‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 119 sur 172 · DE LA NOIX VOMIQUE · texte numérisé non relu

DE LA NOIX VOMIQUE

Expérience xive. — On lit avaler à un petit cliien lü centigrammes d'huile de noix vo.nique (obtenue par l’alcool) enveloppée dans de la mie de pain. Au bout de deux heures et un quart, il yeut écartement des pattes et roideur des mouvements par intervalles; trois heures après, on le trouva mort. Il n’y avait aucune altération dans les organes.

Expérience xvc. — On donna trois noix vomiques à une chèvre d’un an; une partie fut broyée par l’animal , ce qui excita beaucoup de salivation ; il eut souvent envie d’uriner et plusieurs bâillements convulsifs. Le lendemain, l’animal étant rétabli , on lui lit prendre 2d grammes de la même noix , et il ne survint aucun accident. Il mangea depuis , à plusieurs reprises, des boulettes préparées avec ce poison, et n’en fut point incommodé. On le tua quatre jours après la première ingestion, et on trouva dans l’estomac quelques morceaux de noix vomique intacts.

Expérience xvi. — \i. Dcsporlcs donne les détails suivants sur l’action de la noix vomique sur une poule : « Du /[ au 22 mai, on lit prendre , tous les jours, à une poule noire d’un an, bien portante, et dont la crête et les caroncules étaient vivement colorées en rouge, de la noix vomique en petits morceaux. On commença par 5 centigrammes, et on ajouta successivement chaque jour, à la dose delà veille, les quantités suivantes : 1° les quatre premiers jours , 5 centigrammes; 2" les quatre jours suivants, 20 centigrammes ; 3° les quatre jours qui vinrent ensuite, la quantité de l\ 0 centigrammes; k“ pendant les quatre autres jours, celle de 60 centigrammes ; 5U enfin , 80 centigrammes dans les quatre derniers. Au reste , voici les jours et les quantités correspondantes : Z|, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, l/i, 15, 13, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 mai; 5, 10, 15, 20, ZiO, 60, 80 centigrammes, 1 gramme, 1,/tO, 2 grammes, 2,ZiO , 3 grammes, 3,50, A, 20, 5 grammes, 5,50, 6,/i0, 7,30, 8,20, 9,30. Ainsi, elle a pris en tout quatre-vingt-douze fois la dose de noix vomique nécessaire pour tuer un chien. On lui a toujours soigneusement donné ü manger.

» Maintenant tels sont les elfets produits ; du U au 16 mai , nul changement apparent dans son état; du 16 au 18, diminution de l’appétit; la poule frappe avec son bec deux ou trois fois à côté du grain avant de parvenir à le saisir ; excréments d’un vert foncé. Le 19, elle ne mange plus; rouge de la crête moins vif. Le £0 et le 21, mêmes symptômes; de plus, diminution et lenteur des mouvements , roideur des membres. Le 22 , soif vive, mouvements très difficiles, roideur légère des membres, impossibilité de se tenir sur les pattes, sorte, d’assoupissement, dont on la tire facilement, et pendant lequel les plumes sont un peu hérissées, diarrhée ; on sent Je jabot fort distendu par la substance qu’on a fait prendre. Le 23, mêmes symptômes, mais plus marqués. Ce jourlà , prévoyant que l’extrême distension du jabot ne me permettrait pas de donner le lendemain une dose nouvelle, et d’ailleurs étant pressé par le temps, je me décidai , environ trois heures après qu’elle eut avalé les 9 grammes 30 centigrammes de noix vomique , à lui faire prendre un peu moins de 16 grammes d’eau tenant en dissolution environ 20 centi-

grammes du principe amer uni au sucre et à un peu d’huile. A peine une minute s’était écoulée, que la poule, qui était accouvée, s’est levée tout à-coup , les ailes étendues , la queue faisant la roue, toutes les plumes hérissées, les pattes dans une forte distension , les ongles seuls touchant au sol, les yeux fixes, le bec ouvert ; elle tombe presque aussitôt sur le dos : tremblement général , les ailes pliées et serrées contre le corps, mouvements continuels d’extension et de flexion des pattes, le cou ramené sur le dos avec une roideur tétanique, les paupières s’ouvrant et se fermant alternativement, ce qui était assez fréquent pour que je n’aie pu m’assurer si elle voyait ; trois cris , mais faibles ; le bec tantôt ouvert, tantôt fermé; la respiration d’abord suspendue , avec coloration livide de la crête et des caroncules; enfin, relâchement général et fort court, avec une respiration précipitée; retour des convulsions avec une respiration toujours précipitée ; décroissements successifs de ces accidents; la mort quelques minutes après l’invasion.

» Examen du cadavre. — Le cerveau, la trachée, les poumons, le cœur et les vaisseaux n’ont rien offert de particulier, ainsi que l’œsophage. Le jabot était très distendu et rempli de morceaux de noix nullement altérés, de quelques grains de blé et d’un per. de liquide; toute cette masse avait une odeur d’aigre. L’estomac membraneux et le gésier contenaient des morceaux de noix vomique fortement altérés, les autres ne commençant qu’à l’être par l’action digestive de ces organes. L’intestin renfermait une matière chymeuse, les deux cæcum et le colon une matière verdâtre. La membrane muqueuse de toutes ces parties n’offrait, ainsi que celle de Yoviductu- , aucune trace d’inflammation. Nulle altération dans la couleur de la bile. 11 y avait un peu d’amaigrissement.

» On sépara soigneusement tout l’appareil digestif du corps , et on donna ce dernier à un jeune chien épagneul de quatre mois, qui n’a pas paru en être malade ; il conserva , au contraire, toute sa gaie: é et le désir de jouer. Le troisième jour au soir , une personne lui jeta les intestins, et il mourut dans la nuit. On l’ouvrit le iendemain, et on trouva dans l’estomac toutes ces parties presque entières : il paraît qu’il les avait avalées sans presque les déchirer : on trouva quelques fragments de noix. État de vacuité du reste du tube alimentaire du chien , excepté dans sa dernière portion. »

Observation 1". — Daste (Pierre), âgé de quarante-cinq ans, d’un tempérament bilieux, d’une constitution sèche, vigoureuse, en proie aux fureurs de la jalousie, résolut de s’empoisonner. C’est dans cette intention qu’il prit, le 13 juin 1820 , sur les neuf heures du soir, une quantité considérable de noix vomique concassée (pour 60 centimes), dont il saupoudra ses aliments. Presque immédiatement après l’ingestion de cette substance vénéneuse, il fut atteint de violentes convulsions. Appelé près de lui , un officier de santé le fit vomir en le gorgeant de lait et d’eau chaude, et le fit transporter ensuite 5 l’hôpital Saint-Louis, oit il arriva sur les dix heures du soir. Ses traits étaient profondément al-

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