‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 106 sur 172 · DE LA CICUT AIRE · texte numérisé non relu

DE LA CICUT AIRE

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fourni des résultats analogues. En général, on a remarqué que la démarche était vacillante peu de temps après l’ingestion de la substance vénéneuse , que les animaux étaient abattus ou agités, et que leur tête tremblait; quelque temps après, ils éprouvaient de la soif, une éructation fréquente , ils salivaient, rendaient une écume verdâtre, symptômes qui ne tardaient pas à être suivis de vomissements, de diarrhée, d’énurésie et de convulsions plus ou moins violentes. Parmi les animaux soumis à ces expériences, il y en a un très petit nombre qui n’ont éprouvé aucun accident. Chez ceux qui succombaient , le canal digestif étant enflammé , corrodé, quelquefois gangrené ; les cavités du cœur étaient remplies d’un sang tantôt fluide, tantôt concret; les poumons, souvent infiltrés et gorgés de sang, paraissaient enflammés ; il en était de même du foie ; les ventricules du cerveau semblaient contenir un peu de sérosité ; les vaisseaux du cerveau étaient distendus par du sang noir (1).

Observation 1". — Mœder, âgé de six ans, accompagné d’un enfant de huit ans et de six petites filles, mangea de la racine de ciguë aquatique qu’il prit pour du panais. Peu de temps après , il éprouva des anxiétés précordiates ,. proféra quelques mots, se coucha par terre et urina avec beaucoup de force ; bientôt après, il fut en proie à des mouvements convulsifs horribles, perdit l’usage des sens et serra fortement la bouche ; il grinçait les dents , tournait les yeux d’une manière surprenante, et rendait: du sang par les oreilles : il avait souvent le hoquet; il cherchait à vomir sans pouvoir ouvrir la bouche; il éprouvait de vives douleurs dans les articulations; sa tête était souvent portée en arrière, et tout le dos tellement arqué qu’un petit enfant aurait pu se glisser sans danger en dessous dans l’espace formé par le dos et la litière. Les convulsions ayant cessé, il implora les secours de sa mère ; quelque moyen que l’on mît en usage , il fut impossible de l’exciter ; les forces diminuèrent , et il expira environ une demi-heure après l’invusion des symptômes. L’abdomen et la face se tuméfièrent après la mort ; on apercevait un peu de lividité près des yeux ; il s’écoula de la bouche une très grande quantité d’écume verte qui reparaissait à mesure qu’on l’enlevait. Parmi les autres enfants, qui avaient également mangé des racines de cette plante, les six petites filles éprouvèrent des accidents et guérirent ; mais l’enfant de huit ans, qui en avait pris une assez grande quantité, périt (2).

Observation 2°. — En consultant les autres observations données par Wepfer dans les àliscellanea curiosa, celles de Schweitcke ., Niedlinus, etc., on verra que l’on a observé les symptômes suivants : « Éblouissements, obscurcissement de la vue, vertiges, céphalalgie quelquefois aiguë et déchirante, démarche vacillante, agitation, anxiété précordiale , cardialgie, sécheresse de la gorge, soif ardente, éructation, vomissements de matières verdâtres avec fragments de racines, respiration fréquente,

(lj Wepjtkr , Cicuiœ aqualicœ Illuvia emoxœ, p. 136-176, ann. 1679.

(2) Wepfer, ouvrage cité, p. 6-9.

IMiS POISONS NAKCOTIC.O-ACRIÏS.

entrecoupée ; serrement tétanique des mâchoires, lipothymies quelquefois suivies d’un état léthargique, avec refroidissement des extrémités; d’autres fois, un délire furieux ou des attaques d’épilepsie plus ou moins rapprochées, surtout chez les enfants et les jeunes filles, et souvent alors elles se sont terminées par la mort Dans une ou deux circonstances seulement, on a observé un gonflement de la face avec saillie des yeux. Les accidents les plus graves du système nerveux se sont toujours manifestés d’autant plus rapidement que la quantité de la racine avalée avait été plus considérable, à moins cependant qu’une partie n’eût été promptement rejetée par les vomissements. » (Guersant, Dictionnaire des sciences médicales , article Ciguë.)

Observation 3e. — Quatre enfants ayant mangé de la ciguë ( cicula virosa ) qui croissait sur le bord d’un ruisseau , trois moururent bientôt après, au milieu des convulsions, et l’on ne parvint à sauver que le quatrième, âgé de huit ans, auquel un vomitif fut administré à temps. Ouverture du cadavre d’une petite fille de cinq ans (1). Les membres pectoraux étaient flexibles, les abdominaux roides , les ongles bleus, les doigts couverts de taches rougeâtres, les cheveux adhérents à la peau du crâne, les yeux tout-à-fait troublés, affaissés, et les pupilles légèrement dilatées. On découvrait quelques petits vaisseaux sanguins sur la conjonctive. Les lèvres étaient bleues et la pointe de la langue aplatie entre les dents.

Les poumons, d’ailleurs sains, d’un bleu rougeâtre, étaient parsemés çà et là d’un rouge de cinabre, dont la couleur s’étendait à 6 ou 7 millimètres de profondeur dans la substance de l’organe; on n'apercevait nulle part de taches ni de points d’un noir foncé à la surface de ce viscère ; il contenait beaucoup de sang d’une teinte très foncée , et les veines pulmonaires étaient fortement distendues, comme en général tous les vaisseaux de la poitrine. La plèvre costale elle-même était parsemée d’un lacis vasculaire gorgé de sang. Le péricarde ne contenait pas de sérosité ; le cœur n’était pas flasque ; le ventricule et l’oreillette du côté droit contenaient beaucoup de sang en partie fluide , mais fort épais, en partie aussi coagulé; les cavités gauches ne renfermaient qu’une faible quantité de sang, présentant le même aspect. L’estomac et le canal intestinal étaient distendus par des gaz; à la face externe de l’estomac, qui était vide, il y avait bien quelques petits vaisseaux remplis de sang, mais on n’v découvrait pas de taches fortement enflammées, et les vaisseaux coronaires n’étaient point non plus très distendus; la membrane muqueuse était couverte presque partout de taches brunâtres que le frottement effaçait, laissant à la substance de l’organe une apparence gangréneuse ; les environs du cardia et du pylore étaient rouges. L’apparence de l’intestin grêle était la même à l’extérieur que celle de l’estoinac ; on n’y remarquait point de taches inflammatoires ou gangréneuses;

(I) Voyez les détails de l’ouverture des deux autres cadavres dans le Journal complémentaire des Sciences médicales, tom. xvw , p. 361.

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