DE L’EXTRAIT DE HICOTIAMA RUSTICA
Expérience T'e. — A midi , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit ciiien h grammes d’extrait aqueux de nicotiana ruslica. Six minutes après , l’animal a poussé des plaintes et a vomi des madères jaunâtres. A midi vingt minutes, nouveau vomissement, continuation des plaintes. Au bout de deux minutes, efforts infructueux pour vomir. A une heure, les battements du cœur étaient aussi accélérés qu’avant l’application du poison. Le lendemain , à trois heures de l’après-midi, le chien a refusé les aliments; tous ses muscles étaient affe.ctés d’un léger tremblement ; il était un peu abattu. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac était de couleur à peu près naturelle ; mais elle offrait, près du pylore , deux taches noires de la grosseur d’une forte tète d’épingle, dont le centre était ulcéré ; les poumons présentaient plusieurs taches livides contenant dans leur intérieur du sang noirâtre.
Expérience id. — On a répété la même expérience avec h grammes 30 centigrammes du même extrait. Au bout de quinze minutes , l’animal a vomi plusieurs fois, et il s’est plaint. Trente-six minutes après l’application de la substance vénéneuse , il a éprouvé des vertiges très considérables, il a été plongé dans un état d’insensibilité générale , et il est mort dix- huit heures après l’opération. Il a été impossible de découvrir la moindre trace d’altération dans le canal digestif, les poumons et le cerveau.
Il est évident que cet extrait agit de la même manière que le tabac ; mais il est moins actif.
DE LA DIGITALE
La digitale est une plante de la famille des personnées de Tournefort, de la didynamie arigiospermie de Linnée, et que Jussieu a rangée dans les scrofulaires ( voy. ma Médecine légale , planche 9). Caractères du genre. Calice persistant, à cinq divisions profondes et inégales. Corolle irrégulièrement évasée , à limbe ouvert , oblique , à quatre ou cinq lobes inégaux ; style terminé par un stigmate bifide; capsule ovoïde, acuminée , s’ouvrant en deux valves. Caractères de la digitale pourprée. Racine bisannuelle, allongée, garnie de fibrilles nombreuses; tige dressée, simple, cylindrique, tomenteuse, blanchâtre, haute de 66 centimètres à I mètre. Feuilles alternes, pétiolées, grandes , ovales , aiguës , denticulées et sinueuses sur les bords , blanchâtres et tomenteuses en dessous, d’un vert clair en dessus. Fleurs très grandes, d’un beau rouge pourpre , pédonculées , accompagnées chacune à leur base d’une bractée foliacée, formant à la partie supé-
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rieure de la tige un long épi dans lequel les fleurs sont toutes penchées et tournées d’un seul côté. Le calice est monosépale, tomenteux en dehors , profondément partagé en cinq lanières un peu inégales, lancéolées, aiguës. La corolle est monopétale, irrégulière, courtement tubuleuse à sa base , considérablement dilatée à sa partie supérieure, qui est partagée en cinq lobes irréguliers et arrondis; elle est de couleur pourpre clair, tachée en dedans de points noirs environnés d’un cercle blanc , et garnis de quelques poils longs et mous. Les étamines, au nombre de quatre, sont didynames, et appliquées contre la partie supérieure de la corolle ; les anthères sont formées de deux loges arrondies, écartées à leur partie inférieure ; les filets sont un peu aplatis et un peu courbés à leur base , vers le point où ils s’attachent à la corolle. Le pistil se compose : lnd’un ovaire central, pyramidal et terminé en pointe à son sommet; il offre deux loges contenant un grand nombre d’ovules attachés à un gros trophosperme, saillant sur le milieu de la cloison; 2° d’un style assez long, cylindrique, un peu incliné vers la partie inférieure de la corolle ; 3° d’un sligmate petit et légèrement bifide. Le fruit, qui succède à ce pistil , est une capsule ovoïde , un peu pointue , environnée à sa base par le calice, et s’ouvrant lors de sa maturité en deux valves. La digitale pourprée n’est point rare aux environs de Paris ; elle y croît dans les bois montueux, à Meudon, Versailles, Viile-d’Avray, etc. Elle est excessivement commune dans le Nivernais et dans d’autres provinces de la France , où elle couvre tous les champs. Elle fleurit en juin, juillet et août. (Rich. Bot. méd.)
Action de la digitale pourprée sur l’économie animale.
Expérience ire. — On a fait avaler à un fort chien 6 grammes de poudre de digitale. Le lendemain, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène remarquable.
Expérience iic. — A onze heures, on a introduit dans l’estomac d’un chien fort et de moyenne taille 2/i grammes de la même poudre , et on a lié l’œsophage. Au bout de deux heures, l’animal a fait des efforts pour vomir; sa bouche était écumeuse. A trois heures, il éprouvait des vertiges , poussait des cris plaintifs, se couchait sur le côté, raidissait ses pattes, et renversait un peu la lète en arrière. A six heures, il pouvait encore marcher ; mais il chancelait comme les personnes ivres de vin ; les battements du cœur étaient comme avant l’opération. Ces symptômes ont augmenté d’intensité ; l’animal s’est plaint, et a expiré dans la nuit. L’estomac contenait presque toule la poudre ingérée ; la membrane mu queuse était parsemée, dans presque toute son étendue , de taches d’un rouge vif, évidemment inflammatoires; le rectum offrait une altération analogue , mais à un degré moindre.
DE LA DIGITALE
Expérience 111e. — A une heure, on a pratiqué une incision à la partie interne cle la cuisse d’un petit chien ; on a saupoudré la plaie avec 12 grammes de poudre de digitale, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A deux heures, l’animal n’avait rien éprouvé. A quatre heures , il avait vomi, et sa bouche était pleine d’écume. A neuf heures et demie du soir, il a éprouvé des vertiges considérables , et il est mort une heure après. L’ouverture du cadavre, pratiquée le lendemain, n’a fait voir aucune lésion remarquable.
Expérience ive. — A dix heures et demie du soir, on a introduit dans l’estomac d’un carlin robuste et à jeun 8 grammes d’extrait aqueux de digitale , et on a lié l’œsophage. Le lendemain , à six heures du matin , l’animal paraissait abattu; sa démarche était libre ; il n’éprouvait point de vertiges ; le cœur offrait de cent vingt à cent vingt-cinq pulsations par minute; ces pulsations étaient fortes, égales et nullement intermittentes. A dix heures, l’abattement était augmenté; les battements du cœur persistaient à être aussi fréquents. A une heure, légers vertiges , difficulté à rester long-temps debout, accablement manifeste, même état de la circulation. On le trouva mort deux heures après. On en fit l’ouverture lorsque tous les organes étaient encore chauds : le cœur ne battait plus ; il renfermait du sang fluide et d’un rouge foncé. Les poumons, crépitants, étaient d’une couleur rougeâtre et contenaient un peu de sang. L’estomac renfermait une assez grande quantité d’un fluide brunâtre, visqueux ; la membrane muqueuse était d’un rouge vif dans presque toute son étendue, et principalement près du duodénum; l’intérieur du rectum offrait quelques taches rouges.
Expérience vc. — A une heure , on a introduit dans l’estomac d'un petit chien robuste 8 grammes d’extrait aqueux de digitale pourprée dissous dans 12 gram. d’eau , et on a lié l’œsophage. Au bout de vingt minutes, l’animal a fait des efforts pour vomir, et il a eu des déjections alvines assez abondantes ; les battements du cœur, loin d’être plus lents qu’avant l l’injection de la substance vénéneuse , étaient un peu plus fréquents et nullement intermittents. A deux heures et demie, il a eu de nouvelles déjections alvines colorées en brun par l’extrait. Seize minutes après , nou- || velle selle liquide, violents efforts de vomissement, battements du cœur réguliers et aussi fréquents. A trois heures, nouveaux efforts pour vomir, une selle liquide ; les mouvements sont libres. A huit heures , il n’y avait pas de changement dans les contractions du cœur ; la démarche de l’animal était sûre; il avait eu plusieurs fois des envies de vomir. A deux heures du matin , il a poussé quelques cris plaintifs , et l’on croit qu’il n’a pas tardé à mourir. L’estomac était distendu par des gaz ; il contenait un peu de matière liquide verdâtre ; il n'y avait aucune lésion dans le canal digestif. Les poumons étaient presque dans l’état naturel. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de sérosité; les vaisseaux extérieurs de cet organe n’étaient point gorgés.
Expérience vie. — A onze heures, on a fait une plaie sur le dos d’un petit chien , et on a mis en contact avec le tissu cellulaire l\ gr. du même
extrait : or a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Trois quarts d’heure après, l’animal a vomi. A midi qurante minutes, il ne paraissait pas malade ; les battements du cœur étaient un peu plus accélérés qu’avant l’application du poison ; ils étaient inégaux , intermittents. A une heure dix minutes, ils étaient moins forts et presque insensibles. Un quart d’heure après, l’animal se tenait bien sur ses quatre pattes, marchait librement, et il aurait été impossible de prévoir l’attaque qui suivit immédiatement. Tout-à-coup il éprouve des vertiges considérables, il pousse des cris plaintifs, marche avec rapidité latéralement et de droite à gauche, tombe lorsqu’il est arrivé près du mur du laboratoire, agite ses pattes d’une manière convulsive , renverse la tête sur le dos , et continue à se plaindre dans cet état pendant deux minutes : alors survient un état de relâchement et d’insensibilité qui dure quatre minutes , après lesquelles l’animal expire. La mort fut précédée d’un tremblement général de tous les muscles. On procéda de suite à T ouverture du cadavre. Le cœur ne battait plus ; le sang contenu dans les ventricules était fluide et d’un rouge un peu foncé dans la cavité aortique. Les poumons, peu denses, étaient crépitants , roses. Il n’y avait point d’altération dans le canal digestif.
Expérience vu'. — On a répété la même expérience avec 8 grammes d’extrait aqueux de digitale dissous dans 8 grammes d’eau : l’animal n’avait rien éprouvé au bout d’une heure et un quart. 11 a expiré quatre heures après l’opération, et il avait offert les mêmes symptômes que celui qui fait le sujet de l’expérience 6e. L’ouverture du cadavre a été faite quarante minutes après. Le cœur conservait encore beaucoup de chaleur, ne battait plus, et renfermait une assez grande quantité de sang fluide. Il n’y avait aucune altération dans le canal digestif.
Plusieurs autres animaux de la même espèce ont été soumis à des expériences de ce genre, et j’ai constamment observé les symptômes et les phénomènes cadavériques dont je viens de parler dans les deux expériences précédentes.
Expérience viiic. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très fort lx grammes d’extrait aqueux de digitale pourprée dissous dans 16 grammes d’eau. Deux minutes après , les battements du cœur étaient diminués de dix par minute. Au bout de deux minutes , l’animal a commencé à faire des efforts violents pour vomir, et il les a continués pendant trois minutes. Sept minutes après l’injection, il avait l’air étonné, conservait le libre usage de ses sens, éprouvait de légers vertiges, et marchait la tête basse; les pulsations étaient plus accélérées qu’avant l’opération. Une minute après, il est tombé sur le côté en commençant par faire la culbute en arrière; la tête s’est renversée sur le dos; les extrémités ont été agitées par quelques mouvements convulsifs, et les organes des sens sont devenus insensibles. A cet état, qui a duré deux minutes, a succédé une diminution considérable dans la violence des symptômes, et il ne subsistait plus qu’un tremblement général des muscles du tronc. Il a expiré au bout de trois minutes. On l’a ouvert sur-
DE LA DIGITALE
le-champ. Le cœur ne contenait que du sang fluide, d’un rouge vermeil dans le ventricule gauche, et noirâtre dans le ventricule droit. Les poumons étaient sains.
Expérience ixe. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 2 grammes du même extrait dissous dans 16 grammes d’eau. Le lendemain , l’animal n’avait rien éprouvé de remarquable ; il a cependant refusé les aliments. Cinq jours après l’opération , il marchait bien ; il n’avait point eu de vertiges; mais il n’avait voulu prendre aucun aliment. Il est mort dans la nuit du jour suivant. 11 n’y avait aucune lésion sensible dans le cerveau ; les vaisseaux cérébraux contenaient à peine du sang. Les lobes du poumon droit, d’une couleur violacée et d’un tissu dense, comme hépatisé , étaient gorgés de sang noir; le poumon gauche offrait çà et là des taches analogues, par leur couleur et par leur texture, à celles que j’avais remarquées sur la partie droite de cet organe. L’estomac était tapissé de bile jaune ; les membranes du canal digestif ne présentaient aucune altération.
Expérience xe. — A deux heures vingt minutes, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien 8 grammes d’extrait résineux préparé en traitant la poudre de digitale pourprée par l’alcool , et on a lié l’œsophage. A deux heures trente-huit minutes, l’animal a eu des nausées et a fait des efforts pour vomir; les battements du cœur, irréguliers, inégaux, étaient plus lents et plus intermittents qu’avant l’opération. Six minutes après , il continuait à faire des efforts de vomissement ; le cœur ne battait plus que cinquante-quatre fois par minute, taudis qu’il y avait quatrevingt-dix pulsations avant l’ingestion de la substance vénéneuse. A trois heures vingt minutes, nouveaux efforts de vomissement; nul changement dans les battements du cœur. A cinq heures, l’animal marchait librement; il n’y avait point d’accélération dans le pouls; les envies de vomir persistaient toujours. On m’a rapporté qu’il était mort à sept heures et demie du même jour. L’ouverture du cadavre, pratiquée le lendemain, n’a rien fait voir dans les poumons ni dans le canal digestif.
Expérience xi‘. — A dix heures quarante minutes, on a recommencé la même expérience sur un petit chien robuste , dont le cœur offrait de quatre-vingt-dix à quatre-vingt-quatorze pulsations par minute. A une heure et demie, la circulation était évidemment troublée ; les battements du cœur, aussi fréquents qu’avant l’opération, étaient inégaux, tantôt forts, tantôt faibles, et offraient des intermittences très marquées. A deux heures un quart, l’animal était couché sur le côté et conservait l’usage de ses sens ; cependant il éprouvait de légers vertiges, et il ne pouvait marcher sans chanceler ; sa respiration n’était pas gênée ; il n’y avait aucun changement dans les battements du cœur. A trois heures un quart, on l’a mis sur ses pattes: sur-le-champ il a fléchi les postérieures, abaissé la tête presque jusqu’au sol, l’a redressée aussitôt après, et a cherché à marcher en avant en suivant une ligne droite. A peine avait-il fait deux pas qu'il a fléchi les extrémités antérieures et est tombé sur le ventre. Ces mouvements alternatifs dans les pattes postérieures, dans
DES POISOiNS NARCOTICO-ACRES.
les antérieures et dans la tête se sont renouvelés trois fois de suite. Enfin, à trois lieures dix-sept minutes, l’animal a expiré dans un état de grande insensibilité et d’immobilité. On l’a ouvert sur-le-champ. Les membres n’offraient aucune roideur ; les pupilles étaient excessivement dilatées ; le cœur ne battait plus; le sang contenu dans le ventricule gauche était d’un rouge vif et fluide; le ventricule droit était presque vide; les gros vaisseaux du thorax, lésés en ouvrant cette cavité, ont permis au sang de s’épancher, et on a trouvé, au côté droit des vertèbres dorsales, un gros caillot noirâtre et très chaud. Les poumons étaient crépitants , et ne contenaient qu’une petite quantité de sang.
Expérience xiT'. — On a fait une plaie sur le dos d’un petit chien; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 8 grammes d’extrait résineux de digitale , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de vingt minutes , l’animal a vomi des matières alimentaires, et il a fait plusieurs fois des efforts pendant les cinq minutes qui ont suivi ; il n’y avait aucun changement dans les battements du cœur. Quarante-trois minutes après l’application du poison , les pupilles étaient très dilatées et la marche un peu chancelante ; il a eu une selle liquide très abondante. Quatre minutes après, les vertiges s’étaient tellement accrus, qu’il a fléchi ses pattes de derrière , est tombé subitement sur le côté , a poussé quelques cris légers, et paraissait mort. Dans cet état, il a rejeté une petite quantité d’urine ; il offrait un tremblement général des muscles de l'abdomen et quelques soubresauts des tendons de l’extrémité antérieure droite ; les organes des sens n’exerçaient plus leurs fonctions. Il a expiré deux minutes après. On l’a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne battait plus; le sangcontenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge vif; celui du ventricule droit était tout coagulé et noir. Les poumons, d’une couleur 1 ose, paraissaient être dans l’état naturel. Le canal digestif n’offrait aucune altération.
Expérience xiiic. — A deux heures et demie , on a répété la même expérience sur un carlin de moyenne taille. A trois heures vingt minutes , vomissement de matières alimentaires ; point de ralentissement dans la circulation. Deux minutes après , nouveaux vomissements suivis d’efforts infructueux et souvent réitérés. A trois heures et demie , diminution de quinze pulsations par minute dans les mouvements du cœur; inégalité, intermittence marquées. Dix minutes après, accélération dans la circulation ; pulsations plus fréquentes qu’avant l’application du poison ; respiration un peu gênée. Trois quarts d’heure après, vertiges, chute, et autres symptômes analogues à ceux de l’expérience précédente. Mort à quatre heures vingt-sept minutes. Ouverture du cadavre faite sur-lechamp ; cœur ne se contractant pfus; sang contenu dans le ventricule droit entièrement coagulé.
Expérience xivc. — A onze heures , on a mis en contact avec le tissu cellulaire du dos d’un petit chien robuste k grammes du même extrait, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. .A midi un quart il a yomi , et il est mort à midi et demi , sans qu’on ait pu
DE LA DIGITALE
l’observer. On l’a ouvert dix minutes après. Il n’y avait plus de mouvement dans le cœur; le sang renfermé dans le ventricule droit , en partie fluide, offrait quelques caillots assez volumineux et noirâtres; celui du ventricule gauche était fluide et d’un rouge un peu moins vif qu’il ne l’est ordinairement. Les poumons étaient roses , peu crépitants.
Expérience xvc. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 1 gramme d’extrait résineux de digitale suspendu dans 16 grammes d’eau. Sur-le-champ l’animal a éprouvé des vertiges ; il a fait quelques pas , est tombé, s’est relevé , et a continué à marcher en chancelant. Une minute après l’injection , les battements du cœur étaient un peu ralentis ; mais, quelques instants après, ils sont devenus aussi fréquents qu’avant l’opération. Au bout de cinq minutes , ils conservaient leur fréquence , et la démarche était plus chancelante. Deux minutes après, on ne sentait plus de pulsations; l’animal est tombé sur le côté, la tète s’est renversée sur le dos , et il a éprouvé des mouvements convulsifs dans les pattes. Cet état a duré pendant quatre minutes, après lesquelles il a poussé quelques cris plaintifs ; tous ses muscles tremblotaient , et il a expiré. On l’a ouvert dans le même instant. Le cœur ne battait plus ; le sang des deux ventricules était fluide; celui que contenait la cavité aortique était rouge. Les poumons, crépitants, étaient ridés et ne renfermaient presque pas de sang ; la langue et les gencives étaient pâles.
Expérience xvi‘. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 50 centigrammes du même extrait suspendu dans 14 grammes d’eau. Quatre minutes après, l’animal a vomi , a eu une selle liquide, a éprouvé des vertiges qui sont devenus de plus en plus forts, au point que deux minutes après il est tombé sur le côté, a poussé quelques cris plaintifs, et a écarté ses pattes en les agitant d’une manière convulsive ; sa bouche était béante et sa tète renversée sur le dos. Il a expiré huit minutes après l’injection. On n’avait remarqué aucun changement dans les battements du cœur. L’ouverture du cadavre a été faite sur-le-champ. Le cœur ne se contractait plus; le sang était fluide, et d’un rouge un peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons ne présentaient pas d’altération sensible.
Expérience xvii'. — A huit heures ei demie, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien 32 grammes de teinture de digitale pourprée préparée avec de l’eau de-vie à 24 degrés et de la poudre de cette plante : on a lié l’œsopbag \ Au bout de cinq minutes , l’animal était dans un état de stupeur remarquable, il avait des vertiges, et ne pouvait faire deux pas sans tomber; les battements du cœur n’étaient pas ralentis. A neuf heures, il se tenait couché sur le côté, il se plaignait de temps en temps ; la stupeur avait augmenté ; les battements du cœur étaient fréquents, irréguliers, inégaux; ses inspirations étaient rares, mais excessivement profondes; les yeux peu sensibles à la lumière, les pupilles un peu dilatées et il n’avait eu aucune envie de vomir. A une heure et demie, tremblement convulsif des muscles des extrémités , même état de stupeur, impossibilité de se tenir debout, plaintes par intervalles, battements du cœur fréquents. A dix
/il 6
heures du soir, même élat. Il est mort le lendemain à quatre heures du malin. La membrane muqueuse de l’estomac offrait plusieurs plaques d’un rouge foncé; près du pylore, on voyait quelques bandes longitudinales d’un rouge noirâtre , dont la couleur dépendait d’une certaine quantité de sang extravasé entre cette membrane et la tunique sous-jacente : celle-ci n’offrait point d’altération ; le duodénum présentait une lésion analogue à celle de l’estomac ; il y avait vers la fin du colon , dans l’espace de quatre travers de doigt et à sa partie interne , une rougeur très intense qui s’étendait jusqu’à la membrane musculeuse sous-jacente ; le reste du canal intestinal paraissait peu altéré.
Expérience xvme. — On a versé 200 grammes d’eau-de-vie à 2Zi degrés sur ffO grammes de poudre de digitale pourprée. Au bout de quatre jours de digestion , on a filtré et on a fait évaporer le liquide en ajoutant de l’eau à mesure que l’alcool se réduisait en vapeur. A dix heures , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien 132 grammes du liquide résultant, qui était complètement débarrassé de la partie spiritueuse : on a lié l’œsophage. Douze minutes après , l’animal a fait des efforts pour vomir; sa démarche commençait à être vacillante; les battements du cœur étaient comme avant l’opération , les paupières pesantes comme lorsqu’on est un peu assoupi. A trois heures, la stupéfaction était portée un peu plus loin. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac offrait , dans les deux tiers qui avoisinent le pylore, quelques petites taches d’un rouge assez vif, séparées par des intervalles non altérés. Les poumons et le canal intestinal ne présentaient pas de lésion sensible (1).
Expérience xixc. — M. Brodie , pendant mon séjour à Londres , a bien voulu me communiquer le fait suivant, qui a le plus grand rapport avec ceux que je viens de faire connaître. Il injecta dans l’estomac d’un jeune chien 16 grammes de teinture de digitale, dont l’alcool avait été préalablement évaporé, comme il a été indiqué dans l’expérience précédente. Une demi-heure après , voyant que celte dose était sans action , il introduisit de nouveau dans l’estomac 8 grammes de la même liqueur. Au bout de dix minutes , le pouls était tombé de cent cinquante à cent vingt pulsations par minute, et l’animal éprouvait un tremblement analogue à celui que l’on remarque dans l’accès des fièvres intermittentes. Ce frisson dura pendant vingt minutes , après lesquelles le pouls donna de. nouveau cent cinquante pulsations par minute. Bientôt après, il vomit beaucoup et eut des déjections alvines, qui se renouvelèrent plusieurs fois pendant les deux heures qui suivirent l’ingestion du poison. Le len demain , l’animal était parfaitement rétabli.
Observation lre. — M. Bidault de Villiers dit: «J’ai mâché une forte pincée de poudre de feuilles de digitale que j’avais desséchées moi-
(1) il est évident que la plupart des symptômes et des lésions mentionnés dans l’expérience 17e tenaient à l’eau-de-vie dans laquelle la digitale était dissoute (voyez Alcool).
I)E LA DIGITALE
un
même avec soin, et que je conservais depuis quelque temps. Elle m’a d’abord offert une saveur nauséabonde et herbacée; ensuite je l’ai trouvée fortement amère, et cette amertume m’a fait rendre une assi z grande quantité de salive, dont l’excrétion a persisté quelque temps après que j’ai eu rejeté cette poudre que j’avais triturée sans mélange dans ma bouche. Ce n’est que lorsque la sensation d’amertume a été totalement dissipée que j’ai cru m’apercevoir d’un sentiment léger d’âcrelé dans le gosier. Elle m’a causé aussi une espèce d’envie de vomir, ou plutôt un faible soulèvement de cœur, et de la sécheresse dans la bouche (1). »
Observation 2e. — Un individu faible, et atteint d’anasarque et d’hydrothorax, avala par mégarde quatre ou cinq fois autant de digitale qu’on lui en avait ordonné, il eut des nausées qui augmentèrent si fort le lendemain matin , qu’il rejetait un peu de bile toutes les cinq ou dix minutes, après avoir fait les plus violents efforts pour vomir. Le docteur Beddoès, rapporteur de ce fait , effrayé de ce qu’il avait déjà vu mourir un homme très robuste qui avait pris la même infusion, fit administrer 15 centigrammes d’opium en deux doses, à une heure d’intervalle l’une de l’autre, après lesquelles il prescrivit toutes les heures 15 gouttes de teinture thébaïque dans du vin de Porto , à prendre jusqu’à ce qu’il s’endormît. Le lendemain matin , les vomissements étaient moins fréquents; ils ne se manifestaient que de demi-heure en demi-heure , et, quelquefois au bout d’une heure ; le malade dormait entre chaque accès, et se réveillait toujours avec des nausées. On ordonna 60 gouttes de teinture d’opium en lavement, 1 gramme 30 centigrammes de poudre d’ipécacuanha composée , à prendre en trois doses et sous forme pilulaire, enfin , de l’extrait de ciguë dans les intervalles de deux heures qui devaient séparer chaque dose. Le soir, on donna de nouveau un lavement. Il transpira abondamment pendant la nuit, et s’éveilla toujours avec des nausées; les vomissements, moins fréquents, étaient quelquefois accompagnés de hoquets. Le jour suivant, il ne vomit plus de bile , et il paraissait être sous l’influence de l’opium. Le lendemain , il but de l’eau panée sans inconvénient, et il n’eut point de malaise; l’appétit revint, et il buvait presque une demi-bouteille de vin par jour. On lui administra pendant huit jours du quinquina en substance avec des aromatiques; le gonflement des pieds, qui s’était déclaré depuis quelques jours, surtout vers le soir, disparut, et l’individu fut parfaitement rétabli (2).
Observation 3e. — Un homme de cinquante-cinq ans, atteint d’asthme humide , prit, au lieu de 5 centigrammes de feuilles de digitale en poudre, qui lui avaient été ordonnés, h grammes environ de ce médicament. Une heure après, il mangea une soupe; mais il la vomit aussitôt. Les vomissements continuèrent; il s’y joignit des vertiges, des éblouissements; le malade ne pouvait ni se tenir debout ni distinguer les objets.
(f) Essai sur les propriétés médicales de la digitale pourprée, 3' édit., p. 45. Paris, 1812.
j (2) Th. Bkdüoes, Medical Facts and Observations, vol. v.
Une infusion éthérée de fleurs de mélisse lui fut prescrite ; mais il n’en prit que peu. Durant toute cette journée, les elforts de vomissements se renouvelèrent, et lui firent rendre assez abondamment des matières muqueuses et bilieuses ; ils furent violents , accompagnés de beaucoup de malaise et de douleurs abdominales , que diminua l’administration de deux lavements émollients. Us persistèrent encore la nuit et le jour suivant; le malade était très abattu, avait le pouls lent et peu régulier; il prit du lait coupé et une potion laudanisée. Le jour suivant, il n’y eut qu’un seul vomissement ; le malade se plaignait toujours du ventre ; son pouls était lent, mais assez régulier; il rendit des crachats épais et blanchâtres : on ajouta de l’eau de cannelle dans la potion. L’infusion aromatique fut continuée , on donna du bouillon et du vin. Le quatrième jour, même état de faiblesse , mais pas de vomissement ; expectoration très abondante. Le cinquième jour, le pouls était encore lent , les douleurs en partie calmées ; l’asthme était sensiblement amélioré. La faiblesse et la lenteur du pouls persévérèrent les deux jours suivants ; mais le huitième , cette dernière diminua, et elle disparut complètement le neuvième. A cette époque, la vision était encore confuse; le feu paraissait de couleur bleue au malade , etc. ; ce ne fut que vers le quatorzième jour que ces phénomènes disparurent, et que l’appétit commença à renaître. Enfin, vers le vingt-unième jour, le temps étant devenu très humide, la toux et la dyspnée, qui avaient éprouvé une grande diminution par l’effet de l’accident, reprirent de l’activité. (Observation de M. Bidault de Villiers, Journal de médecine, chirurgie et pharmacie , novembre 1817.)
Observation Ae. — M. Sanders, auteur d’une monographie sur la digitale, dit : « En santé , chaque petite dose de digitale augmente la force et la fréquence du pouls, produit même la fièvre inflammatoire, si on l’augmente ôu si on en continue l’usage. En maladie, les effets primitifs sont également les mêmes; mais on observe de plus son influence sur l’affection , sur l’état contre nature ; elle vivifie , pour ainsi dire , les surfaces ulcérées, saignantes, blafardes, facilite l’absorption des fluides épanchés ou prévient leur épanchement , fortifie les mouvements volontaires , active la digestion , augmente les évacuations par la peau et les organes urinaires , rend le pouls insensiblement fébrile , l’élève de soixante-dix à quatre-vingt-dix pulsations en peu de temps , même de cent vingt à cent trente ou de cent trente à cent cinquante , si le médecin ne sait pas s’arrêter; enfin , la digitale donne au moral ce caractère particulier qui tient au retour des forces. Voilà les bons effets. Mais l’abus, l’imprudence dans son emploi, entraînent le dérangement des fonctions de l’estomac , les vomissements, les vertiges, l’insomnie , la chaleur, des battements violents des vaisseaux de la tête, des douleurs dans différentes parties du corps, etc. Quoiqu’on renonce à la digitale, les symptômes fébriles n’en continuent pas moins pendant quatre ou cinq jours avec la même intensité. En général , cependant , au bout de vingt-quatre heures , et souvent plus tôt , le pouls tombe de cent vingt à cent dix et à cent pulsations irrégulières. Quant à leur force et à leur fréquence, il
DE LA DIGITALE
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baisse encore davantage; il y a tristesse , nausées , oppression précordiale, vomissements qui ne soulagent pas le malade , salivation, diarrhée, sécrétion abondante d’une urine limpide, moiteur gluante delà peau , sueur même abondante , figure pâle , expression du désespoir. Encore deux, trois ou quatre heures, et les symptômes violents diminuent; le pouls, loin de s’élever immédiatement après le calme, descend, au contraire, en peu de jours jusqu’à cinquante, quarante, trente pulsations, et même plus bas. Ce développement des forces du système sanguin, et la diminution consécutive, varient selon la quantité du remède, la susceptibilité de l’individu, le tempérament plus ou moins disposé à la fièvre inflammatoire, selon que le malade est actuellement affecté d’une inflammation locale, que des parties saines ou ulcérées tendent à une suppuration louable : alors l’action de la digitale et celle de la maladie se compliquent ; elles ont plus de violence (1). »
Les faits qui précèdent me permettent de conclure , 1° que la poudre de digitale , ses extraits aqueux et résineux , et sa teinture , doivent être regardés comme des poisons énergiques à une certaine dose ; 2° que l’extrait résineux est doué de propriétés vénéneuses plus actives que l’extrait aqueux, et que la poudre est moins forte que ce dernier ; 3° que l’action des extraits est vive et rapide lorsqu’on les injecte dans la veine jugulaire; qu’elle l’est moins quand on les applique sur le tissu cellulaire , et beaucoup moins encore lorsqu’on les introduit dans l’estomac , et qu’on empêche le vomissement ; 4° que toutes ces préparations commencent par agir comme émétiques ; 5° que leurs effets sur les organes de la circulation varient suivant ta nature et la disposition des individus : tantôt on n’observe aucun changement dans la manière dont cette fonction s’opère; tantôt les battements du cœur sont ralentis ; assez souvent ils sont accélérés, forts, inégaux, intermittents (2); 6° que l’extrait résineux paraît
(1) An inquiry concerning digitalis or fox ÿ/oee. Edimbourg, 1808, ou E 'usais sur la digitule pourprée, par Sanders , traduit par F. G. Murat. Paris, 1815, p. 61. Les faits consignés dans cet opuscule sont d’autant plus précieux qu’ils ont été recueillis chez l’homme.
(2) Je prévois une objection qui pourra m’être faite, savoir, que ta digitale ralentit les mouvements du cœur chez l’homme. Je ne puis pas admettre celle assertion d’une manière aussi absolue : en effet, j’ai pris tous les jours, pendant un mois, depuis 20 centigrammes jusqu’à 1 gramme de ce végétal réduit en poudre; je n'ai jamais observé la moindre diminution dans les battements du cœur, ce qui se trouve parfaitement d’accord avec un nombre infini d’observations rapportées par M. Sanders. Combien de fois n’a-t-on pas vu dans les hôpitaux l’administration de cette poudre ou de sa teinture augmenter la fièvre, déterminer une grande chaleur dans la poitrine et un crachement de sang ! La digitale parait agir comme un puissant sédatif du cœur et du système nerveux quand elle est introduite dans un estomac sain ; si, au contraire, cet organe est affecté de phlegmasie aiguë ou chronique, elle détermine des phénomènes opposés.
DES POISONS NARCOTfCO-ACRES.
agir spécialement sur le cœur ou le sang , puisque ce fluide se trouve constamment coagulé immédiatement après la mort , lorsque l’extrait a été appliqué sur le tissu cellulaire ou introduit dans l’estomac ; 7° qu’indépendamment de ces phénomènes, la digitale et ses préparations agissent sur le cerveau après avoir éié absorbées, et produisent une sorte de stupéfaction instantanée, qui ne laide pas à être suivie de la mort; 8° que la poudre de ce végétal détermine une irritation locale capable de développer une inflammation assez intense ; 9° que toutes les observations s’accordent pour établir que la digitale agit sur l’homme comme sur les chiens. Tout porte à croire que la digitale doit , en grande partie du moins , ses propriétés vénéneuses à un principe particulier ; déjà quelques chimistes ont annoncé avoir retiré ce principe, qu’ils ont désigné sous le nom de digitaline; mais de nouvelles recherches sont encore nécessaires pour mettre l’existence de cet alcali hors de doute.
Traitement. (Voyez p. 3à5.)
»E LA CONÎCIME.
La conicine est le principe actif du conium macula tum; on la retire particulièrement des semences. Elle est sous forme d’un liquide huileux, jaunâtre, plus léger que l’eau, d’une odeur forte et pénétrante, qui rappelle à la fois celle de la ciguë, du tabac et de la souris; sa saveur est très âcre et corrosive; son alcalinité est tr.s développée. Mise dans le vide , en présence de corps très avides d’eau , la conicine se volatilise en partie , et laisse pour résidu un enduit rougeâtre, poisseux, très âcre, qui paraît être la conicine anhydre. La vapeur de la conicine est inflammable, et donne lieu à des vapeurs blanches lorsqu’elle est en contact avec un tube imprégné d’acide chlorhydrique. Elle est à peine soluble dans l’eau , et très soluble dans l’alcool , dans l’éther et dans les acides ; ceux-ci la saturent et donnent des sels; pendant la saturation, les liqueurs prennent une teinte vertebleuâtre, qui passe plus tard au rouge brun. Elle fournit avec l’acide iodique un précipité blanc abondant, analogue à celui que l’on obtient avec la quinine, la cinchonine, la strychnine et la brucine.
Les sels de conicine évaporés , soit dans le vide , soit à l’air libre, perdent une partie de leur base ; ils sont déliquescents, solubles dans l’eau et dans l’alcool. Le solutum aqueux forme , avec le tannin pur, un précipité blanc caséiforme très volumineux , soluble dans l’alcool à 30 degrés. Le sulfate, le phosphate, l’azotate et l’oxalate de conicine, cristallisent eu prismes d’un assez grand volume. La conicine a été découverte par Giesecke et Geiger, et étudiée depuis par MM. Bou-