DU TICUNAS , OU POISON AMÉRICAIN
üe La Conilamine nous apprend, dans la relation abrégée d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amérique méridionale, « que le ticunas est un extrait, fait par le moyen du feu, des sucs de diverses plantes, et particulièrement de certaines lianes. On assure qu’il entre plus de trente sortes d’herbes ou de racines dans ce venin. Les Indiens le composent toujours de la même manière , et suivent à la lettre le procédé qu’ils ont reçu de leurs ancêtres, aussi scrupuleusement que les pharmaciens , parmi nous, procèdent à la composition solennelle de la thériaque (2). » D’autres naturalistes pensent qu’on l’obtient avec une ménispermée grimpante de i’île Mormorette.
Le ticunas se dissout très bien dans l’eau , dans les acides minéraux et végétaux ; il ne fait effervescence ni avec les acides ni avec les alcalis; il ne change le suc de raves ni en rouge ni en vert; il se dessèche sans se crevasser.
(1) Plusieurs praticiens pensent que la noix vomique, l’upas tieuté, la fève de Saint-Ignace et la fausse angusture agissent sur le cerveau aussi bien que sur la moelle épinière. Us citent à l’appui de leur opinion des cas où l’administration de la noix vomique a été suivie de délire et de la perte des facultés intellectuelles. Ou se rappelle que j’ai déjà dit que telle était l’opinion de Wepfer, tandis que M. Flourens croyait que la noix vomique agissait particulièrement sur la moelle allongée. J’ai souvent remarqué que les animaux soumis à l’action de l’une ou de l’autre de ces substances perdaient l’usage des sens; mais ce n’était qu’un elïet momentané, et toujours lorsqueles accidents étaient très violents; en conséquence , je pense que leur principale action a lieu sur a colonne vertébrale.
(2) Mémoires de L’Académie des sciences, ann. 1745, p. 490.
nu TICUNÀS.
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Action du ticunas sur l’économie animale.
Les expériences de Fontana sur ce poison l’ont porté à croire, 1° que son odeur à sec n’est point délétère; 2° qu’il en est de même des vapeurs qu’il répand lorsqu’on le met sur des charbons ardents, soit qu’on les flaire , soit qu’on les respire , et qu’il est par conséquent faux, comme l’a annoncé La 'Coixlumine, que des femmes condamnées à mort .aient été tuées par ces vapeurs ; 3° qu’il n’exerce aucune action lorsqu’on l’applique sur les yeux; k° qu’il est vénéneux quand il est pris intérieurement; mais qu’il en faut une quantité sensible pour tuer même un petit animal; 5° qu’étant appliqué sur la peau à peine égratignée , il peut donner la mort , quoique non pas toujours ni dans toutes les circonstances; les animaux plus gros résistent plus facilement à l’action de ce poison, et lorsque les animaux même les plus faibles n’en meurent pas , ils se trouvent en peu de temps aussi sains qu’auparavant ; 6U qu’il faut un 1/2 milligramme de ticunas pour tuer un petit animal, et qu’il est nécessaire que le poison se dissolve pour donner la mort ou pour qu’il occasionne quelque dérangement sensible dans l’économie animale ; 7U que les blessures empoisonnées des muscles sont plus meurtrières que celles de la peau , des oreilles et des crêtes des poules; 8° que les flèches enduites de ticunas desséché sont plus dangereuses et plus meurtrières que le poison dissous dans l’eau et simplement appliqué sur la partie blessée; 9' que le poison des flèches est plus actif si on les trempe auparavant dans l’eau chaude ; leur activité croît encore si on les trempe dans le ticunas bouilli dans l’eau et en consistance de julep. Les symptômes que ce poison produit le plus ordinairement sont des convulsions, des faiblesses, la perte totale des forces et du mouvement, la diminution ou l’abolition du sentiment; souvent on observe que l’animal, qui était d’abord très vif, se trouve un moment après privé de mouvement et de sentiment, et sur le point de mourir. S’il ne meurt pas en peu de minutes, il se trouve aussi bien qu’auparavant, et ne paraît avoir souffert aucun mal, quoiqu’il soit resté dans un état de léthargie, quelquefois pendant plusieurs heures, sans donner de signe de vie certain ou manifeste ; 10° qu’il faut un temps déterminé pour que le poison américain se communique à l’animal; que ce temps est beaucoup plus considérable que celui qu’exige le venin de la vipère (voy. Venin de la vipère) pour se communiquer; que les effets du poison américain sur les animaux sont plus vagues et plus variés , et enfin qu’on peut guérir de l’un et de l’autre en coupant les parties , quand on peut les emporter sans danger de
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n'ort , pourvu que l’amputation soit faite à temps; 11° qu’il tue dans l’instant lorsqu’il est introduit dans la veine jugulaire; mais qu’il ne coagule pas !e sang comme le fait le venin delà vipère; 12" qu’il ne produit aucun changement sensible sur l’économie de l’animal vivant lorsqu’il est appliqué sur les nerfs entiers, coupés ou blessés, pourvu qu’ils aient été isolés des muscles et des autres parties environnantes ; 13° que les muscles des animaux tués par ce poison sont plus pâles qu’auparavant; que les vaisseaux veineux situés auprès du cœur sont plus gonflés, et le sang un peu plus obscur; que le cœur, les oreillettes et les viscères du bas-ventre ne présentent aucune altération ; que les poumons offrent de grandes taches livides, et que, dans quelques circonstances, ils paraissent putréfiés; 16° qu’il attaque le principe de l’irritabilité des muscles, quoiqu’il ne touche pas à l’irritabilité du cœur; qu’il n’est point vénéneux pour les couleuvres et les vipères. ( Traite sur le Venin de lu Vipère, par Fontana , t. il, pag. 83-126. Florence, 1781.)
Traitement. (Voy. Coque du Levant.)
DU WOORARA.
Le woorara est un poison avec lequel les Indiens de la Guyane arment les pointes de leurs flèches : il ne paraît pas différer beaucoup du ticunas. D’après Brancroft , il appartiendrait à une espèce de liane.
Action du woorara sur l’économie animale.
Expérience ice. — On appliqua sur une plaie faite au côté d’un cochon d’Inde une petile quantité de woorara en poudre. Dix minutes après, l’animal ne pouvait plus marcher; il devint complètement immobile, excepté qu’il offrait de légers mouvements convulsifs. Peu après , il fut plongé dans un état de grande insensibilité; la respiration était gênée, et cessa entièrement quatorze minutes après l’application de la substance vénéneuse. On ouvrit le thorax : le cœur battait soixante-dix fois par minute, et contenait du sang d’une couleur foncée; les contractions eurent lieu pendant plusieurs minutes; le cerveau et la blessure ne parurent pas affectés.
Expérience ne. — Dix centigrammes de woorara appliqués de la même manière occasionnèrent les mêmes symptômes au bout de vingt-cinq minutes, et l’animal mourut treize minutes après. Son action était plus prompte et se manifestait au bout de cinq ou six minutes lorsqu’on en appliquait une grande quantité, ou lorsqu’il y avait une légère hémorrhagie des vaisseaux sur lesquels on opérait.
Expérience iii°. — On introduisit un peu de woorara dans une blés-
DU WOORARA.
sure fuite à un jeune cliat. l! en fut affecté en peu de minutes , et tomba dans un état d’assoupissement et de demi-sensibilité ; il y resta pendant cinq quarts d’heure , lorsqu’on eut renouvelé l’application du poison. Quatre minutes après cette répétition , la respiration cessa entièrement , et il parut mort ; mais le cœur donnait encore environ 10 k pulsations par minute. On le plaça dans une température de 85°, therm. deFahr... ; ses poumons furent enflés artificiellement à peu près quatre fois par minute; l’action du cœur continua régulièrement; la respiration artificielle fut arrêtée pendant quatre minutes, on vil les pupilles se dilater ou se contracter lorsqu’on diminuait ou qu’on augmentait la lumière ; la salive coulait de sa gueule ; quelques larmes parurent sous ses paupières ; mais il resta insensible et sans mouvement. Après soixante-quatre minutes, il eut de légères contractions involontaires des muscles et une apparence d’efforts pour respirer : ces mouvements continuèrent et devinrent plus fréquents. Une autre heure après, il donna, pour la première fois, des signes de sensibilité quand il était excité, et respira spontanément vingt-deux fois dans une minute. La respiration artificielle ayant été discontinuée, il resta quarante minutes dans un profond sommeil , puis s’éveilla tout-à-coup et se mit à marcher. Le jour suivant il parut un peu indisposé; mais il s’est rétabli peu à peu , et a fini par recouvrer sa pleine santé.
Expérience ivc. — On appliqua un peu de woorara sur une blessure faite à un lapin : il parut mort quatre minutes après ; mais le cœur ne cessa pas de battre. On le plaça dans une température de 90° Fahren. (32,22 th. c.) , et on pratiqua la respiration artificielle. Les battements du cœur furent portés à environ cent cinquante par minute. Pendant plus de trois heures, le pouls fut fort et régulier ; il s’affaiblit ensuite , devint irrégulier, et une heure après, la circulation avait entièrement cessé. Pendant ce temps-là, il n’y eut aucune apparence de retour de la sensibilité.
Expérience vc. — On coupa les nerfs spinaux avant l’endroit où ils se réunissent pour former le plexus axillaire ; on appliqua alors sur deux plaies faites à la partie antérieure du bras, une certaine quantité de woorara , qui produisit les mêmes effets que si la communication nerveuse n’eût pas été interceptée.
Expérience vic. — On lia le conduit thoracique d’un chien un peu avant qu’il aboutisse dans les veines ; le woorara fut appliqué sur une plaie des extrémités postérieures, et détermina tous les symptômes de l’empoisonnement. On s’assura, par l’ouverture du cadavre, que la circulation avait été entièrement interrompue dans le conduit thoracique.
Expérience viic. — On appliqua le woorara sur l’extrémité inférieure, et on lia fortement' le membre en haut afin d’empêcher toute communication par le moyen des vaisseaux sanguins. L’animal ne ressentit aucun des effets propres au poison, et ne mourut pas. ( Philos . Transuct., année 1811, pag. 19A et suiv. ; mémoire de RI. Brodie, et année 181.,.j
M. Brodie conclut de ces faits, 1° que le woorara est absorbé par
les veines; 2u qu’il détruit les fonctions du cerveau , et par conséquent que la respiration cesse peu de temps après.
Traitement. ( Voy. COQUE DU Levant. )