruits de Sterculia acuminata (Beauv.) noix de Kola. Les empoisonnements ont eu pour causes : méprises (on l'a prise pour une autre substance), doses thérapeutiques par trop élevées ou absorption des infusions par trop concentrées (1) pour provoquer l'avortement. L'accoutumance permet d'en supporter des doses plus élevées. L'empoisonnement peut déjà avoir lieu après Ogr.S de caféine pu quatre tasses de café fort. Mais la guérison fut encore obtenue après 4 gr. de caféine (2), après l'absorption d'une infusion préparée avec deux cent cinquante fèves de café (3) et après l'absorption de trente-deux tasses de café fait avec cent vingt-huit fèves torréfiées (4). Prennent également part à l'action toxique les produits empyreumatiques des fèves de café torréfiées {Cafêone) qui excitent le cerveau. La caféine a été fréquemment administrée à la dose quotidienne de 2gr.5, sans inconvénient aucun (5). Les chiens périssent à la suite deOg-r.o de caféine par kilo en injection sous- cutanée, les chevaux avec Ogr.2, les bœufs et les cochons avec Ogr.3 par kilo.
La caféine à fortes doses élève la température du sang (6). Elle produit chez Rana temporaria une rigidité musculaire particulière ressemblant fortement à la rigidité cadavérique, chez R. esculenta, du téAanos réflexe (7); et chez les animaux à sang chaud : convulsions suivies de paralysies, salivation, accélération du pouls, abaissement de la pression sanguine à la suite des doses élevées et mort par paralysie cardiaque.
L'administration de la caféine fut suivie chez Thomme de : sensation de brûlure à la gorge, gastralgies, nausées, vomisse-
(1) Glemens, Deutsche Klin., 1867, n» 1, p. 4.
(2) RouTH, Lancet, 1883, 21 avril.
(3) Fort, Journ, de méd„ 1885, p. 8 ; — Cursghmann, D. Klin,, 1873, p. 337.
(4) Trosghel, Preuss. Vereinsseit,, 1843, 0° 21, p. 92.
(5) Bêcher, Wiener med. Blà/ter, 1884, n^^ 21, p. 640.
(6) BiNz, Arch. f. txp. Paih. u, Pharm,, Bd IX, p. 32.
(7) SCI1MIEDB.BERG, Avch. f, exf, Patk. u. Pharm.y Bd II, p. 72.
GOFFEA ARABICA CAFI^INE 691
menls, angoisse précordiale, engourdissement, bourdonnements d'oreilles, vertiges, agitation, tremblement des extrémités et collapsus avec pouls petit, irrégulier et refroidissement des membres. La conscience est conservée.
L'empoisonnement par Vinfusion de café s'est manifesté immédiatement ou après une à deux heures par : chaleur insupportable et congestion vers la tête, angoisse, sueurs, dyspnée, palpitations, ralentissement du pouls, fièvre, céphalée, perte de la parole, vertiges, douleurs lancinantes à l'abdomen, besoin impérieux d'uriner avec impossibilité de vider la vessie, diminution de la puissance et de l'excitabilité sexuelles, tremblements et délire, ^absorption du thé en quantités excessives fut quelquefois suivie de la tuméfaction du foie. La guérison a lieu, dans la majorité des cas, dans le cours de vingt-quatre à quarante-huit heures. Dans un cas, l'abdomen était encore météorisé et dur le cinquième jour après l'absorption du café, surtout dans la région vésicale; la vessie était très sensible à la pression. Une douleur tout à fait indépendante de la pression siégeait à la région sous-splénique. L'estomac était encore sensible, les aliments n'étaient pas tolérés. L'ischurie persistait toujours.
L'intoxication chronique par le café et le thé est fréquente, mais elle est rarement diagnostiquée. Ce sont les dégustateurs professionnels du thé qui en sont le plus fortement atteints. Les sujets jeunes, anémiques et décrépits, succombent à l'intoxication, parfois aussi les sujets robustes. On a observé : troubles gastro-intestinaux (anorexie, dyspepsie, douleurs épigastriques, nausées, vomissements, constipation), troubles cardiaques (palpitations, accès d'angoisse précordiale, troubles de la circulation sanguine), symptômes nerveux (affaiblissement du goût et de l'odorat, troubles visuels, bourdonnements d'oreilles, hystérie, neurasthénie, tremblements des mains, troubles du sommeil, hallucinations auditives), etc. Tout cela démontre que les TeatotalerSy en substituant à l'alcool des quantités correspondantes de thé et de café, n'absorbent pas de boissons complètement inoffensives (1).
(1) L. Lewin, Die yebenwirk. d. Avsneimittel, 3e édition, 1899, p. 247. — Voir éga-
Recherche. — La caféine est extraite de ses solutions acides ou alcalines par l'éther et aussi par le chloroforme. La caféine telle quelle n'est éliminée qu'en petite quantité par l'urine où la majeure partie arrive déjà à l'état de xanthine (1). Le produit obtenu sera évaporé au bain-marie en présence de l'acide azotique : le résidu additionné d'ammoniaque se colore en roug^ pourpre (réaction de la murexide).
Traitement. — Vomitifs, excitations cutanées, inhalations de nitrite d'amyle, injections sous-cutanées de morphine, ainsi que respiration artificielle. L'ischurie a été combattue efficacement par les bains de siège de vapeur, les sangsues, ainsi que les compresses humides.
L'ÉTHOXYCAFÉINE provoque chez les grenouilles : hypoexcitabilité réflexe, paralysies d'origine centrale et mort. Les cobayes furent tués par Ogr.l environ par kilo d'animal. Donnée à la dose de Ogr.5 à ! gr., elle a provoqué chez rhomme : frissonnements, nausées, vomissements, gastralgies, céphalée, vertiges et engourdissement (2). La MÉTHOXYCAFÉINE est moins toxique que l'élhoxycaféine. C'est seulement à la dose de Ogr.2 que I'hydroxyca- FÉINE agit sur les grenouilles à la manière de la caféine.
CEPHiELIS IPECACUANHA (Rien.)— Outre l'alcaloïde géphëune peu étudié, la racine (Vipèca contient encore de I'émétine. Le broiement et la pulvérisation ont souvent provoqué des empoisonnements dans les pharmacies et les drogueries. L'émétine, à la dose de Ogr.6, fait périr les chiens dans l'espace de quinze heures environ, et, à la dose de Ogr.05 (3), elle tue les lapins par paralysie cardiaque. La mort est précédée d'abaissement de la pression sanguine (4).
lement, au sujet de Taction de la caféine comme prétendu agent d'épargne : G. PouciiET, Action de la caféine et des caféiques sur la nutrition, Bulletin général de thérapeutique, t. GXXXV, 1898, p. 753.
{{) Albanese, Arch, f, exp. Path. u. Pharm., Bd XXXV, p. 461.
(2) FiLEHNE, Arch. f. Anat. u. Phys,, 1885, p. 85.
(3) Magendie et Pelletier, Journ. univers., 1816, t. IV, p. 322. î4) PoDWYssoTZKi, Arch, f. exp, Path, u. Pharm,, Bd XI, p. 231.
GEPHiCLIS IPECAGUANHA 693
L'ipécacuanha et l'éméline provoquenl rinflanimation des muqueuses et de la peau ; les frictions répétées font apparaître sur la peau des papules (1) ou des pustules ombiliquées (2). L'émétine en injections sous-cutanées peut s'éliminer en partie par l'estomac et l'intestin où elle peut aussi agir comme phlogogènf. L'inhalation de poussière cCipécacuanha fut suivie de : vomissements, sensation de constriction au pharynx, angoisse thoracique, asthme (3), toux convulsive, accès de suffocation, face livide (4), conjonctives injectées et tuméfiées et troubles visuels passagers ainsi que frissonnements. L'emploi thérapeutique de l'ipécacuanha provoque parfois : diarrhée avec ténesme, toux et dyspnée.
Lésions trouvées à Tautopsie des animaux : inflammation de la muqueuse de l'intestin et de l'estomac qui est ecchymosée, inflammation du parenchyme pulmonaire. L'émétine peut être dé^ celée dans l'urine et la bile. L'éther l'enlève aux liquides alcalins. L'intoxication par l'ipécacuanha sera traitée par les décoctions de racine de ratanhia,ou une solution de tannin à 2 p. 100. Les muqueuses irritées par la poussière d'ipécacuanha seront arrosées d'une solution de tannin.
Lasianthiis. Une espèce appartenant peut-être à ce genre est enaployée à Malacca comme poison des flèches (Prual). La drogue provoque au lieu d'injection des extravasats sanguins et de la rig-idité musculaire. Le « prual » est peut-être préparé aussi avec Coptosapelta flavescens (Korth.).
Palicourea. Les feuilles et surtout les fruits de plusieurs espèces de ce genre sont doués de propriétés toxiques. Les fruits sont employés au Brésil pour empoisonner les souris. Le P. Marcgravii (St.-Hil.) renferme un suc qui passe pour être toxique surtout pour les pigeons. Ce suc parait contenir un alcaloïde, la PAiiicouRiNE, et un acide myoctonique toxique. Le P. rigida
(i) Bazix^ Leçons sur lesaff, eut, artif., Paris, 1862, p. 106.
(2) Dblieux, Gat. de Paris, 1852, n© 6.
(3) GoTTSTEiN, Bresl. àrztl. Zeitschr., 1881, n' 15.
(4) Prieobr, Husrs Mag., Bd XXXrï, p. 182.
(H. B. K.) {Douradinhà) renferme une base paralysant les grenouilles à la dose de Ogfr.Ol et un second corps toxique.
Asperula odorata (L.). La reine des hoisy grâce à sa teneur en Coumarine (v. ce mot), peut provoquer des phénomènes du côté du système nerveux, mais elle peut aussi produire de la diarrhée et des coliques. La céphalée consécutive à l'absorption de la « boisson de mai » doit être attribuée à la coumarine.
VALÉRIANACÉES
La valériane^ Valeriana officinalis (L.), contient : essence de valériane (pinène, camphène, bornéol, formiate de bornyle, etc.) et acide valérianique (G^H*W). Tous deux diminuent Texcitabilité réflexe après l'avoir exagérée d'une manière transitoire. L'acide tue les lapins, à la dose de 6 à 8 gr., à la suite de gastroentérite. Donnée à doses élevées, la plante provoque ches rhomme ; coliques, nausées, renvois, diarrhée, céphalée, peutêtre aussi : vertiges, hallucinations, mydriase, délire, troubles visuels, besoin impérieux d'uriner et battements cardiaques irréguliers.
Le Vernonia nigritiana (Oliv. et Hiern) employé dans l'Afrique de l'Est comme fébrifuge (Batjentjor) contient dans la racine la VERNONINE (1) ressemblant légèrement, de par son action, à la digitaline. Le V. anthelmenthica (Willd.) tue les vers intestinaux.
UEupatorium perfoliatiim (L.) contient l'amer eupatorine qui forme un azotate cristallin. L'eupatorine s'est montrée toxique pour les souris.
UAgeratum conyzoides (L.) [herbe à pisser) irrite les reins.
Mikania Guaco(L.). — L'extrait de cette plante connue comme
(1) Heckel et ScHLAGDENHAUFFEN, BuUct, de VAc, de méd.y Paris, 4888, 33 mai.
antidote de la morsure des serpents, provoque chez les animaux : vomissements, diarrhée, accélération de la respiration qui devient en même temps plus superficielle, diminution de la fréquence du pouls, abaissement de la pression sanguine, albuminurie, abaissement de la température et mort (1). L'administration de la soi-disant partie constituante active, la guacine, est suivie chez rhomme de : vomissements et sueurs.
Grindelia robusta (Nutt.). Grâce à sa teneur en huile éthérée et en substances contenant de la saponine, il est aussi un poison pour l'homme.
UEuryhia Moschata contient le glucoside eurybine qui, à la dose de Ogr.7, provoque des vomissements chez les chats et tue les grenouilles à la dose de Ogr.05.
Le Pterigeron ascendens (Benth.) passe en Australie pour vénéneux.
Le Solidago odorata(Arr.) irrite la peau. Le S. virga aurea (L.) rend malades les chevaux qui en mangent en abondance et peut même les faire périr après un intervalle de deux semaines à trois mois, en déterminant les symptômes suivants : élévation de la température, œdème des cuisses et de l'abdomen, amaigrissement. La rate s'hypertrophie considérablement; elle peut arriver jusqu'à peser 5 kilos.
Le Clibadium asperum (DC.) possède une saveur amère et est employé dans l'Amérique du Sud pour engourdir les poissons, ainsi que le CL Barbasco (DC). Les feuilles mélangées avec de la viande sont roulées en boules que l'on jette dans l'eau : dans la plupart des cas les poissons en meurent (2).
Echinacea angusti/blia (DC). La racine provoque : salivation et sécrétion profuse de la sueur.
(1) Butte, Annales de la policlin,y 1890, p. 35. 60 et suiv.
(2) ScuoMBUKOK, Reise in brit, Guyana, 1848, II, p. 434.
L' Ichthyothere Cunabi (Mart.) est employé à la Guyane pour engourdir les poissons (I).
Le Xanthhim spinosiim (L.) est, dans certains stades de croissance, un poison pour les troupeaux. Plus désastreuse est encore l'action du X strtimarium (L.) qui, à l'état jeune et succulent, peut tuer jusqu'à 50 p. 100 du troupeau. Les expériences instituées à ce sujet ont démontré que, chez les bétes à cornes, il provoque la paralysie cardiaque sans convulsions.
Montanoa tomentosa (Llav. et Lex.). La décoction de feuilles incite prématurément les mouvements utérins. L'acide mon- TANOÏQUE agirait comme l'ergotine.
UHelianthus annnus (L.) affaiblit l'énergie cardiaque chez les animaux à sang chaud et à sang froid, abaisse la pression sanguine et produit le sommeil. La rate diminue de volume (2).
Le Spilanlhes Acmella (L.) sert dans les Indes pour empoisonner les poissons. Comme le S. oleracea (Jacq.), il semble posséder un principe acre qui commence par irriter les muqueuses pour les anesthésier ensuite.
Le Bidens frondosa (L.) provoque l'irritation et l'inflammation de la peau.
Le Schkuhria ahrotanoïdes (Roth.) tue les insectes.
Inida Helenium (L.). Donné à doses élevées le stéaroptène de VaunéeyVhuile d'aunèe^ hélénine, comme le font d'autres corps analogues, peut affaiblir l'énergie du cerveau et de la moelle épinière, d'où, entre autres, abolition de l'excitabilité réflexe, ou même paralysies.
Anacyclus Pyy'ethrmn (DG.) [Matricaria Pyreth7^m (H. Bn.) . La partie constituante active, la pelutorine est obtenue de la résine. Elle paraît être un dérivé de la pyridine; elle est analogue
(1) CoiiDREAU, Etudes sur les Guyane$, 1887, p. 166.
(2j TscHiRwiNSKY, Arcfi, f. exp. Path, u, Pharm., 1894, p 162.
à la pipérovalinc en ce qu'elle provoque des convulsions tétaniques (1). On vient d'obtenir de la racine de camomille^ Anthémis nohilis (L.) [Matricmna nobilis (H. Bn.)], une pyréthrine cristalline fondant à 46°, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eau, les acides et les alcalis, à saveur brûlante et provoquant sur la langue une inflammation (2).
Leucanthemum vulgare (Lam.). Il provoquerait à la peau des sujets très sensibles à son action : inflammation avec démangeaisons, chaleur et formation de bulles.
V Anthémis Cotula (L.) rubéfie la peau et, le cas échéant, y provoque la formation de bulles.
PTRETHRUM. — Le Pyvethrum roseum (Bieb.) [{Chrysanthemiim coccineumy Willd.)], le P. carneum (Bieb.), le P. caucasicvm (WuxD.) et le P. cinerarifolium (Trev.) fournissent la poudre insecticide. Les fleurs renferment une huile éthérée, un acide pyréthrotoxique, l'acide chrysanthémique volatil. Le C, cinerar?7&/mm contient l'alcaloïde chrysanthémine (G^*H**Az*0^) (.3). La poudre des plantes est un poison pour les insectes. Ses émanations provoqueraient de l'inflammation chez l'homme. Une femme qui en avait r^épandu beaucoup sur son lit fut atteinte de : céphalée, bourdonnements d'oreilles, pâleur de la face, douleurs à l'épigastre, nausées et phénomènes ressemblant à de la syncope (4). La déglutition de la poudre insecticide en grande quantité fut parfois suivie de troubles de la respiration et de perte de connaissance (o).
Le Centipeda orhicularis (Glarke) est suspecté dans quelques districts de l'Australie d'être un poison pour les troupeaux.
TANACETUM VULGARE (L.). — Vherhe aux vers renferme une
(4) DuNSTAN and Gahnett, Chemic, News, 1895.
(4) ScHNEEUANs, Saturfoi'schervers, in Frank furt a. M,, oct. 1896.
(3) Zucco, Rendic. d. Acad. dei Linc, VI, p. 571.
(4) BoucARD, L'Union méd , 1858, p. 57.
(5) Feriiand, Revue de thérap., 1897, 15 mars.
huile éthérée. Employées comme vermifugfe (1) aussi bien que comme remède pour provoquer l'avorlement, l'infusion de la plante et l'huile ont provoqué des empoisonnements à plusieurs reprises. Outre le camphre et le bornéol, Vhuile de tanaisie contient la THUJONE (tanacétone y hydrure de tanacéty le y C^^WK>)j une méthylcétone. L'inhalation des vapeurs de tanacétone provoque chez les grenouilles : perte définitive des mouvements volontaires et réflexes et paralysie des terminaisons nerveuses intra-musculaires. Chez les animaux à sang chaud, les inhalations aussi bien que les injections sous-cutanées de tanacétone, comme le fait le camphre isomère, provoquent : convulsions, état ressemblant à de l'ivresse, salivation, abaissement de la température et arythmie cardiaque (2).
Des personnes ayant pris l'huile à la dose de 15 à 30 gr,, moururent en deux à trois heures et demie au milieu de convulsions qui éclataient par accès à cinq ou dix minutes d'intervalle et se manifestaient quelquefois sous forme d'opisthotonos et de trismus(3). Les malades perdent connaissance, la face devient rouge, ils ont de l'écume aux lèvres, les pupilles dilatées sont immobiles et la respiration accélérée est stertoreuse. On a observé dans un cas d'intoxication par Vinfusion de la plante : peau froide, myosis et paralysie des muscles volontaires. La mastication des fleurs peut donner naissance à la tuméfaction des lèvres et l'empoisonnement par Thuile peut s'accompagner d'éruptions cutanées.
Autopsie. — Les cavités naturelles présentent l'odeur de l'huile. On a trouvé de la gastrite, mais les organes génitaux n'étaient pas enflammés. L'empoisonnement sera traité par les vomitifs, les purgatifs, les lavements excitants et les stimulants.
ARTEHISIA ABSINTHIUH (L.). — Vabsinthe dont un auteur ancien disait déjà : «At tetra Absinthi natura », contient une huile
(1) Speier» Northwestern Lancet, 4885, 4 févr, ; — Bailby, Saint-Louis Courier, 4885, avr. ; Med. News, 1889, p. 408.
(2) PuTZEYS, Bull, de VAc, de Méd, belge, 3- série, t. XII, n» 44.
(3) Dalton, Schmidt's Jahrb., Bd LXXIV, p. 296.
ARTEMISIA ABSINTHIUM 699
élhérée toxique {Thujoné) et une substance anière, I'absinthine. L'essence d'absinthe abolit chez les g^renouilles Texcitabilité de la moelle épinière. Les doses moyennes élèvent la pression sançuinechez les animaux à sang chaud, tandis qu'elle est abaissée par les doses élevées. Le pouls restant normal, la respiration devient dyspnéique et la mort a lieu par paralysie du centre respiratoire. Les ulcères et l'inflammation de l'estomac et de l'intestin ainsi que des reins se rencontrent rarement. L'action nuisible de Yabsinthe est attribuée principalement à sa teneur en essence d'absinthe. C'est surtout elle qui provoque l'épilepsie chez les buveurs d'absinthe. Déjà vers la fin du xvn® siècle on rapporta que partout où l'on se servait, pour la préparation de la bière, de l'absinthe, aux lieu et place du houblon, les buveurs auraient ressenti des phénomènes très désagréables, tels que, par exemple, vertiges, céphalée atroce, etc.
Vabsinthisme moderne n*est qu'en partie identique à l'alcoolisme. On a noté les symptômes que voici : fourmillements, tiraillements douloureux aux membres, hyperesthésie des nerfs cutanés, tremblements, amnésie, hallucinations et épilepsie. Il y a quelque temps on affirma que ni l'alcool, ni l'essence d'absinthe ne sont responsables de cet état, mais que tous les deux réunis en combinaison avec les autres essences contenues dans l'absinthe, par exemple, essence d'anis, essence de fenouil, etc., provoquent tout cet ensemble de phénomènes morbides (1). Donnée à petites doses, l'essence d'absinthe provoque chez les mammifères : tremblement musculaire et secousses musculaires saccadées qui s'étendent de la tête au corps tout entier. Les doses élevées sont suivies en outre de : trismus ou convulsions avec resserrement des mâchoires, respiration stertoreuse et évacuation involontaire de l'urine et des matières fécales. Ces accès se répètent à dix ou vingt minutes d intervalle (2).
Prise à doses élevées, l'absinthe provoque chez rhomme : gastralgies, nausées, vomissements, probablement aussi vertiges et
(i) Cadéac et Meunier, Rev, d'hygiène, XI, p. 1060; -^ Bullet. deVAc. de Méd., 1889, 10 sept.
(2) Magnan, C. R, de VAc. d. Se, t. LXXn,5, 1871, et Gaz. deshôp,, 1869, p. 79-82. et suiv, ; — Laborde, LUn, méd,, 1889, p. 516.
engourdissement. Un homme ayant absorbé une infusion concentrée d'absinthe, fut atteint de vertig^es, faiblesse, tremblement des jambes, besoin impérieux d'uriner persistant long-temps et sensation de cuisson au gland. L'absorption de 12 gr. d'essence d'absinthe fut suivie chez un adulte de : convulsions, trismus et apparition d'écume aux lèvres (1). Les phénomènes morbides disparurent en quarante-huit heures. Vabsinthine à doses élevées pourrait, elle aussi, provoquer du vertige et de l'engourdissement. Les pigeons en supportent, sans accident aucun, jusqu'à 2 gr. (2). On a trouvé quelquefois des ecchymoses sur le péricarde et l'endocarde des animaux empoisonnés par l'essence d'absinthe (3).
Uartemisia Abrotananum (L.) contient l'alcaloïde abrotine qui est un poison cardiaque pour les grenouilles.
ARTEMISIA MARITIMA (L). — SANTONINE. — Les empoisonnements par les capitules de VA. maritima et par la santonine (C*'H^^', cétosantogénènelactone) qui s'y trouve tout au plus dans la proportion de 1,3 p. 100 [elle est contenue aussi d^ns 1'^. galHca (WiLLD.)]ont pour causes : son emploi thérapeutique (surtout si l'on a recours aux tablettes de santonine dont le dosage est loin d'être toujours bien exact) ou des accidents. On a vu des empoisonnements graves suivre déjà l'administration de Ogr. 06 ou de 0 gr. 15 de santonine en trois jours (4), et la mort survenir douze heures après l'ingestion de 0 gr. 06 de santonine répétée deux fois (5), ou deux jours après l'administration de moins de 10 gr. de fleurs de Cina (6). Cependant, on a obtenu, chez des enfants, la guérison après 0 gr. 72 de santonine et il ne survint que des phénomènes d'intoxication légère à la suite de la dose de Ogr. 18 répétée deux fois. Des adultes ont pris,
(1) Smith, The Lancet, 1862, 6 déc.
(2) Roux, Bull, gén. de thér., 1884, 30 nov.
(3) Consulter éjB^alement, au sujet des intoxications par l'absinthe et les essences: G. PouGHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale , 2* série, p. 293 et 309.
(4) Demmg, Ber, d, Jenner*8chen Spitals, 1891.
(5) Grimm. Schweiz. Zeitschr, f, Med,, 1832, H. 4, p. 492.
(6) LiNSTOW, Vierteljahrsschr. /". Ger, Méd,, Bd XXI, 1874, p. 80,
AHTEMISIA MARITIMA SANTONINE 701
sans accident bien notable, la santonine à la dose de Ogr.S et de l gr., et la santonine sodique à des doses plus élevées encore.
La santonine se dissolvant dans la salive, la bile, le suc pancréatique (1) et le suc gastrique (2), elle est absorbée par les voies digestives supérieures. La santonine fut trouvée dans l'intestin grêle d'un sujet auquel on avait fait des injections sous-cutanées de santonine sodique. Ce qui démontre la justesse de mon assertion qu'une partie de la santonine absorbée par l'estomac et l'intestin est de nouveau éliminée par l'intestin, c'est que la santonine a été trouvée, sous forme d'une substance colorée en rose, de préférence dans les portions inférieures du tractus intestinal (3). La santonine, à ce que l'on prétend, ne passerait pas dans le lait : je crois cette assertion inexacte. L'urine jaunie après l'emploi de la santonine, est lévogyre (4) et, à côté de la SANTOGÉNINE (5), elle Contient, pendant deux à trois jours, la santonine probablement sous une forme qui est due à une transposition moléculaire par suite de déshydratation (6). L'urine contenant de la santonine peut devenir rouge si elle entre en putréfaction. Le danger principal de la santonine, c'est que, s'éliminant lentement, elle peut exercer des effets cumulatifs. Quelques phénomènes d'intoxication peuvent persister deux à trois jours. L'empoisonnement peut aussi avoir parcouru tout son cycle dans le cours de six à huit heures. Outre la santonine, Vhuile èthèrée contenue dans les capitules joue aussi un certain rôle dans l'intoxication.
Dans un cas d'intoxication mortelle par les fleurs de Gina, les phénomènes suivants ont été observés : vomissements de deux jours de durée, douleurs épigastriques, convulsions, peau froide, pupilles dilatées presque immobiles, somnolence et asphyxie. L'empoisonnement par la santonine donne naissance aux phénomènes, que voici : scintillements, pupilles immobiles et xanthopsie
(1) ScHAUR, Ursach. d, versch. Verhalt, einiger ^arxe, Dorpat, 1866.
(2) Caspari, Ueber d, Verhaltend. Santonins, Berlin, 1883.
(3) Neumann, Der Nachweis d, Santonins^ Dorpat, 1883.
(4) L. Lewin, Die Nebenwirk. d. Avzneim., Berlin, 1899, p. 617.
(5) Jaffé, Zeitschr f, klin, Med., Bd XVH, H. 3 et i.
(6) L. LEWirf, Berliner klin. Wochemchr., 1883, n» 12,
(le malade voit parfois violet) persistant quelquefois plus de douze heures. Les surfaces blanches apparaissent jaune-verdàtre; les surfaces sombres, violettes ; les surfaces bleues, vertes ; les surfaces orangées, rouge-pâle ; et les surfaces vertes, jaune-gris. La xanthopsie est probablement due à des troubles fonctionnels de la rétine. L'amblyopie et Tamaurose, ainsi que les hallucinations de Todorat et du goût, se rencontrent plus rarement. Apparaissent en outre plus ou moins souvent : sensation de cuisson à Turèthre pendant la miction, strangurie, hématurie, albuminurie, nausées, vomissements, salivation, diarrhée, ictère, sueurs, urticaire, bulles, etc., tuméfaction œdémateuse de la face (1), fièvre et splénomégalie. La céphalée et le vertige sont presque constants. Surviennent souvent : état ressemblant à Tivresse (2), tremblements, marche titubante, dérobement des jambes, respiration stertoreuse, convulsions tétaniques et trismus avec perle de connaissance. Dans des cas isolés, les jambes devinrent parésiées. Les. convulsions peuvent persister plusieurs jours, mais dans les cas où c'est le sommeil profond qui prédomine, elles sont peu accusées et localisées seulement dans des membres isolés (3). Elles cessent chez les grenouilles dès que Ton sépare la moelle épinière du bulbe (4). A Tautopsie des animaux on a trouvé : congestion des méninges cérébro-spinales et du cerveau lui-même (5).
Recherche. — Seront utilisés dans ce but l'urine (qui devient rouge après addition de la lessive sodique), les matières vomies, les selles, l'estomac et la portion inférieure de l'intestin. On ne réussit à déceler la santonine dans le sang qui si elle a été absorbée en grande quantité et si l'examen est pratiqué peu de temps après. L'objet à examiner sera, d'après Dr agexdorff, traité par un lait de chaux, macéré avec de l'alcool; Talcool sera chassé par la distillation et le résidu hydro-alcoolique repris par la benzine pour le purifier, puis, pour décomposer la santonine calcique, le
(1) SiEVEKiNG, Brit,^ med, Journ.y 1871, p. 466.
(2) Rose, Arch. f. path. Anat., Bd XVI, p. 233, et Bd XVIII, p. 15.
(3) Heimbeck, D, Amer, Apoth,'Zei/.,i oct. 1884.
(4) BiNz, Arch, f. exp, Path. u, Pharm., Bd. VI, p. 30.
(5) Krauss, Wirk. des Santonins u. SantoninnatronSy Tûbingén, 1869.