DE LA FAUSSE ANGISTURE
accélère plutôt; l’huile de térébenthine semble les diminuer un peu. Après la mort , les muscles involontaires conservent encore leur irritabilité , lorsque les muscles volontaires n’en donnent plus aucun signe.
Observation 1". — « J’étais atteint , il y a plusieurs années , d’une fièvre tierce des plus rebelles. Fatigué du peu de succès que j’avais obtenu du quinquina , je résolus de tenter l’emploi de l’écorce d’angusture : à cet effet , j’en fis préparer une forte infusion vineuse. Aussitôt que j’eus reçu le médicament , je voulus seulement le déguster, et j’en avalai à peine les trois quarts d’un petit verre à liqueur. L’amertume de cette boisson était insupportable, et occasionna presque aussitôt des soulèvements d’estomac qui finirent par être douloureux , sans cependant déterminer des vomissements. Quelques minutes après, j’éprouvai des symptômes de congestion vers le cerveau, des éblouissements, un tintement dans les oreilles ; ma vue s’obscurcit ; il me devint impossible de fléchir les membres inférieurs , et toute tentative à cet égard excitait les douleurs les plus vives ; les membres supérieurs restèrent libres , mais il survint un véritable trismus qui m’ôta l’usage de la parole. J’avais, dans une armoire, un flacon contenant un mélange à parties égales d’éther aré. tique et de laudanum liquide : je parvins , quoique avec peine , à le demander par signes aux personnes qui m’entouraient, et dès qu’on me l’eut donné , j’en versai dans le creux de la main une quantité que je ne puis déterminer, et je parvins à l’avaler par succion. J’éprouvai, peu de temps après, un soulagement notable ; mes mâchoires se desserrèrent , et une seconde dose du mélange , ainsi qu’une tasse d’infusion de camomille achevèrent de dissiper les accidents, qui, en tout, peuvent avoir duré deux heures. Seulement il me resta une lassitude extrême, en même temps qu’un appétit très vif que je satisfis avec plaisir et sans inconvénient. 11 est probable que cet empoisonnement et ses conséquences eussent été beaucoup plus graves si la dose d’angusture eût été plus considérable. M. le docteur Schweiger, maintenant professeur et directeur du jardin botanique à l’Université de Kœnigsberg, a été témoin d’une partie de ces faits. » ( Observation rapportée par Marc , Journ. de Pharmacie , tom. il, pag. 507, année 1816. )
Observation 2e. — Un enfant mourut après avoir pris par mégarde le décoctum d’écorce d’angusture fausse; il conserva l’usage des facultés intellectuelles, et il priait avec instance qu’on ne le touchât pas, car il éprouvait des crampes terribles après chaque attouchement ; il eut une transpiration abondante, mais il ne vomit pas. ( Emmert. )
Il résulte de-ce qui précède, 1° que la fausse angusture est très vénéneuse pour l’homme , les mammifères en général , les oiseaux , les poissons et les reptiles, lorsqu’on l’applique sur les membranes muqueuses, les blessures, la plèvre, le péritoine, etc.; 2" qu’il en est de même des extraits aqueux et alcoolique, ainsi que de la matière II. ' 31
DES POISONS NAïiCOTICO-ACRES.
jaune préparée par Planche, et dont j’ai parlé dans la deuxième édition de cet ouvrage, tom. il, pag. 352; 3° qu’elle est inerte ou très peu active quand on la met en contact avec les nerfs , les tendons ou l’épiderme non lésé ; 4" que c’est à la brucine que l’on doit attribuer ses propriétés vénéneuses , et que , si la matière jaune amère est plus active que l’écorce pulvérisée , c’est parce qu’elle contient beaucoup plus de brucine sous un volume donné; 5° qu’elle agit sur l’économie animale comme la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, etc.; 6U qu’après la mort des animaux, les muscles involontaires conservent encore leur irritabilité lorsque les muscles volontaires n’en donnent plus aucun signe (1).
Traitement. (Voy. Coque du Levant.)