DE LA PETITE CIGUË
à l’intérieur, il n’y avait aucune trace de rougeur. Le foie avait sa couleur naturelle: seulement il était un peu enflammé sur le bord de son lobe droit , et sa face inférieure présentait une tache de 6 centimètres d’étendue, qui était plus brune que le reste de sa surface. La vésicule du fiel contenait une bile jaunâtre. Le reste était dans l’état normal. Les reins offraient beaucoup de sang, et un peu d’urine s’écoulait des bassinets. Il y avait une petite quantité de sérosité dans la cavité abdominale. La surface de la langue était fort rouge en arrière, et couverte en cet endroit de glandes très gonflées et très rouges. L’épiglotte et le pharynx étaient rouges; il n’y avait point de traces d’inflammation dans l’œsophage. La trachée-artère contenait beaucoup de mucosités ; elle était légèrement enflammée jusqu’auprès de sa bifurcation. Les vaisseaux et les sinus du crâne et de l’encéphale étaient gorgés de sang foncé en couleur. Les ventricules latéraux ne contenaient pas de sérosité. Ces diverses lésions annoncent une apoplexie mortelle. Comme l’enfant avait beaucoup vomi avant de mourir, on conçoit que l’estomac fût vide, et qu’on n’ait trouvé aucune parcelle de ciguë, ni dans ce viscère ni dans l’intestin. (Observation du docteur Mertzdorf , Journal des sciences médicales, t. xvii, p. 361.)
Il résulte des faits qui précèdent que la ciguë vireuse ou aquatique exerce sur l’homme et sur les chiens une action analogue à celle de la grande ciguë , mais plus énergique.
Traitement. (Yoy.p. 345.)
DE l'ÆTHUSA.
VÆthusa est un genre de la famille desombellifères de Jussieu et de la pentandrie digynie de Linnée. (Voy. pl. 12 de mon Traité de Médecine légale.) Caractères du genre. Le caractère distinctif de ce genre d’avec la ciguë est d’offrir un fruit dont les côtes sont lisses au lieu d’être tuberculeuses. Le limbe de son calice est subquinquédenté; les pétales inégaux , blancs et obcordés; le fruit globuleux, offrant dix stries lisses. L’involucre manque souvent, ou se compose d’une à deux folioles; les involucelles sont formés de quatre à cinq folioles linéaires , allongées , rabattues et pendantes d’un seul côté. Caractères de V œlhusa cynapium, Linn. , sp. 367. Racine annuelle , fusiforme , terminée en pointe très longue , blanche , donnant naissance à des ramifications latérales grêles. Tige dressée , rameuse, cylindrique, fistuleuse , lisse , glabre , glauque, souvent rougeâtre dans sa partie inférieure , haute de 1 mètre à 1 mètre 50 centimètres , à rameaux courts et peu étalés. Feuilles alternes , sessiles , bi ou trioinnées, à segments très aigus, incisés et dentés, d’un vert foncé, uisantes en dessous. Fleurs blanches , disposées en ombelles planes,
composées d’environ une vingtaine de rayons inégaux ; ceux de la circonférence plus longs que ceux du centre. Point d’involucre. Involucelles de quatre à cinq folioles linéaires , rabattues et pendantes d’un seul côté. Ovaire infère , ovoïde , subglobuleux , strié : limbe du calice offrant cinq petites dents. Corolle de cinq pétales presque égaux, obcordés, étalés. Cinq étamines un peu plus longues que les pétales. Disque épigyne , blanchâtre, à deux lobes couronnant le sommet de l’ovaire , deux styles divergents , courts , terminés par deux stigmates très petits. Fruit globuleux , un peu comprimé , d’un vert foncé, offrant cinq côtes saillantes , lisses sur chacune de ses moitiés latérales. La petite ciguë est très commune dans les lieux cultivés, les jardins potagers, etc. , où elle croît souvent mélangée avec le persil et le cerfeuil. Elle fleurit en juillet. (Rich. , Bot. méd. )
Caractères propres à la distinguer du persil. — Les pétales du persil sont arrondis, égaux, courbés en cœur. (Voy. pl. 12, fig. 12, de mon Traite de Médecine léçale. ) Les ombelles du persil sont toujours pédonculées, et souvent garnies d’une collerette à une seule foliole ; les ombelles de la petite ciguë sont dépourvues de collerette générale. Les feuilles du persil ont une odeur agréable ; celles de la petite ciguë répandent une odeur nauséeuse lorsqu’on les froisse entre les doigts. Les feuilles de la petite ciguë sont d’un vert noirâtre en dessus, et luisantes en dessous; enfin la racine du persil est plus grosse que celle de la petite ciguë.
Action de la petite ciguë sur l’économie animale.
Expérience. — Le 10 juin , à huit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un chien robuste, de moyenne taille, 230 grammes de suc obtenu avec les feuilles de cette plante , et on a lié l’œsophage. Vingt minutes après, l’animal a eu quelques nausées. A huit heures et demie , il ne paraissait pas très mal. Tout-à-coup, il écarte ses extrémités et se couche sur le ventre. Quelques minutes après, il cherche à se relever: tous ses efforts sont vains ; les muscles des membres, principalement les postérieurs, refusent d’obéir; on soulève l’animal et il retombe dans le même instant. Les organes des sens exercent leurs fonctions; les pupilles sont à peine dilatées; les battements du cœur sont lents et forts. Cet état dure un quart d’heure : alors les extrémités sont agitées de mouvements convulsifs; l’animal peut être placé indistinctement sur l’un ou l’autre côté; les organes des sens s’affaiblissent; l’œsophage et le gosier sont le siège de contractions spasmodiques. Cet état de stupeur augmente , et l’animal expire à neuf heures. On l’ouvre sur-le-champ : le cœur se contracte et renferme du sang fluide et noirâtre, même dans le ventricule
1)U LAURIER-ROSE
gauche; les poumons sont un peu moins crépitants que dans l’état naturel; l’estomac se trouve rempli par le suc ingéré ; il n’y a aucune altération dans le canal digestif.
Observation ire. — Un garçon de six ans ayant mangé à quatre heures du soir de cette herbe, qu’il croyait être du persil , commença aussitôt après à pousser des cris d’angoisse et à se plaindre de crampes d’estomac. Pendant qu’on l’apportait de la campagne chez son père , tout son corps s’enfla excessivement et prit une teinte livide; sa respiration devint plus diflicile et plus courte. Il mourut vers minuit. Un autre enfant de quatre ans qui s’était empoisonné de la même manière , fut assez heureux pour rev^mir cette herbe : cela n’empêcha pas cependant qu’il ne fût hors de lui-même, qu’il ne tînt des propos extravagants , et que, dans son délire, il ne crût voir une quantité de chiens et de chats; et quoique le médecin n’arrivât que le lendemain , il fut encore assez temps pour le sauver. ( Vicat , ouvrage cité, pag. 255. )
Observation 2e. — Rivière rapporte qu’un individu périt après avoir pris une certaine quantité de cette plante. A l’ouverture du cadavre on trouva la langue noire , une sérosité brunâtre clans l’estomac ; le foie était dur et d’une couleur jaune, la rate livide; le corps n’était point emphysémateux.
Observation 3°. — Une heure après avoir mangé de la salade contenant delà petite ciguë, un individu éprouva des vertiges, des nausées, un état comateux, des sueurs froides, un refroidissement des extrémités , et il mourut. Nécropsie. Toute la surface du corps est couverte de larges ecchymoses ; l’estomac et le péritoine sont enflammés, la rate engorgée; état de pléthore des poumons et du cœur. ( Lalé, Archiv. gén. de médecine , tom. xxii. )
En examinant attentivement les symptômes observés par plusieurs praticiens dans les empoisonnements de ce genre , on peut les réduire aux suivants : chaleur dans la gorge, soif, vomissements, quelcptefois diarrhée, respiration courte, suspicieuse, pouls petit, fréquent , céphalalgie , vertiges , engourdissement dans les membres , délire.
Traitement. (Voy. p. 3A5. )
33U E.AIT3RIER-ROSE (Nerium oleander'.
Cet arbrisseau appartient à la pentandrie monogynie de Linnée , et à la famille des apocynées de Jussieu.
Calice persistant, très petit, ÿ cinq divisions linéaires et aiguës: corolle monopétale, en entonnoir; son tube se dilate insensiblement; son limbe est grand, ouvert et découpé profondément en cinq divisions obtuses et obliques , garnies à leur base intérieure d’appendices
fl 3 b
pétaloïdes, colorés, dentés, découpés en deux ou plusieurs lobes, saillants hors du tube et formant une couronne frangée : cinq étamines insérées au tube, dont les anthères sont droites, rapprochées, terminées par un fdet coloré ou des houppes soyeuses, roulées en spirale les unes sur les autres : un style simple, à peine visible; son stigmate tronqué, porté sur un rebord annulaire : ovaire supérieur et oblong; le fruit est composé de deux follicules coniques terminés en pointe , dans lesquels se trouvent des semences aigrettées , qui se recouvrent les unes les autres comme les écailles de poisson : fleurs terminales et en bouquets lâches , roses ou blanches. Arbrisseau de 2 à 3 mètres, dont la tige est droite, l’écorce pourpre, verte ou grisâtre ; les rameaux longs , grêles et redressés : feuilles à courts pétioles, opposées, souvent tentées, lancéolées, un peu étroites ( elles ont près de 12 centimètres de longueur sur 20 millimètres de largeur au milieu), entières, pointues, glabres, roides, d’un vert foncé, et chargées d’une forte nervure en dessous. La racine est ligneuse et jaunâtre ; elle pousse plusieurs tiges droites et lisses. Toute la plante a une saveur amère très âcre.
Action du laurier-rose sur l’économie animale.
Expérience iie. — A une heure et demie, on a pratiqué une incision sur le dos d’un gros chien; on a appliqué sur le tissu cellulaire 7 grammes d’extrait aqueux de laurier-rose humecté avec quelques gouttes d’eau. Au bout de dix minutes, l’animal a vomi trois fois des matières fluides, jaunâtres. Trois minutes après, il a eu deux selles et a vomi de nouveau. Ces vomissements se sont renouvelés plusieurs fois pendant les six minutes qui ont suivi ; alors plaintes légères, vertiges, accélération dans les battements du cœur, faiblesse des extrémités postérieures , tête penchée en avant comme si elle était difficile à soutenir ; légères contractions convulsives de la patte antérieure dioite. Une minute après , l’animal s’est laissé tomber sans effort sur le côté; sa tète s’est renversée en arrière, et il est devenu insensible à la lumière et au bruit; ses pupilles étaient très dilatées ; l’extrémité antérieure droite offrait de temps en temps quelques légers mouvements convulsifs. Il est mort dans cet état huit minutes après. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur ne battait plus; il y avait dans le ventricule gauche une petite quantité de sang d’une couleur rouge foncée, en partie coagulé ; celui qui était renfermé dans l’autre ventricule était en partie fluide, en partie coagulé : les poumons, d’une couleur rose, étaient un peu moins crépitants que dans l’état ordinaire, les ventricules du cerveau ne contenaient point de sérosité ; les vaisseaux extérieurs de cet organe offraient une couleur livide, et étaient distendus par une assez grande quantité de sang veineux. Il n’y avait aucune altération dans le canal digestif ni dans le membre opéré.
DU LAURIER-ROSE
Expérience iic. — A une heure un quart, on a recommencé l’expérience avec 2 grammes 60 centigrammes du même exlrait. Au bout de huit minutes, l’animal a vomi des matières alimentaires mêlées de bile. Deux minutes après, il a vomi de nouveau ; il a eu deux selles liquides et il a éprouvé de légers vertiges. Vingt-six minutes après l’opération , il a fait de violents et infructueux efforts pour vomir; sa marche était chancelante , ses extrémités postérieures faibles, et il est tombé sur le côté en renversant fortement la tète sur le tronc et en arrière ; les muscles de la mâchoire inférieure, agités par des mouvements convulsifs, rapprochaient et éloignaient alternativement cet os du maxillaire supérieur ; les extrémités antérieures droites tremblaient continuellement, et les pattes postérieures offraient de légères secousses convulsives; les organes des sens étaient insensibles aux impressions extérieures. Cet état a duré huit minutes, et l’animal est mort. On l’a ouvert sur-le-champ : le sang contenu dans les cavités du cœur était fluide et d’un rouge un peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons et l’estomac ne présentaient aucune altération.
Expérience ih6. — A midi , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste et à jeun 8 grammes d’extrait aqueux de laurier rose dissous dans 10 grammes d’eau distillée, et on a lié l’œsophage. Douze minutes après, l’animal a eu des nausées, a fait des efforts pour vomir, et a éprouvé de légers vertiges; les battements du cœur n’étaient pas plus fréquents qu’avant l’opération. A midi seize minutes , la stupéfaction avait tellement augmenté, qu’il paraissait mort : on l’a relevé et il esi tombé de suite sur le côté comme une masse inerte ; il était insensible à toutes les impressions extérieures. Trois minutes après , il a renversé un peu la tête sur le dos; les pattes antérieures , principalement la droite, ont été agitées de légers mouvements convulsifs , et il a expiré vingtdeux minutes après l’ingestion de la substance vénéneuse. On l’a ouvert sur-le-champ: le cœur ne se contractait plus; le sang qu’il contenait était fluide et d’un rouge peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons, un peu moins crépitants que dans l’état ordinaire, étaient roses et très peu gorgés de sang. L’estomac renfermait une certaine quantité du poison employé ; le canal digestif n’offrait aucune altération sensible.
Expérience iv°. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 1 gramme 30 centigrammes d’extrait aqueux de laurier-rose dissous dans 16 gram. d’eau. Sur-le-champ l’animal a éprouvé des vertiges très marqués, et il lui était impossible de marcher. Au bout d’une minute , il a vomi des matières liquides, d’une couleur jaunâtre , et il offrait un tremblement continuel dans le train postérieur; il était couché sur le côté , les pattes écartées et allongées, et la tête un peu renversée en arrière; il poussait quelques cris plaintifs ; ses pupilles étaient excessivement dilatées, ses yeux saillants, et il ne pouvait entendre ni voir; de temps en temps il faisait des mouvements avec la tête comme s’il eût cherché à se relever , mais il retombait aussitôt. Ces symptômes ont duré sept minutes, et il a expiré un instant après , dans un état de grande insensibilité
DES TÜISOINS NARCOTJCO-ACRES.
et d’immobilité. On l'a ouvert sur-le-champ : le cœur ne se contractait plus, et ne contenait que du sang fluide; celui qui occupe le ventricule gauche était d’un rouge noirâtre. Les poumons ne paraissaient point altérés.
Expérience vc. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste 2 grammes du même extrait dissous dans 16 grammes d’eau. Sur-le-champ les muscles des extrémités ont été violemment contractés, les pattes écartées , et la tète s’est renversée en arrière. Trois minutes après, la roideur a cessé , la tête penchait un peu sur le thorax , et l’animal paraissait complètement stupéfié. Il a vécu cinq minutes dans cet état , et la mort a été précédée d’un tremblement général de tous les muscles. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur était immobile ; le sang, d’une couleur rouge dans le ventricule gauche, était fluide dans l’une et l’autre cavité de cet organe : on remarquait cependant dans le ventricule droit ouelques légers caillots noirâtres et comme filamenteux. Les poumons, crépitants, roses, offraient plusieurs points noirâtres.
Expérience vT. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très fort U grammes de la même substance vénéneuse dissoute dans 20 grammes d’eau. Sur-le-champ l’animal a poussé des cris aigus, s’est agité considérablement , a éprouvé des vertiges , et est tombé sur le côté : alors il a roidi et agité fortement ses pattes ; la tête s’est renversée en arrière, et il a cessé de se plaindre. Cet état a duré deux minutes , après lesquelles il est devenu immobile et comme insensible : il a fait deux inspirations profondes , et il est mort quatre minutes après l’injection. On Ta ouvert sur-le-champ: le cœur ne se contractait plus ; le sang, assez abondant et fluide dans les deux ventricules , était d’un rouge foncé dans la partie aortique. Les poumons étaient roses, et leur tissu un peu plus dur que dans l’état naturel; les vaisseaux pulmonaires étaient livides.
Expérience vu'. — A huit heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un chien robuste 280 grammes d’eau distillée de laurier-rose préparée avec 500 grammes de la poudre de ce végétal : on a lié l’œsophage. Le lendemain , à cinq heures du soir, l’animal n’avait offert aucun phénomène remarquable. Le jour suivant, à six heures du soir, il éprouvait des vertiges. Le lendemain matin, à dix heures, il était couché sur le côté, dans un état de grande insensibilité, et il offrait quelques légers mouvements convulsifs; il est mort trois heures après. Les ventricules du cerveau contenaient une petite quantité de sérosité roussâtre ; les vaisseaux veineux qui se distribuent à la surface externe de cet organe étaient distendus par du sang noir; les poumons, crépitants, étaient un peu plus rouges que dans l’état naturel.
Expérience viiT. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste 2fi grammes de la même eau distillée de laurier-rose. Le lendemain, l’animal se portait à merveille; il n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; on lui a donné des aliments. Le jour suivant , on a introduit dans son estomac 280 grammes du même liquide, et on a
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lié l’œsophage : il est mort au bout de cinquante heures, après avoir eu des vertiges et quelques mouvements convulsifs.
La même expérience, répétée sur un autre animal , a fourni des résultats analogues.
Expérience ixe. — A midi , on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien ; on a saupoudré la plaie avec 16 grammes de poudre de laurier-rose, que l’on a légèrement humectée , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Vingt minutes après, l’animal a vomi des matières bilieuses très jaunes: ces vomissements se sont renouvelés au bout de quatre minutes. A une heure et demie, il a été en proie aux symptômes rapportés dans l’expérience m°, page l\‘61 , et il est mort dix minutes après. L’ouverture du cadavre n’a fait voir, le lendemain , aucune lésion sensible.
Expérience xe. — A onze heures, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien très robuste 16 grammes de la même poudre, et on a lié l’œsophage. A midi et demi, l’animal faisait des elforts pour vomir; sa démarche était libre , et il conservait l’usage de sès sens. A une heure trois quarts, il a éprouvé des vertiges et les autres symptômes qui ont suivi l’administration de l’extrait (voy. les expériences précédentes) , et il est mort vingt minutes après. On l’a ouvert à trois heures : le sang contenu dans les ventricules du cœur était fluide. Les poumons étaient roses et crépitants. L’estomac contenait presque toute la poudre ingérée, reconnaissable à ses propriétés physiques, il n’y avait aucune altération dans le canal digestif.
Expérience xie. — M. Grognier a administré 12 grammes de poudre de laurier-rose à uneânessetrèsfaible;ranimal a paru très excité. L’ncheval vigoureux, qui avait pris le même poison, est tombé dans l’abattement ; il a été assoupi et a expiré quatre-vingts minutes après. (Mémoire lu à la Société de médecine de Lyon en 1810.) Les moutons périssent en très peu de temps lorsqu’ils avalent de l’eau dans laquelle on a fait macérer les feuilles de laurier-rose.
Observation. — Libautius dit qu’un individu mourut pour s’être renfermé dans une chambre à coucher où il y avait des fleurs de cette plante. Une autre personne, qui mangea un rôti pour lequel on s’était servi d’une broche faite avec le bois de cet arbuste, éprouva beaucoup d’agitation, devint folle, eut une syncope et mourut. (Libautius, Comment, de Venenis ; Schenkius, de Venenis.)
Il résulte des faits qui précèdent : lu que l’extrait aqueux de celte plante , appliqué sur le tissu cellulaire ou introduit dans l'estomac, est un poison très actif, et qu’il agit encore avec beaucoup plus de rapidité et d’énergie lorsqu’il est injecté dans les veines ; 2U que la poudre jouit aussi de propriétés vénéneuses , mais à un degré inférieur; 3° que l’eau distillée est encore moins active que la poudre; que ces diverses préparations sont absorbées et agissent sur le sys-
tème nerveux , et spécialement sur le cerveau , à la manière des stupéfiants ; 4° qu’elles déterminent presque constamment le vomissement ; 5° qu’indépendamment de ces phénomènes , elles exercent une légère irritation locale.
Traitement, (Vov. p. 345.)
DU MOURON DES CHAMPS ( Anagallis arvensis).
Action de l’extrait de mouron sur l’économie animale.
Expérience irc. — A liuit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un chien robuste et de moyenne taille 12 grammes d’extrait de mouron, préparé en faisant évaporer au bain-marie le suc de la plante fraîche , et dissous dans 48 grammes d’eau. A midi et demi, l’animal a eu une selle. A six heures du soir, il était abattu. A onze heures , la sensibilité paraissait diminuée. Le lendemain matin , à six heures , il était couché sur le côté et paraissait mort ; on pouvait le déplacer comme une masse inerte. 11 a expiré une demi-heure après. La membrane muqueuse de l’estomac était légèrement enflammée ; l’intérieur du rectum était d’un rouge vif. Les ventricules du cœur était distendus par du sang noir coagulé. Les poumons offraient plusieurs taches livides ; leur tissu était plus dense que dans l’état naturel.
Expérience iff. — A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste 8 grammes du même extrait, mêlé à une égale quantité d’eau. L’animal a offert les mêmes symptômes que celui qui fait l’objet de l’expérience précédente, et il est mort à sept heures du soir. Le canal digestif était sain. Le membre sur lequel on avait opéré était le siège d’une légère inflammation. Les poumons et le cœur étaient comme dans l’expérience précédente.
M. Grog nier a fait prendre à des chevaux d’assez fortes doses du dccoctum de cette plante, et il a presque constamment observé un tremblement des muscles du train postérieur, de ceux de la gorge, et un flux abondant d’urine. Après la mort, la membrane muqueuse de l’estomac s’est trouvée enflammée (1).
Traitement. (Voy. p. 345.)
DE !■’ ARISTOLOCHE ( Aristolochia clematitis ).
Cette plante , rangée par Linnée dans la gynandrie hexandrie , appartient à la famille des aristoloches de Jussieu.
Périgone (calice) tubuleux , irrégulier, ventru à sa base , élargi à
(1) Compte-rendu des travaux de la Société de médecine de Lyon, ann. 18(0, p. 17.