‹ Traité de toxicologieChapitre 97 sur 126 · CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

CHAMPIGNONS

Dès l'antiquité on était renseigné sur l'action toxique des champignons supérieurs. Senèque appelait les champignons : voluptiiarhim venenum^ Pline : ancipitein cibum, et Juvénal rapporte, avec son humeur mordante habituelle, comment Agrippine a empoisonné Claude à l'aide d'un mets de champignons (probablement on y avait ajouté aussi un poison quelconque). Pendant des siècles on croyait que la toxicité des champignons était due à leur habitat. Tout le monde s'est rallié à présenta l'opinion que j'ai émise, il y a dix-sept ans, à savoir, que s'il y a des champignons vénéneux et non-vénéneux, ces derniers, en se décomposant sous l'influence des conditions extérieures, peuvent devenir vénéneux. La toxicité des champignons affirmée pour un grand nombre d'entre eux, n'a été démontrée que quant à un nombre relativement petit. Les renseignements les plus surs que nous possédions à cet égard, nous les devons à l'observation des médecins et aux expériences. Le nombre des champignons « suspects » va nécessairement en diminuant. On pourrait se passer préalablement de la démonstration chimique exacte, il suffirait d'étudier leur action sur les êtres vivants. Dans beaucoup de cas, les différences des effets observés doivent être mises sur le compte de la préparation culinaire : en effet, un champignon sera qualifié de non-vénéneux par une personne qui ne l'aura mangé qu'après l'avoir échaudé à plusieurs reprises et avoir rejeté l'eau de lavage bouillante, tandis que ce même

champignon pourra nuire à une autre personne qui l'aura mang-é de but en blanc, sans avoir pris les ménies mesures de précaution. Il ne faut pas oublier que presque tous les champig'Dons peuvent être rendus non-vénéneux si on les soumet à la lixiviation. il n'est pas non plus impossible d'admettre que quelques champignons contiennent plus ou moins de poison suivant la période de végétation, ce qui peut occasionner des opinions erronées sur leur toxicité. De plus, les intoxications peuvent être dues à la décomposition du champignon, et, en outre, diverses personnes se comportent différemment envers certains champignons, ce qui dépend de dispositions tout à fait individuelles. Il n'existe pas de caractère extérieur ou chimique qui permette de dire catégoriquement si l'on a affaire à des champignons vénéneux ou non-vénéneux. Seul, le diagnostic du champignon est en état de nous renseigner là-dessus Dans ce qui va ' suivre, nous ne rapportons que les faits incontestables concernant les champignons vénéneux, qu'il s'agisse des champignons supérieurs ou inférieurs. Le nombre des observations douteuses est, de beaucoup, plus considérable.

Les symptômes d'intoxication par les champignons se montrent : 1® de préférence dans le tractus gastro-intestinal (fungisme gastro-entéritique), S*' simultanément dans le sang (fungisme hématique), 3** dans le cerveau (fungisme cérébral), 4" du côté du cœur (fungisme cardiaque). L'empoisonnement peut aussi être produit par les extraits de champignons.

SCHIZOMYCÈTES

HICROCOQUES. — A. Streptocoques. Il y a des streptocoques non pathogènes (St. brevis) et pathogènes. Parmi ces derniers [St. longus) : St. pyogenes [St. erisypelatis) qui provoque chez les souris, et en partie chez les lapins une septicémie mortelle. Le St. pyogenes accompagne fréquemment les suppurations progressives graves, la pyohémie, etc.

B. Parmi les Staphylocoques il faut mentionner les St. pyogenes auretis et albiis comme étant les agents pathogènes principaux

SGHIZOMYCÈTES BACILLES 893

de la suppuration (panaris, abcès chaud, empyème, abcès de la glande mammaire, impétigo, etc.). De temps en temps, on trouve des staphylocoques aussi en cas d'inflammations séreuses.

C Parmi les Diplocoques on trouve le Gonocoque qui provoque la blennorrhagie. Les cultures des gonocoques, injectées dans la cavité abdominale des souris blanches et des cobayes, provoquent une péritonite purulente.

Le Pneumococcus (Fraenkel-Weighselbaum) est considéré comme la cause de la pneumonie, on le trouve, entre autres, aussi dans l'otite moyenne ; il existe parfois dans la salive des sujets bien portants et provoquerait la septicémie salivaire.

D. Tetragenus.'Le Microccus tetragenus se trouve dans certains abcès et dans le poumon des phthisiques, il provoque chez les animaux (souris blanches et cobayes) et l'homme : abcès et septicémie. Il se trouve aussi dans la salive de l'homme normal.

E. Sarcina. Le Sarcina ventriculi cause des troubles des fonctions stomacales.

BACILLES. — Injecté dans les veines des animaux, le Bacillus prodigiosics ne provoque chez eux aucune afifection, mais il a empoisonné des personnes qui l'avaient ingéré en grande quantité avec du pain. Il semble décomposer le pain. On a observé chez ces sujets : diarrhée, céphalée, gastralgies, vomissements, mydriase, afifaiblissement du pouls, peau chaude, etc. Il fabrique un principe phlogogène.

Le Bacillus Diphteriœ est l'agent pathogène de la diphtérie ; sa toxine, inefficace sur les rats et les bovidés, tue les cobayes et agit moins énergiquement sur les oiseaux et les lapins.

Le B. œdematis maligni est pathogène et peut aussi amener la mort chez l'homme.

Bacilles de la septicémie hèmorrhagique. Plusieurs bacilles voisins produisent un grand nombre de maladies infectieuses chez les animaux, par exemple, le choléra de la poule et du canard, le rouget du porc, le typhus des souris, la septicémie du lapin et beaucoup d'autres.

Le B. proteus (Haus.) peut être obtenu de la levure putréfiée et se rencontre dans les suppurations putrides et phlegmoneuses

chez rhomine. L'ictère fébrile (maladie de Weil) serait, lui aussi, dû au proteus (1). La culture pure provoque chez les animaux le tableau de l'intoxication parla sepsine (infiltrations hémorrhagiques dans l'intestin, tuméfaction des glandes mésentériques, etc. K Introduit dans le torrent circulatoire, il cause aussi des abcès métastatiques (2). Le poison est un corps chimique bien défini. On a isolé ce bacille dans l'intestin des personnes tombées malades après avoir mangé de la viande gâtée (3). Cultivé sur la viande, le proteus produit : choline, éthylènediamine, gadinine et triméthylamine, c'est-à-dire, les mêmes substances que l'on rencontre dans la viande en putréfaction. La choline aurait la propriété d'immuniser les animaux contre le proteus.

Outre le B. proteus^ d'autres champignons appartiennent au groupe du Bacterium coli commune. Ce champignon, dont la virulence est très variable, se trouve dans le gros intestin des sujets sains et, grâce au poison contenu <lans son corps cellulaire, il est apte à donner naissance aux phénomènes et aux lésions de gastro-entérite. Le bouillon de culture est virulent (4). Le B. coli commune fut trouvé dans le pus d'un abcès du ligament de Poupart survenu chez une femme en couches, ainsi que dans l'urine (5), et dans Texsudat en cas de péritonite par perforation (6).

B. intestinalis {^^cw£,k\C¥l). L'injection du bouillon de culture a provoqué chez les animaux : secousses fibrillaires, mydriase, paralysies, somnolence, convulsions, nystagmus, contractures tétaniques, opisthotonos, etc. (7).

Le B. EnterUidis (Gaertner) cause chez les souris, les cobayes, et les lapins, entérite aiguë et hémorrhagies de la plèvre et du péricarde.

(4) Jaeger, Zeitschr. f. Hyg., 4892, XII, p. 525.

(2) Brunner, Mûnch, med, Wochenschr,, 4895, n^ 5.

(3) Levy, Arch. f. exp. Path, u. Pharm., Bd XXXIV, p. 342; — Consulter cgalemeot G. Poughet : BactériolojB^ie appliquée à la médecine légale ; Ann. d'hyg, pttbi, et de méd. lég., 3e série, t. XXXVII, p. 209.

(4) Roger, C. R. de la Soc, de BioL, 4893, p. 459.

(5) EisENHART, Arch. f. GynàkoL, 4894, Bd XLVII, p. 489.

(6) Laruelle, 5a^/er/o/. Jakresbev., 4889, p. 335.

(7) Gilbert, C. Ji.de la Soc, d. BioL, 4893, V, p. 244.

SCHIZOMYcèXES BACILLES 893

Le B. Enteritidissporogenes (Klein) ^ qui se transmet par le lait, provoque de la diarrhée sanguinolente (1).

Le B. Typhi ahdominalis se trouve, en cas de fièvre typhoïde, dans : parois intestinales, rate, foie, reins, moelle osseuse, etc. Il est inoffensif pour les animaux. Cultivé sur de la viande, il fabrique quelquefois la Typhotoxine basique (2) qui rend les animaux comme paralysés. Cette substance n*a rien à faire avec les symptdmes de la fièvre typhoïde. Les germes de la fièvre typhoïde conservent, pendant des semaines, leur vitalité dans l'eau *.

Le B. Anthracis (Bactéridie charbonneuse) est moins pathogène pour l'homme que pour les moutons, les bovidés, les chevaux, les souris, les cobayes; et il est inoffensif pour les chiens, la plupart des oiseaux, les grenouilles et certaines espèces de rats.

Le Bacille du charbon symptomatique est pathogène pour les bêtes à cornes, les moutons, les chèvres, les cobayes; tandis que les chiens, les cochons, les chats, les lapins, les poules, les pigeons, les souris jouissent d'immunité.

Le B. Mallei [Bacille de la morve) est virulent pour l'homme et les animaux.

Le B. Tuberculosis provoque chez l'homme, les singes, les bovidés (Perlsuchtj maladie des glandes^ mal français)^ etc., de la tuberculose locale et générale.

Le B: leprœ fut transmis aux lapins et, à ce que l'on prétend, aussi à l'homme (?).

Le B. Tetani empoisonne l'homme et les animaux. Les lapins, les rats, les chiens, les pigeons et les poules sont peu susceptibles. Cultivé sur de la viande, il fournit la base Tètanine (qu'on n'a pas réussi jusqu'à présent à obtenir à l'état pur) qui provoque des convulsions cloniques et tétaniques, mais n*a rien à faire avec le virus tétanique spécifique.

* [A la condition qu'il s'agisse d*eau assez pure, comme je l'ai démontré par de longues et nombreuses recherches (3).]

(i) Klein, CentralbL f. BacterioL, 4896, n« 24.

(2) Briegbr, Piomaine, 4886, p. 86 et 89.

(3) G. PoucHET, Essais sur les coaditions de développement et de conservation du bacille typhique ; Buil. de VAcad, de mèd., 4887, t. XVII, 2e série, p. 505.

Le B. meningitidis inoculé provoque des phénomènes convulsifs et d'autres phénoniènes d'intoxication (1).

Le B. influenzœ ne se développe que dans un milieu contenant de l'hémoglobine et, inoculé aux singes^ il provoque chez eux une grippe catarrhale (2).

Le B. pyocyaneus (3) cause parfois la mort chez l'homme soil directement quand il pénètre dans le torrent circulatoire, soit indirectement par les produits toxiques élaborés par lui. Parmi ceux-ci se trouve aussi une substance pyogène pour l'homme el les animaux.

L'inoculation du B. capsulatus ennene la mort des souris dont la rate a été trouvée tuméfiée (4).

BACILLUS HATDIS (Maj.)(TREv.). — Lorsque le maïs est attaqué par les Bacilles dumaïSy il se forme alors des produits de décomposition, albuminoïdes et basiques, de constitution inconnue qui provoquent le HaidiBine ou la Pellagre chez les personnes se nourrissant avec ce maïs. On a cru pouvoir prétendre que dans le tableau symptomatologique de la pellagre se rangent aussi les phénomènes d'intoxication dus aux produits fabriqués par les hyphomycètes agissant sur le maïs {Pénicillium glaiœum et Aspergillus niger). Je ne partage pas du tout cette opinion. Les animaux inoculés avec le bouillon de culture du maïs gâté, ont présenté un tableau clinique qui se rapprochait de la pellagre (5). L'affection est très répandue dans l'Italie du Nord et un grand nombre de personnes y succombent (6). Apparaissent comme phénomènes prodromiques : faiblesse, céphalée, vertiges, sensation de brûlure aux membres, et alors se montre aux parties exposées à la lumière un érythème accompagné de démangeaisons et de gonflement qui, se répétant

(4) Gentanni, Arch. per le scienze med,, t. XVII, n* 4.

(2) Ppeifper, Zeitschr. f. Hyg,, Bd XIII, 1893.

(3) K088EL, Zeitschr. /*. Hyg,, 4894, XVI, p. 368.

(4) Pfeiffkr, Zeitschr. f, Hyg., Bd VI, 4889.

(5) ViTTiGB TiRELLi, Arch, it, d. Biol., l. XXV, 4896, p. 45.

(6) LoMBROso, la Peltagra, Roma, 4878; — Kûttner, Zeitschr, f. Hyg,, Bd XIX, p. 263.

SCHIZOMYCèTES — SPIRILLES 897

à plusieurs reprises, rend la peau épaissie, rude, fendillée. Le malade est encore affaibli davantage par : sensation de brûlure à la bouche, crevasses de la langue, dysphagie, hémorrhagies gingivales, diarrhée ; et, si le maïs continue à servir de nourriture, éclatent des troubles incurables du système nerveux central comme dans l'empoisonnement par le seigle ergoté : ptosis, troubles visuels, souvent avec lésions de la rétine et de ses vaisseaux, convulsions portant le cachet de l'épilepsie corticale et délire. Les malades meurent parfois au milieu de symptômes typhiques. Dans la plupart des cas, c'est une affection mentale qui se dessine : mélancolie avec stupeur, plus rarement manie, souvent un tableau clinique ressemblant à la démence paralytique; les extrémités sont en demi-flexion, les extenseurs sont paralysés, le phénomène du genou très accusé jusqu'à produire le clonus patellaire (1), et d'autres symptômes morbides du côté de la moelle épinière (paresthésies, contractures, paraplégies) peuvent s'y associer. On a trouvé dans presque tous les cas semblables des lésions symétriques des faisceaux postérieurs et postéro-latéraux de la moelle épinière.

C'est le traitement prophylactique seul qui est essentiellement applicable. Le changement de pays et de nourriture est peut-être capable de faire rétrocéder une affection peu grave, tandis que les cas graves paraisseat ne pas être influencés par ces mesures.

La Pelade (Maïdisme Colombien)^ à ce qu'il paraît, est attribuable à des produits de décomposition du maïs analogues aux précédents.

Sur les Bacilles encapsulés^ et spécialement sur le Bacillus aeroyenes sputigenus capsulatus qui est toxique, v. Heula, Arch. de Biol.y 1896, p. 403.

SPIRILLES. — Vibrio Cholerœ asiaticœ (Koch). Inoculé d'une certaine manière, le bacille-virgule du choléra empoisonne les animaux et produit un poison, la cholératoxine, qui ne provoque qu'un petit nombre des symptômes morbides du choléra (2).

(i) TuczEK, Neurûl, Centralbl., 4887, p. 440; — Z). med. Wochenschr., 4888, p. 222. (2) G. PoucHET, Compt, rend, de VAcad. des Se, 4885, l. Cï, p. 540.

Toxicologie. 57

L'inoculation du Vibrion de Finkler-Prior provoque parfois chez les animaux le tableau clinique du choléra nostras.

Le Vibrion de Metchnikoff empoisonne les oiseaux. et les cobayes.

Le Spirochete Obermeïeri est l'agent pathogène de la fièvre récurrente.

AGTINOMTGES. — UAcHnomj/ces qui, microscopiquement, ressemble à un groupe de cristaux, provoque au maxillaire, dans les poumons, au pis des bêtes à cornes et de la. truie des tumeurs blanchâtres qui présentent, sur les coupes, des foyers ressemblant à des abcès d'où l'on peut exprimer les corpuscules actinomycotiques. Il se fraye un chemin à travers les tissus de l'homme, produit des abcès, des trajets fistuleux, des phlegmons, l'angine de Ludwig, de la périostite, des abcès pulmonaires s'ouvrant à l'extérieur ou dans les bronches, etc., et enfin de lapyohémie. L'intestin peut aussi être atteint et les abcès peuvent s'ouvrir dans la cavité péritonéale, etc.

BLASTOMYCÈTES

SAGGHAROMTGES. — Les espèces de Saccharomyces ne sont pathogènes que pour une très petite quantité d'entre elles et provoquent tout au plus des processus de fermentation anormale dans l'estomac. Le S. ovalis (Bizz.) et le S. sphœrictis (Sagc.) ont été trouvés dans les écailles du cuir chevelu, soit dans un eczéma ; et le S. capillitii causerait le pityriasis du cuir chevelu.

On a décrit sous le nom de Saccharomycose une maladie infectieuse causée par une espèce de levure pathogène et présentant le tableau clinique de la pyohémie chronique. On se trouve en présence d'une nécrose purulente de la peau, de la cornée, des os, des poumons, des reins et de la rate. La levure pathogène se trouve, en partie, en dehors et, en partie, en dedans des cellules des tissus détruits par elle (1).

(i) Busse, Virchows Arch., Bd CXL, p. 23.

HYPHOMYCÈTES 899^

Sur cinquante espèces de levures, on en a trouvé sept qui se sont montrées inofFensives pour les cobayes, tandis qu^elles étaient toutes constamment pathogènes pour les souris et parfois aussi pour les lapins.

HYPHOMYCÈTES

Parmi les Mucorinées il y a plusieurs genres pathogènes.

A. Mucor rhizopodiformis (Cohn), M. corymbifer (Cohn), M. septattcs (Bez.), M. racemosus (Fres), et M. pusillus. Si l'on injecte les spores de ces champignons dans les vaisseaux ou la cavité abdominale des lapins, ceux-ci meurent en cinquante heures environ, et l'on trouve les mycéliums dans les reins, la rate et la moelle osseuse. Ils se fixeraient aussi dans les ulcérations cornéennes. Le M. piriforniis (Leers) et le M. stolonifer (Ehrenb.1 qui se trouvent sur les pommes et les poires, sont, eux aussi, nuisibles s'ils sont pris en grandes quantités.

Mucor stolonifer^ par voie d'injection dans la cavité abdominale, tue les cobayes et les rats, dans un espace de trois à vingt-cinq jours, avec péritonite et formation de pseudo-membranes fibrineuses. L'injection hypodermique de mucorinées provoque une inflammation locale sans abcès.

B. V Aspergillus glaucus (L.), VA. niger (v. Thiegh.), surtout VA. fumigatus (Fresen) et 1'^. flavescens (y^Kv^n,) dont l'action pathogène est démontrée, ont pour habitat le pain où ils consomment les hydrates de carbone et fabriquent des produits de décomposition. L'ingestion d'un pain semblable provoque souvent une affection caractérisée par : vomissements, tuméfaction de la face, soif, coliques, abattement et céphalée. Chez un cheval qui avait ingéré un demi-kilo de pain couvert de moisissures, on vit se produire : coliques, oscillations du train postérieur, respiration haletante, forte accélération du pouls, péléchies sur la conjonctive, et coma suivi d'excitation motrice. L'ingestion d'une plus grande quantité de ce même pain, 3 kilos, entraîna la mort au milieu de convulsions. A l'autopsie, on trouva, entre autres lésions, de l'entéro-colite et des hémorrhagies dans le cerveau. L'injection des espèces pathogènes dans le

torrent circulatoire provoque la mort des animaux. Tous les org-anes sont gorgés de mycélium. Les oiseaux ayant inhalé les spores d'^. fumigatus sont atteints de pneumonie.

Chez rhomme les lésions de la cornée SQnt suivies d'une kératomycose aspergillienne (kératite purulente avec mycéliums d'aspergillus), et le conduit auditif externe ainsi que la membrane du tympan sont infiltrés de mycéliums des A. nigerj A. fumigatus^ A. nidulans (Em.) et Eurotium malignimi (Lindt.). Le tissu pulmonaire malade peut, dans des cas rares, être attaqué par l'aspergillus (pneumo-mycose aspergillienne). On a observé une mycose aspergillienne dans l'antre d'Highmore (1).

C. Les espèces de Pénicillium sont en général inofFensives. De^ troubles gastriques peuvent néanmoins être causés par de grandes quantités de P, glaucum (Link.) qui contient une substance phlogogène, et de P. olivaceum (Wehm.) et de P. italicum (Wehm.) qui ont l'orange pour habitat.

D. Parmi les espèces d'Oîdiam, l'O. Tuckeri (Berk.) est aussi pathogène pour l'homme. V Oïdium albicans cause le muguet. On admet à présent que le Monilia candida (Bon.) fournit le champignon du muguet qui se développe sur les muqueuses (des douleurs surviennent alors), pénètre profondément dans les tissus et provoque : nécrose, suppuration, etc. L'injection intra-veineuse du champignon provoque une mycose généralisée (muguet dans les reins, le cœur, le foie, la rate), et la mort ne tarde pas à survenir* Il peut donc causer une infection générale (2). Des bovidés ayant mangé des feuilles de vigne infectée par la rouille {Oïdium Tuckeri) tombèrent malades, présentant : troubles de Tappétit, difficulté de la respiration, diarrhée et tarissement de la sécrétion lactée. Les vaches peuvent avorter à la suite de ces accidents.

VOosporaporriginis (Mont, et Berk.) (Sacc.) [Achorion Schœnleinii (Remak.)] provoque le favus ; le Tricophyton tonsurans, la teigne tondante; et le Microsporon fur fur (Rob.), le pityriasis versicolor.

(4) Magkenzie, New York, med, Joum,, 1894, 35 août, p. 238.

(2) OsTRovsKY, Rech, expér. sur le champignon du muguet, Paris, 1896.

OOMYCÈTES URÉDINÉES 901

Outre une Gibberella et un Helmintosporiurriy on a trouvé le Ficsarium roseum (Link.) et le Cladosporium herharum (Pers.) dans des céréales russes dont l'ingestion avait provoqué de la titubation.

Sterigmatocystis Ficuum (Reich.) (P. Henn.). Dans un cas où l^ngestion d'une petite quantité de figues crues et de figues endaubées servies en compote fut suivie immédiatement de coliques et de diarrhée, on a trouvé dans l'intérieur des sycones une masse noire de spores qui appartenaient à VUstilago Ficuum (Reich.). Est proche parent de ce champignon F f7s/î7a^o Phœni^ cis (Corda) ou mieux le Sterigmatocystis Phœnicis des dattes.

OOiMYCÈTES

Le Peronospora viticola (de Bary) a empoisonné des vaches qui avaient mangé des feuilles de vigne qui en étaient recouvertes.

URÉDINÉES

L'ingestion des baies de groseille, à grappes ou à maquereau, recouvertes A'Aècidium Grossulariœ (Pers.) qui se trouvait sur les feuilles de ces plantes, a provoqué une intoxication mortelle chez des enfants. Les expériences instituées avec ce champignon sur les lapins ont donné des résultats douteux. Peut-être le champignon a-t-il provoqué des processus de décomposition dans les baies?

Puccinia coronata. Ce champignon cause chez les chevaux qui l'ingèrent avec leur fourrage : perte de l'appétit, troubles de la motricité, somnolence, accélération respiratoire, palpitations de cœur et sécheresse de la langue. A Tautopsie on trouve de l'inflammation du gros intestin.

Picccinia arundinacea. Des bœufs qui avaient ingéré cette Urédinée avec leur fourrage présentèrent de la paralysie du train postérieur, de l'hématurie, de la fièvre et de l'écoulement salivaire. A Tautopsie, inflammation de l'intestin et des reins.

Puccinia graminis. Des chevaux tombèrent malades sous son

influence et présentèrent : mydriase, troubles moteurs, troubles de la déglutition, dysurie, hématurie, etc.

[La variété de Puccinia vulgairement appelée Rouille noire qui attaque le grand roseau du sud de TEurope (Arundo DonaXy Canne de Provence) détermine, par rintermédiaire de ses spores, de violents maux de tête et d'autres désordres chez les ouvriers qui coupent ces roseaux pour en faire des couvertures de chaume. On a même accusé ces spores parasites de différentes variétés de roseaux [Arundo Donax et Phragmites) de produire une éruption confluente à la face, accompagnée d'enflure et de quelques autres symptômes alarmants. Sa^lisbury a émis Topinion que la Rougeole des armées était provoquée par le Puccinia graminis dontles pseudospores germent dans la paille humide, disséminent dans Tair ambiant les corps qui en proviennent et causent ainsi la maladie. Jusqu'à présent, cette assertion manque de sanction expérimentale et n'a jamais pu être vérifiée].

USTILAGINEES

VUstilago hypodites (Sghlecht.), qui a pour habitat V Arundo DonaXj provoquerait l'inflammation et la tuméfaction des tissus avec lesquels il vient en contact.

Ustilago maydis. Ce champignon {Rouille du maïs) anéantit le régime du maïs et produit sur les feuilles et les tiges des masses remplies de spores. Le maïs rouillé occasionne facilement l'avortement chez les animaux. Les spores âgées sont sans action.

Ustilago carbo (Tul.). Ce champignon de la rouille, qui s'attaque aux glumelles, intoxique les bovidés et peut même amener leur mort, dans l'espace de quinze à dix-huit heures, au milieu des manifestations suivantes : salivation, paralysie de la langue, coliques, écoulement lacrymal, coma, etc.

Tilletia caries (Tul.). Des chevaux qui en avaient ingéré une grande quantité s'abattaient brusquement et moururent dans l'espace de six à vingt heures. Les animaux en état de gestation avortèrent.

BASIDIUMVCKTKS 903

BASIDIOMYCÈTES

Clavaria Bolrys (Pers.). Cette clavaire, appelée vulgairement Barbe de houCy possède, à l'état bien développé, une saveur amère et provoquerait des phénomènes de gastro-entérite. On l'apporte souvent au marché et elle est très fréquemment mangée. 11 en est de même quant au CL flava (Schaeff.).

Merulius lacrimans (Wulf.). Le champignon des maisons (Méruley Polypore destructeur) qui répand une odeur repoussante peut, s'il se trouve en grande quantité dans des pièces habitées, provoquer chez les habitants : engourdissement, vertiges, sommeil profond, ainsi que des angines. Ces affections sont peut-être attribuables à l'inhalation des produits de décomposition gazeux fabriqués par lui et, à un moindre degré, à l'inhalation prolongée de ses spores. On prétend avoir observé un empoisonnement mortel provoqué par lui.

Le Polyporus officinalis (Fr.) [Boletus laricis (Jacq.)] contient Tagaricine qui est un acide bibasique. L'emploi thérapeutique du champignon ou de l'agaricine peut donner lieu à : vomissements, diarrhée et céphalée.

Le Boletus luridus (Schalff.) {Champignon des sortilèges ^ Gâteau de loup) dont le sarcocarpe prend rapidement une coloration bleu-sombre, contient : acide luridusique qui constitue la matière colorante du champignon, musgarine en petite quantité et beaucoup de choline. La teneur du champignon en poison diffère d'une année à l'autre. Aussi quoiqu'il soit mangé parles chiens sans avoir provoqué de phénomènes d'intoxication et qu'il ait été assez souvent, sans inconvénient aucun, mangé par l'homme, vaut-il mieux s'en abstenir. L'ingestion intentionnelle d'un morceau de sarcocarpe du chapeau a provoqué un empoisonnement grave présentant le tableau clinique du choléra : crampes, perte de connaissance, etc. (i).

{{) PiioEBUs, Deutschlands kryptog. Gewàehse, Berlin, 1838, p. 81, note 500.

Le B. erythropus (Pers.) a causé dans quelques cas : nausées, vertiges, perte de connaissance, rougeur de la peau, secousses ainsi que tétanos et trisinus, délire et collapsus (1). Les vomitifs et les injections de strychnine se sont montrés efficaces. Le suc de B. edulis^ qui est inoffensif introduit dans Testomac, empoisonne les lapins lorsqu'il est administré en injection souscutanée.

Boletus Salarias (Lenz.) (Poulpiquety Champignon du diable)^ Ce cèpe présente un chapeau brun-grisâtre ou brun-verdâlre. Sur la coupe, le sarcocarpe prend une coloration rougeâlre et ensuite bleu-foncé. 11 provoque, : vomissements persistants, parfois sanguinolents, coliques, diarrhée sanguinolente, collapsus et crampes musculaires. 11 s'agit très probablement ici d'une toxalbumine.

Le Boletus lupinus (Fr.) agit d'une manière analogue, quoique moins énergiquement. Le B. piperalus (^Bull.), à chapeau brunâtre, de saveur très amère, est suspect. Le 5. pachypus (Fr.), à sarcocarpe prenant sur la cassure une coloration bleuâtre, est extrêmement amer, aussi est-il non mangeable, ainsi que le B. felleiis (Bull.). Le B. calopus (Fr.) est soupçonné d'être vénéneux, cependant on le mangerait tout de même.

Cantharellus auranliacus (Wulf.). La Chanterelle orangée^ Fausse gyrolle^ ressemble de près à la gyrolle. Les spores de la première ont un bord jaunâtre et une surface lisse, celles de la dernière, un bord incolore et une surface inégale. Ce champignon est au moins suspect. GLEDrrscn a observé des coliques et de la diarrhée après son ingestion. On le rend aussi responsable de trois cas de mort survenue après quatre jours et précédée de : vomissements, coliques et perte de connaissance.

[J'ai vu, récemment, des accidents graves causés, dans la région de Chevreuse, par Ting-estion de Chanterelle orang'ée ; et M"^ Belize a communiqaé à la Société mycoloin^-ique de France un cas d'empoisonnement grave provoqué par ce môme champignon dans la rég'ion de Rambouillet (2). Les accidents débu-

[{] Kœmgsdohkfer, Ther. Monatsh,^ 1893, p. 571.

{È) MvuGUERiTE Belize, Bull, Soc. mycoL de France, 1900, XVII, p. 94.

BASIDIOMYGÈTES — RUSSULA 908

tent tardivement et consistent surtout en manifestations gastro-intestinales, cholériformes. Voir pag^e 924 les additions et annotations relatives aux empoisonnements par les champig'nonsj.

RUSSULA — L'agaric meurtrier [Russula emetica (Schaeff.),' Rownanef] à lamelles blanches et à sarcocarpe blanc, est toxique. Il provoque : vomissements violents, diarrhée, gastralgies de longue durée, vertiges et collapsus, et il aurait même amené la mort dans des cas isolés.

Voici quelques détails que j'emprunte à mes recherches encore en cours sur ce champignon. Les exemplaires originaires du Grunewald, près Berlin, dont le diagnostic botanique est aussi exact que possible, ont une saveur acre, cuisante, persistante. L'alcool en a extrait de la mannite en abondance. Le magma est^ il agité à plusieurs reprises avec de l'éther, on obtient, après avoir chassé l'éther, une huile jaune-clair dont les quantités. les plus minimes provoquent sur la langue, non immédiatement, mais à l'expiration de deux minutes, des douleurs intolérables persistantes non soulagées par l'eau froide, sans qu'il soit survenu aucune altération locale des tissus. Laissée en repos, l'huile ne tarde pas à se décomposer : on voit apparaître à sa place des cristaux d'un ou de plusieurs acides gras qui sont inefficaces. La solution éthérée se conserve plus longtemps. L'extrait alcoolique ou aqueux du champignon fournit deux raies d'absorption, une première, large, à la partie initiale du vert, une seconde, étroite, à la limite du bleu. Desséché à 40® ou 50°, le champignon ne conserve qu'une saveur amère.

Le Russula fragilis (Pers.) et le R. ruhra ^DC.) sont vénéneux eux aussi. Le R. fœtens (Pers.) à odeur nauséabonde, est incontestablement nuisible, même en décoction. Le R. cyanoœantha (Sghaeff.) est suspect. Le R. sanguinea (Bull.) possède une saveur cuisante et le R. nauseosa (Pers.) une odeur fétide.

Hypholoma fasciculare (Huds.). L'agaric fasciculaire {Souchette soufrée) est amer et suspecté d'être vénéneux. Il provoque de la cholérine et les symptômes qui l'accompagnent.

Hebeloma fastihile (Fr.) et Inocyhe rimosa (Bull.) provoquent des phénomènes d'intoxication ressemblant à ceux causés par la muscarine, l'atropine agit envers eux comme antag-oniste.

Pleurotus noctiliicius (Inoko). L'agaric vénéneux japonais (Kumachirataka)5quel que soit le mode d'emploi, ne provoque qu'après un temps assez prolongé : vomissements et diarrhée, symptômes cérébraux dépressifs et paralysie cardiaque, ainsi que arrêt de la respiration. A l'autopsie, on trouve une gastrite catarrhale. L'ingestion de la chair des animaux empoisonnés par le pleurotus est aussi nuisible à l'homme (!)•

Le Lepiota Vittadinii est incontestablement vénéneux; il provoque : vomissements et diarrhée.

AHANITA MUSCARIA (Pries). — V Amanite tue-mouches (Fausse oronge) est rouge-écarlate, parsemé de tubercules blancs et porte un anneau blanc à la partie moyenne du stipe. La partie constituante toxique pour les mouches s'évanouit à la dessiccation. Les champignons desséchés contiennent, eux aussi, la base toxique musgarine (Mycéto-mtiscarine, ŒH^'^AzO^), un corps agissant à la manière de l'atropine, et de la ghoune (CW^AzO*) dont on peut obtenir, par oxydation, uneMUSCARlNE synthë- TiQVB {^Cholino-muscarine) (2). Le champignon contient vraisemblablement encore d'autres substances actives. La cause ordinaire de l'empoisonnement par la fausse oronge, c'est qu'on la prend pour un autre champignon, p. ex. pour l'agaric impérial ou Oronge vraie (A. Cœsarea).

Les Samolèdes, les Kamtchadales, les Tchouktchi, etc. emploient l'amanite mouchetée, même à l'état sec, dans le but de s'enivrer, comme, d'après la légende, l'avaient fait les guerriers du Nord {Bersekers) qui l'auraient prise pour échauffer par leurs propres paroles leur fureur guerrière. Ce n'est pas la muscarine, mais une substance agissant à la manière de

(1) Inoko, Mittheil. d, Univ, Tokio, 1889, I, p. 313.

(3) Haknagk und Schmiedeberg, Arch. f, exp, Path, u. Phorm.y Bd VI, p. 101.

BASIDIOMYCÈTES — AMANITA MUSCARIA 907

l'atropine (mycêto-atropinb) qui est la cause de l'ivresse. L'urine évacuée dans cet état est également douée de propriétés enivrantes.

L'action toxique de la fausse oronge, qui serait le plus accusée dans le chapeau, se perd si on la soumet à la macération dans l'eau contenant du vinaigre, qu'on porte à TébuUition pendant une demi-heure et qu'on jette l'eau. Quatre champignons peuvent tuer un homme. Le suc est toxique pour les chiens à la dose de 12gr,, tandis que, pour les moutons, une dose de 20gr. du suc et une dose plus élevée du champignon même est inefficace. La Mycéfo-muscarine tue les chats à la dose de Ogr.004 à Ogr.008 et empoisonne l'homme à la dose de Ogr.003 à Ogr.005. Les premiers symptômes surviennent, en cas d'empoisonnement par le champignon, soit immédiatement (1), soit après une demi-heure à deux heures, parfois après dix heures seulement ; la mort a lieu ordinairement dans l'espace de dix heures à trois jours.

L'absorption de la Mycéto-muscarine est suivie de myosis et de spasme de l'accommodation, qui peuvent néanmoins survenir indépendamment l'un de l'autre (2), La muscarine naturelle, ainsi que V Anhydromuscarine (base de Berlinerblau), instillée dans l'œil des oiseaux, ne provoque pas de mydriase comme celle qui survient à la suite de la muscarine synthétique (3). La muscarine excite les nerfs sécrétoires, d'où sécrétion augmentée de : salive, sueurs, larmes, bile, sperme et suc pancréatique (4). Grâce à l'excitation des ganglions inhibitoires du cœur, les battements cardiaques se ralentissent, ou même le cœur s'arrête en diastole; les doses élevées paralysent le myocarde (5) et abaissent la température (6). La respiration, accélérée d'abord, devient ensuite dyspnéique et lente (action de la muscarine sur le centre respiratoire). Les mouvements péristaltiques de l'intestin sont exagérés jusqu'à produire du tétanos.

(4) MiNicH, Wien. Med.-Halle, 4863, n»» 14 et 15.

(2) Krenchel, Arch. f. Ophthalm,, Bd XX, p. 135.

(3) W. Meyer, Apotheker-Zeit,, 1893, p. 168.

(4) Prévost, C. R, de CAc, des Se, 1874, 10 août.

(5) Williams, Arch, f, exp. Path, u. Pkarm., Bd XHI.

(6) AusoN, C. H. d. VAc. d. Se, t. LXXXH, p. 669.

la vessie et l'utérus sont contractures. La muscarine provoque chez les animaux à sang chaud un œdème du poumon, qui est considéré comme œdème par stase, par suite du spasme du myocarde (1), ou est attribué aux systoles cardiaques insuffisantes et au ralentissement du pouls. La muscarine synthétique paralyse, chez les grenouilles, les terminaisons intramusculaires des nerfs, la muscarine naturelle ne le fait pas. L'anhydromuscarine n'agit ni sur le cœur, ni sur l'œil des chats, mais elle augmente les sécrétions des glandes et tue par arrêt de la respiration. Les extraits de fausse oronge agissent d'une manière analogue, et, en injection sous-cutanée, ils provoquent les mouvements péristaltiques de l'intestin, mais ne sont pas suivis de phénomènes narcotiques (2)» L'atropine agit comme antagoniste contre presque tous les phénomènes causés par la muscarine. Non seulement l'atropine, mais aussi V Hellèboréine (3) et la Digitaline (4), en très petites quantités, combattent l'arrêt du cœur causé par la muscarine, tandis que celle-ci exerce encore son influence après des doses élevées dC Hellèboréine et immédiatement avant l'arrêt du cœur en systole (5).

L'ingestion de fausse oronge fut suivie chez Thomme de : dégoût, vomissements, soif, coliques, selles muqueuses et sanguinolentes, salivation, lipothymies, souvent aussi état ressemblant à l'ivresse avec engourdissement et titubation, secousses musculaires légères, mydriase, dans des cas isolés troubles visuels ou même cécité passagère, délire, hallucinations, fureur, cyanose, refroidissement des extrémités, respiration laborieuse, perte de connaissance et rarement convulsions accompagnées de trismus. La guérison peut avoir lieu dans l'espace de cinq à vingt-quatre heures. Mais, dans la majorité des cas, la lassitude et la mydriase persistent pendant un certain temps. A part une légère gastrite et duodénite, ainsi que l'œdème du poumon, Tautopsie fournit des résultats négatifs.

(1) Grossmann, Wien, med. Wochenschr., 4887, p. 335.

(2) BoGossLowsKY, CeutralbL f. med, Wissensch,, 1870, p. 99.

(3) GoTTLiEB, Arch. f. exp, Path. u. Pharm., Bd XXXVII, p. 229.

(4) BôHM, Pflugers Arch., Bd V, p. 162.

(5) Kaiser, Zeitschr, f. BioL, Bd XXX, p. 393

BàSIDIOMYCÈTES AMANITA PHALLOÏDES 909

Recherché. — Diagnostic botanique des débris caractéristiques du champignon. On pourrait aussi obtenir lamuscarineen extrayant par l'alcool absolu le contenu gastro-intestinal desséché, ainsi que l'urine et, après avoir chassé l'alcool, la muscarine sera purifiée et reprise par l'eau : cette solution aqueuse arrêtera le cœur de grenouille en diastole.

Traitement. — Vomitifs et purgatifs, café noir, tannin, éther sulfurique, atropine en injections sous-cutanées, peut-être aussi injections de strychnine (à Ogr.OOl) et compresses froides sur la tête. En cas d'excitation, on s'abstiendra de l'atropine ou bien on ne l'emploiera qu'avec circonspection.

AMANITA PHALLOÏDES (Fr.). — L'amanite phalloïde [^mantï^ bulheusCy Agaricus bulbostcs (Bull.)], au chapeau d'abord vertjaunâtre, plus tard blanchâtre, et dont les lambeaux de la volva primitive ainsi que la chair et les feuillets sont blancs (ceux du champignon pour lequel on prend l'amanite, ne sont jamais blancs, mais de couleur variant du rouge-rosé jusqu'au brun) provoque souvent des empoisonnements avec une mortalité de 80 p. 100 environ. De six adultes et six enfants qui avaient mangé ce champignon, la mort n'a épargné qu'un seul enfant (1). On avait admis jusqu'à présent, comme substances actives, deux alcaloïdes, la bulbosine et la phalloïdine qui provoquent : paralysies, dyspnée et convulsions. J'avais indiqué autrefois l'existence d'une substance donnant lieu à des phénomènes d'irritation locale. On a encore trouvé : mycozymase, un enzyme qui n'empoisonnerait qu'injecté dans le tissu cellulaire souscutané, et PHALLINE, une toxalbumine. Il est tout à fait inadmissible d'attribuer à la phalline les symptômes essentiels d'empoisonnement par ce champignon, surtout les phénomènes nerveux; en effet, la phalline introduite par la bouche perd la majeure partie de sa toxicité : or, l'ingestion d'un petit nombre de champignons a déjà provoqué chez l'homme des empoisonnements graves; de plus, les champignons cuits demeurent vénéneux, tandis que la phalline est décomposée par la cuisson.

(1) ScHROETER, Bresl. àrztl. Zeitschr., 1883.

910 POISONS VéGÉTAUX

La phalline provoque chez les animaux : dissolution des globules sanguins rouges, hémoglobinurie, méthémoglobinurie, ictère, coagulation du sang, gastro- entérite et, à ce que Ton prétend, elle serait aussi un poison du protoplasma des cellules ganglionnaires. Mais, à l'encontre de ces assertions, on a démontré que les extraits d'-4. phalloïdes n'altèrent nullement le sang et que Thémoglobinurie n'appartient point au tableau clinique de Tempoisonnement par VA. phalloïdes^ chez l'homme non plus que chez les animaux. L'ingestion du champignon, du suc, ainsi que de l'extrait alcoolique provoque, surtout chez les souris, plus difficilement chez les chiens et les chats, des phénomènes morbides ressemblant au choléra : vomissements, diarrhée, tremblements et convulsions.

Les premiers symptômes s'observent, chez l'homme, dans l'espace de dix à vingt-quatre heures, la mort survient ordinairement au cours des trois premiers jours, mais aussi après huit jours seulement.

On peut distinguer deux formes d'intoxication : — 1* forme gastrique, se terminant dans la majorité des cas par la guérison, et caractérisée par : diarrhée, vomissements, coliques, soif, prostration, collapsus, pouls petit, accéléré, parfois aussi irrégulier, lèvres livides, sueurs froides, tout à fait exceptionnellement sang ou matière colorante de la bile dans l'urine, de temps en temps rétention d'urine (1) et phénomènes cérébraux peu accusés ; — 2^ forme cérébrale avec : céphalée, somnolence, douleurs aux mollets, trismus, opisthotonos, contractures dans les muscles des bras, mouvements de rotation spasmodiques du tronc, mouvements de la tête de droite à gauche, projection de l'extrémité supérieure gauche et adduction saccadée de l'extrémité inférieure gauche, vertiges, gémissements, lamentations, cris hydrocéphaliques (2), mydriase et aussi amaurose.

Autopsie. — Tantôt il n'y a pas de gastro-entérite et on ne trouve que : glandes de Peyer et follicules clos tuméfiés, soit état trouble de la muqueuse gastro-intestinale; tantôt on tombe

(i) Trask, Am. Joum. of. med. Se, 4883, p. 358.

(2) Studer, Sauu, Solbrer, Schwammvergiftungen, Berne, 1885.

BASIDIOMYCÈTES AMANITA PANTHERINA 911

sur une jg^astro-entérile intense avec hémorrhagies soit muqueuses, soit sous-pleurales et intra-pulmonaires. Le foie, les reins, le myocarde, etc. sont surchargés de graisse, et en même temps la couche graisseuse sous-cutanée peut être atrophiée.

Le pronostic est grave.

Traitement. — Vomitifs et purgatifs salins (tartrate bisodique), analeptiques; en cas de prédominance des phénomènes cérébraux, saignée.

UAmanita mappa (Batsch), au chapeau jaune et aux pustules blanches, provoque les mêmes symptômes que 1'^. muscariay à l'exception de l'arrêt du cœur en diastole.

Amanita pantherina (DC), au chapeau brun nuancé de vert, jaune, blanc ou bleu, aux lamelles et à la chair blanches. Outre la choline, l'amanite panthérine contient encore en petite quantité une base identique avec la Muscarine obtenue de la fausse oronge (1). Au Japon, il est employé, à l'état frais, comme mort aux mouches ; desséché, il perd sa toxicité. Ce qui est étrange, c'est que ce champignon, après dépouillement de Vépidermey est mangé avec prédilection dans le cercle saxon de Voigtland et TErzgebirge. Les animaux (cobayes, oiseaux) ayant reçu le champignon ou ses décoctions succombent principalement avec des symptômes du côté du cerveau, tandis que chez ceux auxquels était administrée la base (chats), la mort est précédée de : salivation, vomissements, diarrhée, dyspnée, myosis, etc. D'après des données anciennes, le foie et les reins semblent devenus très friables, c'est-à-dire, contenir de la graisse anomale. Les empoisonnements chez l'homme et un homicide ont présenté les symptômes que voici : délire, hallucinations avec collapsus, dans quelques cas aussi phénomènes de gastro-entérite (2). Le traitement est le même qu'en cas d'empoisonnement par VAg. muscarius.

Le sous-genre Collybia semble renfermer aussi des champignons à action narcotique.

(4) BôHM, Arch, f. exp. Path, u, Pharm., Bd XIX, p. 78 (î) Inoko, Mitth. d. Univ. Tokio, 1889, I, p. 343.

Amanita ruhescens (Fr,). Ce champignon, ainsi que le précédent, est mangé dépouillé de Tépiderme en Silésie, dans la Saxe, etc. Il doit tout de même être déclaré vénéneux. Sont encore soupçonnés d'être vénéneux : A. eœcelsa (Fr.) ei A. solitaria (Bull.). Le suc à'Agaricus campestris et d'^ . cœsareus est, chez les lapins, dépourvu de toute action toxique s'il est introduit dans l'estomac, mais il les empoisonne s'il est injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané.

LACTARIUS TORMINOSUS (ScH.). Malgré l'affirmation contraire, la toxicité de l'amanite pernicieuse [Agaric meurtrier ^ Agaricus necator (Augtt.)] est hors conteste. Quant à beaucoup d'autres lactaires, p. ex., L. scrohiculatus (Scop.), L. insulsiis (Fr.), etc., etc., les avis des auteurs sont passablement contradictoires (1).

Plus que suspects, en partie déjà par suite de leur âcrelé, sont les champignons que voici : Lactarius piperatus (Scop.), Z/. vellereus (Fries), L. pyrogalus (Bull.) et, L. ru fus (Pries) [Lactaire roua) et Lactaire brûlant y que certains mycologues considèrent comme les plus dangereux des lactaires]. Outre les remèdes mucilagineux, gommeux, on prescrira les opiacés contre les empoisonnements par ces champignons.

Phallus impudicus (L.). La morille fétide est non mangeable. Son odeur provoque chez certaines personnes : sensation de raclement à la gorge, enrouement, nausées et vomissements. Ingérée, elle causerait parfois l'avortement, outre d'autres phénomènes toxiques.

Scleroderma vulgare (Hornem). Le scléroderme est vénéneux^ Il conserve sa toxicité même après avoir été soumis à deux reprises à l'ébuUition. Quant aux spores sèches, je les ai introduites dans l'estomac des lapins sans qu'il survint aucun phénomène d'intoxication.

Le Schizophyllum lobatum (Bref.), un champignon se rencon-

(4) Phoebus, KrypL Giftgew., Berlin, 4838.

ASCOMYCÈTES 913

tranl à Java sur des lig*es mortes de bambou, elc, produit sur le mycélium de courtes rauiifications latérales à IVxtréuiité desquelles se forment des gouttelettes de sulfure de carbone (I j.

ASCOMYCÈTES

Le Phialea temulenta {PRXLL.)ei son stade conidien, VEndoconidium teniulentum(¥Ru.L. et Delacr.) ont été trouvés dans des céréales de provenance française ayant provoqué des phénomènes d'ivresse et de. délire. Le seigle (seigle enivrant) était infiltré de mycélium de champignons. Le pain préparé avec ces céréales a provoqué : vertiges, titubation, somnolence et inap titude au travail pendant vingt-quatre heures (2).

Le Scirrhia tnmosa (Alb. et Sgh.), qui a pour habitat 1'^rundo phraffmiteSy empoisonnerait les animaux qui le mangent.

Le Pseudopeziza trifolii (Fuck.) avait tellement infesté une Juzernière que le lait des vaches ayant mangé ce trèfle aurait provoqué de la diarrhée chez des enfants (3).

HELVELLA ESCOLENTA (Fers.) L'helvelle comestible, dont le chapeau est plissé et scrobiculeux, a provoqué assez souvent des empoisonnements même mortels. On les a décrits il y a déjà plus de cinquante ans. Ils sont attribuables à un poison existant dans les helvelles fraîches, dont la quantité varie en dépendance des conditions extérieures; et ce n'est qu'exceptionnellement qu'il faut en rendre responsables l'habitat du champignon, la présence des vers et des larves d'insectes, la putréfaction de la plante, etc. Les morilles et les helvelles se gâtent à la suite d'une pi. lie tombée et même se corrompent rapidement déjà préparées, ce qui les rend alors d'autant plus nuisibles. Si on soumet rhelvelle, à plusieurs reprises, à l'ébullition dans l'eau qu'on jette chaque fois qu'elle entre en ébuUition, on peut de la sorte la

(1) Went, Ber. d, deuisch. bot. Ces,, 1896, Bd XIV, p. i5(>.

(2) Prillielx, ia France mèd., 1891, p. 279.

(3) Alt, Deutsche med. Wochenschr., 1896, n^ 5

Toxicologie. 58

rendre non vénéneuse, tandis que mangée en potage ou rôlie au beurre elle provoque des empoisonnements. C'est I'agide hel- VELiiiauE non-azoté, volatil, soluble dans l'alcool, qui constituerait le poison de Thelvelle (1). Je ne crois pas que cette substance représente tout le poison à elle seule. Le poison, insoluble dans Teau froide, se dissout peu dans Teau tiède et facilement dans l'eau chaude (2), est soit volatil, soit décomposable à la dessiccation, quand il est conservé, ainsi qu'à l'évaporation de sa solution (3). L'helvelle desséchée âgée de six mois, est non-vénéneuse. Aussi c'est la décoction d'helvelle fraîche qui est le plus toxique, celle d'helvelle à demi desséchée l'est moins et celle d'helvelle complètement desséchée est dépourvue de toute action toxique. La décoction préparée avec lOOgr. de champignons frais fait périr les chiens. Les helvelles fraîches, à la dose de 1 p. 100 du poids total des chiens, les empoisonnent et à la dose de 2 p. 100, les tuent. Les premiers symptômes apparaissent chez l'homme après cinq à sept, plus rarement douze heures; la mort a lieu dans l'espace de vingt à quarante-huit heures.

Le poison des helvelles provoque la dissolution des globules sanguins rouges et produirait de la méthémoglobinéniie. Les chiens empoisonnés par des helvelles fraîches ou leur décoction, sont atteints de : vomissements, lassitude, ictère hémaphéique et hémoglobinurie de deux à trois jours de durée, cylindrurie, albuminurie, cholurie persistant même dix jours durant. Le sang des sujets empoisonnés par les helvelles prend parfois la coloration du goudron, et l'on y voit apparaître des globules sanguins rouges plus ou moins décolorés en forme d'haltères ou pyriformes, ainsi que le stroma des globules. Les doses léthales sont suivies de : raideur des membres, convulsions et mort.

Ont été observés chez rhomme : douleurs lancinantes à Thypogastre, dégoût, vomissements persistants, dysphagie, soif, coliques et météorisme abdominal, diarrhée muqueuse ou sanguinolente, aspect cholériforme, lividité de la face, ictère de

(1) BiiHM und KûLz, Arch. f. exp. Paih. u. Pharm., Bd XIX.

(2) BosTROEM, Deutsches Arch. /*. klin. Med., Bd XXXIÏ, p. 209.

(3) PoNKicK, Arch., A paih. Anat., Bd LXXXVUI, p. 445.

ASCOM YCÈTES CLAVICEPS PURPUREA 915

plusieurs jours de durée, faiblesse, céphalée, refroidissement des membres, troubles visuels (1), oppression, vertige, angoisse, agitation, respiration laborieuse, sommeil profond et convulsions, ou bien trismus et tétanos (2), ainsi que délire. La mort a lieu dans le coma. Dans les cas à marche favorable, la guérison survient dans l'espace de deux à six jours. A Tautopsie, on a trouvé chez l'homme la rate congestionnée et tuméfiée; chez les animaux : émiettement et fonte des cellules de la rate, altérations analogues dans la moelle osseuse, ictère, hyperémie et relâchement de la muqueuse stomacale, et, chez les chiens, néphrite. Les canalicules urinifères sont gorgés de cristaux d'hémoglobine et de masses granuleuses d'hémoglobine.

Recherche. — Découvrir des restes du champignon.

Traitement. — Vomitifs et purgatifs salins, lavages de l'estomac, lait, boissons mucilagineuses, ainsi que, aussitôt que pos^ sible, diurétiques (solution d'acétate de potasse ou borax tartrique, à la dose de 5gr. chaque fois). En cas d'apparition de l'ictère, il serait peut-être à recommander de pratiquer une infusion d'une solution de sel de cuisine à 6 p. 1000, avec ou sans saignée préalable. L'helvelle ne sera jamais mangée sans avoir été échaudée à plusieurs reprises à l'eau bouillante.

Morchella conica (Pers.). La morille conique a provoqué plusieurs fois des phénomènes d'intoxication (vomissements et beaucoup d'autres). Haller attribua ces accidents à des « vers putréfiés et cachés » dans le champignon.

CLAVICEPS PURPUREA (TuL.). — Le seigle ergoté, mycélium vivace de CL purpurea, se forme aux dépens des ovaires des jeunes fleurs de seigle. Ce champignon vit aussi en parasite sur d'autres graminées (froment, orge, etc.). Parmi les parties constituantes de l'ergot de seigle non complètement connues encore, nous énumérerons celles récemment découvertes, mais dont l'existence est au moins douteuse pour quelques-unes d'entre

(1) ScïiÛLEii, Berliner klin» Wochenschr , ^ 1880, p. 658.

(2) Maurer, AeretL, IntelligenzbL, 1881, nos 1 et 2.

elles, à savoir : la sphacélotoxinb (spasmotine)^ jaune, non azolt^e, insoluble dans Teau, Vergofoxi ne y substance pulvérulente basique (1), et parmi les parties consiiluanles découvertes il y a déjà un certain temps : l'alcaloïde (?; sirupeux cormili?ie facilement décomposable (2), Tagide ergotinique {sclèroti nique) azoté qui est un glucoside. L'erootinine (3) cristalline vient d'être qualifiée récemment de seule partie constituante active de l'ergot de seigle (4). Quant à la choline^ elle est sans importance aucune dans l'ergot de seigle. Les empoisonnements aigus par l'ergot de seigle et ses préparations ont pour causes : emploi comme ectrotique (dans la plupart des cas, la mère est gravement atteinte) ou usage thérapeutique à doses par trop élevées; et les empoisonnements chroniques sont causés par : usage thérapeutique trop prolongé ou ingestion fréquente de farine ergotée ou de pain préparé avec cette farine. L'ergotisme chronique survient, à l'état d'épidémie et jusqu'aux temps les plus récents môme en Allemagne, dans les années humides et après de mauvaises récoltes, partout où la culture du sol et les conditions hygiéniques sont peu développées. Il arrive que quelques membres d'une famille vivant dans les mêmes conditions que les sujets atteints, restent néanmoins indemnes (5). Les nourrissons restent souvent en bonne santé malgré l'affection de la mère, tandis que les enfants âgés de deux à sept ans et les personnes débilitées sont très susceptibles envers ce poison. Sur 2500 personnes habitant quinze communes de la Hesse il y en avait 500 atteintes, dont treize d'affections mentales.

La richesse de l'ergot de seigle en substances actives varie suivant l'âge et la provenance de la drogue. Une préparation fraîche peut provoquer un empoisonnement grave à la dose de 4gr., mais la guérison peut avoir lieu encore après 8 à lOgr. Mais, en revanche, on a vu survenir des gangrènes multiples et la mort déjà à la suite de Ogr.8. L'extrait aqueux d'ergot de seigle, à la

(1) Jacobi in ScHMiEDEBEKG, Grundzûge der Artneimittellehre, 1895, p. 185.

(2) KoBERT, Arch, /*. exp. Path. m. Pharm., Bd XVIII^ p. 316.

(3) Tanret, Journal de pharm. et de chim., 1885, 15 mars.

(4) Kelleh, Schweiser, Wochenschr. f, Chemie u, Pharm. ^ 1896, 21 févr., p. 65.

(5) F. Siemens, Arrh. ftir Psych., Bd XI, p. 108 et 366.

ASCOMYCETES CLAVÎGEPS PURPIJREA 917

dose de ogr., a provoqué des phénomènes d'intoxication persistant pendant trois jours (1) ; l'injection sous-cutanée de 0gr.05 à Ogr.3 a provoqué à plusieurs reprises des effets fâcheux (2). La farine peut déjà provoquer des intoxications chroniques (3) si elle contient 0,1 p. 100 d'ergot de seigle, et plus facilement si elle en contient 2 p. 100 (4) et davantage. // faut protester contre la tenta^ tive de déclarer comme admissible la teneur de la farine en ergot de seigle au taux de 2 p. 100 (J^). Les symptômes peuvent éclater déjà après cinq minutes à la suite d'une injection sous-cutanée de l'extrait, mais à la suite de son administration à l'intérieur, ils peuvent aussi apparaître seulement après neuf heures environ. L'ingestion de la farine ergotée est suivie d'empoisonnement après cinq jours, plus rarement après quatorze à vingt et un jours (6), ou après quatre à huit semaines. En cas d'empoisonnement aigu, la mort peut avoir lieu dans l'espace* de quelques heures et ne survient que depuis troisjours jusqu'à plusieurs mois dans l'intoxication chronique. Grâce à des expériences instituées sur des animaux (administration de l'ergot de seigle ou de ses parties constituantes isolées à l'état impur), on a réussi à provoquer chez eux, dès le siècle précédent, les symptômes observés chez l'homme dans l'empoisonnement par l'ergot de seigle, p. ex. : convulsions, paralysie des extrémités, phénomènes typhiques, gangrène avec élimination départies du corps, comme, p. ex., des oreilles et des membres.

Outre ces symptômes, on observait dans ces dernières années chez le bétail alimenté avec des herbages contenant de l'ergot, ou qui ingérait aussi Agrostis vulgaris et EUjmus Virginicus : formation de bulles, destruction de l'épithélium, éventuellement gangrène de la bouche ; en outre, vertiges, marche titubante, mydriase, dépression alternant avec excitation, avortements.

(i) Debieare, BulL gén, de thér,, 1884, 30 janv.

(2) Langenbege, Berl klin. Wochenschr,, 186Î), p. 117.

(3) FuNZER, Vierteijahrsschr, f. ger. Med., Bd VÏII, p 360.

(4) Menche, D. Arch. f, klin, Med., Bd XXXÏÏI.

(5) MoELLER, Zeitschr. /*. Nahvungsmittel-rnters, 1895, n*> 10.

(6) BoNJEAN, C. H, de lAc. d. Se, l XIX, 1844, cl Aschofk, Casp Worhensrhr., ocl. lK4-i.

parésie des membres, tuméfaction suivie de nécrose débutant par la fente du sabot puis gag^nant lesjambes, la queue, les mamelles et même les oreilles. On a vu des chevaux, des brebis et des cochons demeurer indemnes dans les mêmes conditions.

La sphacélotoxine et Vergotoccine produisent des g-angrènes et excitent les mouvements de l'utérus gravide. L'administration de ces substances est suivie chez les coqs, déjà après quelques heures, de gangrène de la crête et du jabot, et les ailes peuvent être éliminées à leur tour. Il s'agit dans ces cas de thromboses hyalines des ramuscules artériels, par suite de la constriction prolongée (1). Outre ces effets, on a vu l'administration de Vacide sphacèlinique être suivie de : vomissements et diarrhée, et les gros orteils se sont gangrenés encore plusieurs semaines après la suspension du poison. Les animaux ayant supporté une fois la gangiiène sont doués jusqu'à un certain degré de tolérance envers le poison, tandis que la gangrène ne survient jamais chez les lapins, les chats et les cobayes. L'empoisonnement aigu par la sphacèlotoœine se manifeste chez les lapins par des paralysies, tandis que l'intoxication chronique provoque des troubles moteurs et sensitifs. Le centre vasomoteur est irrité, d'où élévation de la pression sanguine. Outre les vomissements et la diarrhée, la cornuthie provoquerait chez les mammifères : raideurs des extrémités et convulsions épileptoïdes. L'utérus est animé de mouvements ondulatoires; la pression sanguine s'élève, les vaisseaux sont rétrécis (excitation du centre vasomoteur), et la mort par asphyxie survient après un accès tétanique. L'acide ergotinique presque non toxique chez les animaux à sang chaud, cause des paralysies chez les animaux à sang froid. Uergotinine a provoqué chez l'homme de la syncope dans des cas isolés.

Empoisonnement aigu par Tergot. — Il peut débuter chet Thomme par des vomissements et une soif ardente, ou par : coliques, dyspnée, dysphagie, salivation, perte de connaissance passagère et angoisse précordiale. Surviennent ensuite : douleurs lancinantes et térébrantes à ja langue, à la poitrine, à l'épigastre, aux extrémités, sensation de vertige, fourmillements et picote-

(1) V. Recklinguausen, Hand, d. allgem. PathoL, 4883.

ASCOMYCèTES — CLAVICEPS PURPUREA 919

menls dans les membres, engourdissement, ou insensibilité de la peau à l'égard de la douleur, du chaud et du froid, obscurcissement de la vision, aphonie, troubles moteurs, frissonnements et sensation de froid. Les convulsions épileptoïdes suivies de contractures des fléchisseurs peuvent s'associer plus tard à ces symptômes. Ont été observés aussi : petitesse du pouls, abaissement de la température, perte de connaissance, ainsi que divagation. Les femmes enceintes sont atteintes souvent de coliques néphrétiques et il survient chez elles des fausses couches et des hémorrhagies. L'ergot de seigle a-t-il été administré pendant un temps assez long, il peut arriver dans des cas très rares,, parfois même un mois et demi seulement après la dernière dose administrée, qu'une gangrène, circonscrite ou se propageant à plusieurs membres, se déclare accompagnée parfois d'oedème cutané, ou survenant aussi sous forme d'abcès multiples. Les contractions utérines peuvent tuer le fœtus. La guérison ne survient que petit à petit dans les cas graves. L'anesthésie, la dyspnée et l'angoisse précordiale vont en s'atténuant et la guérison peut avoir lieu dans l'espace de trois à quatre jours, mais quelques troubles, p. ex. cataracte, peuvent persister.

Intoxication chronique par Tergot de seigle. — L'ergotisme chronique (ignis sacer, ignis St. Antonii) se présente sous forme de : ergotisme convulsif [morbus spasmodicus, convulsivus, comme on l'appelait il y a trois cents ans] ou ergotisme gangré" neux ; ces deux formes peuvent survenir isolées ou associées. L'ergotisme règne ordinairement à Tétat épidémique et peut éclater peu de temps après l'ingestion de l'ergot de seigle, mais il est encore possible après deux mois (1). Les malades commencent par ressentir de la lassitude pendant des semaines et des mois, il y a céphalée ou engourdissement et troubles de l'appétit. C'est alors que se dessine une des deux formes de l'ergotisme.

i. Ergotisme convnlsif. — Surviennent dans des cas légers : anorexie ou boulimie, diarrhée, rarement constipation, vomissements et gastralgies. La faiblesse des membres va en s'accen-

(1) Maisonneuve, Gaz, des hôp,, 4854, n« 48.

tuant, et on peut voir s'y associer : sensation de verfiçe, insomnie, engourdissement ou fourmillement, rarement albuminurie. Ces symptômes peuvent disparaître quelque temps après la suppression des aliments ergotes. En cas d'affection plus grave, des douleurs lancinantes dans les membres se déclarent à côté de l'adynamie et du teint terreux de la face, de plus, on observe : soif intense, rétention d'urine avec ténesme vésical, ainsi que fourmillement localisé aux mains ou aux pieds ou généralisé. La sensibilité peut demeurer intacte ou s'altérer par places, les réflexes tendineux sont abolis, et des contractures persistant pendant quelques minutes ou plusieurs jours, ainsi que mains et pieds en griffues, peuvent survenir alors. Quelques sujets souffrent le martyre, sont engourdis, et se plaignent d'être dévorés par un feu qui consume leurs mains et pieds, de voir comme à travers un brouillard et d'avoir le ventre en état de tension spasmodique (1). Ce sont surtout les extenseurs qui sont contractures aux bras et aux cuisses; les jambes sont quelquefois attirées en arrière et forment un angle aigu avec les cuisses. Les orteils sont en flexion plantaire, le gros orteil est parfois en flexion dorsale (2). Apparaissent encore de temps en temps : opislhotonos avec sensation d'angoisse et cris de détresse poussés par les malades, dyspnée, douleurs précordiales et sensation de boule remontant le long de l'œsophage (spasme du diaphragme et des muscles pharyngiens), spasmes toniques, plus rarement cloniques de groupes musculaires isolés (spasme de la mâchoire), tétanos et hoquet, suivis d'épuisement et de sommeil. On a observé, dans des cas isolés, l'atrophie des muscles des avantbras et des jambes (3). Les convulsions épileptoïdes peuvent être accompagnées d'imbécillité et de mélancolie, plus rarement de manie et de délires. On a observé comme phénomènes terminaux : démarche tabélique, douleurs en ceinture, titubation les yeux étant fermés {Signe de Rombery)^ douleurs fulgurantes, parole hésitante et scandée. La mort peut survenir en convul-

(1) HussA, Prager ViertelJ , Bd L. p. 38.

{i] Heusinger, Studien ûber den Ergotismus, 1856, voir la figure ci-après.

(3) Leyden, Klinik der Rûckenmarkskrankheiten^ Bd II, p. 287.

ASCOMYCETES CLAVICEPS PURPUREA 921

sîons, OU le malade sera alteinl des années entières de convulsions avec démence secondaire, alaxie, etc. (1).

Fif;. il. — Contractures et rétractions spasmodiques observées au cours de l'ergotisme convulsif.

2. Ergotisme gangreneux. — Il débute par fourmillement — qui peut aussi faire défaut, — obnubilation de la vue, vertiges, convulsions, douleurs aux membres, après quoi apparaissent à quelques parties du corps : anesthésie, sensation de froid et, accompag'nées de douleurs et de phénomènes d'inflammation,

(1; Walker, Arch. f, Psych,. Bâ XXV, H. 2.

vésicules de gangrène à contenu d'abord séreux, ensuite luride. La gangrène, la plupart du temps sèche, peut s'étendre, le cas échéant, des doigts et des orteils même jusqu'au coude, ou jusqu'au genou, et ces parties finiront par être expulsées. Les membres supérieurs et le tronc ne sont atteints que rarement. En cas de gangrètne cutanée étendue, le malade répand une odeur cadavérique et la mort ne tardera pas à survenir précédée de : coliques, diarrhée, délires, gémissements, lipothymies et coma. Dans d'autres cas, l'état subjectif des malades, à part les douleurs, est moins altéré et il demeure presque sans chang-emenl aucun après l'élimination des parties gangrenées, par exemple, d'une ou des deux jambes (cette élimination peut se faire sans hémorrhagie). Quant à la gangrène du poumon et à l'opacilé du cristallin suivie après trois mois à un an de cataracte, ils ne se rencontrent que très rarement. La guérison peut être obtenue après plusieurs semaines, mais la mort par épuisement peut aussi avoir lieu après des semaines ou des mois.

A Tautopsie des sujets morts à la saite d*un empoisonnement aigu par le seigle ergoté on a trouvé quelquefois (1) des ecchymoses et des suffusions sanguines aux poumons, aux reins, à l'utérus, sur le péritoine, les intestins et l'estomac. Chez les sujets ayant succombé à l'empoisonnement chronique par Tergot de seigle on a noté l'existence d'une affection médullaire, surtout à la région dorsale, qui ne différait en rien d'une sclérose des faisceaux postérieurs type, à cela près qu'ici le volume de la moelle épinière n'était pas encore diminué (2). Les causes vraisemblables de ces troubles nutritifs, ce sont la constriction des vaisseaux et les thromboses hyalines. Les artères afférentes des parties gangrenées étaient trouvées enflammées (3). Chez les coqs ayant succombé à l'administration répétée de V acide sphacéliniqtie y on a constaté dans le tractus digestif: catarrhe folliculaire, ainsi qu'extravasats sanguins, tuméfaction, infiltration, etc., des follicules clos et des plaques de Peyer.

(1) Petersb., med. Wochenschr . , 1884, p. 105.

(2) TuczEK, Arch.f. P8ych.,BdXn\, p. 99.

(3) Bauiuer, Gag. hebdom., 1855, n» 31.

ASGOMYGÈTES — CLAVICEPS PURPUREA 923

Recherche du seigle érgcté dans la farine et le pain. — La

matière à examiner sera agitée aVec de l'alcool contenant de Tacide sulfurique ou avec de Téther acidulé. Le filtrat rouge {sclèrêrythriné) fournit, à l'examen spectroscopique, deux raies d'absorption dans le vert et le bleu (à gauche des lignes E et F). Les raies se déplacent davantage vers le rouge si l'on se sert d'une solution alcalinisée par le bicarbonate de soude. La solution éthérée acide est-elle reprise par l'eau ammoniacale, cette dernière présente trois raies d'absorption : 1® entre D et E^ 2° audessus et à droite de E^ 3® au-dessus et à gauche de F (1). On peut aussi extraire l'objet à examiner, à la température de 40°, par l'alcool à 40 p. 100 contenant de l'ammoniaque, filtrer, ajouter de l'acétate de plomb, recueillir le précipité et le faire digérer dans une so'lution de borax : ce dernier enlève à l'ergot de seigle la matière colorante violette. Ce procédé permet de déceler encore 0gr.05 p. 100 de seigle ergoté (2). C'est seulement après saccharification de l'amidon de la farine, par la diastase, que l'on reconnaîtra à l'examen microscopique le tissu irrégulier des hyphes de l'ergot de seigle.

Les parties cadavériques seront, pendant douze heures, digérées à plusieurs reprises à la température de 40*^ dans l'alcool à 80 p. 100, l'extrait évaporé dans le vide, le résidu repris par l'eau acidulée contenant de l'alcool, et la solution sera agitée avec l'éther de pétrole ou l'éther acélique. L'éther se colore en rosé et présente les raies d'absorption sus-décrites (3). Le pain ergoté présente souvent sur la surface de section des taches violettes, et son odeur est désagréable.

Traitement de rempoisonnement aigu par Tergot. — Evacuation du poison à l'aide des vomitifs et des purgatifs, inhalations de nitrite d'amyle (III gouttes dans 4 gr. d'éther). En cas d'ergotisme chronique, on pourra prescrire en outre : belladone, morphine, le cas échéant aussi inhalations de chloroforme et bains chauds contre les convulsions. 11 est nécessaire de changer les

(4) Mjoen, Forschungsber. ûb, Lebensm.y Hyg. u. Pharmakogn,, 1895, H, p. 346.

(2) Palm, ZeiUchr, f. an, Chemie, Bd XXn, p. 319.

(3) PoucHET, An, dhyg, et de méd, lèg., 3° série, t. XVI, 1886, p. 253 ; - Hartwigu, Schweis, Wochenschr. f, Chem., 1895, p. 12.

malades de place et de leur fournir une nourriture tonique. Si la gang-rène a déjà éclaté, on tâchera de prévenir la pyémie. Quant à l'élimination des parties gangrenées, elle se fait spontanément, sans intervention chirurgicale. Au point de vue prophylactique, on fera attention à ce que Tergot de seigle soit enlevé déjà pendant le battage du blé. Les meuniers devraient refuser de moudre le blé non débarrassé de Tergot (1).

Le Claviceps ^nicrocephala (Wallr.) qui a pour habitat le Molinia cœrulea (Mœnch), V Arundo phragmites (L.), le Diplachne serotina (Lk.) et le Nardus^ se comporte chimiquement et toxicologiquement comme le CA. purpurea: en effet, on observa des cas d'empoisonnement analogue chez les animaux qui avaient mangé les plantes que nous venons d'énumérer.

[La part faite dans les pages précédentes, notamment en ce qui concerne les Amanites, aux alburainoïdes toxiques me semble insuffisante. Plus on étudie attentivement la symptomatologie de l'intoxication par les champig'uons, surtout lorsque les investig'ations permettent de rapporter l'empoisonnement à une espèce nettement déterminée, et plus on est oblig'é de reconnaître rimportance capitale du rôle joué par des principes encore peu connus, fort incomplètement étudiés, et dont la PhcUline de Robert peut être choisie pour type.

L*étude des manifestations toxiques provoquées sur les animaux par les divers extraits : éthérés, alcooliques, aqueux, salins, etc. de plusieurs variélés de champignons, tant vénéneux qu'alimentaires, m'avait amené à envisager ces végétaux comme une sorte de culture bactérienne et à attribuer, en conséquence, dans les accidents toxiques, une part prépondérante à ces produits englobés sous la dénomination de Toxines^ produits mal définis quanta leur composition et à leur constitution chimiques, mais bien spécifiés par l'appellation précédente quant à leur origine et à leur action nocive. J'ai mis en évidence, par une série d'essais sur les animaux, le rôle important joué par certains composés albuminoïdes, et j'ai fait déjà ressortir précédemment, au sujet delà digitaline et de la vérati'ine, notamment, que celte notion permettait d'interpréter certains phénomènes, en apparences contradictoires (2).

(1) Consulter également à ce sujet : G. Pouchet, L'action abortive de l'ergot de seigle et son action sur les centres nerveux. Revue internat, de Thérap, et Pharmacologie, t. VI, 1898, p. 121.

(2) Voir à ce sujet : G. Pouchet, Des empoisonnements causés par les champignons, Progrés médical, 3e série, t. V, no 9 (27 février 1897), p. 129. — Importance de Taction exercée par certains albuminoïdes sur la variation de toxicité des alcaloïdes et des principes actifs, Z/w//. gén. de thérap., l. CXXXVII, 1899, p. 901.

CHAMPIGNONS VENENEUX 925

D*après mes recherches, on peut reconnaître actuellement dans les sucs.vég-étaux, comme d'ailleurs dans les bouillons de culture de bactéries, en plus des principes actifs de nature alcaloïdique ou glucosidique, deux groupes de substances dont la considération est des plus importan*tes au point de vue de rinlerprétation des phénomènes de toxicité. L'un de ces groupes se rapproche, se confond môme plus ou moins avec les albuminoïdes [toxalhumines, alhumoses, etc.), le second se rappjoche des résines et je serais assez disposé à l'envisager comme une sorte de terme de transition entre le groupe des albuminoïdes el celui des alcaloïdes. Les actions nocives exercées par ces substances peuvent être rapportées à deux ordres de phénomènes principaux : les unes déterminent simplement une action irritante, phlogogène, dépouillant les muqueuses de leur épithélium et favorisant rab.sorption en exagérant sa rapidité et son intensité ; les autres déterminent la dissolution des hématies, d'où résulte une poljcholie avec toutes ses suites. La Phalline isolée et étudiée par KoBERT en 1890 est le représentant le mieux qualifié de ce dernier groupe en ce qui concerne les ch2^mpignons(l).

La discussion sur le point de savoir si la phalline est ou n'est pas une toxalbumine parce qu'elle réisiste à l'action de la chaleur, n'a que fort peu d'importance et môme d'intérôt. Les propriétés physiologiques de cette substance toxique ont été très nettement déterminées par l'auteur de sa découverte et elles revotent une importance considérable dans l'étude de l'intoxication par les champignons vénéneux.

Le pouvoir hémolytique de la phalline est un des plus élevés que l'on copnaisse. Une dilution au 1250006 produit encore l'hémolyse avec toutes ses conséquences, c'est-à-dire mise en liberté de l'hémoglobine qui va circuler dans Torganisme en môme temps que ses produits de métamorphose, et coagulations multiples du sang par suite de la mise en liberté de l'agent producteur de fibrine. [11 n'est pas hors de propos de faire remarquer ici, à l'appui de ce que je disais précédemment, que des substances à pouvoir hémolytiqiie presque aussi considérable ont été trouvées dans le suc des végétaux ci-après : Paris quadnfoliaj Cyclamen europxum, Dlgitalis purpurea]. Pour en revenir à la phalline, une injection veineuse de 0 milligr. 5 par kilo d'animal provoque chez le chien, le chat, le lapin, une dissolution des hématies telle que le sang retiré par saignée, trente minutes après l'injection, a son sérum fortement coloré en rouge et que l'urine présente une teinte vineuse.

On comprend sans peine que le passage par le rein de l'hémoglobine et de ses produits de métamorphose, des acides et des pigments biliaires, sans préjudice de l'action topique que peuvent exercer pour leur propre compte la phalline et les autres principes actifs des champignons vénéneux, détermine une altération de l'épithélium expliquant l'anurie et môme les symptômes d'u-

(1) KoBERT, Berichte der Dorpater Naturforschv., IX, 1891, p. 535. — Lehrbuch der Intoxicationen, Stuttgart, 1897, p. 457.

rémie observés parfois comme accidents tardifs, alors qu'une néphrite parenchymateuse est devenue la conséquence de ces processus.

La présence de la phalline dans certains champignons imprime à la sjmptomatolo^ie des phénomènes d'intoxication un caractère tellement spécial que, dans une très bonne et intéressante étude, M. Gillot a voulu en faire un syndrome particulier (1). Il ran|i|^e sous deux chets^ Syndrome phcdlinien et Syndrome muscarinieriy la série des manifestations symptomatiques que Ton peut voir se produire au cours des intoxications par les différentes variétés de champignons. Gomme toutes les représentations schématiques, cette dissociation a Tinconvénient d'exagérer la part faite à chacun des symptômes rentrant dans les deux cadres ci-dessus, mais elle présente, d'autre part, l'avantaçe de faciliter l'étude ainsi que de mieux grouper et faire ressortir les différents ordres de manifestations.

Le Syndrome nuscarinien est constitué par l'ensemble des manifestations suivantes : incubation (c'est-à-dire période de temps s'écoulant entre Tin^stion des champignons et les premières manifestations de l'empoisonnement) de courte durée (dépasse rarement quatre heures) ; début rapide et bruyant ; symptômes consistant essentiellement en troubles gastro-intestinaux précoces, sans rémissions, anurie, excitation cérébro-spinale, incoordination motrice, délire (folie muscarinienne), troubles de l'intelligence et de la mémoire. La guérison est la règle, et la durée moyenne de l'affection est de un à deux jours.

Le Syndrome phcUlinien est caractérisé par : incubation de longue durée (variable de dix à trente heures et même plus) ; début tardif, insidieux ; symptômes plus complexes et plus graves que les précédents, troubles gastro-intestinaux tardifs avec rémissions fréquentes et suivis de violentes douleurs épigastriques ; augmentation de volume du foie, souvent ictère, hémorrhagies, urines fortement colorées, diminuées ou même supprimées, dépression nerveuse (ataxo-adynamie, stupeur), intelligence et mémoire intactes. La g^uérison est l'exception et la durée moyenne de la maladie varie de deux à trois jours, quelquefois même plus.

Pour montrer tout ce que cette division a d'insuffisant et d'artificiel, car c'est à ces deux groupes de symptômes que M. Gillot veiit rapporter tous les empoisonnements produits par les champig'nons; il suffit de remarquer que les espèces, comme certains Bolets, dont le^ principes nocifs sont, sinon exclusivement au moins pour la majeure partie, constitués par des substances irritantes éméto-cathartiques, mais dépourvues d'influence sur le système nerveux central, ne peuvent être rangées parmi celles déterminant l'un ou l'autre des symptômes phallinien et muscarinien. Les alcaloïdes (muscarine, choline, bétaînes, etc.), les albuminoïdes (phalline, albumoses, etc.), les résinoïdes déterminant, chacun pour leur part, un syndrome plus ou moins nettement différencié lorsqu'ils sont purs, il est évident que leur mélange, dans les différentes espèces et variétés de champignons, arrivera à provoquer des manifestations très

(i) V. Gillot, Etude médicale sur rempoisonnement parles champignons, Thésede Lyon, 1900.

CHAMPIGNONS VÉNÉNECX 927

diverses parmi lesquelles pourront prédominer celles caractérisant tel ou tel (Je ces trois groupes de principes immédiats suivant que la proportion en sera plus considérable ou que l'intensité, la bruyance de ses manifestations le mettra plus en évidence. Cette gravi lé, cette bruyancedes manifestations, la Phalline les possède au plus haut degré, aussi est-il juste de lui attribuer la prééminence dans l'évolution des phénomènes toxiques. Mais cela ne doit pas faire perdre de vue les autres principes immédiats dont l'association à la phalline revêt alors une importance d'autant plus considérable, l'action irritante, nécrosante même de certains, résinoïdes ouvrant la voie à l'absorption rapide et complète de substances qui, sans leur intervention, auraient pu traverser l'organisme sans lui causer grand dommage (1).

La comparaison que je faisais précédemment des champignons à une culture bactérienne me paraît permettre d'interpréter l'influence du milieu de culture sur la nature des produits dont les cellules du végétal réalisent la synthèse (ainsi que les travaux de Raulin l'ont démontré pour le zinc par rapport à VAspérgillus niger, ou comme la nature du milieu de culture d'une bactérie influe sur sa virulence) et de comprendre comment telle espèce, réputée vénéneuse ou suspecte dans une région déterminée, est considérée et utilisée ailleurs comme comestible. Une observation séculaire nous a appris combien est variable en principes actifs de toutes sortes (alcaloïdes, glucosides, acides, etc.) la richesse d'une même plante cultivée ou sauvage, soumise à des conditions climatériques difiFérentes, en présence ou en l'absence de tel ou tel principe élémentaire ou immédiat. C'est seulement ainsi que l'on peut comprendre les divergences d'opinions émises à propos d'une même espèce par des observateurs également autorisés et incapables d'une erreur de diagnostic mycologique pour un champignon facile à caractériser. Pour ce qui regarde VAmanita mtiscariay par exemple, les observateurs les plus dignes de foi l'ont, à maintes reprises, signalée, les uns comme tout à fait inoflfensive, les autres comme suspecte, d'autres enfin comme constamment toxique. Et en réalité on a relaté de nombreux accidents graves et même mortels, par suite de la confusion de cette espèce avec l'Oronge vraie(ilmani(a Cœsarea), tandis qu'il existe, d'autre part, de nombreux exemples de l'emploi alimentaire de la fausse oronge (Amanita muscaria) sans qu'il en soit résulté le moindre événement fâcheux. Bulliard dit en avoir mangé deux onces (61 gr.), à l'état cru, sans inconvénients, et il le considère cependant comme certainement toxique. Desmartis assure que les paysans du Bordelais le consomment couramment après l'avoir fait griller sur des charbons ardents. Leclerc (de Tours) rapporte dans la Gazette des hôpitaux qu'en Crimée il a suppléé, pour lui et ses soldats, au manque de légumes par des salades de champignons au nombre desquels se trouvait VA, miiscaria. Beaucoup d'auteurs assurent, d'ailleurs, que cette espèce est comestible en Russie; et je tiens de source fort autorisée que, dans certaines

(l) Voir à ce sujet : G. Pouchet, Leçons de pharmacody nantie et de matière médicale^ 2e série, p.l8.

parties des Vosg'e.^, on fait un iisa|s;'e courant de ce chamjpigiion, après macération dans le vinaij^re et sans rejeter le liquide de macération. Pour raa part, je partage l'opinion de Bulliard et de quantité de mycologues, et je pense qu'il est fort dangereux d'utiliser cette espèce comme aliment.

L'évolution d'un empoisonnement par les champignons peut être rapportée à trois périodes : A, période d'incubation; — B, période d'état ; — C, période de terminaison

A. Période d'incabatioù. — Sa durée varie suivant que les principes immédiats de nature alcaloïdique, résinoïde ou albuminoïde sont plus ou moins abondants dans l'espèce de champignon ingérée. Les phénomènes toxiques peuvent débuter depuis moins d'une heure jusqu'à trente ou quarante-huit heures et plus après l'ingestion lAmanita miucaria, de une à deux heures;

A, pantherinay de deux à trois, rarement quatre heures ; Boletus luridus,

B, SatanaSf Russules, Lactaires, Helvelles, de trois à sept heures (c'est à peu près la moyenne pour les espèces douées de propriétés éméto-cathartiques, acres et irritantes) ; Amanita phalloïdes [A. hulhosa], A. mappa, A, Vema, A- excelsa, Volvaria gloiocephala, V, speciosa, V, Viperina, Lepiota helveola, de dix à quinze, vingt, trente et même quarante-huit heures ou davantage. Au surplus, cette durée de la période d'incubation est également sous la dépendance d'un certain nombre de causes accessoires dont les plus importantes sont : la quantité de champignons absorbée, les divers modes de préparation culinaire auxquels ils ont été soumis (leur richesse en substances toxiques varie en efiPet, suivant qu'ils ont été ingérés crus, ou grillés, ou ébouillantés, ou lavés, ou macérés dans de l'eau simple ou additionnée d'un dissolvant comme alcool, vinaigre, sel marin, etc.), le mélange de diverses espèces et la prédominance des espèces douées de propriétés acres, purgatives, émétiques, hémolytiques, etc. Enfin, le sommeil joue un rôle considérable, noté par tous les observateurs, en reculant l'explosion des accidents. Les symptômes manifestent une acuité progressivement croissante Quelques vertiges signalent le début des accidents, puis survient un sentiment de faiblesse générale, de somnolence, accompagné d'anxiété à la région épigastrique. Le sujet se trouve dans un état d'agitation, d'inquiétude, de malaise indéfinissable presque toujours accompagné de légers troubles sensoriels comme bourdonnements d'oreilles, éblouissements. On passe alors, presque sans transition, à la seconde période.

B. Période d'état. — Les symptômes qui la caractérisent concernent surtout 1 appareil digestif et le système nerveux. Dans quelques cas et avec certaines espèces de champignons ne renfermant guère, en fait de substances toxiques, que ces principes immédiats que j'ai appelés le groupe des Résinoides, le svs. tème nerveux ne réagit pas directement sous l'influence de la substance toxique, mais secondairement, comme conséquence plus ou moins éloignée des troubles gastro-intestinaux.

Les Troubles digestifs consistent en : nausées, douleurs abdominales et stomacales plus ou moins aiguës, vomissements, diarrhée. L'épigastre est le siège

d'une sensation de chaleur ardente, la soif est vive avec conslriclion et sécheresse de la gov^Cy la dég^lutition devient pénible et l'on constate même parfois de Taphonie. La respiration est difficile ; le sujet, en proie à des suffocations, est couvert de sueurs froides, d'une pâleur cadavérique et en état presque continuel de lipothymie. D'abondants vomissements viennent, en général, apporter quelque répit à cette première phase ; mais- ils s'accompagnent toujours de douleurs épigastriques aig-uës, pongitives, constrictives, avec irradiation dans les hypochondres et dans les lombes, que la palpation, la toux, la respiration, le moindre effort exaspèrent et rendent intolérables. Parfois, principalement avec les champignons riches en substances toxiques du groupe desalbuminoîdes on voit les vomissements devenir excessivement fréquents, voire incoercibles, et s'accompagner de spasmes douloureux et violents au point de provoquer des hématémèses. Des coliques violentes, suivies de déjections diarrhéiques, caractérisent l'action de la substance toxique sur le tube intestinal. Les douleurs sont presque toujours tellement intenses que l'abdomen ^st rétracté et les membres inférieurs fortement fléchis sur le ventre. La diarrhée revêt une allure cholériforme ou dysentériforme, avec soif extrême et crampes douloureuses. Les déjections alvines sont d'une extrême fétidité, et leur apparition tardive est un signe fâcheux et d'une gravité particulière. Des troubles hépatiques accentués caractérisent encore les symptômes déterminés par les substances toxiques du groupe des albuminoïdes ; cette atteinte portée au foie se révèle par une augmentation de son volume (le foie a été trouvé gros et très congestionné dans les cas où la mort fut rapide ; volumineux, ramolli, de couleur jaunâtre dans les cas où la mort fut tardive) et par la coloration foncée des urines ; souvent même il apparaît de l'ictère. On voit aussi quelquefois se produire une fièvre tardive, symptomatique des lésions inflammatoires.

Les Troubles nerveux peuvent différer suivant qu'ils sont sous la dépendance du groupe des albuminoïdes, ou du groupe des alcaloïdes, ou d'un mélange de substances de ces deux groupes. L'excitation, se traduisant par une gaieté exa* gérée, une ivresse passagère à délire furieux (folie muscarinienne), caractérise les troubles provoqués par le groupe des alcaloïdes (1) ; la dépression, revêtant

(1) Il a été question (p. 906) des boissons enivrantes, signalées pour la première fois par Pallas dans son « Voyage dans plusieurs parties de la Russie (i768| >», préparées à l'aide de VAmanita muscaria par les peuplades du Kamtchatka et de la Sibérie, les Ostiaks et d'autres habitants de la Russie asiatique. On utilise pour cela le champignon cru ou sa décoction. La macération du champignon s'effectue fréquemment dans une décoction d'Epiiobium ou de Vaccinium L'ivresse ainsi obtenue rappelle, tout à la fois, Fivresse alcoolique et l'état spécial résultant de l'influence de l'opium ou de la belladone. Le sujet arrive à perdre complètementson libre arbitre : chez les uns, on voit prédominer les émotions du plaisir, manifestées par la joie, l'exaltation, les chants, la danse ; chez les autres, au contraire, on voit se manifester de la tristesse. Les scènes de violence sont tout à fait habituelles, et il est fréquent de voir ces individus en proie à des spasmes et à des convulsions. D'ailleurs, déjà en i630, dans son « Historia plantarum universalis » Jean Bauhin rapporte qu'en Aile-

souvent une allure ataxo-ad^namique, caractérise ceux provoqués parle g'roupe des albumiooïdes. Des troubles psychiques, moteurs, sensitifs, sensoriels, des alternatives d'exaltation et de dépression constituent les phénomènes le plus fréquemment observés. Les troubles intellectuels consistent en : délire, hallucinations, perte de connaissance, perte de mémoire. Les troubles moteurs sont caractérisés par : titubation, incoordination motrice, ataxie, tremblements, convulsions (partielles ou générales, cloniques ou toniques), hoquet, spasme pharj'Dg'é (surtout au début), spasme intestinal, trismus, contractures (apparence tétanique), crampes (aspect cholériforme), rétraction des membres inférieurs. L'état de rigidité musculaire qui accompagne la phase d'exaltation, disparaît pendant la phase de dépression. Parfois Tadynamie est le seul symptôme d'ordre nerveux. On voit alors: prostration, collapsus, vertiges, délire, hallucinations, abolition de la motilité, secousses fibrillaires, tendance à la parésie ou à la paralysie (la paraplégie s'observe fréquemment), algidité, cyanose, mictions et évacuations alvines involontaires, analgésie plus ou moins généralisée. Un fait très frappant et qui imprime à l'intoxication par certaines espèces de champignons (notamment Amanita pantherina) un caractère particulier consiste dans un état de somnolence, un état spécial de narcose allant même jusqu'à reproduire le sommeil de Tanesthésie générale. Ce phénomène est remarquable, surtout, chez certains sujets affaiblis et chez les enfants. La stupeur, qui caractérise surtout les substances toxiques du groupe des albuminoïdes, se traduit par : résolution complète, réflexes lents et paresseux, parfois même retard de la sensibilité. On peut observer toutes les nuances depuis la simple indifférence jusqu'à l'imbécillité consciente. L'hébétude, la fixité du regard alternent quelquefois avec de l'excitation, des tremblements, des mouvements spasmodiques. Cet état, sinon de stupeur, au moins d'indolence, peut persister pendant la convalescence, parfois assez longue. Les troubles sensoriels sont variables et fugaces, ils consistent principalement en sifflements ou bourdonnements d'oreilles, éblouissements, diplopie, amaurose passagère, convulsions des globes oculaires, chromatopsie. Lorsque l'issue de l'empoisonnement doitôlre mortelle, le sujet tombe peu à peu dans un état d'insensibilité complète, de coma ; le cœur est affaibli et irrégulier, la température considérablement abaissée (l'algidité est un phénomène constant), le tégument se recouvre de marbrures livides, la respiration s'embarrasse, se ralentit, devient slertoreuse, irrégulière et le malade s'éteint.

majçne on appelait la fausse oronge le Champignon des fous^ parce qu'il fait perdre l'esprit à ceux qui le mangent. Les propriétés enivrantes de la liqueur préparée avec l'Amanite tue-mouches se retrouvent dans Turine de ceux qui en font usage, aussi n*est-il pas rare de voir des individus boire leur urine pour continuer à se procurer celle ivresse. Les domesliques et les gens pauvres n*ont d'autre moyen de se livrer à celte orgie que celui résultant de l'ingestion d'une pareille urine. Ce fait semblerait prouver la rareté excessive, dans ces régions, de VAmanila muscaria que, seuls, les gens riches ou aisés pourraient réussir à se procurer.

Au cours de révolution des phénomènes toxiques les hémorrhagies sont fréquentes (épistaxis, hématémèse, hémoptysie, hémorrha^ie intestinale, pétéchies) et le sang est très liquide et difficilement coag-ulable. Cette particularité paraissant, au premier abord, en contradiction avec la mise en liberté du fibrinog'ène par suite de la dissolution des hématies, s'interprète cependant facilement, grâce à cette observation de Alexandre Schmidt, que lorsque le sang a subi antérieurement un processus de coagulation, sa tendance à se coaguler se trouve ensuite diminuée. Les recherches de ce même expérimentateur et de ses élèves ont démontré que les coagulations capables de se produire dans l'organisme à la suite d'une influence hémolytîque étaient d'autant plus considérables et plus graves, que le système circulatoire, et par conséquent l'animal en expérience, était de plus grande taillé. Gela explique comment KoBERT n'a pas réussi à trouver de thromboses nettement accusées chez les petits animaux soumis à l'influence de la phalline, tandis que, chez l'homme sous l'influence des champignons phallinifères, on a pu constater de nombreuses hémorrhagies que ce savant attribue à l'embarras circulatoire résultant des tromboses des petites artères dues à des caillots fibrineux. Malgré cette atteinte profonde portée au sang, les troubles de l'appareil circulatoire ne se manifestent comme importants que lorsqu'intervient l'influence des alcaloïdes. Ces troubles sont d'ailleurs fort variables. La pollakiurie, et, plus fréquemment, l'anurie plus ou moins prolongée sont encore des manifestations assez constantes au cours de l'intoxication. Parmi les troubles sécrétoires, il convient encore de mentionner les hypersécrétions salivaires, nasales, lacrymales, intestinales, sudorales. Ces dernières sont souvent particulièrement intenses au moment où se réalise ie summum de Tintoxication, et elles constituent alors ce que nos ancêtres appelaient un Phénomène critique judicateur marquant le début certain de la période de retour à l'état normal. Quant à l'hypersécrétion salivaire, elle est surtout observée dans l'expérimentation sur les animaux.

C. Période de terminaison. — Les empoisonnements par les champignons ne sont fréquemment mortels qu'avec les Amanites à phalline. La mortalité atteint alors de 70 à 80 p. 100, en ne tenant compte que des cas dans lesquels la nature du champignon qui a provoqué l'empoisonnement a été nettement déterminée. L'issue fatale se produit, en général, du troisième au huitième jour qui suit l'ingestion, rarement plus longtemps après. On a vu cependant des sujets succomber après douze et quinze jours ; mais ces cas sont tout à fait exceptionnels, et peut-être même discutables.

La guérison s'effectue très rapidement, on pourrait même dire brusquement, sauf avec les champignons à phalline. Tandis que, dans le premier cas, on voit des individus qui paraissaient en danger de mort guérir du jour au lendemain et reprendre immédiatement leurs occupations ; dans le second cas, au contraire, des troubles digestifs, de l'inappétence, de l'embarras gastrique, de la céphalalgie, une sensation de brisement des membres, des évacuations sanguines fréquentes, de la parésie des membres inférieurs avec crampes persistent pondant

plusieurs jours et parfois même pendant des semaines. UAma^iHa phalloideSj le Volvaria speciosa, le Pleurotus olearius, les Helvelles sont particulièrement remarquables parla longueur de la convalescence et la persistance des manifestations succédant à la période aigué de l'intoxication.

Autopsie. — Lésions inflammatoires du tube digestif, phlogose intestinale, congestion dans la région pylorique, ou même plaques gangreneuses de l'intestin » telles sont les lésions qui furent observées le plus fréquemment. La décomposition du cadavre est rapide ; des gaz fétides distendent Tintestin. Des lividités cadavériques, des ecchymoses de couleur ictéroïde sont disséminées à la surface du tégument. La rigidité cadavérique est tardive et peu prononcée. Le sang est noir, fluide, quelquefois légèrement poisseux. Les cavités du cceur et des gros vaisseaux sont remplies de caillots. On remarque des hémorrhagies viscérales multiples. Le plus habituellement, les reins sont normaux, mais on a cependant signalé des lésions de néphrite aiguë, lorsque la mort a été tardive. Le foie, volumineux, est généralement dur et parsemé d'ecchymoses simulant, à la coupe, le foie muscade, ou bien ces ecchymoses forment de larges plaques à la surface ; dans d'autres cas, ce viscère est en voie de dégénérescence graisseuse, pâle et ramolli.

La plupart de ces lésions, qui ne présentent d'ailleurs par elles-mêmes rien de caractéristique, sont probablement sous la dépendance des substances toxiques du groupe des résinoïdes et, surtout, du groupe des albuminoïdes. Sous l'influence de la phalline seule, les altérations de la muqueuse gastro-intestinale sont, en effet, des plus frappantes, même si le poison a été introduit dans l'organisme par voie veineuse. Comme cela arrive également pour une quantité de substances toxiques de toute nature : albumoses, saponines, toxines microbiennes, alcaloïdes, et même poisons minéraux, l'élimination hors de l'organisme s'effectue, pour une forte part, au moyen de la muqueuse gastro-intestinale sur laquelle se produit, en conséquence, une forte part de l'action nocive. Déjà à la dose de 0 milligr. 5 par kilo d'animal, l'intestin présente une coloration rouge intense, depuis le pylore jusqu'à l'anus, avec surface veloutée complètement homogène dans laquelle il devient impossible de distinguer les petits flots blanchâtres visiblesà l'état normal. La muqueuse est excessivement injectée. Le contenu de l'intestin est constitué d'abord par de la sérosité sanguinolente, plus tard, par une sorte de bouillie sanglante dans laquelle on trouve des amas de cellules épithéliales et des débris de la muqueuse. Cette forme de gastro-entérite caractérise d'ailleurs les poisons hémolytiques. A la mort de l'animal, les nombreuses glandes de l'estomac et de l'intestin sont entièrement détruites et il ne reste plus, comme après l'empoisonnement par le phosphore, qu'une membrane mince et lisse. En outre, on trouve des suff'usions sanguines dans tous les organes (spécialement sous l'endocarde du ventricule gauche) et des transsudats sanguinolents dans les cavités séreuses.

Les troubles gastro-intestinaux, l'ictère, la polycholie, l'annrie avec manifestations urémiques, les hémorrhagies interstitielles caractérisent l'intoxication

expérimentale, chez les animaux, parla phallin^ ; et cette symptomalolog^ie concorde avec les eflfets que produisent, chez l'homme, Tempoisonnement par certaines espèces de champignons, dans les cas qui évoluent en présentant la sjmptomatologie de Tictère grave. Si Ton songe que les produits de métamorphose des hématies (pigments sanguins se transformant en pigments biliaires, acides biliaires provenant du stroma ou de la matière colorante) exercent de leur côté, une action nocive (dissolution des hématies, dégénérescence des capillaires favorisant les hémorrhagies multiples), on sera moins surpris de l'influence néfaste exercée par une très faible quantité de phalline, en même temps que Ton comprendra l'importance du degré de dilution suivant lequel elle circule dans l'organisme. Ce degré de dilution exerce, en effet, une influence de premier ordre, non seulement sur l'action hémolytique, mais encore sur la rapidité avec laquelle les centres nerveux sont impressionnés par la phalline. D'ailleurs, l'influence du degré de concentration des solutions sur la gravité des manifestations que peut provoquer une seule et même substance toxique est également des plus nettes et des plus remarquables avec la Cocaïne (i) ; et un certain nombre d'exemples de ce genre impose de tenir compte, à l'avenir, de ce facteur nouveau dans les études et les recherches de toxicologie. Kobert a montré, au cours de ses expériences, que les injections intraveineuses de phalline en solution à i p. 1000 produisaient la mort brusque, dès la première minute, par suite de la paralysie du cœur et de la respiration ; en solution à 4 p. 5000, la mort se produit encore au bout de trois minutes ; et il est nécessaire d'employer les solutions à i p. 50000 si l'on veut voir l'animal survivre quelques jours. Dans ces cas où la mort se produit tardivement, on découvre d'importantes lésions du rein, conséquences de l'élimination par cette voie des produits de métamorphose des hématies notamment, et de l'inflammation parenchymateuse qui a succédé à cette influence nocive

Fait des plus importants à considérer, la phalline est remarquablement stable et se retrouve, avec toutes ses propriétés toxiques, dans l'eau dans laquelle on a fait bouillir pendant une demi-heure des Amanites phalloïdes, ainsi que dans l'extrait aqueux ou le suc obtenu par expression et desséché. D'après de récentes expériences, ce suc conserverait encore son activité au bout de onze mois (2).

Ces faits expliquent la redoutable toxicité de ces Amanites, quelles que soient la façon dont elles ont été employées ou les préparations culinaires auxquelles elles ont été soumises, du moment que le liquide de macération est ingéré.

U Acide helvellique est, comme la phalline, un poison hématique produisant l'hémolyse et la dégénérescence graisseuse du foie. Toutefois, il est soit volatil, soit altérable ; la cuisson et, surtout, la dessiccation détruisant la toxicité des

(1) G. PoucHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, l""® série, p. 454,

(2) FiETRo Pellegaini, Recherches sur le poison des champignons, Itev. d'/giena sanita pubUca, 1899.

Helvelles qui causent parfois des accidents en Allemagne parce qu'on les y comsomme à l'état frais, tandis qu'ils n'en occasionnent jamais en France où on ne les emploie que desséchés].

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