DE I.A GRANDE GIGUE
tron-Charlard et 0. Henry. ( Journal de chimie médicale, année 1836. )
Action sur l’économie animale.
Il résulte des expériences intéressantes du docteur Christison, 1" que la conicine est un poison d’une activité extraordinaire , à peine inférieure à celle de l’acide cyanhydrique: deux gouttes appliquées sur une blessure ou sur l’œil d’un chien, d’un lapin ou d’un chat, occasionnent souvent la mort en moins de quatre-vingt dix secondes, et la même quantité, injectée sous forme de chlorhydrate dans la veine fémorale d’un chien, l’a tué en trois secondes au plus; 2" que son activité est plutôt augmentée qu’atténuée par sa combinaison avec les acides, notamment avec l’acide chlorhydrique; 3" qu’elle ne produit pas de coma , soit qu’on l’administre libre ou à l’état de sel ; 4° qu’elle n’agit en aucune façon sur le cœur; 5° qu’elle possède une action locale irritante, et que ses effets consécutifs consistent uniquement dans la production d’une paralysie qui se développe promptement dans le système musculaire, et qui a toujours une terminaison fatale par suite de la paralysie des muscles de la respiration.
Traitement de l’empoisonnement.
Suivant M. Christison , le moyen le plus efficace à opposer à cet empoisonnement consiste à faire respirer le malade artificiellement ; du moins il a vu , dans une de ses expériences , que le cœur était maintenu pendant long-temps dans un état d’action énergique en insufflant artificiellement les poumons. (./. de Ch. méd. , année 1836, p. 461.)
SE IiA GH.ANBE CIGTJE (Conium maculatum).
Le conium est un genre de la famille des ombellifères de Jussieu , et de la pentandrie digynie de Linnée. (Voyez ma Médecine légale , planche 10.) Caractères du genre. L’ovaire est infère , le limbe du calice entier ; les cinq pétales inégaux , obeordés ; le fruit est globuleux , comme didyme; chaque moitié latérale est relevée de cinq côtes longitudinales tuberculeuses. Les fleurs sont blanches; l’involucre se compose de quatre à huit folioles réfléchies; les involucelles sont formés d’une seule foliole large , trifide , dirigée du côté externe des ombellules. Caractères de la grande ciguë ( cicuta major , Lam. , Fl. fr. ni, p. 1041. Conium maculatum, L. , sp. 349). Racine bisannuelle , allongée , fusiforme , blanche et un peu rameuse , de la grosseur du doigt indicateur. Tige herbacée , dressée , très rameuse ,
glabre, cylindrique, striée , offrant des taches d’une couleur pourpre foncée, liante de 1 à 2 mètres, fisluleuse. Feuilles alternes, sessiles, très grandes , tripinnées , à folioles ovales, lancéolées, incisées et denliculées; les plus inférieures presque pinnatifides, d’une couleur verte foncée, un peu luisante en dessus. Fleurs blanches, petites, ombellées; ombelles composées d’environ dix à douze rayons, à la base desquels on trouve un involucre régulier de quatre à huit petites folioles réfléchies, lancéolées, aiguës, étroites; ombellules accompagnées d’un involucelle formé d’une seule foliole étalée, tournée en dehors, large et profondément trifide. Ovaire infère, globuleux, strié, rugueux, biloculaire. Limbe du calice formant un petit bourrelet circulaire entier. Corolle de cinq pétales étalés, un peu inégaux , obcordiformes. Cinq étamines alternes avec les pétales, un peu plus longues qu’eux ; fdets subulés ; anthères globuleuses , à deux loges blanchâtres. Le sommet de l’ovaire est surmonté d’un disque épigyne blanchâtre , à deux lobes un peu aplatis , qui se confondent avec deux styles très courts , divergents , terminés chacun par un petit stigmate globuleux. Le fruit est presque globuleux et comme didyme , offrant, sur chaque moitié latérale , cinq côtes saillantes et tuberculeuses. La grande ciguë croît dans les lieux incultes, le long des fossés, dans les décombres. Elle fleurit au mois de juin. (Rich. , Bot. mèd.)
Elle doit ses propriétés vénéneuses surtout à la conicine.
Action de la grande ciguë sur l’économie animale.
Expérience lre. — On a fait avaler à un petit chien robuste 6 grammes de poudre de ciguë. Quatre heures après , l’animal a eu une selle. Le lendemain , il se portait à merveille.
Expérience ip. — On a introduit dans l’estomac d’un petit çhien 16 grammes de la même poudre , et on a lié l’œsophage. L’animal est mort au commencement du sixième jour, sans avoir éprouvé de symptôme remarquable. A l’ouverture du cadavre, on a trouvé les organes sans altération marquée. Nul doute que cet animal n’ait succombé à l’opération.
Cette expérience a été répétée à midi sur un chien de moyenne taille , avec 32 grammes de la même poudre. Sept heures après , l’animal ne paraissait pas malade. Le lendemain , à midi, il marchait librement et ne poussait aucune plainte. Il ne paraissait pas plus mal le jour suivant, à une heure. Le lendemain , il pouvait marcher librement; mais il commençait à se plaindre, et se tenaii ordinairement couché sur le côté; les pupilles n’étaient pas plus dilatées que dans l’état naturel ; les inspirations étaient profondes et rares ; il voyait et il entendait bien. Il est mort dans la nuit. On l’a ouvert le lendemain , à sept heures du matin.