‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 121 sur 172 · DE LA NOIX VOMIQUE. Û · texte numérisé non relu

DE LA NOIX VOMIQUE. Û

dents disparurent sans qu’il y eût eu ni vomissements ni selles. ( Vcckoshrift for Lakarc. )

Le même auteur rapporte qu’une femme eut des mouvements convulsifs et une cardialgie de longue durée après avoir pris de la noix vomique.

Observation 6e. — L’administration de cette graine et de la racine de gentiane à une femme affectée d’une fièvre intermittente, fut suivie de convulsions dangereuses, de froid, et de stupeur de presque, toutes les parties. ( Scutter , Diss. , § 11.)

Observation 7e. — Le docteur Grimaud a rapporté à l’Académie de Médecine l’exemple d’une jeune fille empoisonnée par la noix vomique, qui mourut dans un tétanos général, et chez laquelle on trouva à l’autopsie , à ce qu’il assure, une inflammation du mésocéphale.

Observation 8e. — Anne Barlon, âgée de vingt ans, acheta 16 grammes de noix vomique en poudre , sous le prétexte de faire périr des rats ; mais ayant résolu de se détruire , elle avala la dose entière délayée dans un peu d’eau. Une demi-heure après, M. Baynham se rendit auprès d’elle, et la trouva très alarmée des suites de son action. 11 existait de violentes contractions spasmodiques, accompagnées de douleurs très vives dans tous les muscles soumis à la volonté , et surtout dans ceux des extrémités. Ces contractions duraient de trois à quatre minutes , et étaient suivies de quelque changement brusque de position, ou bien de violents mouvements convulsifs. Les muscles du dos étaient tellement contractés que le corps était fortement renversé en arrière comme dans un cas d’opisthotonos. Les mouvements du cœur étaient faibles et lents ; le pouls , très petit et même difficile à sentir, ne donnait guère que cinquante pulsations par minute. La peau était froide et partout humide de sueur; les fonctions de l’estomac n’étaient nullement troublées, non plus que celles du cerveau. On administra à la malade une forte solution de sulfate de zinc, non sans éprouver beaucoup de difficultés; car, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour boire ce qu’on lui offrait, elle ne pouvait s’empêcher de mordre violemment le vase qu’on portait à sa bouche ; cette action était tout-à-fait involontaire , et dépendait de la contraction spasmodique des muscles temporaux et masséters. L’émétique agit largement au bout de quelques minutes ; cependant les accidents ne se calmèrent pas immédiatement. On lui fit prendre ensuite une grande quantité d’eau de gruau et de fortes doses d’huile de ricin, qui produisirent d’abondantes évacuations. Au bout de deux heures , le pouls s’était relevé et battait soixante-dix fois par minute. Les mouvements spasmodiques diminuèrent graduellement et cessèrent complètement au bout de quatre lienres. La malade s’endormit alors d’un sommeil très paisible, et se réveilla seulement le lendemain matin , tout-à-fait guérie , et n’éprouvant plus qu’une grande faiblesse et une extrême fatigue. ( The Lond. Med. Gazette, 7 mars 1819.)

Traitement. (Voy. Coque du Levant.)

DE LA FEVE DE SAINT-IGNACE ( Noix igasur des Philippines).

La fève de Saint-Jgnace est la graine de Yignatia amara , petit arbre des îles Philippines , rangé dans la pentandrie monogynie , à côté des strychnos, avec lesquels il a beaucoup de rapports. Caractères des graines. Elles sont grosses comme des olives, arrondies et convexes d’in côté, anguleuses et à trois ou quatre faces de l’autre, olfrant à une extrémité la cicatrice du point d’attache. Leur substance intérieure est cornée, demi-transparente, plus ou moins brune et très dure ; elles sont opaques à leur surface, et comme recouvertes d’une efflorescence grisâtre qui y adhère, et qu’on peut plus facilement gratter avec un couteau que le reste. Elles ont une saveur très amère et sont inodores. (Guibourt, Histoire abrégée des drogues simples.) Ces graines sont entassées au nombre de vingt environ dans une enveloppe ligneuse et épaisse , qui constitue une sorte de drupe ou de baie pyriforme, ovale, uniloculaire, de la grandeur et de la forme d’une poire de bon chrétien. La fève de Saint-Ignace est formée des mêmes principes que la noix vomique, mais dans des proportions différentes : ainsi elle paraît contenir à peu près trois fois autant de strychnine que la noix vomique. ( Pelletier et Caventou. )

Action de la fève de Saint-Ignace sur l’économie animale.

Expérience ire. — On a fait avaler à un chien de moyenne taille 2 grammes de fève Saint-Ignace râpée et mêlée du beurre. Au bout de cinq minutes, il a commencé à haleter. Quinze minutes après, il s’est redressé de temps en temps d’une manière convulsive. Il y avait à peine une demi heure que le poison avait été ingéré, que l’animal s’est porté rapidement en avant, et est tombé dans une attaque de tétanos, d’abord sur le poitrail, puis sur le côté; les membres et le cou étaient tendus, la bouche violette; il conservait l’exercice de ses facultés intellectuelles; il y eut émission d’urine ; enfin il eut dix attaques, dont plusieurs avaient été provoquées par le bruit ou l’attouchement, et il mourut asphyxié au bout de vingt minutes.

Expérience 11e. — Un autre chien, qui n’avait pris que 50 centigrammes de ce poison , périt à la quatrième attaque, trois heures après son ingestion.

Expérience 111e. — Trois décigrammes de cette graine ont suffi pour faire périr un chien en une demi-heure ; cet animal avait bu de l’eau après avoir avalé le poison.

Expérience ivc. — L’extrait de la fève de Saint-Ignace, injecté dans les veines , dans la plèvre , dans le péritoine, ou appliqué à l’extérieur, agit comme l’upas ou comme l’extrait de noix vomique.

DE l’liPAS TIEUTÉ. 471

Observation. — Cumelli rapporte, dans les Trans fiions philosophiques de Londres , tom. xxi,pag. 88, an». 1699, qu’un homme dyspeptique , atteint de vomissement et de diarrhée , prit 1 gramme 3 décigrammes de fève de Saint-Ignace qui lui occasionna des démangeaisons et des pincements convulsifs terribles; il ne pouvait pas se tenir debout; ses mâchoires étaient serrées ; les muscles de la face exécutaient des mouvements comparables, jusqu’à un certain point , à ceux que l’on fait en riant.

DE i'UPAS TIEVTÉ.

L’upas tieuté, rapporté de Java par Lesrhenault , n’est autre chose que le suc extrait d’un végétal sarmenteux de la famille ou du genre des strvchnos. Le mot upas signifie poison végétal , et les naturels de Java en emploient deux espèces pour rendre mortelles les blessures de leurs flèches : la première est Yupas tieuté , qui est produite par une liane , et qui est composée , d’après Pelletier et M. Caventou, de strychnine combinée avec un acide et avec deux matières colorantes ; la seconde se nomme upas anliar, et est produite par un grand arbre. Ces deux espèces ont été confondues à tort par des écrivains sous les noms de boa ou de bohon upas.

Action de t’upas tieuté sur l’économie animale.

Expérience irc. — Lorsqu’on couvre d’upas tieuté des morceaux de bois du volume et de la forme d’un tuyau de plume ordinaire, qu’on laisse dessécher l’extrait à leur surface, et qu’on les enfonce dans les muscles de la cuisse d’un chien , on remarque qu’au bout de deux ou trois minutes, l’animal éprouve un malaise général et cherche les coins de l’appartement ; presque aussitôt après, tous les muscles du corps se contractent , la colonne vertébrale se redresse et les pattes antérieures quittent un moment le sol. Celte contraction n’est qu’instantanée ; l’animal est calme pendant quelques secondes : alors une nouvelle contraction générale a lieu ; elle est plus marquée que la première et se prolonge davantage; le redressement de la coloniv vertébrale est plus sensible, la respiration accélérée , les accidents cessent subitement , la respiration se ralentit et l’animal paraît comme étonné. A ce calme, qui ne dure guère qu’une minute, succède de nouveau une forte contraction générale; les pattes antérieures, roides et rapprochées, se dirigent en arrière, la respiration est très accélérée, la colonne vertébrale redressée, et la tête fortement portée en haut et renversée sur le cou. Le thorax n’étant plus soutenu, l’animal, menacéd’une chute, marche rapidement sur ses extrémités postérieures, pendant qu’une contraction plus intense se manifeste; les muscles de l’épine soulèvent la poitrine et la tête; les pattes postérieures deviennent roides et immobiles ; l’animal tombe d’abord sur

DES POISONS NARCOTICO-ACUES.

la mâchoire inférieure et bientôt sur le côlé. Alors il présente un tétanos complet avec immobilité du thorax et cessation de la respiration ; la langue et les gencives, d’une couleur violette, ne tardent pas à annoncer l’asphyxie. Cet état continue environ une minute, puis le tétanos disparaît subitement et l’asphyxie peu à peu , à mesure que la respiration se rétablit. Tendant ces accès , l’animal conserve l’usage de ses sens et du cerveau ; ce n’est que lorsque l’asphyxie est portée au plus haut point que l’action de ces organes commence à s’affaiblir. Au bout d’une minute, nouvelle contraction générale , tellement intense que le plancher éprouve un tremblement marqué. Cette secousse peut être comparée à celle qui a lieu lorsqu’on dirige un courant galvanique sur la moelle épinière d’un animal récemment tué ; elle est accompagnée d’asphyxie , et un peu avant de disparaître, on remarque des mouvements convulsifs dans la face. Le contact d’une partie quelconque du corps détermine facilement cette roideur tétanique générale; l’animal meurt cinq, six, sept ou huit minutes après le premier accès. L’état des organes intérieurs prouve qu’il a succombé à une asphyxie; l’examen de la blessure fait voir que la substance vénéneuse s’est introduite dans les muscles , et toutes les parties avec lesquelles elle a été en contact sont colorées en jaune brunâtre. Les chevaux elles lapins donnent les mêmes résultats, si ce n’est que les attaques tétaniques sont plus nombreuses chez ceux qui sont vigoureux et adultes.

Expérience ii<-. — On a amputé la cuisse droite d’un chien en laissant les traces de la veine et de l’artère crurales près du bassin ; on a détaché ces vaisseaux de toutes les parties environnantes , qui ont été coupées ; les vaisseaux incisés ont été liés , le fémur a été scié, en sorte que la circulation ne se faisait dans la cuisse que par une veine et une artère; on a placé des linges et de la sciure de bois entre les surfaces coupées, afin de les empêcher de communiquer. On a enfoncé dans le membre isolé, près du jarret , une pointe de bois garnie de 15 centigrammes d’upas : l’animal a eu un accès de tétanos au bout de dix minutes ; cet accès s’est renouvelé, et il est mort quinze minutes après l’invasion des accidents.

Expérience iiT. — Une petite quantité d’upas fut dissoute dans l’eau et injectée dans le péritoine d’un chien. Vingt secondes après l’injection, l’animal offrit tous les symptômes que nous venons d’exposer, et il expira à la fin de la troisième attaque.

Expérience ive. — Quarante gouttes d’upas dissous dans l’eau , injecté dans la plèvre d’un cheval bai hors d’âge, occasionnèrent presque sur-le-champ le tétanos et l’asphyxie, et l’animal mourut dès la deuxième attaque.

Expérience ve. — Une anse d’intestin grêle fut tirée hors de l’abdomen; on plaça deux ligatures à 8 centimètres de distance l’une de l’autre , et on fit une petite ouverture à l’intestin , près de Tune des deux ligatures; alors on injecta dans sa cavité 8 gouttes d’upas étendu de 2 grammes d’eau; on fit une troisième ligature pour empêcher que la dissolution ne

DE l’upas tikuté. hT6

s'échappât, et on réduisit l'intestin ; les bords de la plaie faite aux parois abdominales furent réunis par un point de suture. Les attaques ne commencèrent qu'au bout de six minutes, et l’animal ne succomba qu’à la quinzième.

Injecté dans le gros intestin , la vessie , le vagin , l’upas produisit toujours la mort avec les signes d’une absorption lente et faible.

Expérience vie. — On a fait la même opération sur un autre chien , de manière à ne conserver qu’une seule veine, et qu’un seul rameau artériel se rendant des branches mésentériques à l’anse d’intestin isolée ; tous les autres vaisseaux distribuant le sang et recevant le chyme, les filets nerveux et la portion du mésentère correspondante à la même anse d’intestin, ont été liés, d’une part, vers la courbure de l'anse, et de l’autre près du centre du mésentère, et tout ce qui était compris entre les ligatures a été coupé. On a injecté cinq gouttes d’upas et 8 grammes d’eau par une petite ouverture faite à l’anse de l’intestin; on a pratiqué une ligature au-dessus de l’ouverture pour empêcher l’éjection du liquide. 11 n'y a point eu de contact du poison avec le péritoine; l’intestin a été replacé, et la suture pratiquée aux parois de l’abdomen. Onze minutes après, l’accès de tétanos s’est déclaré, et l’animal est mort.

Expérience vu'. Après avoir incisé les parois abdominales, on tira au-dehors l’extrémité droite de l’estomac ; on plaça une ligature à 1 centimètre à gauche du pylore, et on fit, près de la ligature, une légère incision à l’estomac : alors on injecta dans ce viscère environ 10 centigr. d’upas dissous dans l’eau. Une seconde ligature s’opposa à l’issue du liquide injecté, et la plaie extérieure fut réunie par un point de suture. L’accès tétanique ne se manifesta qu’au bout d’une heure (i).

Expérience viiic. — On injecta dans la veine jugulaire d’un cheval vigoureux huit gouttes de la dissolution d’upas : sur-le-champ l’animal fut en proie à un accès de tétanos qui le fit périr en moins de trois minutes. Douze gouttes du même poison furent injectées dans l’artère crurale d’un chien : les effets sur la moelle de l’épine ne furent sensibles que I sept minutes après l’injection.

Expérience ixe. — On injecta dans l’artère carotide un peu d’upas : dans le même instant les fondions intellectuelles furent perverties ; la tête se plaça entre les pattes antérieures ; l’animal se roulait en boule. Ces effets ne tardèrent pas à se calmer, et l’animal fut alors en proie à tous les symptômes qui résultent de l’action de l’upas sur la moelle épinière.

Expérience x". — On introduisit de l’upas dans la cuisse d’un chien adulte et vigoureux , et on coupa la moelle de l’épine entre l’occipital et la première vertèbre cervicale , dans le moment où l’animal éprouvait une forte contraction tétanique. Non seulement l’accès ne cessa point,

(1) En faisant l’ouverture des cadavres des animaux qui font le sujet de toutes ces expériences , on n’a jamais pu découvrir la moindre trace d’irrita-’ tion locale.

mais il se manil'esla quatre nouvelles attaques dans les quinze minutes qui suivirent (I).

Expérience xie. — On a coupé la moelle épinière derrière l’occipital ; on a injecté, dans la plèvre du côté gauche, 8 gouttes d’upas mêlé à h grammes d’eau. Les accidents se sont manifeslés avec la même intensité et avec la même promptitude que si la section n’eût pas éié faite : ils ont continué aussi long-temps que la circulation s’est effectuée.

Expérience xue. — Huit gouttes d’upas étendu d’eau ont été injectées dans la plèvre d’un chien fort; dans le même instant une tige de baleine a été enfoncée dans toute la longueur du canal vertébral : toute la moelle épinière a suivi la baleine lorsqu’on l’a retirée du canal des vertèbres. Dix minutes après la destruction de la moelle , la circulation était encore très sensible , et il ne s’était manifesté aucune contraction.

Expérience xiii*. — La même quantité d’upas fut injectée dans le péritoine d’un chien; aussitôt que le tétanos se déclara, on enfonça la tige de baleine dans le canal vertébral , en commençant par la première vertèbre du cou ; le tétanos cessa dans les pattes antérieures lorsque la baleine parvint à la région dorsale ; il continuait , an contraire, dans les extrémités postérieures, qui cessèrent de se contracter quand la tige arriva à l’extrémité caudale du canal vertébral.

Expérience xive. — On a injecté 8 gouttes d’upas étendu d’eau dans la portion cervicale du canal vertébral ; immédiatement après, il s’est manifesté dans les pattes antérieures une roideur qui a persisté plus de six minutes avec des redoublements très forts; les pattes postérieures sont restées flexibles et comme dans l’état naturel ; vers la fin de la sixième minute, elles ont participé à la roideur générale; à la dixième minute , les extrémités antérieures n’étaient plus roides ; les postérieures l’étaient encore , mais elles se relâchèrent bientôt.

Expérience xve. — On a énervé un chien barbet très vigoureux , ensuite on a coupé transversalement le canal vertébral et la moelle épinière vers la région lombaire ; 6 gouttes d’upas ont été injectées dans la partie du canal qui répond aux lombes et au bassin. Sur-le-champ les membres postérieurs ont manifesté de la roideur et ont présenté pendant dix minutes les effets de l’upas ; ce n’est qu’à la onzième minute que l’on a aperçu quelques faibles contractions dans les membres antérieurs.

Expérience xvi'. — On a porté l’upas sur la portion lombaire de la moelle : les membres postérieurs seuls ont épi ouvé le tétanos. Quelques minutes après , le poison a été porté sur la région cervicale du canal , et, dans le même instant, les membres pectoraux sont entrés en contraction.

(1) Il est bien constaté que l’on observe encore la circulation pendant quinze, vingt, vingt-cinq minutes, chez les animaux auxquels on pratique la section de la moelle, pourvu qu’ils soient jeunes et vigoureux; elle cesse, au contraire, presque à l'instant s’ils sont affaiblis par l’âge, le défaut de nourriture ou toute autre cause.

DE l-’UPAS TJEUTÉ.

Expérience xvne. — On a détaché la partie supérieure du nerf sciatique dans l’étendue de 2 centimètres environ ; on l’a soulevée avec une plaque de plomb passée en dessous; on a versé quelques gouttes d’ùpas sur le nerf, puis on l’a ouvert longitudinalement, et on a insinué les gouttes dans son tissu. Il ne s’est manifesté d’autre accident que celui de la douleur dans le nerf blessé, et la guérison s’est opérée ensuite. ( Magendie et Delille , Mémoire lu à l’Institut, en 1809. )

Traitement. (Voyez Coque du Levant.)

Conclusions sur les effets de la strychnine, de la brucine, de la noix vomique, de la fève de Saint-Ignace et de l’upas tieutésur l’économie animale. — Il résulte des expériences tentées sur les animaux vivants, et de plusieurs observations recueillies chez l’homme, l°que ces diverses substancessont très vénéneuses pour l’homme et pour un très grand nombre d’animaux ; 2° qu’il en est de même des extraits aqueux et alcoolique de noix vomique et de la fève de Saint-Ignace; 3° que de toutes ces matières, la strychnine et les sels qu’elle forme avec les acides sont celles qui jouissent de la plus grande énergie ; 4° que les sels exercent une action plus vive que la base elle-même , et cela en raison de leur grande solubilité par la présence d’une petite quantité d’acide; 5° que les extraits aqueux sont plus actifs que les poudres de ces graines; mais qu’ils le sont moins que leurs extraits alcooliques; 6° que l’extrait alcoolique de fève de Saint-Ignace est plus énergique que celui de noix vomique, tout étant égal d’ailleurs , parce qu’il contient beaucoup plus de strychnine (1) ; 7° que c’est à cette base et à la brucine que la noix vomique et la fève de Saint-Ignace doivent leurs propriétés vénéneuses ; tandis que l’activité de l’upas dépend de la strychnine ; 8° que si la matière grasse , retirée par l’éther de la noix vomique et de la fève de Saint-Ignace , agit à la manière des poisons énergiques , cela doit être attribué à la strychnine et à la brucine qu’elle renferme; 9° que l’on peut considérer ces poisons comme des excitants produisant constamment le tétanos, l’immobilité du thorax , et par conséquent l’asphyxie à laquelle les animaux succombent , comme l’ont annoncé MM. Magendie et Delille pour l’upas tieuté et la noix vomique (2) ; 10° qu’ils agis-

(t) Les cochons d’Inde ne périssent que lorsqu’on leur administre une dose de ces extraits capable de tuer les chiens, les chats, les lapins, et les hommes les plus robustes. (Pelletier et Caventou.)

(2) M. Segalas n’admet pas avec M. Magendie que les slrychnos, administrés à haute dose, produisent la mort par asphyxie; il pense qu’ils exercent une action directe sur le sytème nerveux , à peu près comme pourrait le faire une forte commotion électrique. Voici les expériences sur lesquelles il fonde son opinion. 1° Si l’on prend deux cabiais, que l’on asphyxie l’un par la stran-

DES POISONS NARCOTICO- ACRES, sent avec la plus grande énergie lorsqu’on les introduit dans les cavités thoracique et abdominale , ou dans la veine jugulaire , tandis que leur action est moins vive quand on les applique sur le tissu cellulaire sous-cutané, ou qu’on les injecte dans les artères éloignées du cœur : elle est encore moins vive lorsqu’on les introduit dans le canal digestif, ou qu’on les applique sur les surfaces muqueuses; 11° qu’ils n’agissent point sur les animaux auxquels on a enlevé la moelle épinière à l’aide d’une tige de baleine; 12° que, lors même qu’il serait prouvé par des observations ultérieures qu’ils enflamment constamment les tissus avec lesquels on les met en contact , on ne devrait pas regarder cette irritation locale comme étant la cause de la mort ; 13° que celle-ci dépend de l’absorption du principe actif de ces matières, qui paraît s’opérer par l’intermède des veines , suivant M. Magendie , de son transport dans le torrent de la circulation , et de l’excitation qu’il détermine dans la moelle épinière. M. Flourens pense que la partie de l’encéphale sur laquelle la noix vomique dirige plus particulièrement son action est la moelle allongée. ( Ouvrage cité, pag. 233.)

gulation en même temps que l’on injecte dans les bronches de l’autre 10 ou 15 centigrammes d’extrait alcoolique de noix vomique suspendu dans une cuillerée d’eau , l’animal empoisonné éprouve à l’instant une roideur tétanique, et se montre presque aussitôt insensible et immobile, tandis que l’animal asphyxié conserve le mouvement et la sensibilité pendant plusieurs minutes. 2° Si, pour mettre les deux animaux dans les mêmes conditions, sous le rapport du fluide introduit dans les voies aériennes, on porte dans les bronches de celui qui doit périr d’asphxyie une quantité d'eau égale à celle qui sert de véhicule au poison , la différence dans la mort n’est guère moins tranchée. 3° Si, pour être plus sûr de placer la respiration des deux animaux dans des circonstances parfaitement semblables, on commence par leur couper la tête, et que I on injecte dans les deux trachées une égale quantité d’eau vénéneuse et d’eau pure, la mort par empoisonnement arrive encore plus promptement que la mort par asphyxie , et la distance entre elles est plus ou moins grande, selon les précautions que l’on a prises pour prévenir ou diminuer l’hémorrhagie produite par l’amputation. 4° On peut, jusqu’à un certain point, étendre à volonté l’intervalle qui sépare les deux morts , en établissant la respiration artificielle dans les deux animaux, immédiatement après les avoir décapités, et en portant le poison à haute dose dans le péritoine de l’un d’eux : celui-ci périt en ce cas presque aussitôt, tandis que l’autre survit vingt, trente, quarante minutes, plus ou moins, selon les soins que l’on apporte à empêcher l’effusion du sang, et à suppléer à la respiration naturelle.

( Journal de Physiologie expérimentale, année 1822.)

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