ARTICLE DEUXIÈME
DE LA STRYCHNINE, DE LA BRUCINE , DE LA NOIX VOMIQUE, DE LA FEVE DE SAINT-IGNACE, DE L’UI’AS-TIEUTÉ, ET DE 1.A FAUSSE ANGUSTl RE.
Symptômes de l’ empoisonnement déterminé par ces substances.
• — L’homme et les chiens soumis à l’influence de l’un ou de l’autre de ces poisons présentent les phénomènes suivants : malaise général , contraction générale de tous les muscles du corps, pendant laquelle la colonne vertébrale est redressée ; à cette contraction, dont la durée est lort courte, succède un calme marqué, suivi lui-même d’un nouvel accès qui se prolonge plus que le premier, et pendant lequel la respiration est accélérée. Tout-à-coup les accidents cessent , la respiration se ralentit, et l’individu paraît étonné; peu de temps après, nouvelle contraction générale : alors on observe sur les chiens la roili. 29
deur et le rapprochement des pattes antérieures qui se dirigent en arrière, le redressement delà colonne vertébrale, et le renversement de la tête sur le cou ; la respiration est très accélérée ; bientôt après , roideur et immobilité des extrémités postérieures ; la poitrine et la tète sont soulevées; les animaux tombent d’abord sur la mâchoire inférieure, et bientôt sur le côté; à cette époque , le tétanos est complet , et il y a immobilité du thorax et cessation de la respiration. Cet état d’asphyxie, annoncé d’ailleurs par la couleur violette de la langue et des gencives, dure une à deux minutes, pendant lesquelles les organes des sens et du cerveau continuent à exercer leurs fonctions, à moins que l’asphyxie ne soit portée au plus haut point; car alors l’action de ces organes commence à s’affaiblir : la fin de cet accès est annoncée par la disparition subite du tétanos et par le rétablissement graduel de la respiration. Bientôt après une nouvelle attaque a lieu : cette fois les contractions sont des plus violentes, les secousses convulsives très fortes , et semblables à celles que déterminerait un courant galvanique dirigé sur la moelle épinière d’un animal récemment tué; il y a asphyxie et mouvements convulsifs des muscles de la face. La mort arrive le plus souvent à la fin du troisième, du quatrième ou du cinquième accès, ordinairement sept ou huit minutes après la manifestation des premiers accidents, quelquefois plus tard. Une chose digne de remarque , et que l’on n’observe guère que dans l’empoisonnement qui m’occupe , c’est que le contact d’une partie quelconque du corps, la menace ou le bruit déterminent facilement cette roideur tétanique générale.
Lestons de tissu produites par ces poisons. — Les nombreuses ouvertures de cadavres d’animaux empoisonnés par ces différentes substances prouvent manifestement que l’on remarque dans les organes intérieurs la même altération que chez les individus qui ont été asphyxiés; mais on n’a jamais observé la moindre trace de lésion dans le canal digestif de ces animaux. Néanmoins, les deux observations consignées aux pages 466 et 468 , tendent à faire croire que la noix vomique peut déterminer l’inflammation des membranes du canal alimentaire.
DE LA STRYCHNINE
Action sur l’économie animale.
Expérience ite. — Trois centigrammes de strychnine, soufflés dans la gueule d’un lapin , le tuèrent en cinq minutes : les convulsions commencèrent au bout de deux minutes.
DE LA STRYCHNINE
Expérience iT. — Trois centigrammes de la même substance , introduite dans une légère incision faite au dos d’un lapin, le tuèrent dans l’espace de trois minutes et demie : les convulsions eurent lieu au bout d’une minute.
Expérience ni8. — On satura un atome d’acide azotique par de la strychnine : la quantité d’alcali employé pouvait être évaluée à U centigrammes; la dissolution azotique avait un goût sucré d’abord, mais légèrement âpre et amer un instant après. On l’administra à un lapin , qui mourut dans l’espace de quatre minutes.
Pelletier et M. Caventou , à qui j’ai emprunté ces détails , n’ont pas jugé à propos de décrire exactement les divers symptômes et les lésions cadavériques produits par la strychnine, ces symptômes et ces lésions ayant le plus grand rapport avec ceux que déterminent la noix vomique et la fève de Saint-Ignace, et qui sont généralement connus.
Observation. — Un jeune homme de dix-sept ans , du reste bien portant , mais en proie à un chagrin protond causé par la perte récente de sa mère , ayant essuyé à table une réprimande de la part de son père , monta immédiatement après le repas dans sa chambre, où il avala une solution contenant U grammes de strychnine pure. Par ce qui était resté aux parois du flacon on put évaluer la dose avalée à environ 2 grammes 60 centigrammes; il but bientôt après un verre de vin et d’eau acidulée, après lequel il ne tarda point à ressentir les effets du poison.
Il fut pris d’angoisses et d’agitation extrême; il avoua sa faute, en s’en repentant amèrement et en demandant du secours. Il marchait à grands pas dans l’appartement. Un quart d’heure après le médecin était présent ; le malade était couché et avait pris 20 centigrammes d’émétique dans du lait, qui n’avait produit qu’un petit vomissement d’une seule gorgée; il était couché sur le dos. immobile, roide, la tète en arrière, n’ayant plus de libres que les extrémités supérieures, et se trouvant continuellement sollicité à se tourner sur le côté droit ; la figure élait pâle, décomposée ; chaleur de la peau normale , pouls fréquent et serré ; connaissance complète ; voix claire et sans altération ; dans les commencements seulement, articulation de la voix arrêtée par moments et se précipitant ensuite ; le malade pouvait encore entr’ouvrir la bouche, et avaler jusqu’à un certain point ; mais peu à peu le trismus augmenta, la mâchoire inférieure se rapprocha de plus en plus de la supérieure ; la respiration à son tour devint irrégulière et intermittente, courte, et le pouls petit, fréquent et serré; une nouvelle administration de tartre stibié et la titillation de la luette avec une barbe de plume ne produisirent point de vomissements, mais augmentèrent le trismus. La teinture d’iode et l’acétate de morphine , administrés à l’intérieur, restèrent sans effet. Les accidents allèrent en s’aggravant, tout le corps fut pris de secousses et de tremblements convulsifs, auxquels succéda un véritable accès d’opis-
tholonos : le corps , sans être trop recourbé en arrière , fut soulevé d’une pièce et élancé pour ainsi dire à une certaine hauteur au-dessus du lit ; le trismus fut porté au plus haut degré, mais sans que les muscles de la face , et notamment les angles des lèvres fussent tirés comme dans le spasme clonique, dans le tétanos traumatique; le malade ne rendait plus que des sons inarticulés mais , d’après les mouvements des lèvres , qui avaient conservé leur souplesse, il était à présumer qu’il faisait des efforts pour parler, et qu’il avait gardé aussi toute sa connaissance.
Les extrémités supérieures , jusqu’alors libres, se croisèrent convulsivement sur sa poitrine, l'avant-bras se roidit sur le bras; la roideur des extrémités inférieures devint plus marquée, les pieds se contractèrent de manière à avoir les plantes tournées en dedans ; la roideur tétanique alla toujours en augmentant; la respiration devint de plus en plus oppressée, et iinit par se suspendre momentanément; en même temps les battements du cœur et des artères, de plus en plus irréguliers et moins sensibles, se perdirent entièrement. La peau, de pâle qu’elle était, devint bleuâtre; les capillaires cutanés se remplirent d’un sang veineux; la figure devint bouffie et d’un bleu violet, les lèvres prirent une teinte plus foncée; le cou et les veines jugulaires se tuméfièrent; yeux saillants et fixes tournés à droite; pupilles dilatées , immobiles ; conjonctives injectées, cessation des mouvements des lèvres et des sons inarticulés , perte complète de connaissance, véritable état de mort apparente, avec les caractères de l’apoplexie portée au plus haut degré; immobilité complète de toutes les parties du corps. On s’attendait à chaque instant à la fin du malade : les bras se desserrèrent et retombèrent de leur propre poids de chaque côté du corps ; le spasme de la mâchoire cessa, la bouche s’entr’ouvrit, et il suivit une inspiration lente et profonde ; les battements du cœur et des artères redevinrent sensibles ; et le malade, cà la fin de ce premier accès , sembla se réveiller d’un profond assoupissement. Il repi it peu à peu la faculté de tous ses sens, surtout de la vision; la parole et la déglutition se rétablirent; la surface cutanée présentait une teinte moins foncée, sans cependant redevenir pâle comme avant l’accès ; les mouvements musculaires , dépendant des nerfs de la moelle épinière , restèrent arrêtés , quoiqu’à un moindre degré que pendant l’accès. Dans celte rémission, toutefois incomplète, le corps, surtout le tronc et les extrémités, conserva sa position immobile et sa rétraction en arrière; toutes les autres fonctions et facultés restèrent imparfaites ; les membres supérieurs seulement reprirent leurs mouvements, qui, chose remarquable, redevinrent même volontaires.
On voulut profiter de ce moment pour provoquer des vomissements, mais inutilement; on essaya aussi, au moyen d’une sonde en gomme élastique introduite par les narines dans l’estomac, d’y injecter et d’en repomper le liquide , et afin de prévenir, s’il était possible , le retour des convulsions, on administra de nouveau de l’acétate de morphine à la dose de 25 milligrammes ; mais il s’était à peine écoulé un quart d’heure, qu’un second accès tétanique, plus formidable que le premier, se mani-
DE LA STRYCHNINE
festa de nouveau, accompagné d’accidents imminents d’apoplexie et de suffocation , de perle complète de connaissance et de la suspension apparente de tous les phénomènes de la vie. Nouvelle rémission suivie d’un accès en tout semblable aux premiers , à la suite duquel le malade revint encore à lui. On introduisît avec les plus grandes difficultés par la bouche la pompe aspirante de Weiss dans l’estomac, au moyen de laquelle on put injecter et retirer de cet organe une grande quantité de liquide ; mais l’introduction de la pompe provoqua un resserrement si violent des mâchoires , que le malade écrasa un morceau de bois placé entre ses dents. 11 survint un quatrième et dernier accès, duquel le malade ne se réveilla plus. Comme dernière ressource , et d’après le conseil de M. Ludwig , on ouvrit la veine médiane du bras gauche, et on put observer le phénomène assez remarquable, qu’après le premier jet par lequel la veine se vida de tout le sang qui y était justement contenu, on put , en pressant ce vaisseau , en exprimer une suite de petites bulles de gaz du volume d’un pois à celui d’une cerise qui se montraient à l’ouverture de la veine à chaque nouvelle pression.
La saignée , comme tous les autres moyens , fut inutile , et une heure un quart après l’empoisonnement et après les souffrances les plus cruelles, le malade avait cessé de vivre.
Autopsie cadavérique vingt heures après la mort. Habitus extérieur. — Quoiqu’on fût au mois de juillet et au milieu des plus grandes chaleurs, on ne remarquait aucune trace de décomposition. La surface cutanée était d’un bleu foncé comme dans les derniers instants de la vie. La figure était moins gonflée et moins décomposée. Les pupilles pas plus dilatées que d’ordinaire. L’abdomen tendu, ferme, mais non tuméfié. Roideur extraordinaire de tout le corps et de chaque muscle en particulier, principalement des muscles des extrémités inférieures. Les pieds étaient spasmodiquement contournés. Les muscles du dos , mis à nu , présentaient la même roideur ; cependant , palpés entre les doigts , leur chair était molle et friable , et d’une couleur brune foncée analogue à celle de la viande fumée.
Colonne vertébrale. — En ouvrant la colonne vertébrale, il s’en écoula à peu près 1 kilogramme d’un sang épais, noir foncé, visqueux, non coagulé, qui tachait les mains d’une manière presque ineffaçable. Les plexus veineux, surtout le postérieur, en liant, entre la quatrième cervicale et la quatrième dorsale, et plus bas, entre la dixième dorsale et la quatrième lombaire, étaient gorgés d’un sang foncé et liquide, et formaient des réseaux dont quelques vaisseaux avaient la grosseur d’une plume de corbeau. Les vaisseaux de la pie-mère montraient le même engorgement veineux , surtout aux endroits que nous avons indiqués. En incisant cette membrane, on trouva en dessus un épanchement de sérosité, remarquable surtout à la région cervicale. La moelle elle-même, coupée transversalement, se montra ramollie à sa partie supérieure et même réduite en bouillie en quelques endroits ; plus bas , et en se rapprochant de la queue de cheval , elle devenait par degrés plus dure. Les cordons
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nerveux de. !a queue de cheval étaient entremêlés de veines dilatées.
Cavité crânienne. — Le tissu cellulaire unissant l’aponévrose épicranienne et le péricrâne était remarquablement relâché; ces deux membranes purent s’enlever d’une pièce et étaient gorgées de sang. En ouvrant la cavité on trouva Un élat pléthorique prononcé. Les veines de la duremère et de la pie-mère, toute la masse cérébrale, étaient tellement gorgées de sang, que la substance corticale en avait acquis une couleur bleuâtre; la substance grise, surtout au pont de Varole, montrait le même aspect. Le cervelet était un peu ramolli. Du reste, rien d’anormal.
Cavité thoracique. — Poumons sains, dilatés par de l’air, contenant peu de sang. Cœur llasque , ses cavités droite et gauche , ainsi que les gros vaisseaux étaient vides ; on put trouver à peine un peu de sang dans la veine cave inférieure pour l’analyse chimique.
Langue , cavité buccale et pharyngienne , sans trace d’irritation ni d’inflammation.
Cavité abdominale. — Estomac gonflé et rempli encore d’aliments conservés. Aucun vestige de strychnine. Vaisseaux et membrane muqueuse de l’estomac injectés, surtout vers le cardia et le fond de l’organe. Coloration rouge des intestins grêles, mais pas plus prononcée qu’on ne la rencontre ordinairement chez les individus morts pendant la digestion. Foie volumineux et gorgé de sang. Vésicule du fiel vide. Les autres viscères du basventre exsangues. Du reste, rien de remarquable. (Journ. de Chim. méd., Observation du docteur Blumhardt, année 1837. )
Voici comment M. l'anquerel Desplanches résume les effets que produit Chez l’homme une dose de strychnine capable de déterminer la mort. De terribles secousses sillonnent le front, l’occiput, la colonne vertébrale, les membres supérieurs et inférieurs, et les mâchoires. Tout le tronc se soulève en prenant un point d’appui sur la tète ; la bouche se ferme convulsivement et se remplit d’écume; on entend les mâchoires s’entrechoquer avec énergie. Le malade se mord la langue ; il s’agite en tout sens, se roule dans son lit et se jette par terre. Les membres se tordent et se roidissent ; le corps fait des bonds au moindre choc, au plus léger contact ; pendant toute la durée de cette convulsion , la respiration est suspendue , la face devient livide , et l’asphyxie est imminente ; il y a perte entière de connaissance , et une sueur abondante baigne tout le corps. Un calme souvent trompeur succède à ces accès, et le malade manifeste qu’il a toute sa connaissance ; sa respiration est accélérée ; elle se ralentit peu à peu ; puis, de temps en temps , de vives secousses se déclarent encore de toutes parts; enfin tout cesse, et le malade sent ses membres brisés; il y éprouve un seniimcntde fatigue douloureux. Aussi il peut arriver, lorsqu’on espère que le calme sera ; ontinu , qu’il se développe un accès plus violent que le précédent; toutes les parties cl e la face et de la bouche deviennent violettes et sont déformées par des tiraillements convulsifs ; les accès se rapprochent, l’asphyxie se prolonge, et la mort en est la suite inévitable.
A l’ouverture des cadavres, même lorsque les angoisses ont duré plu-
DE LA STRYCHNINE
sieurs heures, on ne trouve point de [race de phlogose dans le canal digestif; mais l’appareil cérébro-spinal paraît le siège d’un afflux séreux. ( Traité des maladies de plomb , tom. n, pag. 98. )
Traitement. (Voy. Coque du Levant.)
Je ne ferai pas mention du strychnos potatorum, ni d’une autre espèce de strychnos connue sous le nom dénommé de Vontac , parce que le suc et les graines de ces plantes n’ont pas de propriétés vénéneuses, d’après les expériences de MM. Magendie a t Delille. (Dissertation inaugurale de M. Belille , soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, le 6 juillet 1803.)
Recherches médico-légales.
La strychnine est un alcali végétal auquel on doit attribuer en grande partie les propriétés vénéneuses de la noix vomique , de la fève de Saint-Ignace, de l’upas et du strychnos colubrina, comme je le dirai en parlant de ces graines. Il a été découvert eu 1818 par Pelletier et M. Caventou : on le reconnaîtra aux caractères suivants. Il a l’apparence d’une poudre blanche, qui pourtant est l’assemblage d’une multitude de prismes à quatre pans, presque microscopiques, terminés par des pyramides à quatre faces surbaissées; il est inodore, et doué d’une saveur amère insupportable'; i! verdit le sirop de violettes, et rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide , lorsqu’il a été dissous dans l’alcool. Mis sur les charbons ardents, il se boursoufle, se décompose à la manière des substances végétales qui contiennent de l’azote, répand une fumée assez épaisse, et laisse un charbon très volumineux. Il est inaltérable à l'air et insoluble dans l’eau : du moins i! faut six mille six cent soixante-sept parties de ce liquide à la température de dix degrés pour en dissoudre une partie ; l’eau bouillante en dissout un peu plus du double. II se dissout beaucoup mieux dans l’alcool et dans les huiles volatiles, surtout à l’aide de la chaleur. Il se combine avec les acides convenablement affaiblis, et forme des sels en général solubles dans l’eau , et dans lesquels l’ammoniaque, la teinture de noix de galle, les gallates et lesoxalates alcalins, font naître des précipités blancs abondants, solubles dans l’alcool. L’azotate est facilement reconnaissable à son aspect nacré. La propriété de rougir par l’acide azotique, que l’on avait d’abord attribuée à la strychnine, ne lui appartient pas lorsqu’elle est pure; elle est due à une matière jaune dont il est souvent difficile de la débarrasser entièrement : aussi trouve-t-on dans le commerce plusieurs échantillons de strychnine blanche qui rougissent par l’acide azotique.
Le chlorure d’or communique à la strychnine une couleur jaune serin.
Mélanges de strychnine et de matières organiques. — Expérience irc. — Un mélange de matières alimentaires végétales et animales et d’acetale de strychnine , après avoir été abandonné à lui-même pendant huit à vingt jours, a été traité par l’acide acétique concentré ; la liqueur filtrée a été évaporée jusqu’à siccité , puis le résidu de l’évaporation a été repris par l’alcool, et enfin la dissolution alcoolique a été évaporée en consistance d’extrait mou. Cet extrait donnait avec l’ammoniaque un précipité brun soluble dans l’acide acétique étendu d'eau ; cette dissolution acétique fournissait avec le chlore un précipité blanc et avec l’iodurc de potassium des aiguilles brillantes; c’étaient bien là les caractères de la strychnine ; mais le protochlorure d’étain formait un précipité gélatineux, au lieu d’un précipité blanc soluble à chaud et crislallisable en longs prismes; enfin le précipité déterminé par l’ammoniaque ne fournissait pas avec les acides sulfurique et azotique les réactions particulières à la strychnine. ( Merck, Journ. de Pharmacie , tom. xvi , pag. 380. )
Expérience 11e — Le 22 juin 1842 , on a mêlé 30 centigram. de sulfate de strychnine avec 500 grain, d’eau distillée , 10 de levure de bière et 20 de sucre. Le mélange n’a pas tardé à entrer en fermentation. Après plusieurs jours de contact , tout dégagement d’acide carbonique ayant cessé , on a évaporé jusqu’à siccité , puis on a repris par l’alcool bouillant , évaporé la liqueur alcoolique, et traité le résidu par de l’eau aiguisée d’acide acétique. Dans ce liquide , évaporé en consistance sirupeuse , on a pu constater lescaractères de la strychnine. (Larocque et Thibierge , Journ. de Chim. méd., octobre 1842. )
Expérience ih°. — J’ai mêlé 20 centigrammes de sulfate de strychnine pur, ne rougissant pas par l’acide azotique, avec 60 grammes d’une forte décoction aqueuse de foie humain; la liqueur, évaporée à siccité, a été traitée successivement par l’alcool et par l’eau aiguisée d’acide acétique , comme dans l’expérience précédente. Le dernier produit obtenu , assez épais, était presque noir et d’une amertume insupportable ; l’acide azotique ne le rougissait pas , et le chlorure d’or, au lieu de le jaunir, lui communiquait une couleur café clair.
On voit , par ces expériences , que s’il est possible de déceler la strychnine ou ses sels au milieu de liquides organiques colorés , il est néanmoins difficile de constater quelquefois l’ensemble de leurs caractères; on ne saurait donc être assez circonspect lorsqu’il s’agira de se prononcer sur un empoisonnement par cet alcaloïde, et il faudra surtout tenir grand compte du commémoratif et des symptômes éprouvés par le malade. (Yoy. les préceptes que j’ai posés à cet égard en parlant de la morphine et de Y opium, pages 196 et 255.)
Strychnine dans un cas d’exhumation juridique. — Expérience. — Le 11 mai 1827, on mit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air