‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 126 sur 172 · DES POISONS AMERICAINS · texte numérisé non relu

DES POISONS AMERICAINS

nombre. » Gilij dit que , dans l’Orénoque , les Espagnols emploient avec succès le sel commun et l’urine pour combattre les effets de ce poison. M. de Humboldt croit également que le chlorure de sodium est un remède puissant dans cette espèce d’empoisonnement.

Il existe encore une espèce de curare que les missionnaires appellent curare destemplado, parce qu’il est faible. C’est avec lui que l’on enduit les flèches dont on se sert pour prendre les petits singes. L’animal auquel on veut conserver la vie est à peine blessé; il s’évanouit cependant par l’action du poison , et on le guérit en introduisant du chlorure de sodium dans la plaie , et en la frottant avec ce sel. Malheureusement il est très rare et très cher à l’Orénoque.

Voici quelques particularités que M. de Humboldt m’a communiquées sur quelques autres poisons.

« A la rivière des Amazones nous avons vu les poisons de Moyobamba, de la Peca et de Lamas. Le plus fort est celui des Indiens, ticimas , qui n’est autre chose que le suc d’une liane de l’île Mormorotte que l’on a concentré par l’évaporation. Il paraît que tous ces poisons viennent de différentes lianes. En dessinant , pendant mon séjour à Guayaquil , le fruit du vejuco de la Peca , qu’on venait de m’envoyer de l’Amazone, j’éprouvai un engourdissement dans mes mains seulement pour avoir manié la liane pendant les fortes chaleurs de ces climats. L’antidote le plus célèbre contre les poisons de la rivière des Amazones est le sucre. »

Expériences d’Emmert sur les poisons américains.

Dans une dissertation inaugurale intitulée ; Expérimenta de effectn venenorum vegetabilium americanorum in corpus animale , Tubingæ , 1817, Emmert établit les faits suivants, qui ne s’accordent guère avec ceux que je viens de rapporter, ce qui semblerait faire croire que le ticunas et le woorara sur lesquels ont expérimenté Fontana et Brodie différeraient des poisons américains employés par Emmert.

1° Le poison américain, qui , suivant la contrée de l’Amérique méridionale à laquelle il appartient , est appelé ticunas , lama ou icoorara , offre un aspect noirâtre; il acquiert une couleur brune claire lorsqu’on l’humecte ; sa saveur est amère, son odeur désagréable et analogue à celle du suc de réglisse ; il se ramollit par la chaleur ; mis sur les charbons ardents, il se liquéfie, brûle avec flamme, répand une odeur fétide et donne beaucoup de charbon ; il se dissout dans l’eau à toutes les températures, en laissant un résidu de 0,15, tandis que l’alcool n’en dissout que 0,09 parties. Les acides et les alcalis étendus

d’eau le dissolvent sans effervescence ; il n’altère ni la couleur du tournesol ni celle du curcuma; il retarde la coagulation du sang. 2° La solution aqueuse de ce toxique n’est point troublée par la colle de poisson ; l’acétate de plomb y fait naître un précipité floconneux , jaune, soluble dans l’acide azotique, qui acquiert une couleur orangée; l’azotate d’argent le précipite en noir verdâtre, et le sulfate de fer en vert sale : ces précipités sont solubles dans l’acide azotique; les infusions aqueuse et alcoolique de noix de galle y occasionnent un précipité brun qui est sans action sur l’économie animale. 3° La dissolution alcoolique du toxique américain jouit des mêmes propriétés, mais elle est plus amère et plus délétère. k° Le toxique américain est vénénenx pour tous les animaux ; il agit plus fortement sur ceux dont le sang est rouge; son action est plus énergique lorsqu’il est injecté dans les vaisseaux sanguins que dans le cas où il est introduit dans le canal digestif. 5° Il ne détermine aucun symptôme d’empoisonnement lorsqu’il est appliqué sur les nerfs, sur l’épiderme ou sur les tendons. 6° Les animaux qui sont sous l’influence de ce poison deviennent tristes; ils tombent dans un état de langueur ; leur pouls est dur et fréquent , la respiration courte et accélérée ; les muscles , principalement ceux des membres thoraciques, après avoir éprouvé une contraction convulsive, se paralysent; le corps devient froid, et la respiration cesse. 7° Il y a des moyens propres à diminuer ces symptômes, maison ne connaît point d’antidote : tous les médicaments qui irritent les organes affectés par le toxique augmentent son effet délétère; la saignée paraît être le moyen le plus sûr de mitiger son action, qui devient nulle lorsqu’on lie les vaisseaux qui se distribuent aux parties sur lesquelles le toxique a été appliqué. On a également préconisé le sucre.

Les poisons américains peuvent être regardés comme ne différant pas entre eux, puisqu’ils offrent les mêmes propriétés physiques et chimiques. On les distinguera des poisons asiatiques en ce qu’ils paralysent plus promptement les muscles volontaires , sans exciter des convulsions et des spasmes aussi violents et aussi fréquents. Ils ne déterminent point la paralysie du cœur, ni des déjections alvines comme l’upas anthiar. Ils agissent plutôt sur la moelle épinière que sur le cerveau, puisqu’ils ne produisent ni stupeur- ni anéantissement de la sensibilité, et qu’ils troublent et suspendent la respiration.

Traitement. ( Voy. Coque du Levant.)

DE L’EPAS ANTHIAR.

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