BU CURARE
Le curare est aussi célèbre dans l’Orénoque que le ticunas l’est dans la vallée de l’Amazone : l’un et l’autre servent à empoisonner les flèches. Il y a plusieurs espèces de curare; le plus fort est celui de Mandavaca, village qui réunit l’Orénoque et le Rio-Negro, celui de Vasiva et celui d’Esmeralda. D’après M. de Humboldt , à qui je suis redevable de ces détails, le véritable curare vient d’une liane appelée vejuco de mavacure , dont il n’a pas été permis de déterminer le genre. C’est l’écorce du mavacure qui renferme ce terrible poison. Le suc de cette écorce est jaunâtre; on le concentre par le feu : lorsqu’il a l’épaisseur du sirop, on y mêle le suc plus gluant encore de l’arbre kiracaguero , qui n’est pas vénéneux , mais qui sert à donner plus de corps et de consistance au curare. Celui-ci est brun-noirâtre et ressemble à de l’opium. Lorsqu’il est bien préparé, on le conserve trois ou quatre ans; mais , en général, il n’est très actif que lorsqu’il est frais.
L’abbé Gilij , dans son Histoire de V Amérique (1), dit, p. 353, avoir été témoin oculaire de l’activité surprenante de ce poison. Les animaux les plus robustes périssent en très peu de temps lorsqu’ils sont blessés avec des flèches imprégnées de curare. Toute son action , ajoute-t il, s’exerce sur le sang, que l’on croit qu’il coagule. On peut le laisser dans la bouche sans danger; il ne nuit pas appliqué sur les gencives, à moins qu’elles ne saignent par une cause quelconque. Un oiseau, un cerf, un singe , ou tout autre animal tué avec le curare , peuvent être impunément mangés. Délayé dans de l’eau , ce poison ne détermine point d’accidents , ou du moins sa puissance se trouve très affaiblie; l’humidité de l’air produit également cet effet, et Gilij a observé que les Indiens mettent les flèches dans leur bouche pour les réchauffer avant de les lancer.
Oviedo , dans son ouvrage intitulé : Sommario dell’ Inde occidenlali, cap. 78, dit : « Tous les chrétiens pensent que l’eau de la mer, avec laquelle on lave la piqûre , est le meilleur remède que puissent employer ceux qui ont été empoisonnés avec le curare; quelques uns ont été rétablis par ce moyen , mais c’est le plus petit (*)
(*) Saggio di Sioria American^ descriiia, dell’ abbale Filippo Salvadore Gilij, t. il. Ii oma, 1781.