‹ Traité de toxicologieChapitre 88 sur 126 · BELLADONE — ATROPINE · texte numérisé non relu

BELLADONE — ATROPINE

L'atropine instillée dans l'œil fut décelée dans l'humeur aqueuse. La mydriase absolument locale qui survient à la suite de l'atropine (elle manque chez les oiseaux et est plus difficilement reconnaissable chez les chats), est due à la paralysie des terminaisons de l'oculomoteur commun. La paralysie de l'accommodation est peut-être aussi en rapport avec cette action de l'atropine. Les battements cardiaques, accélérés d'abord, sont ensuite arrêtés (influence sur le pneumogastrique). Donnée à doses élevées, elle paralyse les centres cardiaques et le myocarde. La pression sanguine s'élève à la suite de petites doses et s'abaisse après des doses plus élevées ; le tonus vasculaire diminue, la respiration est ordinairement accélérée. Les sècrè^ lions des glandes diminuent ou cessent complètement par suite de la paralysie des nerfs sécréteurs. L'excitation de la corde du tympan n'est plus suivie de la sécrétion de la salive. Donnée à doses plus élevées, l'atropine affaiblit les mouvements péristaliques de l'intestin, ainsi que l'excitabilité des nerfs sensi lifs^ 11 survient de l'excitation psychique.

Symptômes de rempoisomiement aigu. — L'ing-estion des baies de belladone est parfois suivie de : nausées et vomissements (ceuxci surviennent encore plus rarement à la suite de l'atropine). Le malade est tourmenté de soif et d'une sensation de brûlure et de constriction à la bouche et à la gorge. La dilatation des pupilles, qui deviennent immobiles, peut quelquefois aller jusqu'à ne laisser apercevoir l'iris que sous forme d'une frange étroite. Toutefois on a observé des cas d'empoisonnement par la belladone sans mydriase (i). Apparaissent en outre: diplopie et amblyopie, affaiblissement de l'acuité visuelle et même cécité complète et tuméfaction des paupières, hallucinations de la vue, photopsie (les malades voient les objets irisés, ou entourés d'une vapeur blanche ou teintés en jaune, en rouge, en bleu, en vert), dureté de l'ouïe, plus rarement surdité, parfois aussi (empoisonnement par les baies ou les infusions de belladone) coliques et rarement accès d'éternuement. Les malades ne peuvent bientôt ni marcher, ni rester debout ; les empoisonnés

(1) MoNTGOMERY, Med. N^ws, 1896, 25 janv.

chancellent, sont atteints de vertiges et d'ang^oisse ; le nombre des pulsations peut atteindre le chiffre de cent soixanle-dix par minute. Chez quelques sujets, on voit apparaître une rougeur scarlatiniforme diffuse ou par plaques. Dans quelques cas, il va des troubles de la déglutition. On observe parfois, dans les stades ultérieurs, que les malades ont peur d'accomplir Taele de la déglutition (comme dans la rage), et il survient de plus des troubles dans l'articulation des mots ou aphonie complète. Dans la majorité des cas, les malades sont atteints d'une excitation angoissante, la face devient vultueuse — les sueurs n'ont été notées que dans des cas tout à fait exceptionnels — les carotides battent fortement, quelques groupes musculaires de la face ou des extrémités se mettent à se contracter isolément (comme dans le délire alcoolique), les malades perdent connaissance, et des hallucinations de tous les sens surviennent: les malades présentent des impulsions violentes à exécuter des mouvements, disent des choses incongrues, rient, aboient, se débattent, cherchent à attraper des objets imaginaires, grincent des dents ; ces délires auxquels peuvent s'associer aussi des convulsions, peuvent parfois durer des jours entiers et, pendant tout ce temps, les malades doivent être retenus de force pour qu'ils ne nuisent pas à eux-mêmes ou à autrui. La respiration est accélérée, stertoreuse ou ralentie ; la température du sang s'élève quelquefois de 1^ à 2°, et l'évacuation de Turine est entravée. L'excitation peut manquer et être remplacée par un sommeil profond ou plutôt un coma (1) qui survient peu de temps après l'empoisonnement et dure plusieurs heures. Dans quelques cas, le coma et l'excitation alternent à une ou deux heures d'intervalle jusqu'à ce que survienne la mort, précédée ou non de convulsions. En cas d'empoisonnement grave, la vessie et le rectum se paralysent quelque temps avant la mort. Si les cas doivent se terminer par la guérison, la mydriase s'atténue graduellement, la respiration et le pouls récupèrent un type plus normal et le malade revient à lui, parfois seulement après dix heures et même plus tard. La mydriase, ainsi

(1) Brouvkdel, Ogier et ViBKRT, Aunales d'hyg. publ,, t. XLTU, 3* sér., 1900, p. 91.

BELLADONE ATROPINE 75f

que les taches rouges au visage (principalement région malaire), les troubles de l'appétit et la lassitude générale peuvent encore persister pendant plusieurs jours. L'empoisonneinent aigu proprement dit est terminé ordinairement dans l'espace de vingtquatre à quarante-huit heures. Chez une femme enceinte empoisonnée par mégarde, l'enfant fut extrait à l'aide du forceps sans que la malade revenue à elle, après un coma de plusieurs heures de durée, eût ressenti quoi que ce fût.

Intozication chronique par Tatropine. — L'usage prolongé des collyres atropines (1) provoque une sorte d'intoxication chronique par l'atropine qui se manifeste par une faiblesse irritative et une assimilation extrêmement défectueuse.

On connaît des cas où un empoisonnement aigu a provoqué Ae.^ affections consécutives de longue durée. Outre la mydriase, on a observé : anorexie, faiblesse des jambes, lassitude, céphalée, photophobie, troubles de la miction, dépression générale du système nerveux, gêne dans l'articulation des sons, idéation paresseuse et changement d'humeur survenant à tous propos. Un homme qui, pendant onze mois, avait reçu de sa femme, avec son café, des décoctions de belladone, devint apathique, maigrit, la miction était douloureuse, l'acuité visuelle s'affaiblit et l'on vit apparaître : troubles de la déglutition avec soif ardente, ainsi qu'excitation psychique se manifestant, entre autres, par des actes menaçants à l'adresse de son entourage, puis, finalement, confusion mentale générale. Guérison complète à l'hôpital (2).

Des chiens ayant pris de l'atropine pendant un temps prolongé, tout en s'étant jusqu'à un certain degré accoutumés à ce poison, n'en maigrirent pas moins et furent atteints de lassitude (3).

Comme phénomènes secondaires à la suite de l'usage théra^ peutique d'un médicament quelconque contenant de l'atropine, on a noté : éruptions cutanées (érythème, urticaire, vésicules.

(1) Graefe, Arch. f. Ophthalm., Bd IX, 48G8.

(2) MûLLER, FriedreicKs Blàtter, 4895, Jahr^. XLVI, H. 2.

(3) BossBACH und Anrep, Arch. /*. rf. g es. PhysioL, Bd XXI, 4880.

gangrène cutanée), rétention d'urine, glycosurie (même après une seule instillation d'une solution d'atropine dans l'œil), épistaxis, troubles de la parole, troubles visuels (pupilles immobiles et mydriase, accès de glaucome, etc.), troubles moteurs, états d'excitation psychique, palpitations, troubles respiratoires, etc. (1).

Les lésions trouvées à l'autopsie chez des sujets empoisonnés par l'atropine et la belladone ne sont pas suffisamment caractéristiques pour que, même si toutes les altérations que nous allons énumérer étaient constantes, elles permissent de poser le diagnostic ferme d'empoisonnement. Les pupilles ont été trouvées plus ou moins dilatées; et l'inflammation, voire l'ulcération de la muqueuse de l'œsophage, de l'estomac et de la portion supérieure de l'intestin grêle, avec formation d'un exsudât fibrineux, pseudomembraneux, entremêlé de sang, a été notée à plusieurs reprises après l'ingestion des baies de belladone. En cas d'empoisonnement par l'atropine, l'estomac et l'intestin demeurent normaux. Après l'ingestion des parties de la plante on en trouve, dans la majorité des cas, des débris (comme c'est le cas pour les semences de belladone) dans les voies digestives. On peut trouver des ecchymoses sur le cœur.

Recherche. — Diagnostic botanique des parties végétales trouvées dans les matières vomies, l'estomac et l'intestin; ou analyse chimique de l'urine, du liquide cérébro-spinal, du sang, du foie et du contenu gastro-intestinal. L'atropine s'est maintenue intacte dans des matières fécales conservées pendant cinq mois, et il était possible de l'en extraire par le chloroforme (2). L'éther enlève l'atropine aux liquides alcalins. Les alcalis colorent en vert la matière colorante rouge-foncé des baies. Dissoute dans un peu d'acide azotique fumant et évaporée au bain-marie, l'atropine fournit un résidu incolore qui, refroidi, se colore en violet et ensuite en rouge cerise par l'addition de potasse en solution alcoolique (3). L'atropine se trouvc-l-elle en grande quantité, le chauffage avec une solution alcoolique de sublimé fournit un pré-

(1) L. Lewin, Die Nebenwirk. d. Arzneimittely 4899, p. 177. (4) Paltauf, Wiener klin, Wochemchr.y 4888, n* 5. (3) ViTALi, Zeifschr. f, anal, Chemie, 1881, p. 563.

Page 1