‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 101 sur 172 · I)U TABAC · texte numérisé non relu

I)U TABAC

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très petit , enfoncé , intermittent , et d’une lenteur remarquable , ne donnant que quarante-cinq pulsations par minute ; la respiration était lente , et les parois du thorax s’élevaient à peine. La peau était froide ainsi que les extrémités, malgré la chaleur extrême de l’atmosphère. Le malade paraissait comme plongé dans la torpeur, dans un véritable carus pendant quelques instants; puis, comme s’il était éveillé par la douleur, quoiqu’il ne proférât plus aucune plainte , il exécutait des mouvements violents automatiques et lents, différents en cela des convulsions spasmodiques et instantanées ; il se levait debout , pouvait faire quelques pas comme un homme ivre , et se replacer sur son lit où il se roulait nu , sans paraître s’apercevoir de son état ni de la présence des personnes qui l’entouraient. Cependant des contractions violentes de l’estomac lui firent vomir et rejeter très loin dans la chambre une grande quantité de liquide qu’on lui avait fait boire , et qui avait contracté une odeur infecte de tabac. Une des assistantes qui reçut sur la figure une de ces inondations subites , tomba à la renverse suffoquée, et en fut malade pendant plusieurs jours. Quelquefois pourtant , avant de vomir, le malade fait signe qu’on s’éloigne.

Cependant les phénomènes morbides s’accroissent encore ; on veut mettre le malade au bain ; mais les mouvements automatiques qu’il exécute sans but et avec une grande force de contraction musculaire, font qu’il est impossible de le tenir dans la baignoire ; il en sort , quoiqu’en chancelant comme un homme ivre , et dirigé et soutenu il se roule de nouveau sur son lit. Il est pris de délire tranquille , balbutie des phrases qui ont trait à des médicaments qu’il veut prendre ; il veut boire de la tisane et du sel de nitre , etc. Il y a des rémissions d’un quart d’heure, pendant lesquelles il paraît dormir d’un sommeil carotique profond ; alors on parvient avec peine, non pas à éveiller ses facultés intellectuelles , mais à lui rendre la puissance des mouvements automatiques.

Je n’ai pu constater l’état des pupilles. De fréquentes nausées et des vomissements violents ont lieu avec vive douleur à l’épigastre. Je n’ai pu m’assurer si les urines étaient interrompues, comme l’affirmaient les personnes présentes , parce que tous les matelas étaient mouillés de la matière des vomissements , de celle des lavements , et des boissons répandues.

Des boissons légèrement acidulées étaient prises avec peine et rejetées presque aussitôt ; une sueur froide couvrait le corps du malade, quoique ce fût au milieu de l’été. Malgré la petitesse et la concentration du pouls, il nous parut que le plus urgent était de dégager le système veineux sanguin cérébral de la congestion, ou stase imminente qui s’établissait dans tous les gros troncs. En conséquence , une saignée de' 250 grammes fut pratiquée, non sans difficulté, à cause de l’agitation permanente du malade ; il fallut même renoncer à recevoir dans un vase le sang tiré de la veine. La diminution des accidents cérébraux apoplectiques et convulsifs commença aussitôt, et le malade, devenu un peu plus calme, put être placé sur son lit. Des sinapismes furent mis autour des pieds , et quelque

temps après, vingt-quatre sangsues furent appliquées à l’épigastre, 5 cause des douleurs qu’y ressentait le malade, et les piqûres furent couvertes de grands cataplasmes qui tenaient tout le ventre. Plusieurs demi-lavements émollients avaient été donnés pour tâcher d’entraîner ce qui pouvait rester de la décoction du tabac, mais ils furent gardés et passèrent par les urines.

L’effet salutaire de la saignée générale et locale fut presque instantané ; la tète se dégagea graduellement, et le malade , moins agité , put se livrer à un peu de repos ; les douleurs atroces à l’épigastre et à l’abdomen diminuèrent successivement , et les boissons furent mieux supportées. Long-temps encore le pouls conserva une grande lenteur; les facultés intellectuelles furent près de vingt-quatre heures à reprendre leur lucidité , et ce ne fut qu’avec peine que le malade put se souvenir de ce qui s’était passé , comme après un rêve pénible. L’estomac fut quelques jours sans pouvoir supporter autre chose que de simples bouillons. Cependant le malade, d’abord exténué de fatigue, brisé de tous ses membres, recouvra en peu de jours la santé , et ne conserva que de la pâleur, de la faiblesse , et un peu de sensibilité épigastrique. ( C.hantourelle , Archiv. gén. de Méd., t. xxvm , pag. 376. )

Observations?', 8e, 9e et 10e. — Un lavement préparé avec 8 grammes de tabac a déterminé, en deux heures, la mort d’une jeune personne de quatorze ans. — Elisabeth Peyne mourut quinze minutes après avoir pris un lavement obtenu par infusion avec 32 grammes de tabac. — Un lavement préparé avec une décoction faite avec 6Zt grammes de tabac à fumer, a déterminé sur-le-champ la mort d’une dame âgée de vingt-huit ans. — Une femme de vingt-quatre ans , tourmentée d’une conslipation continuelle, mourut trois quarts d’heure après avoir pris un lavement préparé avec Zi8 grammes de tabac. ( Journ . de Chim. médic., p. 316, année 1838. )

Les faits que je viens d’exposer me portent à croire , 1° que les feuilles de tabac, entières ou réduites en poudre, telles qu’on les emploie journellement dans le commerce , sont douées de propriétés vénéneuses énergiques, qui dépendent , en grande partie du moins, de la nicotine ; 2° que leur partie active semble résider dans la portion soluble dans l’eau, qui contient de l’acétate de nicotine, lequel est absorbé et porté dans le torrent de la circulation ; 3° que leurs effets délétères paraissent dépendre d’une action spéciale sur le système nerveux , et qu’elles déterminent presque constamment un tremblement général, qui s’observe rarement lorsqu’on emploie d’autres poisons; U° que leur action est beaucoup plus énergique quand on injecte la portion soluble dans l’anus, que lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire , et à plus forte raison que dans le cas où on l’introduit dans l’estomac ; 5" qu’indépendamment des phénomènes dont je viens de parler, elles exercent une action locale capable de

de l’huile e.wpyreumatioue du TARAC. fl07

produire une inflammation plus ou moins intense; 6" qu’elles paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens (1).

Traitement. ( Voy. p. 3Zt5.)

DE I/KUILE EMPYSEUBEATIQUE BU TABAC.

Action sur l’économie animale.

Expérience ire. — M. Brodie appliqua sur la langue d’un jeune chat 1 goutte d'huile empyreumatique de tabac (2). Sur-le-champ tous les muscles éprouvèrent des convulsions violentes et la respiration fut accélérée. Cinq minutes après , l’animal devint insensible, se coucha sur le côté, et offrit de temps en temps de légers mouvements convulsifs. Un quart d’heure après , il paraissait rétabli. On recommença l’expérience , et l’animal mourut an bout de deux minutes. On ouvrit sur-le-champ le thorax : le cœur se contractait régulièrement et avec force; le sang était d’une couleur foncée. On introduisit un tube dans la trachée-artère, afin d’insuffler de l’air dans les poumons: les contractions du cœur furent plus fortes et plus fréquentes, et ne diminuèrent point pendant six mi-

(1) M. Brodie avait été tenté d'admettre que l’infusion de tabac, injectée dans le rectum , agissait d’abord sur le cœur : cependant l’expérience suivante l’a fait renoncer à cette opinion. Après avoir enlevé h tête a un chien, il entretint la respiration par l’insufflation, et il introduisit dans l’estomac et dans les intestins 300 grammes d’infusion de tabac. Au moment de l’injection, le corps de l’animal resta immobile sur la table , et le cœur battait régulièrement cent fois par minute. Dix minutes après, le pouls donnait cent quarante pulsations; le mouvement péristaltique des intestins était augmenté, et les muscles volontaires de toutes les parties du corps offraient des mouvements spasmodiques très forts ; les articulations des extrémités étaient alternativement fléchies et étendues ; les muscles de l’épine , de l’abdomen et de la queue étaient tantôt relâchés , tantôt contractés , de manière que le corps tournait sur l’un et sur l'autre côté- L’aorte abdominale fut comprimée pendant plus d’une minute, en sorte que la circulation fut arrêtée dans les membres inférieurs, ce qui n’occasionna aucune diminution dans les contractions musculaires. Une demi-heure après l’injection de l 'infusmn, on cessa l’insufflation; le cœur continua à transmettre du sang d une couleur foncée, et les contractions musculaires diminuèrent d’intensité et de fréquence. On pratiqua la ligature des vaisseaux qui sont à la base du cœur, afin de suspendre la circulation : cependant les contractions musculaires continuèrent, quoique moins fortes et moins fréquentes qu’auparavant ; enfin elles cessèrent après quelques minutes. Si les contractions des muscles volontaires, dit M. Brodie, dépendaient de l’action du sang mêlé avec l’infusion de tabac, il est raisonnable de supposer qu’elles auraient dû diminuer par la compression de l’aorte, et que sa ligature aurait dû les faire cesser. M. Brodie pense en conséquence que l’infusion de tabac agit sur le cœur au moyen du système nerveux.

(2) Cette huile avait été obtenue en distillant des feuilles de tabac à la température d’environ 80° R., et en la séparant de l’eau sur laquelle elle se trouve après la distillation.

nutes que l'insufflation fut continuée; la langue et le cerveau n’offraient aucune altération.

Expérience iic. — On injecta dans l’intestin rectum d’un chien 1 goutte de la même huile tenue en suspension à la faveur d’un mucilage dans 32 grammes 16 centigrammes d’eau. Deux minutes après , l’animal devint faible et fil de vains efforts pour vomir. Vingt-cinq minutes après, il paraissait rétabli. On renouvela l’injection : il éprouva sur-le-champ les symptômes rapportés dans l’expérience précédente, et mourut au bout de deux minutes et demie.

Mon ami M. Macartney, savant professeur à l’École de Dublin, a bien voulu me communiquer, pendant son séjour à Paris, les expériences suivantes , qu’il fit il y a quelques années et qui lui semblent prouver que la sensibilité des nerfs réside dans les extrémités des branches , et que le cerveau , qui est l’organe de la perception , ne jouit, dans l’état habituel de santé , d’aucune sensibilité.

Expérience iii°. On enleva la partie supérieure du crâne et une portion des membranes du cerveau d’un lapin. Lorsque le sang cessa de couler, on appliqua sur la surface de l’encéphale quelques gouttes d’huile empyreumatique de tabac. Demi-heure après , l’animal n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable : alors on le fit périr en mettant sur la langue 2 gouttes de la même huile.

Expérience iv°. — On introduisit dans les hémisphères du cerveau d’un autre lapin environ 60 centigrammes de ce poison , qui n’avait produit aucun effet trente minutes après. L’animal fut tué sur-le-champ par l’application de 3 gouttes de la même huile sur la langue.

Dans d’autres expériences , les animaux éprouvèrent des convulsions et moururent en peu de temps lorsque l’huile fut portée jusqu’au pont de Varole; mais ces accidents dépendaient cl’un effet mécanique, car ils avaient également lieu lorsqu’on introduisait seul l’instrument à l’aide duquel l’huile empyreumatique avait été portée d’abord.

Expérience ve. — Le nerf sciatique d’un lapin fut isolé des parties environnantes, et touché à plusieurs reprises avec ce poison : il n’en résulta aucun accident. Dans une autre expérience, ce nerf fut isolé, coupé transversalement, et chacune des extrémités fut plongée dans un petit vase de plomb contenant une certaine quantité de cette huile empyreumatique. Une heure après, l’animal n’avait éprouvé aucune incommodité, tandis qu’il fut tué sur-le-champ par l’application d’une ou de deux gouttes du poison sur la langue.

Il résulte de ces expériences que l 'huile empyreumatique du tabac n’agit pas directement sur le cerveau ni sur le tissu des nerfs, mais qu’elle porte son action sur le système nerveux d’une manière qu’il n’est pas encore facile de déterminer.

DE LA DIGITALE

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