‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 100 sur 172 · DU TABAC · texte numérisé non relu

DU TABAC

de tabac râpé et 8 grammes d’eau. Dix minutes après , l’animal a vomi deux fois. A six heures , il commençait à éprouver de légers vertiges et un tremblement dans les extrémités postérieures; il est mort dans la nuit. Les poumons étaient d’une couleur rouge foncée et présentaient çà et là des taches livides ; leur tissu était un peu plus dense que dans l’état naturel. Il n’y avait aucune altération dans le canal digestif. Le membre sur lequel on avait opéré était peu enflammé.

ExrÉRiKiNCE vc. — Désirant connaître si la partie active du tabac râpé réside dans la portion soluble dans l’eau ou dans celle qui y est insoluble , on a recommencé l’expérience précédente avec 16 grammes de cette poudre que l’on avait traitée à huit reprises différentes par une grande quantité d’eau bouillante, afin de l’épuiser complètement. Avant de réunir les lambeaux de la plaie par la suture, on y a introduit 16 grammes d’eau. Quarante-huit heures après , l’animal n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable; il est mort à la fin du troisième jour; on ne lui avait point donné d’aliments , et il était faible.

Expérience vic. — On a fait bouillir pendant une heure 32 grammes de feuilles sèches de tabac avec 192 grammes d’eau; le liquide a été filtré et réduit à lld grammes au moyen de l’évaporation; on l’a introduit dans l’estomac d’un chien robuste et de moyenne taille , et ou a lié l’œsophage. Trois minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir, qu’il a renouvelés plusieurs fois pendant la première heure ; il a expiré trois heures après l’ingestion du liquide dans l’estomac, et il avait éprouvé les symptômes rapportés dans l’expérience troisième. On l’a ouvert le lendemain. L’estomac était légèrement enflammé ; le canat intestinal ne paraissait pas altéré. Les poumons offraient un très grand nombre de plaques d’une couleur livide et très larges ; leur tissu était plus dense que dans l’état naturel et gorgé de sang.

Expérience viT. — L'infusum de tabac, préparé avec 20 grammes d’eau et 16 grammes de feuilles sèches, n’a déterminé aucun accident chez un chien robuste et de moyenne taille.

Expérience viii6. — M. Brodie injecta dans l’intestin rectum de plusieurs chiens et d’un chat depuis 32 jusqu’à 130 grammes d’une torte infusion de tabac: ces animaux devinrent insensibles, immobiles, et périrent lous en moins de dix minutes ; les battements du cœur n’étaient plus sensibles une minute avant la mort; l’un d’eux seulement vomit. On ouvrit les cadavres immédiatement après la mort : le cœur était très distendu et ne se contractait plus; dans un cas seulement, après avoir incisé le péricarde , les oreillettes et les ventricules , irrités par l’instrument, commencèrent à se contracter avec force, et la circulation put être prolongée pendant une demi-heure au moj en de l’insufflation de l’air dans les poumons.

Expérience ixc. — Deux cent cinquante grammes de décoctum de tabac ont été administrés sous forme de lavement à un chien fort : ce décoctum avait été préparé en faisant bouillir 32 grammes de tabac à fumer dans 300 grammes cl’eau. Trois minutes après, l’animal a rejeté le liquide et

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a vomi. Pendant la première demi-heure , il n’a point cessé de faire des efforts violents et infructueux pour vomir; du reste, il n’a éprouvé aucune autre incommodité. Le lendemain , sa santé paraissait rétablie, fl est certain que cet animal aurait succombé s’il eût gardé le lavement plus long-temps.

Observation 1". Une femme appliqua sur la tête de trois de ses enfants qui avaient la teigne, un liniment préparé avec de la poudre de tabac et du beurre : peu après ils éprouvèrent des vertiges , des vomissements violents et des défaillances , ils eurent des sueurs copieuses. Pendant vingtquatre heures ils marchèrent comme s’ils eussent été ivres. ( Ephêmér . des Cur. de la Nat., déc. n , an lx , pag. û6. )

Observation 2e. — Le décoctum des feuilles , appliqué sur des parties affectées de la gale, occasionna des vomissements violents et des convulsions. ( Vandermond , Recueil périodique , t. vu, pag. 67. )

Observation 3e. — Un petit garçon mourut troisjours après qu’on lui eut répandu du suc de tabac sur l’un des ulcères teigneux qu’il avait à la tête. ( Walteriial, Jt urn. de Ch. méd., p. 317, année 1838. ) Observation Zic. — On lit dans les Ephéméricles des Curieux de la Nature, qu’un individu tomba dans un état de somnolence et mourut apoplectique pour avoir pris par le nez une trop grande quantité de poudre de tabac.

Observation 5e. — Le célèbre Sanleul éprouva des vomissements et des douleurs atroces au milieu desquels il expira , pour avoir bu un verre de vin dans lequel on avait mis du tabac d’Espagne.

Observation 6e. — Un homme fit bouillir û8 grammes de tabac en poudre dans de l’eau et prit le décoctum encore chaud en lavement. A l’instant des douleurs atroces se répandirent dans tout le ventre, une sensation de brûlure intérieure horrible lui fit pousser des cris, et bientôt il put rejeter une partie du lavement : la douleur augmenta dans tout l’abdomen et surtout à l’épigastre; des nausées et des vomissements pénibles eurent lieu ; les muscles de l’abdomen se contractèrent fortement ; le ventre était enfoncé. Au bout d’une demi-heure , une réaction violente se fit remarquer dans le système cérébrai et nerveux ; le malade fut tourmenté par des contractions violentes et involontaires de tous les muscles ; il se roulait sur son lit en témoignant les plus grandes douleurs ; il jetait au loin sa chemise et les couvertures dont quelques voisines accourues pour le secourir, voulaient le couvrir par pudeur. Il portait sans cesse les mains sur l’aixlomen, et se lirait fortement le pénis.

Alors il avait perdu complètement le jugement et la connaissance de ce qui l’entourait , au point de ne plus reconnaître ses parents ou ses amis intimes. 11 entendait quand les interpellations lui étaient adressées , mais il ne répondait pas , ou cherchait vainement îi articuler des mots insignifiants ; la face était violette et contractée , les muscles du côté gauche de la face étaient dans une contraction permanente et simulaient l’apoplexie. Les yeux étaient fixes, le pouls concentré, presque insensible,

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