ARNICA MONTANA
liquide sera alors acidulé par Tacide chlorhydrique et traité de nouveau par la benzine : la benzine chassée, c'est la santonine qui reste. Elle est lévogyre et devient rouge si on la chauflFe jusqu'à fusion avec du cyanure de potassium, ou bien lorsqu'on l'additionne de lessive potassique alcoolique, ou qu'on la traite par l'acide sulfurique concentré et le perchlorure de fer dilué, ou avec de l'acide sulfurique et de l'alcool éthylique.
Traitement. — Vomitifs, lavages de l'estomac et purgatifs en çrande quantité, narcose par l'éther ou le chloroforme, ou la paraldéhyde à l'intérieur pour faire cesser les convulsions, et, le cas échéant, stimulants cardiaques.
V essence de semen-^ontra (Oleum Cinae^ cinéol et dipentène) provoque chez les animaux des secousses musculaires, ainsi que de l'hyperesthésie : elle tue les lapins à la dose de 2 gr. (1).
Le SATONINOXIME qui est un dérivé de la santonine, agit comme celle-ci, mais moins énergiquement. On peut en dire autant quant à la photosantonine, à Tagide santonique et aux isomères et dérivés voisins.
ARNICA MONTANA (L.). — Les fleurs et les racines d^ Arnica des montagnes renferment une essence et une substance amère, I'arnigine. Des expériences ont été faites sur l'homme et les animaux avec toutes les parties de la plante qui devient inefficace lorsqu'elle est conservée longtemps, et des empoisonnements par la teinture d'arnica ont été consignés dans la littérature médicale. Les fleurs d'arnica en poudre provoquent la congestion des muqueuses, et la teinture, filtrée ou non filtrée, appliquée sur la peau, y donne naissance à une éruption eczémateuse dont l'apparition s'accompagne de démangeaisons et de douleurs. Dans quelques cas, les altérations cutanées accompagnées de fièvre présentaient les caractères de l'érysipèle et étaient suivies de la formation de bulles (2). La présence des fibres minces de la base du réceptacle, munies de crochets pouvant s'enfoncer
(1) Rose, Arch. f. path, Anaf., Bd XVI, p. 233.
(2) OcHSENUBiMER, Ocsterreich, Wochenschr., 1844, n» 9.
facileiueiit dans la peau, n'a rien à faire avec cette action phlogogène de l'arnica.
Données à doses élevées, les fleurs d'arnica provoquent chei les animaux : vomissements, tremblements, miction et selles fréquentes, respiration accélérée et faiblesse. Les infusions de fleurs d'arnica, à la dose de 2 gr., produisent chez rhomme : sensation de raclement à la gorge, gastralgies, lourdeur et engourdissement de la tête, vertiges, oppression, nausées, vomissements, ainsi que tympanisme de l'abdomen (1). Un homme ayant absorbé par mégarde 70 gr. de teinture d'arnica en mourut dans l'espace de trente-six heures avec des douleurs stomacales. Le contenu stomacal évaporé provoqua des phénomènes d'irritatioa sur la peau d'un sujet bien portant (2). L'ingestion accidentelle d'un calmant à l'arnica fut suivie de : sensation de constriction à la gorge, dyspnée, spasme glottique et asphyxie, cl la mort s'ensuivit malgré l'emploi de la pompe stomacale.
SENEGIO GANIGIDA (Herincq.). — Le lerha del Perro contienl, surtout dans la racine, un principe toxique pour les animaux à sang chaud et à sang froid qui provoque chez eux : convulsions, mydriase, polyurie et arrêt de la respiration. L'intoxication permet de reconnaître trois stades successifs, à savoir, excitation, dépression et convulsions. Huit grammes de la plante font périr un chien en une heure à une heure et demie. Le S. vulgaris (L. ) contient deux alcaloïdes, la sénégionine et la sénégine, dont l'un agirait à la manière du curare, et l'autre comme la digitale ; il en est de même quant au 5. Jacohœa (L.) qui semble agir sur l'utérus.
Cacalia cervariœfolia (DC). Donné à la dose de Ogr.l, l'extrait alcoolique' paralyse les muscles et le cœur de la grenouille. La teinture, à la dose de 30 gr. a provoqué chez rhomme : vomissements, coliques, diarrhée et coUapsus (3).
(1) JôRG, Matemalien, Leipzitç. 1825.
{i) Lancet, 1880, 11, p. 65.
(3) Altamirano, Ther. Gaselte, 188i, p. 578.
h'Echinops ritro (L.), et d'autres espèces d'EchinopSy renferment jusqu'à 1 à 2 p. 100 d'un alcaloïde cristallisable, amer et toxique, I'echinopsine, dont l'action rappelle faiblement celle de la strychnine. Le fonctionnement du cœur est égfalement un peu troublé. Une dose de Ogr.25 suffît pour tuer des cobayes.
Carlina acaulis (L.). La carline renfermerait I'atractyline, substance résineuse provoquant chez les animaux : à petites doses, des convulsions, et, à doses élevées, des paralysies. Bien que cette plante renferme de faibles quantités d'un alcaloïde, il semble cependant que sa prétendue toxicité repose sur une confusion avec VAtractylis gummifera.
Cnicus benedictus (L.). Donnée à la dose de Ogr.36, la cnicine obtenue du chardon bénit a provoqué : sensiation de brûlure au pharynx et à l'œsophage, vomissements, coliques, diarrhée et fièvre (I).
XJAtractylis gummifera (L.) a provoqué, à plusieurs reprises, des empoisonnements après vingt-quatre à quarante-huit heures (2). Deux enfants mouraient en proie à la dyspnée et au coma. Les femmes arabes en feraient usage pour l'avortement. Surviennent, en outre, comme symptômes : vomissements, douleurs intestinales, anurie et convulsions précédant la mort.
Onopordon Acanthium (L.). La racine de Grand chardon aux ânes ou aux ècrevisses tue les oiseaux, les chiens, etc., et empoisonne l'homme en provoquant chez lui : vomissements, diarrhée et convulsions. L'extrait aqueux, à la dose de 24 gr., tue un chien dans l'espace de neuf heures (3). Cette action de la plante est peut-être attribuable à sa teneur en cnicine.
Cynara Scolymus (L.). L'usage du lait provenant des vaches ayant mangé de Vartichaut^ aurait provoqué chez les enfants des vomissements et de la diarrhée. Schlagdenhauffen et Reeb ont
({) Scribe, C. R. de l'Acad. des Sciences, t. XVI, 18i2, p. 802.
(2) CuRCENET, Ai'ch. de méd, et de phavm. milit , 1892, p. 303.
(3) Orfila, Toxikol, (trad. allem. par Knupi»), IM 11, p d35 et 260. Toxicologie. 45
retiré des feuilles une résine visqueuse qui, traitée convenablement, fournit un corps soluble dans l'eau, ressemblant à un alcaloïde, et tuant les grenouilles en peu de temps. Des artichauts altérés peuvent produire une gastro-entérite (I).
Carthamus corymhosus (L.). Le suc de la racine provoquerait de la dermatite.
Les parties vertes (herbacées) de Crépis lacera passent pour avoir, à diverses reprises, provoqué chez rhomme des symptômes toxiques tels que : vomissements, diarrhée, délire, convulsions et collapsus; et même pour avoir déterminé la mort au bout de trois jours.
LACTUCA VIROSA (L.). — La laitue vireuse^ ainsi que le L. sativa (L.), le L. scariola (L.) et le L. tartarica (Meyer.) peuvent provoquer des empoisonnements. On prétend avoir trouvé dans le suç laiteux de laitue fétide non seulement de la lactucine, mais aussi de Vhyoscy aminé. Donné à la dose de 2 gr., l'extrait frais de suc de laitue vireuse amène la mort des chiens dans l'espace de deux heures ; la mort est précédée de : vomissements, parésie des extrémités et convulsions peu accusées (2). Le lac- TUGAHIUM en injection sous-cutanée provoque : ralentissement du pouls et de la respiration, abaissement de la pression sanguine, affaiblissement de la motilité, paralysie des nerfs moteurs et mort par paralysie cardiaque (3). L'administration du suc de laitue fut suivie chez rhomme de : pesanteur à Pestomac, vomissements, engourdissement, céphalée, vertiges, mydriase, ralentissement du pouls, oppression respiratoire, prurit cutané, ainsi que marche titubante (4).
Tragopogon (Tourn.). Les enfants mangent volontiers les bou-
(i) Ro(iEi\, Journ, (T hygiène, 1898, 26 oct.
(2) Orfila, /. c.
(3) Skworzoff, Arb.d, Laborat, s, Moskau, 1876, p. 167.
(4) Consulter également, à propos de Taction physiologique du laclucarium : G. HoucHET, Leçons de phavmacodynamie et de matière médicale, 2e série, p. 5io.
GOODÉNIACÉES LOBÉLIACÉES 707
Ions et les feuilles supérieures de salsifis. Un jeune garçon en ayant mangé beaucoup fut atteint de : céphalée, tuméfaction de la face, amblyopie, même amaurose qui persista sept jours environ, et de vertige; le septième jour éclatèrent des spasmes provoquant l'extension des muscles. La guérison fut obtenue dans ce cas (1). L'empoisonnement fut peut-être dû à la présence, sur le salsifis, de champignons parasites.
GOODÉNIACÉES
Scœvola Kœnigii (Vahl.). L'extrait de feuilles, de saveur amère, ralentit les battements cardiaques. On a trouvé dans la plante deux glucosides dont l'un irrite les muqueuses à la manière des saponines. La substance amère de la racine est non toxique. La plante serait employée comme poison pour poissons.
LOBÉLIAGÉES
LOBELIA INFLATA (L.). — La substance active de L. inflataj c'est l'alcaloïde i-obéline (C*^H*^AzO*), à saveur cuisante rappelant celle du tabac; cet alcaloïde s'y trouve à côté de la phyto- STËRINE (In/latine). Les empoisonnements sont causés par les feuilles et les semences administrées à doses par trop élevées, surtout par des charlatans en Angleterre et en Amérique (2). La dose toxique pour les feuilles eàt de Ogr.6 à 1 gr. ; la dose létliale, de 4 gr. (3) ; la mort arrive au bout de cinq à six heures, ou après trente-six heures. L'injection intra-veineuse de IV à V gouttes de lobèline provoque : d'abord ralentissement, ensuite accélération du pouls et abaissement de la pression sanguine audessous delà normale (4). A petites doses, la lobèline agit comme la nicotine ; et, à doses élevées, comme l'atropine : c'est un
(1) SoiiAAL, Wartt, CorrespondensbL, 1891, p. 430.
(2) Letueby, Med. Times and (tas,, mai 1854, p. 491.
(3) Taylor, Die Gifle (irad. alleni. par Seydeleii), Bd 111, p, 380.
(4) Ott, Boston med. Jauni., 1875.
poison respiratoire. Les centres respiratoire et vomitif, excités d'abord, sont ensuite paralysés. Les terminaisons du pneumogastrique dans le poumon sont de même paralysées (1).
Les phénomènes d^ intoxication par la lobélie et sa teinture consistent, chez rhomme, en : nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, prostration générale, sensation de cuisson dans les voies urinaires, sensation d'angoisse, vertiges, céphalée, tremblements, petitesse du pouls, gêne de la respiration, mydrîase ou myosis, somnolence et secousses dans des groupes musculaires isolés. La mort peut avoir lieu au milieu de convulsions. Un homme ayant pris, pendant plusieurs jours consécutifs, quelques cuillerées à café de feuilles et de semences en poudre, mourut brusquement après que les dernières doses n'étaient plus suivies de vomiturition, ni de vomissements.
Dans un cas on a trouvé à Tautopsie une gastrite.
Recherche. — L'éther enlève la lobéline de sa solution alcaline. La base se colore en violet par le réactif de Frœhde.
On aura recours à un tf^aitement exclusivement symptomatique.
Le Lobeïia syphililica (L.) et le L. niQotianœfoUa (Heyne) agissent comme le L. inidata. L'odeur des fleurs de L. Tiipa (L.) pourrait provoquer des vomissements chez l'homme.
Ulsotoma longiflora (Presl),^ une plante à suc laiteux, contient un alcaloïde toxique, I'isotomine, qui tue une poule à la dose de 0gr.06 et un crapaud à la dose de Ogr.005. Visotomine abolit les mouvements volontaires, produit des troubles de la coordination, et arrête le cœur et la respiration (2). La plante provoque de l'ophthalmie et, à ce que l'on prétend, les émanations causeraient de l'oppression thoracique.
Le Pratia erecta (Gaudigh.), ainsi que le Lohelia pratioïdes (Benth.) sont soupçonnés, en Australie, d'être vénéneux pour les troupeaux.
(1) DiiESER, Avch. f, exp.- Path. m. Pharm., Bd XXVI, 1890.
(2) Greshoff uDcl Plugge, AtHjh. f. exp. Path, u,^ Pharm», Bd XXXII, p. 286.
VACCINIÉES ÉRICACÉES 709
VACGINIÉES
Vaccinium uliginosum (L.). Prise à doses élevées, Vairelle des marais aurait provoqué une fois : céphalée, engourdissement, nausées et vomissements. Toutes les autres fois l'airelle des marais a été mangée sans qu'il s'ensuivît aucun accident.
ÉRIGAGËES
Arctostaphylos Uva^Ursi (Spreng.). Les feuilles de busserole {raisin d'ours) contiennent le glucoside arbutine qui met en liberté dans l'organisme de l'hydroquinone, d'où, comme je l'ai observé, la possibilité d'une urine de couleur vert-olive. Elle peut provoquer des troubles gastriques, et son emploi thérapeutique peut être suivi d'un exanthème médicamenteux (1).
GAULTHERIA PROCUMBENS (L.). — L'huile éthérée du thé canadien {essence de Wintergreen) est constituée d^éther méthylique de Vacide salicylique et de gaidtérylêne. L'essence de wintergreen, qui cause chez les animaux des convulsions et la paralysie du centre respiratoire (2), a provoqué chez un garçon, à la dose de 15 gr. : vomissements, diarrhée, gastralgie, pouls accéléré, respiration laborieuse et dureté de Touïe. La guérison n'est survenue qu'après quatorze jours. L'administration de 30 gr. d'essence pris pour provoquer Vavortement fut suivie non seulement des symptômes sus-nommés, mais encore de : besoin impérieux d'uriner, sueurs; et après six heures : convulsions, perte de connaissance, évacuation involontaire de l'urine, et la mort survint au bout de quinze heures.
A Tautopsie on a trouvé : congestion rénale et gastrite (3). Une infusion trop concentrée de cette plante a provoqué des phénomènes d'intoxication grave chez quatorze soldats.
(i) L. Lewin, Arch, f, path. Anat,, Bd XCII, H. 3.
(2) WooD, Therap, Gaz., 1886, no 2.
(3) PiNKHAM, Boston med, Journ., 1887, 8 déc.
ÂNDROMEDA JÂPONIGÂ (TiirNB.). — Cet arbrisseau peut amener la mort des chevaux, des vaches, des agneaux. Le principe actif toxique, Tasébotoxine (I) ou andrométoxine, y est contenu dans les feuilles et le bois, il en est de même quant à VA. polifolia (L.), à VA. Catesbœi (Walt.), à 1'^. calyculata (L.) et à T^. Mariana (L.). Injectée sous la peau à la dose de Ogr.003 par kilo d'animal, Vasébotoœine fait périr les lapins en provoquant chez eux des phénomènes d'intoxication ressemblant à ceux causés par l'acide cyanhydrique. L'administration chez les grenouilles de Omilligr.25 à 1 milligr. à^ andrométoxine est suivie de : arrêt de la respiration, mouvements de vomissements, secousses fîbrillaires et paralysie motrice. Surviennent chez les animaux à sang chaud : salivation, vomissements, convulsions et mort par paralysie du centre respiratoire. La solution alcoolique d'asébotoxine additionnée d'acide chlorhydrique dégage l'odeur du spiraea ulmaria et prend une coloration bleue virant, par le chauffage, vers le rouge-violet. Le réactif de Frœude colore l'andrométoxine en bleu. L'A. Z/(?5(?A^naw?<n contient Téther méthylique de Tacide salicylique.
Le Kalmia angustifolia (L.) contient de l'andrométoxine. 11 fournit du miel toxique.
Les plantes ci-après peuvent aussi provoquer des empoisonnements, grâce à leur teneur en andrométoxine : Pieris formosa (D. Don), P. ovalifolia (D. Don), Cassandra calyculata (D. Don), Monotropa uniflora (L.) et Azalea indica (L.)
LEDUM PALUSTRE (L.). — Le romarin sauvage contient de Ves^ sence de romarin^ d'où son odeur engourdissante. 11 renferme du camphre de romaimi (G*W*^0) qui est un poison pour les centres nerveux. La plante contient en outre de rÉRiGOUNE. On s'en servait autrefois pour provoquer l'avortement. L'absorption d*une infusion concentrée de Lediim palustre et de Marum verum
(1) Plugge, Arch. de Pharmacie, 4893, p. 1 et 843 ; — ëykmann, New Remédies^ v. XI,
PLUMBAGINÉES 7i!
fui suivie de : convulsions, cong'esiion et gonflement de la face, respiration stertoreuse avec pouls fr<^.quent, vomissements, météorisme abdominal, insensibilité aux excitations extérieures (1),
RHODODENDRON CHRYSANTHUM (Pall.). — Le Rhododendron doré (rose des neiges de Sibérie) dont les feuilles dégagent une odeur repoussante et possèdent une saveur acre, est redevable à Vandromètoxine de son action vénéneuse sur Thomme et les animaux. On trouve, en outre, dans cette plante : de VEricoline^ un glucoside non azolé la Rhododendrine et le Rhododendrol ; ces deux dernières substances n'ont pas d'influence sur les animaux à sang chaud. Une décoction de feuilles provoque chez 1 homme : sensation de brûlure au pharynx, vomissements, diarrhée, fourmillements et douleurs aux membres, prurit cutané, larmoiement et état ressemblant à Tivresse avec engourdissement. On a observé en outre : éruptions cutanées, ainsi que diurèse augmentée et oppression thoracique.
Le Rhododendron ponticum (L.) {Azalea pontica)^ le Rh. hyhridum (Ker.-Gawl.), le Rh, arhoreum (Sm.) et d'autres espèces At rose des AlpeSj à l'exception du Rh. ferritgineiim (L.) et du Rh, hirsutum (L.), possèdent des feuilles et des fleurs contenant de Vandrométoxiney d'où leur toxicité possible, et peuvent fournir un miel toxique. Le miel pontique a provoqué des désastres parmi les troupes de Xénophon. On a trouvé de VArbutine et do VEricoline dans le Rh. maximum (L.).
PLUMBAGINÉES
Plumbago rosea (L.). Appliquée sur la peau, l'écorce de la racine agit comme vésicant et, prise à l'intérieur, elle provoque l'avortement. Le P. zeylanica (L.) agit plus doucement. C'est In PLUMBAGINE qui cst la partie constituante active.
(i) Oppler, Caxper*s Wochenxchr., i844, n« 22.
PRIMULAGÉES
' GTGLAMEN EUROP^UM (L.) — La racine de cyclame d'Europe contient une saponine, le glucoside toxique CYCiiAMiNE [Primurliney Arthanitiné). La racine, à la dose de 8 gr., amène la mort deslapins (I), tandis que le suc de la racine, à la dose de 10à20 gr., est bien toléré (2). Les porcs mangent la racine sans inconvénient aucun, d'où les noms àe pain de pourceau ^ marron de cochon. Les poissons périssent dans une solution de cyclamine à 1 p. 300 d'eau, les grenouilles sont tuées par 0gr.02 (3), tandis que Ogr.S provoque chez l'homme : nausées, céphalée et gastralgies. La décoction de racine provoque, à la dose de 8 gr., chez Thomme : vomissements et diarrhée ; et, à doses plus élevées : vertiges, sueurs froides et convulsions. Outre les convulsions survenant quelquefois chez les animaux, l'administration de la cyclamine fut suivie chez eux de : abaissement de la température, dyspnée, aflFaiblissemcnt de l'énergie cardiaque et hémoglobinurie (4). L'excitabilité des muscles striés est abolie chez les grenouilles. L'application de la cyclamine, comme c'est le cas pour la saponine, provoque chez les animaux à sang chaud de l'inflammation et même de la gangrène au lieu d^injection ou sur les plaies.
Comme le C. eiiropœumy le CJiederœfolium (Willo), lui aussi, est employé pour engourdir les poissons. Le C. persicum Mu.l. est également vénéneux. On a vu survenir après son administration : vomissements, sueurs froides, engourdissement et convulsions.
Le Primula veris (L.) agit comme le cyclamen, et les feuilles ainsi que les fleurs de Primula obconica (Hange) (5) contiennent dans les glandes des poils excréteurs une substance insoluble
(d) ScHROFF, Zeilschv, Wiener ^err/e,1859, n^s 21 et 22.
(2) Cl. Bernard, Leçons sur les eff. des subst. toxiques, 4857, p. 482.
(3) Haunack, Arch f. exp. Path. u. Phàrm,, 1874, p. 301.
(4) CiiiRONE, Jahresber, f. d, ges. Med , 1877, 1, p. 427.
(ti) BuRDETT PooLEY, Lancct, 1893, H, p. 196 ; — Oldacres, Brit. med, Joum., 1889, II, p. 719; — PizA, Deutsche med, Wochenschr., 1900, n® 45.
MYRSINÉES 713^
dans l'eau qui provoque la tuméfaction et l'inflammation érysipélateuse de la peau. Sur une base fortement tuméfiée peuvent apparaître de petites ou de grandes bulles (leur développement est accompagné de démangeaisons ou de douleurs), et l'affection peut s'étendre au loin (appareil génital). Le poison pur est inconnu. Les poils excréteurs eux-mêmes n'y jouent vraisemblablement qu'un rôle secondaire.
AnagalUs armnsis iL.). Le mouron est employé dans l'Inde pour empoisonner les 'poissons. Il agit comme la saponine, pourrait digérer la viande, et tue parfois les animaux. Les doses élevées cautérisent l'estomac.
Les genres Androsace^ Soldanella et Trientalis sont doués de propriétés semblables à celles des saponines.
MYRSINEES
VEmbelia Ribes (Burm.), contient I'agide embéliasique et tue les vers intestinaux.
VMgiceras majtcs (Gaertn.) [{Rhizophora cornicidata (L.)] ainsi que WEgiceras rninics (Gaertn.) [{Connarus microphyllus (Hook.)] sont souvent employés dans l'Asie de l'Est comme poisons pour poissons.
Le Jacquinia armillaris (L.) (1), le /. arborea (Vaul), et le /. obovata (Sciirad.) sont employés dans l'Amérique du Sud pour engourdir les poissons. On se sert dans le même but au Mexique du y. Seleriana (Urb. et Loes.). 11 résulte de mes recherches que celui-ci contient un alcaloïde et un glucoside. Le premier fournit un chlorhydrate cristallin. Les animaux à sang chaud et à sang froid y succombent en présentant des phénomènes ressemblant à des paralysies; ce sont les poissons qui périssent le plus rapidement. L'action sur les grenouilles et les lapins ne se manifeste
{{) HcMBOLDT, y?m., IV, p. 245 et 457.
que très lentement et persiste plusieurs heures jusqu'à mort survenue. Le g'iucoside provoque des inflammations locales graves ; c'est probablement une sapotoxine. Le réactif de Frœhde commence par colorer l'alcaloïde en un beau vert passant ensuite au bleu,
SAPOTACÉES
Bassia latifolia (Roxb.) (Mahua). Les résidus du pressurage agissent comme émétique et empoisonnent les poissons. Les fleurs de cette plante, ainsi que celles de B. longifolia (Willd), servent pour la préparation d'une boisson enivrante.
Le Vitellaria mammosa (Gaertn.) contient de l'acide cyanhydrique.
EBÉNACÉES
Diospyros montana (Roxb.). Les fruits sont toxiques et s'emploient à Travancore pour engourdir les poissons. Sont aussi vénéneux : Z). Ebenaster (Retz.), D. acris (Hemsl), etc., le dernier grâce à son suc vésicant (1).
OLÉAGÉES
Outre une substance amère, le Jasminum glabriusctihan (Blum.) contient une base peu toxique.
Ligustrum vulgare (L.). — Dans deux cas d'intoxication (2) par les baies de troène commun sont survenus : diarrhée, douleurs abdominales, collapsus, pouls faible et convulsions avant la mort qui peut aussi avoir lieu après une amélioration apparente. Lesoiseaux mangeraient lesbaies sans inconvénient aucun. Le ligustre contient un glucoside, la syrinoine, la lioustrone et une substance amère, la syringopicrine.
(i) CoMiNs, Pharm. Journ,, 1895, 31 août, p. 391.
(2) Taylor, Die Gifte (trad. allem.), Bd III, p. 399 ; — Cheese, Jahresber. f,d, ges, Med., 18G7, l, p. 485.
APOCYNAGÉES 715
APOCYNACÉES
Donnés à doses élevées, VAllamanda cathartica (L.) et d'autres espèces provoquent des vomissements et de la diarrhée et passent, à Ceylan, pour vénéneux.
L'écorce de Melodinus monogynus (Roxb.) [{Whrightia piscidia Don)] contient un poison qui tue les poissons ; Fécorce de M. lœvigatus (Blume) renferme un alcaloïde qui est un poison cardiaque. Un crapaud succombe en convulsions avec Ogr.OOS de cet alcaloïde. Le M. laœiflorus (Bl.) et le 3/. Orientalis (Bl.) sont, eux aussi, très vénéneux (1).
Le Leuconotis eugenifolius (A. DC), contient un alcaloïde qui est un poison cardiaque ; il tue les crapauds à la dose de Ogr.004.
ACOKANTHERA. — h' A. Schimperi (A. DC), VA. Oiiahaio (Catiiel.) et r^. Deflersii (Sghwfth.) dont on se sert en Afrique pour la préparation des poisons de flèches, contiennent un glucoside soluble dans Peau, lévogyre et donnant avec l'acide sulfurique une fluorescence verte, I'ouabaïne, qui est un poison cardiaque (2). 11 commence par ralentir, chez les grenouilles, les battements cardiaques et les mouvements péristaltiques du ventricule g^auche qu'il finit par arrêter en systole aussi prononcée que possible. Immédiatement après l'introduction du poison, apparaissent chez les animaux à sang chaud : respiration haletante arrivant jusqu'à une dyspnée extrêmement violente, convulsions, et la mort s'ensuit. Les troubles respiratoires sont causés par la paralysie cardiaque qui ne cesse pas de progresser. On a obtenu aussi de 1'^. Schimperi I'acokanthérine qui est un poison
(4) Greshoff, Mededeelingen, VII, p. 46, 48 et 56.
(2) L. Lewin, Arch, f, path, Anat., Bd CXXXIV, 42 ; -^ L. Lewin, Die Pfeilgifte, 1894. Voir aussi les importantes recherches de M. Arnaud sur une ouabalne cristalline [C, r. de VAc, des se, 1888 jusqu'à 1900) et de M. Gley {ibid., 1888 et C. r. de la Soc.debioL, 1895).
cristallin. UA. venenata (G. Don) agit dans le même sens, mais il contient un autre principe voisin de VOuàbaïne.
Le Carissa ovata (R. Br.) var. stolonifera (Bau..) possède dans Técorce un glucoside amorphe, très amer, produisant des maux de tôte, des vomissements, etc.
RAUWOLFIA. — Le Rauwolfia serpentina (Benth.) contient un alcaloïde, la pseudobrucine, qui, aux points de vue chimique el toxicolog-ique, se rapprocherait de la brucine. Le suc de la plante provoque des vomissements et de la diarrhée. Le R. canescens (W.) possède, lui aussi, un suc laiteux caustique qui peut amener môme la mort ; Técorce contient un alcaloïde. Le R. Lamarki (DC.) est employé dans les Indes occidentales pour provoquer l'avortement.
Le Cyrtosiphonia spectahilis (Miq.) et le C. madurensis (Teijsm et Binn) contiennent des alcaloïdes. Des alcaloïdes se trouvent aussi dans VOphioxylon serpentinum (L.).
Le Hunteria corynibosa (Roxb.) contient, dans l'écorce, un alcaloïde amer produisant sur la langue une sensation de brûlure (même dilué à 1 p. 10 000 d'eau) qui tue les crapauds et provoque au lieu d'injection une infiltration sanguine (I).
THEVETIA NERIIFOLIA (Juss.) Les fruits contiennent un glucoside toxique, la thévétine, qui, soumis à l'ébullition avec des acides, met en liberté de la thévérésine. Une seule semence tua un enfant âgé de trois ans. Les symptômes toxiques (2) consistaient, entre autres, en : vomissements, diarrhée, tremblements, agitation ou somnolence et convulsions. La thévétiney à la dose de Ogr.03, provoque chez les lapins : ralentissement et irrégularité des battements cardiaques, dyspnée, paralysie ; et la mort survient dans l'espace de deux à trois heures.
(1) GllESHOFF, /. C.
(2) Balfoui\ et Maclagan, Camtatfs lahresb,, 4857, Bd V, p. 122.
GERBERA ODOLLAM 717
En cas d'injection sous-cutanée, des nodules qui se mettent à suppurer se forment au lieu d'injection. La thèvérèsine^ elle aussi, est toxique. Des lapins d'assez grande taille succombèrent avec Ogr. 02 à 0 gr. 03 de thévérésine (Ij. Le Th. neriifolia est très employé aux tropiques comme poison pour poissons.
Le T. Ahoiiaï (A. DC.) est employé au Brésil pour empoisonner les poissons et les noyaux sont employés aussi pour homicides par empoisonnement. Le Th. Yccotli (DC.) (Yoyoté) est vénéneux. La thévétosine, qui s'y trouverait, provoquerait chez les animaux, à la dose de Ogr.Oo : vomissements et troubles respiratoires, ces derniers causés par la paralysie des muscles de la respiration.
GERBERA ODOLLAM (Ham.). — Cet arbre est vénéneux dans toutes ses parties. Le noyau est employé dans les Indes pour homicides par empoisonnement : on en connaît onze dans les deux seules années 1885 et 1886. On y a trouvé la gerbérine (G*^H*^0) cristalline, toxique, qui se rapproche de la thévétine et est isomère avec la Tanghinine (2). En se décomposant, la Cerbérhie fournit de la Cerhéritine toxique. Un produit sirupeux amorphe, extrait des semences par le benzol, s'est manifesté comme un poison respiratoire et cardiaque. Quant à I'odolline toxique obtenue des noyaux, c'est un glucoside. Les semences provoquent chez l'homme : vomissements, diarrhée, coUapsus et la mort. On a observé chez un enfant ayant mangé les noyaux : prurit cutané, sommeil profond, secousses musculaires; et la mort survint après seize heures. Le C. Laclaina (Hamilt.), était autrefois employé à Raratonga pour homicides par empoisonnement.
Grâce à un alcaloïde coni^na àdin^Xe Pseudochrosia glomerata (Blume), il tue les crapauds à la dose de Ogr.006 environ (3).
(1) HusEMANN, Arch. f. exp. Path, u, Pharm., 4886, Bd V, p. 228.
(2) Plugge, Arch. d. Pharm., Bd CCXXXl, p. 10.
(3) Greshoff, Mededeelingeriy VII, p. 56.
Le Lactaria acuminata (T. et B.) contient un alcaloïde qui paralyse le cœur chez les animaux à sang^ froid et à sang chaud.
Le Kopsia flavida (Bl.) est vénéneux. Ce sont surtout les semences de cette plante qui sont riches en un alcaloïde, coloré entre autres, en rouge-violet par l'acide sulfurique et le bichromate de potasse, et qui agit comme paralysant sur les animaux.
Le Calpicavptim Roxbiirghîi (G. Don) et le C. albiflorvm (T. et B.) contiennent des alcaloïdes amers provoquant le tétanos chez les animaux à sang froid.
TANGHINIA VENENIFERA (Pom.). — Les noyaux des drupes pointillées de vert et de pourpre du Cerhera venenifera (Steud.) étaient autrefois employés à Madagascar dans les Jugements de Dieu. La boisson toxique, préparée la plupart du temps avec deux graines, amenait souvent la mort pendant l'épreuve. Les extraits de noyaux finissent par provoquer chez les grenouilles : abolition de l'excitabilité neuromusculaire et arrêt du cœur. Surviennent chez les animaux à sang chaud : vomissements, diarrhée, convulsions et arrêt de la respiration. Donné à la dose de Ogr.io, l'extrait cause chei rhomme : coliques, vomissements, céphalée et faiblesse générale. Le principe actif est la tanghinine, substance cristalline qui produit l'arrêt primitif du cœur.
ASPIDOSPERMA QUEBRACHO (Scul.) — L'écorce de québracho contient plusieurs alcaloïdes toxiques. Cette écorce, à la dose de 1 à 2gr.5, provoque chez les lapins : paralysies motrices, dyspnée et la mort. Administré à la dose de Ogr.Ol, le chlorhydrate D'ASPIDOSPERMINE produit chez les grenouilles : paralysies et ralentissement des battements cardiaques (paralysie des ganglions cardiaques) (2). Les lapins succombent à la suite de Ogr.l8 en présentant de la dyspnée et des paralysies musculaires et, de
(i) QuiNQUAUD, Journ, de VAnaU, 1886, p. 22; — Arnaud, C. H. de TAc, d, Sc*^ 17 juin.
(2) GuiMANN, Arvh, /'. exp, Path. u, Pharm., Bd XIV, p. 451.
ALSTOMA SCHOLAUIS 719
temps en temps, des mouvements convulsifs (l). La québra- GHINE agit d'une manière analogue. Données à doses élevées, ces deux préparations ainsi que l'extrait alcoolique dequébracho provoquent chez rhomme de la nausée et des vomissements (2). Ont été observés en outre : salivation, céphalée, chaleur et sueurs, vertiges, engourdissement ; tous ces phénomènes sont survenus après l'emploi thérapeutique de la drogue. C^est exclusivement I'aspidos AMINE, en injection sous-cutanée à la dose de Ogr.03, qui provoque des vomissements chez les chiens (3). Le suc laiteux d'Aspidosperma sessilifiorum (Fréire Allemao) est employé pour engourdir les poissons.
Plumetna acutifolia (Pom.). L'écorce, employée dans les Indes comme drastique et pour provoquer l'avortement, a aniené la mort dans un grand nombre de cas au milieu de : vomissement^, affaiblissement de l'énergie cardiaque et mydriase. La dose employée consista une fois en un morceau d'écorce de un pouce carré de surface. On en a obtenu un acide plumiérique ainsi qu'une substance amère, la plumiéride. Le suc laiteux de PL rubra (L.) agit comme caustique. Le PL phagedœnica (Mart.) est un anthelmintique.
Le suc laiteux de Kickxia arboreai^L,) contient une substance albuminoïde toxique.
Le Vinca rosea (L.) est un poison cardiaque par un alcaloïde.
ALSTONIA SCHOLARIS (R. Br.). — On a retiré de cet arbre les alcaloïdes amorphes ditamine et échiténine, ainsi que l'ÉCHi- TAMINE cristalline qui est peut-être identique avec le glucoside DiTAÏNE. Donnée à la dose de Ogr.005, la Ditaïne paralyse les terminaisons nerveuses, la moelle épinière, l'excitabilité réflexe et les terminaisons du pneumogastrique. Elle fait cesser l'arrêt
(1) Penzolot, Berliner klin, iVochenschr., 1880, no 40.
(2) JVLiRAGLiANO, Gas. degli osp., 1883, n» 69.
(3) Harnack uod Hoffmann, Zeihchr, /*. klin. med,, Bd Vllf, H. 6.
du cœur causé par la muscarine. Elle agit sur les lapins, à la dose de Og^r.l, comme le curare. La pression sanguine s'abaisse. La respiration artificielle retarde l'issue fatale.
Le Blaberopus villosus (Miq.) contient des alcaloïdes.
UOrchipeda fœtida (Bl.) contient un alcaloïde à saveur acre et amère.
Le Tahernœmontana 77ialaccensis (Hook.) est employé comme poison des flèches. Le T. sphœrocarpa (Bl.) contient un alcaloïde et agit comme poison sur les animaux à sang chaud el à sang froid (1),
Le Tahernanthe Iboga (Baill.) est réputé au Gabon pour posséder des propriétés enivrantes et excitantes.
Le GeAssospermum Vellosii (Allem.) contient les alcaloïdes
GEISSOSPERMINE, PÉRÉIRINE et VELLOSINE (G^H**Az*0*). La
vellosine^ identique, de par ses propriétés, avec la briœine^ provoque chez les grenouilles, à la dose de Ogr.005, des phénomènes d'intoxication ; et, à la dose de Ogr.05, elle amène la mort après des convulsions qui sont suivies de paralysies. Les lapins sont tués en convulsions par Ogr.l5 de vellosine par kilo d'animal; la mort est causée par la paralysie du centre respiratoire (2).
Guachamaca toxicaria (De Gross) [{Malouetia 7iitida Spr.)\ Soumis à l'ébullition, le bois fournit un poison. Les grenouilles succombent à l'extrait en présentant des phénomènes d'intoxication ressemblant à ceux causés par le curare. Mais, contrairement à ce qui se passe avec le curare, la respiration continue à s'effectuer.
NERIOM OLEANDER (L.). — Les feuilles, les fleurs, Técorce et le bois de laurier-rose (laurosCy oléandre, nèrier)^ qui n'a rien de
(1) Greshofk, /. c, p. 65.
(i) Fheund, Chauv'et und Sghultzb, Annal, d. C hernie, CCLXXXII, p. 247
NERIIÎM OLEANDER 72t
commun, au point de vue botanique, avec les lauriers et les rosiers, ont provoqué souvent des empoisonnements dont les causes sont : suicide, méprises (on les a pris pour d'autres substances) et usage thérapeutique (1). Les sujets ayant mangé de la viande embrochée sur du bois de nerium auraient été intoxiqués. Le bois est employé dans l'Europe du Sud comme poison pour rats. Le laurose contient : I'oléandrine amorphe provoquant chez la grenouille, à la dose de Omilligr.25, l'arrêt du cœur en systole, et la nëriine. La dose léthale pour Thomme pourrait être évaluée à 6 gr. environ d'extrait de bois et d'écorco d'oléandre (2). Des vaches et des chevaux ayant mangé les feuilles d'oléandre, furent atteints de : salivation, agitation générale, anorexie, suppression de la sécrétion lactée, polyurie (mais aussi anurie et diarrhée même sanguinolente remplaçant la diurèse), ballonnement du ventre, pouls intermittent très accéléré, et convulsions suivies de paralysie. Guérison dans l'espace de cinq jours à trois semaines environ, ou la mort. Chez des oies qui avaient péri après avoir présenté des coliques et de la paralysie, on trouva des pseudomembranes dans l'œsophage, de l'inflammation croupale de la muqueuse gastrique et des hémorrhagies de la séreuse intestinale.
On a observé chez rhomme : vomissements, diarrhée dysenttriforme, mydriase, pouls petit, intermittent, convulsions el, dans quelques cas, sommeil profond. La guérison peut survenir dans quelques jours, et la mort, dans l'espace de neuf heures. Le suc de la racine administré à la dose de 30 gr. provoqua des convulsions tétaniques, et la mort eut lieu après quatorze heures et demie. Rien à Tautopsie.
Recherche. — Diagnostic botanique des restes de la plante trouvés dans l'organisme ou les matières vomies. On pourrait essayer d'obtenir VOlêandrine des objets ù examiner en les extrayant par l'alcool, en précipitant par l'acétate de plomb et l'ammoniaque et en chassant l'alcool du filtrat. La coloration brune que donne Toléandrine dissoute dans l'acide sulfurique
^1) Landerer, Zeitschr, d, œster, Apothekerver., 1883, qo 2. (2) KuRZAK, Wiener Zeitschr., 1859, n^» 44,50.
Toxicologie. 46
concentre passe au rouge vif après addition du bromure de potassium.
Traitement. — Evacuer le poison et prescrire des stimulants cardiaques.
Le Nerium odorum (Soland.) contient les poisons cardiaques glucosidiques appelés : nériodorine et nériodoréine. Les tentatives de suicides avec l'écorce et le suc de ce nerium se rencontrent fréquemment dans les présidences de Bombay et de Madras : on en a enregistré vingt-neuf dans le cours de quinze ans. Les symptômes consistent en : nausées, vomissements, douleurs abdominales, engourdissement, battements cardiaques intermittents, parfois symptômes tétaniques.
STROPHANTUS HISPIDUS (DC). — On se sert souvent, actuellement, dans l'Afrique de l'Est et du Nord-Ouest (estuaire dn Gabon), pour la préparation des poisons de flèches, d'un poison (Ko)nbiy InéCy Oaage) que l'on obtient à Taide des semences des diverses espèces de Strophantus. C'est la strophantine qui est la partie constituante active. Le Konibi est un poison cardiaque pour les animaux à sang froid et à sang chaud. 11 tue les grenouilles à la dose de Omilligr.07 à Omilligr.095 (1). Le ventricule s'arrête avant l'oreillette. Le cœur devient alors inexcitable. Les muscles sont paralysés comme le cœur. L'administration, dans un but thérapeutique, des préparations galéniques des semences fut suivie parfois de : nausées, vomissements, diarrhée, collapsus, bourdonnements d'oreilles et douleurs de tête.
[L'action physiologique de la strophantine est encore incomplètement élucidée. Les interprétations différentes proposées par les physioloj^^istes ou les cliniciens tiennent d'une part, à la purification imparfaite des produits sur lesquels ont porté les essais, d'autre part, à l'origine différente des strophantus qui ont servi à l'isolement des principes actifs. Une circonstance vient encore ajouter aux difficultés et aux incertitudes des conditions précédentes, c'est la variabilité d'action suivant les différentes espèces animales.
La strophantine diminue le pouvoir excito-moteur de la moelle ; on observe une paralysie neuro-motrice et musculaire graduelle allant du centre à la
(1) Valentin, Zeitschr, f. BioL, iSH, p. 133.
APOCYNACÉES 723
périphérie. Sous Tinfluence de doses fortes d'emblée, on peut constater une action simultanée sur les deux extrémités nerveuses, centrales et périphériques. A très faible dose, la strophantine paraît être le stimulant cardiaque augmentant le plus la force et Tamplitude des contractions du myocarde. A dose toxique, elle agit plus rapidement et plus énergiquement que la digitaline et supprime les phases de ralentissement, de renforcement avec accélération ar}ihmique et de régularisation avec augmentation de fréquence qui caractérisent révolution de l'action toxique de la digitaline. Aux doses faibles, l'action vaso-consirictive est considérablement moindre que celle de la digitaline ; et certains cliniciens vont même jusqu'à regarder cette action comme nulle.
L'action irritante locale de la strophantine est des plus énergiques. Elle se traduit, relativement à son élimination par les reins, par des lésions rénales fréquemment accompagnées d'hématurie. Avec cette action irritante locale, coïncide une action analgésiante des plus caractérisées].
Apocynumcannahinum (L. i. Le chanvre indien contient deux substances appartenant au groupe digitale, à savoir, I'apogtnine et I'apocynéine dont la première provoque chez les g^renouilles l'arrêt du cœur en systole. La plante est employée comme poison pour poissons. VA. androsœmifolium (L.) est doué de propriétés identiques (1).
Aganostna caryophyllata (Don). Les rameaux et les feuilles sont employés au Malabar comme poison pour poissons.
Cercocqma macrantha (T. et B.). L'alcaloïde tue les crapauds à la dose de 3 millig-rammes.
Chonemorpha macrophylla (G. Don.). 11 contient un alcaloïde toxique.
UAdenium Bœhmianum (ScmNz.) est employé dans l'Afrique du Sud pour la préparation du poison des flèches appelé Echuja, On obtient du suc laiteux le glucoside échujine qui paralyse le cœur de la grenouille à la dose de Omilligr.l, tue les lapins à la dose de lmilligr.3 et les chiens à la dose de Omilligr.6 par kilo d'animal, au milieu de troubles respiratoires et de convulsions tétaniques, h' A. somalense serait employé par les Somalis
(i) Consulter également au sujet des principes actifs du Chanvre indien et de leur action physiologique : G. Pouchrt, Lpçons de phavmacodynamie et de matière médicale, 2e série, p. 844.
724 POISONS VEGETAUX
comme poison de flèches, et le suc d^Adenium est employé dans les Jugements de Dieu. Le suc amer d'^. obesum (Rokm. el ScHULT.) est employé pour empoisonner les poissons.
UUrechites suberecta (Muell.) contient les poisons cardiaques glucosidiques uréghitine et urëghitoxine (la dernière moins énergique) qui sont doués de propriétés cumulatives : aussi arrive-t-il que l'usage prolongé de la drogue ou des glucosides, malgré l'apparence d'un état général parfait, peut amener subitement la mort. Le cœur de grenouille est, dans l'appareil do Wn.LiAM, tué en neuf minutes par une solution d'uréchitine à \ p. 200 000 (1). Les « Obis » de KInde s'en serviraient pour l'intoxication chronique de leurs victimes.
ASCLÉPIADÉES
ASCLBPIAS VINCETOXICUM (L.). — Le Cynanchiim Vincetoxicum contient un glucoside, vincétoxicine, qui est non toxique à la dose de 1 gr. Un glucoside nommé asglépiadine provoque chez les grenouilles : mouvements de vomissements et paralysies; chez les animaux à sang chaud : arrêt de la respiration et convulsions asphysiques avec irrégularité des battements cardiaques aboutissant à la paralysie cardiaque (2). IjA. curassavica (L.) et VA. ificarnata (L.) renferment l'asclépiadine toxique. La plante peut être nuisible aux animaux.
Le Cynanchiciti sar caste mmoïdes (K. Schitm.), sert dans l'Afrique orientale pour engourdir les poissons. Les Indiens de l'Amérique du Nord emploieraient le C . macrophyllum (Pers.), comme poison des flèches, et le C. Caudatiim (Max) provoque l'anesthésie et l'impossibilité de contrôler (gouverner) les mouvements des membres (3).
(1) Stockmann, Med. Cromcie, 1893, fèb.
(2) Harnack, Arch, f, exp, Path. u. Pharm., 187i, p. 30i. — Gram, iV/., Bd XLX, H 6. — Greshoff, Âfededeeiingen, X, p. 105.
(3) CmESHOF;-', Schet^en van nuttige Planten^ Aflew. 2, p. 77 el 78.
ASGLÉPIADÉËS 72S
Le rhizome frais d^Asclepias cornuti (Degne.) contient un principe volatil, acre, qui provoque sur les mains des bulles dont l'apparition s'accompagne de démangeaisons.
VA. gigantea (Willd.) [Calotropis gigantea (R. Br.)], fournit le Madar (en arabe : Oschar) et, grâce à son suc laiteux phlogogène, il cause : vomissements violents et diarrhée. Le suc de la plante servirait dans l'Inde et en Afrique pour la préparation des boissons enivrantes {Baron Giya) (1).
A. procera (Ait.) [Calotropis procera (R. Br.)1. Le suc est employé dans les Indes pour infanticide. Donné à la dose de 4 gr. environ, le suc tue un chien en provoquant chez lui des phénomènes d'intoxication semblables à ceux causés par l'acide cyanhydrique.
Les feuilles de Cryptostegia grandi flora (R. Br.), prises une fois à la dose de 5 gr., auraient amené la mort d'un homme; la mort était précédée de vomissements et de beaucoup d'autres phénomènes d'intoxication. Les expériences sur les animaux ont démontré sa complète innocuité.
Le Tylophora fasciculata (Bugh.-Ham.), employé dans les Indes comme mort aux rats, a provoqué à plusieurs reprises chez l'homme des intoxications caractérisées par : sensation de sécheresse au pharynx, soif, vomissements, mydriase, vertiges et perte de connaissance. Le T, lutescens renferme un alcaloïde acre et toxique.
Le Sarcolobus Spanoghei (Miy). (Walikambing) contient une résine, la Sarcolobide^ qui agit à la manière du curare et, ainsi qu'on le fait avec \e S.globostis (Wall.), il est employé à Java, etcpour empoisonner les bétes fauves.
Le Periploca grœca (L.) tue les animaux. Le P. vomitoria (Lesch.) agit comme émétique.
(1) Watt, Dictionary, vol. II, p. 47 et i\).
Grâce à sa teneur en condurangine, un glucoside toxique, le Gonolohiis Condurango (Triana) provoque chez les animaux, outre les vomissements, des convulsions d'origine cérébrale comparables à celles causées par la strychnine et amène la mort par paralysie respiratoire.
Le Sarcostemma australe (R. Br.) est un poison mortel pour le bétail, mais en revanche le suc laiteux de S. Brunoniana se mange dans l'Inde sans inconvénient aucun.
Le Hoya aiistralis (R. Br.) riche en suc laiteux tue les animaux qui le mangent.
Secamone emetica (R. Br.). La racine provoque des vomissements par irritation locale.
Metaplexis Stauntoni (Schult). Ses fruits sont vénéneux.
Le Menabea venenata (Bau.l.) serait employé à Madagascar, comme l'est le Tanghinia venenifera^ dans les Jugements de Dieu.
LOGANIACÉES
6ELSEMIUM SEMPERVIRENS (Arr.). — Les empoisonnements par le faux jasmin (jasmin''jauné)y employé par les Indiens comme poison pour poissons, sont causés principalement par Tusage thérapeutique de la teinture alcoolique de sa racine. La gelsé- MINE cristalline contenue dans la plante n'est pas toxique pour les animaux à sang chaud; mais, donnée aux grenouilles à la dose de Ogr.Ol, elle provoque chez elles : hyperexcitabilité réflexe persistant jusqu'à quatre-vingts heures et tétanos. Les doses plus élevées agissent à la manière du curare, et la dose de 0gr.02 tua par paralysie cardiaque. La gelsëminine amorphe, à la dose de Ogr.OOl, amène la mort des lapins en provoquant chez eux des symptômes d'une paralysie descendante du systènae nerveux central. La respiration est déjà arrêtée que le cœur continue encore à battre. La respiration artificielle peut sauver la
LOGANIAGEES 727
vie (1). A doses élevées le Gelsemium cause chez les animaux : paralysie des centres moteurs cérébro-spinaux, tremblements, dans les stades ultérieurs abaissement de la température (peutêtre par suite de l'affaiblissement de l'énergie cardiaque), et la mort, par arrêt de la respiration, a lieu en convulsions.
La dose mortelle pour rhomme serait de 36 g-r. environ de teinture de gelsemium dont la concentration varie notablement d'un échantillon à un autre, et de 2 gr. pour les extraits (2). Un homme ayant pris en tout 75 gr. d'extrait fluide de gelsemium, mourut six heures après en avoir absorbé la dernière dose (3).
Symptômes chez Thomme : céphalée, vertiges, perte de la parole, impossibilité de mouvoir la langue et d'avaler, ptosis, affaiblissement de l'acuité visuelle (4), ou diplopie, mydriase (elle survient aussi après l'instillation du gelsemium dans Pœil), sensation de sécheresse à la bouche, tremblement des membres, faiblesse ou parésie ou rigidité des muscles, perte de connaissance (elle peut manquer), cyanose, dyspnée, orthopnée, coma et parfois trismus ou convulsions généralisées. Les troubles visuels, la faiblesse, etc., peuvent persister encore pendant quelques jours. Lesgrenouilles succomberaient en peu de minutes à Ogr.03,
<1 'ACIDE GELSËMIQUE (5).
Recherche. — L'éther enlève les alcaloïdes à leurs solutions •alcalines. On peut aussi agiter les solutions acides à examiner avec du chloroforme ou de l'éther de pétrole, pour se débarrasser, entre autres, du corps à fluorescence bleue qui se trouve dans la racine de gelsemium et qui ne serait pas identique avec VEsculine et, en fin de compte, après addition d'un peu d'ammoniaque, reprendre les bases par la benzine (6). La solution de gelsémine dans l'acide sulfurique, additionnée de bichromate de potasse, se colore en rouge-cerise passant graduellement au vert. En cas d'intoxication par la racine de gelsemium, la fluores-
(4) CusHNY, Arch. f. exp. Path. u. Pfiarm., Bd XXXI, p. 49.
(2) MoRiTZ, Arch. f. exp. Path. u. Pharm., Bd XI, p. 299.
(3) Seymour, Philad. med. Times, 1882, 28 janv.
(4) L. Lewin, Nebenwivk, d. Arsneimittel , 1899. p. 193.
(5) WoRMLEY, Amer. Journ. of. Pharm,, 1883, p. 337.
(6) ScHWARZ, Der forens, chem. Nachw. d. Gelsemias, 1882.
cence de la solution permettrait de faire le diagnostic du poison. Traitement. — Vomitifs, purgatifs, excitants, respiration arti- Kcielle. Quant aux injections de strychnine, elles sont dangereuses.
Le G. elegans (Benth.), qui a provoqué en Chine des empoisonnements mortels, contient une substance basique.
Spigelia marylandica (L.). La racine renferme un poison qui paralyse la moelle épinière, cause l'excitation centrale du pneumogastrique et amène la mort par arrt^t de la respiration. On a observé chez les chiens: vomituritions, faiblesse musculaire, troubles respiratoires avec mydriase et coma (1).
Le Biiddlela brasiliensis (Jacq.) {Barhasco) paraît être employé au Brésil comme poison pour poissons.
STRYCHNOS NUI VOMICA (L.). — Les fruits de Vomiquier contiennent, couchées dans une masse mucilagineuse toxique, des semences discoïdes couvertes de poils jaune-gris {noix vomiques^ œil de Corneille). Les semences, ainsi que Técorce du vomiquier (Cortex Angostiirae spurius) ^diin^'i que le bois et les semences de Strychnos colubrina (L.), les fèves de Saint Ignace^ de couleur rouge-gris, semences du Strychnos Ignatii (Berg) (1 p. 100 environ), de même que le Strychnos Gautheriana (Pierre) {Hoang- Nan)y et enfin certains poisons des flèches de Bornéo (Upns Tieuté ou V. Radja) (2), obtenus du suc de Técorce de la racine de Strychnos Tieuté (Lesch.) contiennent l'alcaloïde strychnine l^C'*H^^Az*0*) probablement combinée à l'acide cafétannique (acide igasurique) (3) et, à l'exception de la plante nommée la dernière, aussi Talcaloïde brucine. Le Str. axillaris (Colebr.), lui aussi, est vénéneux. La pulpe des fruits de noix vomique contient un glucoside, la loganine (4). La strychnine, dérivé de
(I) Hare, Med. NetTi, 1887, n» 11, p. 280.
(i) L. Lewin, Die PfeHgifte, 1894, p. 121, cl suiv.
(3) ScUiEA, Schweis, Wochenschv, f. Chemie, 1895, p. 393,
(4) DuNSTAN and Short, Pharm. Journ. a. Transact., 1884, n© 730.
STRYCHNOS NUX VOMICA 729
IVniline à la manière de racétanilide (1), est peu soluble, tandis que ses sels sont pour la plupart bien solubles dans l'eau et l'alcool. On obtient de la strychnine, par réduction, la Désoxystrychnine amère, encore toxique et l'alcaloïde non toxique Strychnoline tout à fait dépourvu d'oxygène. La hrucine (qui est peut-être la Dimèthyloxystrychaine ?) est, comme poison convulsivant, quarante à cinquante fois moins énergique que la strychnine (2). Chez les grenouilles (jamais chez les animaux à sang chaud), les convulsions sont souvent précédées de la perte de la motilité (3). Elle tue les lapins à la dose de Ogr.012 (4).
Les causes des empoisonnements par la strychnine chez Thomme sont : homicides par empoisonnement (5), suicides, méprises telles que absorption des préparations contenant de la strychnine employées pour la destruction des animaux (par exemple, « Battles vermine killer ») (6), ou bien parce qu'on l'a prise pour de la. quinine, de la morphine ou des fleurs de zédoaire (7), et enfin doses thérapeutiques par trop élevées. La dose toxique pour rhomme peut être évaluée à Ogr.005 à Ogr.Ol d'azotate de strychnine, les phénomènes toxiques sont plus accusés à la suite de 0gr.O2 à Ogr.03. La mort est survenue chez un enfant après Ogr.004, chez les adultes, à la suite de Ogr.03, plus souvent à la suite de 0gr.l2 à Ogr.36 (8). Mais en revanche, par suite de circonstances concomitantes particulières, la guérison fut obtenue après Ogr.045 (9), Ogr.24 et Ogr.6, même après des doses supérieures à 1 gr. et 5 gr., malgré l'apparition d'un tétanos bien caractéristique. Malgré les cas isolés où les noix vomiques étaient prises dans l'Asie Orientale comme prophylactiques contre le choléra, on n'a jamais observé chez l'homme d'accoutumance
(i) Tafel, Liebig's Annal., 1894, CCLXVIH, p. :ii9. — Chtm. Ber , 1893. Bd XXVI
(2) Reichbrt, Amer, med, New^s, 1893, p. 369.
(3) LiEDTKE, Die phf/s, Wirk. d. Brucins, Kunigsberg, 1875. / .
(4) HusEMANN, Arch, f. exp, Path, u. Pharm., Bd VIU, p. 119.
(5) PaBiTNER, l/eber Strychninverg., Wûrzburg, 1870.
(6) BuRTON, Djutsche Amer, Ap.-Zeit., 1884
(7) HusEMANN, Journ f, Phavmakodyn,, Bd II, p. 179.
(8) Gasper, Vierteljahrsschr. f.'ger. Med , N. F. Bd I, p. 1.
(9) Pridbaux, Zance/, 8 janv! 1881.
envers cet alcaloïde, au contraire, souvent il manifeste une action cumulative. C'est ainsi qu'un empoisonnement, parfois même mortel, éclate après que le malade avait supporté pendant un temps plus ou moins prolongé la strychnine à petites doses : cette éventualité peut se présenter également plusieurs jours après la suppression dii remède. Les poules peuvent supporter la strychnine à une dose douze fois supérieure à la dose léthale pour les lapins (environ Ogr.002 par kilo), les cobayes, le quintuple de cette dose léthale (1), tandis que le corbeau cornu jouit d'une immunité telle que les semences de strychnos constituent son mets le plus favori. Les semences toxiques de Strychnos CobalongOy à ce que l'on prétend, seraient aussi mangées par quelques mammifères, par exemple le Dasyprocta Aguti. Le fœtus du chat serait immunisé contre la strychaine. La dose léthale est de Ogr.75 à 3 gr. pour la noix vomique^ et de 2 à 3 gr. pour la teinture. Les premiers symptômes apparaissent dans l'espace de trois à trente minutes ; les convulsions, parfois seulement après une à trois heures et au delà, et la mort survient en dix à vingt minutes, ordinairement une à trois heures après l'administration du poison, mais elle est encore possible au bout de neuf à vingt heures et même plus tard.
La strychnine absorbée par toutes les muqueuses et les plaies, ne se décompose pas dans l'organisme. L'élimination se fait en petites quantités par la salive (2) et le lait, mais de préférence par l'urine (3) où on peut la déceler déjà après cinq minutes; l'élimination est terminée au plus tard après quarante-huit heures (4). L'urine évacuée plus de quarante-huit heures après l'administration de la strychnine à doses thérapeutiques, ne contient plus de strychnine (5). La strychnine (dont la saveur amère est encore perceptible dans une solution à 1 p. 40 000 d'eau) ne s'emmagasine pas dans les organes (6) dont la teneur
(1) Leube und RosENTUAL, Arch. f. Anal, u. Physiol.y 4867, p. 629.
(2) Gay, Centralbl. f. med. Wissensch., 4867, p. 49.
(3) ScHULZEN, Arch. f, Anat. u, Phyxtol , 1864, p. 494. — Hamilton, Med.Rec., 4867, no25.
(4) Kratter, men. med. Wochmschr., 4882, n» 8-40.
(5) DixoN Mann, Med. Chronicle, 1889. mai.
(6) DaAGENDORFF, BcUr. s. ger. Chemie, tll, p. 491.
STRYClIiNOS NUX VOMICA 731
en strychnine est plutôt proportionnelle à leur richesse en sang dans chaque cas donné, c'est-à-dire qu'elle prédomine dans les organes bien irrigués (foie, poumons) et les organes excréteurs principaux (reins), tandis que le cerveau n'en contient que relativement peu (1). Chez les grenouilles, c'est la moelle épinière qui a été trouvée l'organe le plus riche en strychnine, et, après des doses élevées, c'était le sang. Des poules ayant reçu Ogr.36 de strychnine dans l'espace de douze à seize jours, ont pondu des œufs ne contenant point de strychnine.
L'hyperexcitabilité réflexe de tout, le système nerveux central, surtout de la moelle épinière, observée chez les animaitXy est probablement due à l'excitation directe des centres réflexes. Comme conséquence, on voit éclater des accès de convulsions tétaniques provoqués par des excitants extérieurs, les excitants chimiques semblent être inefficaces chez les grenouilles. Les accès se suivent parfois à des intervalles si rapprochés qu'ils produisent l'effet d'être subintrants. Tous les muscles, y compris le diaphragme, peuvent participer à ces convulsions. Les centres respiratoire et vasomoteur sont atteints. La pression sanguine, élevée d'abord par suite de l'excitation du centre vasomoteur (2), s'abaisse ensuite. Le ralentissement du pouls, survenant chez les grenouilles, est causé par l'excitation du pneumogastrique. Le glycogène disparaît presque complètement du foie et des muscles. Même chez les animaux à sang chaud, la mort n'est pas due au spasme glottique, ni au tétanos du diaphragme et des muscles respiratoires, mais bel et bien à l'épuisement général qui survient, ou à la paralysie des systèmes nerveux et musculaire. S3rniptômes chez l'homme. — Parfois sensation de brûlure à l'estomac, rarement vomissements ; comme phénomènes prémonitoires surviennent souvent : tressaillements, raideur ou douleurs dans les muscles masticateurs et ceux de la nuque, ainsi que secousses légères des muscles, par exemple des mollets où la contraction prédomine tantôt du côté des fléchisseurs, tantôt du côté des extenseurs. C'est à cela que peuvent se
(1) Ipsen, Vierteljahrsschr. f. ger, Med., 1894, Bd IV, Heft 4.
(2) S. Mayer, Wien, Sitzungxber,, 1871, Bd LXIV.
732 POISONS VEGETAUX
borner toutes les manifestations de l'empoisonnement. Mais dans les cas plus graves, ordinairement à la suite d'un mouvement et, chez quelques sujets, pendant qu'ils poussent des cris perçants qui se continuent aussi pendant les convulsions, éclate un accès tétanique. La tête est rejetée vers la nuque, les poings sont serrés, les muscles sont tendus, le corps est raidi, les yeux se dévient, l'écume apparaît aux lèvres, la respiration est suspendue, la face est cyanosée, rarement rouge et vultueuse(l), les globes oculaires sortent des orbites, immobiles, les pupilles sont dilatées, la température est élevée et le pouls la plupart du temps imperceptible. Cet état ayant duré une minute environ, le tétanos cesse, les muscles se relâchent, le malade, qui a conservé la conscience pleine et lucide, se plaint d'avoir soif, de sécheresse à la bouche et de sensation d'oppression. Le hoquet ne survient que rarement. Mais cette rémission ne se maintient que pendant un court laps de temps, tout au plus pendant dix à quinze minutes: les excitations tactiles, optiques ou auditives, font éclater un nouvel accès tétanique que le malade angoissé sent venir dans la majorité des cas. Cependant les frictions légères du ventre peuvent soulager parfois le malade. Si les convulsions ne sont pas très violentes, des sueurs profuses se déclarent dans leurs intervalles. Le pharynx peut, lui aussi, prendre part aux convulsions. Letrismus s'associe de temps en temps au tétanos. Les rémissions deviennent d'une durée de plus en plus courte et le malade succombe après deux à cinq accès tétaniques (rarement davantage) pendant une rémission, avec la conscience intacte ou dans un sommeil profond, surtout si l'on a fait usage des opiacés dans le but d'atténuer ou d'empêcher les crises tétaniques. En cas de guérison, les convulsions vont en s'atténuant jusqu'à disparition complète. Pendant quelques jours les malades restent faibles, évacuent involontairement l'urine et les matières fécales ou bien ont les doigts rétractés. Dans un cas, il y avait une anurie complète durant trois jours, et l'urine enfin évacuée renfermait de l'hémo-
(li Thomson, Brit. med. Journ., 1893, I, p. 40(i,
STRYCHNOS NlfX VOMICA 733
g-lobine et des cylindres. On a également vu survenir une apoplexie chez un individu.
Autopsie. — La rigidité musculaire peut exister ou être absente. Toute la musculature du corps peut se trouver en relâchement immédiatement après la mort (1) ; cet état peut être provoqué à volonté chez les animaux. On trouve, dans des cas isolés, des congestions et des extravasats dans la substance de la moelle épinière (2), du cerveau ou dans les muscles.
Recherche. — ^Seront utilisés : urine, sang et foie, ainsi que reins, rate, contenu stomacal, intestin grêle, cerveau et moelle épinière et enfin des fragments des objets sur lesquels est étendu le cadavre. La strychnine n'est que difficilement décomposée par la putréfaction (3). On Ta décelée encore après six mois dans l'estomac et le contenu stomacal d'un cadavre (4), dans du sang additionné de strychnine que l'on avait conservé pendant une année, et même après un an à un an et demi dans les liquider qui s'étaient écoulés du cadavre. Quant à la brucine, elle se trouve, entre autres, dans le foie et les reins. U empoisonnement a-t-il lieu à Vaide des noix vomiques pulvérisées^ l'examen microscopique permettra de poser le diagnostic botanique en étudiant les cellules allongées dont est constitué le revêtement de la noix vomique. En se servant de l'éther, du benzol ou du chloroforme en excès, on réussira à extraire la strychnine des liquides alcalins. La solution chloroformique ainsi obtenue sera agitée avec de l'eau, la solution aqueuse sera alcalinisée et reprise de nouveau par le chloroforme. On peut aussi (5) mélanger les matières à examiner avec du plâtre, soumettre le mélange à l'ébuUition avec de l'alcool contenant de l'acide tartrique, chasser l'alcool et reprendre le résidu par l'eau. On filtrera alors pour se débarrasser de la graisse, le filtrat sera évaporé, mélangé avec de la lessive sodique et du plâtre, la masse sera extraite par le chloroforme et l'extrait sera additionné d'une solution d'acide oxalique
(1) Fegen, Lancet, 1889, II, p. 954.
(2) ScunoEDER VAN DBR KoLK, Eptlepsie, 1859, p. 74 et 79.
(3) Maier, Wartt. Correspondensbl., 1857, n» 25. — Ipsen, /. c.
(4) SuNDRicK, Pharm, Centralh,, 1884, p. 8.
(5) Chandelon, Zeitichr, /*. phyx, CAem/>, Bd IX, p. 40.
dans l'éther : l'oxalate de strychnine traité par l'ammoniaque, mettra la strychnine en liberté. C'est grâce à ce procédé que l'on a réussi à déceler la strychnine dans le foie d'un lapin empoisonné par Ogr.04 de cet alcaloïde (l). Quant à V analyse quantitative de la strychnine, elle repose sur sa précipitation par une solution de ferrocyanure de potassium de concentration connue. Si l'on sait la quantité totale des alcaloïdes, la différence fournira la teneur enbrucine(2). Onpeutaussi différencier la brucine d'avec la strychnine en préparant leurs picrates respectifs (3). Comme réactifs de la strychnine, on fera tout d'abord attention à sa saveur amère. Une solution incolore de strychnine dans l'acide sulfurique concentré est-elle additionnée d'un petit cristal de bichromate de potasse ou bien d'oxyde de cerium, on voit se former, surtout si on agite la solution, des raies bleu-violet passant ensuite au rouge-brun. Une solution de une partie de vanadate d'ammonium dans cent parties d'acide sulfurique concentré eslelle additionnée de strychnine, on voit apparaître une coloration bleue passant bientôt au violet puis au rouge-vermillon et, après addition d'une petite quantité de lessive sodique, au rouge-rosé ou au rouge-pourpre persistant (4). Grâce à ces réactifs, on peut encore déceler Ogr.OOl de strychnine. Si la strychnine est chauffée sur une plaque de porcelaine avec 1 goutte d'acide azotique dilué et que l'on y ajoute du chlorate de potasse, une couleur écarlate apparaît. L'amoniaque colore en brunâtre. Si l'on chauffe jusqu'à siccité complète, on obtient une matière colorante verte soluble dans l'eau (5). Les têtes de pavots contiendraient, à ce que l'on prétend, une substance fournissant les réactions delà strychnine (6). On entreprendra aussi des recherches physiologiques sur les souris ou la Rana esculenta: il suffît de moins de Ogr.OOl de strychnine pour qu'éclate chez elles le tétanos. L'étude microchimique permet de découvrir la strychnine et la brucine dans
(1) CuHMANN, Phavm, Centralh.^ 1895, p. 660, a proposé un nouveau procédé d'extraction de la strychoine.
(2) HoLST und Beckuhts, Pharm, Centralh,, 1887, p. 119.
(3) Gerock, Arch. d, Pharm,. 1889, Bd XXVH, p. 158.
(4) Mandelin, Pharm. Zeitschr, f, RussL, 1883, no» 22-24.
(5) Bloxam, Chem. News, 1887, LV, p. 155.
(6) Paul, Prager med. Wochenschr,, 1893, n» 17,
STRYCHNOS NUX VOMICA 735
les cellules de l'endosperme et de l'embryon des semences de strychnos : le meilleur procédé par la strychnine, c'est la solution de vanadium décrite plus haut, la brucine sera décelée par Tacide azotique. Le contenu cellulaire se colore en violet, ou en jaune-orangé (1). L'acide sélénique contenant de l'acide azotique colore la bt^cine en rouge.
[La noix vomique possède une teneur assez variable en alcaloïdes. Elle en renferme de 18,58 à 22,50 p. 1000. Ce total se répartit ainsi : strychnine 18 à 20 p. 1000 ; brucine 3 à 5 p.lOOO. La fève de Saint-Ignace est, au contraire, d'une composition plus constante. Elle renferme de 15 à 18 p. 1000 de strychnine et de 5 à 8 p. 1000 de brucine. L'écorce dite de fausse an^test are n'est presque plus employée en thérapeutique et ne sert guère qu'à l'extraction des alcaloïdes. Elle contient de 20 à 25 p. 1000 de brucine et seulement de 3 à 5 p. 1000 de strychnine. Diverses autres espèces de Stychnos pourraient fournir de la strychnine. On peut citer le Strychnos Tieuté de Java, le Strychnos Icaria de l'Afrique tropicale qui fournit le M' Boundou, le Strychnos Gautheriana du Tonkiu dont le professeur Bâillon fit la description il y a quelques années. A côté, se trouve le groupe des Strychnos à Curare étudiés par Boussingault. Enfin parmi ce groupe on trouve des espèces inoffensives comme le Strychnos pseudoquina qui est employé par les indigènes comme succédané du quinquina. L'Upas tienté renferme 60 à 65 p. 1000 d'alcaloïdes et la strychnine rentre pour la plus grosse part dans ce chiffre. On a même prétendu qu'il ne contenait, exclusivement, que cet alcaloïde.
La teinture de noix vomique, à 1 pour 5 comme il est prescrit parle Codex, contient environ 2 milligrammes d'alcaloïdes par gramme. L'extrait aqueux de noix vomique obtenu par macération représente le vingtième du poids de la poudre employée. L'extrait alcoolique en représente le dixième. Sa richesse en alcaloïdes (strychnine et brucine) varie de 52 à 115 milligrammes par gramme d'extrait. Un centigramme peut donc être une dose toxique et môme mortelle et c'est un médicament dangereux à prescrire, en raison de sa grande variabilité de composition.
L'extrait de noix vomique de la pharmacopée allemande peut contenir jusqu'à 180 milligrammes d'alcaloïdes, alors que le nôtre n'en contient jamais plus de il5 milligrammes. MM. Wyndham Dunstan et Short ont publié, il y a quelques années, des résultats d'analyses d'extrait de noix vomique ; voici les chiffres qu'ils donnent :
Eau de 13,60 à 19,70 p. 100.
Alcaloïdes de 10,32 à 17,55 —
Strychnine de 4,20 à 8,58 —
Brucine de 6,13 à 10,43 —
(1) SouvAN, Joum, depharm, et de chim., 1895, qo 10, p. 493,
136 POISONS VKOéTAUX
Une. femme de 50 ans mourut avec les sjrmpiômes d*UDe gastro-entérite iatense, et des crises tétaniques, deux heures après avoir pris,en une seule fois, 16 centigrammes d'extrait de noix vomique. Un homme de vingt-six ans absorba, en une seule fois, 32 centigrammes d'extrait de noix vomique. Il eut des hémoptjsies, des phénomènes de gastro-entérite grave, des crises tétaniques assez violentes, pourtant il ne mourut pas. Une femme de soixante-dix ans mourut en quelques minutes, après avoir absorbé, en une fois, 12 centigrammes d'extrait de noix vomique. Une fillette de sept ans et demi prît 5 centigrammes d'extrait et mourut en une demi-heure. Andral cite le cas d'une personne qui présenta des accidents très graves après avoir pris 5 milligrammes de strvchninc. En résumé,! centigramme de strychnine est une dose toxique, 3 à 5 centigrammes sont presque fatalement mortels. La poudre de noix vomique à la dose de 1 gr. 50 amène la mort rapidement. La poudre de fève de Sainlfgnace donne la même terminaison fatale avec 75 à 80 centigrammes seulement. Gallard rapporte la mort d'une jeune fille de douze ans et demi, survenue deux heures après l'absorption de 1 centigr. desulfate de strychnine en deux prises.
D'après Trousseau, si Ton représente par 1 l'activité de l'extraitde noix vomique, celle de la brucine serait représentée par 2 et celle de la strychnine par 6. Les doses mortelles minima de strychnine tuent trois fois plus rapidementque les doses mortelles minima de brucine. Enfin, d'après Palck jeune, la strychnine est trente-huit fois plus énergique que la brucine comme substance tétanisante. Il a fait à ce sujet des études comparatives avec les différentes substances tétanisantes et il arrive aux résultats suivants : La strychnine est vingt-quatre fois plus énergique que la thébaïne, quarante-neuf fois plus que la laudanine, quatre-vingt-cinq fois plu.s que la codéine et trois cent quarante fois plus que rhydrocotarnine.
La strychnine excite et exalte toutes les sensibilités spéciales ; le système musculaire est de môme excité par l'intermédiaire du système nerveux : bientôt il devient moins contractile par suite de modifications des propriétés physiologiques de la fibre-cellule, qui se traduisent par l'acidification de la substance, l'élévation de température, la rigidité et la putréfaction hâtives des muscles. La circulation est atteinte. Chez les animaux à sang froid, les contractions cardiaques sont diminuées; elles sont au contraire augmentées chez les animaux à sang chaud. La systole est plus active, la diastole plus prolongée. La pression sanguine augmente dans de notables proportions par suite de l'action bulbaire, des contractions musculaires, et aussi de l'augmentation de l'acide carbonique dans le sang. Celui-ci, en effet, est presque dans l'impossibilité d'absorber de l'oxygène et de dégager son acide carbonique : sa capacité respiratoire est donc fortement diminuée. La respiration elle-même se fait très mal : les accès convulsifs immobilisent le thorax pendant la majeure partie de leur durée ; de plus, le centre respiratoire est le siège d'une excitation violente et un spasme glottique arrivant en pleine respiration arrête assez souventdéfinitivement les mouvements respiratoires.
STRYCHNOS NOX VÔMICA 737
En dehors de raction irritante exercée par la strychnine à hautes doses sur la muqueuse g-astrique et intestinale, il faut noter, môme à faibles doses, la stimulation salivaire et Taugmentaiion des mouvements péristaltiques de l'intestin. Elle produit sur le foie, par excitation de la glande, une modification de la circulation, ou par son action directe sur les cellules hépatiques, une g'iycosurie artificielle. Elle diminue la sécrétion biliaire, n*a aucune action sur la sécrétion pancréatique et urinaire ; par contre, elle augmente d'une façon exagérée la sécrétion sudoripare. Dans la majorité des cas, on observe des sueurs profuses dues, d'une part, à l'excitation sécrétoire, d'autre part, à l'élévation de température à la suite des secousses musculaires. La strychnine n'atteint pas le cerveau, du moins primitivement ; elle agit sur les centres bulbaires et spécialement sur la substance grise. Elle excite concurremment le grand sympathique; elle abolit l'action des fibres nerveuses motrices sur les faisceaux musculaires.
Comment meurt-on par la strychnine? Evidemment, l'asphyxie joue un rôle prédominant, mais le rôle du cœur est très considérable, car Tarrôt primitif du cœur, par retentissement sur les nerfs vagues de l'irritation réflexe, a été maintes fois constaté. Dans les cas où, après un traitement médical de l'empoisonnement, il y a eu survie de quelques jours, l'explication n'est pas satisfaisante ; aussi a-t-on émis diverses hypothèses pour expliquer cette fin brusque. On a voulu attribuer la mort à l'acidification de la substance contractile, ou à l'élévalion de température produite par les crises tétaniques, ou bien encore au surmenage musculaire. La mort des animaux chloralisés tendrait à infirmer ces hypothèses. La seule hypothèse qui soit compatible avec la mort tardive, survenant après la cessation des crises tétaniques, consiste à admettre que cette mort est due à des modifications histologiques ou plutôt d'ordre physico-chi« mique du protoplasma des centres nerveux qui afiFectent surtout la substance grise et qui évoluent lentement, môme après la cessation de l'intoxication. Cette hypothèse est surtout confirmée par les lésions nerveuses des fibres à myéline et l'on voit, dans certains troncs nerveux, cette substance manquer complètement après la mort. Elle est encore directement soutenue par l'échec de tous les traitements de l'empoisonnement : refroidissement, anesthésiques divers, qui empochent bien les crises tétaniques de se produire, mais ne font que retarder l'issue fatale lorsque la dose ingérée est mortelle.
DupUY (d'Alfort) constata chez des chevaux intoxiqués des taches violettes et des points rougeâtres disséminés sur toute l'étendue des muqueuses stomacale et intestinale. J. Cloquet retira de l'estomac d'une femme empoisonnée un liquide muco sanguinolent de couleur brunâtre : la muqueuse était teintée par places en rouge et en noir plus ou moins foncé. F. M. Coze, chez un homme mort accidentellement, vit l'estomac fortement enflammé, la muqueuse intestinale violacée et comme gangrenée en plusieurs points du duodénum : le gros intestin était relativement indemne. Le cœur est peu intéressé : il est vide, contracté ; le sang est fluide, on a signalé parfois des ecchymoses endocardiques. Les poumons sont toujours plus ou moins congestionnés ; ils présentent d'or- Toxicologie. 47
dinaire des lésions asphyxîques étendues, quelquefois les vésicules pulmonaires superficielles sont rompues. Le système nerveux est fortement congestionné, on trouve quelquefois des épanchements dans l'intérieur de la substance cérébrale ; le plus souvent, ces épanchements se produisent entre la pic-mère et Tarachnoïde- On a noté plusieurs fois des épanchements sanguins de 7 à 800 g^. entre la moelle et les enveloppes médullaires ; on a également signalé un afflux séreux dans ces m^mes enveloppes.
Dans Tempoisonnement par la strychnine, on peut mourir en quelques minutes, en quelques heures, ou en quelques jours. Les accidents peuvent apparaître de suite ou au contraire tarder plus ou moins longtemps. L absorption de la strychnine peut être influencée par diverses causes : plénitude ou vacuité de Testomac, état d*ivresse. On cite le cas d'un homme qui, en étatd'ébriété, prit vers minuit 1 gramme de strychnine ; le début des accidents ne commença que deux heures et demie après l'ingestion et d'une façon assez bénigne. Des crises tétaniques violentes survinrent environ dix heures après l'ingestion. 11 entra dans le coma dix-neuf heures après et mourut dans cet état pendant son transporta l'hôpital. A l'autopsie, des cristaux de strychnine furent retrouvés intacts à la surface de la muqueuse stomacale. D'autre part, il est avéré que des doses fortes de strychnine sont plus lentes à agir que des doses faibles. Ainsi, un homme de quarante ans, après avoir pris 1 gr. 50 de poudre de noix vomique, ne présenta les premiers symptômes d'intoxication qu'au bout de deux heures. Un enfant de douze ans prit i5 centigrammes de sulfate de strychnine ; il éprouva les premiers accidents au bout de trois heures et mourut dix minutes après.
En général, le patient éprouve tout d'abord une exagération des sensibilités spéciales (odorat, ouïe, toucher), puis il manifeste de l'inquiétude, deTanxiété. Les muscles commencent à manifester une certaine tension, les mouvements du thorax et la déglutition ne s'exécutent que difficilement ; les extenseurs commencent à tressaillir, puis ces tressaillements s'étendent à tous les muscles : ces phénomènes spasmodiques se manifestent au plus léger contact et finissent par prendre un caractère tétanique. Le trismus, l'opisthotonos, la rigidité des membres entrent alors en scène : la respiration devient très pénible par suite du spasme des muscles respiratoires ; la contraction des muscles du visage fait prendre à la physionomie une expression anxieuse et grimaçante. Tout à coup, jetant quelquefois un cri, le patient tomba dans un véritable accès de tétanos ; les dents se serrent spasmodiquement, la colonne vertébrale se courbe fortement en arrière ; les muscles des membres, de la poitrine, de l'abdomen ofiFrent la rigidité du bois ; tout le corps forme un arc à concavité postérieure ; la respiratioS-diîvient complètement impossible ; la face est rouge-sombre, les veines sont enflées. Cet état dure de quelques secondes à cinq minutes. La respiration revient, mais l'excitabilité reste excessive et la plus légère excitation suffit à provoquer une crise. L'homme résiste rarement à plus de trois ou quatre accès, et il meurt asphyxié pendant l'un d'eux ou bien il succombe à la paralysie générale qui
STRYCHNOS NUX VOMlCA 739.
leur succède. Dans ce dernier cas, après une période de crises tétaniques avortées, Texcitabililé du malade diminue et, après une survie de deux, trois et même de huit jours, il meurt brusquement sans crise appréciable.
A Tautopsie, Taspect extérieur du cadavre frappe souvent par sa rfgidité excessive el sa cambrure en forme d'arc. A Touverture du corps, tantôt on trouve quelques lésions anatomiques, tantôt on contraire on ne trouve rien. Vulpian a expérimenté sur les animaux et n*a pu retrouver aucune lésion du système nerveux malgré les assertions de Jacubowitsch et Roudanowsky qui prétendent avoir observé des lésions médullaires. Lorsqu'il y a des lésions anatomiques, lappareil dig'estif est diversement impressionné, suivant que l'intoxication a été provoquée par des sels de strychnine ou par de la poudre soit de fève de Saint-Ignace, soit de noix vomique. Avec les sels, on observe une hyperémie plus ou moins grande de Testomac et de l'intestin, mais rarement des ulcérations. Avec la poudre de noix vomique et la poudre de fève de Saint-Ignace, la gastro-entérite est toujours beaucoup plus intense et l'on trouve presque toujours de petites ulcérations du duodénum. Wepfer a pu constater une inflammation gangreneuse généralisée de l'estomac et de l'intestin. Coze, expérimentantsur des chiens avec de fortes doses d'extrait alcoolique de noix vomique, trouva, après la mort de l'animal, les voies alimentaii es noirâtres et phi og osées.
V expérimentation physiologique, réalisée sur la grenouille, constitue, à coup sQr, la réaction la plus sensible et la plus délicate pour caractériser la strychnine. Toutefois, cet essai n'acquiert toute son importance que s'il est exécuté dans des conditions spéciales qui le rendent absolument probant et qui permettentd'atteindre un degré de sensibilité infiniment supérieur à celui des réactions chimiques colorées les plus caractérisées.
Dans de bonnes conditions, c'est-à-dire en été, pendant la période durant laquelle les grenouilles réagissent avec la plus exquise sensibilité vis-à-vis des substances toxiques capables de les impressionner, un cinquantième de milligramme de strychnine (0 milligr. 02) suffit pour provoquer chez une grenouille du poids de 25 à 40 gr., après un laps de temps variable mais ne dépassant pas deux heures, une succession d'accès tétaniques des plus caractéristiques. C'est surtout avec ces faibles doses que la forme des accès, la succession des phénomènes qui les constitue et qui a été, pour la première fois, si minutieusement et exactement reproduite par Vulpian dans ses Leçons sur V action physiologique des substances toxiques et médicamenteuses y possède un caractère de netteté et de spécificité absolument caractéristique de la strychnine. Aucune autre substance possédant la propriété de provoquer chez les grenouilles des crises con^uilsives, même en faisant abstraction de la question de doses, ne détermine un syndrome aussi constant et aussi régulier. Aussi, pour ma part, j'accorde une importance capitale à cette expérimentation relativement à la carao^ térisation médico-légale de la strychnine.
A mesure quel'on s'éloigne des mois d'été, durant lesquels la sensibilité des grenouilles pour la strychnine se montre avec son maximum, il est nécessaire
d'élever légèrement les doses pour obtenir les mêmes efiFets. Toutefois, il faut apporter la plus vigilante attention à ne pas dépasser notablement la dose suf- Hsante pour provoquer les crises de tétanos caractéristique, sans quoi Ton risque de déterminer chez les animaux en expérience un état de paralysie flasque, ressemblantà celui que détermine chez eux le curare, et qui pourrait faire con. dure à Tabsence de la strychnine alois que Ton en aurait, au contraire, injecté une trop forte proportion.
Pour éviter cet écueil, je conduis mon expérimentation de la façon suivante. Lorsqu'à la suite du traitement des matières suspectes par les méthodes appropriées, j'ai obtenu, comme résidu d'évaporation de la benzine, une substance fournissant les réactions générales des alcaloïdes et présentant, plus ou moins nettement, les réactions colorées de la strychnine, j'en évalue le poids, si cela est possible, et je fais, à l'aide d'une trace d'acide acétique, une solution aqueuse contenant sensiblement 0 milligr. 1 de ce résidu par centimètre cube. En injectant cette solution à des grenouilles, par fractions de quart de centimètre cube, et en attendant au moins une heure avant de faire une nouvelle injection dans le cas où la première n'aurait pas été suivie d'accidents caractéristiques, il est impossible de ne pas réaliser, à un moment donné, la dose et les conditions optima pour voir éclater les crises tétaniques si caractéristiques du strychnisme chez les grenouilles].
Traitement, — Vomitifs (apomorphine, poudre de moutarde, sulfate de zinc), ou lavages de l'estomac le malade étant plongé dans la narcose chloroformique; administration de tannin (infusions de café) ou de teinture d'iode, soit solution de Lugol, ce qui produit des précipités incomplètement insolubles. Le meilleur remède symptomatique, c'est la narcose chloroformique qui sera maintenue longtemps. Le chloroforme est préférable, sous tous les rapports, à la paraldéhyde (on peut tout de même y avoir recours) et à la morphine. Le chloral hydraté, il est vrai, fait cesser les convulsions, mais il est à redouter à cause de son action sur le cœur. C'est agir très brutalement que d'avoir injecté, dans un cas, 38 gr. de chloral hydraté en cinquante-neuf heures. Si les convulsions éclatent de nouveau lorsque le malade se réveille du sommeil chloroformique, le chloral hydraté peut être administré à petite dose. Rappelons encore que les médications ci-dessous, recommandées par divers auteurs, se sont montrées inefficaces dans des cas graves : bromure de potassium (jusqu'à 15 gr.),uréthane, cocaïne, curare (en injection sous-cutanée, III à X gouttes d'une solution de 0gr.06 p. 10 gr. d'eau), inhalations de nitrite
STRYCHNOS NUX VOMICA 744
d'amyle (1), charbon animal, graisses, eau chlorée, infusion de feuilles de nicotiana par la bouche ou par le rectum (Ogr.3 à Ogr.o p. 100 gr. d'eau), acide cyanhydrique, courant électrique et respiration artificielle. Celle-ci est sans valeur aucune chez les lapins (2).
MÉTHTLSTRTGHNINE. — L'action de la strychnine est modifiée par l'adjonction d'un radical organique. C'est ainsi que la méthylstrychnine agit chez les grenouilles à la manière du curare. Les fibres d'arrêt du pneumogastrique sont paralysées par Ogr. 002 de sulfate de méthylstrychnine.